DE JÉSUS-CHRIST. ERREURS CONDAMNÉES
festement trompé en indiquant le temps de l’avènement du royaume de Dieu.
Et cela, disent-ils, ne doit pas paraître étonnant : n’était-il pas soumis lui-même aux lois de la vie ?
| sait pas l’heure du jugement, le nier sous prétexte que le Christ savait tout, c’est aller contre le principe de saint Thomas, 115, q. 1, a. 3 : il faut se rendre à l’autorité de l’Écriture. Mais conclure de cette nescience particulière avant la résurrection, que le Christ n’avait pas dès lors la vision béatifique, c’est un autre paralogisme, car ne peut-on voir l'essence de Dieu,
Mais, hésitant devant certains textes d'apparence plus difficile, ceux-là mêmes que nous avons rapportés plus haut, quelques auteurs catholiques émirent l’hypothèse que ces perspectives eschatologiques étaient peut-être dues à certaines influences rédactionnelles. L'hypothèse fut émise timidement par des catholiques : les évangélistes, tout en reproduisant fidèlement les paroles de Jésus auraient laissé transpirer quelque chose de leurs appréhensions sur la fin prochaine du monde. Cf. P. Batiftol, L'enseignement de Jésus, Ὁ. 284- 285. Voir dans le Dictl. apol. de la foi catholique, l’article Fin du monde, qui présente cette hypothèse avec toutes les nuances opportunes pour l’époque où il fut publié (1909); voir surtout la conclusion, col. 1919- 1920. Les non catholiques furent plus catégoriques. L’eschatologie évangélique n’aurait pas appartenu à l’enseignement de Jésus. Wellhausen, Das Evangelium Marci, ce. xixr. Les apôtres, imprégnés des idées de leur temps, n’ont pu s’en affranchir : ce sont eux qui ont donné l'interprétation eschatologique aux paroles de Jésus. Cf. Stevens, The Theology of the N. T., p. 160; Bovon, Théologie du Nouveau Testament. La Commission biblique a donné la pensée du magistère à propos des textes relatifs à la parousie dans les épîtres de saint Paul: et elle déclare expressément que sa réponse vaut pour les écrits inspirés des autres apôtres :
1. — Utrum ad solvendas difficultates, quæ in epistulis sancti Paulialiorumque apostolorum occurrunt, ubi de « Parousia », ut aiunt, seu de secundo adventu Domini nostri Jesu Christi sermo est, exegetæ catholico permissum sit asserere, apostolos, licet sub inspiratione Spiritus sancti nullum doceant errorem proprios nihilominus humanos sensus exprimere, quibus error vel deceptio subesse possit? Resp. : Negative. 18 juin 1915. Denz.- Bannw., n. 2179.
Pour résoudre les difficultés qui se présentent dans les épiîtres de saint Paul et des autres apôtres, quand il est question, comme on dit, de la « parousie », c'est-àdire du second avènement de Notre-Seigneur Jésus- Christ, est-il permis à l’exégèle catholique d'’aflirmer que les apôtres, bien que sous l'inspiration du Saint- Esprit ils n’enseignent aucune erreur, ont néanmoins exprimé leurs propres sentiments humains qui ont pu recouvrir une erreur où une
sans pénétrer les secrets de sa volonté? » P. Lagrange, Revue biblique, 1896, p. 454.
D’autres ont pensé que, « par rapport à certains objets, l'ignorance peut être, dans son humanité, la conséquence d’un renoncement volontaire ».
Ces dernières hésitations ont vraisemblablement incité le Saint-Office à préciser en quelles limites la doctrine théologique de la science du Christ, considérée en fonction de l’ignorance du jour du jugement, doit
être réputée sûre ou non.
Proposito a Sacra Congregatione de Seminariis et de studiorum Universitatibus dubio : utrum tuto doceri possint sequentes propositiones :
1. — Non constat fuisse in anima Christi inter homines degentis scientiam, quam habent beati seu comprehensores.
2. — Nec certa dici potest sententia, quæ statuit animam Christi nihil ignoravisse, sed ab initio cognovisse in Verbo omnia, præterita, præsentia et futura, seu omnia quæ Deus scit scientia visionis.
3. — Placitum quorumdam recentiorum de scientia animæ Christi limitata, non est minus recipiendum in scholis catholicis, quam veterum sententia de universali.
La Sacrée Congrégation des Séminaires et Universités a proposé le doute suivant : peut-on enseigner en sécurité de conscience les propositions suivantes :
Il n'est pas évident que l’âme du Christ vivant parmi les hommes ait possédé la science qu'ont les bienheureux compréhenseurs.
