STABILITÉ DE L'ÉGLISE
et hérésie, ce qui donne à l’Inquisition un droit de priorité dans la poursuite et la répression. L’inquisiteur n’a pas besoin d’attendre qu’une accusation soit portée, mais il doit poursuivre d'office; les noms des témoins ne sont pas communiqués à l’accusé; un défenseur n’est pas toujours indispensable et le défenseur qui prend trop à cœur les intérêts de son client se rend par là même suspect d’hérésie, ce qui le disqualifie. Des détails fort précis sont donnés sur la manière d’arracher les aveux par la torture, sur les précautions à prendre pour que le démon ne contraigne pas l’accusé au silence. Tel quel, le Malleus laissera peu à inventer aux inquisiteurs de l’âge suivant, où les procès de sorcellerie vont se multiplier de façon inquiétante. Sprenger de son côté avait puisé une bonne part de sa documentation dans le Myrmecia bonorum, ou Formicarius de son confrère Jean Nider (f 1438), dont le 1. V, De maleficis el earum deceptionibus, fournissait une quantité d'exemples de sortilèges et de maléfices. Cette partie du Formicarius a été reproduite dans diverses éditions du Malleus.
Le succès de ce dernier fut considérable, en dépit de certaines oppositions qui se manifestèrent et qui touchaient davantage à la question de compétence des divers tribunaux qu’à celle de la réalité même des faits de sorcellerie. Une édition du Malleus parut donc à Cologne en 1511 avec une apologie. Plus importante est l’édition de Francfort, 1582, en deux tomes dont le premier contient l’œuvre de Sprenger et le second tout un corpus de traités contre la sorcellerie : 1. le De arlibus magicis du chanoine de Saragosse Bernard Basino; 2. le De pythonicis mulieribus d’'Ulrich Molitor de Constance; 3. le Flagellum dæmonum du raineur conventuel Jérôme Mengi; 4. le De probatione spirituum de Gerson; 5. le De pythanico contractu du mineur Thomas Murner; 6. les traités de Félix Malleolus (Hemerli), De exorcismis seu adjurationibus et De credulitate dæmonibus adhibenda; enfin le De strigibus de Barthélemy Spina (ci-dessus, col. 2479) avec sa triple apologie De lamiis contre le jurisconsulte J. Ponzinibius.
Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. τι, col. 1077, cf. col. 864- 865; Lexikon für Theologie und Kirche, t. 1x, col. 740, cf. t. v, col. 4; art. Hexen, dans Protest. Realencyclopädie, t. vint, p. 32, 33; et les auteurs qui traitent des procès de sorcellerie énumérés dans ce même article, p. 30, auxquels on ajoutera J. Hansen, Quellen und Untersuchungen zur Geschichte des Hexenwahns, 1901.
SPRUGH Othon, frère mineur, dont nous n’avons pu trouver aucune notice chez les bibliographes franciscains. Il appartint à la province monastique de Croatie et Carniole, dans laquelle il fut lecteur et provincial en 1775. Il est l’auteur de quelques ouvrages théologiques d’une certaine importance : De Ecclesia, ponlifice et conciliis, 1774; De statu hominis in originali justitia et paradiso terrestri, de conditione animæ rationalis præsertim post hanc vilam, de judicio particulari, de resurrectione mortuorum el judicio universali, de supernaturali hominis bealitudine, de inferno, de purgatorio et de indulgentiis, Laybach, 1769; Venise, 1774- 1775, 2 vol. in-12; De exleriori Dei cultu, adoratione eucharislica, sacrificio, inventione et adoratione sanctæ crucis aliorumque dominicæ passionis instrumentorum, de mediatione et oratione Chrisli, de cullu b. v. Mariæ, angelorum et aliorum sancltorum, de sanctis imaginibus el reliquiis, de cærimoniis, jejuniis et festis, Salzbourg, 1771.
Η, Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. v, col. 34-35. A. TEETAERT.
