‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 329 sur 457 · SUN OR · texte numérisé non relu

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ita se habeat ad agere. Quia igitur speciebus sacramentalibus datum est divina virtule ut remaneant in suo esse quod habebant substantia panis et vini exislente, consequens est quod etiam remaneant in suo agere. Is peuvent donc agir sur les autres corps; ils peuvent se corrompre : Sicut esse horum accidentium poterat corrumpi, substantia panis et vini existente, ila etiam potest corrumpi, illa substantia abeunte. Ibid., a. 4. Les accidents peuvent nourrir, a. 6, et sont soumis comme toute nourriture à la digestion : Species sacramentales possunt converti in aliquam substantiam quæ ex eis generatur; per eamdem rationem possunt converti in corpus humanum, per quam possunt converti in cineres vel vermes. El ideo manifestum est quod nutriunt. De même, il y ἃ fraction réelle des espèces eucharistiques : ainsi nous le révèlent les sens qui ne trompent pas sur leur objet propre. 1 bid., a. 7. Plus besoin donc de l’hypothèse gratuite selon laquelle le corps du Christ déserte mystérieusement les espèces au contact d’un animal. Il reste sous les espèces aussi longtemps que celles-ci ne sont point corrompues; à cela il n’y a aucune ignominie, aucune diminution de la dignité du Christ, car l'animal ne touche pas directement le corps du Christ, mais seulement les espèces sacramentelles : Ætiamsi mus vel canis hostiam consecratam manducet, substantia corporis Christi non desinit esse sub speciebus quamdiu illæ species manent, hoc est quamdiu substantia panis maneret; sicut etiam si projiceretur in lutum. Nec hoc vergit in detrimentum dignitatis corporis Christi, præserlim cum mus et canis non tangat ipsum corpus Christi secundum propriam speciem, sed solum secundum species sacramenlales. Q. LXXX, ἃ. 3, ad 31m,

Ainsi saint Thomas dissipe le scrupule et le mirage des auteurs précédents par un réalisme de bon aloi qui reçoit tout à la fois le témoignage de la tradition sur la conversion du pain et du vin au corps et au sang du Christ et celui de l’expérience sensible sur la permanence de la réalité phénoménale des « apparences » ou accidents du pain et du vin après la consécration. Le concile de Trente consacrera la solidité de cette vue traditionnelle dans sa définition du dogme de la transsubstantiation. Le décret enseigne dans l’eucharistie, du fait de la consécration, une admirable et singulière conversion de la substance du pain et du vin au corps et au sang du Christ, et néanmoins la permanence des apparences : c’est-à-dire de tout ce qu’on voit, tout ce qu’on observe ou expérimente, de tout ce qui tombe sous les sens.

Conformément à cette doctrine touchant la présence dans le sacrement d’un élément objectif sensible, après la disparition des substances, la théologie d’aujourd’hui accepte sans difficulté les données de l'expérience à savoir : en fait « le pain et le vin consacrés se comportent absolument comme le pain et le vin ordinaires, ils gardent leurs propriétés physiques et chimiques, provoquent dans l’organisme vivant les mêmes réactions. Le pain consacré nourrit et le vin consacré pris en quantité enivre; ils se montrent capables des mêmes effets dynamiques et mécaniques et passent dans le temps habituel par toutes les phases habituelles de l’évolution naturelle du pain et du vin. L’hostie consacrée garde sa forme et son poids... se couvre de moisissure dans un lieu humide et finalement se décompose et se corrompt. » Art. EUCHARIS- TIQUES {Accidents ), ici, t. v, col. 1368.

Le changement de substance affecte cette réalité métaphénoménale « que la science n’atteint pas, que les sens ne perçoivent pas et que cependant la raison nous dit exister en toutes choses comme point d’attache et raison dernière des phénomènes et des propriétés ». Art. EUCHARISTIE, t. v, col. 1349.

IV. CONCLUSION GÉNÉRALE. LE FAUX PROBLÈME DU STERCORANISME. — Dans la lumière de la doctrine

DICT. DE THÉOL. CATHOL

STERCORANISME. CONCLUSION

définie par le concile de Trente et interprétée selon l’enseignement réaliste des théologiens, il est facile d'apprécier comme il convient l’état d’esprit qui ἃ créé la hantise du « stercoranisme » et a donné une solution illusoire à ce faux problème.

1° La doctrine objective remise en bonne place par Albert le Grand et saint Thomas a l’avantage de ne rien sacrifier des données du problème eucharistique; elle ne sacrifie ni le témoignage des sens, ni la signification naturelle des paroles du Maître. Elle est dans le prolongement de la pensée des Pères. Ceux-ci se préoccupent avant tout, certes, d’affirmer que le pain et le vin consacrés sont le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que, de ce fait, il y a un merveilleux changement qui s'opère à l’autel. Ils accordent moins d'importance au problème de ce qu’il reste d’apparent après la consécration. Cependant, ils savent distinguer entre un élément terrestre et un élément céleste dans l’eucharistie, entre le corps du Christ invisible, incorruptible, et la réalité sensible qui le voile, qui peut se casser, moisir et se corrompre. Leur respect pour le complexe du « corps du Christ » les pousse à préserver l’hostie consacrée d’autre disparition que par la communion. Ils craignent de la laisser tomber, de la laisser devenir la proie des animaux. Ils savent distinguer en elle entre l’aliment de l’âme et l’aliment du corps, entre le sacramentum corruptible et la res sacramenti incorruptible. Il ne vient pas à leur pensée que, sous prétexte de reconnaître la réalité du corps du Christ, on soit obligé de nier la réalité des apparences qui le voilent, que, sous prétexte de sauvegarder sa dignité, on doive soustraire les espèces à la digestion ou à la corruption naturelles. Bref, sans disserter sur l’objectivité des espèces, ils y croient et agissent en conséquence.

2° Cependant dès le τνὸ siècle en Orient, dès le vire en Occident, chez certains Pères ou théologiens, va se développer un état d’esprit différent. Unanimes toujours à affirmer sur l’autel la présence du corps du Christ, les Pères vont résoudre différemment le problème du maintien des apparences. Certains Pères grecs, par un respect scrupuleux de la dignité du « corps du Christ » ne voudront pas qu’il soit soumis aux vicissitudes de la digestion. Ce scrupule naît chez eux de la confusion entre le corps du Christ et les espèces sacramentelles qui le voilent et aussi de l’extension aux apparences de l’incorruptibilité reconnue au corps du Christ.

L’état d’esprit qui va permettre au problème du stercoranisme de se poser est en train de se former. En effet, si l’on applique le nom de corpus Christi au complexe qu’est l’eucharistie, d’une façon univoque et matérielle, sans distinguer le signe visible et corruptible de la chose signifiée, invisible et incorruptible, sans affirmer l’objectivité propre du signe, sans prendre garde à la nature spirituelle de la chose signifiée, on s’engage dans une impasse dont on ne pourra sortir qu’en faisant appel au miracle et en tenant souvent pour apparence purement subjective les éléments sensibles consacrés.

3° Ceux qui furent accusés de stercoranisme se trouvent avoir été les défenseurs de cet aspect, à la vérité secondaire, du dogme eucharistique, à savoir la présence dans le sacrement d’un élément objectif, sensible après la disparition des substances. Raban Maur, Ratramne, Bérenger ne sont pas à incriminer pour avoir insisté sur ce fait que le pain et le vin ne subissent sur l’autel aucun changement dans leur être visible et leurs propriétés sensibles, que les éléments consacrés n’ont pas perdu leur qualité d’aliment. Ils ne constatent pas de conversion discernable dans le pain et le vin et ils tiennent cela pour une donnée sensible et objective. Comment le leur reprocher? Ils trouvent que le corps

eucharistique est invisible, impalpable. Ceci est encore vrai, Mais ce qui était contre la tradition, c’était la prétention de Ratramne et de Bérenger de conclure absolument, sans tenir compte des données de la foi, du plan phénoménal au plan métaphénoménal, de nier ou tout au moins de méconnaître la conversion des substances sous prétexte qu’elle n’était pas discernable sur le plan des réalités phénoménales. Il leur manquait le respect de la tradition intégrale qui admettait à la fois et une conversion mystérieuse au delà des données des sens, et la permanence cependant des propriétés visibles du pain et du vin.

