‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 332 sur 457 · STROSSMAYER (JOSEPH-GEORGES · texte numérisé non relu

STROSSMAYER (JOSEPH-GEORGES

yougoslave des arts et des sciences et son ami intime, nous pouvons constater à quel point l’évêque était préoccupé de l’idée de l’union des Églises. Ces préoccupations se reflètent dans beaucoup de ses écrits et discours, et tout particulièrement dans deux de ses lettres pastorales (de 1881 et de 1882) et dans les discours tenus par lui au concile du Vatican.

Il est intéressant de voir quelle idée il se faisait de l'unité de l'Église. Là-dessus il a eu l’occasion de s’ex- : primer clairement au concile. Prenant la parole lors de la discussion du schéma De disciplina ecclesiastica, Strossmayer s’en prend « à la tendance, qui se fait voir presque à chaque page (du schéma), de réduire tout, même les choses de moindre importance, à l’unité. Certes, mes vénérables frères, dit-il, l’unité est une des plus essentielles et des plus nécessaires propriétés de l’Église. Mais je voudrais que cette unité fût le symbole de la sagesse, de la beauté et de la perfection divines. Elle doit être faite de la diversité de plusieurs éléments, dont chacun conserve intégralement sa nature, ses fonctions et ses droits. De cette façon l’unité qui fait partie de la nature de l’Église catholique, sera vraiment comme une harmonie céleste qui attire à elle non seulement les yeux de tout le monde, mais encore les cœurs. Autrement, si l’on réduit tout sans distinction à l’unité, on risque de parvenir à une unité qui pourrait susciter des rébellions ». Op. cit., p. 46. Dans la suite du discours, Strossmayer appuie sans réserve la demande faite par les cardinaux et évêques français en faveur de leur Église : « Je m’associe de tout mon cœur aux vœux des évéques de France : que ces particularités qui correspondent aux nécessités de l’Église de France, soient religieusement et intégralement conservées. » Zbid., p. 48.

Un des plus grands obstacles à l’union des Églises est, selon Mgr Strossmayer, la crainte chez les nonunis de perdre, en se joignant à l’Église catholique, leurs privilèges et leurs particularités. Dans le même discours, Mgr Strossmayer faisait à ce propos la constatation que voici: « Chaque fois, lorsque jeleur (à des évêques orthodoxes) parle de ces choses (de l’union), je trouve toujours chez eux le préjugé et la crainte que le Saint-Siège et l’union n’abrogent et n’anéantissent leurs privilèges et leurs droits, leurs rites, leurs autonomies, leurs coutumes ecclésiastiques particulières. C’est en vain que je leur dis que ce n’est pas là le but ni la vocation du pouvoir de l’Église, mais que, bien au contraire, l’Église n’enlève jamais les droits des Églises particulières, mais les confirme toujours. Je leur dis que le but de cette institution, la plus élevée qui soit, est plutôt d’aider les Églises plus faibles, les Églises opprimées et persécutées. Dans les moments des graves difficultés, elles trouveront toutes dans le Saint-Siège la défense et l’aide la plus efficace de leurs propres intérêts. » 1bid., p. 48. Il est donc nécessaire d'affirmer cette large conception de l'unité de l’Église, afin d’abolir beaucoup de vieux préjugés et de faciliter ainsi la réalisation de cette unité.

Une preuve tangible de cette unité dans la diversité devrait se faire, selon Mgr Strossmayer, le plus ἰδὲ possible, par la réforme du Collège cardinalice, jusqu’alors composé en majeure partie d’Italiens. Dans son discours du 14 janvier 1870, l’évêque rappela la décision du concile de Trente, selon laquelle les cardinaux devraient être choisis dans toutes les nations. Il formait le vœu que cette décision conciliaire se réalisât enfin et que le Collège cardinalice devint ainsi comme une espèce de « compendium du monde entier ». Zbid., p. 34. Cecin’est pas seulement, d’ailleurs, opinait Strossmayer, une exigence de justice envers le concile de Trente. La prudence toute naturelle nous en confirme l'utilité. Étant donné que les cardinaux sont appelés à s'occuper de questions très graves touchant soit

l'Église universelle, soit quelques Églises particulières, il serait fort utile que l’universalité de l’Église fût représentée parmi ces mêmes cardinaux.

