SEEDORF (F.-F.'DE
Sommervogel, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. ναι, col. 1043-1047; Roskoväny, Romanus pontifex Primas, t. x, Nitra, 1876, p. 421-422 et t. στ, Nitra et Komärom, 1867, p. 693; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. 1v, col. 1378-1379; Feller, Biographie universelle, t. X1, Paris, 1834, p. 382; Mémoires de Trévoux, mars 1748, p. 531-548.
J. MERCIER
1. SEGNERI Paul, jésuite italien, prédicateur et écrivain ascétique renommé (1624-1694).
I. τε. — Né à Nettuno dans le Latium le 21 février 1624, il entra dans la Compagnie le 2 décembre 1637. Destiné à la prédication après son ordination sacerdotale (1653), il s’y prépara par l'étude assidue de l’Écriture sainte, des Pères et de Cicéron. De 1665 à 1692, il se dépensa comme missionnaire populaire dans toute l'Italie, spécialement dans les États de l'Église et en Toscane. Son zèle apostolique, la sainteté de ses exemples et son éloquence produisaient de tels fruits qu’on l’égalait à saint Bernardin de Sienne. Les Italiens le regardent comme le premier orateur de son temps dans leur pays et le Bourdaloue de leur littérature : s’il n’a pas la mesure et le goût de celui-ci, si des critiques raffinés ont pu discuter certaines de ses expressions, il paraît atteindre son grand contemporain français par la force et la rigueur de ses démonstrations et le dépasser en naturel et en verve, en richesse et en originalité de sentiment.
Atteint prématurément de surdité, il fut amené à multiplier ses publications, qui, de caractère surtout oratoire et ascétique, obtinrent dans son pays et à l'étranger un succès considérable.
Sous Innocent XI, dans ses ministères à travers l'Italie, le P. Segneri avait pu constater la large propagation des nouvelles idées mystiques, répandues spécialement par le docteur espagnol Molinos, alors en pleine faveur à la cour pontificale. Son expérience de directeur lui révéla le danger pour les âmes de ce qu’il estimait un quiétisme condamnable. Déjà, en 1678, son confrère, le Ρ, Gottardo Bell’huomo avait écrit contre Molinos son ouvrage : Le prit (Il pregio) el l’ordre des oraisons ordinaires et mystiques. Segneri encouragé par son général, le P. J.-P. Oliva, publia à son tour, en 1680, à Florence, l’Accord (Concordia) de la fatigue et du repos dans l’oraison, où il attaquait, sans les nommer, la Guide de Molinos et La pratique facile du prêtre marseillais Malaval (cf. dans ce dictionnaire, art. MoziNos, t. x, col. 218 sq. et art. MaALAVAL, t. 1x, col. 1763). L’oratorien Petrucci, qui allait devenir évêque de Jési et sera créé cardinal par Innocent ΧΙ, riposta par son ouvrage : De la contemplation mystique acquise. Segneri répondit par un nouvel écrit, d’abord communiqué à ses amis, puis imprimé sans nom d'auteur à Venise, en 1681 Réponse (Leltera di riposta elc.) au sieur Ignace Bartolini sur les exceptions alléquées par un défenseur des quiélisles d'aujourd'hui.
La Concordia fut mise à l’index (donec corrigalur) par décret du 26 novembre 1681, avec le Pregio du P. Bell’huomo (Hilgers, Der Index... p. 140); à son tour la Lellera di riposla subit le même sort (décret du 15 décembre 1682). Cette même année 1682, deux opuscules du P. Segneri, écrits avant ces condamnations et se rapportant aux mêmes questions, avaient en outre été publiés à Venise, sans l’aveu de l’auteur, qui s’en excusa auprès du Saint-Oflice; nous en donnerons plus loin les titres.
Après la condamnation de Molinos (3 septembre 1687), la rétractation du cardinal Petrucci (17 décembre 1687) et la mise à l’index de ses ouvrages (5 février 1688), la Concordia put reparaître, avec quelques modifications peu importantes, sur l'autorisation formelle du Saint-Office (décret du 30 juillet 1692); une autorisation semblable fut donnée, le 6 mai 1693,
— SEGNERI (PAUL) 1772 en faveur de la Lellera; ce dernier ouvrage resta cependant dans les catalogues de l’index, comme anonyme, jusqu’à la refonte de Léon XIII (1900); la mention en fut alors effacée.
