‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 116 sur 148 · I. EUCHARISTIE D'APRÈS LA SAINTE ÉCRITURE · texte numérisé non relu

I. EUCHARISTIE D'APRÈS LA SAINTE ÉCRITURE

— L Ce qu'a promis Jésus. II. Ce qu'a donné Jésus et ce qu'ont cru recevoir les chrétiens.

I. Ce qu'a promis Jésus. — 1° Histoire de la question. — Le c. vi de l'Évangile de saint Jean contient le récit de la multiplication des pains, 1-15, celui de la traversée miraculeuse du lac, 16-21, le discours de Jésus sur le pain de vie, 22-59, la description de l'état d'âme des disciples après les affirmations du Christ, 60-72. A toutes les époques, des catholiques ont cru (|ue ce chapitre contenait des affirmations sur l'eucharistie et des preuves de la présence réelle.

Pour l'histoire de l'exégèse de ce morceau, voir .Maldonat, Commentarii in IV Evangelia, Lyon, 161.Ï, sur Joa., vi, n. 14-197, col. 1451-1514; Corluy, Sp<ci7c(/ium dogmalicobiblicum, Gand, 1884, t. ii,p. 361-364; W. Schmidt, Die Verheissung der Eucharistie (Joh. S) bei den Vàtern, Wurzbourg, 1900-1903, t. i, n; Cavallera, L'interprétation du chapitre vr de saint Jean, une controverse exigétique au concile de Trente, dans la Ttevue d'histoire ecclésiastique, Louvaln, octobre 1909, t. x, p. 6S7-709.

Dès l'antiquité, des écrivains ecclésiastiques ont entendu au sens littéral les affirmations du Christ : « .Je suis le pain de vie... .Ma chair est une nourriture... Je suis le pain descendu du ciel... Le pain que je donnerai, c'est ma chair... .Si vous ne mangez ma chair, vous n'aurez pas en vous la vie, etc. • lis se servent de ces paroles pour exaller l'eucharistie, décrire ses effets,

établir sa nécessité, recommander la communion, exiger de celui qui la reçoit de saintes dispositions. Plus de trente Pères ont pu être cités (Clément d'Alexandrie, Origène, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Cyrille de Jérusalem, le concile d'Éphèse, Théodoret, saint Jean Chrysostome, saint Épiphane, saint Jean Damascène, saint Cyprien, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jércme, saint Augustin, etc.). Mais on trouve aussi chez quelques Pères, par exemple. Clément d'Alexandrie, Origène, saint Augustin. des interprétations allégoriques de certaines affirmations du Christ.

Avant le concile de Trente, le plus grand nombre des théologiens estiment que le c. vi du quatrième Évangile contient la promesse de l'eucharistie. Plusieurs toutefois (Biel, Cajetan, etc.) soutiennent que, dans le discours sur le pain de vie, le Christ annonçait le don de sa personne sur la croix et exigeait la manducation spirituelle, l'union à lui par la foi.

Le concile de Trente ne voulut pas prendre parti. Depuis le xvi» siècle, les catholiques unanimement, un bon nombre de protestants et la plupart des critiques indépendants, cf. Goguel, L'eucharistie des origines à Justin martyr, Paris, 1910, p.204,notel,se prononcent pour l'interprétation eucharistique. A la suite de Zwingle et de la plupart des premiers réformateurs, les protestants conservateurs généralement la repoussent.

