‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 331 sur 457 · STOLBERG (FRÉD. DE) — STOZ (MATTHIEU · texte numérisé non relu

STOLBERG (FRÉD. DE) — STOZ (MATTHIEU

d'Érasme, 21 de Storch), adjectum est his Judicium A. Pelargi de declarationibus Erasmi ad censuras theologorum Parisiensium, Cologne, 1539.

Quétif-Échard, Scriptores O. P., t. τι, p. 158; N. Paulus, Die deutschen Dominikaner im Kampfe gegen Luther, Fribourg, 1903, p. 190-212; Ehses, dans Pastor bonus, 1897, p. 56 sq., 322-328, 361; Hurter, Nomenclator, 3° 6d., t. 1x7, col. 1428-1430; Lexikon für Theologie und Kirche, t. VI, col. 66 (au mot Pelargus).

É. AMANN.

STOZ Matthieu, jésuite allemand, né à Münkhausen, en Souabe, le 24 septembre 1614. Entré au noviciat le 9 janvier 1631, il professa diverses sciences théologiques et spécialement la morale (douze ans, d’après Sommervogel) à Augsbourg, Lucerne et Fribourg-en-Brisgau. Düllinger-Reusch, Moralstreit., τς ur, ἢ. 71, p. 364 sq., ont publié une lettre d’un jeune jésuite, écrite de Feldkirch au P. général, J.-P. Oliva, 23 août 1668, où le P. Matthieu, qui avait été son maître en théologie dogmatique à Fribourg, est sévèrement apprécié quant à son enseignement et à son caractère. Les accusations portées peuvent fort bien n'être que des exagérations d’esprit chagrin ou des rancunes de candidat malheureux. Les éditeurs de la lettre (op. cit., t. 1, p. 647) et Reusch dans l’Allgem. Deustche Biographie, t. XXXVI, 00]. 479, prennent ces reproches à la lettre; mais on comprend mal, si tout cela est exact, que le P. Stoz soit devenu dans la suite recteur de Lucerne (1673) et de Constance. IlImourut à Munich, le 10 février 1678.

Nous avons du P. M. Stoz cinq programmes de discussions publiques en diverses universités ; cf. Sommervogel, col. 1603; le plus intéressant paraît être celui sur le Dominium rerum, Fribourg-en-B., 1664. De plus, il publia une Znstructio el praxis recte et expedile confilendi, Inspruck, 1661, in-12, 484 p. Loué par le P. ἃ. Gobat, l’opuscule eut du succès. L'auteur travaillait à une réédition, quand il mourut. Son frère, le P. Jean Stoz (1619-1696), entré dans la Compagnie en 1638, professeur de théologie morale dix ans et de droit canon dix ans aussi — on lui doit une relation succincte, De gestis in sacrosanclo concilio Tridentino, d’après Pallavicini, 1695 — acheva cette revision et y ajouta une deuxième partie sur le confesseur. Il publia l’ouvrage ainsi complété sous le titre : Tribunal pænitentiæ seu libri duo, prior de pænitente ut reo, posterior de confessario ut judice, Opus aulore R. P. Matthæo Stoz, 5. J. theologo, inchoatum, opera fratris germani ex eadem Soc. perfeclum, totoque secundo libro auctum.…., Dillingen, 1684, 2 vol. in-4°, de 403 et 344 p. L’approbation du P. E. Truchsess, provincial de Germanie supérieure, est du 22 avril 1683; rééditions à Dillingen 1684, à Augsbourg et Dillingen en 1701 et 1739, à Bamberg en 1756.

L'ouvrage est une pastorale pénitentielle où sont successivement étudiées toutes les questions qui concernent le pénitent (1er livre, 5 parties), et le confesseur (2e livre, 4 questions, avec un appendice, sur le pouvoir d’absoudre les cas réservés). Les décrets d'Alexandre VII et d’Innocent XI, condamnant diverses propositions de morale, sont reproduits en supplément. À un moment où, surtout en France, la réaction rigoriste, qui suivit les Provinciales et les condamnations pontificales des propositions relâchées, se faisait déjà sentir, le Tribunal, tout en tenant compte de ces condamnations, reste dans la note de douceur et d’indulgence qui caractérisait la casuistique et la pratique pénitentielle de la première moitié du xvre siècle ; cf. traitement des habitudinaires et des récidivistes, SLoz ne craint pas de s’autoriser de Diana, Jean Sanchez et Dicastillo, 1. 1, p. 11, n. 98 sq.; à plusieurs reprises, il déclare qu’en général il faut, dans le choix des opinions, tenir compte, plus encore que

