‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 108 sur 148 · V. - :ii · texte numérisé non relu

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héritage ou un fief? Je vous accorderai la couvocalion d'un synode où vous pourrez présenter et défendre votre thèse. » L'assemblée eut lieu à Feker-Gcmb' du palais de Gondar (mars 1707). Le grand champion des Keb'utor, l'abljaWalda-Tensûë, espéra réunir les voix en sa faveur par une formule nouvelle : Ba-Kcb'â iawâhûdu, ou pcr unclioncm iinitus est, c'est-à-dire l'union est l'effet de l'onction ; tandis que jusqu'ici ces deux termes exprimaient deux actes distincts, séi)arés, avec leur effet propre. Voir plus haut. Cette subtilité ne modifiait pas la formule primitive, elle la précisait avec plus de clarté, puisque l'union déificatrice des ^agû-lidjoç devenait le résultat de l'onction. Elle ne contenta personne. Les partis restaient donc en ligne de bataille comme auparavant. Marcos IV renouvela l'excommunication contre les Keb'âtoç et le roi les condamna aux fers. Mêlés ensuite à l'insurrection d'un prétendant au trône, Amda-Sion, les doctrinaires du Gogiâm périrent dans un combat à Kabaro-Méda, leur fameux meneur Akala-Christos à leur tête (septembre 1707). Cf. Tarika-Xagast'.

Avec les rois Tewofilos et Yostos (1707-1717), la profession de foi des Keb'âtoç devint celle de l'empire : Ba-Keb'àt Walda-Bahery, ou per unciionem filiatio ejus naturalis. Yostos laissa les doctrinaires à leurs débats, s'étant mis en relation secrète avec trois capucins qui avaient réussi à pénétrer par le pays de Fougn (Sennâr), dans la province de Walkaït'. Daouit' III (1717-1721) inaugurera son règne par leur martyre. Ils furent amenés et lapidés à Gondar. La position acquise aux Keb'âtoç s'était maintenue durant dix-sept ans, et la consécration d'un sanctuaire dédié à leur fondateur, Kedus Eustatios, parut en être une garantie ofTicielle; mais les Smjâ-lidjoç guettaient l'arrivée du nouveau métropolitain Christodolu II (1720). En effet, cet abouna, après avoir louvoyé, leur donna l'avantage à la fin d'une assemblée orageuse où le roi avait soumis à sa décision la querelle sans issue.

4° Afjolement et massacre. — Une première déclaration : « Comme mes prédécesseurs, » si oblique et insignifiante qu'elle fût, avait paru être plutôt favorable aux Keb'âtoç. Les Sariâ-lidjoç exaspérés jurèrent alors de soutenir leur croyance à outrance, jusqu'à la mort. Ils se rendent en troupe auprès de l'évêque et demandent si la formule publiée par les Keb'âtoç en son nom était vraimnet de lui. Alors Christodolu répondit : « Ma croyance à moi est que, par son union, le Christ selon la chair est fils unique du Père, et que par l'onction du Saint-Esprit il a reçu la qualité de Messie. » Ce fut un délire de triomphe.

Ils organisent aussitôt une manifestation dans la capitale, au quartier de l'Éçagé, puis au palais impérial. A la cour, on ne vit pas dé bon œil cette bruyante démonstration dont le caractère était séditieux; elle était une revanche de rebelles contre l'édit royal de la veille. Les Keb'âtoç la dénonçaient comme telle et surtout ils accusaient la coupable duplicité de l'évêque. Toute la ville en fut en révolution. Daouit' III donna ordre de disperser l'attroupement des Sagâlidjoç, à force armée, si besoin était. Sommés de se retirer, les manifestants escortèrent en masse l'Éçagé et restèrent groupés dans son palais. Ordre fut donné aux soldats de faire évacuer. Un moine fanatique s'écria qu'il voyait un chérubin défendant la demeure de l'Éçagé; ce fut à l'intérieur une résistance frénétique; clic finit par un massacre général; plus de cent victimes, parmi lesquelles les personnages les plus élevés de l'Église d'Ethiopie. Ceux qui, avec l'Éçagé Takla-haymanot', échappèrent à la mort, subirent l'humiliation du dépouillement de leurs vêtements et des brutalités les plus grossières de la soldatesque. Compte fut rendu à Daouit'III de l'affreuse exécution;

