CONTE
l’Espérance dans le quartier de Kontoscalion (Koum- Kapou). Il la desservit jusqu’en 1660, date à laquelle elle fut détruite par un incendie. Il revint alors à Galata, à l’église dite du Christ des jardins. C’est là qu'il
s'éteignit, le 17 avril 1664, à l’âge de soixante-dix-huit |
ans. Son corps fut enseveli au couvent des Médikiotes, à Triglia, localité des environs de Constantinople.
II. Écrirs ET DOCTRINE. — Mélèce Syrigos a été à la fois prédicateur, polémiste, hagiographe et hymnographe, traducteur, mais il a surtout été prédicateur. La plupart de ses écrits sont encore inédits. Le P. Pargoire a trouvé, tant dans la bibliothèque du Métokhion du Saint-Sépulcre à Constantinople, que dans celle du Syllogue littéraire grec de la même ville, dix-huit manuscrits remplis de ses œuvres, qu’il a minutieusement décrits. Cf. Échos d'Orient, t. xx, 1908, p. 266- 280. Plusieurs de ces manuscrits sont autographes et la plupart renferment des renseignements historiques précis sur la vie et les œuvres de notre auteur.
1° Sermonnaires. — Six des manuscrits décrits par le P. Pargoire sont remplis par des sermons. Ces sermons ne sont pas tous complets; plusieurs sont de simples brouillons. Leur nombre se monte à près de deux cents. La partie la plus importante de cette prédication est constituée par une série complète d’homélies pour tous les dimanches de l’année. Comme ces discours sont tous inédits, il nous est impossible de porter un jugement tant sur leur fond que sur leur forme.
20 Écrits théologiques et polémiques. — Le ms. 356
du Métokhion du Saint-Sépulcre contient le premier |
écrit théologique de Syrigos, daté de 1635. Il s’agit de Vingt-quatres chapitres théologiques (Κεφάλαια θεολογικά) précédés d’une Lettre sur le jeûne. Le contenu est avant tout d’ordre ascétique, comme le suggèrent les titres : 1. Sur la foi en Dieu. — 2. Sur la puissance de la foi et sa constance. — 3. Sur la foi sans les œuvres. — 10. Sur ceux qui retournent à Dieu. — 22. Sur le bon prêtre, etc. Ce sont des thèmes assez courts, puisqu'ils ne remplissent qu’une soixantaine de feuillets. Ils sont inédits.
Le second ouvrage théologique de notre auteur par ordre de date est la Réfutation de la confession de la foi chrétienne éditée par Cyrille de Constantinople au nom de tous les chrétiens de l’Église orientale. Tel est le titre que donne le ms. 334 du Métokhion, sans doute un autographe ou tout au moins une copie revue par l’auteur. C’est de beaucoup l’ouvrage le plus long et le plus important laissé par Syrigos. Commencé en novembre 1638, il fut terminé le 28 novembre 1640. Écrit d’abord en grec ancien, il fut traduit plus tard par l’auteur luimême en grec vulgaire. Les mss nous le donnent dans les deux dialectes et c’est le grec vulgaire qui a eu les honneurs de l’impression, grâce au patriarche Dosithée, quile publia à Bucarest en 1690 sous le titre : ᾿Ορθόδοξος ἀντίρρησις χατὰ τῶν κεφαλαίων χαὶ ἐρωτήσεων τοῦ Κυρίλλου, en y joignant son propre écrit contre les calvinistes, consacré spécialement à démontrer la présence réelle et la transsubstantiation. Bien avant cette édition, dont il reste à peine cinq ou six exemplaires et que E. Legrand décrit tout au long dans sa Bibliographie hellénique du xvrr° siècle, t. 11, p. 458-473, l’ouvrage fut célèbre en Occident et surtout en France, où les auteurs de la Perpétuilé de la foi touchant l’eucharistie lui firent une réclame retentissante. Dès sa composition, les jésuites de Galata s'étaient offerts à le faire imprimer moyennant quelques corrections de détail, auxquelles l’auteur refusa de se prêter. Du moins le chapitre sur la transsubstantiation — Mélétios compte parmi les théologiens grecs modernes qui ont vulgarisé le mot μετουσίωσις, traduction littérale du latin {ranssubstantiatio — fut édité à plusieurs reprises en Occident : d’abord par Richard Simon en 1684 dans l’Histoire critique de la créance et des cou-
