C. Antoine
ETERNELS. C'est le nom assez arbitrairement choisi par l'auteur du Dictionnaire des hérésies, Migne, t. I, col. 677, pour désigner, sans la moindre référence, certains chrétiens des premiers siècles qui croyaient que, après la résurrection générale, le monde durera éternellement tel qu'il est aujourd'hui. Il est vrai que le premier écrivain ecclésiastique qui nous révèle l'existence d'une telle opinion, Philastrius, ne sait comment qualifier ses partisans, Hœr., 80, P. L., t. XII, col. 1192; il nous apprend, du moins, qu'ils ne se laissaient pas arrêter par le passage si formel de Notre-Seigneur : « Le ciel et la terre passeront, » Matth., xxiv, 35; Marc, xiii, 31; Luc, xxi, 33,
pas i)lus du reste que |jar les autres passages de l'Écriture, où il est dit qu'il y aura des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Is., lxv, 17; II Pet., m, 13; Apoc, xxi, 1. Il ne s'agit pas là, pensaient-ils, d'un changement pro])rement dit, au point qu'il doive y avoir des créatures nouvelles, un autre ciel et une autre terre, mais plutôt d'une restauration qui procurera à tout ce qui existe actuellement plus d'éclat et plus de gloire, comme saint Paul l'aflirme en i)articulier du corps de l'homme, I Cor., xv, 44; et ils ajoutaient que le monde, ainsi transformé, n'aura plus de fin. Saint Augustin, qui em|)runte ces courts renseignements à l'évêque de Brescia, ne sait comment appeler cette hérésie, sine auctore et sine nomine. Hier., 67, P. L., t. XLii, col. 42. Mais, postérieurement, l'auteur ûuPnvdcstinatiis n'hésite pas : sans indiquer ses sources, il l'appelle l'hérésie des sataunicns, du nom de leur chef, Sataunius, personnage d'ailleurs complètement inconnu. Prœdest., G", P. L., t. lui, col. 610.
S. Philastrius, Ilœr., 80, P. I.., t. xii, col. 1192; S. Augustin, De huer., 67, P. L., t. XLii, col. 42; Migne, Diclionndire des Iiérésies, Paris, 1847, t. i, col. 677.
G. Bareille.
ETERNITE. — I. Notions philosophiques. II. Éternité, attribut divin. III. Éternité participée. IV. Éternité improprement dite.
I. Notions philosophiques. — L'éternité nous échappe totalement; pour nous en faire une idée, il nous faut partir de la notion du temps, qui tombe sous notre expérience. Sans entrer dans toutes les discussions philosophiques que soulèvent les problèmes ardus de l'espace et du temps, tenons-nous en aux données générales, expression du bon sens et traduction de l'expérience sensible.
1° Le temps a son fondement réel dans le mouvement local. Saint Thomas l'a défini après Aristote : numerus motus secundum prias et posterius. Physic, 1. IV, lect. xviii. Le « nombre » n'est pas pris ici in abstracto, mais il consiste dans la réalité même des instants se succédant les uns aux autres sans interruption et de façon continue. C'est ce que saint Thomas appelle le nombre nombre i)ar opposition au nombre nombrant : numerus numerutus, nunjerus numeravs. Loc. cit. Succession des instants, l'avant et l'après, tel se présente à nous le temps. Sa continuité est celle du mouvement lui-même, qu'on a défini précisément : acius eniis in potcniia quatenus in potentia, acte d'un être toujours en puissance d'un acte subséquent. En réalité, le temps dépend donc du mouvement, dont il mesure les actes successifs.