STABILITÉ DE L'ÉGLISE. — La stabilité invaincue de l’Église est énoncée par le concile du Vatican comme un motif puissant et perpétuel de sa
255 S'TABTLLTENDE EGLISE crédibilité et un témoignage irrécusable de sa mission divine. Const. De fide catholica, c. 111, Denz.-Bannw., n. 1794. Sans doute, cette stabilité se confond, sur la plupart des points, avec d’autres propriétés de l’Église, notamment son unité, sa catholicité, son apostolicité. Cependant, il convient de s’y arrêter brièvement, pour marquer les deux aspects sous lesquels ces autres propriétés de l’Église du Christ prennent une valeur apologétique plus accentuée. C’est :
1° La stabilité historique. — Le Christ a fondé son Église et a adressé aux premiers pasteurs et fidèles cette promesse solennelle : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle. » Matth., xxvint, 20. Il ne s’agit pas de constater simplement dans l’Église une continuité de fait et pour ainsi dire toute matérielle; mais on doit y trouver une continuité formelle, répondant, à tous les âges de l'Église, aux intentions de son divin fondateur.
L’apologète qui s’emparera de cette donnée de stabilité historique, mettra en relief ses trois aspects principaux :
1. Premier aspect : continuité de l’Église considérée dans sa constitution même. Ni les persécutions, ni les changements politiques, ni l’ingérence abusive du pouvoir civil, ni à certaines époques l’inconduite de chefs spirituels amenés au sacerdoce sans vocation et par l’esprit de lucre ou le désir des honneurs, ni même l’épreuve périlleuse des schismes, n’ont pu exercer d'influence délétère compromettant la constitution même donnée par le Christ à son Église.
2. Deuxième aspect : continuité de l’Église considérée dans la succession même deses chefs, et principalement de l’évêque de Rome, souverain pontife dans l’Église. C'est considéré sous cet aspect que l’argument de l’apostolicité de l’Église prend toute sa valeur.
3. Enfin, troisième aspect : nonobstant cette continuité ou plutôt même à cause d’elle, affirmation d’un progrès normal répondant aux exigences de la croissance continue d’une société dont le rôle doit être universel dans le temps comme dans l’espace. Ainsi, sans compromettre aucun élément essentiel de sa constitution et de son gouvernement, l’Église a su s’adapter aux conditions successives et parfois bien difrérentes qu’imposaient à son action les modifications profondes de l’ordre politique ou social. Bien plus, en elle-même, elle s’est développée et a perfectionné sa constitution et son gouvernement dans un sens qui répond aux volontés du Christ. On trouvera ici à l’art. PAPE une démonstration frappante de cette stabilité dans un progrès continu.
29 La stabilité doctrinale. — « Allez, enseignez toutes les nations..., leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. » Matth., xxvir1, 19-20. Cette stabilité doctrinale est peut-être plus remarquable encore que la stabilité historique. Elle comporte, de la part de l'Église, un triple rôle, humainement impossible à tenir.
1. En premier lieu, l’Église a dû maintenir intact le dépôt sacré des vérilés révélées qui lui a été confié. Or, une telle conservation, en des matières où souvent l'intelligence humaine ne peut être fixée par l'évidence de la vérité, est déjà par elle-même un fait extraordinaire qu’on ne saurait expliquer sans une assistance spéciale de Dieu.
2. En second lieu, l'Église a dû maintenir intact ce dépôt en le préservant des adultéralions nombreuses et incessantes que l’esprit humain, en quête d’explica- Lions nouvelles, a voulu, et souvent de la meilleure foi du monde, y faire pénétrer. Les hérésies des rv° et ve siècles contre les dogmes de la Trinité et de l’incarnation ont été des épreuves plus redoutables que les sanglantes persécutions des âges précédents. Et il ἃ .allu, non seulement pour résister à l'esprit d'erreur,
STAFFLER (HILARION) 2556 mais encore pour formuler la vérité en face des hérésies, une assistance tout aussi extraordinaire.
3. Enfin, l’Église a su maintenir intact le dépôt de la foi, tout en dirigeant le progrès qui devait naturellement s'affirmer. Sa stabilité doctrinale comportait cette délicate adaptation du maintien intégral de la foi aux légitimes évolutions d’une pensée, substantellement fidèle aux enseignements du Christ, mais cherchant à en pénétrer de plus en plus les richesses insoupçonnées, à la fois dans l’ordre de la spéculation et dans l’ordre des applications pratiques à la vie et à la piété chrétiennes.
Cette stabilité de l’Église, à la fois historique οἱ doctrinale, est un aspect de son indéfectibilité, étudiée à l’art. ÉGLISE, t. 1V, col. 2145-2150.