Leurs adversaires n’auraient pas dû raisonnablement mettre en cause les expériences qu’ils rappelaient à savoir le fait que les éléments consacrés nourrissaient, pouvaient moisir, se corrompre, être dans une situation dégradante, tomber à terre, être foulés aux pieds, être mangés par les animaux, digérés comme les autres aliments. Ils auraient dû contester seulement les arguments que les -bérengariens — au moins à ce que l’on prétendait — en tiraient abusivement contre une conversion mystérieuse de la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang du Christ.

Les antibérengariens, pour mieux sauver la présence réelle et le changement mystérieux qu’elle suppose, ne surent pas faire les distinctions nécessaires. Comme à leurs adversaires il leur manquait une théorie métaphysique de la constitution des corps : la distinction entre substance et accident. Tout entiers à l’affirmation de la conversion substantielle, ils méconnurent l’aspect secondaire de la vérité traditionnelle : l’objectivité des éléments sensibles qui demeurent après la consécration. Pour mieux réfuter les arguments spécieux que les bérengariens tiraient de l’expérience, ils nièrent celle-ci. Elle leur paraissait si contraire à l’idée qu'ils se faisaient de la dignité du corpus Christi qu'ils essayèrent de tenir cette expérience même pour une pure apparence, une illusion. Ceux qui s’attachaient à la réalité expérimentale leur apparurent comme dignes de l’accusation infamante de stercoranistes.

Cependant la solution de Pascase ne pouvait satisfaire les esprits. Raban Maur s'était vu poser par l’évêque d'Auxerre la même question. Il y répondit non par une solution dilatoire, mais directement et franchement, avec son bon sens et sa foi, en distinguant dans l’eucharistie, la res sacramenti, le corps du Christ, nourriture de l’âme qui n’est pas une réalité matérielle, qui se digère, et le sacramentum qui subit le sort de toute matière et suit le cours de la digestion. Plus tard Raban et Héribald d'Auxerre seront, de ce chef, accusés de « stercoranisme » par Hériger de Lobbes. Cette accusation ne pouvait naître dans l’esprit de celui qui la portait que de la confusion, faite par lui et prêtée à ceux qu’il accusait, entre le corps du Christ et les espèces du pain et du vin. Sur ce point de l’objectivité des espèces et de leurs qualités, semblables à celles de tout aliment, c'était Raban Maur et Ratramne qui respectaient le mieux ici l’expérience, en soutenant la permanence, après la consécration, d’une réalité phénoménale; c'était leur contradicteur qui soulevait un faux problème et formulait une accusation gratuite. Mabillon l’a pressenti déjà au xvrre siècle.

Pas plus d’ailleurs au xx siècle qu’au 1xt siècle les stercoranistes n’existèrent comme hérétiques authentiques affirmant que le vrai corps du Christ était soumis dans la communion aux vicissitudes de la digestion. Le cardinal Humbert et les théologiens adversaires de Bérenger ont bien pu lancer de bonne foi contre certains théologiens d'Occident ou d'Orient le reproche de stercoranisme. Le reproche était immérité. L'enquête faite ici nous permet de conclure fermement à la non-existence de ces hérétiques, et aussi à l’appré-

STERCORANISME — STETZING (KILIAN)

ciation objective de l’état d'esprit qui leur a prêté une existence de spectre.

Le stercoranisme n’a pu exister ainsi à l’état de péril inquiétant la conscience catholique, avec une sorte d’obsession, que pour les esprits qui croyaient, en toute naïveté, devoir tenir pour une illusion les données de l’expérience sensible. Du jour où apparut dans l’École une philosophie réaliste, à la fois respectueuse des données de l’expérience sensible et des vérités de la foi touchant la présence invisible du corps du Christ, soucieuse aussi de ne pas voir l’ignominie là où elle n’était point, la hantise du stercoranisme disparut devant la présentation de « la vérité du sacrement ».

Ce faisant, les maîtres de l’École ont tenu compte de l’expérience sensible identique à elle-même avant comme après le changement eucharistique; ils n’ont sacrifié ni la certitude des sens qui leur montraient les réalités phénoménales inchangées et corruptibles, ni la signification naturelle des paroles du Maître touchant la présence invisible du corps du Christ glorifié. Dans cette perspective, la hantise du stercoranisme nous apparaît comme un faux problème qui n’a pu s’imposer qu’à un moment où l’on oubliait trop la distinction entre le sacramentum et la res sacramenti, et où l’on se faisait une idée fausse de la dignité du sacramentum. La solution malhabile σαν donnèrent ceux qui en étaient obsédés ne pouvait être qu'illusoire.

A. GAUDEL.

STERZINGER Ferdinand, théatin allemand (xvurre siècle). — Né au château de Lichtwehr (Tyrol), le 24 mai 1721, entré dans l’ordre en 1740, il professa diverses disciplines ecclésiastiques : morale, droit canonique, histoire, dans différentes maisons et finalement à Munich à partir de 1759, où il demeura jusqu’à sa mort, 18 mars 1786. En 1759 il était devenu membre de l’académie des sciences et fut, de 1769 à 1779, directeur de la classe d’histoire de cette compagnie. Il mérite d’être cité pour l’opposition qu’il fit aux procès de sorcellerie, demeurés nombreux dans l’Allemagne du Sud. Son discours académique : Von dem gemeinen Vorurtheile der thätigen und wirkenden Hexerei (Sur le préjugé commun de la sorcellerie effective et opérante), Munich, 1766, devait porter le coup de mort à de cruels abus; il ne laissa pas de soulever des oppositions très vives, celle en particulier du bénédictin Ange März, son collègue à l'académie. Le P. Sterzinger répliqua en 1767 par les Betrügende Zauberkunst und träumende Hexerey. En 1774 il revenait à la charge en attaquant le fameux exorciste Gassner : Die aufgedeckten Gassnerischen Wunderkuren, que suivirent : Geister- und Zauberkatekismus, 1783; Bemühung den À berglaube zu stürzen, 1785; Die Gespenstercheinungen, eine Phantasie oder Betrug, 1786. Une grande partie des ouvrages de Sterzinger sont demeurés inédits, à la bibliothèque d’État de Munich.

Michaud, Biographie générale, t. XL, p. 232 sq.; Allgemeine deutsche Biographie, t. XXXV1, p. 124; Wurzbach, Biogr. Lexikon des Kaïiserthums Œsterreich, t. XXXVIN, p. 311; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. v a, col. 397-398; Lexikon für Theologie und Kirche, t. 1x, col. 817.

É. AMANN.

STETZING Kilian, frère mineur allemand du xve siècle, appartenant à la célèbre école franciscaine d’Erfurt, — On connaît mal ses origines, le premier renseignement certain que l’on possède, c’est qu’il a étudié la philosophie à Colchester en Angleterre, où il composa sa Tabula super Melaphysicam Antonii Andreæ, conservée dans le ms. lat. Fol. 313, fol. 83- 86, de la bibliothèque d'État de Berlin, qui commence : Abstractio duplex, L III, q. 2, p. Abstractivam probationem inferri ex perseica quomodo intelligatur, et termine : Ideas valere ad generationem non est neces-

sarium, licet sit possibile, ibidem. ΠῚ termina toutefois cette Tabula à Erfurt, où il continua ses études de théologie à l’université. On l’y trouve immatriculé en 1433. Voir H. Weissenborn, Acten der Erfürter Universität, dans Geschichtsquellen der Provinz Sachsen, t. vit, 119 partie, Halle, 1881, p. 158; L. Meier, Studien zur Franziskanertheologie an der Universitäten Leipzig und Erfurt, dans Franzisk. Studien, t. ΧΧ, 1933, p. 267-268. C’est très probablement à l’université d’Erfurt qu’il commenta pendant deux années les Sentences, à savoir, en 1430-1431 : les 1. Iet II et, en 1431-1432, les 1. III et IV. Voir L. Meier, Lebensgang und Lebenswerk des Erfurter Franziskanertheologen Kilianus Stetzing, dans Franzisk. Studien, t. XXII, 1936, p. 197-198. Il y fut promu bachelier en théologie, mais il ne paraît pas avoir poussé ses études jusqu’au doctorat. La dernière donnée biographique que nous possédions jusqu'ici sur lui est qu'il fut immatriculé à l’université d’Erfurt en 1433. Après quoi son nom disparaît de l’histoire.