Avant sa mort, le P. Segneri reçut une réparation plus éclatante encore : après la mort d’Innocent XI (1689) et le court pontificat d'Alexandre VIII (du 16 octobre 1689 au 1er février 1691), Innocent XII, monté sur le trône pontifical, appela à Rome le grand orateur, dont il était un admirateur, et, malgré ses résistances, lui imposa la charge de prédicateur du Palais apostolique (6 février 1692); en outre, il le nomma, le 15 décembre de la même année, examinateur des évêques et théologien de la Pénitencerie, puis, le 10 janvier 1693, qualificateur du Saint- Office.
Dans les dernières années de sa vie, le P. Segneri intervint aussi dans une autre affaire, qui, celle-là, était tout intérieure à sa Compagnie. Segneri, à qui son âge, ses services et ses charges donnaient une autorité personnelle considérable, prit une attitude d'opposition très décidée contre le général de la Compagnie, Thyrse Gonzalès, et ses efforts contre le probabilisme. Ayant reçu du général communication d’un écrit que celui-ci voulait publier (sans doute le Tractatus succinclus de recto usu opinionum probabilium, qui commença à être imprimé à Dillingen et contre lequel protesta aussi le P. Christ. Rassler, cf. art. RASSLER, t. ΧΙΠ, Col. 1676), le P. Segneri lui adressa une lettre aussi libre que respectueuse, où il le suppliait de renoncer à son projet, de ne pas faire la joie des ennemis de son ordre et de se contenter d’administrer celui-ci selon son esprit traditionnel. Il se mit résolument du côté des assistants, quand ceux-ci s’opposèrent à cette publication. Textes de la lettre et de la note donnant les motifs de cette attitude, dans Dôllinger-Reusch, Moralstreitigkeiten.., t. 1, n. 21, p. 99-101 et n. 69, p. 195-201.
De fait l'impression du Tractatus succinetus fut
arrêtée. Mais en 1694, le P. Gonzalès parvint à faire paraître l’ouvrage plus complet, dont le Tractatus succincltus n’était que la préface, le célèbre Fundamentum theologiæ moralis. Segneri crut nécessaire de défendre le probabilisme dans trois lettres, que l’on se passa de main en main et qui ne furent imprimées que dans la suite : Massimo Degli affitti Leltere sulla malteria del probabile.
Ces regrettables discussions se poursuivaient encore quand Segneri mourut à Rome, le 9 décembre 1694, regretté d’Innocent XII et entouré de l’estime et de la vénération générales. Le P. Paul Segneri, dont nous venons de résumer la vie est quelquefois appelé « l’ancien » pour le distinguer de son neveu, qui portait les mêmes nom et prénom (Paul Segneri, le jeune) et, qui, comme son oncle, fut prédicateur et auteur ascétique, mais de moindre éclat et de plus courte carrière. Voir ci-dessous.
IT. Œuvres. — Les publications du P. Segneri ont été nombreuses; la plupart ont eu, soit de son vivant, soit après sa mort et jusqu'à nos jours, de multiples éditions et traductions; nous nous contenterons de signaler les titres des principales œuvres d’après leur première édition et les traductions pouvant présenter quelque intérêt pour l’histoire théologique. Pour le détail, voir Sommervogel.