et l'absence d'indignation à ce tableau montra assez que le roi avait eu la volonté d'en finir avec la secte devenue séditieuse; car, de part et d'autre, la cause originelle du différend, la foi, n'est plus qu'un prétexte aux rivalités et aux passions des ambitieux de tout ordre, o Cessez le carnage, ordonna le roi, suffit! Désormais tout attentat sera puni de mort. >■ Et le calme se rétablit, conclut le chroniqueur. Le lendemain, fut édictée à nouveau la proclamation de la formule des onctionistes. Sous la terreur, la conjuration frémissait, l'inquiétude régnait. Les vaincus, quoique décimés, ne désarmèrent pas. La défaite appela la revanche : le roi allait mourir victime d'un empoisonnement.

5° Trêve religieuse. — Sous Bacâfâ (1721-1730), au moins, point de querelles à fracas. Puis, les agitations anarchiques qui troublèrent les règnes de Yasu II et de Yoas(1730-1769) détournèrent les esprits des questions théologiques. Elles restèrent confinées dans la solitude des écoles ou l'enceinte des grandes églises où s'exercent les moines et les lettrés attachés au service de ces sanctuaires. Leur honneur sera d'être bientôt, sous le régime oligarchique en voie de formation, la consolation et le passe-temps des rois fainéants relégués dans le Gemb impérial de Gondar (1769- 1850).

G" Surgeon et rejeton des opinions onctionistes. — Une déviation s'opéra dans l'enseignement jusqu'ici partagé entre les deux systèmes des unionistes et des onctionistes. Au lieu de s'attacher à saisir l'effectivité de l'onction ou de l'union dans le monophysisme, une digression provoquée incidemment, comme cela arrive dans les cours scolaires, fit reporter l'attention des esprits sur le principe ou l'auteur de l'onction, et ainsi réduire ses effets à la plus simple expression. Keb'âtoç et Sagâ-lidjoç étaient d'accord sur ce point, que le Christ a reçu du Père l'onction du Saint-Esprit, conformément aux textes du Nouveau Testament : les premiers l'admettant comme cause efficiente de la participation à l'essence divine, etlesseconds comme cause de la qualité de Messie ou nouvel Adam; cette consécration messianique, ils l'appelèrent naissance spirituelle due à la grâce de l'onction, d'où Ya- Sagâ Lidj. De là, ils furent amenés à reconnaître dans la christologie trois naissances : 1. génération éternelle du Père; 2. génération selon la chair de Marie; 3. génération spirituelle de Jésus à l'état messianique ou à « l'être-Christ ». Cette explication des trois naissances, Sost-ladat', eut cours à Gondar et dans le sud, vers la fin du xviii<= siècle. Les Keb'âtoç ne reconnaissent que les deux générations, l'une éternelle du Verbe, qua unigenitus, et l'autre temporelle dans le sein de Marie, qua primogenitus. Mais les 'iagâlidjoç épiloguaient sur ce terme de premier-né; à la génération qua novus homo, primogenitus, ils ajoutaient la génération qua primogenitus omnis creaturas ou le premier-né des régénérés ou enfants de Dieu.