SYRIGOS (MÉLÈCE)
tumes des nations du Levant, p. 199-215, et en 1687 dans La créance de l’Église orientale sur la transsubstantiation; puis par Renaudot, qui en avait fourni le texte à R. Simon, à la suite des homélies de Gennade Scholarios sur l’eucharistie, Gennadii patriarchæ Constantinopolitani homiliæ de sacramento eucharistiæ, Paris, 1709, p. 156-162. L'édition de Renaudot fut reproduite par Schelstrate, Acta orientalis Ecclesiæ contra Lutheri hæresim, Rome, 1739, p. 396-401, et passa aussi dans d’autres recueils. Dès 1674, le t. 111 de la Perpétuilé de la foi en avait donné la traduction française. Cf. l’édition de Migne, t. τι, col. 1223-1226. Eusèbe Renaudot utilisa largement l” Αντίρρησις dans la Continuation de la Perpétuité, t. ταν, 1711, t. v, 1714. Cf. l'édition de Migne, t. 111, col. 687-691, 811, 930-932, 965-966, 1034-1038, 1044-1046, 1061. Dans sa Réfutation, Syrigos suit l’ordre même des articles de la Confession de foi de Lucaris. Peu ou point de spéculation dans cette œuvre polémique relativement sereine, mais des textes de l’Écriture et des Pères. Sa connaissance de la langue latine ouvre à Syrigos non seulement les sources grecques etbyzantines mais aussi les occidentales, encore qu’il reste étranger à notre scolastique.
On ne peut évidemment attribuer à Syrigos la paternité de la Confession de foi orthodoxe de l’Église orientale, ou Catéchisme de Pierre Moghila. I] a cependant sur elle quelque droit, non seulement parce qu’il l’a traduite en grec vulgaire et que c’est sa traduction qui a reçu l’approbation officielle des quatre patriarches d'Orient en 1643, mais aussi parce qu'il y ἃ fait des corrections de fond importantes, notamment sur la forme de l’eucharistie et sur la négation de la peine temporelle due au péché et d’un état intermédiaire entre le ciel et l’enfer après la mort. Ces corrections, qui furent approuvées par les patriarches orientaux, eurent les plus graves conséquences pour le sort de la Confession orthodoxe, que leur principal auteur, Pierre Moghila, ne voulut point reconnaître pour sienne et dont les théologiens de Kiev rejetèrent longtemps certains articles. Son autorité était battue en brèche dès son apparition. Elle n’a fait que diminuer depuis.
Il y a de bonnes raisons de supposer que notre théologien ne fut pas étranger à la rédaction des actes du synode constantinopolitain du 24 septembre 1638, sous Cyrille II Contaris, qui anathématisa les principales erreurs de Cyrille Lucaris, et qu’il dut composer la Lettre synodale que Parthénios Ie et son synode promulguèrent en mai 1642 comme devant servir de base aux pourparlers de Iassy. Il était, en effet, comme le théologien attitré de la Grande Église, à qui l’on recourait quand il était question de doctrine. Ces documents officiels ont été publiés plusieurs fois, notamment dans les recueils des livres symboliques de l'Église orientale orthodoxe et même dans Mansi, Concil, t. xxxiv, col. 1629-1637, 1709-1716.