1° Prédication. Trois recueils principaux Panegirici sacri, Bologne, 1664; Quaresimale, Florence, 1679 (très souvent réédité même de nos jours, traductions en huit langues, la doctrine, attaquée aux xvine et xix® siècles, donna lieu à des polémiques); Prediche delle nel Palazzo cpostolico ὁ dedicale alla Sanlila di nostro Signore papa Innocenzo Duodecimo, Rome, 1694,
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SEGNERI (PAUL)
2e Ascétique, morale el apologélique. — Les deux | (ceux qui concernent marchands et fautes commer-
principales œuvres ascétiques de Segneri sont : La manna dell'anima overo Esercilio facile insiene ὁ frultuoso per chi desidera in qualche modo attender all’oratione. per tutti i giorni dell'anno, Bologne, Florence et Milan, 4 vol. de 1673 à 1680, recueil de méditations souvent rééditées ou traduites; il existe des abrégés et des éditions de diverses parties extraites de l’ouvrage complet: et Z! devolo de Maria Virgine istruilo ne’ motivi e ne’ mezzi che lo conducono a ben servirla, Bologne, 1687. — Il faut aussi signaler un traité de morale exposant le détail des devoirs humains : 1! cristiano istruito nella sua legge ragionamenti morali, Florence, 3 vol., 1686 (traductions diverses, dont une en latin du P. Max. Rassler et une en français du P. Leau) et un ouvrage d’apologétique : l’Incredulo senza scusa, opera... dove si dimostra che non puo non conoscere quale sia la vera religione, chi vuol conoscerla, Florence, 1690 (diverses traductions, en latin du même P. Rassler, en français par un anglican, Besombe, et par le P. Ferd. Catoire, etc.).
3° Polémique. — Nous donnons les titres italiens complets des deux ouvrages écrits contre le nouveau quiétisme : Concordia tra la fatica e la quiele nell’orazione espressa ad un reliogoso in riposta da Paolo Segneri, Florence, 1680; Lettere di Riposta al signor Ignazio Bartolini sopra l’eccezioni che dà un Difensore de moderni Quielisti a chi ha impugnato le loro leggi in orare, divulgata in onor dellutile e vera contemplazione ed in discernimento della contraria, Venise, 1681. — Les deux opuscules, publiés en 1682, à Venise, sur la même matière et à l’insu de l’auteur, sont intitulés : Fascetto di varii dubii intorno all’orazione oggi delta di pura fede, di fede nuda, di fede simplici o pur di quiele un la soluzione a ciascuno dessi et I selle principii su cui si fonda la nuova oratione di quiete. Ce sont ces Sept principes (et non la Concordia, comme le dit Sommervogel, c. 1073), qui, traduits en français par l’abbé Dumas, parurent à Paris, Cramoisy, 1687, sous le titre : Le quiétiste ou les illusions de la nouvelle oraison de quiétude (cf. Dudon, Molinos, Ὁ. xiv). Des lettres écrites contre l'ouvrage du P. Th. Gonzalez, Sommervogel (col. 1086) signale une édition faussement datée de Cologne, 1732, sous le titre : Massimo Degli afflitti sulla materia del probabile et des éditions faites en 1703, 1726, etc., à Cologne, Naples, Vérone, sous celui de Lettere di P. Segneri all’Illustri:. ὁ Rever. Signore e Padrone NN. sùû la materia del Probabile (réédition moderne Naples, 1856).
4° Pastorale. — Dès les premières années de ses missions, Segneri publia un petit volume de pratique confessionnelle destiné à instruire le pénitent : ZL penitlente istruito, Bologne, 1669, in-12; le titre se complète dans la 2° édition : 71 penilente istruito a ben confessarsi, Operetla spiriluale da cui ciascuno puo apprendere il modo cerlo di ritornare in grazia del suo-Signore e di mantenerevisi..…, Bologne, 1674, Sommervogel note près de 15 éditions du vivant de l’auteur et autant dans les deux siècles suivants; des traductions en ont été faites en latin, allemand, néerlandais, polonais, espagnol, portugais, arabe, turc; des traductions françaises en ont paru à Paris, 1688, 1695, 1697, etc. (par dom Louis de La Grange, bénédictin de Saint-Vaast d'Arras), puis en 1801 (par l’abbé Delvincourt), en 1838 (par un professeur du séminaire de Clermont). C’est une pratique confessionnelle de caractère missionnaire, où la casuistique ne tient qu’un rang très secondaire; il y est particulièrement insisté sur la contrition et le ferme propos; le pénitent est invité à tirer grand parti de la satisfaction sacramentelle et à demander de fortes pénitences ; les examens sont sobres et précis
ciales sont spécialement intéressants); des prières sont données pour aider la préparation de l’âme.
