SUPERSTITION. L’'ASTROLOGIE
l'efficacité de la prière. Quæst. vel., q. αχν, t. XXXV, col. 2352, 2357.
c) Saint Augustin sera le plus grand adversaire des mathemalici. Ni l'astrologie, ni les coutumes populaires qui s’y rattachaient, ne devaient trouver grâce devant lui. Remarquons qu’il ne nie pas toute influence des astres. De civ. Dei, 1. V, c. vi, P. L., t. χα, col. 145. Dans cet ordre « de choses temporelles il faut avouer que les astrologues disent parfois vrai sous l’influence d’un instinct très secret que les âmes humaines subissent sans le savoir ». De Genesi ad litteram, 1. II, C. XVII, t. XXXIV, Col. 281. Mais, même dans ce domaine, pour des raisons morales, « parce que ces prévisions sont faites pour tromper les humains », c’est, d’après lui, « l’œuvre des esprits immondes qui en savent là-dessus plus long que nous. Aussi un bon chrétien doit-il se garder des mathematici et de toutes sortes de devins, surtout lorsqu'ils disent vrai ». Loc. cit., C’est une attitude pratique, qui dispense de plus amples distinctions. Saint Augustin en est toujours resté à cette condamnation sommaire de l’astrologie et de ses dérivés.
Saint Augustin n’est pas tendre, on le pense bien, envers l'astrologie sans prétentions, qui observe les temps et les jours : d’après lui, ce sont là des « fautes graves, bien qu'elles soient dans les habitudes des laïcs et même des clercs ». Enchiridion, ο. LXxXIX; Epist., τὰν, αν, P. L., t. x, col. 269; t. xxxrrt, col. 210. Mais il sent bien qu’une telle sévérité est une innovation.
Bien peu sans doute après saint Augustin, il faudrait placer l’auteur anonyme du sermon Adversus paganos attribué à saint Maxime de Turin. P. L., t. Lvu, col. 782-788. L'activité bien datée de saint Léon contre les deux formes d’astrologie nous semble presque un anachronisme, au milieu du ve siècle. Si sa décrétale à l’évêque Turribius d’Astorga peut passer pour un rappel bien tardif et amplifié par la rancune des évêques espagnols contre les errements de Priscillien, il existe des sermons fort pressants du grand pape contre les superstitieux de la ville de Rome : Sermo vir in Nativ. Domini, c. 111, P. L., t. Liv, col. 218; cf. loc. cil., col. 247. Les condamnations se succèdent tout au long des siècles gallo-romains, mérovingiens et carolingiens, sans insister pourtant sur le caractère antireligieux de ces pratiques.
d) Au xrrr® siècle, au moment où les philosophes arabes et les œuvres d’Aristote étaient introduits dans l’École, avec leur principe philosophique sur la domination des corps célestes (?) et les théories fatalistes de l’Islam, les premiers scolastiques livrèrent de véritables batailles contre l’astrologie. Ils n'avaient guère à s’embarrasser de l’astrologie divinatoire, mais bien plutôt d’une astrologie naturelle, qui étudiait l’action des astres, des éclipses, des tremblements de terre, sur les phénomènes atmosphériques ou sur les maladies; et aussi de l’astrologie judiciaire qui étendait l'empire des éléments sur la liberté humaine. Voici, résumé par saint Thomas pour le fr, Réginald ce qui est permis en fait d’astrologie... « Il te faut savoir d’abord que l'influence des corps célestes s'étend aux changements des corps inférieurs. Aucun péché, par conséquent, à user de l’astrologie judiciaire pour prévoir des effets d’ordre corporel : tempête ou beau temps, santé ou maladie, abondance ou stérilité des récolles, et tout ce qui dépend pareillement de causes corporelles et naturelles. Tout le monde s’en sert : les cultivateurs, les navigateurs, les médecins. Nul inconvénient même à faire usage, pour cela, d’observations plus cachées sur les astres. Mais voici ce qu'il faut absolument maintenir : la volonté humaine n’est pas soumise à la nécessité astrale; sinon on ruinerait le libre arbitre et du même coup le mérite. Mais le diable, qui veut entraîner tout le monde dans l'erreur,
mêle ses interventions aux opérations de ceux qui s'appliquent aux calculs astraux. » Cf .1. Mennessier, La religion, t. 11, p. 473-474, édit. de la Somme dite de la Revue des jeunes. Nous avons vu que le saint docteur n'avait peut-être pas fait toutes ces distinctions, pourtant essentielles, et d’autres qui sont plus psychologiques touchant l'influence des astres sur l'organisme et le tempérament. Cf. IIs-II®, q. XCv, a. ὃ, ad 2u®, Cet enseignement, indépendant, en somme du substratum philosophique et scientifique, est resté la doctrine catholique. Cajétan professe qu’ « on peut admettre, sans erreur, ni péché, que les influences célestes sont des causes susceptibles d’incliner les choses humaines, dans la mesure où elles sont en dépendance des corps, pourvu que l’on s’en tienne à des conjectures et même qu'on ne s’y attache pas trop ». Summa, à l’art. Astrorum observatio. Mais l’erreur des astrologues, c’est précisément qu'ils ne s’en tiennent pas aux conjectures!