3 Écrits hagiographiques et liturgiques. — Les écrits hagiographiques de Syrigos sont intimement liés à ses écrits liturgiques. Les premiers consistent en notices biographiques de plusieurs martyrs grecs des Χν et xvIIe siècles, victimes du fanatisme musulman. Ces notices sont appelées par les Grecs des synaxaires ou martyria. Les écrits liturgiques proprement dits sont des acolouthies ou offices complets, ou des parties d’offices, spécialement des canons, pour ces martyrs, pour des saints plus anciens et pour d’autres fêtes. Le P. Pargoire a dressé la liste complète de ces compositions multiformes. Elle ne comprend pas moins de vingt numéros. Cf. Échos d'Orient, t. xx, 1909, p. 337-342. Quelques-unes de ces pièces ont été imprimées soit à part, soit en divers recueils signalés par le P. Pargoire. loc. cit. Les autres sont conservées dans les mss du Métokhion du Saint-Sépulcre, notamment dans le ms. 746,
31167 SYRIGOS
A la liturgie se rapporte un autre écrit de Syrigos qui se présente comme un document officiel du patriarcat œcuménique adressé à l’Église russe. Au printemps de 1654, un synode de Moscou, présidé par lepatriarche Nicon, envoya au patriarcat œcuménique une série de questions relatives à la célébration de la messe en vue de réformer les livres et les rites liturgiques de l'Église russe. Le patriarche de Constantinople, Païsios Ie, répondit officiellement à ces questions, au nombre de vingt-sept, par un document signé de vingt-cinq métropolites, de trois évêques et de onze dignitaires ecclésiastiques. Or, ce document officiel fut rédigé en grec vulgaire par Syrigos en personne, à la demande du patriarche. Nous le savons par les mss, qui donnent cette lettre synodale sous forme de traité intitulé : Explication de la liturgie (c’est-à-dire de la messe) : ᾿Εξήγησις συνοπτικὴ τῆς θείας καὶ ἁγίας λειτουργίας, et l’attribuent expressément à notre auteur. Nous le savons surtout par l'original de la Lettre synodale envoyée à Nicon, qu’a publié le Russe Troïtskii, en 1881, dans la Lecture chrétienne, t. 1. Parmi les signataires, aussitôt après les évêques, figure Mélèce Syrigos, « qui ἃ composé cet opuscule sur l’ordre du patriarche Païsios et de son synode ». Rédigé en décembre 1654, l’opuscule ne parvint à Nicon qu’au début de 1655. Le patriarche le fit approuver par le synode de Moscou qui se tint la dernière semaine de mars. Ce document eut dans l’Église russe d’imprévisibles répercussions, car il détermina pour une bonne part la révolte d’une partie de l’Église russe contre les réformes liturgiques de Nicon, révolte connue sous le nom de raskol. Cf. l’article RUSSIE, t. XIV, col. 292 sq. L'édition de Troïtskii avait été précédée par celle de l’archimandrite Germain Aphtonidès, dans son ouvrage intitulé : Σύντομος πραγματεία περὶ τοῦ oxioματος τῶν ἹΡασκολνικῶν χαὶ περί τινων αἱρέσεων ἐν “Ῥωσσίᾳ, Constantinople, 1876, p. 139 sq., et par celle de Papadopoulos-Kérameus, ᾿Δνεχδότων... τεῦχος πρῶτον, Smyrne, 1880, p. 1-15. Ces deux dernières éditions ne concordent ni entre elles ni avec l'original publié par Troïtskii.
49 Traductions. — En dehors de la traduction en grec vulgaire de la Confession orthodoxe de Pierre Moghila et de son propre ouvrage contre la confession de Cyrille Lucaris, notre auteur en a exécuté plusieurs autres. En voici la liste :
1. Traduction du latin en grec ancien des dix livres du commentaire d’Origène sur l’Épître aux Romains. On sait que ce commentaire ne nous est parvenu qu’en traduction latine. La traduction de Syrigos est inédite et se trouve dans le ms. 755 du Métokhion du Saint- Sépulcre. — 2. Traduction en grec vulgaire des écrits de Jean Cantacuzène contre l’Islam (quatre apologies et quatre discours contre Mahomet : cf. P. G., t. cLiv, col. 371-692). C’est à l’invitation du hospodar Basile le Loup que Syrigos exécuta ce travail. Il fut commencé (ou terminé) le 17 décembre 1635 en Moldavie, suivant l’indication du ms. 196 du Métokhion, un des nombreux mss qui renferment cette traduction, restée inédite. — 3. C’est encore à la demande de Basile le Loup que notre auteur traduisit en grec vulgaire les Institutes de Justinien. Il contribua ainsi à la collection de lois traduites du grec en roumain que publia à Iassy, en 1646, le logothète Eustratios sur l’ordre du hospodar. Mais la traduction de Syrigos ne paraît pas avoir vu le jour, malgré l’affirmation contraire de Nicolas Comnène. Papadopouli, Historia gymnasii Patavini, t. 11, p. 309. — 4. Traduction en grec vulgaire du Résumé des lois (νομικὴ ἐπιτομὴ) des empereurs Léon et Constantin, demandée également par Basile le Loup. Elle est aussi restée inédite, Dosithée est le seul à en parler.