Trois ans après cet opuscule, Segneri le fit suivre d’un second, de même genre, qui s’adressait aux confesseurs : 11 confessor istruilo, operetta in cui si dimostra a un confessor novello la pratiqua di amministrare con frutto il sacramento della penilenza..., Brescia, 1672. Dans la dédicace, l’auteur déclarait avoir été aidé dans son travail par le P. Pinamonti, L'ouvrage eut aussi de nombreuses éditions et traductions. Dom Louis de La Grange l’avait traduit et fait paraître à Paris, avant même l’Instruction du pénitent (autres traductions françaises au Xvrne siècle et en 1850 à Avignon). Cette pastorale du confesseur, de caractère plus casuistique que la précédente, reste dans le même ton et manifeste les mêmes tendances : la remise à plus tard de l’absolution est préconisée comme excellent moyen de toucher et de convertir; les opinions bénignes ne sont à utiliser qu'avec grande prudence, dans la mesure où elles ne nuiront pas au pénitent, ou avec les serupuleux;le péril prochain est dénoncé avec vigueur et le confesseur qui n’en tiendrait pas suffisamment compte, est sévèrement blâmé; les haïnes, les vols et les impuretés (l’onanisme n’est indiqué qu’en passant et sans être distingué de la « mollesse ») sont spécialement stigmatisés. Bien que très éloigné du rigorisme, qui tendait alors à prévaloir en France, cette instruction du confesseur nous paraîtrait aujourd’hui plutôt sévère; elle s’accorde assez bien avec les directions que donnera au siècle suivant saint Alphonse. Segneri était un missionnaire vigoureux et énergique, qui savait par ailleurs rester plein de charité et de bonté.
Enfin, au moment de cesser son ministère des missions, il fit paraître un troisième ouvrage analogue aux précédents et qui les complétait; c'était une petite somme de pastorale sacerdotale, le résultat de sa longue fréquentation du clergé paroissial et comme son adieu aux prêtres d’Italie : Il parroco istruilo, opera in cui si dimostra a qualsi sia curato novello il debito che lo strigne e la via de tenersi nell’ adimpirlo..., Florence, 1692. Réédité plusieurs fois au xvirie siècle, l’ouvrage fut traduit en latin, espagnol, portugais, arabe et en français (cette dernière traduction par le P. Buffier, sous le titre : La pratique des devoirs des curez, Lyon, 1709). Il pa-roco se bornait à exposer, comme l’auteur le disait, les obligations étroites de l’état pastoral; il laissait le champ libre à la perfection et au zèle.
Le P. Buffier, dans l’Avertissement de sa traduction, louait l’ordre et l’arrangement des matières, le grand nombre de « traits judicieux et vifs », de comparaisons exactes et ingénieuses. C’est en effet une pastorale sacerdotale, pleine d’expérience, de chaleur et de mesure : le clergé de notre temps lui-même ne la lirait pas sans profit. Parmi ses points intéressants, signalons au moins celui-ci, qui concerne la communion des enfants : non seulement le P. Segneri proteste contre l’abus de la retarder à l’excès (jusqu’à vingt ans en certains lieux); mais il donne, à son sujet, des principes qui, sans être appliqués cependant par lui de la même manière, sont tout semblables à ceux qui ont prévalu de nos jours; cf. trad. Buffier, p. 403 et, sur le viatique, p. 400,
Les divers ouvrages que nous venons d'indiquer se retrouvent, avec d’autres moins importants ou jusqu'alors inédits dans les éditions des Œuvres complètes du P. Segneri, faites après sa mort : Parme, 1700, 2 vol.; Venise, 1712, 4 vol.; Parme, 1714, 3 vol., etc.; Brescia, 1823-1825, 22 vol.; Turin, 1833, 12 vol., etc.; Milan, 1845-1847, 4 vol., etc. Une traduction allemande de ces œuvres complètes ἃ aussi paru à
1775 SEGNERI (PAUL) Regensburg, 3° édit., 1856-1880, 17 vol. Enfin des recueils de lettres du P. Segneri ont été publiés au xiIxe siècle : Lellere inedite..…., Naples, 1848, Leltere inedite.. al Granduco Cosimo terzo, Florence, 1857; et divers inédits sont signalés par Sommervogel, col. 1088.
