SPIRITUELS — SPONDE (HENRI
DE) 2550 du droit canonique. En 1432, il entra chez les frères mineurs, dans la réforme de l’Observance, fondée récemment par saint Bernardin de Sienne; il s’y distingua surtout par la prédication. Il fut aussi un grand promoteur des monts-de-piété et institua les confréries du Saint-Sacrement. Il mourut au couvent de Sainte- Marie-des-Anges à Assise le 4 août 1484 et y fut enterré dans la basilique. Le P. Chérubin est appelé de Spolète, parce qu'il passa une grande partie de sa vie dans le couvent Saint-Paul à Spolète. Il doit être identifié avec le soi-disant Chérubin de Sienne, que J.-H. Sbaralea et d’autres bibliographes distinguent à tort de Chérubin de Spolète, au moins d’après M. Faloci Pulignani, dans Miscellanea franciscana, L. 1v, 1889, p. 143.
Le P. Chérubin de Spolète est l’auteur d’un T'ractalus de fide, inédit, conservé dans le ms. 517-519 de la bibl. commun. de Vérone (cf. G. Biadego, Ballata di fra Jacopone, Vérone, 1889, p. 5). Il est aussi l’auteur des deux célèbres ouvrages. intitulés Regola di vita matrimoniale et Regola di vita spirituale, qui, dans le texte original italien ou dans leur traduction latine, ont eu de nombreuses éditions, soit séparément soit ensemble, à partir de 1477, où parut à Florence la première édition des deux Regulæ réunies, jusqu’en 1878, où Fr. Zambrini publia la ÆRegola della vila spirituale à Imola pour consoler sa sœur, et en 1888, où le même Fr. Zambrini et C. Negroni publièrent à Bologne l’autre Regola. M. Faloci Pulignani, art. cil., p. 144-145, énumère dix-huit éditions antérieures à 1500, auxquelles il faut ajouter encore celle de Modène, 1489 (cf. D. Fava, Catalogo degli incunabuli della r. biblioteca Estense di Modena, dans Bibliofilia, t. XxXx1Im, 1931, p. 331) et celle de Venise, 1490 (cf. W.-A. Copinger, Supplement lo Hain’s Reperlorium bibliographicum, 2e partie, t. 1, n. 1585, Berlin, 1926, p. 173). Dans la Regola di vila matrimoniale, le P. Chérubin donne les détails les plus singuliers sur les devoirs des époux. Il publia encore une collection de Sermones quadragesimales nonaginta, Venise, 1502, et une Esortazione ἃ conforto di una persona inferma, conservée dans le ms. 612, fol. 225-227, de la bibl. Palatina de Florence (cf. L. Gentile, 1 codici Palatini descritti, t. τ, Rome, 1889, n. x, p. 17). Il doit probablement aussi avoir composé un Tractatus de educatione puerorum et liberorum, qu'il promet d'écrire dans sa Regola di vila matrimoniale.
L. Wadding, Annales minorum, t. xit1, 3° éd., 1932, an. 1457, n. ΧΧΧΊΙΧ-ΧΙΙ, p. 25-26; an. 1461, n. XXII, Ρ. 225; t. XIV, 3° éd., 1932, an. 1473, n. vint, ἢ. 84; an. 1474, n. XIII, p. 108; an. 1475, ἢ. xLV1, p. 157-158; an. 1484, n.xv,xXV, p. 426,431 ; le même, Scriptores ord.min., 3° éd., Rome,1906, p. 62; J.-H. Sbaralea, Supplementum, 2e éd., t. 1, Rome, 1908, p. 203-204; Marianus de Florence, Compendium chronicarum ord. min., dans Arch. franc. hist., t. αν, 1911, p. 325 et 328 et séparément, Quaracchi, 1911, p. 128 et 131; L. Jacobili, Vite de santi ὁ beati dell” Umbria, t. τι, Foligno, 1656, p. 80-82; le même, Bibliotheca Umbriæ, t. 1, Foligno, 1658, p. 87-88; M. Faloci Pulignani, Fra Cherubino, scritlore francescano m. 0. del sec. XV, dans Miscellanea francescana, t. 1V, 1889, p. 142-145; P. Bologna, Libri francescani slampati nel secolo XV, ibid., p. 105; 11 beato Cherubino da Spolelo, dans la même revue, t. vi, 1897, p. 160; Arthur de Munster, Martyrologium franciscanum, Paris, 1653, p. 352- 353, qui y affirme que le P. Chérubin mourut à Spolète el fut transporté ensuite à Sainte-Marie-des-Anges; L. Hain, Repertorium bibliographicum, t. τ, 2° partie, Berlin, 1925, n. 4930-4945, p. 97-99; W.-A. Copinger, Supplement 10 Hain’s Repertorium bibliographicum, 2° partie, t. 1, Berlin, 1926, n. 1584-1585, p. 173; J.-Ch. Brunet, Manuel du libraire, 45 éd., t. 1, Paris, 1860, col. 1834-1835.
