‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 424 sur 457 · ON · texte numérisé non relu

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du progrès, encore bien moins de définir une telle affirmation. Il ne blâmait que « la civilisation contemporaine, par le moyen de laquelle se produisent tant de maux, et se proclament tant de funestes opinions extrêmement opposées à la religion catholique et à sa doctrine ».

La conclusion qui s'impose est donc la suivante : le Syllabus, en tant que recueil de propositions, n’est pas un document infaillible, puisque certaines au moins de ces propositions ne peuvent pas être dites contraires à la foi catholique. Cf. A. Boudinhon, Loc. cit., p. 418 sq.

111. CONCLUSION GÉNÉRALE. — Cette importante question de la valeur du Syllabus semble pouvoir être résumée de la façon suivante :

1° Le Syllabus porte le titre suivant : Recueil comprenant les principales erreurs de notre temps notées dans les allocutions consistoriales, lettres, etc... Que l’on remarque le mot notées. C’est dans les documents antérieurs que les propositions ont été frappées d’une réprobation théologique. Ce n’est pas parce qu’elles sont dans le Syllabus qu’elles sont des erreurs; c’est parce qu’elles sont des erreurs et avaient déjà été proscrites comme telles que le Syllabus les contient. Pour connaître donc exactement en quoi et dans quelle mesure les propositions sont opposées au dogme et à l’enseignement de l’Église, il faut se reporter aux documents d’où elles proviennent. C’est à dessein que le catalogue porte après chaque proposition la mention de ses sources. Or, cet examen montre que toutes les erreurs ne sont pas condamnées au même titre.

1. Les unes sont de véritables hérésies, c’est-à-dire qu’elles nient des vérités définies par l’Église comme appartenant au dépôt de la révélation. Telles sont, par exemple, la plupart de celles qui se trouvent dans le $ 1 : Panthéisme, naturalisme et rationalisme absolu.

2. D’autres touchent aux questions de politique religieuse, à la liberté des cultes. Elles ne sont pas aussi directement opposées à la foi. Heiner, op. cit., les dit contraires au droit prescrit de l’Église catholique, mais, ajoute-t-il, « rien n'empêche absolument de croire que ces propositions ne puissent être un jour, dans un ordre de choses différent, interprétées avec moins de rigueur ». Cf. P. Bernard, art. cit., p. 408.

3. Certaines propositions enfin ne peuvent pas être hérétiques, elles sont seulement historiquement fausses. Par exemple, la proposition 72 : « Boniface VIII, le premier, a déclaré que le vœu de chasteté prononcé dans l’ordination rend le mariage nul. » La nullité du mariage des clercs majeurs ἃ été reconnue avant Boniface VIII, et dès le ΧΙ siècle. Mais en quoi cette erreur purement historique peut-elle intéresser la foi ou les mœurs? On ne peut même pas parler ici de fait dogmatique; aucune définition n’est possible.

2° À ces quatre-vingts propositions déjà condamnées antérieurement dans des circonstances diverses, qu’a donc ajouté leur insertion dans le catalogue nommé Syllabus ? Deux choses :

1. Au point de vue pratique. — Les erreurs sont évidemment mieux mises en lumière. La plupart sont extraites textuellement des lettres ou des encycliques. Dégagées de leur contexte, elles paraissent plus nettes qu’au milieu des explications qui les encadrent. Certaines, qui ne sont signalées dans les actes pontificaux qu’à propos d’un cas particulier, sont exprimées maintenant en termes généraux d’une portée universelle. ΟἿ. prop. 77, 78, 79. Il y ἃ même des propositions qui sont formées d’extraits de plusieurs documents différents, afin d’exposer la doctrine de façon plus complète. Cf. prop. 67.

