SECRET
Toutefois, il n’y a aucun péché s’il y a une cause proportionnée pour se permettre cette lecture ou si l'expéditeur y consent expressément ou d’une manière tacite, ce qu’il ne faut pas présumer trop facilement, ou même si le destinataire juge prudemment qu’il n’y a pas d’inconvénient. Il serait également permis, au moins d’après certains auteurs, d'ouvrir et de lire une lettre, si l’on craint sérieusement que le secret qu’elle contient risque de compromettre le bien commun ou l'intérêt personnel du lecteur ou celui d’un tiers. Quelle que soit la valeur de ce principe, Vermeersch, loc. cit., t. 11, n. 700, il est avéré qu’il risque d’ouvrir la porte à bien des abus et qu'il ne doit être autorisé qu'avec la plus grande prudence et lorsqu'il y ἃ une grande probabilité.
Il est permis aux parents et à ceux qui tiennent légalement leur place de lire les lettres qu’envoient ou que reçoivent leurs enfants. Les constitutions religieuses reconnaissent aussi en général ce droit aux supérieurs : ceux-ci devront donc s’y référer et ne pas abuser des pouvoirs que la règle leur donne ni les outrepasser. Dans ce cas il est normalement supposé que les inférieurs, en acceptant la règle, donnent implicitement à leurs supérieurs le droit de lire leur correspondance. Cependant quand une lettre traite d’affaires de conscience, ni les parents, ni les supérieurs ne sont autorisés à la lire sans la permission de celui qui l’a écrite, mais ils peuvent la déchirer, si la règle le leur permet.
Sur ce point il y a parfois bien des abus, car la curiosité semble primer sur la règle et même sur la loi naturelle. Les supérieurs sont tenus au secret naturel par rapport à tout ce qu’ils ont appris par la lecture de la correspondance de leurs sujets. À moins que ces derniers n’y consentent ou soient raisonnablement présumés le faire, ils n’ont le droit d'utiliser les connaissances ainsi acquises que pour la fin pour laquelle la règle les autorise à surveiller le courrier. Par ailleurs, ainsi que l’aflirme le canon 611 du Code de droit canonique, tous les religieux, hommes ou femmes, ont le droit d'écrire, sans que leur correspondance puisse être lue, au Saint-Siège et à son légat dans le pays où ils se trouvent, au cardinal protecteur, à leurs supérieurs majeurs, au supérieur de leur maison s’il est absent, à l’Ordinaire du lieu duquel ils relèvent et, s’il s’agit de moniales qui sont soumises à la juridiction de réguliers, même aux supérieurs majeurs de l’ordre. De même les religieux peuvent recevoir de tous ceux-ci de la correspondance sans qu’elle soit contrôlée par qui que ce soit.
Le mari, de soi, n’a pas le droit de surveiller la correspondance de son épouse, car celle-ci, bien qu’elle lui soit soumise, est cependant son associée. Pratiquement il faut tenir compte des coutumes en usage. L’intimité de la vie des conjoints semble indiquer qu’il vaut mieux qu'ils puissent lire mutuellement leur courrier.
