SYRO-MALABARE (ÉGLISE). HIÉRARCHIE INDIGÈNE
faire l’œuvre commencée : trois vicariats furent érigés au lieu de deux, avec résidences à Trichur, Vérapoly (transfert du siège à Ernakulam le 29 décembre 1904) et Changanacherry, cette localité étant devenue en fait, depuis 1890, la résidence de Mgr Lavigne.
Les trois nouveaux prélats, nommés le 11 août 1896, étaient des syro-malabares : Mar Louis Pareaparambil et Mar Jean Menachery, à Ernakulam et Trichur, avaient été respectivement les secrétaires généraux des vicariats de Kottayam et Trichur. Mar Matthieu Makil, désigné pour Changanacherry, avait été le vicaire général de Kottayam pour les sudistes, car il avait fallu, dès 1888, autoriser Mgr Lavigne à nommer deux vicaires généraux pour les deux groupements ethniques qui coexistaient dans son vicariat et répartir les charges de conseillers. Comme d’ailleurs le vicariat de Changanacherry ne comprenait pas uniquement des éléments sudistes, il fallut, en 1911, pour mettre un terme à une situation pénible, diviser le vicariat de Changanacherry, qui était le plus considérable. Ainsi, Kottayam redevint le centre d’un vicariat, cette fois entièrement composé de sudistes, par la réunion sous une juridiction de caractère personnel, de toutes les églises appartenant à ce groupe ethnique, des deux vicariats d’'Ernakulam et Changanacherry. Mar Makil fut transféré à Kottayam et remplacé par l’ancien élève du Collège urbain, Thomas Kandalacherry.
Il ne restait plus qu’un pas à faire pour donner à l’Église syro-malabare un statut définitif; il fut accompli au consistoire du 20 décembre 1923, veille de la Saint-Thomas, lorsque Pie XI érigea la province syromalabare avec Ernakulam comme siège métropolitain et les trois éparchies suffragantes de Trichur, Kottayam et Changanacherry. C’était aussi en un consistoire tenu la veille du jour où l’Église de Rome célèbre la fête de leur saint patron, le 20 décembre 1599, que les chrétiens de Saint-Thomas avaient été placés sous la juridiction de prélats occidentaux.
En même temps que les circonscriptions ecclésiastiques se multipliaient et s’organisaient, la vie religieuse se développait au Malabar : les tertiaires carmes après avoir eu leurs constitutions approuvées ad sexennium par décret du 1° janvier 1885 et définitivement en 1906, après avoir été sous la dépendance immédiate du vicaire apostolique, puis du délégué apostolique (décret du 15 décembre 1887), obtenaient l’autonomie, que méritait l’accroissement de leur nombre, lors du renouvellement de l’approbation temporaire de leurs constitutions en 1893. Le premier prieur général, il est vrai, fut un européen, le P. Bernard de Jésus (Philippe Arguinzoniz), mais, lorsque celui-ci devint coadjuteur de Mgr Mellano, il confia pratiquement le gouvernement de la congrégation au premier assistant, dont il fit son vicaire délégué; puis, lorsqu'il se retira en 1902, il témoigna que le prieur général pouvait être choisi dans le sein de la congrégation : ce fut le P. Alexandre de Saint-Joseph, un des religieux qui avaient prononcé leurs vœux le 8 décembre 1855. Lorsque le centenaire de la fondation fut célébré en 1931, la congrégation des tertiaires carmes syro-malabares comprenait 135 prêtres, 120 scolastiques, 25 novices, 53 frères lais et 77 aspirants, répartis dans 16 couvents, The carmelile Congregation of Malabar, 1831-1931, Trichinopoly, 1932. Il y ἃ parmi les tertiaires des nordistes et des sudistes; pour ces derniers a été commencée il y ἃ une quinzaine d’années dans le diocèse de Kottayam une congrégation spéciale, dite des oblats du Sacré-Cœur. Enfin, à la même époque, les prêtres de la Mission ont commencé à Ernakulam une branche du rit syro-malabare. Stalistica con cenni storici della gerarchia e dei fedeli di rilo orientale, Rome,
Sept congrégations de femmes sont écloses depuis
1865 : tertiaires carmélites avec 38 couvents et environ 630 religieuses en 1931; tertiaires franciscaines fondées par Mar Thomas Kurialacherry, 20 maisons et 240 religieuses; visitandines fondées par Mar Alexandre Chulaparambil, avec 6 maisons et 40 religieuses; sœurs de l’adoration du Saint-Sacrement, 11 maisons, 180 religieuses; sœurs de la Sainte-Famille, 4 maisons, 42 religieuses; sœurs de Saint-Joseph (sudistes); petites sœurs des pauvres. S{altistica.…, p. 404-406.
Depuis la constitution de la hiérarchie indigène, l’Église syro-malabare a fait des progrès considérables, justifiant ainsi la confiance que lui ont témoignée Léon XIII et Pie XI. Le clergé, séculier ou régulier, reçoit une bonne formation, plusieurs de ses membres ont obtenu des diplômes universitaires. La vie catholique des syro-malabares est soutenue par un nombre respectable d'œuvres, confréries, associations de jeunesse, etc. Il y ἃ quatre ou cinq revues mensuelles, un journal qui paraît deux fois par semaine, le Nazrani Deepika, plusieurs bulletins annuels. La prospérité de l’Église syro-malabare, qui a résorbé la grande majorité des mellusiens, a encouragé les jacobites à regarder vers Rome, et a contribué à la création du groupe syro-malankare, dont il sera question au paragraphe suivant. En 1876, on estimait le total des fidèles syromalabares à 260 000, dont 180 000 sous la juridiction du vicaire apostolique de Vérapoly, le reste dépendant de la hiérarchie goanaise, avec 420 prêtres, 215 églises ou chapelles, 125 séminaristes, 6 couvents de tertiaires. En 1931, on comptait : 532 351 fidèles, 635 prétres séculiers, 591 églises ou chapelles, 220 religieux, 1 052 religieuses, 617 écoles catholiques, 2 784 maîtres et maîtresses, 78 149 élèves. Chaque année on enregistre des conversions de païens, de 1 000 à 1 500. Le clergé syro-malabare (1003 prêtres au 30 juin 1940) est assez apprécié pour que les missionnaires latins des diocèses voisins ambitionnent d’avoir de ses membres comme auxiliaires.
On trouvera diverses statistiques dans Battandier-Chardavoine, Annuaire pontifical catholique, Paris, 1898-1940.
VII. LES JACOBITES AUX INDES ET LA CONSTITUTION DU GROUPE SYRO-MALANKARE. — La plupart des chrétiens de Mésopotamie adhérèrent au nestorianisme à l’époque du catholicos Babaï (496-503); il ne faudrait pas croire cependant que ce fut la totalité. Il y avait des monophysites et il ne cessa jamais d’y en avoir une quantité assez considérable, comme le démontre le fait qu'ils avaient à leur tête un prélat plus élevé en dignité que les simples métropolites, le maphrian d'Orient. Les relations commerciales entre le bassin des « deux fleuves » et l’Inde furent toujours assez développées pour qu’on puisse penser sans témérité qu’il y eut aux Indes pendant le Moyen Age des chrétiens appartenant à la confession jacobite, isolés ou réunis en communautés. Nilus Doxopatres affirmait encore, au ΧΙ siècle, que la juridiction du patriarche d’Antioche s’étendait sur toute l’Asie, y compris les Indes, où il envoyait un catholicos. Notitia thronorum patriarchalium, P. G., t. cxxxn1, col. 1088. Mais la chrétienté du Malabar semble avoir été compacte à l’arrivée des Portugais, sans autres éléments que ceux dépendant de la hiérarchie nestorienne. Même si alors les chrétiens de Saint-Thomas n'étaient pas formellement hérétiques, la présence dans leurs livres liturgiques des noms de Nestorius, Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste démontre quelles étaient leurs attaches traditionnelles et jusqu’à la fin du xvie siècle. Il est d'autant plus remarquable, dans de telles conditions, que ceux d’entr’eux qui se séparèrent de Rome par opposition à l’évêque Garzia soient passés si facilement sous la juridiction du patriarche jacobite d’Antioche, dont la doctrine monophysite
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était plus opposée à leur foi que la catholique. Leur aventure démontre éloquemment combien est étrangère au vieux fond des idées chrétiennes la notion d’autocéphalie, à laquelle les Églises orthodoxes ont fait dans les derniers siècles une si large place.
On a dit, ci-dessus, col. 3123, comment Alexandre de Campo reçut la consécration épiscopale en 1663, avec mission d'empêcher la chrétienté syro-malabare de se ranger sous la houlette de son cousin l’archidiacre Thomas. Le succès qu’il obtint dans l'administration de l’archidiocèse d’Angamalé fut tel qu’on pouvait espérer le retour en masse des éléments dissidents à la mort du pseudo-évêque; et sans doute ce retour aurait eu lieu, si le parti n’avait pas trouvé à s’insérer auparavant, comme il arriva, dans une Église constituée. Thomas de Campo, depuis sa « consécration » par douze cassanares, avait à peu près constamment agi en évêque, mais il semble qu’il lui était toujours resté quelque doute sur l’authenticité de son caractère épiscopal. Lorsque son cousin eut été consacré, et sans discussion possible sur la validité de sa consécration, il ressentit plus vivement la fausseté de sa position ; d’où la demande adressée au patriarche jacobite pour qu’il envoyât au Malabar un de ses évéques. Les Portugais ne montaient plus la garde à Ormuz; en 1665 le métropolite Grégoire arrivait aux Indes et Thomas eut enfin ce caractère épiscopal auquel il aspirait depuis si longtemps.
Il est vraisemblable que le consécrateur de Thomas de Campo ne lui demanda pas de souscrire une définition de foi bien approfondie : il dut cependant anathématiser Nestorius, professer le monophysisme sous la forme sévérienne, renoncer à la double procession du Saint-Esprit et au dogme du purgatoire. Tels sont du moins les points de dogme retenus par les traditions locales comme imposés dès lors aux chrétiens de Saint- Thomas. Le métropolite se déclarait l’ennemi du pape de Rome : il était facile de s’entendre sur ce point; il préconisait le retour à plusieurs usages anciens, forme ancienne des ornements, durée traditionnelle du carême, etc. La population accepta de bonne grâce des changements qui manifestaient extérieurement la rupture avec ceux qui obéissaient aux carmes. Mar Grégoire mourut en 1672, à Parur Patuna ou Parur-Nord, et Thomas de Campo l’année suivante. W. Germann, Die Kirche der Thomaschristen, Gütersloh, 1877, p. 525-527. Un frère de Thomas de Campo mourut en 1674, huit jours après son élection par les cassanares; un de ses neveux devint Mar Thomas III, mais mourut rapidement, car il était remplacé, dès le 15 octobre 1676, par un neveu, simple laïc, qui fut ordonné sous le nom de Mar Thomas IV. Un simple prêtre, qui se fit passer pour patriarche en exhibant un faux document pontifical, troubla les chrétientés à cette époque, mais fut noyé en 1682 ou 1683. Op. cit., p. 527 sq. C’est seulement en janvier 1685 qu’arrivèrent deux authentiques évêques jacobites provenant du monastère de Mar Mattaï, près Mossoul, Mar Basile et Mar Jean, dont un aurait été le maphrian luimême, Jean d’après Germann, op. cil., p. 528, Basile d’après un texte jacobite de 1821, publié par F. Nau, Deux nolices relatives au Malabar, dans Rev. de l’Or. chrét., t. xvux, 1912, p. 77 sq., trad., p. 81. Ces prélats achevèrent d'éliminer, d’après ce dernier texte, les latinismes que les jacobites du Malabar avaient gardés jusque là : « Ils nous débarrassèrent des coutumes des Frances et nous ramenèrent aux coutumes de nos premiers pères. Depuis cette époque jusqu'aujourd’hui, nous n’y avons rien retranché, ni ajouté. » L’évêque Mar Siméon, qui consacra en 1701 le vicaire apostolique Ange-François de Sainte-Thérèse, cf. col. 3125, bien que catholique, semble être arrivé au Malabar en réponse à un appel lancé par les jacobites.