Outre la Tabula super Metlaphysicam Antonii Andreæ, K. Stetzing composa un commentaire sur les quatre livres des Sentences, dont les 1. III et IV ont seuls été retrouvés. Il ne peut toutefois exister de doute qu'il ait commenté également les 1. 1 οἱ II, puisqu'il y renvoie dans les 1. III et IV; cf. L. Meier, art. cit., p. 266-267 et De schola franciscana Erfordiensi sæculi Xv, dans Antonianum, t. ν, 1930, p. 82. Le 1. III est conservé dans le ms. Th. 81, fol. 227 r°-289 vo, de la bibl. publique de Bamberg et le ms. 1. F. 186, fol. 1 r°-77 r°, de la bibl. de l’université de Breslau. Il débute : Cum venit plenitudo temporis. Hic incipit tertius liber Sententiarum, in quo Masgister tractat de Chrislo, secundum quod humanam naturam assumpsitl, et finit : Hæc ilaque est lex vitæ et disciplinæ, Is. 45, quam qui custodit legem beatus est hic in spe et in patria in re. Amen. Le 1. IV est contenu dans les mss. lat. 563 (theol. lat. Fol. 174), fol. 3 r°-135 vo, et lat. 572 (theol. lat. Fol. 97 ), fol. 173 r°-335 v°, de la bibliothèque d'État de Berlin; le ms. 1. F. 186, fol. 78 r°-166 το, de la bibl. de l’université de Breslau; le ms. 50, fol. 277 r°-393 το, de la bibl. munic. de Magdebourg; le ms. lat. 8946, fol. 1 r°-403 το, de la bibl. de l’État à Munich. Pour la description détaillée de ces mss. et de celui de la Tabula in Metaphysicam Antonii Andreæ, voir L. Meier, art. cit., des Franzisk. Studien, t. xx, 1936, p. 177-194. L. Meier a édité la dist. III du 1. III : Caro assumenda a Verbo fuit obnoxia peccato a quo sicut et Virgo hanc ministrans fuit purgata sicque munda Verbo fuit unita, art. cit. de l’ Antonianum, t. v, 1930, p. 84-94; V. Rose a publié une question sur les indulgences de la dist. XLV du I. IV dans Verzeichnis der lateinischen Handschriften der kônigl. Bibliothek Berlin, Berlin, 1901-1905, t. 1, p. 505-511. Il faut très probablement identifier le Kilianus, O. M., à qui des Quæstiones theologico-morales sont attribuées dans le ms. lat. 4904, de la bibl. nationale de Vienne avec notre Kilian. Voir L. Meier, art. cit. de l’Anton.,t. v, 1930, p. 474.

Le procédé suivi dans le commentaire du texte des Sentences de Pierre Lombard est très méthodique et présente une unité remarquable, qui permet de saisir sans difficulté chaque distinction dans tout son contenu. À un bref aperçu sur le texte du Lombard suit pour chaque distinction une sententia conclusiva ou une conclusio, qui est divisée en plusieurs articles. Dans la conclusio on trouve l’énoncé de la thèse admise par K. Stetzing, qu’il prouve ensuite dans divers articles. Les conclusiones de toutes les distinctions des 1. III et IV ont été éditées par L. Meier, art. cit. des Franzisk. Studien, t. xxir1, 1936, p. 268-277, de sorte que par cette publication on peut avoir un aperçu général de la doctrine de K. Stetzing sur l’incarnation, la ré-

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demption, les vertus, les préceptes de Dieu, les sacrements en général et en particulier les fins de l’homme. Quant à la manière de procéder dans la démonstration des thèses ou des conclusiones, il est à remarquer que K. Stetzing divise les articles en opiniones. Dans la première opinio il expose la pensée opposée à la sienne, apporte en sa faveur les aucloritales et les raliones et réfute les arguments allégués. Dans la seconde opinio, il énonce sa thèse, qu’il divise le cas échéant en plusieurs propositions, appelées dicla, qui sont prouvées successivement par des auctorilales et des rationes. K. Stetzing ἃ introduit aussi le droit canon et la casuistique dans sa théologie, principalement dans son traité des sacrements, où à chaque distinction il a ajouté des casus, pour élucider la doctrine morale et juridique. Quant aux sources dont il dépend, K. Stetzing confesse lui-même qu’il a suivi en général les enseignements des docteurs franciscains, surtout de Duns Scot dans les spéculations et de saint Bonaventure dans la théologie positive ou pratique, de sorte qu’à la spéculation de Duns Scot il joint l’onction et la componction de saint Bonaventure. Il affirme, en outre, que, s’il ne cite pas littéralement les textes de ces docteurs ou de leurs disciples, il a cependant toujours suivi leurs doctrines ou du moins embrassé les thèses de l’un ou de l’autre, dans le cas où ils ne s’accordaient pas entre eux. Ce texte caractéristique se trouvera dans L. Meier, art. cit. des Franzisk. Studien, t. xxt111, 1936, p. 277-278. K. Stetzing se révèle surtout un fidèle disciple de Duns Scot. Son scotisme n’est pourtant pas si exclusif qu’il ne laisse de place aux doctrines d’autres scolastiques, comme saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin, Richard de Mediavilla, Pierre de Tarentaise, etc., dont les thèses sont alléguées très souvent et même suivies par notre auteur ou du moins jugées conformes à celles de Duns Scot. Les théories occamistes toutefois y font complètement défaut et cette constatation confirme la thèse selon laquelle le nominalisme occamiste fut relégué au cours du xv® siècle à l’arrière-plan et banni peu à peu des écoles. Une autre constatation intéressante est que K. Stetzing, qui rejette complètement le nominalisme pour adhérer au réalisme de Duns Scot, se compte parmi ceux qui adhèrent à la via moderna, de sorte que la via moderna, par opposition à la via antiqua du réalisme, ne désigne pas seulement le nominalisme occamiste, comme on l’a cru généralement jusqu'ici, mais aussi le réalisme scotiste et même peutêtre thomiste. D’où 11] suit qu'il faut donner aux termes via antiqua et via moderna une signification plutôt méthodique que compréhensive.

La théologie de K. Stetzing ne se caractérise cependant pas seulement par la spéculation scotiste, mais aussi par la contemplation bonaventurienne et elle ne tend pas seulement à enrichir l'intelligence de nouvelles connaissances mais aussi à enflammer la volonté d’un amour toujours plus élevé pour Dieu. Cette application à nourrir non seulement la vie intellectuelle, mais aussi la vie intérieure par la théologie se fait jour presque dans chaque distinction du commentaire de K. Stetzing; c’est surtout à ce point de vue que cet auteur se rapproche beaucoup de saint Bonaventure, de sorte qu’on pourrait l’appeler le vir contemplalivus de l’école franciscaine d’Erfurt.

L. Meier, De schola franciscana Erfordiensi sæculi XV, dans Antonianum, t. v, 1930, p. 81-94, 157, 161, 163, 166, 173, 187-188, 333, 336, 356, 446-448, 450, 455-458, 466-467, 470, 472, 474; le même, Die Erforschung der mittelalterlichen deutschen Franziskanerscholastik, dans Franzisk. Sludien, τ. xvirt, 1931, p. 128, 143-144; le même, Die Lehre vom Primat in der deutschen Franziskanertheologie des ausgehenden Mittelalters, ibid., τ. xix, 1932, p. 278-279, 287-288; le même, Lebensgang und Lebenswerk des Erfurter Franziskanertheologen Kilianus Stetzing, ibid.,t. xx111, 1936, p. 175- 200, 265-295, où l’on trouvera une bibliographie plus ample;

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le même, Das Charakterbild des deutschen Franziskaners Hermann Etzen im Lichte seiner Predigten, ibid.,t. XxXIv, 1937, p. 122, 263; le même, Joannes Bremer, O. F. M., immaculalæ conceptionis strenuus defensor, dans Antonianum, t. ΧΙ,

STEVART Pierre, 1624). — Il naquit à Liége en 1547; sa famille était des plus modestes, et l’enfant ne dut qu’à la protection du prince-évêque de sa ville natale de pouvoir faire ses études; envoyé par ce prélat en Bavière, Stevart fit ses études de théologie à Eichstädt, où il fut ordonné prêtre. Après son ordination, Stevart devint successivement professeur de philosophie et de théologie au collège d’Eichstädt, chanoine du chapitre de Saint-Willibald dans la même ville et protonotaire apostolique, puis professeur d’Écriture sainte à l’université d’Ingolstadt dont il fut vingt fois recteur. En 1617, le prince-évêque de Liége nomma Stevart son vicaire général; rentré dans sa ville natale en 1618, Stevart remplit sa charge durant quatre années et mourut le 27 avril 1624.

