SEGUIN (JÉROME) — SÉGUR (L.-G. DE
ordonné prêtre par Mgr Affre le 17 décembre 1847. Dès lors il consacra son zèle à exercer le ministère auprès des petits et des délaissés : enfants pauvres, apprentis, ouvriers, prisonniers militaires. Pour être plus libre dans son apostolat, il quitta sa famille et forma une communauté de prêtres animés du même esprit de pauvreté que lui et du même amour de Dieu. Patronages, retraites, catéchismes épuisent tellement ses forces, qu'il tombe malade et doit s’arrêter quelques mois. Rétabli, il est nommé auditeur de Rote pour la France, et en cette qualité séjourne à Rome de 1852 à 1856. La communauté qu’il avait constituée à Paris ne survécut pas à son départ. Étant sur ces entrefaites devenu tout à fait aveugle, il donne sa démission et rentre à Paris où il passe les vingt-cinq dernières années de sa vie. Pie IX l’avait nommé protonotaire apostolique, le 4 janvier 1856. Napoléon III le fit chanoine de Saint-Denis. Le saint prêtre mourut le 9 juin 1881 dans son appartement de la rue du Bac. Ses funérailles furent un triomphe : une foule considérable d'ouvriers et de pauvres accompagna celui qui les avait tant aimés et si efficacement secourus.
Mgr de Ségur fut surtout, et peut-être exclusivement, un directeur d’âmes, et la plupart de ses écrits, très nombreux, mais aussi très brefs, sont des traités de piété ou de dévotion. Sa doctrine théologique était celle de l’École française (voir spécialement Nos grandeurs en Jésus) et le but que sa direction poursuivait était de former dans le chrétien la vie de Jésus. Dans cette intention il écrivit La piété et la vie intérieure, en 8 vol., dont l’un avait pour titre Jésus vivant en nous; la traduction italienne de cet opuscule fut mise à l’Index par décret du 30 juin 1869. La théorie générale de la présence de Dieu en nous était susceptible d’interprétations panthéistes, et les applications de la doctrine pouvaient être suspectées de quiétisme. Avec une grande soumission, l’auteur fit retirer du commerce toute l’édition française, refit entièrement le traité inculpé, le soumit à Pie IX, et le publia sous le titre nouveau : La grâce et l’amour de Jésus. Comme les maîtres de l’École française, comme Bérulle en particulier, Mgr de Ségur insiste beaucoup sur l’incorporation du chrétien à Jésus. 11 ne contribua pas peu à ramener l’attention de ses contemporains sur la doctrine que les spirituels du xvrre siècle français puisaient directement dans les écrits de saint Paul et de saint Jean. On pourrait noter cependant que, chez Mgr de Ségur, comme du reste chez Mgr Gay, qui fut Jui aussi grand disciple de Bérulle et de M. Olier, la spiritualité de saint François de Sales a laissé plus d’une empreinte, spécialement dans les petits traités sur les vertus. Mais ce n’est Ἰὰ qu’une nuance; le fond reste profondément bérullien. Pour les enfants, il composa un charmant ouvrage, La piélé enseignée aux enfants, qui est encore réédité avec grand succès.
Sa méthode de direction était : 1. la fréquentation des sacrements, Traité sur la confession, Trailé sur la sainte communion dans lequel il recommande la communion fréquente et même quotidienne; 2, la pratique des œuvres de charité envers le prochain; 3. une grande dévotion envers la sainte Vierge; 4. et l’amour de l’Église et du pape. Sur ce dernier sujet, il écrivit plusieurs opuscules, ainsi Le pape, Le souverain pontife, et deux autres destinés à défendre la définition du concile du Vatican : Le pape est infaillible et Le dogme de l’infaillibilité. Signalons un ouvrage de polémique, Les causeries sur le protestantisme, Paris, 1869, pour réagir contre la propagande protestante du x1x® siècle, et en particulier pour répondre à la réédition des ouvrages de Marnix de Sainte-Aldegonde.
Écrits. — Œuvres complètes, 16 vol. in-8°; Instructions familières, 2 vol. in-12; Lettres de Mgr de Ségur à ses filles spirituelles, Paris, 1923, in-12.
Études. — H. Chaumont, Mgr de Ségur, directeur des âmes, Paris, 1884, 2 vol. in-12; marquis de Ségur, Mgr de Ségur, souvenirs et récits d’un frère, Paris, 1891, in-S°; marquis de Moussac, Mgr de Ségur, Paris, 1913, in-12; M. Even, Mgr Gaston de Ségur, Paris, 1936, in-12.