Les lettres qui ont été jetées par celui qui les a reçues, ou qui ont été abandonnées volontairement par lui en un lieu public, sur un bureau commun ou sur une table, peuvent être lues par la personne qui les trouve sans que cette dernière commette de faute contre la justice, car il est présumé que le détenteur de la correspondance a renoncé à tous ses droits; il n’en serait pas de même si les lettres avaient été oubliées par mégarde en un lieu public. Mais comment celui qui les trouve peut-il le deviner? Aussi ne peut-il être commis en l’occurrence qu’une faute légère d’indiscrétion. Celui qui, après l'avoir déchirée en petits morceaux, jette une lettre, a-t-il perdu sur elle tous ses droits? Autrement dit, une tierce personne est-elle autorisée à ramasser les morceaux et à reconstituer le document sans faire de péché grave contre la justice? Quelques moralistes pensent qu'il n'y aurait que faute
SÉDULIUS 1764 vénielle de curiosité, car, arguent-ils, celui qui fait la trouvaille peut supposer que le possesseur de la lettre l’aurait brûlée, s’il avait craint la violation d’un secret. Bien plus, disent même certains, celui qui rassemble les débris ne commet aucune faute, si, ce faisant, il espère s’assurer quelque utilité. Cette opinion n’est cependant pas admise par la majeure partie des moralistes, car ceux-ci estiment qu’en déchirant sa correspondance en petits morceaux, le propriétaire de la lettre a montré avec assez d’évidence qu’il ne voulait pas qu’elle fût lue par autrui et donc qu’il ne renonçait à aucun de ses droits. S. Alphonse, op. cit., 1. II, n. 70; ΤΣ ΠΡΟ ἐν: n:170:
Tous les manuels de théologie morale traitent la question du secret. Nous nous contentons donc d'indiquer seulement quelques auteurs : Lessius, De justilia et jure ceterisque virtutibus cardinalibus, 1. 11, Anvers, 1632, c. 11, ἢ. 51-62; Elbel-Bierbaum, Theologia moralis decalogalis et sacramenlalis, IIIe part., Paderborn, 1894, n. 387-392; S. Alphonse, Theologia moralis, 1. 111, tr. VI, n. 970-972; 1. V, n. 70; Carrière, Prælectiones theologiæ majores de justitia et jure, de contractibus, Paris, 1839-1844, n. 964-976; Lehmkulh, Theologia moralis, Fribourg-en-B., 1910, n. 1441-1445; Noldin, Summa theologiæ moralis, Inspruck, 1926, n. 666- 672; Prümmer, Manuale theologiæ moralis, Fribourg-en-B., 1923, n. 175-181; Genicot-Salsmans, Theologiæ moralis inslitutiones, t. 1, Bruxelles, 1927, p. 430-433; Marion, Leçons de morale, 11° édit., Paris, 1901; Tiberghien, La nature du secret professionnel, dans Chronique sociale, mai 1930; Ami du clergé, 1929, p. 51-58; Tanquerey, Synopsis theologiæ moralis οἱ pastoralis, Je édit., Paris, t.111,1931,p.385-398; Vermeersch, Theologiæ moralis principia, responsa, consilia, t. τι, De virltulum exercitatione, Bruges, 1928, n. 697-702; Wouters, Manuale theologiæ moralis, t. 1, nm. 1087-1091, Bruges, 1932.
N. IunG.
SÉCUNDINUS, manichéen de Rome au début du vesiècle. — Il ne nous est connu que par une lettre qu’il adressa à saint Augustin vers 405 et qui mérita de celui-ci une réfutation, Contra Secundinum manichæum, P. L.,t. xLI1, col. 571-602. Sécundinus n’était dans la secte qu’un auditeur et il n'avait jamais vu saint Augustin; mais il avait lu plusieurs de ses traités contre le manichéisme, et cela avait suffi pour l’engager à lui écrire. Dans sa lettre, il reproche à l’évêque d'Hippone d’avoir tourné le dos à la lumière pour passer dans le royaume des ténèbres. Il lui déclare même qu’il n’a jamais bien connu le manichéisme et lui propose, s’il le veut, une conférence contradictoire. Au reste, il fait figure d’un esprit étroit et passablement embarrassé, car tantôt il fait confiance à la raison pour discuter les objections, et tantôt il déclare que la vérité reste mystérieuse. Saint Augustin, qui nous a conservé la lettre de Sécundinus, n’a aucun mal à la réfuter et à remettre son adversaire à sa place.