2629 STOZ (MATTHIEU) — des docteurs les autorisant, de « leur plus grande bénignité », qui importe tant au salut des âmes, par exemple, 1. I, p. I, n. 86... Parmi les pages les plus originales de ce manuel pénitentiel, on doit signaler l'exposé ample et particulièrement soigné de la doctrine du secret confessionnel. L. II, 4. 1v, €. v, n. 183- 330. Dans cet exposé, œuvre du P. Jean Stoz, l’obligation du secret est présentée d’une manière très précise, avec distinction beaucoup plus nette que chez la plupart des contemporains, du secret proprement dit et de la connaissance (notilia) acquise en confession, c’est déjà la doctrine qu'établira définitivement notre Code de droit canon; cinq manières, admises par les docteurs du temps, de couvrir le secret de la confession devant une interrogation directe sont énumérées et une difficulté « singulière » proposée par Gobat et qui l'avait toute sa vie préoccupé, est étudiée sous toutes ses faces; ce casuiste alors célèbre se demandait comment l’Église pourrait poursuivre et condamner un confesseur prévenu d’avoir violé le secret de la confession sans porter elle-même atteinte au secret: il ne voyait de solution que dans la permission du pénitent intéressé; le P. Jean Stoz croit la distinction des fors intérieur et extérieur suffisante à assurer l'exercice de la justice ecclésiastique.

Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vr1, col. 1602- 1604; Hurter, Nomenclator, 3° édit., t. 111, col. 304 et 520- 521; Dôllinger-Reusch, Geschichte der Moralstreitigkeiten… 1880, t. τ, p. 647 et τ. 11, p. 366-372; Allgemeine Deutsche Biographie, t. xxxIV, 1893, col. 479, art. Stoz Matth. (Reusch).

R. BROUILLARD

STRAUCH Y VIDAL Raymond, frère mineur espagnol (xvine-xiIx® s.). — Né à Tarragone le 7 octobre 1760, il entra dans l’ordre des frères mineurs de la province de Majorque, le 4 septembre 1776, au couvent de Palma. Il exerçala charge de lecteur de philosophieet de théologie au couvent de Saint-François de Majorque et enseigna pendant treize ans à l’université lullienne dans la même ville. Il fut non seulement grand théologien et bon philosophe, mais aussi défenseur intrépide de la religion catholique. Ainsi pour faire face aux doctrines impies et corruptrices qui s’infiltraient dans la masse par la revue infâme : Aurora patriética Mallorquina, il fonda et dirigea pendant trois ans (1812- 1815) le périodique : Semanario crisliano-politico de Mallorca. Dans les nombreux articles qu'il y écrivit, il se révéla non seulement polémiste redoutable, historien objectif et sincère, critique sagace et serein, mais aussi profond théologien. Dans le même dessein, il traduisit du français en espagnol les ouvrages suivants de l’abbé Barruel : Memorias para servir a la historia del jacobinismo, Palma, 1813-1814, 4 vol., et Historia del clero en tiempo de la revolucién francesa, Palma, 1814, 408 p., qu’il pourvut de précieuses notes se rapportant à la situation espagnole. Ses adversaires réussirent à le faire mettre en prison. Mais, quand Ferdinand VII rentra, en 1814, le peuple de Majorque ouvrit les portes de la prison au P. R. Strauch pour le porter en triomphe à travers la ville. R. Strauch fut promu au siège épiscopal de Vich le 23 septembre 1816. La défense intrépide de la religion et des bonnes mœurs ainsi que des droits sacrés de l’Église lui attirèrent la haine farouche des révolutionnaires, qui lui firent subir toutes sortes de vexations et de persécutions. Tenu prisonnier dans son palais épiscopal depuis le 11 octobre 1822, il en fut enlevé le 6 novembre suivant et conduit à Barcelone, où il fut emprisonné dans une des tours de la citadelle. Dans la matinée du 16 avril 1823, les révolutionnaires lui firent quitter sa prison et le firent monter avec son compagnon sur un chariot sous le prétexte de le conduire à Tarragone, mais arrivés à Vallirana, à la distance d’une lieue et

STROSSMAYER 2630 demie de Molins de Rey, ils le fusillèrent, dans l’aprèsmidi du même jour, avec son compagnon Michel Quingles, également frère mineur.