La notion de temps comporte également une idée de commencement et de fin. Non pas qu'essentiellement le temps doive avoir un commencement ou une fin, car le temps peut se concevoir comme ayant duré et comme devant durer toujours, mais parce qu'il suppose, aux choses mesurées par lui, un commencement et une fin : « Il n'y a à être mesuré par le temps que les choses qui ont un commencement et une fin dans le temps... et cela, parce que, dans tout être qui est mû, se doit pouvoir assigner un certain commencement, une certaine fin. » Sum. theol., P, q. x, a. 1. Laissant de côté les questions de subtile méthaphysique dont Cajctan nous livre le secret, dans son commentaire sur cet article, disons immédiatement qu'il ne s'agit pas ici de réprouver l'hypothèse d'une création ab œtcrno. Mais faisant abstraction de ce problème spécial, déjà envisagé, voir Création, t. ii, col. 2086, et surtout col. 2174-2181, nous disons que la notion de temps comi)orLe pour les êtres mesurés par lui un conuuencement et une fin, sinon réels, au moins virtuels. On appelle un commencement virtuel l'assignation d'un point déterminé auquel aurait pu commencer le mouvement, à supposer qu'il n'ait
ETERNITE
pas été éternel. L'exemple apporté par Cajetan nous fait mieux saisir cette nécessité. Supposons une sphère tournant sur elle-même et se mouvant depuis toujours. On ne peut pas assigner en elle un point où le mouvement aurait commencé, puisque, par hypothèse, il n'aurait pas commencé; mais il y a possibilité de trouver en elle ce point de début, à supposer que son mouvement ait commencé. Voilà l'assignation virtuelle du commencement : de même pour la fin. Donc il est juste de dire que la notion de temps renferme une idée de commencement et de fin.
2» L'éternité, comme le temps, est une durée. Mais il est évident que les sens du mot « durée » sont purement analogues. L'élément semblable, c'est l'idée de mesure. Pour arriver à concevoir ce qui, dans cette idée de mesure, appartient en propre à l'éternité, il faut procéder par l'élimination des cléments parliculiers au temps. Ainsi, nous nous formerons un concept, au moins négatif, de l'éternité.
1. L'éternité est une durée sans commencement ni fin, non seulement en fait, mais même quant à la simple possibilité. Aucune assignation virtuelle d'un commencement ou d'une fin n'est jîossible dans l'éternité. C'est cette idée (|u'exprime le terme scolastique, intcrniinubililas, impossibilité d'assigner un terme quelconque.
2. Exclusion de toute mutation ou succession, non seulement réelles, mais encore simplement possibles. On pourrait, en effet, imaginer un esprit pur, créé de toute éternité, fixé dans le même acte d'intelligence et de volonté depuis toujours, et n'apportant aucune modification à cet acte. Cet esi)rit pur n'aurait cependant pas encore l'éternité en jiartage, car il lui serait toujours possible de réaliser d'autres actes, et, d'ailleurs, l'assignation virluelle de son commencement comme de sa fin serait toujours là pourindiquercjue la mesure de son existence n'est pas l'éternité : Dieu aurait pu ne pas le créer, connue il pourrait, à un instant donné, le faire rentrer dans le néant. L'exclusion de toute mutation, même simplcmenl jwssible, c'est le deuxième élément de l'éternité, intninsinulabililas.
On connaît la définition classi(|ue de Hoéce : .Eterniias est intfTmin<il)ilis vitœ loto simul cl ixT/cctaposscssio. De coiisolulionr, I. V, pros. fi. Le terme imsscssio est employé pour indiquer la permanence, la stabilité de l'éternité ; tota siimil cl j>rrf(ct(i excluent l'idée d'une durée créée et formée d'instants imparfaits se succédant les uns aux autres; l'éternité est vie et pas seulement existence : c'est la vie agissant, possédant, <lans un j)résent toujours i(lenti(|ue, toutes les perfections; c'est la vie sans terme, intcnninabilis, sans coMimencemenl ni fin, menu- simplement i)ossibles; elle est toia simul. Cf. Gonet, Clijpcns Ihcologiœ Ihoniistirre,\.T. \, dis]). IV, a. 7, § L
Les anciens philosophes avaient déjà compris ainsi la notion d'éternité proprement dite, l'ctau, Theol. ilugm. De Dm, I. III, c. iv, cite expressément les témoignages de plusieurs d'entre eux. Les l'ères de ri'^glisc et les théologiens de toute épo(|ue et de toute école sont également unanimes sur ce ])oint. Nous parlerons tout à l'heure de certaines expressions, propres à quelques-uns, el relatives aux personnes de la sainte Trinité.