A. MICHEL
STADLER Maurice, frère mineur capucin suisse (xvine 5.) — Né à Beromünster, près de Lucerne, en 1739, il exerça dans l’ordre la charge de lecteur de théologie et de philosophie à Fribourg (Suisse), et celle de gardien à Dornach (1779-1780). Il mourut en 1810. Donnant suite à une demande du général Séraphin de Capricolle au provincial de Suisse, le 22 janvier 1758, de remplacer le manuel philosophique déjà vieilli de Gervais de Brisach par un cours de philosophie plus moderne et adapté aux exigences du temps, Maurice Stadler édita ses Prælecliones philosophicæ ad usum recentioris philosophiæ candidatorum ad 5. theologiam aspirantium, 4 vol., Bâle, 1780.Tandis que la théodicée constitue dans ce manuel un traité spécial de philosophie, distinct de la théologie, l'éthique n’y a pas encore de place et reste toujours unie à la théologie morale, Le P. Maurice bâtit sa philosophie surtout sur les systèmes de Newton et du jésuite Boscovich, dont il reprend en grande partie les théories. Il tend. avant tout, dans son cours de philosophie, à moderniser l’ancienne philosophie, à rejeter toutes les théories vieillies et à introduire les théories et les thèses nouvelles. Le P. Maurice est encore l’auteur d’Annales fr, minorum S. P. N. Francisci capuccinorum provinciæ helvelicæ, inédit, conservé dans les archives du couvent capucin de Lucerne et d’un Xurzer Lebensbegrif] des am =. Herbstmonat 1792 für den wahren Glauben heldenmütiq geslorbenen P. Apollinaris des seraph. Capuciner Ordens der schweïizer Provinz, inédit, conservé dans les archives du couvent capucin de Stans (le P. Apollinaire Morel, victime des massacres de septembre, avait été son collègue à Fribourg). Nous avons encore de lui une série de thèses théologiques se rapportant à l’apologétique, à la dogmatique, à la sainte Écriture et à l’histoire ecclésiastique, qui furent défendues au couvent de Sursee au mois d’août 1788 : Analysis lheologica disputalionis publicæ, inédit, conservé dans le ms. 5. H. 9 des archives du couvent capucin à Lucerne.
Jean-Marie de Ratisbonne, Appendix ad Bibliothecam scriplorum capuccinorum, Rome, 1852, p. 31-32; Pie Meier de Willisau, Chronica prov. helveticæ ord. capuc., Soleure, 1884, p. 423; L. Signer, Pflege des Schrifttums in der Schweizer Provinz, dans Die schweïizerische Kapuzinerprovinz. Ihr Werden und Wirken. Festschrift zur vierten Jahrhundert- [οἷον des Kapuzinerordens, Einsiedeln, 1928, p. 357-358; A. Jann von Stans, Der selige Märtyrer Apollinaris Morel von Posat und die feierliche Disputation seines theologischen Kurses, dans Collectanea francise., t. 11, 1932, p. 78, 84, 89, 223-225, 367-368, 514-515; Β΄. Jansen, Philosophen katholischen Bekenntnisses in ihrer Stellung zur Philosophie der Aufklärung, dans Scholastik, t. χα, 1936, p. 24-26.
A. TEETAERT.
STAFFLER Hilarion, frère mineur tyrolien (xvire s.). — Né le 17 novembre 1637, il fut lecteur dans plusieurs couvents de son ordre et enseigna à l’université d’Inspruck l’hébreu et l’herméneulique (1674). Il a publié : De vera Jesu Christi militante Ecclesia, Inspruck, 1771; De supremo Ecclesiæ mililantis
2557 STAFFLER (HILARION) capile, Jesu Christo, ibid., 1773 et peut-être faut-il lui attribuer aussi l’Historia literaria theologiæ, ibid., 1779, que d’autres toutefois attribuent à un certain Michel Stafller. Hilarion Staffler mourut après 1779. Nous avons cherché en vain des notices sur ce théologien chez les bibliographes franciscains.
H. Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. v, col. 35. A. TEETAERT.
STAGNI Alexandre, ecclésiastique italien né en 1760, mort le 10 juillet 1836. — On a de lui : Alcuni saggi concernenti i principali caratteri della sloria ecclesiastica, 1790; Dell’ influenza della cattolica religione sul bene del principalo e della società, 1790; Le prove filosofico-politiche della religione, 1832.
Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. v, col. 867; Roskovany,
Cælibatus et breviarium, t. 1V, Budapest, 1861, p. 354. J. MERCIER.