La rédaction ἃ donc été assez libre; ce n’est point dire qu’elle fut toujours parfaite. Outre les nombreuses répétitions que l’on constate dès la première lecture

SYLLABUS. VALEUR DOGMATIQUE

(cf. par exemple, prop. 28 et 49, 50 et 51, etc.), on peut regretter à plusieurs reprises le manque de clarté dans l'expression. L'exemple le plus typique est la proposition 75 : «Les fils de l’Église chrétienne et catholique disputent entre eux sur la compatibilité du pouvoir temporel avec le pouvoir spirituel. » A s’en tenir à ces termes, il est diflicile de savoir si le pape a énoncé un fait ou signalé une erreur. Le contexte de la proposition éclaire le problème; il s’agit de proscrire une doctrine de J.-N. Nuytz qui approuvait ces discussions entre catholiques; telle qu’elle est rédigée, la proposition ne le laisse pas suffisamment entendre. On a beaucoup écrit aussi à propos de la proposition 61 : « Une injustice de fait couronnée de succès ne porte pas préjudice à la sainteté du droit. » Où est l’erreur et comment la comprendre même dans l’allocution de Pie IX qui la signale, à plus forte raison dans le Syllabus, où cette phrase ne laisse pas d’être embarrassante? Les commentateurs ont dû s’y arrêter longuement. Cf. Heiner, op. cit., Ὁ. 279-281; Mgr Maupied, Le Syllabus et l’encyclique, Tourcoing, 1876, p. 324 sq.; Viollet, op. cit., p. 90 sq. (combattu dans Études, 20 janvier 1905, p. 255); A. Boudinhon, art. cit., p. 419.

2. Au point de vue dogmatique. — Les erreurs insérées dans le recueil ne reçoivent pas de ce fait une censure théologique plus précise; elles gardent, autrement dit, la note qui leur convenait en vertu des documents antérieurs. On peut les dire néanmoins frappées d’une réprobation spéciale, la même pour toutes, en ce sens que leur insertion au catalogue, sans constituer une sentence à proprement parler, est une confirmation officielle et authentique de la sentence qui les avait atteintes auparavant. C’est ainsi que l’on peut parler de la valeur propre du Syllabus, distincte de la valeur des actes pontificaux qui en sont la source. C’est aussi en ce sens restreint qu’il faut entendre les mots de « condamnation nouvelle », souvent employés par les commentateurs du Syllabus, et que nous ne refusons pas de redire comme eux.

3° Somme toute, il ne faut pas condamner les théologiens qui ont attribué au recueil une autorité suprême. Les arguments qu’ils développent ne laissent pas d’avoir quelque probabilité. Il ne leur est pas permis, toutefois, d'imposer leur manière de voir à ceux qui sont d’un autre avis. Il paraît plus vrai d’admettre, en effet, que Pie IX n’a pas voulu se servir, en cette circonstance, de son magistère infaillible. Le Syllabus reste — et cette fois, sans contredit — un acte du souverain pontife, une œuvre doctrinale, à laquelle tous les fidèles doivent respect et obéissance. Cette obéissance, les évêques l’ont toujours prêchée et les vrais chrétiens s’y sont soumis sans réserves. Quant aux polémistes qui ont voulu ou voudraient encore de nos jours se servir du Syllabus comme d’une arme contre l’Église, il est vraisemblable qu'ils ne l’ont jamais lu; il est sûr, en tout cas, qu'ils ne l’ont pas compris.

Nous ne citons pas les ouvrages d’histoire générale, ou les biographies dans lesquelles on trouve parfois de très utiles renseignements concernant le Syllabus. Cf. les références dans la 116 partie de l’article.

