C.\TIOX
2. Règles partieulières. — a) La plupart des hommes devant se procui-er par le travail les moyens nécessaires à leur subsistance, doivent s'adonner à un métier ou à une profession lucratifs. C'est là un devoir de charité envers soi-même. D'une manière générale, la nécessité du travail s'impose d'autant plus que la jjopulation du territoire est plus dense. Il est bien évident que, par suite de la concurrence, la quantité de biens matériels disponibles, je veux dire de biens que l'on peut se procurer sans travail ou avec peu de travail, celte quantité diminue à mesure que le nombre des parties prenantes augmente.
Ceiicndant, la nécessité pour l'homme du travail intellectuel ou corporel ne provient pas seulement de la nécessité de la subsistance quotidienne: elle découle encore de l'obligation de fuir l'oisiveté, afin d'éviter de toml)er dans toutes sortes de vices. Telle est, en effet, la condition de la nature corrompue par le péché originel que, si elle se laisse aller à l'oisiveté, elle ne tarde ])as à tomber dans le péché.
b) Les riches, <pii n'ont pas besoin de travailler pour se procurer le pain quotidien, sont soumis eux aussi à la loi du travail et doivent se créer des occupations utiles. Le danger d'oisiveté est imminent pour eux, et pour eux aussi l'oisiveté est la mère de tous les vices.
Le riche reçoit de nombreux bienfaits de la société : protection, sécurité pour sa personne et ses biens; il doit donc, en contribuant au bien comnuin par un travail adapté à sa situation, payer sa dette envers la société. Le riche fainéant ne serait qu'un iiarasite social.
L'oisiveté des riches est un exemple dissolvant pour la masse des travailleurs qui peinent et qui souffrent; elle excite l'envie, la rancune, la haine du peuple et préparc de terribles révoltes. Ceux qui i)ossèdent en abondance les biens de la terre satisferonl à la loi générale du travail en cultivant les arts, les lettres, les sciences, ou encore en se dévouant à la chose publique. Au reste, dans le temps où nous vivons, les riches n'ont que l'embarras du choix pour trouver une occupation utile. Les œuvres sociales catholiques, les institutions d'assistance pour les pauvres, les malades, les orphelins, l'action publicpie par la presse, les réunions, les associations, fournissent un vaste chamj) à l'activité de ceux que Dieu a comblés des biens de la fortune.
D'ailleurs, le riche satisfera en partie à la loi générale du travail en élevant chrélicnnement sa famille, en prenant soin de ses domestiques cl des autres personnes qui dé|)enilent de lui.
f) Nous avons considéré le choix d'un état en gêné-
ETATS DE VIE
ETERNITE
ral, d'une manière indéterminée quant à rolijct, mais il peut arriver que l'iionime se trouve en présence de l'obligation de choisir un état de vie délerminc. Cette obligation sera négative ou positire. J'appelle obligation négative celle qui défend d'entrer dans un état de vie déterminé. Cette obligation peut provenir d'un défaut de forces physiques ou intellectuelles dans le candidat, d'où il résulterait que celui-ci est incapable de remplir les devoirs particuliers de cet état. Elle peut encore prendre naissance d'un défaut de forces morales. Lorsque, i)ar exemple, quelqu'un est persuadé qu'il n'a pas le courage, la force de volonté, la constance nécessaires pour vivre dans un état déterminé.
L'obligation positive est celle qui prescrit de s'engager dans un état de vie déterminé. Cette obligation se produira lorsque l'homme a la certitude que, dans telles circonstances concrètes, tel état de vie est pour lui un moyen nécessaire de salut, par exemple, l'état de mariage ou l'état religieux.
La même obligation s'impose lorsque quelqu'un ne peut pas remplir des obligations graves sans embrasser un état déterminé, par exemple, l'obligation de continuer la profession paternelle pour aider ses parents, ses frères et sœurs en bas âge. Cependant, si quelqu'un éprouvait une grande répugnance à prendre telle profession, il faudrait considérer attentivement le cas, avant d'imposer une obligation grave. C'est le cas d'appliquer l'axiome : Carilas non obligat eum tanto incommoda.
Les parents doivent aider leurs enfants à se procurer un état qui leur periuette de gagnerhonorablemeiit leur vie; dans ce but, ils doivent consulter les capacités et les inclinations de leurs enfants, conformément aux principes posés plus haut.
Lorsqu'il s'agit du mariage ou de l'état de perfection, en soi, les enfants ne sont pas tenus d'obéir à leurs parents jiour le choix d'un état de vie. Toutefois, si les parents avaient un besoin pressant du secours de leurs enfants, ceux-ci pourraient, et même en certains cas devraient retarder l'époque de leur mariage ou de leur entrée en religion.
D'une manière générale, les enfants sont tenus de prendre conseil de leurs parents avant de contracter mariage, mais si le refus des parents est injuste, les enfants peuvent passer outre. S. Alphonse, Tlieol. mor., 1. VI, n. 849. D'après saint Alphonse de Liguori, il pourrait y avoir péché grave à refuser, s«;î.s un jusle motif, un mariage proposé par les parents, lorsque, par exemple, ce mariage est nécessaire à la réconciliation des familles ou encore à la subsistance de parents pauvres.
S. Thomas, Suin. theol., II" II', q. xxiv, a. 9; q. CLXxxni, a. 1, 4; q. CLXxxiv-cxxxvi; Optiscuhim de perfectione nitœ spirilualis; Passeiini, De hominiim slatibus et officiis; Suarez, De religione, tr. VII, 1. I, III; Lessius, £)e virliilibus cardinalibiis, 1. II, c. xr.i, dist. I; Bellarmin, Controo., 1. II, c. II ; Ballorini-Palmicri, Opiis llieologiciini, t. iv, tr. IX, c. i; Lehmkuhl, Theologia nioralis, t. i, n. .586 sq. ; Vernicprsch, De religiosis, part. I, c. i, a. 1 ; Noklin, Siimma theolodiiv moralis, II, De pin'ccptis, part. IV.