Outre des commentaires appréciés sur les principales épîtres de saint Paul et sur celle de saint Jacques, Stevart est l’auteur des ouvrages suivants : De excellenti divinæ graliæ natura et in iis quæ ad eam tum oblinendam um conservandam requiruntur deque ipsius admirabili efjicacia dispulatio, Ingolstadt, 1586, in-4°; De scientia Dei el prædestinatione theses biparlitæ, Ingolstadt, 1584, in-4°; Apologia pro Societate Jesu ad principes el ordines sacri romani Imperii contra commentitiam hisloriam ordinis jesuitici a Polycarpo Leysero nuper edilam, Ingolstadt, 1593, in-4°; Cologne, 1594, in-4°; De colloquio Ratisbonensi oratio in Ingolstadiensi academia habita, Ingolstadt, 1602, in-4°; Manuelis Calecæ contra Græcorum errores libri IV interprele Ambrosio Camaldulensi in lucem prolati el nolis illustrati, Ingolstadt, 1608, in-4°; réimprimé par M. de La Bigne dans sa Magna bibliotheca velerum Patrum, t. 1v a, 1654; Commentarius de vita οἱ rebus gestis 5. Walpurgæ ex Philippo episcopo Eystettensi concinnalus : item de miraculis ejusdemwirginis libri IV auctore Wolfjardo Hasenriclano, Ingolstadt, 1616, in-4°; D. Mauritius Thebessæ legionis dux οἱ signifer jam olim a 5. Euchario episcopo Lugdunensi, nunc ilerum a Petro Stlevartio in theatrum introducltus..…, Ingolstadt, 1617, in-4°; Epistola qua solatur prædicantes lugentes sortem Ægidii Hunnii (sous le pseudonyme d’Anonymus catholicus); Benedictio Dei, hoc est commentariolus quomodo Deus præcipue per psalmos benedicendus atque laudandus sil... in lucem primum editus studio Petri Slevartii, dans Migne, P. L., t. cxx1x, col. 1399-

A. TEETAERT.

Biographie nationale de Belgique, τ. xxxrt, col. 827-832; Foppens, Bibliotheca belgica, t. 11, 1739, p. 1001-1002; B. Fisen, Flores Ecclesiæ Leodiensis, Lille, 1647, p. 229-230; Hartzheim, Bibliotheca Coloniensis, Cologne, 1747, p. 284; de Becdelièvre, Biographie liégeoise, Liége, 1836, p. 428- 429; Pavard, Biographie des Liégeois illustres, Bruxelles, 1905, p. 366; Allgemeine deutsche Biographie, t. XXXVI, 1893, p. 157-158; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 117, col. 793.

J. MERCIER

STEYAERT Martin, théologien de Louvain (xvue siècle). — « Gloire et ornement immortel de l’académie de Louvain, phénix des théologiens de son siècle », pour parler comme Foppens, Martin Steyaert naquit à Somerghem (diocèse de Gand), le 16 avril 1647. Remarqué dès sa jeunesse pour la précocité de ses talents, il était docteur en théologie à l’âge de vingt-huit ans, alors que les statuts fixaient à trente ans la limite d’âge inférieure. Secrétaire de l’évêque d’Ypres (1673), et chanoine de l’église Saint-Pierre de la même ville, il fit partie de la députation envoyée à Rome en 1677 par l’université de Louvain pour obte-

théologien belge (1547-

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nir la condamnation des propositions laxistes. Voir art. LAXISME, t. 1X, col. 38. A son retour, il concourut pour une chaire à l’université de Douai, mais se désista pour ne pas être obligé, paraît-il, de souscrire aux « quatre articles » de 1682. Il obtint enfin une chaire de théologie à Louvain en novembre 1685 et exerça en 1688 les fonctions de recteur. Déjà sa renommée était grande; la variété de ses connaissances : langues, histoire, géométrie même, donnait un sérieux appui à sa formation théologique. Diverses controverses vinrent rompre l’uniformité de son enseignement. La première le mit aux prises avec le grand Arnauld qui, en 1687, dans son Judicium æquum de censura lata a parte striclæ facultatis theologicæ Lovaniensis, avait attaqué les théologiens de Louvain pour la censure qu’ils avaient infligée à quatre propositions de Gilles de Witte, lequel commençait déjà son rôle d’agitateur janséniste. Steyaert riposta; Arnauld revint à la charge; Steyaert reprit et amplifia ses premières thèses dans ses Posiliones de pontifice ejusque auctoritate, 26 mai 1687. Ce ne fut pas la fin du combat car Arnauld opposa encore au lovaniste une nouvelle réplique. Steyaert prit aussi part à la vigoureuse campagne menée en Belgique contre le jansénisme depuis l’avènement d’'Humbert de Précipiano comme archevêque de Malines (août 1690). C’est ainsi qu’il entra en lutte, de concert avec le dominicain Martin Harney, contre le jansénisme de son collègue Gomar Huygens, qui devait se faire exclure de la faculté de théologie à cause de ses opinions. Mais Huygens et Hennebel, le représentant le plus en vue du parti jansénisant, menèrent à leur tour la vie dure à Steyaert, dont ils dénoncèrent le prétendu laxisme. ἃ un moment donné, Steyaert fut même suspendu de ses fonctions de professeur. En 1691, Steyaert fut nommé par Innocent XII vicaire apostolique de Bois-le-Duc, c’est en cette qualité qu’il intervint contre la Bible de Mons. Il était question de son élévation au siège épiscopal de Ruremonde, quand il mourut le 17 avril 1701.

L'œuvre littéraire de Steyaert comprend d’abord les mémoires et libelles d'occasion dont il a été fait état ci-dessus. En 1684, il donna, à Anvers, une édition annotée du Carmen de ingralis de Prosper. A la lutte contre le jansénisme se rapportent la Theoria expurgata, Ypres, 1685, qui étudie en deux parties les propositions de Baïus et les cinq propositions de Jansénius; la Disserlatio epistolaris de quorundam in universilale Lovaniensi doctrina, Louvain, 1691. Mais le gros de l’œuvre est consacré à la théologie morale : T'heologia moralis emendata ad mentem sanctæ Sedis, Ypres, 1685-1686, examen des propositions condamnées par Alexandre VII et Innocent XI; Novilas utrimque repressa, Louvain, 1691, explication des propositions condamnées par Alexandre VIII; mais surtout les Theologiæ praclicæ aphorismi, résumé et revision des Commentaria in D. Thomæ Aquinatis de J. Wiggers (1630), publiés en partie à Louvain par Steyaert luimême et complétés par F. Martin dans l’édition des œuvres complètes, Louvain, 6 vol. in-8°, 1703, 1717 et 1742. En 1734 par les soins de L. Danes, parurent encore des Fragmenta Steyaertiana.

Foppens, Bibliotheca belgica, t. τι, p. 861 sq.; Michaud, Biographie universelle, τ, XL, p. 245; Biographie nationale de Belgique, t. XXIV, p. 5-17; Hurter, Nomenclator, 3° 6d., t. τν, col. 719-722.

É. AMANN.

STIGMATISATION. — C'est l'impression sur le corps d’une personne, dite stigmatisée, de marques plus ou moins apparentes en rapport avec les plaies du Sauveur, ou quelquefois avec la croix ou la sainte hostie. Ce phénomène, qui, au sens strict, ne reconnaît pas de causes extérieures, est le plus souvent en relation avec une vie mystique très profonde et

à La

avec une sainteté extraordinaire. Il faut constater les faits et se demander quelle en peut-être la cause : I. Les faits. II. Les explications possibles.