A. TEETAERT.
1. SPONDE (Henri de), en latin Spondanus, évêque de Pamiers (1568-1643). — Henri de Sponde naquit à Mauléon le 6 janvier 1568 d’une famille cal-
2551 SPONDE (HENRI DE) viniste au service de Jeanne de Navarre; il eut pour parrain Henri de Bourbon, le futur Henri IV. Après d’excellentes études, il devint maître des requêtes pour le roi de Navarre. La conversion au catholicisme et la mort de son frère Jean, la lecture des ouvrages de Baronius et de Bellarmin, l'influence du cardinal Du Perron le décidèrent à abjurer le calvinisme, ce qu’il fit en 1595. Il se rendit à Rome vers l’an 1600; il se détermina alors à embrasser l’état ecclésiastique et fut ordonné prêtre le 26 mars 1606. Le pape Paul V lui confia divers emplois à la Curie et il fut fait recteur de Saint-Louis des Français. Après vingt-cinq ans de séjour dans la Ville éternelle, Henri de Sponde dut quitter la Curie en 1626, sur l’ordre exprès d’Urbain VIII, pour monter sur le siège épiscopal de Pamiers auquel la confiance du roi de France venait de le promouvoir. Dans cette charge Henri de Sponde se dépensa sans compter pour ramener les hérétiques à l'Église et pour appliquer les décrets du concile de Trente; il mourut saintement à Toulouse le 18 mai
Œuvres. — Outre un traité De cœmeleriis sacris souvent réédité, Henri de Sponde est l’auteur des ouvrages suivants : Annales ecclesiastici ex ΧΙ] tomis Cæsaris Baronii 5. R. E. cardinalis presbyleri in epilome redacti, Paris, 1613, in-fol. ; Annales sacri... a mundi creatione ad ejusdem reparalionem, Paris, 1639, in-fol.; Annalium... Baronii conlinuatio ab anno MCXX VII ad annum MDCXXII, Paris, 1639, in-fol. On compte de nombreuses rééditions et traductions de ces divers ouvrages.
Pierre Frizon a écrit une Vila Spondani qu'il a placée en tête d’une édition des trois grands ouvrages d'Henri de Sponde, Paris, 1649, in-fol. Le seul travail sérieux sur ce grand évêque est l’ouvrage très précis et très objectif de Mgr Vidal, Henri de Sponde, recteur de Saint-Louis àes Français, évêque de Pamiers, 1568-1643, Rome-Paris, 1929, l'indication de cet ouvrage dispense de toutebibliographie. On consultera utilement : Mgr Ræss, Die Convertlilen seit der Reformation, t. 111, Fribourg, 1866, p. 285-295; Féret, La {aculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres, t. ru, Paris, 1904, p. 257 sq. L'abbé Contrasty a publié trois rapports adressés par Henri de Sponde au Saint-Siège sur l’état de son diocèse, Cinq visites « ad limina », XVICet ZX VIIe siècles, Paris, 1913, p. 67-156 (la traduction qui accompagne le texte des rapports est souvent fantaisiste).
J. MERCGIER.
2. SPONDE (Jean de), frère aîné du précédent, né à Mauléon en 1557, converti en 1593, mort prématurément le 18 mars 1595. Outre des travaux d’érudition, Jean de Sponde a écrit une Déclaration des principaux molifs qui induisent le sieur de Sponde. à s'unir à l'Église catholique. Ensemble la responce d’un catholique romain sur le mesme subject, Melun, 1594, in-8°; Lyon, 1595. Le ms. 24 867 du fonds français de la Bibl. nat. contient (fol. 186 r°-fol. 197 r°) un Recueil de la responce du Sre [sic] de Sponde catholique apostolic romain con[seilller et maître] des reqg[uêltes du roy a la profession de foy d’un protestant de réformalion. Il ne faut pas confondre Jean de Sponde avec son fils, également prénommé Jean, évêque de Mégara et coadjuteur d'Henri de Sponde en 1634, évêque de Pamiers en 1641. Cf. Eubel, Hierarchia catholica, t. 1v, p. 88 et 237.