2« rejeton : Du miUeu de trémail enchevêtré surgit une troisième opinion émancipatrice de ces complexités. Elle paraît être née dans le Tembièn (Tigray ou Tigré intérieur), de la rêverie d'un moine, Abba Adarâ, santon à oracles très écoutés. Les écoles de cette contrée, constamment aux prises avec les iiCeft'd/orpourqui l'onction est tout dans le monophysisme, à force de soutenir que c'est le tawahedo seul qui unifie la nature humaine avec la divine, nièrent toute causalité quelconque de l'onction dans le mystère de l'incarnation, par la raison que le Fils de Dieu, consubstaiitiel au Père et au Saint-Esprit, ne saurait recevoir du Père ce qu'il a déjà par son essence; et que, par conséquent, dans et par son union avec la nature humaine, il était le seul auteur de l'élévation de son

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humanité à l'essence divine, de tout, en un mot. Abba Adarâ prêcha donc cette formule : Wald Kab'âi, wald takab'âï, wald Keb', c'est-à-dire Filius in semctipso ungiiens, iinctus, unguentum, en opposition à la formule courante : Ab Kab'âi, wald takabâi, man'fas Kedus Keb', c'est-à-dire Pater est ungens, Filius iinctus, Spirilus Sanciiis unguentum. Le Verbe, fils de Dieu, s'incarnant en Marie, assuma, éleva son humanité, et son union même en fut l'onction divinisante. D'où fut donnée aux partisans de ce monophysisme outré l'épithète de Wuld-Kcb' ou encore iawahedo, dans le sens le plus intégral et absolu, désormais exclusif de l'école de Dabra-Libanos, sa mère, stigmatisée des surnoms de Sar/â-lidj ou Sostladal'.

Les Saf/â-lid/oç, avec leur triple génération, sont répudiés et traités de nestoriens, parce que, avec le tawahedo de l'union déifiante, reconnaître un takahc'o ou une onction génératrice du rôle messianique, c'est reconnaître un être différent qui en soit le sujet, Jésus, fils de Marie en chair et en os, dans l'auréole de la divinité : dualité physique et hypostatique.

Contre les Keb'âtoç, les Wald-Keb' voient dans le tawahedo ou l'union la cause de la transformation de l'humanité noyée dans la divinité, tandis que, eux, les onc/i"o/7(s/fs, prennent l'effet pour la cause en attribuant à l'onction la déification. Contre leurs anciens partenaires de Dabra-Libanos, ils nient l'efficacité spéciale que ceux-ci attribuent à l'onction pour le rôle messianique, vu que l'onction est résultante de l'union; car, une fois saisie par l'union avec l'essence du Verbe, l'humanité n'est plus qu'une chose avec elle. Les autres, à leur tour, reprochent aux Wald-Keb' de réduire à rien \c fils de l'homme, le nouvel Adam, le premier-né de toute créature..., en attribuantles deux rôles, l'actif et le passif, et toute l'œuvre de l'incarnation au seul Verbe lui-même. En assumant l'humanité, il la noie dans la divinité; absorbée, elle disparait dans l'essence divine. Aussi, donna-t-on à cette école le sobriquet de Karra, « couteau », parce que leur formule est semblable au tranchant d'un coutelas qui réduit les viandes en morceaux, et réduit à néant l'humanité. Ce sobriquet leur est resté dans ce refrain populaire :

Ten'l' tawahcdo-Keb'ât nuio,

Karra takiamero,

Scgâ halaka zen'dro.

C'était lawahedo-kebaV que jadis on sonnait; On ajoute à présent le karra dit couperet. Ah ! c'en fut vite fait de toute la chair, d'un trait.

Le système Wald Keb' resta d'abord confiné dans le Tigray (1770-1850), pendant que le système SostladaV s'étendait des écoles de Gondar au Choa, malgré la condamnation de rabounaKerlos,ets'y établit sans conteste. Grâce aux menaces de l'abouna Salamâ et de Théodoros (18.56), le monophysisme du tawahedo et Wald-i:eb fut proclamé » foi de l'État » imposée sous peine de mort; il battit en brèche l'opinion choanc.

Les Keb'âlfi- gardaient leurs positions dans le liamasscn,le LastA et le Go;;iam, mais effacés, retranchés dans un silence prudent, sous la férule de Théodoros et celle surtout de .Johanès IV (1868-1889), dont les conquêtes furent celles du parti du santon Adarâ, duquel il se réclamait dans son triomphe et dans la possession de tout l'empire reconstitué entre ses mains. .Son successeur Ménélik maintint les choses en l'état, et porta son attention sur d'autres soins.