.'3" Avant d'envisager les rapports de l'éternité au temps, il convient d'expli(|uer aussi brièvement (|ue possible la notion d'uviim ou éternité participée, dont nous aurons à faire tout à l'heure les applications théologiques. Le mot latin wviim correspond, en grec, au mot a'.uii, dont il n'est, d'ailleurs, que la reproduction littérale. .Mais tandis que la tradition patrislique n'a pas conféré au terme aliôv une signification très précise, et qu'on le trouve employé pour
désigner toutes les durées, depuis celle de l'éternité jusqu'à la durée du temps (avec une idée de longueur), l'usage de l'École lui a donné un sens très déterminé. Il ne s'applique qu'à la durée qui participe à la fois de l'éternité et du temps. C'est dans ce sens que nous l'employons dès maintenant.
Un esprit pur, im ange, par exemple, réalise d'un seul coup la perfection d'essence et d'existence que son être comporte. Aussi, c'est l'immutabilité complète dans ses éléments essentiels. Sa permanence dans l'être sera donc analogue à celle de Dieu. .Je dis simplement analogue, car, en nous reportant à la supposition faite plus haut, il serait toujours possible à Dieu d'annihiler cet esprit pur et de lui imposer ainsi réellement une fin; néanmoins, il faut reconnaître que r'imnuitabilité absolue est, en fait, le partage de sa nature. Mais, quant à ses opérations, l'esprit pur n'est plus immuable : une pensée peut faire place à une autre pensée, unevolition succéder à une volition antérieure, il peut y avoir ap[)lication de son énergie en tel lieu, puis en tel autre. Donc, succession réelle qui, sans être nécessairement continue, afi'ecte les actes de cet esprit, sans affecter sa nature elle-même. L'avant et l'après accidentels se trouvent joints à l'immutabilité essentielle.
Tandis que l'idée de temps comporte une succession d'actes avec relation de continuité entre eux, et cela dans un sujet affecté en son essence par cette succession, l'idée d'a'vuin ne comporte qu'une succession accessoire d'actes, sans continuité nécessaire entre eux, simplement juxtaposée à l'immutabilité parfaite de la nature, source de ces opérations. Tel est i'wvuin, qui, en soi, n'a pas d'avant et d'après, mais auquel cet avant et cet après peuvent s'adjoindre, en vertu des actes posés par des êtres mesurés par Va^vuni. Conception dilTicile à saisir, quoique logique; plus difficile à saisir que celle de l'éternité : l'éternité, c'est l'immobilité complète, sans adjonction possible de succession; Vivvuin représente une immoljilité essentielle, jointe à une mobilité accidentelle. Notre imagination est complètement déroutée. C.f. Siim. tlu'oL, I», q. x, a. .5.
4° Il convient maintenant d'établir brièvement les rapports de l'éternité (t de Vccrum au temps.
.\ proprement parler, il n'y a aucun rapport possible entre l'éternité et le tenqis, si ce n'est (pie le temiis est la mesure de certains êtres incapables d'être mesures par l'éternité. Néanmoins, comme il existe des rapports entre Dieu et ses créatures, il faut se demander comment l'éternité est une mesure par rajiport au temps. Saint Thomas aborde cette question à projios de la science des futurs contingents en Dieu. Sum. Ihcol., I", q. xiv, a. 13. L'éternité, dit-il en substance, est un présent toujours identiciue à lui-même : en elle, nulle succession, pas d'avant ni d'après; elle correspond donc actuellement à tous les moments du temps et à chacun d'entre eux. Le rapport de succession qui lie dans le temps les événements passés et futurs existe ainsi en Dieu dans le même acte (jui englobe tout : en Dieu, ni ])assé, ni futur, tout est simullaïuiuenl présent, parce f|ue Dieu, c'est l'éternité même. C'est ainsi (|ue les théologiens expli(|uenl la connaissance que Dieu a des futurs contingents en eux niêmes, et non |)as seulement en leurs causes. Voir Sc.iKNcr. de DiKi". L'exem])le classi(|ue est celui du jioinl fixe au centre d'une sphère ))arfaitemenl ronde : tous les l)oints de la surface sphèri<iue, quel <|ue soit leurrapjiort entre eux, se trouvent, jiar rapiiort au centre, dans la même situation. La conqiaraison iièclie sans doute par plus d'un côté, mais elle est suffisante pour faireentrevoir la relation de l'éternité au temps. L'éternité coexiste donc au temps, en l'excédant à l'infini; le temps coexiste à l'éternité, mais sans l'égaler.