Comme théologien, Mélèce Syrigos appartient à la
(MÉLÈCE) 3168 vieille école byzantine. A la différence de plusieurs théologiens grecs de son temps, il a été très peu influencé par la scolastique occidentale. Dans sa réfutation des erreurs calvinistes de Cyrille Lucar, il s’en tient aux arguments positifs tirés de l’Écriture sainte et de la tradition. Même lorsqu'il emploie certains termes scolastiques, il les vide de tout contenu proprement philosophique et ne s’attache qu’à l’idée dogmatique proprement dite. Le mot {ranssubstantiation, μετουσίωσις, par exemple, n’éveille nullement chez lui l’idée d’accidents eucharistiques au sens philosophique du mot accident, mais simplement l’idée du changement des oblats au corps et au sang de Jésus- Christ et de la présence réelle qui en résulte. Il ne voit pas dans l’eucharistie deux choses : un contenant et un contenu, un voile et une réalité cachée sous ce voile : il n’aperçoit que Jésus-Christ présent. Cf. ᾿Αντίρρησις, édit. Dosithée, fol. 123r, 138.
Les corrections qu’il a introduites dans le catéchisme de Pierre Moghila ne se sont pas bornées à la question de la forme de l’eucharistie et à celle du purgatoire. Elles ont dû porter aussi sur d’autres points moins importants. C’est ainsi qu’à la question cv de la première partie, la reconfirmation des apostats est admise, alors que Pierre Moghila a supprimé dans son Trebnik ou Rituel l’office de la réconciliation des apostats attribué au patriarche saint Méthode, qui a été interprété par les théologiens byzantins dans le sens d’une véritable réitération du sacrement de confirmation. On peut soupçonner aussi notre théologien d’avoir introduit des formules palamites pour exprimer la nature de la béatitude des élus (p. I, q. 126).
Plus clairement encore que dans la Confession orthodoxe, Syrigos nie la doctrine du purgatoire dans l’Avrippnsis : aucun état intermédiaire après la mort. Α l’exception du péché contre le Saint-Esprit, tout autre péché peut être remis aux défunts dans l’autre monde avant le jugement dernier par les suffrages des vivants et les prières de l’Église. Notre théologien va jusqu’à affirmer que, si le pauvre Lazare avait intercédé pour le mauvais riche, celui-ci eût été retiré des flammes. La porte de l’enfer ne sera définitivement close qu'après la résurrection générale. C’est à ce moment-là seulement qu’aura lieu la rétribution et que le sort de chacun sera définitivement fixé. ᾿Αντίρρησις, p. 138-144.
En parlant du sacrement de mariage, il paraît bien faire du prêtre le ministre de ce sacrement. Par contre il enseigne très nettement l’indissolubilité du lien matrimonial : Le mariage légitime, dit-il, ne peut être rompu pour aucune raison : ὁ τοιοῦτος γάμος ἐμποδιζεται νὰ χωρισθῇ κατὰ πᾶσαν αἰτίαν. ᾿Αντίρρησις, p. 88-89. Malheureusement la pratique constante de l'Église byzantine et gréco-russe donne un démenti formel à cette très orthodoxe affirmation.
Signalons enfin que Mélèce Syrigos se range parmi les théologiens grecs de la période moderne qui ont nié l’immaculée conception de la sainte Vierge. Aussi bien dans l’Antirrhesis, p. 31-32, que dans un sermon sur l’Annonciation prononcé dans sa ville natale, au début de sa carrière de prédicateur, il soumet Marie au péché d’origine et déclare qu’elle n’en fut purifiée qu’au jour de l’Annonciation. La raison qu’il en donne, c’est que Marie a été soumise à la mort, fruit du péché originel. Au demeurant, il sait que la question est discutée même parmi les siens et se garde de présenter son opinion comme l'expression officielle de l’orthodoxie. Cf. ms. 254 du Métokhion du Saint-Sépulcre, fol. 1018-1019, homélie non signalée par le P. Pargoire.