I. Les FAITS. — 1° Principaux cas. — Le plus connu, dans le passé, est celui de saint François d'Assise. Quoi qu’il en soit de la façon dont il les reçut, il est bien attesté qu’au moment de sa mort, 1226, il portait aux pieds, aux mains et au côté gauche des marques sanglantes ou sanguinolentes, qui faisaient ressembler son corps à celui du Crucifié. Les témoignages contemporains relatant le fait sont absolument irrécusables, encore qu'il y ait quelques divergences dans la description du phénomène. Voir ces textes rassemblés dans l’art. Stigmates de saint François, du Dictionn. apol., t. IV, col. 1492-1497.

On ἃ attaché quelque importance à la question de savoir si François d’Assise est le premier stigmatisé connu. En fait, il paraît bien qu'il faut mettre avant lui la béguine Marie d’Oignie (ὑ 1213) dont la vie a été écrite par son confesseur Jacques de Vitry. Cf. Acia sanct., juin, t. v (éd. Palmé), p. 547 sq. Au dire de son biographe, elle s’était fait elle-même des plaies représentant celles du Sauveur, dans une extase, semble-til, où elle vit à ses côtés un séraphin; quand, après sa mort, on lava son corps, ces blessures furent révélées : caritate vulnerata et Christi vulneribus vegetata proprii corporis neglexit vulnera. Loc. cit., p. 552. Si le fait est authentique, il est sans aucune relation possible avec ce qui est rapporté du pauvre d’Assise. Au contraire, la stigmatisation de Dodon d’Haske, un ermite mort en 1231, est postérieure à celle de François, on ne saurait exclure à priori une influence des récits, vite mis en circulation, qui relataient les plaies miraculeuses du Poverello. Un autre fait, parfois cité, est celui de Robert, dauphin d'Auvergne et marquis de Montferrand (+ 1234), qui, chaque vendredi, se faisait avec des clous, sur lui-même, les marques sanglantes de la passion. Que cette idée fort analogue à celle de Marie d’Oignie, lui soit venue spontanément ou qu’il ait agi pour reproduire, en esprit de mortification volontaire, ce qu’il avait ouï dire qui s'était effectué miraculeusement sur le corps de François, elle est à retenir. Il faut mettre l’accent sur le désir de ces pieuses personnes de se transformer en un crucifix vivant. Ce désir n’est certainement pas resté sans influence sur les stigmatisés que l’on enregistre bientôt après la mort de François. Et il est bien remarquable, d’autre part, qu’antérieurement au xxxr° siècle, il ne soit jamais question de ce phénomène.

On trouvera dans l’ouvrage du τ A. Imbert-Gourbeyre, La stigmatisation, 2° éd., Clermont-Ferrand, 1858, une liste (pas absolument complète) des diverses personnes stigmatisées sur qui l’on a des renseignements plus ou moins certains, avec indication des sources essentielles. La liste qui, à vrai dire, devrait être très sérieusement critiquée, cf. P. Debongnie, dans Études carmélitaines, 20° année, t. τι, oct. 1936, p. 22- 59, comporte 321 noms, de femmes pour la plupart. Un certain nombre de ces personnes ont été élevées sur les autels, 80 environ. Pour plusieurs d’entre elles

VÉglise a permis d'introduire dans le récit liturgique

de leur vie mention du fait de leur stigmatisation. Sans parler de saint François, c’est le cas, entre autres, pour sainte Catherine de Sienne (f 1380), sur laquelle il faut voir Benoît XIV, De servorum Dei beatificatione, etc., 1. IV, part. 11, c. vin. D’autres fois, au contraire, le Saint-Siège, tout en reconnaissant la sainteté de tel personnage, a fait des réserves sur le caractère de la stigmatisation reçue par celui-ci. C’est le cas, par exemple, de sainte Gemma Galgani (1878-1903), qui en 1899 reçut les stigmates en une vision. Cf. R. P. Germain, Gemma Galgani, adapté par le P. Félix-de- Jésus-crucifié, Paris, 1924. Dans le décret proclamant

STIGMATISATION

l’héroïcité de ses vertus, le Saint-Siège a déclaré qu’il n’entendait par là prononcer aucun jugement sur la nature exacte des phénomènes extraordinaires si fréquents dans cette vie, en d’autres termes ne pas décider s'ils étaient préternaturels ou pathologiques. Cf. Acta apost. Sedis, t. XxXIV, 1932, p. 57.

Le cas précédent est tout rapproché de nous. Plus voisin encore celui de Marie-Thérèse Noblet, assez particulier d’ailleurs, sur lequel on aura des renseignements dans Pineau, M.-T. Noblet, servante de N.-S. en Papouasie; celui du capucin Pio Petralcina, à Foggia (Italie méridionale), au sujet duquel le Saint- Office a fait faire des enquêtes, cf. Acta apost. Sedis, t.xv, 1923, p. 356; t. xvI, 1924, p. 368; t. χχτιι, 1931, p. 233. Beaucoup plus connu est le cas de Thérèse Neumann, de Konnersreuth (Bavière), sur lequel s’est développée une littérature extrêmement touflue, dont on aura une première idée dans Études carmélitaines, 17e année, t. τι, oct. 1932, p. 44 sq.; p. 88 sq. Qu'il soit permis de remarquer, d’ailleurs, que ce dernier cas n’est pas aussi extraordinaire qu’il semblerait d’abord; des phénomènes très divers qui se présentent chez la voyante de Konnersreuth, il n’en est aucun qui ne soit antérieurement connu; isolés ou groupés, ils se rencontrent dans un grand nombre de personnes, présentant ou non le phénomène de la stigmatisation.

29 Les phénomènes. — Pour procéder avec une méthode rigoureuse, il faudrait d’abord que fussent éliminés tous les cas douteux, cf. P. Debongnie, Loc. cit., puis que fussent étudiés séparément les divers cas qui peuvent être atteints, soit par les témoignages, soit par la vue directe; on en verrait ainsi, avec les ressemblances, les différences qui sont parfois très apparentes; peut-être, cette discrimination faite, arriverait-on à les grouper en des séries plus ou moins divergentes. Une attention toute spéciale devrait être apportée aux conditions fort diverses dans lesquelles s’est produite la stigmatisation, aux accidents cliniques, souvent très apparents et caractéristiques, qui ont pu la précéder. Tout cela n’a été fait que de manière fort approximative et sans grande rigueur de méthode. Il faudra donc se contenter ici de quelques indications très banales et nécessairement schématiques.

On a retenu, dans la liste des stigmatisées, des personnes qui ne présentaient pas extérieurement les marques des plaies de Jésus, mais qui déclaraient avoir ressenti à la suite de visions et continuer à ressentir aux pieds, aux mains, au côté des douleurs très vives, analogues à celles qu’auraient produites les instruments mêmes de la passion. C’est le cas, tout spécialement, de la stigmatisation de sainte Catherine de Sienne et, si l’on veut, de la transverbération du cœur de sainte Thérèse. Sur cette dernière, voir Gabriel-de-Sainte-Marie-Madeleine, dans Εἰ. carmél., 208 année, t. 11, oct. 1936, p. 208-242, qui renverra aux divers auteurs. En bonne logique, on ne saurait parler ici de stigmatisation au sens propre; qui dit « stigmates » dit une marque extérieure.

Si l’on réserve le mot de stigmatisation à l’impression, visible dans la chair, des marques de la passion, il faut commencer par mettre à part le cas de saint François d’Assise. A lire les premiers témoignages, on voit qu’il ne s’agit pas chez lui, au moins pour ce qui est des pieds et des mains, de plaies ouvertes, mais de l’apparence de clous, ayant à la face palmaire une tête, à la face dorsale une pointe plus ou moins refoulée et émoussée. L’un des témoins qui a touché le cadavre du saint croit qu’il y avait là comme un clou qu’il a pu faire mouvoir, encore que fait d’induration des muscles et des tendons. Autrement en était-il de la plaie du côté, qui présentait comme l’aspect d’une blessure (d’ailleurs superficielle) faite par un coup de lance et

qui à certains moments, au témoignage de saint Bona-

venture, laissait écouler du sang.

