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P. SÉJOURNÉ

SURÉROGATOIRES (ŒUVRES). — Dans le langage théologique, on appelle œuvre surérogatoire toute bonne œuvre accomplie par le chrétien en plus de ce qui lui est strictement demandé par la loi. Œuvres obligatoires et œuvres surérogatoires étant essentiellement, les unes et les autres, des œuvres bonnes, qui peuvent et doivent être rapportées à la fin dernière surnaturelle du chrétien, un double problème se pose à leur sujet et justifie cet article spécial : l'exposé théologique de leurs mutuels rapports dans l’organisation de la vie spirituelle du chrétien; le problème apologétique de la valeur des œuvres surérogatoires, valeur contestée par un certain nombre d’adversaires, notamment par les protestants. On exposera done : I. La doctrine catholique. II. La controverse protestante.

I. DOCTRINE CATHOLIQUE. — 19 Considéralions générales. — Un certain nombre de considérations interviennent ici qui impliquent ou enseignent expressément cette distinction. — 1. La loi ne saurait atteindre tous les acles vertueux considérés dans leur individualité propre. Sans doute, sous l’aspect général d’actes vertueux, on peut dire que tous les actes de toutes les vertus relèvent de la loi naturelle, puisque « la raison de chaque homme édicte qu'il faut agir vertueusement ». Mais:il n’en est plus de même quand on considère chaque acte pris en particulier, car « il y a beaucoup de choses qui se font en conformité avec la vertu, auxquelles pourtant la nature ne donne, de prime abord, aucune inclination; c’est par une instigation de la raison que les hommes les découvrent et les reconnaissent utiles pour bien vivre ». S. Thomas, Sum. theol., I-II®, q. xciv, ἃ. 3 (trad. Laversin). — La loi humaine elle-même exerce son choix sur ces actes vertueux pris dans leur singularité; sans doute, « il n’y a aucune vertu dont la loi ne puisse prescrire les actes;

toutefois la loi humaine (ecclésiastique ou civile) ne commande pas tous les actes de toutes les vertus; mais seulement ceux qui peuvent concourir au bien général soit immédiatement... soit médiatement. » Jbid., q. XCVI, ἃ. 3. Quant à la loi divine positive, loi évangélique qui confirme et complète le Décalogue, elle a dù, dans les œuvres extérieures, interdire ou prescrire simplement celles dont l’abstention ou l’accomplissement sont nécessaires pour permettre à l'homme d’entrer en grâce avec Dieu ou de persévérer dans la vie de la grâce. Jbid., 4. cv, a. 2; cf. q. α, a. 11. Quant aux actes intérieurs, la loi évangélique n’a donné que des directives générales, condensées par Jésus-Christ dans le sermon sur la montagne. Matth., v-vur. Voir le bref commentaire de cette affirmation dans la Is-IIe, 4. αν πὶ, ἃ. 3. Le caractère obligatoire de ces directives apparaît nettement dans les lignes générales, mais ne s'impose nullement en chaque cas particulier.

2. C’est qu’en effet intervient ici un second principe : la loi, dans ses préceptes afjirmatifs, n'oblige pas à chaque instant. L'obligation générale subsiste toujours, mais non pas pour chaque acte. C’est proprement la différence soulignée par la théologie morale entre préceptes aflirmatifs et préceptes négatifs, ceux-ci obligeant semper et pro semper, ceux-là, semper sed non pro semper. La prière, l’adoration de Dieu, le respect des parents sont des préceptes affirmatifs et nous obligent toujours, mais non pas à chaque instant. Le respect de la vie (tu ne tueras pas) et des biens du prochain (tu ne voleras pas) sont des préceptes négatifs et obligent toujours et à chaque instant. Voir ici t. vrr, col. 1290-1291. On peut donc légitimement inférer que certains actes vertueux ne tombent pas hic et nunc sous le coup d’une obligation stricte et, partant, constituent des œuvres surérogatoires.

3. Enfin, d’une manière expresse, la loi évangélique distingue entre préceptes et conseils. Voir, pour l’enseignement scripturaire, t. 11, col. 2321 sq.; t. 111, col. 1177-1178. Saint Thomas, I-II®, q. cvun1, ἃ. 4, expose la raison morale et psychologique de cette distinction : « Le précepte comporte la nécessité de s’y soumettre, le conseil est laissé au libre choix de celui à qui il est donné. Il fut donc convenable, dans la loi nouvelle qui est une loi de liberté, d'ajouter aux préceptes des conseils. On doit le comprendre ainsi : les préceptes concernent les œuvres dont l’accomplissement est nécessaire pour parvenir à l’éternelle béatitude, laquelle est le but immédiat de la loi nouvelle. Les conseils ne concernent que les œuvres qui permettent à l’homme d'atteindre mieux et plus facilement cette fin. » Cf. Cont. genles, 1. III, c. xxx. Saint Thomas expose ensuite comment la pratique des trois conseils évangéliques permet à l’homme d’atteindre plus facilement le bonheur du ciel en le dégageant des obstacles de la chair, de la richesse et de la volonté propre. A la fin de l’article, il s'efforce même de ramener toutes les œuvres de simple conseil aux trois conseils évangéliques, ce qui ne peut être vrai que d’une manière indirecte et lointaine : au conseil de pauvreté peuvent se rattacher l’aumône donnée aux indigents, les messes qu’on fait célébrer; au conseil de chasteté, les macérations, les jeûnes, les œuvres de piété qui aident l’homme à garder la continence; enfin, au conseil d’obéissance, les prières, les adorations, les actes de charité envers Dieu et envers le prochain qui nous font nous oublier nous-mêmes. 1bid., q. cix, in fine; cf. opusc.xviun, De perfectione vilæ spirilualis, €. vn-1x.