X. État au xix" siècle. — \" Le clergé séculier et régulier. — Le clergé ou Kahendt' comprend deux catégories : 1. les clercs laïcs, écoliers ou lettrés, sous le nom général de dabtara; 2. les clercs ecclésiastiques.

Les premiers ont la charge du chant aux offices de l'église et de l'enseignement aux écoles. Les seconds ont celle des cérémonies, du service du sanctuaire, de l'administration des sacrements. Les dabtara, ou clergé lettré, méprisent le clergé sacerdotal, parce que le prestige de la science les élève au-dessus de l'ignorance classique des autres.

Les dabtara se recrutent, ou par la descendance naturelle, car ils peuvent avoir famille, ou par le choix libre des vocations sur les bancs de l'école, où même les familles de plus haute condition aiment à envoyer leurs fils dès l'enfance. Ils sont prébendes par la commune pour l'école, et par la paroisse pour le chant à l'église.

Les clercs ecclésiastiques se divisent en régulier et séculier. Ces deux appellatifs ne répondent pas exactement à la classification qu'ils expriment dans l'Église latine. Il faut les prendre comme synonymes de lévitique et monacal, parce que le clergé séculier en Ethiopie ne comprend que des prêtres engagés dans les liens du mariage. A la manière de la tribu de Lévi parmi les Hébreux, ce clergé séculier forme une caste, où la descendance masculine est destinée au service des autels, naturellement, mais pas obligatoirement; d'où elle s'appellera avec justesse « lévitique ». Tout prêtre célibataire doit obligatoirement appartenir à l'un des deux ordres religieux reconnus dans l'Église d'Ethiopie. Voir plus haut. Voilà pourquoi il est appelé clerc monacal, à la différence du clerc lévitique. A part le service du culte à l'église et celui des bénédictions à répandre de maison en maison, le personnel du clergé lévitique ne diffère guère du bon paysan attaché à la glèbe; car, comme les gens des champs, les prêtres et clercs en ménage ont les mêmes soucis matériels, le même genre de vie champêtre.

Les réguliers ou moines dépendent par leur admission et leur formation religieuse de tel ou tel couvent. Mais le nombre de ceux qui y gardent la clôture est fort restreint : l'abbé ou prieur, Mamher, le régisseur des choses temporelles, Magâbi, et leurs assesseurs, c'est-à-dire les religieux qui s'attachent à leur service ou à leur suite, puis les vieux impotents et les novices, forment le personnel à demeure du couvent. Le moine, comme le lettré, est vagabond. Pendant que celui-ci vole d'école en école au gré de sa curiosité ou de son amour de l'étude, celui-là court les couvents et surtout les châteaux, la cour et les camps des seigneurs féodaux.

Les trois vœux de religion forment virtuellement le fond de la vie religieuse, mais on n'en prend aucun engagement exprès, formel et précis. Le principal consiste dans les rigueurs des austérités corporelles; elles sont le thermomètre de la progression et de la perfection graduelle dans la sainteté monastique. C'est l'idéal..., mais le réel?

Les résidants même du couvent y vivent peu en communauté. Ils n'ont d'obligation de se réunir qu'aux offices très matinaux à l'église, sans être tenus ni à la confession, ni à la communion, même annuelles, ni à l'assistance de la messe les dimanches et fêtes; pendant que les ofiiciers de la semaine célèbrent le saint sacrifice, la plupart des autres devisent sous quelque ombrage, dans l'enceinte ou cimetière qui entoure l'église. La mcnse ou réfectoire en commun n'est pas connue. Les dignitaires vivent du rendement des bénéfices qui leur sont alloués, chacun d'eux entretient sa maison et sa table à son gré. Quant aux inférieurs écroués par les disgrâces du sort à la garde du couvent, le magâbi leur fait distribuer à chacun leur part de la marmite de fèves, lentilles ou autres denrées cuites à l'eau. Quelquefois, aux fêtes, ils ont aussi leur coupe d'une grosse bière faite par les novices. L'habillement religieux consiste à porter, dès l'en-

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trce,' une blouse ou chemise fermée et descendant au moins au-dessous des genoux; à la 1" profession, une ceinture de cuir, ken'ûi'; à la 2«, une calotte ou bonnet blanc, d'abord moins haut de forme, le bonnet de bénédiction, et plus tard haut de forme, le bonnet de perfection; enfin, le scapulaire, askéma.