1. STAIDEL Bonaventure, frère mineur conventuel (xvine s.). — Originaire de Trente, il étudia au collège Saint-Bonaventure des conventuels à Rome en 1748 et y fut promu docteur en 1751. Il exerça dans l'ordre la charge de postulateur des causes de béatification et de canonisation et mourut à Rome au couvent des XII Apôtres le 8 janvier 1798. Il édita des Notæ ad theologiam moralem Gabrielis Antoine, Rome, 1764, qui eut plusieurs rééditions dans la suite.
J.-H. Sbaralea-E. Rinaldi, Scriptores trium ordinum S. Francisci continuati, dans Supplementum ad scriptores ord. min., 2° éd., t. 1117, Rome, 1936, p. 205; D. Sparacio, Frammenti bio-bibliografici di scrittori ed autori minori conventuali dagli ultimi anni del 600 al 1930, dans Miscellanea francisc., t. xxx1, 1931, p. 96, et séparément, Assise, 1931, p. 185.
A. TEETAERT.
2. STAIDEL François-Jean de Dieu, frère mineur conventuel (XVIIe 5.). — Originaire de Trente, il étudia au collège Saint-Bonaventure des conventuels à Rome en 1732 et y fut promu docteur en théologie en 1735. Π fut examinateur prosynodal à Trente et prit part à la controverse suscitée par l’ouvrage de Jérôme Tartarctti sur la magie : Del congresso notturno delle lammie con due dissertazioni sopra l’arle magica, Roveredo, 1749; l’auteur en question considère ces réunions nocturnes comme des fables. Fr. Staidel écrivit à cette occasion Ars magica adserta, Trente, 1750, dans lequel il voudrait prouver que l’art magique est encore exercé après la mort du Christ. Il publia aussi un Enchiridion ad usum sacerdotum, qui a sacris confessionibus sun, 2 éd., Trente, 1753, in-16, vir1-328 p., dans lequel ïi suit avant tout la doctrine de saint Bonaventure. Il est aussi l’auteur de Casus morales et d’une Apologia della santità ὁ martirio di S. Adalberto, vescovo di Trento, Trente, 1757.
J.-H. Sbaralea-E. Rinaldi, Scriplores trium ordinum S. Francisci continuati, dans Supplementum ad scriptores ord. min., 2° éd., t. 111, Rome, 1936, p. 234; D. Sparacio, Frammenti bio-bibliografici, p. 97, et séparément, Assise, 1931, P. 185-186; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. τν, col. 1533 et
STALAM (Barthélemy de), frère mineur anglais, dix-huitième maître régent des franciscains à Cambridge, qui, d’après la rubrique de la question xxXXvII du ms. 158, fol. 44 v°, de la bibl. munic. d'Assise, objecta aux vespéries de Robert de Worsted, O. F. M., seizième maître régent à Cambridge, présidées par le quinzième maître régent en acte, Thomas de Bungay. La question des vespéries était la suivante : Quæslio est utrum Satan, quando transfigurat se in angelum lucis, fallat sensus hominum, ila quod fiat ludificacio sensuum in assumplione corporis et on y lit Bongeye in vesperis; respondil Bartol. minor. Stalam, d’où Barthélemy était originaire, est un village dans le Norfolk en Angleterre.
— STANCARO (FRANÇOIS) 2558
A.-G. Little, The franciscan School at Oxford in the thirteenth century, dans Arch. franc. hist., t. XX, 1926, p. 828- 829; A.-G. Little et Ἐς Pelster, Oxford theology and theologians c. a. D. 1282-1302, dans Oxford histor. Society, t. ΧΟΥῚ, Oxford, 1934, p. 73-74, 75, 107, 275.
A. TEETAERT.
STAMBER Jean (autres formes du nom STANBERY OU STANBRIDGE; en latin STANBRIGIUS, STENOBRIGIUS, STENOBURGUS OU encore SCANDEBE- RUSs), carme, docteur en théologie de l’université d'Oxford, évêque de Bangor en 1448, de Hereford en 1453; mort le 11 mai 1474 à Ludlow. Il a laissé de nombreux écrits. Nous citons seulement ici les plus dignes d'intérêt : De vigore Sacræ Scripluræ; De vario Scripluræ sensu; De dote Ecclesiæ; De prærogativa ecclesiastica; De potestate pontificia; De sanctionibus ecclesiasticis; De vigore decretorum; etc. Il ne faut pas confondre Stamber avec un John Stanbridge, grammairien, né en 1463, mort en 1510.
