SUPERSTITION. L’ASTROLOGIE
tome, Homil., xxx1m. De Noël au 6 janvier — c’est-àdire dans les douze premiers jours du calendrier du Moyen-Age — « regardez le temps qu’il fait chaque jour, et vous saurez le temps qu'il fera pendant chacun des mois à venir ». Voir des variantes infinies de ce thème dans L.-P. Sauvé, Croyances et superslilions vosgiennes, dans Mélusine, t. 11, p. 277. La mention de la « messe de minuit » ou telle autre fête, ne doit pas donner le change sur l’origine astrologique de ces jours heureux : Noël et la Saint-Jean, c’étaient les solstices d'hiver et d'été. Autour de ces deux dates, faciles à observer, se sont rassemblées deux sortes d’usages : des observances astrologiques, reconnaissables à l’indication minutieuse des heures, surtout à la Saint-Jean, où le soleil donnait aux plantes toute leur force, et d’autres usages, sans indication précise du moment, qui sont des observances d’origine civile et n’ont rien à voir, ni avec l’astrologie, ni avec la religion.
c) Enfin, il y a d’autres observances à dates fixes qui ont leur origine dans les religions païennes ou chrétiennes. Alors que l’Église avait une autorité divine pour attacher à telle fête le souvenir d’un mystère du Christ, les gens supeistitieux purent y ajouter, de leur chef, des sens différents, soit païens, et c’est du culte faux; soit des rites chrétiens en contradiction avec la discipline officielle, et c’est du culte superflu; soit enfin des pratiques profanes d’origine civile ou astrologique. Mais ces superstitions ne sont pas de l'institution de l'Église.
Déjà, du temps de saint Augustin, les manichéens faisaient grief à l’Église catholique de ses fêtes à dates fixes ὉΠ AUS Ὁ. νι ΡΟ ΠῈΣ EXO Col 1517:
Pourtant l'intention de l’Église avait bien été de faire pièce aux souvenirs païens qui s’attachaient à ces dates astronomiques. La fixation de Noël au 25 décembre, date par excellence du culte mithriaque, en est un exemple remarquable. Mais ces souvenirs étaient abolis au vie siècle; les prédicateurs eurent peut-être tort d’en remuer les cendres par leurs pieuses allégories. Quoi qu’il en soit des responsables, il est trop certain que presque toutes nos fêtes chrétiennes Noël, la Purification, l’Annonciation, le mardi-gras, le vendredi saint, les fêtes de Pâques, de l’Ascension et de la Pentecôte, ont hérité d’observances, qui avaient peut-être à l’origine quelque rapport avec les lois d’abstinence et de continence que l'Église avait établies ces jours-là, mais qui n'étaient désormais que des observances superstitieuses des jours heureux ou malheureux. Cf. J.-B. Thiers, Traité des superstilions, t. 1, Ὁ. 295-310. Beaucoup de ces jours de malheur ont aujourd’hui perdu de leur vogue, et le vendredi même est un jour de travail comme les autres. Seul le vendredi 13 du mois recueille encore son lot de bonheur.
7. Conclusion. — L’attitude de l’Église sur l’usage des forces naturelles dans la défense et la conduite de sa vie, est donc aussi nette que possible : on peut y recourir dès là qu’elles semblent avoir quelque vertu pour cela. Au contraire, tout ce qui est manifestement déraisonnable : user de signes envers des forces inconnues, ou abandonner son sort au hasard ou aux influences astrales est une imprudence et, d’une certaine façon, une vaine observance, fondée sur une « fausse opinion ».. Ce n’est pas, à proprement parler, une superstition par excès de religion. C’est plutôt de la paresse, et « un dédain des causes secondes » disposées par la Providence pour nous faire atteindre notre fin. Cajétan, ἢ. ΧΟΥ͂Σ, ἃ. 1, fin. La superstition ne se caractérise que lorsqu'on fait intervenir Dieu indûment dans la conduite de notre vie, ou... le démon. A l’Église il reste donc une tâche, qu’elle partage d'’ailleurs avec les vrais philosophes : celle de fixer l’attitude sympathique des catholiques, vis-à-vis des choses
de ce bas monde, où rampent les superstitions; celle par conséquent de prêcher sa vision optimiste des forces amorales ou bonnes qui s’y développent à l'usage des hommes. Ceci est plus que de la mora!e : c’est l’œuvre d'une haute théologie dogmatique fondée sur les principes éternels du judaïsme et du christianisme. Elle, qui a Dieu pour objet, doit pourtant s’intéresser aux choses du monde, à toutes les choses, les plus lointaines et les plus immédiates, les visibles aussi bien que les invisibles. Si, pour beaucoup de nos contemporains, le visible offusque l’invisible, pour les théologiens, on peut dire que c’est le contraire. « La théologie a encore devant elle une tâche immense. Il ne suffit pas qu’elle détaille des règles de conduite morale, des cas de conscience. » Il faut qu’elle dise aux hommes comment ils doivent se comporter avec les choses. Il faut d’abord qu'elle leur donne le sens divin et chrétien de la création et aussi de la chute et de la rédemption. Puisque tout vient de Dieu, toutes choses peuvent avoir une signification divine; adorer Dieu et rester fidèle au monde sont deux aspects solidaires naturellement liés d’un même devoir, d’un seul amour. Mépriser les ressources que nous présentent les choses et les forces qui nous entourent serait blasphémer leur Créateur. Mais l’univers ἃ participé à la déchéance de l’homme dans une mesure que saint Paul estime considérable : Creatura ingemiscit…. Rom., vu, 22; et l’influence du démon, qui se manifesta dès le premier jour en l’homme, se cache, disent les Pères, dans les choses; il faut user de la nature avec précaution. Dans cette vue prudente, continuant le geste de Notre-Seigneur qui fit du pain son sacrement, elle sanctifie l’eau et l'huile, etc. pour l’usage des chrétiens, les semailles et le bétail, la ruche des abeilles et le lit nuptial. Le culte catholique avec ses fêtes de la naissance et de la mort du Christ, du sang de ses martyrs, avec ses jeûnes, ses chants et ses génuflexions, « tout cela est bien dans et par le corps de l’homme : ce n’est qu’une conséquence du visibilium omnium ». P. Charles, Créateur des choses visibles, dans Nouv. rev. théologique, 1940, p. 277.
Mais l’Église devait aussi donner le sens divin et chrétien du gouvernement de ce « monde profane, bourru et hostile où nous sommes, de la vie concrète, de la santé et de la soufirance, du métier et de l'effort humain vers plus de puissance » : travaillez et priez, fuyez le démon et ses pièges. Voilà l’essentiel.
20 Recours à Dieu. — Les conceptions qu’on s’est faites de la Providence et du miracle, ont entretenu un peu de flottement dans la tradition chrétienne. Pour s’en faire une idée, il suffit de comparer l’extrême réserve des collectes du missel romain avec certaines antiennes des offices des saints, par exemple, celles de sainte Agathe. Cependant c’est saint Augustin, luimême, qui nous prévient qu'il est superstitieux de « demander à Dieu des signes et des prodiges ». Confes- SIONS, 1 Ο XXXV, PL, TL sxxXIN col 802: Aide-tol, le ciel t'aidera. Et même l’appel aux forces inconnues, pratiqué avec le secret espoir que Dieu et ses anges viendront suppléer à notre indolence, c’est en quoi consiste formellement la tentation interprétative de Dieu ». Cajétan, 4. xcv!u, à. 1, fin; voir la solution de saint Thomas, ibid., ad 3um,
1. Recours légitimes. — On peut en appeler à l’intervention de Dieu, des anges et des saints, saint Thomas l’enseigne expressément, même pour la connaissance des choses cachées, IIs-I118, q. xcrtr, a. 2; il y eut, dans l’Ancien Testament, une divination authentique; la Loi nouveile détourne, au contraire, l'esprit humain des préoccupations temporelles et c’est pourquoi elle n’a institué aucune pratique pour connaître d'avance les événements d'ordre temporel... Il y eut cependant, même dans le Nouveau Testament, des fidèles doués