Vidal, op. cil., passim; Bayle, Dictionnaire historique et critique, t. v, Amsterdam, 1734, p. 226-229; Michaud, Biographie universelle, nouv. éd., t. XL, p. 78; Moréri, Le grand dictionnaire historique, 1759, τ, 1x, Ὁ. 506; Richard, Dictionnaire universel... des sciences ecclésiastiques, t. v, 1762, p. 159; Hurter, Nomenclator, 3° éd., col. 1103.
J. MERCIER
SPORER Patrice, frère mineur récollet allemand et moraliste célèbre (xvri s.). — Né à Passau, il entra dans l’ordre en 1637 et appartint à la province de Strasbourg. Il enseigna successivement la philosophie à
— SPORER (PATRICE) 2552
| Augsbourg (1644) et à Passau (1649), ainsi que la théologie à Dettelbach (1653-1665) et, depuis 1665, à Passau. Il fut aussi pénitencier de la cathédrale d’Augsbourg et de Passau (1645-1653), prédicateur de la cathédrale de Passau (1652-1653) et exerça jusqu'à trois fois la charge de définiteur provincial. Il mourut à Passau le 29 mai 1683. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages importants de morale. Il édita ses leçons de Dettelbach sous le titre : Tirocinium theologiæ moralis conscientiam, actum humanum et peccatum in genere moraliter explicans et applicans, Wurzbourg, 1660-1661, 3 vol. in-8°, intitulés respectivement : 1. Aclionum humanarum immediata regula conscientia moraliter explicala, 1660; 2. Actus humanus moralizalus, 1661; 3. Peccatum moraliler explicatum, 1661. Comme fruit des disputes théologiques tenues au même séminaire franciscain, P. Sporer publia avec ses deux élèves Herménégilde Fürsch et Bonaventure Schwab le Seraphim moralis. Amor Dei super omnia theologico-practice explicatus atque ad disputlationem publicam exposilus, Wurzbourg, 1662; la base de l’exposé de l’amour suprême de Dieu est constituée par la vision que saint François eut lors de la réception des stigmates. Ainsi les deux ailes du Séraphin, qui couvraient tout le corps du Christ crucifié, représentent la définition et l’obligation de la charité, qui non seulement doit s’étendre à Dieu, mais aussi à tout le corps du Christ, à chaque homme. Les deux ailes étendues au-dessus de la tête du Christ et les deux autres déployées pour le vol symbolisent la charité parfaite de Dieu, qui nous élève au-dessus de nous-mêmes objeclive et appretiative, extensive et intensive. P. Sporer est encore l’auteur d’une théologie morale, qui au cours des temps a été favorablement appréciée par tous les moralistes et qui, avec quelques remaniements, serait encore de nos jours à la hauteur de la science morale. La première partie, intitulée Tirocinium sacramentale practicum ad instruclionem ordinandorum et curandorum, parut du vivant de l’auteur, à Salzbourg, en 1681-1682, en 4 vol. in-8°. La seconde partie ne vit le jour qu'après la mort de P. Sporer et sur l’ordre des supérieurs provinciaux : T'heologia moralis super decalogum seu decem Dei præcepta, à Salzbourg, en 1685- 1687, 6 vol. in-8°; 2e éd., ibid., 1690-1693. La première partie, remaniée et augmentée, a été éditée sous le titre : Theologia moralis sacramentalis, à Salzbourg, 1688-1689, 1699-1701, 1711-1713, 1722. Ces deux parties furent publiées en un seul ouvrage, sous le titre de Theologia moralis super decalogum οἱ sacramenta, à Salzbourg, 1692-1693, 1700, 1711, 1722; ainsi qu'à Venise, 1704, 1716, 1718, 1724, 3 vol. in-fol., dont les deux premiers traitent des préceptes du décalogue et le troisième des sacrements. Le P. Chilian Katzenberger, O. τὶ M., y ajouta encore deux tomes, à savoir le t.1v : Supplementum theologiæ moralis sacramentalis et le €. v : Supplementum theologiæ moralis decalogalis, qui parurent tous deux à Salzbourg en 1724. Les éditions ultérieures comportent aussi ces deux Supplementa, à savoir celles de Venise, 1726 et 1755-1756, 5 vol. in-fol. Cette théologie morale a été récemment éditée par I. Bierbaum, ©. F. M., à Paderborn, 1899- 1901 et 1903-1905 en 3 vol. in-8°.