Le P. Pargoire a consacré à Mélèce Syrigos, sa vie et ses écrits, une étude qu’on peut qualifier d’exhaustive et qui a paru après sa mort dans les Échos d'Orient, t. xt, p. 264-280, 331-340; τ. xu1, p. 17-27, 167-175, 281-286, 336-342. La
doctrine du théologien n'y est pas examinée. Parmi les |
notices antérieures il faut signaler celle de Dosithée en tête de l'édition de l’’Avr{opnotc, fol. 7, qu'a reproduite
E. Legrand, dans sa description de l'édition, Bibliographie | hellénique, XVIIe siècle, t. 11, Paris, 1894, p. 458 sq. Voir |
aussi Nicolas Comnène Papadopouli, Historia gymnasii patavini, Venise, 1726, τ. 11, p. 309; N. Zaviras, Ν ἕα “1λλάς, éd. G. Kremos, Athènes, 1872, p. 443-448; C. Sathas, Νεοελληνίχη, φιλολογία, Athènes, 1868, p. 255-260; Papadopoulos-Kérameus, Σημειώσεις περὶ τῶν ὁμιλιῶν Μελετίου τοῦ Συρίγου, dans le Δελτίον τῆς ἐθνολογιχῆς χαὶ ἱστορικῆς ἑταιρείας τῆς “Ελλάδος, t. 1, 1885, p. 440-447. M. ὕυσασιε.
SYRRECT antoine, frère mineur conventuel français du xve siècle, appelé aussi Sirrect, Syrretus, Sirectus, Syretus. Appartenant à la province monastique de Tours, il enseigna à Paris en 1504. Il est l’auteur d’un ouvrage intitulé soit Hebdomades formalilatum recentiores secundum Doctorem subtilem ad usum Parisiensem, soit Formalitates moderniores de mente clarissimi Doctoris subtilis Scoti, qui débute : Circa formalitates Doctoris subtilis Scoti, s. 1., 1484; s. 1. ἢ. d., mais vers 1485 (cf. L. Haïin, Repertorium bibliographicum, t. 11, 2e partie, Berlin, 1925, p. 328, n. 14793); Venise, 1489, avec la Logica de Nicolas d’Orbelles; ibid., 1493 et 1518, avec le Tractatus formalitatum in Sirecti Formalitates d'Antoine Trombetta; ibid., 1501, avec les Epitomates d'Étienne Brûlefer et les additions et concordances de Maurice d’Irlande; ibid., 1511 et 1525, avec les ouvrages cités cidessus d’É. Brüûlefer, A. Trombetta et Maurice d’Irlande, ainsi que les gloses d'Antoine de Fantis, Paris, 1605. Sur ces Formalitates furent composées des Jsagogicæ expositiones par Laurent de Brescia, en 1537; par François de Pitigianis, en 1606; par Jérôme de Pistoie, en 1570. Jean Valloni de Jovenatio, frère mineur observant et lecteur général au couvent S. Maria Nova de Naples, édita Lectura super Formalitates Scoti compilatas per Antonium Syreli, Naples, 1533 (cf. Revue d’hist. francisc., t. νι, 1929, p. 444- 445). Les Formalitates, qui furent imprimées à Ferrare, en 1490, avec les Quæstiones de tribus principiis rerum naturalium d'Antoine André, et qui débutent : Solent doctores investigare utrum illa quæ distinguuntur formaliter distinguantur realiler, ne sont point celles d'Antoine Syrrect, mais de quelque auteur anonyme, qui les a empruntées à Duns Scot et à François de Meyronnes. Antoine Syrrect édita aussi sous le nom de saint Bonaventure une collection de Sermones de sanctis, qui sont en fait du franciscain Conrad de Saxe et qu’Étienne d’Arras avait rassemblés, Paris, 1501.
SYRIGOS (MÉLÈCE) — SZCZANIECKI (ÉTIENNE)
L. Wadding, Scriplores ord. min., 3° éd., Rome, 1906, p. 30; J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores ord, min., 2e 6α., t. τ, Rome, 1908, p. 97; H. Hurter, Nomenclator, 89 éd., t. 11, col. 995.