Bibliotheca carmelitana, Orléans, 1752, col. 102-104; Fabricius, Bibliotheca Latina, t. 1V, Ὁ. 430; Diclionary of national biography, t. xvur, Londres, 1909, p. 879 (bonne bibliographie); Moréri, Dictionnaire historique, 1759, t. 1x, col. 551.
J. MERCIER
STAMPA Ambroise, frère mineur capucin italien. — Né en 1546 à Soncino des marquis Stampa, il épousa la princesse Marianne de Leyva d’Ascoli et, après la mort de celle-ci, entra chez les capucins de Milan en 1595. Après son ordination sacerdotale, il partit, en 1600, comme missionnaire en Afrique, où il travailla surtout à la libération des esclaves. Il mourut à Alger en 1601. Il est l’auteur d’un Tractalus de sacramento pænitentiæ et d’un ouvrage intitulé De modis et remediis recle vivendi el moriendi.
Z. Boverius, Annales ord. fr. min. cap., t. 11, an. 1601, Lyon, 1632, p. 664 sq.; Bullarium ord. fr. min. cap., t. τι, Rome, 1743, p.305; t. vir, Rome, 1752, p.267; Roch de Cesinale, Storia delle missioni dei fr. min. cappuccini, t. 1, Paris, 1867, p. 423; Bernard de Bologne, Scriptores ord. fr. min. cap., Venise, 1747, p. 8-9; J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores ord. min., 25 éd., t. 1, Rome, 1908, p. 33; V. Bonari, 1 conventi ed i cappuccini Bresciani, Milan, 1891, Ῥ. 137-142; le même, 1 cappuccini della provincia Milanese, 2e partie, t. 1, Crema, 1898, p. 95-98.
A. TEETAERT.
STANCARO François, théologien protestant dissident (1501?-1574). I. Vie. II. Doctrine stancariste.
I. VIE. François Stancaro (ou Stancarus) appartient à ce petit groupe de protestants italiens qui se distinguent entre tous, au xvre siècle, par leur caractère agité, leur goût des aventures, leurs opinions excentriques, leurs pérégrinations sans fin. Ochino, Vermigli (Pierre Martyr), les deux Sozzini (Lélius et Fauste Socin), Blandrata, Lismanino, Stancaro, d’autres encore, tels sont les noms de ces « réformateurs » passionnés et instables. Tous ils se ressemblent, et tous ils se sont querellés sans fin.
Stancaro était né, semble-t-il, autour de 1501, à Mantoue. Il avait été moine on ne sait au juste de quel ordre. Sa formation paraît avoir été celle d’un théologien plutôt que d’un humaniste. On le trouve, en 1543, à Chiavenna (Lombardie), puis, en 1546, à Bâle, en pays protestant, sans que l’on sache pourquoi et comment il avait quitté l’habit monastique d’abord, sa patrie ensuite.
A Bâle, il publie une Æbreæ grammalicæ instilulio (1547), puis un Ebreæ grammaticæ compendium (1547). Mais il dut avoir quelque démêlé avec les autorités religieuses du lieu, comme il devait en avoir toute sa vie partout où il passerait, car il se rendit de Bâle à Cracovie, où on le jeta en prison pour hérésie. Il s'échappe et devient, en 1551, professeur d’hébreu à l’université de Kônigsberg. Le grand homme du lieu
était alors André Osiander. Bientôt une discussion théologique le met violemment aux prises avec Stancaro, au sujet de la médiation du Christ. On verra plus loin l'étrange doctrine de l'Italien à ce sujet. Dès cette date, il a ce qu’on peut appeler sa marotte, dont il ne démordra plus. Au bout de trois mois (23 août 1551), Stancaro décampe. Il passe à l’université de Francfort-sur-l'Oder, où il publie une Apologia contra Osiandrum. Contre lui, l'électeur de Brandebourg fait appel aux grands maîtres de Wittenberg. Mélanchthon, qui, depuis la mort de Luther, en 1546, était le nom le plus illustre de la réforme luthérienne, ne dédaigne pas de réfuter Stancaro (1553). Voir Corpus reformatorum, t. xx, p. 87. Le séjour de Francfort devient impossible à Stancaro. Il se réfugie en Pologne, où, de toutes parts, les théologiens les plus aventureux accouraient. Mais, là non plus, il ne tient guère en place. Il passe de château en château, d’abord chez le prince Olesnicki, puis chez le comte Ostrorog. Partout ses théories soulèvent une violente opposition. Il quitte la Pologne pour la Hongrie et la Transylvanie. Puis en mai 1559 (et non 1558), il revient en Pologne. Il se tixe à Pinczow, province actuelle de Kielce. Il y était déjà connu et redouté. Et c’est alors qu’éclate entre lui et les théologiens et ministres protestants du lieu, une querelle d’une violence sans égale, qui dure plusieurs années et ne s’apaise que