Près de quelques couvents, l'on voit, à une distance discrète, un monastère de religieuses dépendant du même ordre. Elles sont censément sous l'obéissance d'une abbesse. Le voisinage et la facilité des visites aux cellules particulières, d'ailleurs isolément construites, prêtent à de scandaleux abus et au discrédit du couvent.

2° Les églises ou édifices religieux. — Les édifices religieux ne présentent pas tous le même aspect, quoique, à l'intérieur, ils doivent tous répondre à la division du temple de Salomon ou du tabernacle de Moïse : 1. le vestibule ou parvis, où se tient le chœur des chantres, Kenê-Mahclêt' ; 2. le saint Kedest, où se tiennent les communiants; 3. le sanctuaire, Makedès, réservé aux prêtres et aux ministres. Voir plus haut, col. 966.

La forme antique des églises était quadrangulaire, plus longue ou profonde que large. Elles avaient à l'intérieur trois nefs, comme, en général, les églises latines. On en retrouve des vestiges à Aksum, etc., et d'autres entièrement conservées à Dabra Damo, à Aiba (monolithe), à Lalibala, etc. Elles appartiendraient au type des basiliques anciennes. Aussi sontelles intérieurement spacieuses, sans ces murs qui forment une autre enceinte intérieure réservée : rien que le grand voile sépare de l'abside ou sanctuaire. Le second type a conservé la forme quadrangulaire, mais la muraille de l'édifice sert d'enceinte à une construction centrale carrée ou polygone, séparée ou isolée par une galerie ou couloir qui en fait le tour et tient lieu de Kedest, occupé par les communiants; cet édicule intérieur sera le sanctuaire fermé par une porte; et au-dedans de ce MaA'cdès, derrière un grand voile, se dressera l'autel, une sorte d'armoire surmontée d'un baldaquin, et sur la table au-dessus de l'armoire, se place le tabot' , l'équivalent de notre pierre sacrée; il consiste en une tablette carrée, de pierre rare ou de bois dur, avec l'image ou de la croix, ou de la Vierge, ou de la Trinité, ou de saint Michel, etc., grossièrement gravée sur l'une des faces. Ce tabot' est l'objet d'un culte exagéré jusqu'à l'idolâtrie, car on se prosterne en adoration à son passage ou à l'église comme devant la sainte eucharistie au moment de la consécration; de plus, la superstition populaire attribue à cette planchette portative des effets prodigieux de préservation contre les fléaux, etc.

Le troisième type est de forme ronde; il est plus moderne; il a été emprunté à la rotonde qui entoure le Saint-Sépulcre, par dévotion pour ce monument sanctifié et glorieux entre tous. Ce genre d'église comprend donc deux rotondes l'une dans l'autre; le couloir qui fait cercle entre les deux est le parvis Kené mahelél' : la rotonde isolée au centre se dresse à l'instar de l'édicule du Saint-Sépulcre et s'appelle le Kedest ou saint, comme dans le type précédent; et là, derrière le voile, se dresse l'autel, comme dans l'enfoncement intérieur de l'édicule où se trouve la tombe du Seigneur. Ce type est le plus fréquent aujourd'hui, peut-être à cause de la facilité de construction semblable à celle des grandes malsons du pays, pièces circulaires couvertes d'un toit conique en chaume que domine une croix quelquefois en métal, le plus souvent en bois, et agrémentée d'œufs d'autruche.

