‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 418 sur 457 · Errores de ethica nalurali et christiana · texte numérisé non relu

Errores de ethica nalurali et christiana

$ 7. Erreurs concernant la morale naturelle et chrétienne.

Un certain nombre de propositions touchent aux questions de morale politique et de droit public; ce sont les propositions 56 à 64.

56. Morum leges divina haud egent sanctione, minimeque opus est, ut humanæ leges ad naturæ jus conformentur aut obligandi vim a Deo accipiant.

57. Philosophicarum rerum morumque scientia, itemque civiles leges possunt et debent a divina et ecclesiastica auctoritate declinare.

58. Aliæ vires non sunt agnoscendæ nisi illæ, quæ in materia positæ sunt, et omnis morum disciplina honestasque collocari debet in cumulandis et augendis quovis modo divitiis ac in voluptatibus explendis.

59. Jus in materiali facto consistit, et omnia hominum oflicia sunt nomen inane, et omnia humana facta juris vim habent.

60. Auctoritas nihil aliud est, nisi numeri et materialium virium summa.

56. Les lois de la morale n’ont pas besoin de la sanction divine; il n’est pas du tout besoin que les lois humaines se conforment au droit naturel, ou reçoivent de Dieu le pouvoir d’obliger.

57. Les sciences philosophiques et morales, de même que les lois civiles, peuvent et doivent être soustraites à l’autorité divine et ecclésiastique.

58. On ne doit pas reconnaître d’autres forces que celles qui sont dans la matière; et tout système de morale, toute honnêteté doit consister à accumuler et à augmenter ses richesses de toute manière et à satisfaire sa passion.

59. Le droit consiste dans le fait matériel; tous les devoirs des hommes sont un mot vide de sens; tous les faits humains ont force de droit.

60. L'autorité n’est pas autre chose que la somme du nombre et des forces matérielles,.

Ces cinq propositions sont extraites de l’allocution

au bien de la société elle-même.

54. Reges et principes non solum ab Ecclesiæ jurisdictione eximuntur, verum etiam in quæstionibus jurisdictionis dirimendis superiores sunt Ecclesia.

54. Les rois et les princes non seulement sont exempts de la juridiction de l’Église; mais pour trancher des questions de juridiction ils sont supérieurs à l’Église.

Cette proposition, tirée de la lettre Multiplices, cf. supra, proposition 15, exprime deux idées. Il faut admettre d’abord que les rois et les princes sont comme les autres hommes les sujets de l’Église; dans les choses spirituelles et ecclésiastiques, ils doivent donc être soumis au pape. Cf. Boniface VIII dans la bulle Unam sanctam, Denz.-Bannw., ἢ. 469. D'autre part, lorsqu'il s’agit de trancher des questions de juridiction, c’est à l’Église qu’il appartient de prononcer en dernier ressort. Cf. proposition 42.

Maxima quidem; cf. supra, propositions 1 et 2. Les quatre premières rejettent les fondements de la morale chrétienne, en refusant de voir en Dieu le principe et la règle dernière de la moralité (propositions 56 et 57), en approuvant la thèse de l’utilitarisme (proposition 58), ou en prétendant consacrer l’inviolabilité du fait accompli (proposition 59). La proposition 60, qui s’appuie sur les mêmes principes, énonce l’une des affirmations les plus dangereuses que le Syllabus ait condamnées. Si l’autorité publique vient de la multitude, c’est que cette multitude est la source de tout droit et de tout pouvoir. L'État n’est donc pas autre chose que le peuple se gouvernant lui-même par les mandataires qu’il a délégués pour exercer l’autorité. Cf. Léon XIII, encyclique Zmmortale Dei, dans Lettres apostoliques de Léon XIII, t. 11, p. 33 sq. En cette conception athée et matérialiste, il n’y a plus de place pour la morale chrétienne qui enseigne que «tout pouvoir vient de Dieu ». Les conséquences de la négation de Dieu à la base de l’autorité sont incalculables dans la pratique.

Page 1