Parmi les autres, les commentaires et les livres plus strictement doctrinaux, on peut consulter : Recueil des allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques des souverains pontifes Clément XII, Benoit XIV, Pie VI, Pie VII, Léon XII, Grégoire XVI et Pie IX, cilées dans l’encyclique et Le Syllabus du 8 décembre 1864, Paris, 1865; Aichner, Jus ecclesiasticum, 9° éd. Brixen, 1900; At, Le vrai et le faux en matière d'autorité et de liberté, d’après ἴα doctrine du Syllabus; Bellamy, La théologie catholique au XIX® siècle, Paris, 1904; P. Bernard, dans Études, mai 1906; Biederlack, dans Stfaatslexicon, Herder, 1897; A. Boudinhon, dans Æèevue du clergé français, avril 1905; Mgr Bougaud, Le christianisme et les temps présents, Paris,

1882; J. Bricout, dans Revue du clergé français, janvier, mars et avril 1913; J. Chantrel, Annales ecclésiastiques de 1860 à 1866, Paris, 1867; L. Choupin, Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège, Paris, 1928 (capital); F. Desjacques, dans Études, juillet 1889; H. Dumas, dans Études, mai 1875; Mgr Dupanloup, La convention du 15 septembre et l’encyclique du 8 décembre, Paris, 1865; L. Falconi, Le Syllabus pontifical ou réfutation des erreurs qui y sont condamnées, traduit par E.-J. Materne, Paris, 1876; Frins, art. Syllabus, dans Kirchenlexicon; L. Gôtz, Der Ultramontanismus als Weltanschauung auf Grund des Syllabus, 1905; F. Heïiner. Der Syllabus in ultramontaner und antiultramontaner Beleuchtung, Mayence, 1905; H. Hello, Le Syllabus au XX° siècle, Paris; J. Hergenrôther, Katholische Kirche und christlicher Staat, trad. angl., Londres, 1876; C.-A. Horoy, La clé du Syllabus, Paris, 1887; Hourat, Le Syllabus, dans la collection Science et religion, Paris, 1904; É. Keller, L’encyclique du 8 décembre 1864 et les principes de 1789, ou l’Église, l’État et la liberté, Paris, 1865; J. Laforet, Le Syllabus et Les plaies de La société moderne, Louvain, 1872; Mgr Maupied, Le Syllabus et l’encyclique Quanta cura, Tourcoing, 1876; card. Mazzella, De religione et Ecclesia, Rome, 1885; Mgr Meirieu, évêque de Digne, Entretiens sur l’encyclique de S. 5. Pie IX du 8 décembre 1864 et sur Le Syllabus qui l’accompagne, Paris, 1865; Montalembert, L'Église libre dans l’État libre, Paris, 1863; Newman, À letter. to his Grace the duke of Norfolk, Londres, 1875; Ojetti, Synopsis rerum moralium et juris canonici, Prati, 1911; C. Passaglia, Sopra l’enciclica publicata il giorno VIII decembre MDCCCLXIV, et sopra le LXXX propositiont il giorno medesimo condemnate, Turin, 1865; Chr. Pesch, Tract. dogmat. de Ecclesia Christi, Herder, 1898; Petitalot, Le Syllabus, base de l’union catholique, Paris, 1877; Raulx, Encyclique et documents, Bar-le-Duc, 1865; Rinaldi, IL valore del Sillabo, studio leologico e storico con appendice di documenti, Rome, 1888; P. Roh, Die Encyclica Papst Pius IX. vom 8 Dez. 1864, Fribourg, 1869; Alex. de Saint- Albin, L’encyclique et Les évêques de France : Recueil complet des lettres. de N. N. S. S. les archevêques et évêques de France, Paris, 1865; P. Schanz, dans Staatslexicon, Herder, 1904; Scheeben, Handbuch der kathol. Dogmatik, Fribourg, 1873, traduction par l’abbé Belet, Paris, 1877; Schrader, De theologia generatim, Poitiers, 1874; S. Sordi, 11 Sillabo di 5. 5. Pio IX..., Vérone, 1865; Verdereau, Exposition historique des propositions du Syllabus, Paris, 1877; L. Veuillot, L’illusion libérale, Paris, 1866; F.-X. Wernz, Jus decretalium, 4 vol., Rome.

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