4. Les décisions du magistère consacrent explicilement l'existence d'œuvres surérogaloires. — Luther, voir plus loin, col. 2828, avait vivement nié la valeur satisfactoire des œuvres « non commandées par Dieu et appelées surérogatoires ». Le concile de Trente condamne cette erreur. Voir 5655. x1v, De sacramenlo

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pænitentiæ, c. 1x et can. 13, Denz.-Bannw., n. 906, 923 et ici τ. x11, col. 1072. La déclaration, très brève dans le texte définitif du ο. 1x, présentait, dans le schéma primitif, une forme prolixe. On y marquait que Dieu accepte la satisfaction non seulement imposée par le confesseur, mais encore résultant d'œuvres surérogatoires et même du simple accomplissement des commandements. Et, parce qu'après l’acquittement de la satisfaction sacramentelle il ne semble pas que toute la peine temporelle soit remise, le concile exhortait les chrétiens à continuer leurs satisfactions, rappelant la recommandation d’Eccli., v, 5.

Il faut également rappeler la doctrine du même concile concernant la valeur propitiatoire, pour les vivants et les défunts, du sacrifice de la messe, 5655. ΧΧΙΠ, c. 11 et can. 3, Denz.-Bannw., ἢ. 940, 950, et ici, t. x, col. 1072; l'utilité de la messe pour obtenir l’intercession des saints, ἰδία. c. 111 et can. 5, Denz.-Bannw., n. 941, 952; les décrets relatifs à la valeur des indulgences, sess. ΧΧχν, Denz.-Bannw., ἢ. 989 et aux suffrages des vivants accordés aux défunts, sess. XX, Denz.-Bannw., ἢ. 983. Voir également le {18 concile de Lyon, profession de foi de Michel Paléologue et le concile de Florence, Décret pour les Grecs, Denz.- Bannw., ἢ. 464 et 693, et ici PURGATOIRE, t. XIII, col. 1279-1280.

2° Rapports des œuvres obligatoires et des œuvres surérogaloires. — Puisque les unes et les autres ont pour but de nous faire atteindre notre fin dernière surnaturelle, leurs rapports mutuels doivent être étudiés à la lumière de cette fin. On évitera ainsi bien des malentendus qui sont à la base, non seulement des discussions entre auteurs catholiques, mais encore peut-être des controverses entre protestants et catholiques sur les œuvres surérogatoires.

1. La fin ultime de l'homme constitue la perfection même de la vie spiriluelle. — Cette perfection est la charité qui nous unit à Dieu, I Joa., τν, 16 : « La charité fait l’essence ou la substance de la perfection chrétienne, étant ce par quoi se réalise définitivement l’union du chrétien à Dieu qui est, objectivement, sa perfection. Comparés à la charité, les autres éléments de la vie et de la perfection chrétiennes ne sont pas seulement particuliers et relatifs; ils sont encore secondaires et dérivés. » A. Lemonnyer, O. P., La vie humaine, trad. de la Somme théologique, 115-118, q. CLXXXIV, a. 1, note 28. Cf. Tanquerey, Précis de théologie ascélique et mystique, 7e édit., 1929, n. 306 sq.

On se demande si la perfection qui réside essentiellement dans la charité est possible. Saint Thomas déclare qu’ « on peut envisager une triple perfection de la charité :

Premièrement, une perfection absolue... privilège de Dieu seul, qui possède tout le bien et par essence. Deuxièmement une perfection répondant à toute la capacité de celui qui aime. et cette perfection, réservée au ciel, n’est pas possible ici-bas. Troisièmement, une perfection qui n’est totale ni par rapport à l’être aimé, ni même par rapport à celui qui aime,encesens du moins que celui qui aime Dieu le fasse de façon toujours actuelle, mais qui l’est en cet autre sens qu’elle exclut tout ce qui répugne au mouvement de l’amour divin. À quoi saint Augustin fait allusion quand il écrit : « Le poison de la charité, c’est la convoitise /cupidilas): sa perfection, c’est l'absence de toute convoitise, » De div. quæst. LXXXIII, q. xxXVI1, n. 1, P. L., t. xL, col. 25. Or, cette perfection-là est possible dans la vie présente. Et cela de deux façons. D'abord en tant qu’elle implique le rejet par la volonté humaine de tout ce qui est contraire à la charité, entendez le péché mortel, Sans cette perfection-là, la charité ne peut pas exister. Aussi est-elle nécessaire au salut. Puis, en tant qu'elle implique le rejet par la volonté humaine non plus seulement de ce qui est contraire ἃ la chaæité, mais encore de ce qui l'empêche de se porter à Dieu de tout son élan. La charité peut exister sans cette seconde perfection, comme c’est le cas chez les