SZANTO Étienne, appelé aussi ARATOR, jésuite hongrois (1541-1612). Originaire du diocèse de Raab, il entra dans la Compagnie de Jésus en 1560, fut professeur de rhétorique dans différents collèges, professeur de philosophie à Gratz, pénitencier à Rome, où il contribua à la fondation du Collège hongrois annexé au Collège germanique, enfin recteur du collège de Varadin (Varazd en Croatie). Il mourut à Olmäütz. Le P. Szanto prit part aux controverses religieuses de son temps et s’attira les attaques des fauteurs de nouveautés par un écrit où il démasquait les menées des hérétiques en Hongrie. Deux ministres protestants de Varadin, Pierre Berexasius et Mathias Thoraconymo essayèrent de défendre leurs coreligionnaires en répondant au jésuite. On n’est pas autrement renseigné sur ces polémiques.
La plupart des œuvres du P. Szanto sont restées manuscrites (en hongrois). On en trouvera le détail dans Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. 1, col. 506-507, supplément, t. VIII, 60]. 1682.
M. Tomas.
SZCZANIECKI Étienne, jésuite polonais (1658-1737). — Entré au noviciat en 1658, il fut tour à tour professeur de grammaire, de lettres, de mathématiques, de philosophie et de théologie. Après avoir occupé les charges de recteur, de provincial de Pologne et de député de sa province à Rome, il mourut à Poznan. Recteur du collège de Kalisz pendant l’invasion des Suédois en 1704, le P. Szczaniecki avait eu à traiter personnellement avec Charles XII et il avait su obtenir que les soldats de ce prince hérétique ne molestassent pas les habitants. Les historiens relatent encore qu’il travailla en 1715 à l’établissement d’une mission à Stamboul.
Une vingtaine d'ouvrages, la plupart en polonais, nous restent de lui. Dans le nombre, signalons des sermons, deux cours de logique et de physique, un livre de conseils pédagogiques, fruit de la longue expérience de l’auteur, et deux traités de controverses avec les luthériens : l’un relatif à l’incarnation (1710), l’autre réfutant un libelle où l’on prétendait démontrer que le pape Benoît XIII approuvait le protestantisme (1727).
Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vrnx, col. 1743 sq.; Stanislaws Zaleski, Jesuici w Polsce, t. 111, Lwow, 1902. M. THomas.
Imprimé en France. — LETOUZEY ET ANÉ, 87, Boulevard Raspail, Paris-VI., — 1941.
ADDENDUM
(à la colonne 2625)
STOJKOWICH Jean, est le nom de famille d’un dominicain, plus connu sous le nom de JEAN DE RAGUSE, qui joua un rôle assez considérable au concile de Bâle. — D'origine dalmate, Jean est parisien d'adoption, ayant pris ses grades et finalement celui de maître en théologie à l’université de Paris dans les premières années du xv® siècle. On le voit pour la première fois paraître à l’automne de 1422, où il est procureur général des dominicains, à Rome auprès de Martin V. Représentant plus ou moins officiel de l’université de Paris, il obtient du pape, à force d’instances, a bulle de convocation du concile général, qui, d’après le décret Frequens de Constance, devait se tenir moins de cinq ans après la clôture de ce dernier concile. Convoquée d’abord à Pavie par la bulle du 23 février 1423, l’assemblée, dont Jean de Raguse ouvrit, en qualité de prédicateur du pape, la première session (23 avril 1423) ne tarda pas à être transférée à Sienne, à cause d’une épidémie qui menaçait Pavie. C’est par le récit de Jean que nous connaissons surtout les destinées de ce concile, dont il a retracé l’histoire dans son /nitium et prosecutio Basileensis concilii, publié dans les Monumenta conciliorum generalium sæculi ΧΡ, t. 1. En fait pour des raisons multiples, au nombre desquelles Jean signale, avec une particulière âpreté, la défiance de Martin V, le concile de Sienne, ouvert le 22 juin 1423, n’aboutit à rien et fut dissous par les légats pontificaux le 19 février 1424. Il était entendu d’ailleurs que le prochain concile général, prévu comme devant se tenir sept ans après celui-ci, se réunirait à Bâle. La dissolution de l’assemblée appela quelques protestations et Jean fut de ceux qui s’agitèrent à cette occasion.