On se saurait qualifier de certaine la doctrine qui exclut de l'âme du Christ toute ignorance et qui lui attribue, dès le début de son existence, la connaissance dans le Verbe de toutes choses, passées, présentes et futures, c’est-à-dire de tout l’objet connu par Dieu grâce à sa science de vision.
L'opinion de certains auteurs récents d’une science limitée dans le Christ n’est pas moins à accueillir dans les écoles catholiques que la doctrine des anciens touchant sa science universelle.
A ces trois questions, la réponse donnée fut négative.
Denz.-Bannw., n. 2183-2185.
Un bref commentaire du décret est nécessaire. 1. Il est certain théologiquement (le mot constat
illusion? — Réponse : Non.
Cette première question était suivie de deux autres, lesquelles n’apportent rien d’essentiel au problème de la science du Christ. Elles se rapportent à la pensée de saint Paul, en concordance parfaite avec l’enseignement de Jésus, et à l'interprétation de l'expression grecque ἡμεῖς οἱ ζῶντες οἱ περιλειπόμενοι (1 Thess., IV, 17). On en trouvera le texte latin à l’art. PA- ROUSIE, Col. 2053, 2054.
6. Le décrel du Saint-Ofjice du 5 juin 1918. — Après la condamnation générale des propositions modernistes, il restait encore, à propos de la science du Christ, un point obscur à résoudre. On a relevé plus haut la remarque de Pohle, expliquant, sans l’excuser, l’hésitation de certains théologiens touchant l'existence d’une science bienheureuse dans le Christ, col. 1661. Cette remarque vaut, à plus forte raison, pour expliquer certaines interprétations plus récentes qui, tout en sauvegardant l’existence de la science bienheureuse dans l’âme du Christ, s'efforcent d’en limiter l'exercice ou l'influence en ce qui concerne la connaissance de l'heure et du jour du jugement.
Certains en ont restreint l’objet secondaire, tout au moins avant la résurrection du Sauveur : « Si saint Matthieu (xx1V, 36) aflirme clairement que le Fils ne
l'indique), que l’âme du Christ encore vivant sur cette terre ἃ joui de la vision béatifique, c’est-à-dire de cette science que possèdent les bienheureux en possession du bonheur céleste.
2. On peut déduire de la deuxième et de la troisième proposition que la doctrine d’une science universelle dans le Christ, comme l’ont enseignée les anciens théologiens, doit être dite certaine. Ainsi le Christ, par sa science humaine, connaîtrait dans le Verbe, et dès le début de son existence terrestre, tout ce que Dieu connaît par sa science de vision. Le texte proposé au Saint-Office consacre la terminologie même employée par saint Thomas dans la Somme, 1", 4. XIV, a. ὃ. Mais si le Saint-Office accepte qu'on puisse déclarer certaine (cerla dici potest) cette doctrine, il estime par le fait même qu'elle est en réalité une doctrine vraiment certaine.
3. Mais si cette doctrine des anciens doit être dite certaine, il n’est plus possible d'accorder la moindre probabilité à l’opinion de certains auteurs récents ni de l’accueillir dans les écoles catholiques.
Ainsi se trouvent consacrées les appréciations portées contre cette opinion nouvelle par des théologiens éminents comme le cardinal Billot : « Vains sont les arguments que les nouveaux exégètes cherchent dans l'histoire évangélique contre la doctrine, vraie et
catholique, de l’omniscience de l’âme du Christ. Si l’on veut sauvegarder l’orthodoxie, aucune ignorance ne peut être attribuée au Christ. » De Verbo incarnato, édit. 5 a, p. 244, 251.
Une des meilleures justifications du décret du Saint- Office a été fournie par le P. Lebreton, Recherches de science religieuse, octobre-décembre 1918, justification reproduite dans la note C de la nouvelle édition du t. 1, Les origines du dogme de la Trinité.