ETERNlTli
h'ii'viim, quoique indivisible et immobile, ne peut coexister au temps, en l'excédant à l'infini, car, mesure des esprits créés, il est fini comme eux et ne peut contenir simultanément le passé, le présent et le futur. Il ne coexiste aux événements mesurés par le temps qu'à l'instant même où se produisent ces événements, absolument comme le bâton, lixe et immobile dans un cours d'eau, sans changer do place, reçoit cependant le contact de toute l'eau du fleuve à mesure qu'elle coule près de lui. C'est l'application de la définition que nous avons donnée plus haut de Vœvum : ici encore, l'imagination nous est de peu de ressource. Cf. Gonet, Clijpeus Iheologise thotnislicœ, tr. VIII, disp. VI, a. un., n. 4.
5° Une dernière question débattue entre philosophes sert à préciser davantage ces notions et à en montrer l'intime connexion avec l'ontologie thomiste. Plusieurs scolastiques se sont demandé si le terme « durée », appliqué à l'éternité, n'était pas une contradiction. Au premier abord, en effet, le concept de durée paraît présenter une idée de succession; or, nous avons vu que l'éternité ne comporte aucune idée de succession, même simplement envisagée comme possible. Aussi Auriol, In IV Sent., 1. I, dist. XIX, q. ii, a. 2, refuse d'appeler « durée » l'éternité. L'éternité, d'après lui, ne serait autre chose que la nature divine, en tant qu'apte à coexister avec un temps infini imaginaire. Personne ne nie qu'en réalité l'éternité s'identifie avec Dieu lui-même, mais l'explication d'Auriol ne vaut pas mieux que l'écueil qu'il voudrait éviter : une succession possible à l'infini (tel serait ce temps imaginaire) est aussi préjudiciable à l'idée d'éternité qu'une succession réelle. Il vaut mieux répondre avec Gonet, loc. cit., alTirmant la doctrine de saint Thomas, In IV Sent., 1. I, dist. XIX, q. ii, a. 2, que l'éternité, le temps et Vœvum sont tous trois des durées et comme les trois espèces d'un même genre. Mais l'idée de succession n'est pas essentielle à l'idée de durée : la durée consiste dans la permanence de l'être; plus un être s'éloigne dans son essence ou dans ses opérations de l'être parfait, de l'acte pur, plus il s'éloigne de la permanence parfaite dans l'être. L'acte pur, sans mélange de puissance, principe de mutabilité, représentera donc la permanence absolue dans l'être; les esprits purs, dont l'essence cependant est puissance par rapport à l'existence et aux opérations, participeront de la durée parfaite dans la mesure où ils sont actes purs; de la durée imparfaite, qui implique succession réelle ou fin virtuelle, dans la mesure où ils sont puissance; enfin, les êtres corporels, essentiellement et sous tous rapports composés d'acte et de puissance, seront soumis à la durée la moins parfaite, le temps, qui mesurera toutes leurs mutations, essentielles et accidentelles.
Nous retrouvons ici, à la base de la théorie philosophique de l'éternité, la doctrine fondamentale de l'acte et de la puissance, de l'essence et de l'existence, tant il est vrai que, dans le système de saint Thomas, tout s'enchaîne logiquement et que les grands principes de l'ontologie supportent tout l'édifice de la doctrine. Voir Essence, col. 845.