N'ayant pas réussi alors dans son désir d’avoir un prélat syrien, la communauté jacobite, qui devait compter une trentaine de paroisses, tenta de se réunir à la portion catholique des chrétiens de Saint-Thomas, en proposant un gouvernement en commun du vicaire apostolique et du prélat indigène. Il n’y avait donc pas chez les jacobites une aversion bien définie contre le Saint-Siège. On le voit aussi à ce détail qu’un évêque nestorien, Mar Gavril, métropolite d’Adherbeidjan, exhiba pour se faire accepter par les jacobites des Indes, un document de la Propagande, lequel était d’ailleurs une lettre, où en réponse à une demande d'admission dans le sein de l’Église catholique, on lui demandait d'envoyer une profession de foi plus explicite. W. Germann, 0p. cit., p. 532-534. Pendant plusieurs années, jusqu’à sa mort arrivée à la fin de 1730 ou au début de 1731, il essaya de s’assurer une part dans le gouvernement de la communauté jacobite et polémiqua avec Mar Thomas. F. Nau, op. cit., Ὁ. 78, trad., p. 81 sq.; nombreux détails sur ces années de luttes intérieures dans W. Germann, op. cit., p. 533-562, principalement d’après la correspondance du syriacisant Charles Schaaîf et des missionnaires protestants allemands de Tranquebar.
En 1751 arrivèrent au Malabar, envoyés par le patriarche jacobite, trois prélats, dont un avec le titre de métropolite du Malabar, Basile Choukrallah, les deux autres étant un métropolite Mar Grégoire Jean et un simple évêque nommé Jean. Ils auraient dû consacrer Mar Thomas V, mais ils ne s’entendirent pas avec lui sur le paiement du voyage, si bien qu'ils consacrèrent un autre candidat sous le nom de Mar Cyrille. Celui-ci, ne réussissant pas à supplanter Mar Thomas, installa son siège à l'extrémité septentrionale du royaume de Cochin, à Tholyur, créant ainsi un diocèse autocéphale, qui a duré jusqu’aujourd’hui, grâce à ce que l’évêque y a soin, à peine nommé, de se choisir et consacrer un successeur. Mar Thomas V étant mort en 1765, deux des prélats qui étaient venus pour le consacrer consentirent à consacrer en 1772 un de ses neveux, Mar Thomas VI, qui prit le nom de Mar Dionysios Ier.
A partir de cette époque, en face de l'influence des prélats jacobites venus du Proche-Orient, commence à se dresser celle des missionnaires protestants. Les évangélistes du comptoir danois de Tranquebar, dont la mission fut fondée en 1706 par le saxon Barthélemy Ziegenbalg, n’eurent qu’assez peu de relations avec les chrétiens de Saint-Thomas, mais ils ne les ignorèrent pas et ce sont leurs rapports qui éveillèrent dans le monde protestant, au xvirie siècle, cet intérêt pour les syro-malabares, dont témoigne l’Histoire du christianisme des Indes par Mathurin Veyssière de La Croze, bibliothécaire et antiquaire du roi de Prusse. Ce n’est pourtant qu’au commencement du xix® siècle qu’ils furent l’objet d’une sollicitude directe des missionnaires protestants, lorsque, après une visite de Claudius Buchanan, chapelain de la Compagnie des Indes orientales, le colonel Munro, résident britannique près les cours de Travancore et de Cochin, obtint en 1816 l'envoi de trois missionnaires de la Church Missionary Sociely. Imitant la méthode suivie par le zélé franciscain Vincent de Lagos, qui, dès avant 1545, avait ouvert un séminaire à Cranganore, les nouveaux venus se proposèrent avant tout de porter remède à la pitoyable ignorance des cassanares et fondèrent à Kottayam un collège-séminaire; puis ils s’efforcèrent de mettre l’Écriture sainte à la disposition des fidèles dans une traduction malayalam. Pendant un peu plus de dix ans, l’accord régna entre le clergé jacobite et les missionnaires, qui avaient grand soin de ne pas aborder dans leurs prêches les sujets sur lesquels ils auraient dû prendre position contre les croyances ou
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les pratiques des chrétiens indigènes, comptant que leur action sur les futurs prêtres obtiendrait la purification désirée de la foi et du service divin. Mais, après la mort en 1825 du métropolite Mar Dionysios III (Punnatharaï Dionysios) et surtout après l’arrivée d’un métropolite et d’un évêque syriens, Mar Athanase et Mar Abraham, l’opposition contre les missionnaires devint si violente qu’il fallut en 1837 arriver à une rupture officielle. G.-M. Rae, The syrian Church in India, Édimbourg et Londres, 1892, p. 281-303; cf. W. Germann, op. cit., p. 609-705; G.-B. Howard, The christians of St. Thomas and their liturgies, Oxford et Londres, 1864, p. 56-113.
Une péripétie dans la vie de la communauté jacobite se produisit en 1843, lorsqu’arriva de Mésopotamie un ancien élève des collèges de la Church missionary Society à Kottayam et Madras, d’où il avait été renvoyé comme inapte au ministère évangélique. Après avoir séjourné pendant sept mois en la résidence du patriarche jacobite, au monastère de Deir Za‘faran, près de Mardin, il avait été ordonné, puis consacré par lui avec le titre de métropolite du Malankaraï sous le nom de Mar Athanase Matthieu, Le patriarche lui avait remis des lettres, où il se félicitait, après avoir reçu un grand nombre de pétitions entre 1825 et 1842, d’avoir enfin trouvé le candidat idéal pour une fonction si importante. Le métropolite indigène, Mar Dionysios IV (Cheppat Dionysios), n’entendait pourtant pas s’effacer devant ce concurrent, quelle que fût la validité de la mission dont il se targuait, et ce d’autant moins qu’il avait été reconnu comme chef religieux des communautés jacobites par une proclamation du souverain du Travancore. Mais la consécration de Mar Cheppat Dionysios était de valeur discutable, tandis que Mar Athanase Matthieu avait été consacré par le patriarche lui-même. Les chrétientés se divisèrent et recoururent au patriarche : celui-ci envoya un de ses métropolites, Mar Cyrille, pour les départager. Mais celui-ci, qui était pourvu de blancs-seings, n’hésita pas à se délivrer un otarixov, où il était désigné comme métropolite du Malankaraï. Il avait eu soin, au préalable, d'obtenir un document par lequel Mar Cheppat Dionysios renonçait spontanément à son siège. C'était augmenter la confusion; il fallut recourir aux autorités judiciaires, qui, après avoir découvert le faux de Mar Cyrille, provoquèrent en 1848 une déclaration royale en faveur de Mar Athanase Matthieu. Traduction latine d’après The Travancore royal Court Judgement, dans Placide de Saint-Joseph, Fontes juris canonici syro-malankarensium, Cité du Vatican, 1940, p. 26 sq.
Cependant un autre métropolite, Mar Étienne, arrivait de Mésopotamie, porteur d’une lettre à Mar Cheppat Dionysios, qui conseillait un gouvernement en commun des communautés jacobites. Bien que le résident britannique ait pris position contre lui, dès 1850, Mar Athanase Matthieu ne fut délivré de ce concurrent qu’en 1857; cf. Placide de Saint-Joseph, op. cit., p. 27, et voici qu’en 1865 il en surgit un autre, qui revendiquait un droit au siège métropolitain comme appartenant à la famille Palamattam, famille qui, jusqu’en 1813, avait eu le privilège de fournir les archidiacres. Mar Dionysios Joseph, comme Mar Athanase Matthieu, avait reçu du patriarche lui-même la consécration épiscopale. Mais il ne put obtenir aucune décision favorable des autorités britanniques. Pour lui faire échec plus certainement, Mar Athanase Matthieu, assisté de l’évêque de Tholyur, consacra en 1868 un de ses neveux, nommé Thomas, et le proclama officiellement comme son futur successeur. Embrassant avec opiniâtreté le parti de Mar Dionysios Joseph, le patriarche jacobite se rendit à Londres en 1874 pour obtenir gain de cause, puis se résolut à visiter le Mala-
bar en 1875. Mais la majorité des prêtres et des fidèles tenait pour Mar Athanase Matthieu, ainsi d’ailleurs que la hiérarchie de l’Église d'Angleterre. Bien que l’excommunication portée par lui contre Mar Athanase Matthieu ait provoqué contre ce dernier une sentence de la cour royale du Travancore, le schisme continua. Placide de Saint-Joseph, op. cit., p. 28 sq.
Mar Athanase Matthieu avait fortement orienté ses adhérents vers le protestantisme, car il avait introduit l’usage de célébrer la liturgie en malayalam, supprimé les prières à la sainte Vierge et pour les morts, omis tout ce qui pouvait favoriser la croyance à la transsubstantiation et au purgatoire. Aussi, lorsqu'ils voulurent se distinguer, devant les autorités, des jacobites traditionnels ou puthankuttukar, les partisans de Mar Athanase Matthieu étaient fondés à choisir le nom de « réformés », naveekarannakar. Quelques « syriens » allèrent plus loin encore dans la voie de la réforme, leur groupe appartient aujourd’hui au diocèse anglican de Travancore et Cochin, créé en 1879. E. Chatterton, À history of the Church of England in India, Londres, 1924, p. 269-281.
Le patriarche jacobite voulut profiter de son long séjour aux Indes pour rendre plus étroit le contrôle de son autorité et, voyant que les autorités tenaient en grand compte ses décisions, il eut soin de se procurer des garanties légales. C’est ainsi qu’au synode de Mulanthuruth, tenu en 1876, il fit prescrire que chaque communauté paroissiale souscrirait une promesse d’obéissance absolue aux ordres venus d’Antioche et la ferait légaliser. Le document original devait être conservé dans le cofire-fort de l’église paroissiale, et une copie authentique envoyée au patriarcat. Placide de Saint-Joseph, op. cit., p. 28 sq. Le but de ce renforcement de l’autorité suprême était double : empêcher toute discussion relative à la légitimité des évêques, établir une base solide pour la fiscalité patriarcale. En marge des promesses d’obéissance il y avait des dispositions pour la collecte du cathedraticum.
Mais on risque souvent gros à vouloir trop bien faire. Après avoir usé de son autorité spirituelle en répartissant la communauté jacobite entre sept éparchies et consacré lui-même six métropolites au milieu desquels Mar Dionysios Joseph ne fut qu’un primus inter pares, cf. G.-M. Rae, The syrian Church in India, p. 304-326, le patriarche voulut s’assurer le contrôle de tous les biens. Lorsque Mar Athanase Matthieu mourut en 1877, remplacé comme archevêque et commissaire à l’administration des biens de la communauté jacobite par son neveu Mar Thomas, un procès s’engagea entre les « réformés » ou marthomistes et les partisans du patriarche. Ce procès dura de 1879 à 1889 devant les trois ordres successifs de la magistrature du Travancore. G.-M. Rae, op. cit., p. 327-352 et 380-382; plusieurs textes juridiques relatifs à cette controverse dans Placide de Saint-Joseph, op. cit., p. 30-34.