par le départ et la mort de Stancaro. Il n’a presque personne pour lui. On ne trouve à ses côtés ni disciples marquants, ni Église dissidente., On l’appelle bien plutôt «l’ennemi de toutes les Églises, omnium Ecclesiarum hostis ». Lettre de Lismanini, du 28 décembre 1561, de Cracovie, dans Wotschke, Der Briefwechsel der Schweitzer mit den Polen, Leipzig, 1908, p. 145. On réunit contre lui synode sur synode. Le premier et le plus important fut celui de Pinczow, en août 1559; voir la confession de foi, contre Stancaro, de ce synode, dans Wotschke, op. cil., p. 92-95, puis celui du 18 août 1562, dans la même ville. Zbid., p. 153-154. Ce qu’il y a de remarquable dans cel ouvrage énorme, c’est que les théologiens polonais appellent à leur secours ceux de Zurich et de Genève, en sorte que les Églises suisses ne sont pas moins agitées que celles de Pologne. Tout le monde se met à l’œuvre contre l’obstiné Stancaro. Nous avons une réfutation en règle de sa doctrine par le clergé zWinglien de Zurich, en date du 27 mai 1560 (publiée à Zurich, en mars 1561), une autre du clergé genevois, en date du 9 juin 1560, Corpus reformatorum, Opera Calvini, t. 1x, p. 353 sq., une troisième de Pierre Martyr, en date du 15 août 1561. Ajoutons à cela que les théories antitrinitaires se répandaient dans les mêmes milieux polonais, achevant d’y jeter la confusion doctrinale la plus complète. On comprend que le prince Nicolas Radziwill, grand patron des novateurs, s’en soit ému et qu’il ait pu écrire au clergé de Zurich, le 14 septembre 1564 : « Combien graves et de haute importance les controverses religieuses, au sujet du premier fondement de notre foi, sur Dieu ou la Trinité, ont élé parmi nous, au royaume de Pologne et dans le grand-duché de Lithuanie, et quelles ruines, quels dissentiments et quels périls elles entraînent à leur suite, par Lant de discussions et de luttes entre les ministres des Églises et les disciples qui les suivent, c'est ce que nous avons estimé devoir exposer à vos révérences. Ce que furent et sont encore ces querelles, vous le saurez surabondamment par la lettre que nous avions écrite au très illustre docteur Jean Calvin et que nous vous envoyons. Mais puisque, par le bon
plaisir de Dieu, il a quitté cette vie mortelle, nous .
nous tournons maintenant vers vous, dans le même sentiment que nous avions envers lui... L'occasion de toutes ces discussions fut fournie par un homme d’un certain esprit inquiet, François Stancaro, de Man-
STANCARO (FRANÇOIS)
toue, qui a publiquement accusé, dans ses écrits, vos Églises de Suisse, de Savoie, et toutes celles d’Allemagne et les nôtres en Pologne et Lithuanie, et nommément Calvin lui-même, Bullinger, Philippe Mélanchthon et les autres hommes illustres de nos Églises et bons serviteurs de toute la République, d’être tombés dans les hérésies arienne, eutychienne et dans beaucoup d’autres...» Wotschke, ibid., p. 225. Comme on le voit, Stancaro n'avait épargné personne. On dira tout à l’heure ce qu'il reprochait aux théologiens protestants, les catholiques étant hors du débat, comme objets de réprobation encore plus radicale. De son côté, il n’était pas épargné non plus et il écrivait dans la Préface d’un ouvrage De Trinitate et Mediatore, Cracovie, 1562 : « Vous m'avez expulsé, alors que j'étais paralytique, avec ma famille, de ma demeure et de tout le royaume, autant du moins qu’il vous a été possible, alors que je ne cherchais qu’à vous affranchir, en toute humanité, de vos hérésies et de la perte éternelle. Vous avez publié contre moi, en polonais et en latin, des libelles pleins de mensonges, où vous m’appelez vaurien, bête fauve, impie, scélérat, fou, maudit, insensé, perturbateur des Églises, blasphémateur, mauvais plaisant, hypocrite, champion d’erreur, nestorien, homicide, furibond, frénétique, juif circoncis. » Ce chapelet d’injures donne une idée du « climat » de la querelle. Rejeté de tous, Stancaro se retira chez un protecteur, nommé Zborovius, à Stobnitz. Il y mourut, le 12 novembre 1574. Dès 1565, on avail pu écrire de lui : « Une même mort, à ce qu’on dit, l’a absorbé avec sa doctrine. » Wotschke, 0p. cil., p. 242. Le silence s'était donc fait autour de son nom bien avant sa mort effective.