Raymond Strauch est l’auteur de nombreux discours et articles et d’un certain nombre d’ouvrages philosophiques, dans lesquels il se montre un disciple de Duns Scot et de Raymond Lulle, au moins à en juger d’après les titres. On peut voir la liste détaillée de tous ses ouvrages, sermons, discours et articles dans Criterion, t. VI, 1930, p. 305-311. Parmi les principaux il faut citer sa Theologia lulliana, inédite, qui se conserve à Vich et ses Dogmata universæ veleris et recenlioris philosophiæ, inédit.

L. Pérez, Registro de las provincias de la regular Observancia…, dans Archivo ibero-americano, t. xXVIt1, 1922, p. 122-123; Una carta del P. Strauch, ibid., p. 126; P. Saura Lahoz, 112° Fr. Raymundo Strauch y Vidal, obispo de Vich (1823-1923), dans la même revue, t. xx, 1923, p. 321- 335; Samuel d’Algaida, Fra Ramon Strauch, fra menor i bisbe de Vich, dans Criterion, t. VI, 1930, p. 305-311; Fr. Bover, Biblioteca de escritores Baleares, t. 11, Palma, 1868, p. 418- 421; Constante, Episodios tradicionalistas. Montalegre. Narraciôn veridica e histérica de los crimenes y asesinatos cometidos al grilo de libertad en Manresa en 1822 y en Monlalegre en 1869, Barcelone, 1883, p. 191-204.

A. TEETAERT.

STROSSMAYER Joseph-Georges, évêque de Djakovo en Yougoslavie (Croatie) de 1850-1905, propagateur remarquable de l’idée de l’union des Églises, connu aussi pour son attitude anti-infaillibiliste au concile du Vatican. I. Vie; II. Activité pour l’union des Églises. III. Attitude au concile du Vatican.

I. VIE. — Mgr Strossmayer est né le 4 février 1815 à Osijek (l’ancienne Mursa), d’une famille d’origine allemande. Après avoir fait ses études philosophiques à Budapest et ses études théologiques à Vienne, il fut quelque temps vicaire dans le diocèse de Djakovo, son diocèse d’origine, puis fut nommé directeur au collège ecclésiastique Augustineum de Vienne. C’est à ce poste que le trouva, en 1850, sa nomination au siège épiscopal de Djakovo, une petite localité de la Croatie qui à ce moment-là faisait partie de la monarchie austro-hongroise. Par ses qualités intellectuelles et par son intrépidité dans la défense des droits de l’Église et des nations slaves, alors plus ou moins opprimées, Mgr Strossmayer rendit célèbre Djakovo, siège de l'évêché de Sirmium et de Bosnie.

La grande personnalité de Strossmayer est intimement mêlée à la vie politique de la double monarchie à la deuxième moitié du x1x® siècle. En Croatie, il est le personnage central autour duquel un mouvement très prononcé se dessine pour lindépendance des nations slaves du Sud. A cette époque l’on pensait plutôt à une indépendance culturelle, car personne n’osait alors croire à l’écroulement de la puissante monarchie. Mgr Strossmayer s’employa de toutes ses forces à cette œuvre. C’est grâce à lui que fut fondée à Zagreb, capitale de la Croatie, l'académie yougoslave des arts et des sciences, en 1867, et l’université croate, pareillement à Zagreb, en 1874. Mgr Strossmayer puisait à pleines mains dans les riches fonds dont disposait alors son évêché, pour subvenir à de nombreuses institutions nationales.