commençants et les progressants. » Id., ibid., a. 2 (trad. Lemonnyer). Voir aussi opusc. XVII, De perfectione vitæ spiritualis, e. 111 et 1V. Cf. Tanquerey, op. cit., n. 340-343.

2. Comment les œuvres obligatoires et les œuvres surérogaloires, de simple conseil, sont ordonnées à la perfection. — I] serait inexact de concevoir la vie chrétienne comme la simple observation des préceptes et la vie parfaite comme l’observation des conseils. En réalité, la perfection exige essentiellement l’observation des préceptes et secondairement celle des conseils. S. Thomas, 115-115. ἢ: cLxxxiv, à. 3; Tanquerey, n. 335-339. Il ne saurait en être autrement puisque les deux grands préceptes de la vie chrétienne, cf. Matth., xx11, 40, concernent la charité à l’égard de Dieu et du prochain. La différence qui se présente naturellement à l’esprit en raison des conseils est résolue par une distinction entre l’élément essentiel et l’élément accidentel de la perfection :

L'amour de Dieu et du prochain ne tombe pas sous le précepte suivant une mesure limitée seulement, le surplus étant simplement de conseil... Quand il s’agit de la fin, il ne saurait y avoir de mesure à garder. Mais secondairement et à titre de moyens, la perfection consiste dans les conseils.

De même que les préceptes, les conseils sont tous ordonnés à la perfection, mais d’une manière différente. Les préceptes autres que celui de la charité sont ordonnés à l’éloignement des choses qui sont contraires à la charité et dont la présence rend la charité impossible. Les conseils, eux, sont ordonnés à éloigner ce qui entraverait l’acte de charité, tout en n'étant pas contraire à la charité elle-même. S. Thomas, Loc. cit. (trad. Lemonnyer). Cf, opuse. ἈΝΤΙ, De perfectione vilæ spirilualis, c. 1 et 11; opusc. xvI1, Contra pestiferum doctrinam retrahentium homines a religionis ingressu, C. VI.

3. Comment l'œuvre, en elle-même surérogatoire, peut devenir subjectivement obligatoire. — Cette question a déjà été traitée à l’art. IMPERFECTION, t. vit, col. 1289-1296. Elle a été reprise, avec plus de nuances peut-être, par le P. Lemonnyer, ΟΡ. cil., appendice ΤΙ, p. 550-556.

Sans doute le bien meilleur, l’œuvre surérogatoire ne se présente, par elle-même, à la conscience, avec aucun caractère obligatoire. Mais : 1. on transgresserait le précepte de la charité si, possédant la perfection essentielle de la charité, on en méprisait les degrés supérieurs et la perfection totale; cf. 115-119, q. CLXXXVI, ἃ. 2, ad 2u; 2, on manquerait également à l’ordre de la perfection intérieure en ne désirant pas le progrès dans l’amou1 même de Dieu et du prochain; cf. 5. Thomas, In epist. ad Heb., c. vi, lect. 1; 3. il faut encore aimer et désirer le mieux faire, l’œuvre meilleure : c’est ce qu’on appelle le « perfectiorisme » de saint Thomas. Cf. In ITIun Sent., dist. XXIX, q. 1, a. 8; In evang. Matth., x1x, 12; Quodl., 1, a. 14, ad 2um,

Mais ce perfectiorisme doit-il passer à l’action? La réponse aflirmative se trouve chez saint Thomas; non pas certes d’une manière absolue et universelle, mais par rapport « au bien compris dans la sphère normale d'action de chacun ». Th. Richard, O. P., Le perfecliorisme de saint Thomas, dans Revue thomiste, 1928, p. 21. Le perfectiorisme qui rend subjectivement obligatoire ce qui est objectivement surérogatoire a donc pour matière le bien ressortissant à la condition de chacun. Si l’idée d'accomplir tel bien surérogatoire représente une détermination initiale qui inspire l’amour et le désir de ce bien, elle n’entraîne l’action qu’à la condition d’une nouvelle détermination qui s’y ajoute : le sujet devra confronter l’idée de ce bien meilleur avec les exigences de son état. Si cette confrontation donne un résultat favorable à l’accomplissement, l’obiigation passe du plan virtuel du désir au plan de l’action. Cette formule semble assez large pour éviter de prendre position dans la question con-

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troversée de l’identité de l’imperfection morale et du péché véniel. Pour les partisans d’une distinction réelle, il y aura imperfection et non péché véniel, chaque fois que l’œuvre surérogatoire, qui cependant apparaît un bien meilleur selon les exigences du sujet, sera laissée de côté par celui-ci sans mépris de sa part. C’est, semble-t-il, la position adoptée par Th. Richard daps l’article précité, tandis que Lemonnyer paraît se rapprocher davantage de la thèse exposée ici-même par E. Hugueny. De part et d’autre on peut invoquer des textes de saint Thomas. Cf. Billuart, De actibus humanis, diss. IV, a. 6, obj. 3.