Vies sommaires du P. Segneri, par le P. Giuseppe Massei (en italien), Foligno, 1702; Venise, 1717; par le P. Maximilien Rassler (en latin), Augsbourg et Dillingen, 1707; Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. ναι, col. 1050-1089; Hurter, Nomenclator, 3° édit., ἴ, 1V , col. 628; Nicéron, Mémoires, t.1, Paris, 1729, p. 378; Michaud, Biographie universelle, t. XXXVIII, Ὁ. 653-654; Paul Dudon, Le quiéliste Michel Molinos (1628-1696), Paris, 1921; J. Hilgers, Der Index der verboten Bücher, Fribourg, 1904, p. 140 et en append., n. 551-563; Dôllinger-Reusch, Geschichte der Moralstreitigkeiten, 2 vol., Nôrdlingen, 1889; Ludwig Koch, Jesuiten-Lexikon, 1934, col. 1637-1638.
R. BROUILLARD
2. SEGNERI Paul, junior; prédicateur italien et jésuite, neveu du précédent, — Né à Rome le 18 octobre 1673, il entre dans la Compagnie en 1689. Après avoir parcouru l'Italie et s'être acquis la réputation d’un prédicateur de grand talent, il meurt en pleine mission à Sinigaglia, le 25 juin 1713, ayant opéré dans ses tournées apostoliques des conversions étonnantes.
Outre une traduction italienne du traité De l’amour de Jésus du P. Nepveu, Lucques, 1707, on lui doit une Instruzione sopra la conversazione moderne, Florence, 1711, in-12, petit livre souvent réimprimé, et traduit en français. D’après la Manna dell’ anima de son oncle (le premier volume parut en 1673), Segneri junior composa encore Medilazioni per ciascun giorno d’un mese.…, publiées peu après 1700, rééditées à Bologne 1723 et plusieurs fois au x1x!* siècle.
Louis-Antoine Muratori, qui avait suivi en 1712- 1713 plusieurs des missions et retraites prêchées par le saint homme, écrivit plus tard une Vita del Paolo Segneri juniore, Modène, 1720, puis, en se servant de notes recueillies après les instructions du missionnaire, des Esercizi spirituali esposti secondo il metodo del P. Paolo Segneri juniore, Modène, 1720 (Venise, 1741; 1748, etc.), traduction française, 1721. Dans la préface, ilexpose comment le Père donnait missions et retraites publiques, les unes pour attirer les foules et rappeler les éléments de la doctrine, les autres pour entraîner les plus fervents. C’est à cet ouvrage que se rattachent les longues et âpres discussions qui mirent aux prises Muratori d’une part, et, d’autre part, les docteurs de l’université de Salzbourg, puis quantité d’autres adversaires, jésuites notamment, qui accusaient Muratori de prétendre que la dévotion à la Vierge n’était point nécessaire au salut. Se greffa là-dessus la querelle sur le vœu sanguinaire. Voir l’art. MURATORI, t. X, col. 2552.
Les Opere postume, 3 vol., Bassano, 1795, de Segneri junior, préfacés et annotés par le P. Carrara, contiennent les sermons, discours et instructions, les Exercices spirituels de Muratori, et divers opuscules spirituels. Nouveau tirage, Turin, 1857.
TEA Muratori, Opere tulle, t. 1, Arezzo, 1767, contient sa vie, voir pages 37, 91, 125-128; A.-C. Jemolo, 11 giansenismo in Ilalia, Bari, 1928, p. 229 sq.; Fr.-M. Galluzzi, Vita del P. Paolo Segneri juniore, Rome, 1716, résumée en latin : Vila P. Segneri junioris, par A. Mayr, S. J., Ingolstadt, 1742; J.-M. Parthenius, Commentarii et elogia, Rome, 1855, p. 11-46; Hurter, Nomenclator, 3° éd., t. αν, col. 628 (note); Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vir, col. 1089-
A. RAYEZ
SEGUENOT Claude, prêtre de l’Oratoire (1596- 1676).-— Né à Avallon le 6 mai 1596, après ses études secondaires à Dijon, il fit le droit civil à Bourges, plaida à Dijon, à Paris, fut pourvu d'une judicature; ilentra dans la congrégation le 13 janvier 1624, fut envoyé l’année suivante en Angleterre à la suite de la princesse
— SEGUENOT (CLAUDE)
Henriette mariée à Charles Ie, revint en 1626 et fut ordonné prêtre cette année-là. Après deux ans passés à Paris auprès du P. de Condren, il fut, dès 1629, successivement supérieur des maisons de Dijon, Nancy, Rouen, 1634, Saumur.