C'est le dernier caractère qui se retrouve le plus ordinairement, chez les stigmatisés, pour les plaies des |

pieds et des mains. La face palmaire de la main, la face supérieure du pied présentent des vésicules sanguinolentes, ou tout au moins une fine pellicule à travers laquelle transparaît le sang; ces apparences se complètent souvent par des accidents analogues à la face dorsale des deux membres, qui paraissent correspondre à celles de la face interne, comme si le membre avait été transpercé de part en part. Des manifestations du même genre apparaissent parfois aussi au front, imitant les marques faites par les épines à la face de Jésus; au dos, comme s’il avait été labouré par le fouet de la flagellation; à l’épaule, comme si elle était meurtrie du portement de la croix. Dans le cas de M.-Th. Noblet, il s'agissait de l’apparition sur la poitrine ou de croix ou d’hosties de grandeur diverse et dont la place variait ; ces stigmates n’étaient pas permanents,et ne restaient visibles que dans le temps pascal. Aucune constatation médicale n’a d’ailleurs été faite à leur sujet. On a fait il y a une soixantaine d’années des constatations analogues sur Palma d’Oria; cf. Imbert- Gourbeyre, Les sligmatisées, t. 11, 1873, mais à compléter par les critiques du P. Thurston dans The Month, t. cxxxxrr, 1919, p. 402 et t. cz, 1927, p. 135.

A l’état ordinaire ces marques se présentent le plus souvent comme des cicatrices plus ou moins desséchées; mais à de certaines dates, à tels jours de la semaine, le vendredi par exemple, à telles fêtes, elles paraissent se raviver et émettent du sang en quantité plus ou moins considérable. Cette hémorragie est d’ordinaire périodique, se renouvelant par exemple tous les vendredis pendant telle partie du temps liturgique, n’apparaissant pas, au contraire, dans tel autre, le temps pascal par exemple. On a remarqué que, passée la période de discharge, il n’y a plus sur les stigmates ni inflammation, ni suppuration. Par ailleurs ces stigmates résistent aux traitements médicaux que l’on a tentés pour les faire disparaître.

39 Les sujets. Quant aux sujets qui présentent ces phénomènes, ils se recrutent tout spécialement parmi les femmes. La liste de stigmatisés établie par Imbert-Gourbeyre comprend à peine une cinquantaine d'hommes et cette énumération est certainement exagérée. Le plus souvent, dans une personne donnée, la stigmatisation ne reste pas un phénomène isolé. Elle s'accompagne d’états visionnaires ou extatiques, de lectures des pensées, de contemplations de scènes du passé (Catherine Emmerich voit se dérouler toute la passion du Sauveur, et de même Thérèse Neumann), de hiérognosie (discernement d’une relique vraie d'avec une fausse, d’une hostie consacrée d’avec une non consacrée), de xénacousie (intelligence de langues normalement inconnues), de xénoglossie (émission logique de sons d’une langue normalement ignorée); d'action à distance, de bilocation, etc. La piété, entretenue par la méditation de la passion du Sauveur, dépasse ordinairement de beaucoup la moyenne; il s’y joint un détachement souvent héroïque, un amour de la souffrance et de la mortification volontaire poussé jusqu’à l'excès.

Mais il faut ajouter également que beaucoup de stigmatisées présentent — dans une proportion qu’il est difficile de préciser, quand il s’agit de personnes disparues depuis longtemps — des phénomènes pathologiques se rattachant de près ou de loin à un dérangement nerveux. Cf. W. Jacobi, Die Stigmatisierten, Munich, 1923. Telle ou telle stigmatisée offre des symptômes incontestables de l’hystérie; cela semble bien être le cas de M.-Th. Noblet et — salvo melioris judicio — de Th. Neumann. Il n’est pas jusqu’à l’ano-

STIGMATISATION

rexie (inappétence absolue pour la nourriture ou la boisson) et l’inédie persévérant pendant de très longues durées, qui ne trouve des parallèles dans des cas d’hystérie dûment étudiés. Enfin il n’est pas inouï que des stigmatisés aient été ou se soient cru possédés du démon à l’un ou l'autre moment de leur vie. Le cas du P. Surin, qui figure sur la liste d’Imbert- Gourbeyre, est bien connu; celui de M.-Th. Noblet mériterait lui aussi d’être étudié. Voir Ét. carmél., 23° année, t. 11, oct. 1938, p. 152-176; 235-239. C’est assez dire que le phénomène de la stigmatisation se présente comme des plus complexes et que la loi de Descartes sur les « dénombrements complets » devrait lui être appliquée. En tout état de cause cette complexité rend fort difficiles les essais d'explication.

II. LES EXPLICATIONS POSSIBLES. — Le problème est celui-ci : La stigmatisation, considérée en ellemême, reconnaît-elle une origine naturelle ou préternaturelle? Faut-il la rapporter aux simples forces de la nature, c’est-à-dire dans le cas présent, de l’organisme humain placé dans des circonstances qui sont d’ailleurs à étudier; ou bien faut-il appeler à l’aide, pour l’expliquer, une intervention d’agents étrangers à la nature? En d’autres termes la stigmatisation rentret-elle, oui ou non, dans la catégorie des miracles?

19 Liberté de la recherche. — On remarquera d’abord que, dans la recherche des solutions, l’historien, le médecin, le psychologue, le psychiâtre, le théologien même ne se trouve lié par aucune décision à priori de l’autorité ecclésiastique. La mention, dans la biographie liturgique de tel saint, de tel bienheureux, d’une stigmatisation dont il aurait été l’objet, n'engage pas davantage l’Église que le récit de tel miracle accompli par le même personnage ou dont il aurait été l’objet. Si la matérialité même du fait n’est pas absolument certifiée par le jugement ecclésiastique, à plus forte raison l’explication surnaturelle de ce même fait n’estelle pas imposée à l’assentiment des fidèles.

Sans doute l’on a fait As état des garanties accordées, a-t-on dit, par l’Église au fait de la stigmatisation de saint François et l’on a insisté sur des bulles par lesquelles Grégoire IX, Alexandre IV, Nicolas III se sont portés forts de l’événement, où ils voient, de surcroît, une admirable faveur accordée au Poverello, un effet surprenant de la puissance divine. Mais il n’est que de lire la lettre du pape Pie XI sur le même sujet, du 2 août 1934, pour se rendre compte qu'il n’y a ici qu'un fait historique, avancé, comme tous les autres, sous la réserve de la critique des témoignages. Cf. Acta apost. Sedis, t. χνι, 1924, p. 362-365. Aux yeux de Pie XI, le fait de la stigmatisation de François est prouvé par les affirmations de témoins de valeur; c’est tout. Et quant aux explications possibles, il n’en est même pas question.

Il est bien remarquable, d'autre part, que, dans son grand ouvrage sur la béatification et la canonisation des saints, Benoît XIV n'ait traité qu’en passant et d’une manière tout à fait insuflisante de la stigmatisation. Il ne fait que rappeler les constitutions apostoliques affirmant le fait dans le cas de saint François ou même menaçant de peines ecclésiastiques ceux qui enseigneraient le contraire ou effaceraient sur les images du saint la représentation des stigmates. Op. cil., 1. IV, part. II, c. 1x, ἢ. 11. S’il discute de la stigmatisation de sainte Catherine de Sienne, 1. IV, part. 11, ο. var, c’est tout simplement en avocat chargé de résoudre le conflit qui mit aux prises sur ce point les frères mineurs et les prêcheurs et qui amena des décisions plus ou moins contradictoires du Saint- Siège. À un autre endroit, il exclut, quand il s’agit de la stigmatisation de saint François, l'explication par l'imagination, par J’autosuggestion, comme nous dirions aujourd’hui. Op. cit., 1. IV, part. 1, ce. ΧΧΧΙΙ,

n. 19, tandis qu’au contraire il admet que puissent être naturels des phénomènes comme les pleurs de sang les sueurs de sang. Zbid., c. XXvVI, n. 5. Et c’est à peu près tout ce que l’on peut trouver sur la stigmatisation en cet énorme ouvrage où sont discutées par le menu les diverses espèces de miracles attribués à l’intercession des saints.