Dans l'intervalle qui sépare les deux conciles de Sienne et de Bâle, on perd un peu de vue Jean de Raguse. Il a dû séjourner à Rome, comme procureur général de son ordre. Dès 1430, il multiplie les instances pour que soit tenue l’assemblée de Bâle, tant et si bien qu'il est désigné par la Curie comme adjoint du cardinal Julien Cesarini, chargé de présider le concile. Retenu en Allemagne par les préparatifs de la croisade contre les hussites. celui-ci désigne Jean de Raguse et Jean de Palomar (voir ici, t. vunt, col. 796), pour ouvrir l’assemblée (juillet 1431). De ce concile qui devait durer si longtemps Jean de Raguse n’a raconté que les débuts, jusqu’au 19 novembre 1431, dans l’ouvrage cité plus haut. Mais il y joua toujours un rôle considérable. Outre la réforme de l’Église dans son chef et dans ses membres, le concile s’était donné comme but de poursuivre la réduction du schisme de Bohème et la réunion des Grecs à l’Église romaine. A ces deux dernières œuvres Jean de Raguse s’employa activement. Dans son ouvrage De reductione Bokhemarum, publié dans Monumenta, etc., t. 1, p. 153 sq., il donne sur les tractations relatives à cette affaire des détails précieux. Il ne fit pas partie de l’ambassade envoyée par le concile en Bohême, mais il en suivait de près les démarches. Quand, après les négociations d’Eger (été de 1432), les Tchèques arrivèrent à Bâle pour y soutenir leurs points de vue, Jean fut l’un des docteurs désignés par le concile pour leur répondre.
Les discussions commencèrent en janvier 1433. Jean était chargé de répondre aux Tchèques sur la nécessité de la communion sub utraque specie. Voir l’argumentation de Jean de Rokyçana, représentant des Tchèques, dans Mansi, Concil., t. xxx, col. 269-316, et la réponse de Jean de Raguse, ibid., t. xxIx, col. 699- 868 : Oratio Joannis de Ragusio, qua respondit per octo dies ad articulum Bohemorum de communione sub utraque. Commencée le 31 janvier 1433, cette discussion sur le premier article ne se termina que le 11 février. Aux arguments de Jean de Raguse, Rokyçana répliqua du 2 au 10 mars; c’est par la relation de cette deuxième passe d’armes que se termine l’ouvrage de Jean de Raguse cité plus haut, mais nous savons que, le 2 avril et les jours suivants, celui-ci répondit encore à son adversaire. Les députés de Bohême quittèrent Bâle peu après Pâques, pour aller s'entendre avec leurs commettants et revenir devant le concile en juillet. On ne sache pas que Jean de Raguse soit intervenu dans les nouveaux débats qui eurent lieu pour lors et qui aboutirent à la concession du calice aux Tchèques; il ne prit point de part non plus à la mission qui, présidée par Jean de Palomar, alla régler sur place les diverses questions soulevées.
Par contre Jean eut une part importante dans les négociations nouées par le concile avec les Grecs. Au cours de 1433 deux ambassades successives de l’assemblée étaient parties pour Constantinople; en réponse une députation grecque arriva à Bâle en août 1434. Par suite des divisions qui se manifestaient déjà entre le concile et le pape Eugène IV, chacun s’efforçant de tirer les Grecs à soi, c’est seulement en juin 1435 que partirent pour Constantinople les envoyés de Bâle : Jean de Raguse, Henri Menger et Simon Fréron. La relation de cette ambassade par Jean de Raguse est publiée dans Mansi, t. xxx1 a, col. 248-272; voir aussi, ἰδία... t. ΧΧΙΧ, col. 651-656, 656-659, 661-665, plusieurs lettres de Jean de Raguse et de Simon Fréron, expédiées de Constantinople (9 et 10 février, 17 novembre 1436). En fait, tandis que Henri Menger repartait pour Bâle le 1° décembre 1435, ses deux compagnons demeuraient dans la capitale. On sait que ce fut surtout la question de savoir où se tiendrait le concile unioniste qui envenima les rapports entre le pape et l’assemblée de Bâle. De Constantinople, Jean essayait de suivre les événements, mais il ne recevait rien d'octobre 1436 à fin juin 1437. A ce moment il recueillait le bruit que le pape et les Bâlois s’étaient mis d’accord sur Florence comme lieu de réunion du concile unioniste. C'était inexact, ou plutôt une minorité seulement de Bâlois s'était ralliée aux vues d’'Eugène IV. Quand les représentants de celle-ci débarquèrent à Constantinople (septembre 1437), Jean de Raguse ne fit point d’abord difficulté de leur prêter son concours. Un mois plus tard arrivait la députation de la majorité de Bâle, de plus en plus hostile à Eu gène IV. Jean de Raguse comprit qu’il avait été joué; des discussions violentes eurent lieu; Jean se plaignit même de voies de fait. Malgré toute l’activité du dominicain, la cause de Bâle était perdue à Constantinople :
le 27 novembre 1437 le basileus et les dignitaires de l'Église grecque s’embarquaient pour rejoindre à Ferrare, puis à Florence, le concile réuni par Eugène IV. D’après un on-dit, Jean aurait eu à ce moment lJ’intention de partir pour Jérusalem; cf. N. Valois, Le pape et le concile, t. τι, p. 80, note 3. Finalement il regagna Bâle, où le concile s’exaspérait dens sa révolte contre Eugène IV.