Mgr Strossmayer entretenait aussi de nombreuses relations avec l’étranger. C’était naturellement dans les pays slaves qu’il comptait le plus d’amis. Mais il en avait aussi à Rome, où il séjournait souvent, et en France. Il n’est allé, il est vrai, qu’une seule fois en France, en 1867, mais il en suivait les événements avec un très sympathique intérêt. Le 7 février 1870, prenant part à la discussion du schéma De vila et honestate clericorum au concile du Vatican, Mgr Strossmayer eut l’occasion d’aflirmer ses sentiments à l’égard de l’Église de France : « Qu'il me soit permis d’expri-

mer ici la profonde douleur de mon âme à cause de cet évêque (Del Valle, évêque de Huanuco, au Pérou) qui a été exagéré et indiscret à l’égard de l’Église de France. Ah! si je pouvais faire que ces paroles n’aient jamais été dites ici! Que ce prélat se souvienne que l’'éminente Église de France vient de sortir victorieuse d’une persécution honteuse et dure qui lui ἃ été infligée à notre époque malheureuse, et cela par le mérite de ses innombrables martyrs et de ses confesseurs. Si jamais elle a eu des taches, elle les ἃ abondamment lavées dans son sang. Que ce prélat se souvienne que l'Église de France est illustre dans le monde entier et, pour passer sous silence ses autres titres, qu’elle est, après Rome, la mère et l’institutrice de nous tous. » Nous citons les discours de Mgr Strossmayer au concile du Vatican d’après l’édition critique faite par le chanoine André Spiletak dans Biskup J. J. Strossmayer na valikanskom saboru (L'’'évêque J.-G. Strossmayer au concile du Vatican), Zagreb, 1929, p. 60. Mgr Strossmayer est pareillement intervenu au concile du Vatican en faveur de l’Église gallicane dans son dernier discours, prononcé le 2 juin 1870, en répliquant au patriarche de Jérusalem, Mgr Valerga. Op. ΟΣ, Ὁ, 96:

Dans son pays, Mgr Strossmayer joua un rôle politique de premier ordre. On ne doit pas s'étonner que l'attitude intrépide de cet évêque ait déplu à la cour de Vienne. A plusieurs reprises on tenta de se débarrasser, en le dénonçant à Rome, de l’évêque importun qui prônait ouvertement la réforme fédérative de la monarchie. Ce fut d’abord son opposition au dogme de l’infaillibilité pontificale qui donna occasion à ses ennemis à demander sa déposition. Mais Mgr Strossmayer se hâta d'annoncer publiquement son adhésion à ce dogme, en janvier 1873. Une occasion semblable se présenta au gouvernement autrichien en 1888. La Russie fêtait, cette année-là, le neuvième centenaire de sa conversion au christianisme. Mgr Strossmayer envoya un télégramme chaleureux aux Russes réunis à Kiev pour la célébration de ce mémorable anniversaire. Ce télégramme causa une grande émotion dans la monarchie. L'empereur en prit ombrage. Le Saint- Siège fut saisi. Strossmayer se préparait déjà à quitter son siège, mais il ne se démentit pas. C’est alors que se produisit la célèbre « affaire de Bjelovar », petite ville croate où l’empereur François-Joseph était venu assister aux manœuvres. Les évêques de la région vinrent le saluer. D’un ton acerbe, l’empereur dit à l’évêque de Djakovo qu’il avait certainement été malade au moment où il se décidait d’envoyer le télégramme incriminé à Kiev. Mgr Strossmayer répondit avec beaucoup de dignité et de fermeté : « Sire, ma conscience est pure. » Il quitta Bjelovar au milieu des acclamations de la foule sans avoir assisté au banquet organisé en honneur de l’empereur. Léon XIII et le cardinal Rampolla ne cédèrent pas aux demandes réitérées de la cour de Vienne concernant la déposition de Mgr Strossmayer.

L’épiscopat de Mgr Strossmayer dans le diocèse de Djakovo a été long et fécond. Il est mort à Djakovo le 8 avril 1905. Son souvenir est resté très vivant non seulement parmi les Croates, mais dans la Yougoslavie entière. La cathédrale qu'il ἃ fait construire à Djakovo, une des plus belles églises de l'Europe, est le monument le plus éloquent de son activité épiscopale, laquelle fut dominée visiblement par l’idée de l’union de tous les peuples slaves dans l’Église catholique. Le 4 février, jour de sa naissance, est célébré chaque année en Yougoslavie comme une fête nationale.

II. ACTIVITÉ DE MGR STROSSMAYER EN FAVEUR DE L'UNION DES ÉGLises. — Grâce à la correspondance très abondante échangée entre Mgr Strossmayer et le chanoine Raëki, premier président de l’Académie

Page 1