Pendant plusieurs années, la partie de la communauté jacobite qui était restée fidèle au patriarche vécut en paix; mais, lorsque le gouvernement turc eut, en 1906, prononcé la déposition du patriarche Abdu'l- Masîh, son successeur Ignace Abdallah Sattouf, visitant les Indes en 1909, entra en conflit avec le métropolite Mar Georges Dionysios V. Le nouveau patriarche fut sans doute reçu par tous avec les honneurs dus à sa dignité, mais le métropolite lui refusa de procéder à l’inspection de l’administration financière. Le patriarche l’excommunia et consacra un nouveau métropolite sous le nom de Mar Cyrille; sur quoi la chrétienté se divisa en deux parts à peu près égales, parti du patriarche et parti du métropolitain ou Metran party. Mar Dionysios eut alors l’idée de recourir à l’ancien patriarche Abdu’I-Masîh, qui, n'ayant jamais
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accepté la sentence de déposition portée par le sultan, était fondé à prétendre qu’elle ne pouvait lui enlever sa juridiction sur les Indes. En 1912, Mar Ignace Abdu’l-Masih se rendit aux Indes, où sa présence contribua à consolider le nouveau parti. Les membres des deux partis, qui avaient défini leurs positions au cours de 1910, dans deux synodes tenus en Alwaye pour les patriarchistes, à Kottayam pour le Metran party, sont organisés comme suit : 140 000 partisans du patriarche, avec cinq évêques, dont un étranger, délégué du patriarche, qui correspond avec lui et lui envoie le cathedraticum; 150 000 adhérents du métropolite, décoré par Abdu’1-Masîh du titre de catholicos, avec trois évêques suffragants. J.-C. Panjikaran, Christianity in Malabar, p. 122-126. Plusieurs textes relatifs à l’organisation des deux partis dans Placide de Saint- Joseph, op. cit., p. 34-40.
La lutte qui se poursuivit pendant dix ans entre les « syriens réformés » et les jacobites restés fidèles au patriarche avait inspiré à plusieurs la nostalgie de l’unité catholique et, en 1888, Mar Dionysios V était entré en pourparlers avec le délégué apostolique en vue d’une réunion en bloc de toute son Église. Si ses hésitations se prolongèrent au point qu’on n’arriva jamais à une conclusion, la division qui se produisit en 1912 eut un effet plus profond. Car, ayant cessé de dépendre du patriarche d’Antioche, les membres les plus intelligents et les plus pieux du Metran parly comprirent bientôt qu’ils ne pouvaient prétendre occuper dans l’Église une position traditionnelle sans être sous la dépendance d’un patriarcat. ἃ défaut d’Antioche, ils ne pouvaient penser qu'à Rome. Le patriarche Abdu’1-Masîh, d’ailleurs, à son retour des Indes, avait abjuré le monophysisme (3 mai 1913). Pendant les quelques mois qu’il vécut avant de mourir, le 6 mars 1914, 1] s’entretint plusieurs fois avec le patriarche syrien catholique, Ignace Éphrem II Rahmani, des chrétientés qu’il avait visitées, si bien que celui-ci chercha à entrer en relations avec leur hiérarchie, leur offrant des exemplaires des livres liturgiques, dont il avait corrigé le texte d’après les manuscrits. Déjà Mar Dionysios V s'était vanté d'employer pour son usage personnel le missel syrien que l’imprimerie de la Propagande avait publié en 1843; les belles impressions de Charfé ne pouvaient qu'être reçues favorablement. En 1925, les relations étaient suffisantes pour que le patriarche Rahmani ait pu adresser au métropolite une invitation directe à l’union. Si cette communication ne reçut pas immédiatement une réponse favorable, elle n’en fut pas moins discutée dans les assemblées des évêques. D’autres considérations entrèrent encore en ligne de compte. Le pieux et cultivé évêque de Béthanie, Mar Ivanios (Georges Thomas Panikervirtis), avait lu dans des revues anglaises des comptes rendus des conversations de Malines et l’organisation par Pie XI, en 1923, de la hiérarchie syro-malabare était la preuve tangible de la sollicitude du Saint- Siège pour les chrétientés des rits orientaux. Quelques années auparavant, soucieux de développer la ferveur chez ses coreligionnaires, il avait fondé à Calcutta un ordre monastique sous la protection de saint Basile, de saint Benoît et de saint François d’Assise, ainsi qu'une congrégation féminine, initiée à la vie religieuse par des sœurs anglicanes et destinées à participer au travail apostolique des moines. Ce sont les membres de ces deux institutions, ramenées au Malabar en 1919, qui avaient permis à Mar Ivanios de créer dans cinq des sept éparchies jacobites (Kottayam, Kandanad, Angamalé, Niranam, Quilon, Thumpanom, Cochin) des centres modèles de vie chrétienne, que le synode du Metran party lui avait permis d’administrer à la façon de paroisses, avec exclusion de l’ingérence des laïcs, lorsqu'il avait été consacré, en mai 1925, avec le
titre de Béthanie, localité où il avait installé ses moines, en la baptisant de ce nom, qui soulignait l’esprit de l’ « Ordre de l’imitation de Jésus-Christ ». Mar Ivanios était depuis longtemps l’ami de Mar Dionysios VI (Georges Vattacheril) et ses confrères dans l’épiscopat l’estimaient pour sa science et sa piété. Rien d’étonnant par conséquent à ce qu'il ait été choisi, en novembre 1926, pour rédiger un mémoire où lui-même et les deux autres évêques — Mar Basilios, qui gouvernait les quatre premiers diocèses de la liste cidessus, et Mar Grégoire (Cyriaque Pampady), administrateur des trois autres — se déclaraient prêts à devenir catholiques.
Le 20 septembre 1930, Mar Ivanios, qui avait été élevé à la dignité de métropolite en 1928, et son suffragant, l’évêque de Tiruvalla, Mar Theophilos (Jacques Abraham Karapurakal), signaient entre les mains de Mgr Benzinger, évêque de Quilon, leur acte d'adhésion à l’Église romaine. Avant la fin de l’année, 13 prêtres et un diacre, ainsi que 35 familles comprenant 180 personnes avaient suivi les deux prélats. En décembre 1931 on comptait 35 prêtres séculiers, 19 religieux, 6 séminaristes, 29 religieuses, 4 700 fidèles. La jeune chrétienté, organisée par une constitution apostolique du 11 juin 1932, avec le diocèse métropolitain de Trivandrum et le diocèse suffragant de Tiruvalla, a reçu le nom de « syro-malankare », du mot Malankaraï, synonyme de Malabar, pour la distinguer du groupe syro-malabare. Les statistiques les plus récentes indiquent, pour Trivandrum : 43 prêtres, dont 9 réguliers, et 35 048 fidèles; pour Tiruvalla (1940) : 47 prêtres, dont 10 réguliers, et 9 411 fidèles. Ce dernier diocèse a présentement pour administrateur ad nutum 5. Sedis, en raison de l’état de santé du titulaire, Mar Severios (Joseph Valakuzhyil) ancien évêéque de Niranam, qui s’est converti le 29 novembre
On notera que la situation des chrétientés catholiques de rit oriental au Malabar est devenue analogue à celle qui existe au Liban : d’un côté comme de l’autre, une communauté plus récente, de rit antiochien pur, les syriens catholiques et les syro-malankares, et une communauté plus ancienne, depuis longtemps rattachée à Rome, les maronites et les syro-malabares. Les chrétientés du Malabar ont devant elles de belles espérances, car l’élan apostolique s’y est toujours maintenu : elles ne cessent pas d’enregistrer des conversions de païens et ont de florissants catéchuménats.
VIII. DiscIPLINE. — La discipline ecclésiastique officielle aux Indes avant l’arrivée des Portugais, étant déterminée par des prélats venus de Mésopotamie, ne pouvait être que celle des syriens orientaux, et la preuve qu’il en était ainsi est fournie par la liste des ouvrages en syriaque condamnés à Diamper. La description du volume intitulé De synodis, 5655. 111, décret 14, permet de l'identifier avec le traité d’ ‘Abαἰξο de Nisibe ou Collectio canonum synodicorum, qui supplanta le recueil des synodes ou Synodicon orienlale, et constituait le meilleur répertoire du droit des syriens orientaux. J.-B. Chabot, L’aulodafé des livres syriaques du Malabar, dans Florilegium.. Melchior de Vogüé, Paris, 1909, p. 616. Une confirmation de l'usage de cet ouvrage au Malabar se trouve dans le fait que nous en possédons un exemplaire copié par
Mar Jacques, tandis qu’il était retenu à Bassein, le
Vatic. syr. 128, terminé le 17 décembre 1556.
Mais, les chrétiens du Malabar se trouvant dans un pays de vieille civilisation, aux usages tyranniques, ne menaient évidemment pas la même existence que leurs coreligionnaires de la Mésopotamie. Et, comme en Orient la vie sociale et la vie religieuse sont dans une étroite dépendance, il ne faut pas s’étonner d'y voir interférer les usages populaires et les pratiques
SYRO-MALABARE (ÉGLISE). DISCIPLINE
religieuses, les prescriptions du droit canonique et celles du droit privé local. Un bon nombre de superstitions païennes trouvaient leur place dans la vie des chrétiens de Saint-Thomas et nous pouvons en connaître quelques-unes par les condamnations portées à Diamper. La 1x° session, De reformalione morum, ne contient qu’une très petite proportion de prescriptions d'ordre strictement juridique : le décret 20 fixe que les filles auront une part d’héritage égale à celle des fils, tandis que jusque-là, conformément aux usages locaux, les mâles avaient seuls hérité. Les décrets 21 et 22 limitent la faculté d’adopter, alors que les chrétiens de Saint-Thomas, comme les autres Indiens, adoptaient à volonté qui ils voulaient, même au détriment de leurs enfants légitimes. Les chrétiens du Malabar s'étaient pliés au régime des castes, et avec d’autant plus d’exactitude qu’ils étaient classés parmi les castes supérieures, au moins égaux aux nairs. Les théologiens européens du synode auraient voulu obtenir une renonciation à un usage si contraire à l'esprit chrétien; ils durent toutefois user de tolérance et se contenter de conseiller l’oubli des distinctions de castes dans les colonies portugaises, où il ne pouvait en résulter aucun inconvénient grave. Décr. 2. La purification des vases touchés par des membres de castes inférieures fut interdite. Décr. 3. Interdiction de se percer les oreilles comme les nairs, décr. 17; de s’offrir spontanément aux ordalies par le feu ou par la traversée d’un fleuve infesté par les crocodiles. Décr. 16. Le synode recommande l’adoption par tous d’un usage spécial à une partie seulement de l’archidiocèse d’Angamalé, lequel consistait à remettre aux églises, pour être distribué entre les membres du clergé, le dixième de la dot que la jeune mariée remettait à son mari, Décr. 14. N’était-ce pas la transposition d’un usage païen? Les Indiens se lavent fréquemment; dans un pays très chaud où l’eau abonde, nous penserions volontiers que c’est une excellente mesure. Le synode estima qu'aux Indes les ablutions ont un caractère religieux, il les condamna à deux reprises, 5655. VII, décr. 13; sess. 1x, décr. 1. Ce dernier décret interdit d’autres pratiques moindres, considérées comme superstitieuses, bien que n’ayant pas de relations certaines avec le culte idolâtrique, telles que celle de former un cercle avec des grains de riz pour placer en son centre les fiancés ou le bébé qui mange du riz pour la première fois.
Il reste d’ailleurs, à l’heure présente, un bon nombre d’usages suivis par les chrétiens et qui leur sont inspirés par les exigences sociales, se rapprochant, à ce que l’on dit, des usages propres aux brahmanes nambudiris. Il s’agit surtout de cérémonies en relation avec les événements les plus importants de la vie; nous ne les considérons pas comme faisant part de la discipline ecclésiastique. Cf. L.-K. Ananthakrishna Ayyar, Anthropology of the syrian Christians, Ernakulam, 1926. Les théologiens de Diamper, tout en approuvant que les femmes présentent leurs enfants à l’église quarante jours après la naissance, bläment qu’elles attendent le terme de ce délai pour assister elles-mêmes aux offices. Sess. 1x, décr. 5. On y a voulu voir la survivance d’un usage juif, mais les femmes nambudiris sont exclues de l’assistance aux cérémonies du culte domestique pendant une période de même durée. Il ne semble pas non plus qu’il faille voir une influence juive directe dans le fait que les chrétiens de Saint-Thomas comptaient leurs jours d’un soir au soir suivant, sess. vint, décr. 16; c’est l’usage liturgique des Églises orientales.