P. Sporer adhére, comme son confrère A. Reiffenstuel, au probabilisme. Cette théologie morale, à cause de la séparation trop rigoureuse entre la morale et le droit canon, ne constitue pas encore un tout organique, où les malières soient exposées et traitées en entier; elle surpasse cependant les théologies morales systématiques postérieures par la solidité de la doctrine, la ‘clarté et la méthode de l’exposé et l’érudition qui s’y fait jour. Aussi la théologie de P. Sporer ne fut-elle pas seulement répandue dans les provinces franciscaines d'Allemagne, où elle fut obligatoire dans l’ensei-
2553 SPORER (PATRICE)
gnement de la morale, dans les disputes publiques et dans les conférences des cas de conscience, où il fut défendu de taxer les opinions de P. Sporer de peu pro-
bables, mais aussi dans les autres provinces de l’ordre |
et même hors de l’ordre, non seulement en Allemagne, mais aussi dans les autres pays.Elle jouit encore d’un grand prestige au xix* siècle, puisque Scheeben, Lit. Handweiser, 1867, c. 387, et H. Hurter, Nomenclator,
3e éd., t. τν, col. 944, disent qu'elle est solide, erudite |
el perspicue conscripta, hinc admodum commendanda. Saint Alphonse de Ligori eut d’ailleurs continuellement recours aux ouvrages de P. Sporer, qu’il cite fréquemment dans sa théologie morale.
J.-H. Sbaralea-E. Rinaldi, Scriplores trium ordinum S. Francisei continuati, dans Supplementum ad scriptores ord. Min., 2° éd., t. 111, Rome, 1936, p. 284; P. Minges, Gesch. der Franziskaner in Bayern, Munich, 1896, p.227 ; A. Gôtzelmann, Das Studium marianum theologicum im Franziskanerkloster zu Dettelbach, dans Franzisk. Studien, t. VI, 1919, p. 345, 347, 353, 354, 360, 365; Th. Kogler, Das philos.theol. Studium der bayrischen Franziskaner, Munster-en- W., 1925, p. 60, 63; M. Grabmann, Die Geschichte d. kath. Theologie seit dem Ausgang der Väterzeit, Fribourg-en- B., 1933, p. 172, 184.
A. TEETAERT.
SPRENGER Jacques, dominicain allemand de la fin du xv® siècle. — Né à Rheiïinfelden, près de Bâle, vers 1436, il entra dans l’ordre, à Bâle, en 1452. Après avoir pris le doctorat à Cologne en 1472, il devint prieur du couvent de cette ville de 1472 à 1488. En 1481, Sixte IV le nommait, avec Gérard d’Elten, inquisiteur général pour les diocèses de Mayence, Cologne et Trèves. Deux ans auparavant, Sprenger avait déjà pris part, à Mayence, au procès intenté par l’archevêque de cette ville à Jean Ruchrath, voir ci-dessus, col. 146 qui se termina pas la condamnation de ce dernier. Zélé propagateur de la réforme dominicaine dans les provinces du Rhin supérieur et inférieur, Sprenger fonda à Cologne en 1475 la première confrérie allemande du rosaire. Il mourut à Strasbourg le 6 décembre 1495.
Son zèle d’inquisiteur s'était particulièrement déployé contre la sorcellerie, qui commençait dès cette date à devenir l’obsession de la chrétienté et tout spécialement de l’Allemagne. De concert avec H. Institoris, Sprenger rédigea le Malleus maleficarum maleficia εἰ eorum hæresim ut framea potentissima conterens, Cologne, 1487, 1489, 1494; Nuremberg, 1494, 1496 et très souvent par la suite. Le livre ne faisait guère que développer les idées de la bulle Summis desiderantes affectibus que le pape Innocent VIII venait de lancer dès le début de son pontificat, à l’automne de 1484. Cet acte établissait la proche parenté de la sorcellerie avec l’hérésie et dès lors renvoyait à l’Inquisition la connaissance des procès de ce genre, nonobstant les oppositions qui pourraient être faites. Les deux inquisiteurs allemands insistaient sur cette thèse et joignaient leurs observations personnelles sur la procédure à suivre et les moyens à mettre en œuvre pour obtenir les aveux des accusés. En réalité, il s’agissait de sorcières plus que de sorciers et le titre authentique du livre est bien Malleus maleficarum, car, pensaient nos auteurs, c’est surtout le sexe féminin qui a tendance à faire pacte avec le démon. Le 1. Ier établit l'existence du crime en question et de sa culpabilité toute spéciale, à l’aide des textes de Lev., χιχ, 26; xx, 6 sq., et Deut., xvirr, 9-14, de citations de saint Augustin et de saint Thomas, de l'expérience enfin. Le 1. II allègue les nombreux faits que revèlent les procès de sorcellerie, et entame l’étude de la procédure à suivre. C’est à cette matière qu’est plus spécialement réservé le 1. III, qui, tout en reconnaissant la compétence des tribunaux ordinaires, ecclésiastiques ou séculiers, insiste néanmoins sur la liaison entre sorcellerie