Au point de vue ascétique, l’accord est facile à réaliser : « Former les âmes à ne pas s’arrêter à ce qui est strictement d'obligation dans la voie du bien, mais à le dépasser; leur apprendre à s'inspirer moins de la nécessité morale du précepte que de la grande loi de la charité divine, voilà ce que la prédication ne doit pas oublier de faire... Les actes de vertu qui ne tombent pas sous le commandement sont un appel à notre générosité. » Th. Richard, art. cilé, p. 26.

Quoiqu'il en soit théoriquement, le perfectiorisme pratique de l’ascèse thomiste montre comment, du point de vue strictement théologique, il est difficile de séparer la cause des œuvres bonnes surérogatoires de celle des œuvres bonnes obligatoires.

3° L'œuvre surérogatoire et le vœu. — On sait que le vœu est de bono meliori. Ce « bien meilleur » est-il nécessairement une œuvre surérogatoire? Se reporter à l’art. Vœu.

II. CONTROVERSE. — 10 Fondement des attaques protestantes contre les œuvres surérogatoires : négation de l’utilité des bonnes œuvres. — 1. Négations radicales de Luther. — On ἃ vu à l’art. LUTHER, t. ΙΧ, col. 1184, l'influence exercée sur le novateur par la théologie nominaliste et augustinienne. Mais c’est cette dernière qu'il faut interroger si l’on veut trouver un des fondements du mépris affiché par Luther à l’égard des bonnes œuvres en général. Ce fondement est l’idée augustinienne d’une infection de la nature humaine par le péché originel et, par voie de conséquence, de l'insuffisance de cette nature à faire des œuvres vraiment bonnes. Voir, en particulier, certains textes de Pierre Lombard, ibid., col. 1192; et surtout de saint Bernard, ibid., col. 1194-1195. La théorie de la justification par la foi sans les bonnes œuvres devait sortir des tendances augustiniennes que Luther avait héritées des maîtres étudiés par lui, et, comme corollaires, l'impossibilité d'accomplir la loi, ibid., col. 1211-1212; la corruption radicale de la nature déchue, col. 1212- 1214, que son expérience personnelle et ses tendances incitaient Luther à reconnaître en lui-même. /bid., col. 1217.

Ces tendances et ces erreurs devaient amener le réformateur à prêcher l’impossibilité, pour l’homme déchu, même après la rédemption apportée par le Christ, d'accomplir de bonnes œuvres : d’où l’inutilité des bonnes œuvres, col. 1218, 1221; cf. col. 1241-1243. Même les œuvres qu'inspire et dirige la charité ne répondent pas à l'idéal proposé par l'Évangile : « Le véritable Évangile, c’est que ni les œuvres ni la charité ne sont l’ornement ou la perfection de la foi... La foi qui justifie, c’est celle qui s’attache au Christ, Fils de Dieu, celle qui est ornée du Christ et non celle qui renferme la charité... Loi et promesse, foi et œuvres sont aux antipodes les unes des autres. » Voir les références, col. 1242-1243. Cf. l’art. MÉRITE, t. x, col. 711- 713. Sur l'attitude de Luther en face des œuvres prescrites par la morale et par l’autorité sociale, voir l’art. LUTHER, t. ΙΧ, 00]. 1243-1251; 1310-1316. Les conclusions qui se dégagent de ces études montrent avec quelle défiance il faut accueillir certains passages où le réformateur, surtout au moment de la controverse

antinomiste, semble encore, avec un langage presque traditionnel, conserver une attitude catholique à l'égard des bonnes œuvres. Voir, pour l'interprétation de ces passages, les art. LUTHER, t. 1X, col. 1244, et JUSTIFICATION, t. vint, col. 2151-2153. On peut garder les bonnes œuvres, on doit même le faire, car la foi entraîne les œuvres, mais à condition de reconnaître que toute la valeur des œuvres est due à la personne et qu’elles ne comportent, même après la justification, aucun mérite : simple nécessité de présence, mais non d'efficience, précise exactement Bellarmin, De justificatione, 1. IV, ce. vir. Voir l’art. MÉRITE, t. x, col. 714- 715, avec les références aux œuvres de Luther. Ce dernier restera toujours fidèle à cette doctrine. Voir Articles de Smalkalde, 11, 1 ; ται, 13, dans Joh.-Tob. Müller, Die symbolischen Bücher der evangelisch-lutherischen Kirche, Gütersloh, 1912, p. 300, 325.