II. Éternité, attribut divin. — Que l'éternité soit un attribut divin, c'est là une vérité que la seule raison suffit à prouver. L'afTirmation de l'éternité divine se trouve également dans l'Écriture sainte et dans la tradition : mais ici, le théologien doit tenir compte du mystère de la sainte Trinité et de l'attribution de l'éternité à chacune des trois personnes. Autour de la vérité de foi gravitent plusieurs questions secondaires dont la théologie ne se désintéresse pas complètement. Nous allons passer en revue celles-ci et celle-là.
1" Affirmation de l'éternité divine. — 1. La raison
déduit l'éternilé de Dieu de son immutabilité parfaite. De même que le temps se fonde sur le mouvement, de même l'éternité est la conséquence de l'immutabilité. L'acte pur ne peut être qu'éternel. Cette position est celle de tous les théologiens qui procèdent par voie de déduction, sauf saint Anselme, qui semble déduire l'immutabilité de l'éternité. Cf. Monoloi/iiim, c. XXV, P. L., t. CLviii, col. 178. L'induction, en prenant comme point de départ la durée successive du temps, aboutira, par voie de négation des imperfections, à l'idée de durée permanente, c'est-à-dire d'éternité, comme attribut divin. Sur ces deux procédés d'arriver à la connaissance des attributs de Dieu, voir Attributs, t. i, col. 2226; Dieu, t. iv, col. 1157.
Parce que Dieu est acte pur, l'éternité n'est autre chose en réalité que Dieu lui-même. Parce que l'essence de Dieu est son existence même. Dieu est non seulement éternel, mais il est son éternité. Telle est l'expression de saint Thomas, Sum. theol., I^, q. x, a. 2; cf. Contra gent., 1. 1, c. xv, après saint Augustin, Enar. in ps. ci, serm. ii, 10, P.L., t. xxxvii, coL 1311; saint Grégoire, Moral., 1. XVI, c. x, P. L., t. lxxv, col. 119. 11 ne peut donc y avoir deux principes coexistants de toute éternité et indépendants l'un de l'autre. Ainsi se trouve réfutée d'avance l'erreur fondamentale du manichéisme. Voir ce mot.
2. Mais c'est surtout à l'Écriture sainte que le théologien doit demander l'affirmation de l'éternité divine. Les théologiens ont l'habitude de déduire l'éternité divine du nom ineffable mn', Exod., m, 14, et de toutes les expressions qui marquent l'absolue permanence de Dieu dans l'être. Voir Dieu, t. iv, col. 954-962. C'est ainsi que Notre-Seigneur Jésus-Christ affirme de lui-même l'éternité dans sa réponse aux Juifs, Joa., VIII, 58 : Aniequam Abraliani fieret, ego sum, et saint Paul, reprenant le texte du ps. ci (en), 25-28, exprime la même idée au sujet du Sauveur, Heb., i, 5-12 : Ipsi peribunt, tu autem permanebis..., tu autem idem ipse es, même par rapport aux anges.
Le nom d'Éternel a été constamment donné à Dieu par les Juifs et les chrétiens. Gen., xxi, 33; Bar., IV, 7; Dan., vi, 26; xiii, 42; Eccli., xviii, 1; Il Mach., I, 25; Rom., xvi, 26. Dans tous ces passages l'expression œlernus semble devoir être prise dans vm sens absolu; on peut en rapprocher les formules si courantes in seternum, in sempiternum, in ssecula sxculorum, in seternum et ultra; cette dernière rend d'ailleurs insuffisamment le pléonasme voulu de l'hébreu pour mieux afiirmer l'idée d'éternité : "iv
VT
aSyb. Exod., xv, 18; Mich., iv, 5; cf. Deut., xxxii, 4;
Ps. IX, 8; xci, 9; Dan., iv, 31; Eccli., xviii, 1; Apoc.,i, 18; IV, 9-10; v, 14.
Des figures et des comparaisons expriment la même idée : le nombre des années de Dieu ne saurait être compté. Job, XXXVI, 26; Dieu reste à jamais, tandis que les impies passent, Ps. ix, 8; il habite l'éternité, Is., Lvii, 15; il est l'Ancien des jours. Dan., vu, 9.