Les rois et les grands ont eu tous, dès leur élévation, le soin jaloux d'attacher leur nom à quelque

monument religieux par eux construit. L'ancienne capitale Gondar en comptait 42, avant le sac de 1889 par les mahadistes;les îles du lac Sâna comptent aussi beaucoup d'églises royales, et les empereurs choisissaient là leur sépulture. La Tarika-Nagast' en prend note à chaque règne; mais ces sanctuaires sont plus illustres par la mention des soins, des frais qu'ils ont coûtés et des noms de leur dédicace, que par l'art et la solidité des travaux. En dehors des monolithes, fort peu ont résisté aux injures du temps et conservent le souvenir de leur fondation; peut-être les églises bien construites en pierres taillées par les Pères jésuites, à Gorgora, à Azazo, subsistent-elles encore; celle de Frémona a été découronnée et abaissée de mihauteur par l'abouna Salamâ, sous Théodoros II,. afin de la décatholiciser et de lui enlever le cachet qui rappelait aux yeux du peuple les souvenirs de la mission du xvii« siècle.

Les peintures murales sont admises comme ornementation des églises, mais non les sculptures. Mêmele crucifix ne supporte pas le Christ en relief; seul ledessin y est buriné au petit bonheur. Les peinturesmurales représentent le plus souvent la Vierge tenant son divin enfant, des anges flamboyants, des saints, des scènes de martyres ou même des scènes représentant les rois,fondateurs de l'église, dans quelques-uns de leurs exploits; c'est plutôt grotesque. Les images viseraient à imiter celles du style byzantin, mais généralement sans goût, sans proportions, etc. Exceptons les peintures des actuelles églises royales dues à des mains plus formées à cet art.

3° Missions catholiques au Jr/.v« siècle. — Des citations incidentes, faites plus haut, col. 960, ont déjà averti que, dès le coup de ruine porté contre la mission des Pères jésuites, la S. C. de la Propagande, récemment instituée, avait envoyé des missionnaires aguerris, des fils de saint François, au sauvetage des naufragés et des épaves de l'Église catholique en Ethiopie. Les tentatives ont succédé aux tentatives sans même réussir à franchir la frontière strictement interdite à tout prêtre d'Occident. Seulement en 1839, les missions catholiques ont pu enfin s'implanter et bientôt se développer en diverses régions de l'Ethiopie^ L'essai du vénérable Justin de Jacobis,de la congrégation de la Mission, ayant ouvert le grand champ del'Abyssinie et des contrées limitrophes, les lazaristes gardèrent la Haute-Ethiopie proprement dite; les capucins, à la suite de l'illustre cardinal Massaja, en 1846, eurent la charge des dépendances Galla; et à l'ouest, Mgr Combini ouvre un peu plus tard un nouveau vicariat apostolique à Khartoum dans les régions^ soudanaises. Enfin, en 1894,1a nouvellecolonie, acquise par l'Italie sous le nom d'Erythrée, forme une préfecture apostolique, un quatrième lot confié aux capucins. Voir t. i, col. 542-543, et la carte des missions catholiques d'Afrique. L'Église catholique commence donc à revivre en Ethiopie, malgré lesobstacles, les oppositions, les persécutions même. Péniblement, lentement, chacune de ces quatre missions continue les entames et les percements pour pénétrer plus avant, s'étendre plus loin et y rétablir la vraie foi. Jusqu'à l'heure présente, l'empereur Ménélik, quoique non hostile, n'a pas accordé même le minimum de liberté d'établir quelque œuvre catholique en dehors des positions occupées avant son avènement au trône. Voir, pour plus ample information, Massaja, I miei trenla-cinque anni di missione neir alla Etiopia, 5 in-S", Rome, 1895-1898; Piolet,. Les missions catholiques françaises au A7A« siècle, Paris, s. d., pour la mission d'Abyssinie, 1. 1, p. 1-44; pour la mission Galla, t. i, p. 45-78; Mgr Demimuid, Vie du vénérable Justin de Jacobis, 2« édit., Paris, 1906; H. Froidevaux, dans le Dictionnaire d'histoire,.

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