1° Avant son emprisonnement à la Bastille en 1638.— Son premier ouvrage est Conduile d’oraison pour les âmes qui n'y ont pas facilité, Paris, 1634, in-12; le nom de l’auteur est seulement au bas de l’épître dédicatoire à Mme de La Ville aux Cleres, 2° éd., 1638; 3°, 1660, signée; 4°, 1674, augmentée par le P. Quesnel. Cet écrit, qui devait seulement « servir à l'instruction d’une petite âme peu connue », répond à la difficulté qu'éprouvaient alors un grand nombre de fidèles qui voulaient faire l’oraison quotidienne et n’y réussissaient pas. H. Bremond y voit « un clair et vif et bref exposé de la philosophie bérullienne de la prière ». Métaphysique des saints, p. 113. Richard Simon, qui n’aimait pas son confrère, prétendait « que la meilleure partie venait du P. de Condren qu’il avait copié, en y mêlant néanmoins beaucoup du sien, pour ne paraître pas plagiaire ». Bibliothèque critique, t. 11, p. 340. Avec ses maîtres Bérulle et Condren, ses émules Bourgoing, Olier, il développe cette idée que l’oraison n’est pas un bien de la nature, mais « un don de Dieu qui dispose de ses dons comme il lui plaît », p. 2, éd. 1660. Toutes les méthodes sont donc bonnes « puisqu'elles sont de Dieu. puisqu'elles vont à Dieu ». P. 13. Vous voulez offrir à Dieu de bonnes et belles pensées, « offrez-lui celles de l’âme sainte de Jésus, offrez-lui ses dispositions intérieures et le divin usage qu’il en a fait quand il était sur la terre ». P. 9. Cf. art. ORATOIRE, t. ΧΙ, col. 1112. Si Dieu ne vous donne rien, « adorez-le, adorez ses voies et ses conseils sur vous, adorez sa présence et son opération en vous. » P. 88. Il faut surtout soumeltre notre esprit au Saint-Esprit, ce qui ne veut pas dire que nous ne devions pas agir du tout, mais ne pas agir par nousmêmes, mais par l'Esprit de Dieu, nous exposer à l’œuvre de Dieu pour tout ce qu’il veut faire en nous : « Ne cherchez pas tant en l’oraison le goût et le repos de votre esprit, mais le repos et le règne de Dieu en vous. » P. 15. Peu de réflexion par conséquent : elle tend à retarder et même à suspendre la véritable activité de prière qui est une activité d'amour : « Unissez-vous, liez-vous d’abord; appliquez-vous, adhérez à un mystère car c’est en cela que consiste l’essence de la prière. » H. Bremond, ibid., p. 124. Ce n’est pas du quiétisme, car cet abandon à l’action de Dieu en nous suppose une grande énergie. Il n’y a plus au-dessus, pour les âmes privilégiées, que l’adoration de Dieu non par acte, mais par état : « Ce n’est pas elle (l’âme) qui opère, c’est Dieu qui vit et qui opère en elle, car, pour elle, toute action lui est ôtée, et elle est sans connaissance et sans amour qui subsiste en elle, mais Dieu opère, connaît et aime pour elle... elle n’est plus qu'une pure capacité remplie de l'opération divine qui la fait subsister. » P. 63. Ce c. 1X, D'une voie d’oraison où l’action de l’entendement el de la volonté n’est pas employée est tout à fait remarquable; de mème le ce. xi, Du repos de l'âme devant Dieu : « L'action passe et l’état demeure... C’est porter un état particulier devant Dieu à l’oraison que d’entrer par grâce et par vertu dans cette inutilité apparente. Et tout cela honore par état quoique non par action ou quelque perfection en Dieu... ou quelque état que le Fils de Dieu a porté en sa sainte Humanité. » P. 115.