P. Alfaric, L'évolution intellectuelle de saint Augustin, ἴ. τς Paris, 1918, p. 88-89, 215-216.
G. BarDy.
1. SÉDULIUS, poète chrélien du ve siècle. — Nous ne savons pas grand’chose de la vie de Sédulius, Une notice, jointe aux œuvres du poète dans des manuscrits anciens, nous apprend que celui-ci commença par étudier la philosophie en Italie; puis que, sur le conseil de son ami Macédonius, il devint professeur de métrique et qu’enfin il publia ses écrits en Achaïe, sous les règnes de Théodose le Jeune (408-450) et de Valentinien III (425-455), c'est-à-dire entre 425 et 450, Ces renseignements ne sont pas invraisemblables. Peut-on dire davantage? Le De viris illustribus de Gennade ne parle pas du poète, soit que Gennade l'ait ignoré, soit que la notice qu'il lui aurait consacrée ait disparu. Nous ne saurions guère douter cependant de l’époque à laquelle vécut Sédulius : il est sûrement antérieur au décret du pseudo-Gélase, De libris recipiendis, puisqu'il y est nommé d’une manière élogieuse: et son œuvre
poétique, trouvée dans ses papiers, a été recueillie et mise en ordre par Tuscius Rufus Astérius, le même qui fit une recension de Virgile et qui fut consul ordinaire en 494.
Sédulius ne parle pas de lui-même dans ses écrits ;tout au plus nous dit-il, dans la dédicace du Paschale carmen que, tandis qu’il usait infructueusement son temps aux studia sæcularia, la miséricorde divine l’a touché et qu'elle l’a décidé à composer quelque ouvrage capable d’affermir ses lecteurs dans le bien après les avoir attirés par le miel de la poésie. Comme d’autre part cet écrit ne fait aucune allusion au nestorianisme, mais combat le sabellianisme et l’arianisme (τ, 299 sq.), on peut admettre que sa rédaction est antérieure à 431. Isidore de Séville, De vir. illustr., XX, assure que Sédulius était prêtre, des auteurs postérieurs en font un évêque. .
Sédulius doit le meilleur de sa réputation à un poème, le Paschale carmen, qui raconte, en vers hexamètres, les miracles du Christ. Après une préface en trois distiques, qui invite les lecteurs à prendre part au festin pascal, le 1. I (352 vers) rappelle quelques miracles de l'Ancien Testament depuis Hénoch enlevé au ciel, jusqu'à Daniel préservé de la gueule des lions; le I. IT (300 vers), après avoir rappelé la chute originelle et la promesse de la rédemption, passe rapidement sur l’enfance du Sauveur, puis raconte le baptême du Christ, la tentation, la vocation des apôtres et commente l’oraison dominicale ; le 1. III (339 vers) commence par les noces de Cana et se termine sur la question des apôtres relative au plus grand dans le royaume des cieux; le 1. IV (308 vers) va de la guérison des deux aveugles jusqu’à l’entrée à Jérusalem; le 1. V (438 vers) raconte la passion.
Sédulius ne prétend pas reprendre le récit de l’histoire évangélique: il se borne aux miracles; mais il veut expliqder ces miracles et ne se contente pas de les raconter. Son exégèse est allégorique et s'inspire de celle de saint Ambroise et de saint Augustin. Le récit suit ordinairement l’ordre de saint Matthieu, les autres évangiles intervenant pour fournir les compléments nécessaires. À peine est-il besoin d’ajouter que les exigences de la métrique, tout autant que le tempérament du poète, veulent beaucoup de paraphrases, de développements inutiles, de figures de rhétorique et transforment du tout au tout la simplicité du récit évangélique.
