SEGUENOT (CLAUDE) — SEGUIN (JÉROME
que reste-t-il à faire à l’absolution? » Elle n’est plus | a sans doute raison de dire que c’est le P. Joseph « qui « qu'un acte judiciaire, par lequel le prêtre déclare, | avait le plus mis le feu sous le ventre du cardinal ».
non simplement, mais avec autorité de la part de Jésus-Christ, que les péchés sont remis ». P. 129-130. La première aflirmation exige plus que ne demande le concile de Trente; la seconde, bien que corrigée un peu plus loin : « Encore que dans l’acte de la contrition, les péchés soient remis, c’est toujours par rapport à l’absolution », p.131, est excessive elle aussi. Or, Richelieu, dans son Caléchisme, avait enseigné la suffisance de l’attrition excitée par la seule crainte des peines, et la manière dont le P. Seguenot avait parlé de la contrition l’avait blessé personnellement. D’aucuns disent aussi qu’il voulait écarter le confesseur du roi, le P. Caussin, qui profitait de la même doctrine pour donner des scrupules à Louis XIII et faire remplacer le trop puissant ministre. Voir Batterel, Mém. domestiques, t. 11, p. 183.
Par 55 voix contre 38 « la Faculté de Paris déclare le 1e juin les propositions téméraires et erronées, « commencement de servitude... sous les ordres du cardinal », dit Batterel, p. 182. Richelieu presse le P. de Condren d’exclure l’auteur de la congrégation : « Si le P. Seguenot est coupable, faites lui son procès », répond celui-ci, ibid., p. 49. Pour ne pas faire passer l'opinion d’un particulier pour la doctrine de tout le corps, la maison de Paris fait le 3 juin une déclaration à laquelle adhère le P. de Condren, alors à Orléans près de Monsieur, frère du roi, 16 juin; le 18 juillet le P. Seguenot rétracte ses notes dans une lettre fort humble au P. Joseph.
Pourquoi alors Richelieu s’obstine-t-il dans son injuste sévérité? « Il paraît trop évident, dit H. Bremond, que des raisons d’un autre ordre ont exaspéré la fureur doctrinale du cardinal. De celles qu’on apporte, une seule me paraît sérieuse, à savoir que, par delà Seguenot, Richelieu a voulu frapper Saint- Cyran.» Le procès des mystiques, p. 220. Depuis longtemps, il voulait en finir avec cet inquiétant personnage contre lequel il n’avait encore que des présomptions insuffisantes pour sévir. Il manda donc, pour se plaindre du livre et de son auteur, le P. de Condren qui lui fit « accroire que cet ouvrage devait bien plutôt être attribué à M. de Saint-Cyran qu’au P. Seguenot qui n’avait fait que lui prêter son nom ». Batterel, ibid., p. 175. Sans doute, il est possible de reconnaître dans les Remarques les idées chères à Saint-Cyran que Seguenot a pu rencontrer à Port- Royal sans le fréquenter spécialement; il n’est pas possible d'admettre qu’il aurait jamais consenti à lui servir de prête-nom. L’échappatoire en tout cas ne réussit point, car le Père partagea le sort du trop célèbre abbé enfermé à Vincennes.
H, Bremond, après Moréri dans son Dictionnaire, pense assez justement « que les intérêts de l’attrition n'étaient qu’un prétexte et que Seguenot lui-même, auteur responsable du livre ou prête-nom, n'était qu'un comparse ». Zbid., p. 221. Ce serait un incident de ce qu'il appelle le procès des mystiques, que Richelieu conduisit avec vigueur, poussé en cela par le P. Joseph. Celui-ci se montra souvent préoccupé de la confusion possible entre la vraie et la fausse piété et la dénonçait aux filles du Calvaire. « Tous deux, dit Fagniez, se flattèrent d’avoir étoufté au berceau l’illuminisme et le jansénisme.» Le P. Joseph et Richelieu, t. 1, Paris, 1894, 2 vol. in-8°, p. 59. Dès 1627, l'Éminence grise avait mené rondement l’affaire des illuminés de Chartres et de Picardie; en 1632, il fait mettre à la Bastille deux capucins « très sages en apparence » et leur imprimeur; en 1634, il fait enlever de Montdidier et conduire à Paris, malgré l’'évèque d'Amiens, toutes les religieuses hospitalières qui ne paraissent pas avoir été bien coupables. Batterel
Op. cit., p. 179. Le P. Bourgoing, qui était son parent et qui avait travaillé à changer l’ordre de Bastille, ne put rien obtenir. En 1640 ou 1641, Jean-Pierre Camus fut menacé de la prison pour avoir écrit La défense du pur amour et Caritée. Voir Bremond, Procès des mystiques, p. 218 sq. En 1638, il n’y ἃ pas encore de jansénistes : Arnauld et Saint-Cyran « appartiennent encore tous les deux au front théocentriste, où ils donnent la main, d’un côté au salésien Camus, de l’autre au bérullien Seguenot; et c’est contre ce front unique, le front, pour ainsi parler, du « premier « commandement », qu'est dirigée l'offensive de Sirmond et de Richelieu ». Zbid., p. 274. Peut-être qu’un peu moins de violence n'aurait pas autant favorisé l’éclosion du jansénisme après la délivrance et la mort de Saint-Cyran.