Quoi qu’il en fût des ordonnances provenant du catholicosat de Séleucie et des usages locaux, les Portugais ne tardèrent pas à désirer que les chrétiens de Saint-Thomas conformassent leur discipline à celle des
communautés latines. D’où leur insistance à inviter aux conciles provinciaux de Goa le métropolite Mar Abraham. Ayant refusé de se rendre au deuxième de ces conciles, en 1575, et bien qu’il eût tenu un synode diocésain en 1583, sous l'inspiration des jésuites, col. 3105, le vieux prélat se vit contraint d’assister au troisième concile et de signer les actes de la troisième session, consacrée tout entière à son diocèse. On y émit le vœu d’une traduction en malayalam d’un résumé des décrets disciplinaires du concile de Trente, dont les dispositions devraient être appliquées dans l’archidiocèse d’Angamalé, comme dans tous les diocèses suffragants de Goa. Les points principaux qui furent touchés dans cette session regardaient le clergé, sa formation et sa vie, ainsi qu’un de ses défauts les plus fâcheux, l’usure. Bullarium patronatus, Appendix, t. 1, Lisbonne, 1872, p. 73-76.
Depuis 1599 la discipline de l’Église syro-malabare est celle qui fut fixée à Diamper par Alexis de Menezes et ses collaborateurs. On a rapporté ci-dessus, col. 3111 sq., l’histoire du synode, lequel ne fut jamais l’objet d’une approbation formelle du Saint-Siège, que sa qualité de synode diocésain ne requérait pas, accepté néanmoins par la Propagande comme le code particulier des chrétiens de Saint-Thomas. A distance, on peut reprocher aux Pères du synode d’avoir fait table rase de la discipline antérieure, mais ils ont comme circonstances atténuantes qu’à défaut parmi eux d’un prélat oriental instruit il leur était difficile de discerner les coutumes légitimes des abus, et que, admirateurs des résultats déjà obtenus en Europe consécutivement à la promulgation des décrets de Trente, ils ne pouvaient guère que désirer appliquer à la chrétienté, dont ils prenaient la tutelle, les dispositions disciplinaires de ce concile. Ceci dit, à leur décharge, il nous plairait certes qu’ils eussent été moins latinisants, surtout en matière liturgique. Non seulement les membres du clergé portugais n'étaient pas au courant des questions orientales, mais ils s’imaginaient encore, assez ingénument, que les pratiques de la discipline et de la liturgie latines remontaient à des traditions apostoliques. Ils n’hésitaient pas, pour désigner les usages latins, à employer la formule un peu grosse : juxla morem universalis Ecclesiæ.
La discipline sacramentaire fut l’objet d’un effort particulier : deux sacrements faisaient défaut au Malabar, la confirmation et l’extrême-onction. Les chapitres doctrinaux et les décrets disciplinaires qui les concernent aux sessions 1V et vit ne contiennent en conséquence aucune particularité, c’est de la discipline latine tout simplement. Des missionnaires ayant déjà été en contact avec les chrétientés du Proche- Orient auraient pu rechercher si, dans les rites baptismaux, il n’y avait pas trace de la chrismation; mais, en 1599, il semble que le souvenir du saint chrême ait été oblitéré parmi les chrétiens de Saint-Thomas et les cassanares faisaient toutes les onctions avec de l’huile de palme non bénite. Pas de confirmation, évidemment, là où la matière du sacrement n'existait pas.
Au baptême, interdiction fut faite d'employer des formules déclaratives ou impératives, 5655. IV, De bapt., décr. 2; seule la forme latine était certainement valide aux yeux des théologiens portugais, qui savaient qu’en matière de sacrements il faut être tutioriste. Baptême des nouveaux-nés rendu obligatoire dans les huit jours, décr. 5; pas d’exceptions pour les enfants des excommuniés, mesure prise contre un abus local. Décr. 6. Introduction, pour les onctions, de l’huile bénite par l’évêque, décr. 14; de l’usage des parrains et marraines. Décr. 15. Interdiction de donner au baptême le nom de Jésus, 7.0, décr. 16; cf. sess. ΝΤΙΙ, décr. 20. Ceux qui portaient ce nom, qu’on ne doit pas prononcer sans un signe de révérence, devaient chan-
SYRO-MALABARE (ÉGLISE). DISCIPLINE
ger à l’occasion de la confirmation que Menezes se proposait de donner personnellement à tous les chrétiens de Saint-Thomas au cours de sa visite. On doit éviter aussi de donner au baptême les noms des personnages de l'Ancien Testament, en dehors de ceux qui sont plus certainement saints. Ce détail montre que la chrétienté du Malabar échappait assez complètement aux influences étrangères, puisque, n'ayant pas de martyrs propres, elle ne trouvait que dans l’Ancien Testament et les noms évangéliques, sans doute, des noms qui ne fussent pas païens.
Nous retrouverons au paragraphe suivant la plupart des prescriptions de la session v, consacrée à la sainte eucharistie et au saint sacrifice de la messe. Les prêtres qui avaient été ordonnés avant l’âge canonique (de Trente) devaient s'abstenir de célébrer, mais devaient communier au moins une fois par mois et on leur conseillait de s’approcher de la sainte table tous les dimanches. Décr. 7. Pour que les prêtres pussent dire la messe plus facilement tous les jours, le synode permettait que la messe latine fut traduite en syriaque, la messe ordinaire étant trop longue. Décr. 4. Les prêtres qui savaient le latin pouvaient célébrer en latin, lorsqu'ils célébraient dans les églises des autres diocèses, mais pas dans le territoire de l’archidiocèse d’Angamalé. Décr. 4. C’est une décision intéressante en ce qu’elle permet la pratique du biritualisme, mais pas dans un même lieu, dénotant chez les Pères du synode une vue, traditionnelle en Occident, sur le caractère local du rit. On demandait aux évêques latins de laisser célébrer dans leurs églises les prêtres « syriens » : la messe latine traduite en syriaque était tout indiquée dans ce cas. Même décret.
Quia missa Syriaca nimis videtur prolixa pro sacerdotibus, qui quotidie celebrare voluerint, facultatem concedit synodus, ut missa romana vertatur syriace, petitque a P. Francisco Roz, S. J., ut dictam versionem adornet, quam quidem missam poterunt sacerdotes privatim, cum romanis ceremoniis recitare; ceterum missæ cum cantu, et solemnes, juxta syriacam, emendatam per Rem metropolitanum, recitentur : sacerdotes vero qui latine, et syriace Missam legere noverint, in ecclesiis aliorum episcopatuum, possint eas latine recitare, in iis autem quæ sunt hujus episcopatus, syriace tantum, ne confusio oriatur, eas recitabunt. Supplicat itaque synodus dominis episcopis harum partium, ut sacerdotibus hujus episcopatus, præsulis sui legitimis dimissoriis munitis, si latine legere nesciant, facultatem faciant, vel missam syriacam recitandi, vel romanam in linguam syriacam translatam inque ea romanum ritum servandi.…
Le synode institue l’obligation de l’assistance à la messe dominicale entière, décr. 12, sauf pour ceux qui sont trop éloignés des églises, lesquels doivent assister au moins une fois par mois et aux fêtes principales. Décr. 13. Les décrets 5-11 traitent de petites questions pratiques relatives au sacrifice, avec le souhait qu'une quantité suffisante de vin muscat soit fournie par le roi de Portugal, afin que tous puissent en être pourvus, en raison de la facile conservation de ce vin. Obligation de la récitation de l’office privé pour tous les clercs dans les ordres majeurs, sess. VII, 196 sacr. ord., décr. 5, avec licence de suppléer par trente-trois Paler, Ave, Gloria, pour l'office du soir ou celui du matin, plus neuf fois les mêmes prières à l'intention des morts, une fois pour le pape et une fois pour l’évêque.
Obligation de la confession annuelle, à partir de huit ans, sess. vi, De pænitentia, décr. 2, avec contrôle et inscription au Liber status animarum à partir de neuf ans. Proclamation solennelle de l’exclusion de l’église pour ceux qui ne se seront pas confessés au temps voulu. Décr. 1. Fixation d’un âge canonique pour les ordinations, sess. vir, De sacramento ordinis, décr. 1; les candidats à l’ordination devront lire et
Le.
comprendre le syriaque dans la même mesure que les occidentaux doivent connaître le latin. Les jeunes prêtres doivent se raser; les anciens qui garderaient la barbe devront se tailler la moustache, pour le respect dû au Précieux Sang. Décr. 12.
La discipline du mariage est celle fixée par le concile de Trente. Sess. vit, De matrimonio, décr. 1-16. C’est aussi la pratique tridentine qui règle la constitution des paroisses et l’ensemble des actes du ministère sacerdotal. Sess. vint, De reformaltione rerum ecclesiasticarum, décr. 1-41. A noter l’imposition du calendrier latin et de toutes les fêtes chômées, ainsi que la modification du régime des jeûnes et abstinences : les usages de l’Église romaine deviennent obligatoires, même l’abstinence du samedi, qui remplace celle du mercredi; les usages propres aux « syriens » deviennent facultatifs : carême des apôtres, de l’Assomption, jeûne de Jonas, jeûne préliminaire à la nativité de Marie, décr. 10; abstinence du mercredi, décr. 15. F. Nau a publié comme « calendrier syro-latin du Malabar » ce qui est en réalité une liste des fêtes chômées selon le synode de Diamper, Deux notices relatives au Malabar, dans Rev. de l'Or. chrét., t. xv11, 1912, p. 85-
Les peines portées par le synode font voir quels étaient les défauts qu’il importait le plus de déraciner : complaisances envers les pratiques idolâtriques ou envers l’hérésie, simonie, négligences dans l’exercice du saint ministère. Le synode institue la réserve pour l’absolution de certains péchés, sess. vi, De pænit., déer. 9; liste des cas réservés, décr. 10 ; recommande un emploi plus modéré de l’excommunication. Décr. 11. Voici cependant quelques peines sévères destinées à protéger la foi, principalement celle des enfants : excommunication contre les parents qui enverraient leurs enfants à l’école d’un maître païen exigeant de ses disciples des actes d’idolâtrie; les enfants euxmêmes seront privés de l’entrée à l’église. Sess. 111, décr. 12. Sont excommuniés aussi les maîtres catholiques ayant dans leur école une représentation idolâtrique quelconque afin que leurs écoliers païens puissent lui rendre hommage. Décr. 13. Défense sous peine d’excommunication de vendre un jeune chrétien à un idolâtre, à un musulman ou à un juif. Sess. 1v, De bapt., décr. 10. Excommunication latæ sententiæ contre ceux qui font venir chez eux des devins en vue d’offrandes de caractère idolâtrique. Sess. 1x, décr. 7. Excommunication majeure contre les prêtres qui prétendraient déterminer en vue des mariages les jours fastes et néfastes, 5655. vit, De sacr. ordinis, décr. 10; ad annum pour les prétendants qui auraient sollicité de telles déterminations. Même session, De sacr. matrim., décr. 14. Excommunication contre quiconque conserverait un des livres condamnés par le synode, les lirait ou les écouterait lire. Sess. ΠῚ, décr. 14. Toujours pour défendre la foi, une excommunication est portée contre les prêtres qui feraient une incision avec l’ongle sur le pain consacré, afin de favoriser sa compénétration par l’espèce du vin au moment de l'intinction, car cette pratique révèle des conceptions erronées sur la sainte eucharistie. Sess. v, De sacrif. missæ, décr. 3. Suspense ad annum pour les prêtres qui feraient des exorcismes superstitieux en usant de formules autres que celles du rituel latin, et peines plus graves pour les relaps. 5655. 1, décr. 9.