En 1627, la Mère Agnès de Saint-Paul, sœur d’Arnauld d’Andilly et de la Mère Angélique avait, sur le conseil du P, de Condren, écrit le Chapelet secret du Saint-Sacrement, appelé secret, et pour le distinguer d'un autre composé par Zamet alors directeur de
Port-Royal, et parce qu’en fait, jusqu'en 1633, il ne fut connu que de sept ou huit personnes dont le P. Seguenot. Il y est parlé de seize attributs de Jésus- Christ dans l’eucharistie, en l'honneur des seize siècles écoulés depuis son institution : sainteté, vérité, liberté, existence, suffisance, etc.; à chaque article la Mère Agnès essayait d'approfondir l’une des vertus de Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement. Il est visible qu’elle ne fait que répéter à sa manière les leçons qu’elle a reçues de Condren, des autres Pères de l’Oratoire qui fréquentaient Port-Royal et de Zamet leur disciple. En 1633, Octave de Bellegarde, archevêque de Sens, brouillé avec Port-Royal et Zamet à l’occasion de la fondation de l'institut du Saint-Sacrement, connut le Chapelet, en obtint la la censure de huit docteurs de la faculté de Paris, l’envoya à Rome pour le faire condamner avec l’aide du P. Binet, comme tendant à établir une pureté imaginaire qui doit rendre l’homme indifférent à son salut. En voir le texte abrégé dans Prunel, Sébastien Zamet, p. 243, l'histoire dans H. Bremond, L'école de Port-Royal, p. 201-218. Rome refusa la censure qu’on lui demandait, plusieurs docteurs de l’université de Louvain n'y trouvèrent rien de répréhensible. M. de Saint-Cyran, introduit par Zamet à Port-Royal depuis 1634, en fit l’apologie et Seguenot vint à l'appui en composant Élévations à Jésus-Christ Notre-Seigneur au T. S. Sacrement, contenant divers usages de grâce sur ses perfections divines, brochure imprimée à la fin d’un livre qui a pour titre Discussion sommaire d'un livret intitulé : Le chapelet secret du Saint-Sacrement, Paris, 1635, in-8°. Le Chapelet n’est pas janséniste; on pourrait « étaler à la fin de chacun de ses chapitres les textes sans nombre où Bérulle, Condren, Olier, Eudes, Amelote, Quarré, Bourgoing, Saint-Pé, disent et redisent, mais avec infiniment plus de clarté, de prudence et de précision théologique, les mêmes choses que la Mère Agnès ». H. Bremond, op. cit., p. 205. Celle-ci est souvent gauche et obscure, et prête facilement au contre-sens, avec cependant d’assez belles choses quelquefois. Dans les Élévations du P. Seguenot, une quarantaine de pages seulement, les erreurs grammaticales disparaissent à la faveur de la clarté, de l’étendue, du tour heureux qu'il donne à ses phrases. Ainsi le premier article de Mère Agnès : « Sainteté à J.-C. au Très Saint Sacrement, afin qu’il soit au très saint sacrement, en sorte qu'il ne soit point de lui-même, c’est-à-dire que la société qu’il veut avoir avec les hommes, soit d’une manière séparée d’eux et résidente en lui-même, n'étant pas raisonnable qu’il s'approche de nous qui ne sommes que péché », qui fit le plus crier, devient sous la plume du P. Seguenot : « Votre bonté, ὃ Jésus, vous tire et vous abaisse à nous, vous fait entrer en commerce et en société avec nous, et vous dites vousmême que c’est votre dessein en l'institution de ce sacrement adorable d'établir entre vous et nous une résidence mutuelle. Votre bonté vous donne ce désir, mais votre sainteté ne vous le permet pas, car elle vous sépare des créatures. Il me semble que ces deux effets différents opèrent aussi en moi deux dispositions différentes au regard de vous : l’une qui m'y attire et m'en approche par amour, l’autre qui m’en retire et m’en éloigne par révérence. » C’est exact, somme toute, et fort bien dit.