1° Petau, De incarnatione Verbi, 1. XI, ο. 1-1V; Thomassin, De incarnatione Verbi Dei, 1. VII; M.-J. Lagrange, Évangile selon saint Marc, Paris, 1920, p. 212-215; p. 326-327; p. 32S- 330; Évangile selon saint Luc, Paris, 1921, p. 269-271; Stentrup, De Verbo incarnato, I. Christologia, τ. 11, Inspruck, 1882, thèses LXVITI-LXXIV ; card. L. Billot, S. J., La parousie, Paris, 1920; ici, PAROUSIE, t. XI, col. 2043-2054; AGNOËÈTES, t. 1, col. 586-596; J. Lebreton, L'ignorance du jour du jugement, op. cit., p. 559-590; P. Galtier, L'enseignement des Pères sur la vision béatifique dans Le Christ, dans Recherches des science religieuse, 1925, p. 54 sq.; B.-M. Schwalm, Les controverses des Pères grecs sur la science du Christ, dans Revue thomiste, t. χαὶ (1904), p. 12 sq., p. 257 sq.; Elzear Schulte, Ο. Ἐς M., Die Entwicklung der Lehre des menschlichen Wissens Christi bis zum Beginne der Scholastik, Paderborn, 1914; Jos. Marit, De agnoetarum doctrina, Zagreb, 1914; Das menschliche Nichtwissen kein soteriologisches Postulat, Zagreb, 1916.
2 Pierre Lombard, Sentences, 1. III, dist. XIV, et les commentateurs, notamment S. Thomas, ὃ. Bonaventure, Duns Scot; Alexandre de Halès, Summa, part. III, q. ΧΙ; S. Thomas d'Aquin, Sum. theol., 1115, q. 1X-x11 et les commentateurs, notamment Cajétan, Bañez, Sylvius, Jean de Saint-Thomas (disp. XI-XIV), Salmanticenses (disp. XVII- XXII), Gonet, Clypeus, De incarnatione Verbi divini, disp. XV-X VIIT; Billuart, Cursus theologiæ, De incarnatione, diss. X-XI1; Suarez, De incarnatione (In 11199 part. Summæ S. Thomæ), disp. XXII-XXV; Legrand, De incarnatione Verbi divini (dans le Cursus de Migne), diss. IX, 6.11,8.1. — Parmi les auteurs plus récents, Janssens, De Deo-homine, pars 15, Christologia, 4. 1x-x11, p. 400-478; Billot, De Verbo incarnalto, thèses xix-xx1; Chr. Pesch, De Verbo incarnato (Prælect. dogmat., t. 1V), n. 241-274; Heinrich Gutberlet, Dogmatik, t. vir, p. 720 sq.; Hugon, Tract. dogmat., t. 11, De Verbo incarnato, 4. νι, p. 479-530; le même, Le mystère de l’incarnation, Paris, 1913, IV: partie, c. 11; Van Noort, De Deo Redemptore (1910), n. 103-113; Hervé, Manuale, t. 11, n. 516-531; Diekamp-Hoffmann, Manuale, t. 11, ὃ 28; A. d’Alès, De Verbo incarnato, thèse xvir1; P. Galtier, De incarnatione et redemptione, n. 312-327; 333-3147; Mgr Chollet, La psychologie du Christ, Paris, 1903; P. Schwalm, Ο. P., Le Christ d’après saint Thomas d'Aquin, €. 1v.
3° Monographies. — Ἐς Brunetti, La scienza umana e la coscienza messianica di N. S. Gesù Cristo, 2° édit., Venise, 1903; O. Gruber, Die Gottschauung Christi im irdischen Leben und ihre Bestreitung, Graz, 1920; V. Kwiatkowski, De scientia beata in anima Christi, Varsovie, 1921 ; 5. Szab6, De scientia beata Christi, dans Xenia thomistica, t. 11, Rome, 1924, p. 349-491; F. Claverie, O. P., La science du Christ, dans Revue thomiste, 1908, p. 385-110; 1909, p. 50-78; 1910, p. 766-779; 1911, p. 303-313.