Pour déraciner jusqu'aux moindres traces d’abus dans l’administration des sacrements, le synode déclare qu’il faut considérer et punir comme simoniaques les prêtres qui acceptent après un baptême le moindre cadeau, eliam munusculum sil comestlibilium, 5655. 1V, De bapt., décr. 18; suspense de trois ans pour ceux qui exigeraient une rétribution à l’occasion de l’administration de n'importe quel sacrement. Sess.
DICT. DE THÉOL. CATHOL
SYRO-MALABARE (ÉGLISE). DISCIPLINE
vit, décr. 20. Nombreuses sont les peines, dont la menace doit assurer un parfait exercice du saint ministère, à commencer par la plus légère, mais qui n’était peut-être pas la moins redoutée, des retenues sur les distributions pour ceux qui n’auraient pas participé, par négligence, à la célébration de l'office divin. Sess. vit, décr. 8. Suspense pour les prêtres qui auraient laissé mourir sans confession par leur faute un de leurs paroiïssiens. 5655. vi, De pænit., décr. 4. Suspense d’un an pour les prêtres qui béniraient un mariage sans témoins ou sans la délégation du propre prêtre, sess. vir, De sacr. matrim., décr. 1; suspense de six mois pour ceux qui auraient béni l’union de prétendants ayant moins de 14 et 12 ans, décr. 10; suspense de même durée pour ceux qui auraient négligé de renouveler les saintes huiles dans le mois qui suit Pâques. 5655. vit, décr. 8. D’autres peines avaient pour but de sauvegarder l'honneur du clergé : une irrégularité d’abord, importante aux Indes, pour les prétres atteints de la lèpre, lesquels doivent s’abstenir de célébrer. Sess. vir, De sacr. ord., décr. 3. Excommunication majeure contre les clercs qui se marieraient après avoir reçu les ordres sacrés, 5655. vir, De sacr. ord., décr. 16; excommunication ferendæ sententiæ contre les prêtres bigames (ayant épousé antérieurement à l’ordination une veuve ou une prostituée), s’ils refusent de se séparer de leurs femmes, ibid.; suspense de quatre mois pour ceux qui habiteraient chez un juif, un musulman ou un païen, décr. 11; anathème aux prêtres qui s’inscriraient comme nairs, car ils pourraient se trouver contraints au service militaire, décr. 15; anathème à ceux qui ne portent pas la tonsure, décr. 14. Les peines qui visent directement à la réforme des mœurs des simples fidèles sont peu nombreuses : excommunication pour ceux qui participent aux jeux armés ou onam, car ils s’exposent sans raison suffisante à un danger de mort, sess. 1x, décr. 4; contre ceux qui prêtent à un taux supérieur à 10 %, décr. 9; contre ceux qui ont une concubine, décr. 11; contre ceux qui nieraient aux filles une part d’héritage. Décr. 20. Anathème aux époux qui se sépareraient sans intervention de l’autorité ecclésiastique. Sess. var, De sacr. matrim., décr. 11.
Une peine spéciale au Malabar est la privation de casture, salutation du prêtre, qui se laisse toucher la main, soit à la fin d’un office en se plaçant à l’entrée du sanctuaire, 5655. vit, De sacr. ord., décr. 4, soit en visitant les maisons. Cette peine devait être appliquée pendant une année au moins à ceux qui purifiaient un vase touché par une personne de basse caste, 5655. 1x, décr. 3; ou qui consultaient les devins, décr. 6; de six mois pour ceux qui se servaient d’amulettes. Une privation de deux ans devait suivre l’absolution de ceux qui avaient été excommuniés pour participation à des offrandes idolâtriques. Décr. 7.
Les syro-malabares, après Diamper, avaient une discipline si semblable à celle des latins, qu’on ne dut guère se soucier de légiférer spécialement pour eux. Dans les statuts publiés par Mgr Mellano le 15 mars 1879, ils sont à peine nommés, à propos de leur fête traditionnelle de saint Thomas, au 3 juillet. Pour la rénovation des saintes huiles on leur laisse un répit jusqu’à la Pentecôte, tandis que les latins doivent se servir des huiles nouvelles dès le jour de Pâques; ceuxci n'avaient sans doute pas de paroisses distantes dans les districts montagneux. Les latins bénéficiant d’importantes dispenses pour le jeûne et l’abstinence, on en arrive à cette conséquence que les « syriens » sont tenus à des pratiques de pénitence qui leur ont été imposées au xvie siècle pour des motifs d’uniformité et que les latins n’observent plus, telle l’abstinence du samedi. Au premier concile de la province de Vérapoly, les « syriens » ne sont l’objet d’une attention
spéciale que dans le chapitre sur la formation du clergé : étude du syriaque et de la liturgie syro-malabare. Le professeur de syriaque sera choisi et payé par les vicaires apostoliques de Trichur et Kottayam, il habitera chez le curé de Puthempally et ne devra se mêler en rien de l’administration du séminaire. Acta et decreta concilii provinciæ Verapolitanæ primi.., Ernakulam, 1900, p. 61, 65, 71.
Depuis que les syro-malabares ont une hiérarchie propre, leur discipline a été précisée par un certain nombie d’ordonnances épiscopales. Mgr Lavigne en publia un volume en 1891 pour le vicariat apostolique de Kottayam et Mar Matthieu Makil en 1903 pour celui de Changanacherry. Les ordonnances de Mar Louis Pareparambil et de Mar Augustin Kandathil ont été promulguées par insertion au bulletin officiel de l’éparchie, Ernakulam Missam.
Les évêques jacobites ont introduit au Malabar le droit du patriarcat d’Antioche, basé principalement sur le Nomocanon de Barhebræus. Mais certains éléments locaux ont persisté, qui proviennent de l’ancien droit des syriens orientaux ou de la législation imposée par les Portugais avant 1653. Dans les cent dernières années, les tribunaux du Travancore sont intervenus maintes fois dans la vie de la communauté jacobite, et leurs décisions y ont force de loi.
Enfin, depuis Ja réunion de Mar Ivanios, certaines ordonnances ont fixé des détails importants. Toutes ces sources ont été utilisées dans l’exposé méthodique préparé pour la Commission de codification canonique orientale par le P. Placide de Saint-Joseph, Fonti, sér. 11, fase. 9, Fontes juris canonici syro-malankarensium, Cité du Vatican, 1940, 348 pages in-4°.
A ce propos, il importe de relever que les deux partis de l’Église jacobite, patriarchistes et Metran party, ont présenté aux tribunaux du Travancore, depuis 1879, deux textes différents du Nomocanon, qualifiés respectivement dans les textes judiciaires ÆExhibit XV111 et Exhibit A. Ce dernier seul, qui est du Metran party, est conforme aux manuscrits. Les patriarchistes, pour renforcer leur position, en sont venus à déclarer nulles les consécrations d’évêques faites par le patriarche Abdu’1-Masîh après sa déposition par le sultan, et conséquemment les ordinations faites par les évêques du Metran party! On voit par là avec quelle liberté sont traitées les traditions les plus fermes sur le pouvoir d’ordre et la validité des sacrements. Placide de Saint-Joseph, op. cit., p. 67 sq. Les évêques du Metran party ont publié en 1934 un recueil en malayalam, intitulé « Constitution de l’Église syrienne orthodoxe du Malankar »; on en trouvera la traduction latine ibid., p. 321-339.
IX. LirurGIE. — Les « syriens » du Malabar ont pratiqué, jusqu’à l’arrivée des Portugais et un certain temps après, la liturgie des syriens orientaux de Mésopotamie. Il n’en reste malheureusement pas de manuscrits antérieures au Χν siècle et quelques-uns seulement qui appartiennent à ce siècle, ceux apportés à Rome par Mar Joseph : deux manuscrits se complétant pour former un pontifical, copiés en 1556, un recueil d’hymnes pour les féries, un rituel, un livie de l'office férial ou kaskul, un livre de prières pour les moines : Valtic. syr. 45, 46, 62, 65, 85, 88.
Les Portugais ne tolérèrent pas longtemps que les chrétiens indigènes de leur empire des Indes eussent des observances différentes des leurs. Nombreux étaient les points qui les heurtaient : usage du pain fermenté, forme des ornements liturgiques, calendrier des fêtes et des jeûnes, cérémonies des sacrements. Dès avant le milieu du siècle ils entreprirent une vaste réforme latinisante. Déjà Mar Jacques, un des évêques envoyés en 1503, qui aurait dû être ménagé en raison de l’aide très efficace qu’il avait donnée aux Portugais
SYRO-MALABARE (ÉGLISE). LITURGIE
en conseillant à ses ouailles de leur apporter directement leur récolte de poivre, sans passer par les intermédiaires musulmans, avait été contraint, dès 1523, de protester contre des prêtres groupés autour d’Alvarez Penteado, lesquels prétendaient rebaptiser les chrétiens de Saint-Thomas, sous prétexte que la manière de l’évêque n’était pas la bonne. G. Schurhammer, Three letters of Mar Jacob bishop of Malabar, 1503-1550, dans Gregorianum, t. x1V, 1933, p. 76 sq. Penteado avait écrit, dès 1518, qu'il fallait obliger les chrétiens de Saint-Thomas à l’usage de Rome. Zbid., p. 81. La tendance qu’il représentait finit par avoir raison des résistances du vieil évêque; lorsque saint François Xavier le connut en 1549, il pouvait écrire de lui qu’il était «très obéissant aux coutumes de notre sainte Mère l’Église romaine ». Monum. Xaveriana, t. 1, Madrid, 1900, p. 511. Un autre cas typique est celui de Mar Joseph, le frère du martyr Suläqä, retenu avec Mar Élie pendant près de deux ans au couvent des franciscains de Basseïn et contraint de célébrer en latin, col. 3102, puis, à son retour de Rome se résignant à employer les hosties azymes et les ornements liturgiques des latins, col. 3103. Cette adaptation n’alla pas sans résistance de la part des fidèles : écrivant en 1604, François Roz raconte comment une partie de la population de Cranganore s'était enfuie dans les montagnes des Ghats pour échapper à la contrainte des missionnaires latins, qui leur faisaient manger du poisson les jours de jeûne contrairement à leur discipline, leur interdisaient de commencer le carême avant le mercredi des cendres et empêchaient les cassanares de célébrer avec du pain fermenté. G. Schurhammer, 0p. cil., p. 83.
ΤΙ semble bien que Mar Abraham ne se prêta guère aux mesures latinisantes, échappant le plus qu’il put au contrôle de la hiérarchie portugaise, encouragé peut-être aussi par les jésuites de Vaïpicota, qui semblent avoir été plus libéraux en matière de rit, plus compréhensifs, parce qu’ils connaissaient la variété des chrétientés du Proche-Orient et eurent aux Indes à cette époque même au moins un confrère maronite, le vénérable Abraham Georges, col. 3117. Mais l’archevêque d’Angamalé ne put éviter de se rendre à Goa pour le troisième concile provincial, qui s’y tint en 1585, et il dut souscrire aux décisions prises dans la troisième session, tout entière consacrée aux chrétiens de Saint-Thomas. Or, on y décida que les livres liturgiques latins, bréviaire, missel, pontifical, rituel, devraient être traduits en syriaque. Sess. 111, décr. 7, dans Bullarium patronatus, Appendix, t. τ, Lisbonne, 1872, p. 75. Il est probable que les jésuites de Vaïpicota travaillèrent à ces traductions et peut-être fût-ce une des tâches réservées au P. Abraham Georges; il semble en tout cas qu’on commença par le rituel, car la validité des sacrements donnés par les cassanares préoccupait. Au moment du synode de Diamper les usages liturgiques des « syriens » étaient encore à peu près dans leur totalité ceux de l’Église de Babylone, mais la traduction syriaque du rituel romain existait, puisqu’Alexis de Menezes put en remettre une copie à chacun des prêtres désignés pour administrer une paroisse, à la cérémonie de conclusion du synode. Les séminaristes de Vaïpicota avaient préparé les exemplaires nécessaires, col. 3114.