II. LE STANCARISME. — La doctrine de Stancaro ne fut ni un système, ni une confession ecclésiastique. Il partait uniquement de cette idée que le Christ n’avait pas pu être médiateur entre Dieu et les hommes en tant que Dieu, car ce serait lui attribuer une divinité inférieure à celle de son Père et tomber dans l’arianisme. Il n’était donc médiateur qu’en tant qu'homme. A quoi ses adversaires répliquaient : si le Christ n’est médiateur qu’en tant qu’homme, c’est qu’il possède, selon vous, une personnalité humaine distincte de celle du Verbe, ce qui était proprement la doctrine de Nestorius. Stancaro, à son retour en Pologne, en mai 1559, avait publié un ouvrage intitulé : Collalio doctrinæ Arrii (sic) et Philippi Melanchthonis el sequacium. Arrii et Melanchthonis εἰ Francisci Davidis et reliquorum Saxonum doctrina de Filio Dei, Domino nostro Jesu Christo, una est οἱ eadem. Cet ouvrage avait été condamné au feu par le clergé de Pinczow. François Lismanini en avait aussitôt écrit et à Mélanchthon et à Bullinger de Zurich. Il résumait en ces termes la thèse de Stancaro : « Il a renouvelé l’hérésie déclarée de Nestorius, ce qu’il avait déjà essayé de fairenaguère dans la Marche (sorabe) et en Prusse et, récemment, en Transylvanie, en divisant la chair du Christ du Verbe, de telle façon que seule elle ait opéré dans notre réconciliation avec le Père. Par là, il établit un homme pur et simple (nudum hominem) comme médiateur pour nous et il accuse d’impiété arienne tous ceux qui ne veulent pas jurer par ses paroles, alors que luimême ne veut s’agréger à aucune Église. » Wotschke, op. cil., p. 96.
Le raisonnement de Stancaro était le suivant : le médiateur intercède pour nous, prie pour nous. Or, intercéder, prier, sont des signes d'infériorité envers celui à qui l’on s'adresse. Donc, Jésus-Christ ne peut être médiateur qu’en tant qu'homme. Il s'ensuit que la médiation du Christ ne s’adressait pas, comme les autres théologiens le disent unanimement, au Père, mais à la Trinité tout entière. « Il est donc faux que nous ayons le Christ comme avocat auprès du Père,
2561 STANCARO (FRANÇOIS) que nul ne vient au Père si ce n’est par le Christ », disaient avec dépit ses adversaires! Zbid., p. 102.
Enfin, Stancaro tirait de sa théorie une application à la prière. A l'entendre, toute oraison devait être dirigée à la Trinité entière au nom du Christ-homme, seul médiateur. Quoi qu’il en soit, le s{ancarisme ne fut qu'un orage passager, d’une violence exceptionnelle, mais sans lendemain.
Les sources principales ont été indiquées au cours de l’article : Wotschke, Der Briefwechsel der Schweitzer mit den Polen, Leipzig, 1908; Corpus reformatorum. — Voir aussi Lublenecki, Historia reformationis Polonicæ, Freistadii (Amsterdam), 1685, 1. I, ce. v, et 1. II, c. νι; Regenvolscius (Wengierski), Systema historico-chronologicum Ecclesiarum Slavonicarum, Utrecht, 1652; Dalton, Lasciana nebst den ältesten evangelischen Synodalprotokollen Polens 1555-1561, Berlin, 1898.