Macédonius, le dédicataire du Carmen, s’en plaignit au poète: il réclama aussi contre les suppressions arbitraires que celui-ci s’était cru obligé de faire aux récits évangéliques. Pour lui plaire, Sédulius s’astreignit à refaire en prose son ouvrage; il donna à ce nouveau travail le titre de Paschale opus. L’Opus en prose contient ainsi des développements nouveaux. Mais il est curieux de constater que les vers de Sedulius sont beaucoup plus simples et plus faciles à comprendre que sa prose. Cette infériorité de l’Opus paschale ne vient pas seulement de la difficulté qu’a pu éprouver l’auteur à découvrir des mots nouveaux pour dire des mêmes choses; elle tient surtout à son goût pour la périphrase, à son amour des termes énigmatiques et compliqués pour exprimer les réalités les plus courantes, à sa recherche des clausules. Poète, Sédulius imitait Virgile, même de façon inconsciente, et les lois de la métrique l’ob'igeaient à une certaine réserve; prosateur, il tombe trop souvent dans le mauvais goût.
Le poème eut d’ailleurs beaucoup plus de succès que l’ouvrage en prose. Nous avons déjà signalé qu’Astérius, le consul de 494, en donna une réédition, et que le décret de Gélase en fait grand éloge. Pendant tout le Moyen Age, le Carmen resta l’un des modèles des poètes chrétiens et quelques-uns de ses vers sont entrés dans la liturgie : Salve, sancla parens, enixa puerpera
SÉDULIUS — SÉDULIUS SCOTTUS
regem, qui cælum lerramque lenet, per sæcula... gaudia matris habens cum virginitalis honore, nec primam similem visa es, nec habere sequentem; sola sine exemplo placuisti femina Christo.
Nous possédons encore deux hymnes de Sédulius en l'honneur du Christ; la première composée de cinquante-cinq distiques, chante les louanges du Sauveur, et s'attache à mettre en parallèle la promesse de l’Ancien Testament et sa réalisation dans le Nouveau; les premiers mots de chaque hexamètre étant répétés à la fin de chaque pentamètre, de la manière suivante :
Unius ob meritum cuncti periere minores Salvantur cuncti unius ob meritum.
Sola fuit mulier, patuit qua janua leto Et qua vita redit, sola fuit mulier (Vers 5-8.)
Il y a là une sorte de tour de force, sans autre mérite que celui du mauvais goût.
L'autre hymne vaut mieux : elle est abécédaire et comprend 23 strophes de quatre vers qui sont des dimètres ïambiques. Elle raconte la vie du Christ depuis son incarnation jusqu’à l'ascension. Cette hymne est rapidement devenue populaire; deux de ses fragments ont mérité d’entrer dans la liturgie : À solis orlus cardine pour l'office de Noël, Crudelis Herodes Deum (Hostis Herodes impie) pour l’office del’Épiphanie,non sans avoir été retouchés par les puristes du xvrsiècle.
Les œuvres de Sédulius ont pris place dans P. L., t. XIX, qui reproduit l’édition de F. Arevalo, Rome, 1794. Une édition meilleure est celle de J. Huemer, dans le Corpus de Vienne, 1885.
J. Huemer, De Sedulii poetæ vita et scriptis commentalio, Vienne, 1878; Th. Mayr, Studien zu dem Paschale carmen des christlichen Dichters Sedulius, Augsbourg, 1916; ὦ. Weymann, Vermischte Bemerkungen zu lateinischen Dichtungen, dans Münchener Museum für Philologie, t. 111, 1917, p. 183- 189; J. Candel, De clausulis a Sedulio in eis lLibris qui inscribuntur Paschale opus adhibitis, Toulouse, 1904.
L G. BARDY.