Les prescriptions liturgiques du synode sont nombreuses, et toutes dans un sens latinisant. Les oppositions furent d’ailleurs assez vives et les cassanares sauvèrent tout de même la plus grande partie de leurs prières traaitionnelles, alors que la tendance des membres portugais du synode était de réaliser l’uniformité complète, même dans la langue. Les décisions relatives aux sacrements ont déjà été signalées, col. 3151. Les prières de la sainte liturgie furent épluchées au cours
de la v® session, et pas seulement au point de vue des expressions nestoriennes. Les corrections portèrent sur une vingtaine de passages : suppression des noms de Nestorius, Diodore et Théodore, évidemment; substitution de Mater Dei à Mater Christi; introduction de la commémoraison du pape; changement de plusieurs expressions, par exemple à la fin de la consécration du calice, où les paroles « et ceci est un gage dans les siècles des siècles » furent remplacées par « et ceci est un gage jusqu’à la consommation du siècle », parce que l’eucharistie n’aura plus de raison d’être après la fin du monde. On se préoccupa également de rendre la liturgie syro-malabare aussi semblable que possible à la messe romaine, par exemple en prescrivant des génuflexions à un seul genou, que le rit ne connaissait pas. L’aspersion de l’eau bénite avant la messe fut introduite à la 5655. vint, décr. 17 : formule latine traduite pour la bénédiction de l’eau. Les trois messes de la fête de Noël furent prescrites, décr. 21, comme aussi les cérémonies des cendres, décr. 14, de la Chandeleur et des Rogations, décr. 23. Le calendrier tout entier fut assimilé au calendrier latin. La fête principale de saint Thomas cependant fut laissée au 3 juillet, et la fête de la sueur de sang sur la pierre de Mylapore au 18 décembre. Décr. 9. Voir N. Nilles, Das syro-chaldäische Kirchenjahr der Thomaschristen, dans Zeitschr. für kathol. Theol., t. xx, 1896, p. 726-739; Kalendarium manuale utriusque Ecclesiæ orientalis et occidentalis, t. 11, 2° éd., Inspruck, 1897, p. 647-676.
En même temps que paraissait le récit de la visite réformatrice d’Alexis de Menezes, une traduction latine de la messe corrigée était imprimée, sans pagination (9 fol.), en appendice au texte du synode, Coïmbre, 1606, sous le titre Missa de que usamos antigos christianos de Säo Thome... purgada dos erros, et blasphemias nestorianas.. trasladade de siriaco, ou suriano de verbo ad verbum em lingua latina. Cette traduction servit à Pierre Le Brun pour une comparaison entre la liturgie des chrétiens de Saint-Thomas et celle des nestoriens de Mésopotamie, qui lui était connue par E. Renaudot, Liturgiarum orientalium collectio, t. τι, Paris, 1716. Les textes sont moins différents qu’il ne semblerait au premier examen de leur confrontation sur deux colonnes, parce que Renaudot s’est dispensé de reproduire intégralement plusieurs morceaux et n’a presque rien inséré de la partie du diacre. P. Le Brun, Explication de la messe..…., t. 111, Paris, 1726, p. 468-538 ; reproduit avec notes supplémentaires dans Subsidium ad Bullarium patronatus Portugalliæ, Alappe, 1903, p. 17-50.
On se contenta pendant longtemps au Malabar de missels manuscrits ; mais il en résultait plusieurs inconvénients que le vicaire apostolique Nicolas Szostak fit signaler à la Propagande par le P. Ignace de Saint- Hippolyte, parti pour Rome dans le cours de 1754. Après un volum de Joseph-Simon Assémani terminé le 2 juillet 1757, il fut décidé le 17 juillet par la plénière de la Congregatio super correctione librorum eccle-
siasticorum Ecclesiæ orientalis qu’il serait procédé à |
l'impression désirée et cette décision fut notifiée au vicaire apostolique dans l’instruction du 3 septembre, en le priant d'envoyer un texte conforme à celui fixé à Diamper et une traduction latine. Hierarchia carm.…., dans Anal. ord. carmel. discal., t. xin1, 1938, p. 37. La question fut reprise à la plénière du 1° juin 1766; la plupart des cardinaux auraient voulu que Rome donnât aux chrétiens de Saint-Thomas le même missel qu'aux chaldéens de Mésopotamie, mais on observa que les calendriers différaient, ainsi que les systèmes des péricopes scripturaires. On se résolut donc à envoyer au Malabar un exemplaire du gros volume qui était sur le point de sortir des presses, Missale chal-
SYRO-MALABARE (ÉGLISE). LITURGIE
daicum ex decreto S. C. de propaganda fide editum, Rome, 1767, 614 p. in-4°. Mais il était impossible que ce missel donnât satisfaction aux syro-malabares, car il contenait, dans la partie inférieure des pages, une traduction arabe en caractères syriaques, dont ils n'avaient que faire. On insista donc pour l’impression pure et simple du manuscrit qu'avait porté à Rome le P. Charles de Saint-Conrard. Après quelques hésitations dues à ce que ce manuscrit n’était pas identique à celui présenté par le P. Ignace de Saint-Hippolyte, Subsid. ad Bull. patron. Portugalliæ, p. 56 sq., on aboutit à une conclusion définitive dans la congrégation plénière du 11 mai 1774. L'édition de la liturgie des apôtres parut la même année en un volume in-4° de 60 p., et les leçons empruntées au missel romain, avec quelques cérémonies spéciales à certaines fêtes, traduites du latin, l’année suivante en un volume de 862 p. du même format. Une réimpression fut faite par les soins de la Propagande en 1844, sous le titre Ordo chaldaicus rituum et lectionum juxta morem Ecclesiæ Malabaricæ; la liturgie des apôtres, ou ordo missæ, comprenant 60 p. comme dans l’édition primitive, est habituellement insérée après la p. 440 de la partie propre, avant l'index et les corrections, p. 441-462. D’autres éditions ont été faites aux Indes, dont une à Mannanam en 1928 et quatre à Puthempally de 1904 à 1931; cf. Placide de Saint-Joseph, Rilus et libri liturgici syro-malabarici, Thevara, 1933, p. 58. La liturgie des apôtres est insérée avec une pagination spéciale entre le propre du temps et le propre des saints, p. 1-62 entre les p. 242 et 243 de la pagination générale dans l’édition de Puthempally, 1929.
La liturgie de la messe se célèbre au Malabar avec plus ou moins de solennité; même à la messe basse on doit procéder aux encensements. On distingue aujourd’hui : messe basse ou lecta, messe chantée, messe solennelle, messe très solennelle. Cette dernière est désignée sous le nom de Πάτα, plus exactement Rôâré, qui est le mot syriaque pour désigner les (saints) « Mystères »; c’est la forme traditionnelle, qui s’est conservée telle que le peuple avait l’habitude de la voir les jours de grandes fêtes, avec diacre et sousdiacre, un ou deux prêtres assistants en chape, sans doute à l’origine deux diacres et deux concélébrants. La chape des prêtres assistants pourrait sembler un latinisme; il est plus vraisemblable qu’elle est une survivance, la chape étant celui des ornements latins, qui ressemble le plus à la chasuble orientale ou φελόνιον. Les rubriques pour la célébration des « Mystères » (Πάτα), avec quelques prières spéciales se trouvent dans le missel de Puthempally, 1929, après la liturgie des apôtres, p. 53-58. Le rite complet en a été imprimé à Mannanam en 1925 en un livret de 106 p. in-16; trad. anglaise par André Kalapura, An english version of Rasa or the syriac pontifical highmass, Vérapoly, 1924, 148 p. in-16°, où les p. 131-148 sont occupées par des prières de dévotion.
Mar Louis Pareparambil a publié à Puthempally, en 1912, un volume intitulé Sacrum apostolorum. Ordo missæ syro-chaldæo-malabaricæ cum translatione lalina, où la traduction, qui n’ignore pas celle de 1606, est plus textuelle et plus complète. Les rubriques ont été complétées dans la traduction, en vue de les rendre plus claires, et on a pris soin de noter ce qui diffère à la messe basse et à la messe chantée. L’insuflisance des rubriques traditionnelles, canonisées par l’insertion au missel de 1774, ayant été exposée en 1859 à la Propagande, le P. Cyriaque-Élie Chavara, dûment autorisé, publia à Coonamavu en 1868 un volume intitulé Tukasä, réimprimé à Mannanam en 1926, dont les prescriptions ont été rendues obligatoires l’année suivante dans les quatre éparchies syro-malabares.
Depuis 1896, les évêques chantent la messe en
suivant d’aussi près que possible le cérémonial des évêques latins. Les cérémonies spéciales de la Chandeleur, des cendres, de la bénédiction des palmes ont été traduites du latin. L'office du matin du vendredi saint, avec messe des présanctifiés, est de composition mixte, contenant des éléments orientaux et d’autres traduits du latin. Le samedi saint est demeuré jusqu’à une date très récente jour aliturgique; dans certaines églises cependant on célèbre la même cérémonie que dans les églises latines, suivant une traduction faite par le P. Cyriaque-Élie Chavara, avec l’autorisation de la Propagande. Cette traduction, qui ne figure pas dans le missel de Puthempally, 1929, où l’on trouve cependant les péricopes pour les messes de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et du Christ-Roi, a été imprimée à part à Mannanam, 1933, 50 p.
Le pontifical romain n’a jamais été traduit; depuis 1896 les évêques utilisent le texte latin, soit pour la consécration des saintes huiles, soit pour la collation des ordres. En.administrant le sacrement de confirmation, ils prononcent la forme en malayalam. La S. Congrégation pro Ecclesia orientali a fait préparer récemment une édition du pontifical des syriens orientaux; la guerre en retarde l’impression.
Le rituel, comme il a été ait, a été traduit du latin en syriaque dès avant la fin du xvie siècle. Ce n’est pas d’ailleurs notre rituel qui a été traduit, car il ne fut publié qu’en 1594, mais bien le rituel employé au Portugal, celui de l’archidiocèse de Braga. La première édition fut imprimée à Rome, 1775, en un volume in-4° de 91 p. Une deuxième édition, en un petit in-8° de 196 p., a été publiée à Rome en 1845, sous le titre Ordo chaldaicus ministerii sacramentorum sanclorum quæ perficiuntur a sacerdotibus juxta morem Ecclesiæ malabaricæ. Pour la commodité des prêtres on a distingué dans ces éditions le baptême d’un garçon, celui d’une fille, celui simultané de plusieurs enfants; on trouve ensuite les cérémonies du mariage, la formule de l’absolution, les prières de l’extrêmeonction et de l’assistance aux mourants, avec les psaumes de la pénitence et les litanies des saints, enfin un certain nombre de bénédictions : eau, lieu, cierges, œufs de Pâques, fruits nouveaux, pain, nourriture quelconque, image ou statue, croix nouvelle; réconciliation d’une église polluée. Comme ce rituel ne conlient pas les cérémonies pou, le baptême des adultes, la Propagande les fit traduire et imprimer à part : Ordo baptismi adullorum juxta ritum Ecclesiæ malabaricæ chaldæorum, Rome, 1869, 44 p., petit in-8°. Mais il ne semble pas que ce rite soit en usage, il n’est pas reproduit dans l'édition de Puthempally, 1928. Le rituel syro-malabare présente une particularité dans l’administration du sacrement de mariage : au lieu de bénir l’anneau le prêtre bénit une petite croix d’or, que le nouveau marié passe au cou de son épouse. Le ms. Borgianus latinus 155, qui appartint à la bibliothèque personnelle du cardinal Étienne Borgia, contient la traduction latine du rituel syro-malabare, faite probablement sur l’édition. Jusqu'à une date récente, la bénédiction qui doit se donner après le Paler était donnée par les prêtres syro-malabares immédiatement à la fin du rite sacramentel, en dehors de la messe. Leur rituel ne contient aucune instruction sur le moment où cette formule doit être prononcée.