2. Négalions plus mitigées chez Mélanchthon. — Mélanchthon est en accord fondamental avec Luther : l’absolue perversion de la nature humaine par le péché originel ne permet pas d'admettre, avant la justification, l’existence d'œuvres bonnes et surtout d’œuvres méritoires. Après la justification, la concupiscence persiste entière et il ne peut être question de mérites : la miséricorde divine est exclusive de nos mérites. S'il est question, dans l'Évangile, de récompenses promises à nos bonnes œuvres, c’est là une promesse toute gracieuse sans aucun mérite de notre part. Telle est la doctrine générale des Loci communes. Voir les textes à l’art. MÉRITE, t. x, col. 716-717. Aussi n’existe-t-il pas, en réalité, de distinction entre préceptes et conseils, sauf peut-être en ce qui concerne le conseil du célibat; aussi les vœux sont-ils sans valeur morale. Loci communes, 18 ælas, dans Corpus reformatlorum, t. ΧΧΙ, col. 124-126; 126-128. Ainsi les œuvres non commandées par Dieu sont-elles éliminées : nulla opera suscipienda sunt sine mandato Dei. Loci com., 118 ælas, col. 311.

Toutefois, dans la Confession d’Augsbourg, et dans l’'Apologie de celle-ci, Mélanchthon s'exprime avec plus de prudence. Sans doute, les bonnes œuvres n’ont aucune valeur méritoire en vue de la justification; mais, si la doctrine de Mélanchthon « écarte le mérite des œuvres avant la justification, elle a plutôt tendance à biaiser sur leur valeur après ». MÉRITE, t. x, col. 718. En tout cas, la Confession enseigne qu’ « une fois la justification gratuitement acquise, les bonnes œuvres deviennent nécessaires pour la faire fructifier ». 1bid., voir aussi JUSTIFICATION, t. VIN,

Dans ses écrits postérieurs, Mélanchthon accentue cette note spéciale de l’Apologie. Cette tendance se manifeste dans la refonte des Loci, voir surtout le chapitre De distinclione consiliorum el præceptorum, col. 719-720; 724 sq. (pauvreté); col. 728 sq. (chasteté); et dans quelques autres ouvrages. Cf. MÉRITE, t. x, col. 721-723.

3. Chez les réformés. — Chez les réformés, la doctrine des œuvres tient généralement plus de place que chez jies luthériens. Voir JUSTIFICATION, t. vint, col. 2153-2154. Mais, au fond, ce sont toujours les mêmes hésitations, pour ne pas dire les mêmes contradictions. D'une part, en effet, la foi seule justifie sans les œuvres. D’autre part, cependant, la foi, loin de s’opposer aux bonnes œuvres, doit les exciter, non comme un titre à la récompense céleste, mais comme un témoignage de fidéiité et d’amour envers Dieu. Voir à MÉr1TE, t. x, col. 723-728, la doctrine de Zwingle et de Calvin sur ce point. Il suflira ici de retenir la conclusion formulée par J. Rivière : « Les réformateurs ne sont restés irréductibles que sur la préparation à la gâce, d’où toute part de l’homme, à plus forte raison tout mérite de congruo est exclu au profit de la justi-

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fication par la seule foi. Quand ils en viennent au chrétien déjà justifié, ils continuent, d'ordinaire, à repous-

ser le terme de mérite — et encore Mélanchthon ne craint-il pas de l’accepter — mais, sous cette forme

ou sous une autre, ils aboutissent à conserver la chose. Leurs critiques s’adressent au mythe, dont leur imagination polémique est obsédée, d’un mérite qui créerait à l’homme un droit indépendant de Dieu, alors que, malgré le pessimisme profond de leur théologie, ils ne peuvent échapper à l’évidence d’une valeur morale dont la grâce devient le principe. Pour fuir l’antinomisme, c’est vers le catholicisme que, sans le vouloir et peut-être le croire, ils se trouvent finalement ramenés. » Loc. cit., col. 728.

20 Conséquences de ces principes relativement aux œuvres surérogaloires. — 1. Indications générales. — Ces œuvres sont rejetées non pas précisément parce que les œuvres bonnes sont devenues d’une façon générale impossibles à l’homme en raison de la corruption originelle de sa nature; non pas même parce que, n'étant pas imposées par Dieu, elles représenteraient une initiative blâmable; elles sont condamnées au même titre que les œuvres en général, en raison de la valeur méritoire ou satisfactoire qu’on prétend leur accorder et qui, d’après la doctrine protestante de la justification, constituerait une injure à la satisfaction surabondante et aux mérites infinis du Christ.

C’est ainsi que Luther rejette les œuvres surérogatoires comme œuvres satisfactoires : « La meilleure pénitence, dit-il, est une vie nouvelle et l’on ne saurait satisfaire par des peines temporelles, infligées par Dieu ou même volontairement acceptées, comme jeûnes, prières, et autres œuvres non commandées par Dieu et appelées surérogatoires. » Cité dans les Actes du concile de Trente, Theiner, t. 1, p. 531. Cf. Luther, Sermo de pænilentia, dans Œuvres, édit. de Weimar, tp 520.