3. SÉDULIUS SCOTTUS, ou SÉDULIUS LE JEUNE, qu’il ne faut pas confondre avec le poète Sédulius (ci-dessus), ni avec Sédulius, évêque «en Bretagne » au vire siècle, — Moine, né en Irlande au début du 1xe siècle, sans doute chassé de son pays par les invasions normandes, il s'établit à Liége vers 848. Pendant une dizaine d’années, il y jouit de la faveur des évêques et des princes, en particulier de Lothaire Ier, qui vraisemblablement lui confia l’éducation de ses fils Lothaire et Charles. On perd sa trace en 858. Expert en l’art de la grammaire, rimeur de cour adroit et fécond, érudit en lettres patristiques et profanes, il apparaît comme le chef de l’école liégeoise. Outre ses vers, assez variés : élégiaques, épiques, voire parodiques et parfois quelque peu bachiques, il a composé : un Collectaneum remarquable par le nombre d’auteurs cités, quelques-uns peu connus à l’époque, mais qui ne brille guère par le souci du contexte; deux Commentaires, l’un sur le grammairien Eutychès, l’autre sur Priscien ; une traduction latine du psautier grec, et quelques œuvres « grammaticales » d'attribution contestée. Il ne mériterait guère place ici, s’il n’avait laissé plusieurs ouvrages d’exégèse biblique et un traité parénétique politico-religieux :
Colleclanea in omnes B. Pauli epistolas, Collectanea in Matthæum, Liber de «ctibus prophetarum, Explanatiuncula de breviariorum et capitulorum canonumque differentia, Explanatio in præfationem 5. Hieronymi ad Evangelia, Liber de rectoribus christianis. Ces écrits ne sont que des compilations peu originales, mais ils offrent quelque intérêt pour l’étude de la culture ou de l’histoire du 1x£ siècle. Le Liber de recloribus, adressé, d’après Helmann, à Lothaire ΠῚ entre 855 et 859, mais plus probablement à Charles le Chauve, selon d’Achery Ebert, Levillain, etc... est, quant à la forme, imité du
De consolatione de Boèce. Il comprend une préface en vers, avec 20 chapitres qui se terminent tous, à l’exception du dernier, par une poésie récapitulative. Quant au fond, il a beaucoup de ressemblance avec le De via regia de Smaragde et le De institulione regia de Jonas d'Orléans, qui lui sont antérieurs et dont cependant il ne fait pas mention. Sédulius estime que l’art de gouverner est l’une des choses les plus difficiles, mais il est loin de formuler une technique politique. Il reprend les thèmes les plus ressassés de la littérature « théocratique » du début du 1x® siècle, d’une manière plus diffuse et avec plus de préoccupations littéraires que Smaragde et Jonas. Note légèrement plus appuyée sur l'obligation qu’a le roi de consulter tous ses conseillers et de ne rien faire seul : nous ne sommes plus au temps de Charlemagne, et le courant du droit germanique semble un peu plus affirmé. Mais tout cela reste dans le vague d’une exhortation. Hinemar apportera plus de netteté et de science juridique.
TEXTES. — Œuvre poétique, dans Traube, Mon. Germ. hist., Poetæ latini ævi carol., t. 111, 1886, p. 154-248; P. L., τ, ΟΠ, donne Coll. in omn. B. Pauli, col. 9 sq.; Explan. de brev.etcapit., col.271 sq.; Liber de rector. christ., col. 291 sq.; Expl. in præf. S. Hier. ad Ev., col. 331 sq. Autres éd. indiquées dans Ceillier, loc. cit.infr. Le meilleur texte du Liber de rect. chr. est celui de Hellmann. Les autres ouvrages sont demeurés manuscrits.
Norices.—Ceillier, Hist. génér. des auteurs sacrés etecclés., 2° éd., t. x11, Paris, 1862, p. 357-361; Pirenne, Sédulius de Liége, Bruxelles, 1882, dans Mémoires de l’acad. royale de Belgique, t. XXXI1, coll. in-8°; Hellmann, Sedulius Scottus, dans les Quellen und Untersuchungen zur lateinischen Philologie des Mittelalters, publiées par Traube, t. 1, fase. 1, Munich, 1906; Manitius, Geschichte der lateinischen Literatur des Mittelalters, τ. τ, Munich, 1911, p. 315-323; M.-L.-W. Laistner, Thought and letters in western Europe À. D. 500 10 900, Londres, 1931, p. 202-203, 262-265, 290-291 et passim.