Le rite des funérailles et les divers offices pour les morts sont réunis dans un volume spécial, imprimé à Mannanam en 1882, 1921 et 1929. D'une façon générale, l’ancienne forme chaldéenne a été conservée, il y a cependant quelques traces d'influence latine, les prières pour la sépulture aes enfants sont traduites du latin.
Le bréviaire des syro-malabares est incomplet, se composant d’un office férial suivant la tradition des
SYRO-MALABARE (ÉGLISE
syriens orientaux et d’offices pour certaines fêtes, dont certains éléments sont empruntés aux livres latins. Le P. Cyriaque-Élie Chavara a travaillé en vue de la rédaction d’un office abrégé, de récitation facile; comme le calendrier du Malabar est tout à fait différent de celui qu’on suit en Mésopotamie, il n’y a pas d’accord entre le bréviaire et la sainte liturgie, où l’adaptation au calendrier latin a été faite par l’adoption pure et simple des péricopes du système romain. Il y a cinq éditions de l’office férial : Coonamavu, 1876 et 1886; Mannanam, 1913 et 1932; Puthempally, 1917.
Le clergé syro-malabare dispose encore de divers manuels, tels le Tulmadâ ou Schola discipulorum ecclesiasticorum, publiée à Puthempally, 1904, par André Kalapura. On y trouve les prières d’un certain nombie de cérémonies spéciales, cendres, rameaux, offices du jeudi et du vendredi saints, ordinaire de la messe, action de grâces, calendrier, épîtres et évangiles de la messe.
Les jacobites suivent, d’une façon générale, le rit d’Antioche. C’est à eux que se réfère, contrairement à ce que le titre pourrait faire croire, l'ouvrage de G.-B. Howard, The christians of St. Thomas and their liturgies comprising the anaphoræ of St. James, St. Peter, the lwelve apostles, Mar Dionysius, Mar Xystus, and Mar Evannis, together with the ordo communis, translated from syriac manuscripts obtained in Travancore, Oxford et Londres, 1864. Sous l'influence protestante, probablement, une partie de la liturgie se célèbre en malayalam. Les jacobites et les syro-malankares emploient dans leurs impressions, comme dans leurs manuscrits, les caractères syriaques occidentaux. L'édition de Pampakuda, 1886, contient les anaphores suivantes : Jacques, Denys bar Salibi, Matthieu, Eustathe, Jules. Celle de Pampakuda, 1931 : Jacques, Denys (bar Salibi), Jean (de Harran, sous le nom du Chrysostome, lwannis), Jean l’évangéliste ( Yuhanan) Matthieu, Eustathe, Jules, Xyste, Pierre, douze apôtres, Abraham, Lazare, Pierre (Callinique), patriarche d’Antioche, Ignace d’Antioche, Marc l’évangéliste, Thomas de Harkel; cf. Anaphoræ syriacæ quotquot in codicibus adhuc repertæ sunt cura Pontificii Instituti studiorum orientalium edilæ et latine versæ, t. τ, fasc. 1, Rome, 1939, p. xzvi. En plus de ces volumes nous avons entre les mains des livrets imprimés à Pampakuda, pour l'office des trois jours du jeûne de Ninive, 50 p., 1933; pour les cinq premiers jours des semaines du grand carême, 106 p., 1932; pour la semaine sainte, 292 p:, 1991.
Le missel syro-malankare imprimé à Pampakuda en 1934 ne contient que deux anaphores, celle de saint Xyste et celle de saint Jacques sous la forme brève. Mar Ivanios a publié en 1937 un manuel de prières en malayalam.
R.-H. Connolly, The work of Menezes on the Malabar lilturgy, dans Journal of theological studies, t. xv, 1914, p. 396-125, 569-589 (avec une note additionnelle par Edmond Bishop, p. 589-593) a minutieusement comparé le texte de la liturgie syro-malabare, d’après la traduction publiée par Gouvea, avec celui de la liturgie dite d'Addaï et Mari, connue d’après le texte imprimé à Ourmiah, les traductions de Renaudot, Badger et Brightman, Eastern lilurgies, Oxford, 1896, p. 252-305. Ayant reconnu l’identité substantielle des deux textes, R.-H. Connolly analyse la nature des corrections et en particulier celles accomplies dans le récit de l'institution; il conclut que les changements imposés par le synode furent à peu près exclusivement dictés par des préoccupations d’ordre théologique; les seuls passages où l’on sente l'influence de la liturgie latine sont le Credo, les paroles de la consécration et une formule récilée par le peuple où ont été insérées quelques paroles empruntées au Te igitur. L'auteur semble avoir ignoré le travail de Le Brun, qu’il ne cite pas.
J.-M. Hanssens, Institutiones Liturgicæ de ritibus Orientalium, t. 11, Rome, 1930, compare les liturgies chaldéenne et
syro-malabare, p. 389-393, et donne quelques détails sur l’histoire de la liturgie syro-malabare, ainsi que sur la préparation de l'édition romaine de 1775, p. 502-506.
Connolly et Hanssens citent, sans l'avoir vu, semble-t-il, l'ouvrage publié à Bruxelles en 1609 par l’augustin J.-B. de Glen, La messe des anciens chrétiens de Saint-Thomas, en l'évêché d'Angamalé, ès Indes orientales, repurgée des erreurs et blasphèmes du nestorianisme, par. Don Alexis de Mene- 565... y prémise une remonstrance catholique aux peuples du Pays-Bas, des fruits et utilités de la précédente histoire et de la messe subséquente, 6 A. et 123 p. La traduction latine de Gouvea est reproduite p. 81-123; le reste du volume est occupé par un écrit de controverse antiprotestante où est produit occasionnellement le témoignage des chrétiens de Saint-Thomas, par exemple sur l’existence chez eux du sacrifice de la messe, du culte des saints, de l’usage des cloches, du signe de la croix, etc.
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE. — I. SOURCES. — Le répertoire bibliographique de R. Streit et J. Dindinger, Bibliotheca missionum, contient de très nombreuses indications sur les missions du Malabar et les chrétiens de Saint-Thomas; on trouvera dans le t. 1, Munster, 1916, Grundlegender und allgemeiner Teil, puis dans le t. rv, Aix-la-Chapelle, 1928, les données relatives aux récits de voyage des xXIII®xv* siècles, p. 1-101; celles relatives à l’histoire des Indes portugaises au xvi* siècle, p. 104-307; au xvr° siècle, t. v, 1929, p. 1-236; au xvrrie siècle, t. vi, 1931, p. 1-238; au x1ix® siècle, t. virt, 1934, p. 1-902; les documents manuscrits et les ouvrages imprimés sont dans un ordre purement chronologique, sous la subdivision Indien ou Indien und Indonesien; le principal mot-clef à la table est Thomaschrisien pour les premiers volumes, Syromalabaren à partir du t. vi. L'ouvrage de G. Schurhammer, Die zeitgenôssischen Quellen zur Geschichte Portugiesisch-Asiens… zur Zeit des hl. Franz Xaver (1538-1552), dans Verôffentlichungen der katholischen Universität Jôchi Daigaku Tôkyô, Xaveriusreihe, t.1, Leipzig, 1932, mot-clef à la table Syro-Malabaren, montre pour une période très restreinte, de quatorze ans seulement, combien il y aurait encore à trouver dans les archives.
Le principal recueil de documents officiels sur les chrétientés du Malabar est le Bullarium patronatus Portugalliæ regum.…., 2 vol., Lisbonne, 1868 et 1870, avec 3 vol. d’Appendix, Lisbonne, 1872-1879, et un Subsidium ad Bullarium patronatus Portugalliæ, Allappe (près Cochin), 1903; analyse du Subsidiun dans Streit-Dindinger, op. cit., t. vu, n. 2058, p. 608; le mot-clef dans les tables du Bullarium est Bispado de Angamale. Les documents émanant de la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide se trouvent dans Bullarium pontificium 5. Congregationis de Propaganda Fide, t. 1-v, Rome, 1839-1841; Index analyticus Bullarii…, Rome, 1858, Appendir ad Bullarium.., 2 vol., Rome, 5. d.; R. De Martinis, Jus pontificium de Propaganda Fide, 7 vol., Rome, 1888-1897; Collectanea S. Congregationis de Propaganda Fide, 2 vol., Rome, 1907. Les documents de ces ouvrages relatifs à l’histoire des chaldéens de Mésopotamie et des syro-malabares ont été en grande partie reproduits, avec quelques autres, dans 5. Giamil, Genuinæ relationes inter Sedem apostolicam et Assyriorum seu Chaldæorum Ecclesian.…, Rome, 1902, tirage à part de Bessarione, 1898- 1903; l’ouvrage, qui contient 160 documents est analysé dans Streit-Dindinger, op. cit., t. vit, n. 1833, 2008, 2009, Ρ. 548, 593-596.
Le P. Ambroise de Sainte-Thérèse a commencé la publication d’une Biobibliographia missionaria ordinis carmelitarum discalceatorum (1584-1940), dans Analecta ordinis carmelitarum discalceatorum. Le premier titre se rapportant à la mission du Malabar se trouve au t. x1v, 1939, p. 339 (an. 1656). Les documents manuscrits sont pris en considération aussi bien que les ouvrages imprimés.
II. TRAVAUX. — On a beaucoup écrit sur les missions catholiques et protestantes au Malabar et les chrétiens de Saint-Thomas, mais un grand nombre de publications faites au Portugal ou aux Indes sont peu accessibles, On peut s'attendre à trouver quelque chose dans tous les ouvrages, qui traitent de l’histoire des Indes portugaises, de l’occupation hollandaise, de l’Inde anglaise, des missions des jésuites et des carmes, de celles des augustins, des franciscains, des dominicains. Mais il convient d'observer que beaucoup d’ouvrages ont été écrits avec parti pris, plaidant en faveur de la méthode portugaise ou la dénigrant outre mesure.