Mélanchthon admet volontiers que récompenses et punitions dépassent parfois les limites de la justice individuelle et se répercutent sur autrui : ainsi le péché de David retombe sur le peuple; ainsi la justice de peu d'individus aurait sauvé toute la ville de Sodome; ainsi Naaman fut une source de bénédiction pour la Syrie. Ces répercussions sociales ont pour but de nous exciter à faire le bien. Toutefois, en agissant ainsi, nous devons nous souvenir que nous ne faisons que rendre à Dieu ce qui lui est dû, Rom., Ἀντὶ, 12, et qu'après tout, selon la parole du Sauveur, nous sommes des serviteurs inutiles. Luc., Xv11, 10. D'ailleurs les exemples cités plus haut ne sauraient démontrer que nos œuvres peuvent faire quoi que ce soit dans l’ordre de la justification. Et quand elles profitent à autrui, c’est non en raison de leur dignité propre, mais en vertu de la promesse toute gratuite du Christ, oralio applicatur pro aliis quia nitilur non dignitate propria sed gratuita Christi promissione. Loci communes, 1112 ælas, de eucharistico sacrificio, dans Corp. reform., t. xx1, col. 875-876.

Calvin abonde dans le même sens, {nstilulion chrélienne, 1. III, c. x1v : il représente que les catholiques « accordent bien que cependant que nous sommes en ce monde, nous avons tousiours mestié que Dieu nous pardonne nos pechez, pour suppléer le defaut de nos œuvres; mais que ce pardon se fait, entant que les fautes qui se commettent sont compensées par œuvres de supererogation ». N. 12, Corp. reform., &. ΧΧΧΙΊΙ, col. 284. Or, c’est là, ajoute-t-il, faire injure à la bonté toute gratuite du Père et à la justice de Christ. Et, rappelant la doctrine de la justification, il conciut « Si ces choses sont vrayes, il n’y a nulles œuvres qui nous puissent d’eiles-mesmes rendre agreabies à Dieu; mesmes elles ne luy sont pas pleisantes, sinon en tant que l’homme estant couvert de la justice de Christ,

luy plaît et obtient la remission de ses vices. Ce qu’ils ont accoustumé de iaser, de recompenser Dieu par œuvres de supererogation n’est gueres plus ferme. Car quoi? ne reviennent-ils pas touiours là dont ils sont ia exclus : c’est que quiconque garde en partie la loy est d'autant iuste par ses œuvres? En ce faisant ils prennent une chose pour resolue, que nul de sain jugement ne leur concederait. » N. 13, ibid., col. 285.

Après avoir déclaré que la doctrine des œuvres surérogatoires est condamnée par Luc., xvi, 10 : « quand nous avons fait tout ce qui nous est commandé, nous sommes serviteurs inutiles », Calvin termine en ironisant : « Je ne dy point quelles sont les supererogations, dont ils se veulent priser devant Dieu; toutefois ce ne sont que fatras, lesquels il (Dieu) n’a point commandez et ne les approuve point; et quand ce viendra à rendre conte, ne les alloera nullement. En ce sens nous concedrons bien que ce sont œuvres de supererogations.. » N. 15, ibid., col. 287,

2. Applications particulières. — Étant données, d’une part, la thèse fondamentale de la justification par la foi seule et, d’autre part, la tendance des réformateurs de considérer comme injurieuses pour le Christ ce qu’ils appellent volontiers, dans les pratiques catholiques, des « inventions humaines », on conçoit facilement que le champ des œuyres surérogatoires soit, chez les protestants, beaucoup plus étendu que chez les catholiques.

a) Surérogatoires tout d’abord, les œuvres non commandées par Dieu et simplement proposées aux fidèles comme complément de la vie religieuse. Les catholiques les groupent sous trois chefs : jeûnes (toutes sortes de mortifications), prières (toutes sortes d’actes de religion), aumônes (toutes sortes d'œuvres de bienfaisance spirituelle et corporelle), apportant ainsi la perfection dans l’accomplissement de nos devoirs envers nous-mêmes, envers Dieu et envers le prochain. Cf. Bellarmin, op. cit., 1. IV, ce. 1x1, 50, et De bonis operibus, 1. 1, 6.1; cf. Tob., ΧΙ, 8. Pour les protestants, ces œuvres peuvent être bonnes, à condition de ne leur attribuer d’autre valeur que de rapprocher l’homme de Dieu par la foi. Mélanchthon va jusqu'à dire qu’à ce titre, on peut les appeler sacrements. Apologie, a. 13, n. 16, dans Die symbolischen Bücher, p. 204,

Si omnes res annumerari sacramentis debent quæ habent mandatum Dei et quibus sunt additæ promissiones cur non addimus orationem quæ verissime potest dici sacramentum?.…., Possent hic numerari etiam eleemosynæ, item afflictiones, quæ et ipsæ sunt signa, quibus addidit Deus promissiones.