Enfin la prudence que mettent depuis quelques années les autorités ecclésiastiques, quand il s’agit d’affirmer le caractère préternaturel de diverses manifestations extérieures, y compris les stigmates — voir cidessus, col. 2618, les avertissements du Saint-Office sur le cas du capucin Pio Petralcina, et cf. le décret de la même congrégation sur le cas de Th. Neumann, 4 août 1937 — cette prudence est bien de nature à donner aux critiques catholiques la plus grande latitude. La question n’est pas de savoir si Dieu peut produire certains miracles, physiques ou psycho-physiologiques, la question est de savoir si tel fait, que le croyant serait porté à considérer de prime abord comme un miracle au sens le plus strict du mot, ne reconnaît pas d'explications naturelles.

2° Explications naturelles. — Le premier travail qui s'impose à la critique, c’est de s’assurer de la matérialité du fait et d’exclure tout soupçon de supercherie provenant du stigmatisé lui-même ou de son entourage habituel. Il n’est pas inouï qu’il y ait eu des tentatives de simulation. L’Inquisition romaine en a dépisté quelques-unes au xvr° et au xvrre siècle. Voir quelques exemples dans l’art. Stigmatisierte de Religion in Gesch. und Gegenwart., t. v, col. 810. Le P. Thurston a étudié, avec beaucoup de critique, plusieurs cas de stigmatisation et en a relevé un certain nombre où la bonne foi des stigmatisées était suspecte, dans The Month, t. cxxxIV, 1919; t. cuur, 1928; t. αὐτὶ, 1931; et dans Sfudies, juin 1933. L’attention de tous les observateurs doit être attirée sur la mythomanie qui est un des symptômes caractéristiques de l’hystérie dont nous avons dit qu'ont été souvent atteintes des stigmatisées. Peut-être écarte-t-on un peu trop facilement ce soupçon en faisant état du désintéressement dont font preuve et la stigmatisée et son entourage. On raisonne comme si la supercherie, la fraude plus ou moins consciente n’avaient pour mobile que l’intérêt matériel; c’est oublier que, même chez des sujets sains, à plus forte raison chez les hystériques, il y a d’autres mobiles possibles, tout spécialement un désir maladif de se rendre intéressant. C’est avec raison qu’en ces derniers temps le Saint-Office ou des autorités ecclésiastiques moindres ont prohibé les visites à des stigmatisés, surtout quand ceux-ci ne voulaient pas, eux ou leur entourage, se soumettre à certaines conditions. Arrêter le flot des curieux peut être, en certains cas, le moyen d’arrêter le phénomène luimême.

Écartés tout soupçon de fraude ou de supercherie, tout soupçon encore que la stigmatisée ait pu se faire à elle-même ces blessures dans un accès de somnambulisme, il reste à se demander si le phénomène de stigmatisation peut s'expliquer naturellement? Ce ne sont pas seulement des « incroyants », des « esprits forts », des « libres-penseurs » qui ont proposé de l’expliquer par « la force de l’imagination », comme on disait encore au xvine siècle, par la « suggestion », comme l’on dit aujourd’hui. Au temps même de saint François cette interprétation a été donnée; et il ne s’agit pas de formuler contre elle des exclusives à priori. Affirmer sans plus «que le pouvoir de l’imagination n’a jamais produit un stigmate », que « les stigmates naturels, si vainement cherchés de tous côtés, sont introuvables », que « la suggestion ne va jamais jusque là », c’est dépasser les limites de la prudence, s’exposer à des démentis que l’expérience peut appor-

STIGMATISATION

ter. L'étude des phénomènes psychologiques extraordinaires n’en est encore qu’à ses débuts. Il faut appliquer la méthode scientifique à des faits d'apparence merveilleuse, que l’on s’efforcera de rattacher à des propriétés de l’être humain insoupçonnées jusqu'ici, mais que des faits dûment constatés obligent peu à peu à admettre, qu’il s’agisse de télépathie, c’est-à-dire de l’action sur le psychisme conscient ou subconscient, d'objets éloignés, ou au rebours d’un influx centrifuge du psychisme permettant de produire des effets soit à distance, soit dans le corps même du sujet. Voir Dr J. Pinel, Essai d'interprétation physiologique des stigmates, dans Εἰ. carmél., 20e année, t. τι, oct. 1936, p. 93-97.

Mais, quoi qu’il en soit des mécanismes qui entrent ici en jeu et qui, à vrai dire, demeurent fort hypothétiques, c’est l’expérience qui doit fournir en dernier lieu la réponse. Et il faut bien dire que, à l’heure présente, il est au moins permis d’hésiter. « Les uns affirment, les autres nient la possibilité de produire par suggestion des plaies dont la forme et la localisation sont sous la dépendance des représentations. J’estime qu’à l’heure présente la question est insoluble. Dans l’état présent de nos connaissances, nous ne réussissons pas à produire par suggestion des plaies à forme et à localisation idéoplastique : voilà la seule chose certaine. Mais cette impuissance est-elle définitive? ou ne tient-elle qu’à l'insuffisance de notre technique? Voilà ce que nous ignorons absolument. » Ainsi s'exprime R. Dalbiez au IVe congrès de psychologie religieuse, dans Εἰ. carmél., 23° année, t. 11, oct. 1938, p. 223. Et un peu plus loin : « En ce qui concerne ce que je me permettrai d'appeler l’aspect psychologique des stigmates de M.-Th. Noblet, il me paraît qu’il constitue à lui seul un argument d’un certain poids en faveur de la thèse qui admet la possibilité de la stigmatisation auto-suggestive. La multiplicité des faits stigmatiques, les processus de transformation de stigmates en dépendance d’un symbolisme élémentaire, pour ne pas dire rudimentaire, tout cela ne fait guère songer au miracle, tout cela donne l’impression d’être commandé par une idéation inconsciente qui n’a rien de transcendant. » Ibid., p. 224.

En somme, sur ce point, les auteurs compétents ne sont pas d'accord. Comme on l’a rappelé à ce même congrès, tandis que le professeur Lhermitte nie la possibilité d’une stigmatisation d’origine subjective, le professeur Van Gehuchten l’admet. Voir l’exposé de ces deux opinions dans Εἴ. carmél., 20° année, t. 11, oct. 1936, p. 72-73, 91-92. On fera donc bien de n’accepter que sous réserve les démonstrations du Dr Van der Elst, selon qui le simple fait d’une exsudation sanguine ou d’une formation de pustules à un endroit déterminé du corps est déjà un miracle incontestable. Voir Rev. prat. d’apol., t. xt, 1911-1912, p. 423-448; Dictionn. apol., t. 1v, col. 1492-1507; El. carmél,, 17e année, t. 11, oct. 1932, p. 87-122 (aspect biologique et psychologique du prodige de Konnersreuth). En fait, R. Schindler aurait fourni la preuve clinique de la possibilité de provoquer par l'hypnose, chez des personnes spécialement disposées, à tels endroits du corps que l’on désire, des stigmates avec exsudations sanglantes et ampoules sanguinolentes, qui résistent pendant des années au traitement normal et disparaissent au contraire par suggestion hypnotique. D’après cet auteur, la production de petites hémorragies spontanées par le seul influx du système nerveux est démontrée. Dans l’hystérie en particulier, on arrive très fréquemment à de petites ecchymoses de la peau. En des cas qui ne sont pas tout à fait rares, il se produit des extravasa sanguins anormaux, se manifestant avec une certaine périodicité et qui peuvent donner l’impression d’être sous la dépendance d’un processus psychique. R. Schindler, Nervensystem und spontane

Blutungen, 1927. Il paraît enfin qu’expérimentant sur une jeune protestante, fortement hystérique, un autre professeur, le Dr Lechner ἃ pu provoquer par autosuggestion de véritables stigmates aux pieds, aux mains, au front. Lechler, Das Rätsel von Konnersreuth im Lichte eines Falles von Stigmatisation, 1933. (Ces deux remarques sont empruntées au Lexikon für Theologie und Kirche de Mgr Buchberger, t. 1x, col. 830; il nous a été impossible de vérifier personnellement ces données.) Voir à ce sujet les remarques de J. Lhermitte, dans ΕἾ. carmél., 20° année, t. τι, oct. 1936, p. 65-72.