2° Le livre de la sainte virginité el les aventures du P. Seguenot. — A la prière de la comtesse de Brienne et de Mère Angélique, prieure des carmélites de Saint-Denis, le P. Seguenot publia De la sainte virginilé, discours traduit de saint Augustin avec quelques remarques pour la clarté de la doctrine, Paris, 1638, in-8°, avec privilège du roi, sans toutefois l’approbation des docteurs que Seguenot, partant pour Saumur,
DICT. DE THÉOL. CATHOL
SEGUENOT (CLAUDE)
avait demandé de mettre, mais que l’imprimeur ne prit pas le temps d’attendre. L'ouvrage fut achevé d'imprimer le 14 mars; or, le 7 mai, à l'ouverture de la troisième assemblée générale de l’Oratoire, l’auteur était appréhendé par ordre de Richelieu, mis en prison à Saumur et transféré le 14 à la Bastille, d’où il ne devait sortir qu'après la mort du cardinal; il y était encore le 7 avril 1643.
Tels sont les faits. Comment les expliquer? Aucune raison n'est suffisante pour éclaircir le mystère Richard Simon accuse d’abord la préface dans laquelle le Père «se déclare ouvertement contre la théologie qu’on enseigne dans les écoles, à laquelle il oppose la doctrine de saint Augustin qu’on n’y enseignait plus depuis longtemps ». Tant de gens, dit-il, y ont touché qu’il est entièrement nécessaire d'y repasser le pinceau pour remettre les premiers traits et effacer les autres. « Ce seul discours, dit Richard Simon, qui ne différait guère du langage de Luther et de Calvin... était capable de faire impression sur l’esprit du cardinal. » Bibl. critique, t. 11, p. 332, C’est au moins très exagéré.
La question des vœux a plus d'importance. Un capucin, le P. Hyacinthe, tout dévoué au P. Joseph, lui avait remis un exemplaire de l’ouvrage qui fit grand bruit à la cour et dans les communautés religieuses, parce que l’auteur paraissait mépriser les vœux de religion : « S'il arrivait, disait-il, qu’une personne mariée fût si bien disposée qu’elle fût non seulement capable de vivre honnêtement dans le mariage, mais que renonçant à tout ce qu'il y a d’impur et de sensuel... elle conservât une pareille pureté de cœur et d’esprit. quoique non une telle pureté de corps... celle-là aurait le mérite des vierges. elle serait aussi pure et aussi chaste qu’elles. » P. 12 des Remarques. Il y a certainement là une exagération, mais on ne peut accuser l’auteur de mépriser la virgiginité en faveur du mariage, « chose de soi si basse, si vile et si abjecte ». P. 13. Tandis que « la virginité est chose de soi plus grande et plus parfaite que le mariage... il y ἃ plus de mérite dans la virginité que dans le mariage. » P. 56.
Il se compromet davantage quand il dit : « Le vœu n’ajoute rien à la perfection chrétienne ni à ce qui a été voué au baptême, sinon quant à l'extérieur, en qui la pertection ne consiste pas. » P. 18. Le soupçon d’en diminuer l’importance était donc fondé; ces affirmations excessives, fausses, surtout si on les sépare du contexte, manquant des distinctions nécessaires et venant d’un auteur appartenant à une Congrégation nouvelle qui faisait profession de ne s’astreindre à aucun vœu, pouvait paraître une critique des autres. Dans l’Oratoire même, quelques Pères voulaient introduire les vœux pour affermir la société en y conservant les sujets, les autres étaient très opposés à en faire : les premiers se crurent visés et déférèrent le livre à Richelieu. Le P. Joseph dressa le catalogue des erreurs qu’il renfermait et en dénonça l’auteur.
Celui-ci s'expose plus encore quand il dit : « La pénitence n’est point véritable, ni entière, ni assurée si elle n’a les conditions de vraie contrition. » Et ces conditions, d’après lui, c’est « Ia détestation du péché, la conversion à Dieu, le regret de l’avoir offensé, le désir de lui satisfaire, le ferme propos de s’amender, l’espérance de pardon, la confiance en sa miséricorde; loutes lesquelles choses ne peuvent procéder que d’une charité parfaite el non point d’une crainte servile.. I n’y ἃ que l’amour de Dieu et la haine du péché qui rendent la pénitence certaine ». P. 122, Par voie de conséquence, «s’il est certain que cette sorte de charité réconcilie l’homme avec Dieu et le met en
| sa grâce, avant qu'il ait reçu en effet le sacrement,
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