Sous cet aspect, les sacrements eux-mêmes pourraient être considérés comme des rites surérogatoires, puisque, « sans eux, sans même les désirer, les hommes, par la foi seule, peuvent obtenir la grâce de Dieu ». Voir l’art. SACREMENTS, t. ΧΠῚ, 600]. 597. Très particulièrement «la confession n’est pas nécessaire, même simplement en désir; car elle n’efface pas le péché ». Concilium Tridentinum, édit. Ehses, €. v, p. 282. « Faire l’énumération de tous ses péchés en confession est chose non nécessaire, mais libre. Autrefois imposée en vue de la satisfaction canonique, elle est aujourd'hui simplement utile pour la formation et la consultation du pénitent. » Voir les références à PÉNITENCE, τς παῖ; 60]. O7

δ) Surérogatoires encore et injurieuses pour l’œuvre rédemptrice du Christ toute œuvre, « invention humaine », à laquelle on voudrait attacher une efficacité dans l’ordre de la justification et du salut, soit pour soi-même, soit pour autrui. Les institutions les plus saintes (messe et sacrements), les pratiques les plus recommandables (indulgences, suffrages pour les défunts, vœux de religion, culte des saints, des reli-

SURÉROGATOIRES (ŒUVRES

ques et des images) sont, sous ce prétexte fallacieux, réprouvées par les réformateurs.

a. — En ce qui concerne la messe, le concile de Trente avait retenu quelques erreurs reflétant ce préjugé : « La messe ne vient pas de l'Évangile; elle n’a pas été instituée par le Christ; c’est une invention humaine, elle n’est pas œuvre bonne et méritoire; bien plus, en elle, on commet une manifeste et multiple idolâtrie » (a. 2). — « C’est proférer un blasphème à l’adresse du très saint sacrifice offert par le Christ sur la croix que de croire que les prêtres offrent de nouveau, à la messe, le Fils de Dieu à Dieu le Père... » (a. 3). — « La messe ne profite ni aux vivants ni aux morts. C’est une impiété de l’appliquer pour les péchés, pour les satisfactions et les autres nécessités » (a. 3). — Le canon de la messe fourmille d’erreurs; il faut l’éliminer (a. 4). — On ne peut offrir la messe pour les autres (a. 7). — Les messes privées sont illicites et contraires à l’institution du Christ (a. 7). — Les vêtements sacrés, les rites extérieurs sont des dérisions de l’impiété (a. 10). — Voir les références dans Theiner, t. 1, p. 602 sq.; ou dans A. Michel, Les décrets du concile de Trente, Ὁ. 426-429.

b. — Inventions humaines et par conséquent sans valeur obligatoire ou sanctificatrice, la confirmation et l’extrême-onction. Cf. Mélanchthon, Apologie, a. 13, n. 6, dans Die symbolischen Bücher, p. 203. La confirmation, cérémonie oiseuse. Mélanchthon, Loci communes, 1115 ætas, Corp. reform., t. xx1, col. 853. Cf. Conc. Trid., édit. Ehses, t. v, p. 839. Voir aussi, en ce qui concerne l’extrême-onction, les erreurs relevées par le concile. Theiner, t. 1, p. 531. Même attitude en ce qui concerne le sacrement de l’ordre, a. 1-2, et les cérémonies qui en accompagnent la coHation, a. 5. Theiner, t. 1, p. 603, et Conc. Trid.,t.xx, col. 1349. Voir ici les articles CONFIR- MATION, t. 11, Col. 1089; EXTRÊME-ONCTION, t. v, col. 1998; ORDRE, t. ΧΙ, col.1349; et Décrets du concile de Trente, p. 174, 293, 467-468.

ο. — On sait avec quelle dérision Luther parlait des indulgences. Bulle Exsurge Domine, prop. 17, 18, 19, 20, Denz.-Bannw., ἢ. 757-760. Voir ici INDULGENCES, t. vux, col. 1619; LUTHER, t. 1x, col. 1154 sq. Un mot résume la pensée du réformateur : « Dans les indulgences, aucune vertu pour expier les peines que, pour nos péchés, nous devons à la justice divine. » Prop. 19; Denz.-Bannw., n. 759. Puisque la foi suffit à obtenir la rémission des péchés, une fois cette rémission accordée par Dieu, il ne subsiste « aucune obligation de satisfaire par une peine temporelle. Aussi les indulgences sont de nulle valeur; après cette vie, il n’y a pas de purgatoire et les suffrages pour les défunts n’ont aucune efficacité ». Telle était l’une des erreurs soumises à l’examen des théologiens à la vie session du concile de Trente. Conc. Trid., t. v, p. 282 : cf. Décrets du concile de Trente, p. 69.