3° Après la sortie de prison. — « Il rentra, dit Richard Simon, dans la congrégation sans aucune flétrissure. » Op. cit., p. 330. Il devient successivement supérieur à La Rochelle, Clermont, Rouen, Tours, où il contribue comme confesseur à la conversion de l’abbé de Rancé, à Troyes ensuite; est nommé enfin assistant à l’assemblée de 1661. Accusé faussement de jansénisme auprès du nonce, il est relégué par ordre de la cour à Boulogne, juillet 1662, avec les PP. du Juannet et Du Breuil. Une requête au roi du P. Senault l’en fait revenir en 1663; il est de nouveau nommé assistant en 1666, supérieur de la maison de Paris en 1667, préside en 1672 l’assemblée où est élu supérieur général le P. Abel de Sainte-Marthe et meurt très saintement le 11 mai 1676 à l’âge de 80 ans. Il laissait en manuscrit une traduction latine du livre Des grandeurs de Jésus du P. de Bérulle qui n’a jamais été publiée.
Batterel, Mémoires domestiques pour servir à l'histoire de l'Oratoire, t. 11, Paris, 1903, in-8°; Le P. Charles de Condren, p. 49, Le P. Claude Seguenot, p. 158 sq.; H. Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux, t. 111, p. 325, 331, 425; t. var, p. 1133 t. varx, p. 272; t. x, p. 321; t. χε, p. 219-223, 225, 226, 232, 274; Fagniez, Le P. Joseph et Richelieu, Paris, 1894, t. 11, p. 1-59; Ingold, Supplément à l'essai de bibliographie oratorienne; Sainte-Beuve, Port-Royal, 2e éd., t.1, p. 336, 490; Richard Simon, Bibliothèque critique, Amsterdam, t.11, 1708, ο. xx1, p. 324, acte de condamnation par les principaux de la congrégation des Remarques sur le livre De la virginité; c. xxI1, p. 328 sq., Réflexions sur l’acte précédent et sur le livre De la virginité.
A. MOLIEN.
SEGUIN Jérôme, jésuite français (Xvire 5.). — Né à Paris en 1607, frère du premier médecin de la reine, il entra dans la Compagnie en 1627; il professa la philosophie pendant six ans, la théologie dogmatique et morale pendant neuf ans. Il mourut à Paris en 1655.