Partant de cette conception vraiment catholique de l'unité de l’Église, Strossmayer insiste sur la délicatesse et la circonspection qu’il faut mettre dans les relations avec les non-unis. Il faut surtout éviter les expressions qui pourraient les blesser dans leur amourpropre, par ailleurs légitime. Dans son premier discours tenu au concile, le 30 décembre 1869, Strossmayer énumère plusieurs de ces expressions malencontreuses employées par les Pères du concile eux-mêmes, à propos des chrétiens séparés et de leur doctrine : antichristus, turpitudo, noxa, abominatio et detestatio, impielatum et errorum monstra, pestis, cancer, etc. Ces expressions, dit-il avec raison, sont pareillement éloignées et de l'esprit contemporain et de l'esprit de l'Église. « Et ceux qui croient qu'avec d’aussi dures expressions et des anathématismes on puisse convertir le monde moderne et le ramener au sein de l’Église sont complètement dans l'erreur. » Zbid., p. 24. Aujourd'’hui, tout le monde est d’accord sur la justesse de cette observation; à l’époque du concile du Vatican des paroles de ce genre avaient sans doute quelque chose de nouveau.

Travaillant inlassablement à l’œuvre de l’union des Églises, Mgr Strossmayer noua de nombreuses relations avec les représentants des diverses nations slaves. Il comptait de nombreux amis personnels en Serbie (depuis 1851 il était administrateur apostolique pour tout le territoire de la Serbie), en Bulgarie, au Monténégro, mais surtout en Russie. Strossmayer était convaincu que les peuples slaves allaient jouer dans un avenir prochain un rôle considérable en Europe. En septembre 1876, il envoyait au tzar Alexandre IT, par l'intermédiaire du diplomate russe Heesen, un long mémoire sur la nécessité d’un concordat entre le Saint-Siège et la Russie. Tel qu’il était conçu, ce mémoire impliquait à l’époque un acte de haute trahison. Il marqua le commencement de longues négociations qui aboutirent en 1882 à la signature d’un « arrangement préliminaire » et en 1905 au concordat. Depuis cette date la Russie a passé par de lugubres vicissitudes et les grands espoirs que Strossmayer nourrissait à l’égard du plus grand pays slave paraissent, du moins pour le moment, avoir été vains. Saurait-on pourtant dire aujourd’hui d’une façon définitive que Strossmayer se soit trompé?

III. AU CONGILE DU VATICAN. — Mgr Strossmayer a été très actif au concile du Vatican. Il a prononcé en tout cinq discours, dont un seul sur la question la plus difficile, celle de l’infaillibilité du pape. On sait du reste que Mgr Strossmayer faisait partie du groupe des anti-infaillibilistes, à côté de Mgr Dupanloup, de Mgr Darboy, des cardinaux Schwarzenberg de Prague et Rauscher de Vienne, et d’autres. Mais il faisait aussi figure d’opposant dans d’autres questions discutées au concile.

Dans son premier discours du 30 décembre 1869, lors de la discussion du schéma de la constitution dogmatique De doctrina catholica, il parla longuement du titre de la constitution qui aurait dû contenir, selon lui, non seulement le nom du pape, mais encore celui du concile entier, en harmonie avec la tradition depuis le concile de Jérusalem jusqu’à celui de Trente. Il constata au même discours qu’une grande partie du schéma ne faisait que soulever de vieilles questions d’école, sans aucun rapport avec la vie réelle qui, trop souvent, n’est que très mal connue par les théologiens. ΠῚ proposa en même temps que l’on employât des expressions plus charitables à l’égard des chrétiens non catholiques et même des incroyants. Certaines phrases de ce discours de Mgr Strossmayer sont pres-

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