ἃ. — Les vœux de religion étaient également considérés comme des œuvres non seulement surérogatoires, mais injurieuses à la valeur rédemptrice du baptême. Parmi les erreurs relevées au sujet du sacrement de baptême, la prop. 17 était ainsi formulée : « Le vœu du baptême n’a d’autre condition que la foi et supprime tous les autres vœux.» Conc. Trid., t. v, p. 838; Décrets du conc. de Trente, p. 173, et ici Βαρ- TÈME, t. 11, col. 304. Cette erreur est réprouvée par le concile de Trente, 5655. vit, can. 9, de baptismo, cf. BAPTÊME, t. τι, col. 308. Erreur d'importance qui ne tend à rien de moins qu’à rendre nulles toutes les obligations personnelles prises après le baptême. Les théologiens de Trente avaient bien saisi la pensée de Luther, puisqu’en censurant la prop. 17, ils avaient invoqué le canon 19 de la vre session : « Si quelqu'un dit qu’en dehors de la foi rien n’est commandé dans l'Évangile, rien n’est défendu, mais tout est libre...,

qu'il soit anathème. » Denz.-Bannw., n. 829. C'est toujours, on le voit, la doctrine de la justification par la foi seule qui est au point de départ : si Luther déclare nuls les vœux et les promesses faits par le chrétien après son baptême, c’est qu’il y voit une atteinte à la foi que le catéchumène professe en celui-ci. Décreis..…, p. 222, 173 (n. 17) et 181 (n. 121).

e. — Enfin, toujours en vertu du principe de la foi justifiante, la Réforme rejette comme injurieuse au Christ l’intercession des saints, soit à la messe, où elle est une « imposture », soit en dehors de la messe. Voir, au concile de Trente, sess. xx11, €. 111 et can. 5, Denz.- Bannw., n. 941, 952; Décrets..., Ὁ. 447, 455; et ici MESSE, t. x, col. 1137. La deuxième forme de l'erreur se trouve dans la Confession d’Augsbourg, a. 21, et, d’une façon plus adoucie, dans l’Apologie. Voir SAINTS (Culte des), t. xiv, col. 964; J.-T. Müller, Die symbolischen Bücher…, p. 47, 224. Zwingle justifie ainsi la position des novateurs : « Le Christ seul étant mort pour nous, il est aussi l’unique médiateur qu’il faut invoquer. » Werke, t. 11, Zurich, 1830, p. 77.

Plus dédaigneuse encore est l’attitude des réformateurs à l’égard du culte des reliques. Voir RELIQUES, t. xur1, col. 2366.

CoxcLzusioNs.— Comme conclusions à ce tableau d’un double courant doctrinal touchant les œuvres en général et les œuvres surérogatoires en particulier, quelques remarques s'imposent, qui manifestent les raisons profondes des divergences entre catholiques et protestants.

1° Luther et les réformateurs, en raison de leur conception de la justice extrinsèque, n’admettent dans l’âme de l’homme justifié aucun principe inhérent de vie spirituelle; ils ne peuvent donc s'arrêter à l’idée d'œuvres qui porteraient en elles-mêmes un élément de justification, de mérite, de satisfaction, de perfection quelconque. La corruption communiquée à la nature humaine par le péché originel s’y retrouve toujours. Commandées par Dieu, les œuvres sont bonnes sous l’aspect de l’obéissance à Dieu; mais elles ne sauraient acquérir d'efficacité salutaire. Quant aux œuvres librement accomplies, l'homme même justifié serait présomptueux et coupable de vouloir les employer pour mieux assurer son salut : en raison de la justice extrinsèque, c’est la foi-confiance aux mérites du Christ qui seule est efficace dans cet ordre. D’accord sur ces principes, les réformateurs accusent des divergences dans la question de savoir si l’on peut accorder une valeur morale à ces œuvres, indépendamment toutefois de toute valeur salutaire.

2 Pour l’Église catholique, au contraire, la justification produit dans l’âme une justice inhérente qui lui communique un principe de vie nouvelle dans l’ordre surnaturel. Cette vie nouvelle est tout entière due aux mérites du Christ et, par conséquent, toute la perfection et toute l'efficacité qui en découle pour nos œuvres ne saurait faire la moindie injure à l’œuvre rédemptrice du Christ. De plus, la valeur méritoire et satisfactoire des œuvres accomplies dans l’état de voie ne confère pas à l’âme une perfection égale et semblable à la perfection des compréhenseurs. La doctrine catholique respecte les hiérarchies.

3° Toutefois, œuvres commandées et œuvres surérogatoires peuvent être, au même titre, méritoires ou satisfactoires. Il suffit qu’elles soient informées par la charité. Sous cet aspect, il n’y a donc pas à distinguer entre les unes et les autres. Dans la session xv (de sacramento pænitentiæ), c. 1x, le concile de Trente les met sur le même plan. Denz.-Bannw., n. 906. Le canon 13 qui correspond à ce chapitre portait, dans sa première rédaction, après pielalis opera, les mots empruntés à Luther, quæ supererogationes dicuntur : la rédaction définitive l’a allégé de ces trois mots.

A. MICHEL

DICT. DE THÉOL. CATHOL

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