Son existence est en dehors du temps : au principe de toutes choses, c'est-à-dire avant que rien n'existât encore. Dieu était déjà, Joa.,i, 1, 2; cf. 3; Gen., i, 1, quoique, en cet endroit, principiumn'ait pas la même signification qu'en Joa., i ; son existence précède le temps, Eccli., xlii, 21, pensée que l'on rencontre souvent exprimée sous diverses formes, ante consiiiU' tionem nmndi, Joa., xvii, 24; Eph., i,4; I Pet., i, 10; aniequam terra fieret, Prov., viii, 23; Ps. lxxxix (xc), 2; ante hiciferum. Ps. cix, 3. L'éternité de Dieu, considérée par rapport au temps, est encore exprimée par ces paroles de l'Apoc, i, 4 : gratia vobis et pax, âno 0 (ov /.al ô r,v y.ai 6 éç)-/ô\i.E.-ioç, qui montrent clairement que toutes différences de passé et de futur
ETERNITE
doivent cire écartées de Dieu. Voir t. i, col. 1476; cf. Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux, art. Éternité.
Relativement au mystère de la sainte Trinité, l'éternité du Fils est clairement afTirmée dans Heb., i, 5-12; Joa., VIII, 58; Mich., v, 2; Ps. cix, 3. De l'Esprit- Saint éternel, il n'est parlé nulle part explicitement, mais il est facile de déduire l'attribut d'éternité de la divinité du Saint-Esprit.
3. Sur ce point spécial de l'éternité de Dieu, aucune hésitation dans la tradition de l'Église : sa doctrine a toujours été que Dieu ne pouvait qu'être éternel. Le seul aspect intéressant de la croyance à l'éternité de Dieu concerne les controverses trinitaires des premiers siècles.
La doctrine authentique de l'Église est, dès l'âge apostolique, que, les trois personnes étant Dieu, chacune des trois est éternelle. L'affirniation solennelle de cette croyance eut lieu au I''' concile de Nicée, en 325, lorsque l'hérésie arienne fut anathématisée. Peut-être avons-nous même un document antérieur, la profession de foi du concile d'Antioche, vers 267, condamnant Paul de Samosatc : Profilemur et prœdiccimiis Filiiim Dei Dciim esse [sapicnliam et virtulem Dci ante sœcula existentem, et les Pères anathématisent celui qui refuserait de croire Filiiim Dei esse ante constitiitionem muncli. IVIansi, Concil., t. i, col. 1033. Cette profession de foi, probablement inauthentique, est cependant très ancienne. Cf. Hefelc, Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. i, p. 197, note 4; p. 198, note 4. Le concile de Xicée a proclamé l'éternité du Fils dans la formule ajoutée au symbole : Toù; lï XeYOVTa;' r,v Ttote 8tî ou-/. r,v y.al îrpiv yt-r/rfif^'^OLi où-/. f,v..., àva9eu.âT!Ï£t r, xa6o).!xr| èxy.ÀTiufa. Denzinger- Bannwart, n. 54. Mais les controverses portaient directement, comme on le sait, sur la consubstantialité; ce n'est que par voie de conséquence que l'éternité était en jeu. Aussi sufTit-ilici de renvoyer à l'art. Arianisme, t. i, col. 1 779.
La croyance en l'éternité du Saint-Esprit a été également affirmée d'une manière indirecte au f^ concile de Constantinoplc, par la délinition de sa procession éternelle du Père, et de sou égalité au l'ère et au Fils, comme Seigneur, digne de toute adoration et de toute louange. Voir Esfiut-Saint, col. 808. Par voie de conséquence, elle était également niée par les hérétiques, refusant au Saint-Esprit, soit la personnalité, voir Sauri.i.iamsmk, soit la consubslantialité avec le Père, voir ^Lvcédonius.
Dans leurs réfutations des ariens, les Pères sont amenés à déclarer que l'éternité ai)i)artient à Dieu seul en propre, et c'est parce que les siècles (aifovsç) sont l'œuvre du Fils que celui-ci est éternel, et que les siècles ne le sont pas. Cf. S. Basile, Contra Hiinomium, 1. II, n. 12, 13, P. (i., t. xxix, col. 594-598.