A quoi il n’est pas sans intérêt d'ajouter les remarques faites par Kœæniger dans l'encyclopédie protestante, Die Religion in Geschichte und Gegenwart, à l’art. Stigmatisierte, 2e éd., t. v, 1931, col. 811 : « Des suggestions étrangères, ou l’autosuggestion artificiellement provoquée n’ont jamais pu engendrer de vraies stigmatisations. Les cas jusqu'ici connuset provoqués dans l’état hypnotique par une suggestion étrangère et qui présentent quelque analogie : stases sanguines locales, légères exsudations sanguines, formation d’ampoules ou de taches avec inflammation, sont encore très loin des stigmatisations proprement dites avec rupture des capillaires sanguins... En tout état de cause, il s’agit là de phénomènes extraordinairement complexes à l’explication desquels tous sont convoqués, médecins et physiologistes, psychologues et psychiâtres, sans oublier les théologiens et toutes les personnes qui s'intéressent aux sciences religieuses. C’est justement là ce qui fait la complexité et la difficulté du problème, lequel d’ailleurs, compte tenu des différences individuelles, ne semble pas admettre une solution unique. On comprend donc l'attitude de ceux qui pensent ne pouvoir arriver que du point de vue religieux à une explication adéquate et qui, accentuant avec force le caractère de grâce, de charisme divin, recourent en fin de compte à l’idée de miracle. »

3° Explicalion surnaturelle. — À coup sûr chez les stigmatisés que vénère l’Église — qui ne s’est jamais d’ailleurs prononcée sur le caractère même de la stigmatisation — chez d’autres qui, en ces temps derniers, ont éveillé la curiosité publique, il est facile de constater que le phénomène extérieur s'accompagne d’une vie intérieure plus qu’ordinaire, de vertus chrétiennes poussées jusqu’à l’héroïsme. C’est bien le cas de répéter avec Pascal que «la doctrine discerne les miracles ». D'où l’importance qu’il convient d’attacher aux circonstances mêmes de la stigmatisation, circonstances qu'ont bien étudiées les PP. Garrigou-Lagrange et Rivaud, dans Εἴ. carmél., loc. cit., p. 188-207.

Qui empêche d’ailleurs la Providence de mettre en œuvre pour le bien personnel du stigmatisé, pour l’édification aussi de ceux qui sont les témoins du phénomène, en dernière analyse pour le profit spirituel de l'Église, des mécanismes psycho-physiologiques qui, en d’autres sujets, moralement moins bien disposés, n’aboutissent qu’à des phénomènes n’ayant aucune valeur morale et religieuse. Que, de ce chef, tel ou tel stigmatisé « accomplisse encore dans sa chair ce qui manque à la passion du Christ », pour parler comme saint Paul, col., 1, 24, il n’y a lieu ni de se récrier, ni de se scandaliser. Une maladie nerveuse, voire l’hystérie, qui semble renforcer les mécanismes en question, serait-elle, plus que telle autre infirmité somatique, un empêchement à la vie intérieure et morale de celui qui en est atteint? Suivant les cas, la force inconsciente idéoplastique peut être déclenchée par une méditation toute sainte de la passion du Sauveur, tout comme par une suggestion étrangère ou par l'attente de l’entourage. C’est dire que, prise en elle-même, abstraction faite de toutes les circonstances de personne, de temps, de lieu, la stigmatisation n’est jamais un témoignage

STIGMATISATION — STOCKMANNS (PIERRE)

irrécusable ni de la sainteté héroïque, ni de grâces mystiques absolument authentiques; qu'il est par contre des cas de stigmatisation où le croyant peut, sans imprudence, déclarer que «le doigt de Dieu est là », encore que Dieu use, pour produire ces effets, de virtualités qui sommeillaient au fond de l’organisme.

Les ouvrages indiqués au cours de l’article donneront les renseignements nécessaires. Bien que vieillis à beaucoup d'égards, les ouvrages du Dr Imbert-Gourbeyre fourniront beaucoup d'indications historiques et bibliographiques mais qu'il faut savoir ontrôler. Le cas de Th. Neumann a donné lieu à une littérature énorme, surtout de langue allemande, qu’il serait fastidieux de détailler ici. Retenir au moins P. Masoin, Thérèse Neumann et autres stigmatisées, Bruxelles, 1933; K. Kiefer, Thérèse Neumann, 1928, donne une critique de l’ensemble de la littérature parue à ce moment; voir aussi Mgr. J. Teodorowiez, archevêque de Lemberg, Konnersreuth im Lichte der Myslik und Psychologie, Salzbourg-Leipzig, 1936. Les Études carmélitaines ont consacré à la voyante de Konnersreuth d'assez nombreux articles d’ailleurs en des sens opposés : B.-M.Lavaud, octobre 1932 et avril 1933; R. Van der Elst, octobre 1932. Voir aussi dans le même recueil la critique des faits relatifs à M.-Th. Noblet, octobre 1938, notes de R. Dalbiez et d'A. Delmas au IVe congrès de psychologie religieuse. Le t. 11 de l’année 1936 du même recueil est consacré tout entier aux divers problèmes soulevés par la stigmatisation.

É. AMANX.

STOBNICA (Jean de), frère mineur polonais de l’Observance (xvr° s.). — Originaire de Stobnica, en Pologne, il fut promu maître ès-arts et docteur en philosophie (1494) à l’université de Cracovie, où il enseigna ensuite la philosophie. Après quelques années d’enseignement il entra dans l’ordre franciscain. Il composa les ouvrages suivants : Parvulus philosophiæ naturalis cum exposilione texluali ac dubiorum magis necessariorum dissolutione ad intentionem Scoti congesta, Cracovie, 1507, 1513 et 1517; Bâle, 1516; Quæsliones in universa philosophia sublilissimæ, que Thomas de Posen, le disciple de Jean de Stobnica, aurait terminées ad mentem Scoti; Infroductio in Claudii Plolomæi cosmographiam, cum longitudinibus et latitudinibus regionum, Cracovie, sans année; puis en 1512 et 1519; Historia lotius vitæ et passionis Domini nostri Jesu Christi, ex quatuor evangeliis collecta, Cracovie, 1523 et 1525. Il édita à Cracovie, 1508, les Quæstiones veleris ac novæ Logicæ cum resolulione textus Aristotelis clarissima ad inlentionem doctoris Scoli de Michel de Paris, qui avait été son professeur de philosophie à Cracovie. Quant à l’ouvrage intitulé : Leonardi Arelini in moralem disciplinam introduclio, familiari Joannis de Stobnicza commentario explanata, Cracovie, 1511, il faudrait l’attribuer, d’après S. Starawolski, Scriplores polonici, Francfort, 1625, ἢ. ΧΧΧΙΙ, à un autre auteur, appelé également de Stobnica, qui fut docteur en médecine et composa des commentaires sur la philosophie morale.

L. Wadding, Annales minorum, 3° éd., t. xv, an. 1499, n. XXII, Quaracchi, 1933, p. 221; J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores ord. min., 2° éd., t, τι, Rome, 1921, p. 133-134.

A. TEETAERT.

STOCKMANNS Pierre (1608-1671). — Né à Anvers, le 3 septembre 1608, il fit ses études à l’université de Louvain et s’adonna spécialement au droit. Docteur le 7 décembre 1631, il devint professeur de droit le 7 novembre 1633, et fut nommé conseiller ordinaire au Conseil de Brabant, le 27 mars 1643. Il remplit diverses charges officielles et plusieurs missions diplomatiques. Il prit part aux polémiques soulevées aux Pays-Bas par la condamnation des écrits de Jansénius. Il mourut à Bruxelles le 7 mai 1671 et il fut inhumé dans le chœur de l’église des dominicains, avec une épitaphe fort élogieuse.

RS. ιν δι ét

LD

Somnium Hipponense sive de controversiis theologicis hodiernis Augustini judicium, relatore Philelio theologiæ baccalaureo, s. 1., 1641, in-4°. Cet écrit parut aussi sous le titre Conventus africanus, seu Disceptatio judicialis apud tribunal præsidis Augustini. enarratore Arlemidoro, Rouen, 1641, in-4°. Cet écrit se propose de montrer que Jansénius a été le fidèle interprète de saint Augustin. L'ouvrage, qui est anonyme, a été attribué parfois à Libert Fromond et il fut mis à

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