Comme exposés généraux de l’histoire dessyro-malabares on peut citer : M, Geddes, The history of the Church of Malabar (1501-1599)... giving an account of the persecutions and
SYRO-MALABARE (ÉGLISE) — SYRIGOS (MÉLÈCE)
violent methods of the roman prelats (sic) Lo reduce them to the Church of Rome together with the synod of Diamper, Londres, 1694; M.-\W. La Croze, Ilistoire du christianisme des Indes, La Haye, 1724 (ci-dessus, col. 3116); J.-F. Raulin, Historia Ecclesiæ malabaricæ cum Diamperitana synodo.…, Rome, 1745; T. Yeates, Indian Church history, Londres, 1818; C. Swanston, À memoir of the primitive Church of Malayala, or of the syrian christians of the apostle Thomas, from its first rise Lo the present time..., dans Journal of the royal asiatic Society, t. 1, 1834, Ὁ. 171-192; τ. 11, 1835, p. 50-62, 234-247; J. Hough, The history of christianity in India from the commencement of the christian era, 2 vol., Londres, 1839; M.Müllbauer, Geschichte der katholischen Mission in Indien von der Zeit Vasco da Gama’s bis zur Mitte des achtzehnten Jahrhunderts, Fribourg-en-B., 1852; J.-A. Lobley, The Church and the Churches in Southern India : a review of the portuguese missions to that part of the world in the sixteenth century with special reference to the syrian christians and to modern missionary efjorts in the same quarter, Cambridge, 1870; W. Germann, Die Kirche der Thomaschristen. Ein Beitrag zur Geschichte der orientalischen Kirchen, Gütersloh, 1877; G. Milne Rae, The Syrian Church in India, Édimbourg, 1892; G. T. Mackenzie, Christianity in Travancore, Trivandrum, 1901; Nagam Ayya, The Travancore State manual, Trivandrum, 1906; Bernard de Saint-Thomas. Les chrétiens de Saint-Thomas (en malayalam), 2 vol., Palai, 1916, et Mannanam, 1921; À brief sketch of the history of the St. Thomas chrislians, Trichinopoly, 1924; J.-C. Panjikaran, Christianity in Malabar with special reference to the St. Thomas christiuns of the syro-malabar rite, dans Orientalia christiana, t. vi, n. 23, Rome, 1926, p. 93-136; T.-K. Joseph, Malabar christians and their ancient documents, Trivandrum, 1929; le P. Placide de Saint-Joseph a donné un bon résumé de l’histoire de la chrétienté du Malabar dans 5. Congregatio pro Ecclesia orientali, Codificazione canonica orientale, Fonti, sér. II, fasc. 8, De fontibus juris ecclesiastici syromalankarensium commentarius historico-canonicus, Cité du Vatican, 1937, p. 132, in-4°,
D. Ferroli, S. J., The jesuits in Malabar, t. 1, Bangalore city, 1939, xvi, 519 p., contient, après un exposé assez complet de l’histoire des syro-malabares avant l’arrivée des Portugais, p. 57-85, plusieurs chapitres, qui ont été composés en utilisant des sources nouvelles, empruntées aux archives locales de la Compagnie, principalement sur le synode de Diamper et ses préliminaires, p. 143-211, et sur les deux premiers évêques jésuites, Roz et Brito, p. 291-372.
On peut ajouter quelques monographies de moindre importance : R. Janin, L'Église syrienne du Malabar, dans Échos d'Orient, t. xvr, 1913, p. 526-535; t. xvui, 1914, p. 43-53; Les Églises orientales et les rites orientaux, Paris, 1922, p. 582-603; A. Fortescue, The lesser Eastern Churches, p. 353-379; Mar I[vanios, À new branch of the Tree of life : the syro-malankara Church, dans The Eastern branches of the catholic Church, New-York et Toronto, 1938, p. 27-35; quelques indications à prendre dans A. Battandier, Annuaire pontifical catholique : rite et calendrier syromalabares, 5° année, 1902, p. 19-22, 25-28; Les Églises syriennes du Malabar, 22° année, 1929, p. 497-513; G.-B, Howard a publié en 1869, Oxford et Londres, un curieux opuscule du chorévêque jacobite Edevalikel Philippos, The syrian christians of Malabar otherwise called the christians of St. Thomas, sous forme de questions et réponses, sur la foi des jacobites, leurs sacrements, leur discipline, leur canon biblique, l’histoire de la chrélienté du Malabar, l’auteur étant opposé au parti de Mar Abraham Matthieu.
E. card. TISSERANT.
SYRIGOS mMéilèce, théologien grec du xvure siècle (1586-1664). I. Vie. II. Écrits et doctrine.
I. VIE. — Marc Syrigos, qui prit le nom de Mélèce lorsqu'il embrassa la vie monastique, naquit à Candie sur la fin de 1585 ou au début de 1586, d’une famille qui avait été catholique et latine pendant longtemps, mais avait cessé de l’être dans la seconde moitié du xvie siècle. Le jeune Marc fit ses premières études dans sa ville natale, où il eut pour maître Mélétios Vlastos; puis il alla à Venise, ensuite se dirigea sur Padoue pour y prendre des leçons de rhétorique, de mathématiques et de physique. Il se destinait dès lors à la médecine, mais la mort inopinée de ses parents le
força à rentrer en Crète, puis à chercher le vivre et le couvert dans un monastère. C’est alors qu'il prit le nom de Mélétios. Son instruction le désigna bientôt comme candidat au sacerdoce, il fut ordonné à Cythère par un évêque grec dissident.
De retour à Candie, le nouveau hiéromoine se signala par son talent oratoire et aussi par son zèle contre le catholicisme. Les autorités vénitiennes s’émurent de ses attaques et l’on profita de la première occasion pour expulser le prédicateur, qui se retira d’abord au couvent d’Angaratho, puis à celui de Kali Liménès, Καλοὶ Λιμένες, dont il fut higoumène. Là encore, il afficha bien haut son anticatholicisme. Cela suffit à le faire passer pour un ennemi déclaré de la Sérénissime République et la peine de mort fut portée contre lui. On lui laissa d’ailleurs tout le temps de s’évader sur un bateau en partance pour Alexandrie. C’était vraisemblablement en 1626.
Après quelque quatre ans de séjour en Égypte, il fut appelé à Constantinople par Cyrille Lucaris, qui en était alors à son quatrième patriarcat constantinopolitain et poursuivait sans répit son projet d’introduire le calvinisme dans l’Église grecque. Déjà avait paru sous son nom à Genève, en 1629, sa fameuse Confession de foi. Cependant, il lui fallait dissimuler ses véritables intentions, car les jésuites établis à Galata, aidés par les ambassadeurs de France et d’Autriche, mettaient tout en œuvre pour amener sur le siège patriarcal un prélat favorable aux doctrines catholiques. Cyrille crut trouver en la personne du hiéromoine Crétois, l’homme qu'il lui fallait. Aussi l’installa-t-il d'emblée à Galata, face aux jésuites, dans l’église de la Chrysopégé. C’est là que, dès l’automne de 1630, Mélèce commença la série de ses homélies dominicales, qui devaient embrasser tout le cycle liturgique. En même temps, le patriarche lui donnait le titre officiel de « didascale de la Grande Église ».
En 1632, Mélèce s’absente une première fois de Galata pour se rendre en Moldo-Valachie, chargé par Cyrille d’une mission secrète, qui consistait peut-être à surveiller les menées de la propagande catholique en cette région. Celui qui devait bientôt réfuter longuement le patriarche calvinisant parut alors se prêter à des agissements assez louches en faveur de l’hérésie. Après un an passé en Moldo-Valachie, il revint à Péra, où, tout en continuant ses prédications, il ouvrit une école de langues et de sciences. Dès 1635, sur l’invitation du hospodar Basile le Loup, il retourna en Moldo-Valachie, où il s’occupa de traduire en grec vulgaire l’œuvre polémique de Jean Cantacuzène contre l’Islam. Nous le retrouvons à Galata, au carême de 1637, où il reprend ses prédications et ses leçons. Le 29 juin 1638, en la fête des saints apôtres, il prend la parole devant le nouveau patriarche Cyrille II Contaris, successeur de Cyrille Lucaris, que les Turcs venaient d’étrangler et de jeter à la mer. Cyrille II avait été le grand adversaire de Lucaris, comme Syrigos en avait été l’ami. Maintenant Syrigos oubliait le passé et se rangeait du côté des anticalvinistes. Dès cette année 1638, il commençait son grand ouvrage contre la Confession de Cyrille Lucas. Ses sentiments anticalvinistes eurent l’occasion de se manifester publiquement l’année suivante. Lé jour de l’intronisation du nouveau patriarche Parthénios Ier, successeur de Cyrille Contaris (1639-1644), Théophile Korydaleus, tout dévoué au calvinisme, profita de la circonstance pour entamer l’éloge de Cyrille Lucaris, présenter sa Confession comme l’expression de la foi orthodoxe et nier expressément la présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie. Grand fut le scandale parmi les auditeurs. Parthénios Ier, qui ne partageait nullement les idées de Lucaris, voulut obtenir de Korydaleus une rétractation publique de ses erreurs. N’ayant pu
SYRIGOS (MÉLÈCE)
y réussir, il chargea Mélèce Syrigos de prononcer en son nom contre l’hérétique un discours retentissant. C’est ce que fit celui-ci le 27 octobre. Il réussit si bien que les auditeurs voulurent faire un mauvais parti au disciple de Calvin. Syrigos avait donc pris position contre les calvinisants de Constantinople. Cela devait lui valoir dans la suite bien des désagréments. Déjà, après le discours contre Korydaleus il crut bon de quitter Constantinople pour Moudania, où il paraît avoir passé l’année 1641. Nous le retrouvons à Galata en 1642. Cette année-là même, il fut chargé par Parthénios Ier d’une importante mission en Moldo-Valachie. Répondant à la demande du métropolite de Kiev, Pierre Moghila, le patriarche œcuménique décida d’envoyer à Iassy, en Moldo-Valachie, deux délégués officiels pour examiner un catéchisme composé en latin par Moghila lui-même dans le but de codifier la doctrine orthodoxe tant contre les protestants que contre les latins, mais surtout contre les premiers. Pour cette mission de confiance, il fit choix de Mélèce Syrigos. De leur côté, les Kiéviens envoyèrent trois délégués, porteurs du fameux catéchisme, à savoir Isaïe Trofimovitch Kozlovskii, higoumène du monastère Saint-Nicolas de Kiev, le prédicateur Ignace Oksénovitch Starusitch et le recteur du collège de Kiev, Joseph Kononovitch. Cela faisait en tout cinq personnes avec le compagnon de Mélèce. C'était peu pour constituer ce qu’on ἃ appelé le concile de Iassy, qui ne fut en réalité qu’une série d’entretiens entre théologiens. L’entente sur le terrain doctrinal fut loin d’être parfaite entre eux. Deux questions surtout les divisèrent : celle du purgatoire et celle de l’épiclèse. Ils ne purent, du reste, prendre aucune décision définitive. Il fut seulement convenu que le catéchisme de Moghila, traduit en grec, serait envoyé à Constantinople pour être soumis à l’approbation du patriarche, et ce fut Mélèce Syrigos qui fut chargé de la traduction. Le travail était terminé à la fin d'octobre, lorsque prirent fin les conférences. Sur le sort ultérieur du catéchisme de Moghila, devenu La confession de foi de l Église orientale orthodoxe, voir l’article MocaiLA, La confession de Pierre, t. x, col. 2070-2081.
De Iassy Syrigos paraît s'être rendu directement en Petite-Russie, où il passa toute l’année 1643. Il visita Kiev et plusieurs autres villes. Des entretiens directs avec Pierre Moghila durent parachever les conférences de Iassy, sans aboutir du reste à une entente sur les points controversés : les Kiéviens maintinrent leur doctrine sur la forme de l’eucharistie et les corrections de fond introduites par Syrigos dans le catéchisme de Pierre Moghila n’eurent point leur agrément.
Revenu à Galata au début de 1644, Syrigos vit bientôt sa situation compromise du fait de l’accession au patriarcat de Parthénios II, dit le Jeune (1644-1646), tout dévoué aux amis de Lucaris et au parti calvinisant. Il dut partir en exil le 1e juin 1645 et se retira d’abord à Iassy, puis, après une tentative de rentrée furtive dans la capitale, à Kios (Ghemlek), sur le golfe d’Ismidt. Il y resta jusqu’à la déposition de Parthénios II (11 novembre 1646). Le 21 mars 1647, il préchait devant le nouveau patriarche Joannice II (1646- 1648). Mais, au retour de Parthénios II sur le trône patriarcal (28 septembre 1648), il dut reprendre le chemin de l’exil. C’est en vain qu’il essaya, en 1649, de rentrer en cachette à Constantinople. Découvert, il dut repartir à Kios. Ce troisième exil cessa à la mort de Parthénios II (16 mai 1650). Rentré dans la capitale, il put y passer dans la tranquillité les quatorze années qu'il lui restait encore à vivre sous les nombreux successeurs de Parthénios II — ils ne furent pas moins de douze — occupé à prêcher et à écrire. Au printemps, de 1653, il quitta Galata pour l’église de la Vierge de