Le concile de Heims, en 1118, résume la doctrine catholique de l'éternité de Dieu, Père, Fils el i:sprit, dans son canon 3. Le canon 1 affirme que l'éternité de Dieu, c'est Dieu lui-même. Denz.inger-Hannwarth, n. 389. .392. Happelonscn terminant la formule du symbole dit d'.Mliauasc : .TUtcrnus Pater, wternus Filins, mtermts Spirilus Sanctus, ri tamen non très wirrni, sed unus œtrrnus. Denzinger-Hannwart, n. 39, cf. n. 420.
Deux remarques sont nécessaires sur la manière de s'exprimer des Pères de l'Église. Orlains d'entre eux semblent attribuer l'éternité au Père seul. Il n'ja là aucune erreur ni tendance au subordinatianisme. C'est par manière d'appropriation qu'ils parlent ainsi : on cite saint Ililaire, De Trinilidr, I. II, c. i, P. L., t. X, col. 51 : pseudo .\mbroise, F.rplanatio symholi ad iniliandos, P. L., t. xvii, col. 1156; saint Augustin, De Trinitfite, 1. VI, c. x. /'. /,., t. xui, col. 031. Les théologiens ont maintenu cette appropriation. Voir
Appropriation-, t. i, col. 1711. En ce cas, le Fils et le Saint-Esprit sont dits coéternels au Père. — Sous la plume des Pères grecs, l'expression aiiôv n'a pas toujours le sens d'éternité absolue. Saint Jean Damascène. De fidc orthodoxa, 1. II, c. i, P. G., t. xciv, col. 861, explique les différentes acceptions de ce mot, qu'on applique parfois aux durées temporaires assez longues, aussi bien qu'à l'éternité proprement dite ou à la durée des esprits. Nous allons d'ailleurs retrou\er toutes ces significations, soit dans la Bible soit dans la tradition. D'autres fois, immortalité est synonyme d'éternité. Cette expression se fonde sur I Tim., vi, 16. Toute immortalité participée et soumise à des changements, même simplement accidentels, n'est pas la vraie immortalité. Voir ce mot. Ainsi, Théodoret, Dial., m, P. G., t. lxxxiii, col. 268, décrit Dieu : o-J<ria âôàvaTo; où (j.£to-j<r!x o-j yàp Ttap' ÉTÉpou àôxvairiav ïyti ).a6wv. S. .\ugustin, Cont. Maxiniiiium, 1. I, c. xii, P. L., t. xlii, col. 768; In Joa., tr. XXIII, n. 9, P. L., t. xxxv, col. 1588; S. Bernard,//! Cuntic, serm. lxxxi, P. Z,.,t. clxxxiii, col. 1171. Cf. Petau, De Dec, \. III, c. iv, n. 10, 11.
2" Questions secondaires rekdives à l'éternité divine. — 1. L'éternité est-elle un attribut négatif ou positif? — Scot, Qiiodlib., q. vi, et Suarez, Mctaph., 1. IV, disp. L, enseignent que l'éternité est un attribut négatif. Scot dit qu'il est constitué par la négation de toute succession, voir t. iv, col. 1877; Suarez, par la négation de toute dépendance. Les thomistes enseignent généralement que l'éternité, bien que conçue négativement, voir plus haut, doit être considérée comme un attribut positif : « Les choses sim])les se définissent ordinairement par la négation; c'est ainsi qu'on définit le point : ce qui n'a pas de parties. Et cela ne veut pas dire que la négation fasse partie de son essence; c'est parce que notre intelligence, qui saisit d'abord le composé, ne peut arriver à la connaissance des choses simples qu'en éloignant d'elles la composition. « Snm. theol.^ I», q. x, a. 1, ad 1'"". Cf. Gonet, Chipens tlteologiœ thomistica", tr. 1, disp. IV, a. 5, § 2, n. 147. Voir Attributs divins, 1. 1, col. 2227; Anai.ouik, ibid., col. 1148.