A. MICHEL
SCILLA Sailvator, frère mineur conventuel italien (xiX£ 5.). — Originaire de Palerme où il naquit en 1790 et fit profession en 1811, il fut un célèbre orateur et un philosophe renommé vers le milieu du xrx® siècle, Disciple du panthéiste Vincent Miceli, qui exerça une grande influence par ses théories nouvelles, principalement en Sicile, même sur les ecclésiastiques, S. Scilla contribua beaucoup à répandre les théories de son maître, surtout en Sicile, Il évita cependant de tomber dans les excès de Miceli, par exemple en ce qui regarde le mystère de la sainte Trinité et le dogme du libre arbitre, mais il le suivit néanmoins dans sa conception de la création considérée comme une pure émanation. Tout le mérite du P. Scilla, d’après D. Sparaοἷο, consisterait en ce qu'il s’est efforcé d’attribuer à l'union religieuse ou mystique de la nature humaine avec la nature divine dans le Christ, ce que Miceli paraît attribuer à l’union substantielle ou naturelle,
SCIENCE — SCOCCIACAMPANA (ANTOINE)
Il appela son panthéisme un «panthéisme catholique .» Salvator Scilla divulgua ses théories néo-panthéistes dans la revue, alors fameuse, de Palerme : Z{ Gerofilo siciliano. Les articles furent édités en un volume séparé intitulé : 1 fondamenti del panteismo cattolico, t. 1, Palerme-Barcelone, 1852, in-8°, Lxx-326 p., où, dans l'introduction, il s'efforce de se laver de l’accusation de panthéisme. Comme la revue fut suspendue au cours de la seconde année de son existence (1853), faute d'abonnés, il n’eut pas l’occasion de propager plus longtemps ses doctrines pernicieuses. Attaqué de tous les côtés, il répondit aux critiques venant du dehors, surtout de la part de l’Enciclopedia di Torino, par un opuscule intitulé : Appendice al trattato della sostanza e del panteismo a riscontro delle teorie opposte nella Enciclopedia di Torino, Palerme, 1852, in-8°, 94 p. Il fut toutefois plus heureux, au moins en partie, dans sa réfutation des théories d'E. Kant, qu'il publia dans des articles parus d’abord dans les revues ΠῚ mondo comico et Il mondo colo, et réunis ensuite en un volume avec le titre : Esame critico dei principi melafisici di Emanuele Kant, Palerme, 1859, in-8°, 224 p.
Salvator Scilla prit aussi une part active dans la fameuse polémique qui, vers le milieu du xix° siècle, souleva les théologiens de l’Italie méridionale et dont nous avons retracé les différentes péripéties dans l’article consacré à Placide Puglisi (t. x111, col. 1161-1162). Elle fut suscitée à l’occasion d’un concours ouvert à Messine, en 1843, en vue de pourvoir une chaire de théologie à l’université de cette ville et dans lequel le conventuel PI. Puglisi l’emporta sur le prêtre séculier C. Messina par sa dissertation : Thesis de sacramento confirmationis, Messine, 1843. Cette victoire provoqua aussitôt de la part du clergé séculier une opposition acharnée et J. Crisafulli Trimarchi attaqua vivement la thèse de PI. Puglisi dans un journal local, Scilla e Cariddi, du 1 juin 1843. Salvator Scilla y répliqua sans tarder par Apologia di una dissertazione che porta per titolo « Thesis de confirmatione », di riscontro alla crilica del sac. Giuseppe Crisafulli, Palerme, 1843, in-8°, 106 p. Il est encore l’auteur de deux discours funèbres : Discorso encomiastico nei funeri del P. M. Benedetto Amodei, O. M. conv., pronunziato nel templo di S. Francesco in Mazzara, Mazzara, 1844, in-4°, 46 p., dans lequel on peut trouver les noms des principaux disciples de Vincent Miceli et la défense des théories de son maître; Elogio funebre del revm PP. Gioacchino Ventura di Raulica, ex-gen. dei Tealini, Palerme, 1861, in-4°, 34 p.
Salvator Scilla régit en qualité de commissaire provincial la province des conventuels de Sicile pendant les temps très durs de la suppression (1865-1868) et mourut en charge, en 1868.
D. Sparacio, Frammenti bio-bibliografici di scrittori ed autori minori conventuali dagli ultimi anni del 600 al 1930, Assise, 1931, p. 174-175 et dans Miscellanea francescana, t. xxx, 1930, p. 60-61.
A. TEETAERT.
SCOCCIACAMPANA Antoine, frère mineur conventuel italien (xvrre siècle), — Originaire de Civitanova dans la Marche d’Ancône et docteur en théologie, il fut appelé à Rome en 1773, par Clément XIV, après la suppression des jésuites, pour y enseigner la théologie avec son confrère, Augustin Arbusti, au Collège romain de Saint-Ignace. Il occupa cette chaire pendant vingt ans et s’acquitta de sa charge à la satisfaction de tous. Il mourut, en 1793, au couvent des Douze-Apôtres à Rome. Il est l’auteur d’un cours complet de théologie : Insliluliones theologiæ dogmalico-scholasticæ, que le conventuel Nicolas Papini avait en grande estime et dont il confesse s’être servi dans ses leçons et ses disputes. Voir N. Papini, Scriplores ord, min. conventualium an, 1650-1820, au mot Anto