e) De nos jours, l’astrologie à allure savante étale ses prétentions; mais son instruction est encore à faire. Les astrologues vulgaires basent leur pronostic sur les données de leurs lointains prédécesseurs; mais les faits actuels sont là pour prouver qu’ils ont dû, tout au moins, mal faire leurs calculs.
Certains hommes de science, mathématiciens, médecins, docteurs en droit canonique, répudiant l’astrologie millénaire et le nom d’astrologue, préconisent l’astrodynamique, la cosmobiologie, c’est-à-dire une astrologie scientifique. Elle prétend, par des calculs sur les astres, par des statistiques comparées avec le calcul des probabilités, établir, non seulement des interprétations sur le tempérament d’un individu, mais aussi des « directions », des descriptions, pour ainsi dire, chronologiques de toutes les phases de sa vie. Cf. un bon exposé dans Ami du clergé, 1937, p. 289- 298. Le nom de P. Choisnard, et ses livres : Preuves et bases de l'astrologie scientifique, Essai de psychologie astrale, etc., ont éveillé l’attention des théologiens. Comme l’auteur affirme que « les astres inclinent, mais ne nécessitent pas », il sauvegarde la liberté humaine; que si le fait astral entraîne dans la conduite des hommes un déterminisme atténué, il y voit l’un des organismes délicats du gouvernement de la Providence. « Vos conclusions me paraissent fondées, lui écrivait J. Maritain. Sur la possibilité en droit d’une astrologie scientifique, je suis d’accord avec vous. Quant à la question de fait, l’expérience seule peut la résoudre. » Ainsi entendue, l’astrologie est peut-être une erreur; ce n’est pas une superstition.
6. Observance vulgaire des temps. — On peut en esquisser une classification pratique, fondée sur le but et l'institution de ces dates fatidiques.
a) Une première catégorie, qu’on ne peut accuser de vaine observance, c’est celle qui rappelle les jours réputés les plus influents pour les semailles, les moissons, etc..…., toutes choses qui dépendent en effet des influences atmosphériques. C'était le fruit d’une expérience séculaire, qu’on se gardait bien d’ailleurs de prendre trop à la lettre. Quant aux proverbes populaires qui, au Moyen-Age, nommaient saint Médard ou les « saints de glace », c'était, on le sait, la manière usuelle de désigner des dates du calendrier.
b) Mais, « selon la vaine doctrine des hommes, d’autres s’imaginent qu’il y a des temps heureux et des temps malheureux ». Enchiridion, loc. cit. Ici les jours sont censés apporter, non pas le beau temps, mais la chance : cette observance tient à des considérations astrologiques sans exactitude scientifique. On les reconnaît, soit à la désignation précise d’une heure, de l’âge de la lune, mise souvent en relation avec la naïissance d’un individu, soit à la mention d’une prétendue
-Joi de sympathie entre jours et jours. Jean Chrysos-
DICT. DE THÉOL. CATHOL