Autres références dans U. Chevalier, Répertoire des sources hist. du Moyen Age, Bio-bibliographie, 2e éd., t. 11, Paris,
J. REVIRON.
2.SÉDULIUS Henri, de son véritable nom HENRI DE VRrooM, frère mineur de l’Observance de la province de Germanie inférieure. — Né à Clève, en 1549, il passa sa jeunesse à Utrecht, où il fit ses études chez les hiéronymites et entra en relation avec les frères mineurs. Il en prit l’habit à Louvain, en 1565 ou 1568. Le noviciat terminé, il s’appliqua à l’étude de la philosophie et de la théologie et excella surtout en histoire ecclésiastique et en patrologie. Après son élévation au sacerdoce et l’achèvement de ses études il s’adonna d’abord à la prédication, mais peu après il fut nommé très probablement lecteur de théologie au couvent de Louvain et exerça cette charge, par la suite, en d’autres couvents. A cause des troubles religieux et politiques des Pays-Bas, Sédulius fut envoyé, en 1578, avec quelques autres pères, au Tyrol, et chargé d’enseigner la théologie à Inspruck. Il s’acquitta de cette tâche jusqu’en 1580. Comme, durant des années, de graves difficultés régnaient dans les couvents du Tyrol, Sédulius fut envoyé à Rome, en mars 1580, par l’archiduc Ferdinand d'Autriche, afin d'y négocier l'érection d’une province franciscaine autonome dans le Tyrol, jusqu'alors rattaché à Strasbourg. C’est pendant ce voyage en Italie que François de Gonzague, évêque de Pavie, puis de Mantoue, lui aurait suggéré de rassembler les matériaux pour un catalogue des écrivains de l’ordre. Il fut toutefois devancé par H. Willot, qui, en 1598, édita, à Liége, les Athenæ orthodoxorum sodalitii franciscani. Sédulius réussit dans sa mission, Aussi, le 16 avril 1580, fut-il désigné par le général et par Grégoire XIII comme le premier provincial de la nouvelle province du Tyrol. Au premier chapitre provincial, en 1582, il résigna cette charge,
SÉDULIUS SCOTTUS — SÉDULIUS (HENRI)
fut élu définiteur et nommé gardien du couvent de Fribourg-en-Brisgau.
En 1584 il retourna dans sa province de Germanie inférieure, où il fut nommé gardien du couvent d’Anvers, d’où il mena la lutte contre le calvinisme. Il fut mêlé aussi à plusieurs conflits, soit entre missionnaires et gouverneurs civils, soit entre clergé séculier et clergé régulier. Sédulius mena aussi une forte campagne contre la procession des flagellants, qui était organisée à Anvers (1586) par les capucins et les jésuites et sur laquelle on peut trouver des détails dans Hildebrand, O.M.Cap., Les origines des capucins belges (1585-1587), dans Collectanea franciscana, t. 11, 1932, p. 462-469 et Een geeselprocessie te Antwerpen, dans Ons geestelijk erf, t. ν, 1932, p. 5-13. Sédulius exerça la charge de gardien dans plusieurs couvents : à Saint-Trond (1591), à Louvain (1593), à Malines (1597), à Anvers pour la seconde fois (1603). En 1598, il fut envoyé en Hollande pour y aplanir les difficultés entre le vicaire apostolique, Sasbold Vosmeer, et les réguliers, surtout les jésuites. En 1603 il fut désigné pour faire la visite de la province monastique des frères mineurs de Cologne et, en 1610, il fut chargé d’une mission dans les Pays-Bas. Il fut promu jusqu’à deux fois provincial de la Germanie inférieure (1606-1609 et 1616-1619) et élu définiteur général, en 1618, à Salamanque pour la famille ultramontaine des observants. Il mourut au couvent d'Anvers le 26 février 1621.