On a prétendu que Jean de Raguse se serait alors rallié au pape, et l’on ἃ cru qu’il ne différait pas de ce Jean, dit «le Provincial de Lombardie », que l’on voit à Florence à partir de la xvirie session discuter avec les représentants des Grecs et particulièrement avec Marc Eugénicos. Cf. Mansi, Concil., t. xxxt à, col. 717 sq. En fait ce Jean le Provincial n’est autre que Jean de Montenero; cf. ici, t. vrrr, col. 791. Il est démontré maintenant que Jean de Raguse n’abandonna jamais la cause du concile de Bâle, même quand celui-ci prit l’allure schismatique que l’on sait. Ce fut lui qui, après la mort de l’empereur Sigismond (9 décembre 1437), fut député en Allemagne pour rallier à la cause du concile de Bâle le futur roi des Romains, Albert d'Autriche. En présence de celui-ci il prononça à Vienne, le 14 mai 1438, un long discours où il faisait valoir toutes les raisons, historiques ou théologiques, qui établissaient la supériorité du concile sur le pape. Texte inédit, conservé dans le Vatic. Reg. lat. 1019, fol. 335-398, et dans le Paris. lat. 1445, fol. 176-313. Le président du concile schismatique de Bâle lui écri-
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STOJKOWICH (JEAN)
vait encore en août 1438, pour stimuler son zèle, cf. N. Valois, op. cil., t. 11, p. 160, n. 2, et en décembre de la même année, Jean de Raguse envoyait à ses commettants de Bâle des nouvelles très optimistes sur les dispositions d'Albert. Monumenla, etc.,t.111, p. 187. On a conjecturé, non sans raisons plausibles, qu’il fut l’un des promoteurs de la candidature à la tiare d'Amédée VIII de Savoie, élu pape sous le nom de Félix V, le 5 novembre 1439. En fait on sait qu’il séjourna au château de Ripaille à l’été de cette même année et qu'Amédée le retint au nombre de ses conseillers intimes. Félix V le nomma ultérieurement évêque d’ArdZis dans le Péloponnèse et cardinal. Il n’aura pas survécu longtemps à cette nomination, étant mort, selon toute probabilité, en novembre 1443. Cf. Monumenta, L. 1, p. XV. Outre les ouvrages publiés ou inédits, déjà signalés, Jean est l’instigateur du traité Concordantiæ biblicæ vocum indeclinabilium publié par Jean de Ségovie, cf. ici, t. var, col. 817.
Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 11, col. 832-833; Palaéky, dans Monumenta conciliorum generalium sæculi XV, …t.1, p. ΧΠῚ sq. ἃ rassemblé les éléments d’une biographie; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. Vi, passim; J. Haller, Concilium Basileense, Studien und Quellen, : Bâle 1896, t. 1, p. 15 sq.; Noël Valois, Le pape et le concile, Paris, 1909, voir table au mot Raguse (Jean Stojkowich de), t. 11, p. 415. Se reporter aussi à l’art. BALE (Concile de) ἘΠ ΤῚΣ Ὁ. 115}.
Ε. AMANN.
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