La part qu’il prit à la controverse sur la Fréquente communion lui valut une certaine notoriété. Après les élans oratoires du P. Nouët, après les réfutations et les attaques des PP. Lombard et Petau, Seguin publia, anonyme, un Sommaire de la théologie d’Arnauld, 1643. En un style de bataille (« ouvrage qui ne respire que le sang », dit Hermant, Mémoires, L. 1, p. 280; « paroles de sang », écrit Arnauld dans son Apologie de Saint- Cyran, Œuvres, t. ΧΧΙΧ, p. 186), il essayait de découvrir la conformité de la doctrine d’Arnauld avec celle de Saint-Cyran, établie d’après l'Information de 1638. ΤΠ publiait pour la première fois les trente célèbres Maximes tirées de l’Information, dont l’authenticité a été si fort discutée. (Arnauld consacrera deux des quatre parties de l’Apologie de Saint-Cyran à une Réponse à l'extrait d’une Information prétendue, s'attachant à en prouver la fausseté ou tout au moins la déformation, et à la réfuter de point en point, Œuvres, t. xxIx, p.173-316:)
Attaqué pour sa doctrine eucharistique, l’auteur de La fréquente communion voulut répondre. A l'adresse surtout de Petau, mais aussi de Seguin et d’autres, il écrivit la même année, 1643, La tradition de l’Église sur le sujet de la pénitence et de la fréquente communion. Il s’y efforçait d’atténuer ce qui avait pu d’abord choquer, et l'affaire en serait restée là, si Brachet de La Milletière, pasteur calviniste sur le point de se convertir (1645), n’eût trouvé l’occasion belle d’utiliser la controverse pour essayer de rapprocher les points de vue calviniste et arnaldien dans Le pacifique véritable sur le débat de l'usage légitime du sacrement de pénitence. Tandis que la Sorbonne censurait ce livre, et qu'Arnauld s’empressait de réfuter le malencontreux pasteur, Seguin, toujours fougueux, exploita cet essai de conciliation entre Arnauld et Calvin dans un violent opuseule anonyme : À pplication de la censure du livre intitulé « Le pacifique véritable » au livre de la Fréquente communion, in-4°, 1644, où puisa largement l’auteur (Henri de Bourbon, croit-on) des Remarques chrestiennes et catholiques sur le livre de la Fréquente communion, 1644.
Sur ces entrefaites, Arnauld avait présenté sa défense à Marie de Médicis dans une Lettre publique, où il affirmait sa soumission à la hiérarchie. Seguin n’y put tenir. Toujours sous le voile de l’anonymat, il lança une Response à l’apologie du sieur. Arnauld contenue en sa lettre adressée à la reyne régente…, in-4°, 1644, sorte d’appel au pouvoir royal et de mise en garde contre la doctrine janséniste, aux conséquences désastreuses, et contre la personne d’Arnauld, aux projets subversifs. En passant, il disait aussi leur fait aux évêques approbateurs de la Fréquente.
A la littérature extraordinairement abondante qui continua à alimenter cette polémique, Seguin devait encore ajouter. En 1646 parut la Défense de MM. les Prélats approbateurs du Livre de la Fréquente communion… pour servir de réponse à deux libelles publiés par les jésuites intitulés : Réponse à l’Apologie du 8: Arnauld… et Application de la Censure…., in-4°. Cette Défense qui visait surtout Seguin avait sans doute été composée par Arnauld. En tout cas, elle le justifiait, lui et son livre. Elle attaquait aussi. « On y dévoile, devait écrire plus tard l’éditeur d’Arnauld, les intrigues monstrueuses des jésuites dans cette affaire et la conformité de leur conduite avec celle de la plus grande partie des hérétiques de tous les siècles ». Œuvres, t. XXVI, p. ΟΧΧΙΧ. Seguin riposta par un in-folio où il reprenait toutes les accusations antérieures : Causa commotionis in Gallia adversus librum De frequenti communione…, La Flèche, 1647.
Que la vivacité, l’aigreur et l’inanité d'attaques trop souvent personnelles ne fassent pas oublier cependant la gravité objective du débat, puisque trois des erreurs jansénistes proscrites par décret du Saint- Office du 7 décembre 1690, sont extraites, au moins quant au sens, de la Fréquente communion. Cf. Denzinger-Bannwart, n. 1308, 1312, 1313.
Arnauld, Œuvres, aux références données plus haut; A. de Meyer, Les premières controverses jansénistes, Louvain, 1917, sect. 11, c.11-1V ; en appendice, p. 496-499, on trouve les Maximes; ἃ. Hermant, Mémoires, t. 1, passim; Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vir, col. 1098-1099; Sotwell, Bibl. scriptorum Societ. Jesu, p. 347.
A. RAYEZ
SÉGUR (Louis-Gaston de), prélat français, 1820-1881. — Né à Paris le 15 avril 1820, Louis-
Gaston de Ségur manifesta dans sa jeunesse certaines aptitudes pour le dessin et la peinture et fréquenta même pendant quelques mois chez Paul Delacroix. Puis il étudia le droit et fut nommé attaché d’ambassade auprès du Saint-Siège. En cette qualité il séjourna un an à Rome, 22 février 1842-janvier 1843; de retour à Paris, il entra au séminaire Saint-Sulpice et fut