Parmi ses ouvrages apologétiques et polémiques, dirigés contre les protestants, on retiendra : Præscripliones adversus hæreses, Anvers, 1606, in-4, XvVI11-270 p., dans lequel il expose et réfute les erreurs du protestantisme et relate aussi la mort violente de Luther, telle qu’elle fut rapportée par le domestique du réformateur, mais rejetée, ensuite, par les historiens postérieurs comme contraire à la vérité. — À pologeticus adversus Alcoranum franciscanoruñ, pro Libro conformitatum, Anvers, 1607, in-49, xxx-289 p.. dirigé contre un ouvrage satirique du protestant Érasme Alber, intitulé : Der Barfuser Muenche Eulenspiegel und Alcoran, Wittenberg, 1542, s. d., 1573, 1717 et 1718, ou en latin : Alcoranus franciscanorum seu blasphemiarum el nugarum lerna de stigmatisato idolo
quod Franciscum vocant, ex Libro conformitatum, Francfort, 1542; Deventer, 1651; Sédulius, s’y
montre plus théologien qu'historien. — Diva Virgo Mosæ-Trajeclensis. De civitate Mosæ-Trajectensis et divæ Virginis imagine. De sacrarum imaginum antiquitate, usu et fructu, ad sensum Ecclesiæ. De supplicationibus, sive processionibus ecclesiasticis et nonnullis aliis rilibus priscis el novis, Anvers, 1609, dont une version néerlandaise par C. Thielmans parut à Louvain, en 1612, et à Bruxelles, en 1753 (remaniée et augmentée). — Il édita S. Bonaventuræ... Speculum disciplinæ et Profectus religiosorum..., diligenter emendali, Anvers, 1591, in-40, xxv-392 p.; ibid., 1600, où il attribue ces traités à leur véritable auteur, à savoir le Speculum disciplinæ au franciscain Bernard de Besse et le Profectus religiosorum à David d’Augsbourg; ibid., 1610, où le De profectu religiosorum n’est plus le même que celui des éditions antérieures. — 5, Bonaventuræ... De vila S. Francisci, Anvers, 1597, in-8°, xLvi-399 p., avec un abondant commentaire. — S. Ludovici, Caroli II, regis Siciliæ, filii, ex ordine minorum, episcopi Tolosani vita, rédigée par un auteur anonyme, contemporain probablement et familier de saint Louis d'Anjou, et éditée, avec des notes et des commentaires par Sédulius, d’abord à Anvers, en 1602, in-8°, 115 p.; insérée ensuite dans son Hisloria seraphica, Anvers, 1613, p. 297-330; publiée, enfin, dans les Acta sanclorum, aug. t. 1, Paris-Rome, 1867, p. 806-822.
Parmi ses autres ouvrages, il faut mentionner son
Historia seraphica, Anvers, 1613, in-fol., x1v-694- XL p., dans laquelle il retrace la vie de saint François et des principaux saints et bienheureux des trois ordres franciscains et décrit la mort héroïque des martyrs de Gorcum, d’Alckmaar et d’autres franciscains de la province de la Germanie inférieure, massacrés par les protestants. — Bealtorum Gorcomiensium martyrum.….. nobilis hisloria, Anvers, 1619, in-4, 40 p., publiée d’abord dans son Historia seraphica. — Provincia inferioris Germaniæ fratrum minorum regularis observantiæ, désignée encore comme Chronicon Werthense, inédite, commencée en 1619 et terminée en 1620, dont une copie est conservée dans le ms. 7299 de la bibliothèque du couvent Saint- Isidore des frères mineurs à Rome (l'original n’a pas été retrouvé). — Manus religiosorum (Handt der kloosterlingen), Anvers, 1591, à la suite de S. Bonaventuræ Speculum disciplinæ et Profectus religiosorum; réédité par J. Goyens, dans Ons geestelijk erf, t. vi, 1932, p. 78-79. — Jcones S. Claræ, B. Francisci Assisiatis primigeniæ discipulæ, vilam, miracula, mortem repræsentantes, Anvers, 5. d. (vers 1595). — JImagines seraphicæ S. P. Francisci Assisiatis, illustriumque virorum et feminarum, qui ex tribus ejus ordinibus relati sunt inter sanctos, acta præcipuaque miracula spectatori repræsentantes, Anvers, 1602. — Norma vivendi in provincia Germaniæ inferioris pro domibus recollectionis, écrite de la main de Sédulius, promulguée parle provincial Servais Myricanus, le 9 juin 1598, conservée dans le ms. H. fasc. II, n. 21 de la bibliothèque du couvent des frères mineurs à Anvers et éditée par J. Goyens, dans Arch. franc. hist., t. XXV, 1932, p. 67-76. — Il faut citer, enfin, un nombre considérable de lettres conservées dans les archives de l’État à La Haye (Oud-bisschoppelijke Clerezte), dont plusieurs ont été éditées par D. Van Heel (voir ci dessous), p. 100-138, et dans Pater Henricus Sedulius, O.F.M., en de Eenhoornen van Sinte Marie, dans Arch. Gesch. Aartsbisdom Utrecht, t. τιν, 1931, p. 307-318. Elles sont d’une grande importance pour l’histoire des missions catholiques auprès des protestants des provinces fédérées des Pays-Bas.
L. Wadding, Scriptores O. M., 3° éd., Rome, 1906, p. 114; J.-H. Sbaralea, Supplementum, 2° éd., t. τ, Rome, 1908, p. 359; Marcellin de Civezza, Storia universale d. missioni francescane, t. Vix, 1e partie, Appendice bibliografica, Prato, 1883, p. 77; H. Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 111, Col. 853; B. Verbeek et F. Van den Borne, Litteraire bronrten voor de geschiedenis der provincie Germania inferior, dans Collectanea franciscana Neerlandica, t. 11, 1931, p. 21-22 et 24-26; D. Hoevenaars, De chronographia provinciæ Germaniæ inferioris van Franciscus Peri, 1771, ibid., t. 1, 1927, Ρ. 366; 5. Dirks, Histoire littéraire et bibliographique des fr. mineurs en Belgique et dans les Pays-Bas, Anvers, 1885, p. 132-137 ; Historische politische Blätter, t. cxr11, 1894, p. 425-430; D. Van Heel, De minderbroeder Pater Henricus de Vroom (Henricus Sedulius) 1549-1621. Zijn leven, zijne geschriften, zijne brieven, La Haye, 1931; A. Teetaert, dans Collectanea franciscana, t. 11, 1932, p. 405; Désiré de Vogelensang, ibid., t. 111, 1933, p. 243-244; J. Goyens, Nogmaals over de « Handt der kloosterlingen », dans Ons geestelijk erf, t. vi, 1932, p. 73-85; A.-D. Mac Donald, The iconographic tradition of Sedulius, dans Speculum, t. vit, 1933, p. 150-155; Maximilianus van Moerdijk, Literatuur voor Vondel's « Lofzang van Sinte Klara », dans Francisc. Leven, t. xv, 1932, p. 200-209; D. Van Heel, Vila inedita Adami Sasbout, O. F. M. (1 1553), auctore Sasboldo Vosmeer, dans Arch. franc. hist., t. xx1V, 1931, p. 196 et 214; J.-N. Paquot, Mémoires pour servir à l’histoire littéraire des Pays-Bas, t. x, Louvain, 1768, p. 375-385; P. Bergmans, Sedulius, dans Biographie nationale de Belgique, t. Xx17, col. 146-
A. TEETAERT.
SEEDORF (François-Fégely de), jésuite suisse, cantroversiste, (1691-1758; — Né à Fribourg le 31 décembre 1691 d’une famille noble de ce canton