Les principales opinions émisesont été les suivantes : Tout le discours de Jésus-Christ est symbolique : le Sauveur ne parle que de l'immolation de sa chair et de la nécessité de la foi. Depuis longtemps, aucun catholique ne soutient cette thèse. Mgr lîatiffol. Études d'histoire et de théologie positive, 2^ série, 2« édit., Paris, 1905, p. 104 sq., ne voit l'eucharistie que dans quelques versets, 53-56, dudiscours de Jésus. Un grand nombre d'exégètes et de théologiens catholiques estiment que le discours du Christ porte sur deux objets distincts : après avoir enseigné qu'il faut vivre en lui et parlé de la foi à sa personne, le Maître, passant à un autre sujet, aurait enseigné la nécessité de le recevoir dans l'eucharistie (Bellarmin, Maldonat, Patrizi, Wiseman, Franzclin, Sasse, Knabenbauer, Calmes). Les partisans de cette interprétation font d'ailleurs remarquer que le discours n'est pas composé de deux parties disparates. Le Christ, après avoir exigé de ses disciples qu'ils crussent en lui, exige qu'ils croient en l'eucharistie, c'est-à-dire en sa personne devenue aliment de vie; après avoir dem;uidé qu'ils acceptassent ses dons, il demande qu'ils reçoivent son corps et son sang. L'union à Jésus par la foi est la condition d'une participation plus intime, le prélude de la connnunion sacramentelle. Quelques interprètes croient que dans le discours sur le pain de vie (22-59) tout se rapporte à l'eucharistie (Corneille de la Pierre, Tolet, Corluy, Perrone, Rosset). Sans doute, Jésus-Clirist parle d'abord de la foi, de la nécessité de croire en lui, mais parce que l'eucharistie requiert cette vertu, et dès ses premières paroles, il prépare les esprits à accepter la doctrine du pain de vie qui doit être mangé. S'il insiste sur la nécessité de la foi, c'est à cause des interruptions des Juifs. Il est rrai qu'au début de l'entretien, le langage est moins clair. Le Christ se présente comme la nourriture de ses disciples sans montrer comment il le deviendra. Dans la seconde partie du I discours, il précise sa pensée, mais il ne la modifie pas. Des critiques protestants contemporains découvrent, j eux aussi, l'eucharistie dans le discours tout enti( r et même dans les récits qui le précèdent. H. J. Holtzmann, Seutestamentliche Théologie, Fribourg et Lei])7.ig, 1897, t. Il, p. 499; J. Héville, Les origines de l'eucharistie, Paris, 1908, p. 58; Goguel, op. cit., p. 204. Mais, au jugement de plusieurs de ces critiques, ce

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n'est pas la présence réelle qui est annoncée ici par le Christ, c'est le don spirituel de sa chair. Personne n'a, avec plus d'ingéniosité que M. Loisy, découvert partout l'eucharistie. Le qualrième Évangile, Paris, 1903, p. 420 sq. « Tout le sixième chapitre du quatrième Évangile est dominé par l'idée du Christ, pain de vie. Le récit de la multiplication des pains en est le symbole; le miracle de Jésus marchant sur les eaux aide à le comprendre; les discours qui suivent tendent à l'expliquer et les impressions diverses que produisent ces discours représentent l'attitude des Juifs et celle des chrétiens devant le mystère du salut, en tant qu'il se résume dans la doctrine du pain de vie et vivifiant. «Mais pour M. Loisy, comme pour les autres critiques non catholiques, la pensée du quatrième Évangile n'est pas celle de Jésus. L'auteur qui le rédigea, les chrétiens auxquels il s'adressait croyaient que le Sauveur avait promis sa chair en nourriture : l'évangéliste atteste et justifie leur foi, il n'enseigne pas ce qu'en réalité fit et dit le Christ.

2° La promesse de Jésus d'après saint Jean. — 1. Le récit de la multiplication des pains, 1-15. — Avant les critiques non croyants, des écrivains chrétiens ont établi une relation entre ce miracle et l'eucharistie; ils croyaient voir dans ce prodige, sans d'ailleurs nier pour ce motif sa réalité historique, une figure de la cène, une préparation de la promesse du pain de vie. Des critiques contemporains, J. Réville, Loisy, etc., convaincus que le quatrième Évangile n'est pas un livre d'histoire, mais un ouvrage didactique et symbolique,ont cru découvrir dans le récit johannique de la multiplication des pains «une méditation religieuse » sur l'eucharistie d'après un thème donné par les Synoptiques. Ils se sont efforcés d'assigner aux plus menus traits de la narration un sens spirituel et mystique. Nous verrons ce qu'il faut penser de cette tentative. Ici, nous devons seulement relever ce qui, dans le récit du miracle, très probablement, se rapporte d'une certaine manière à la promesse de la nourriture eucharistique.

C'est du pain qui est multiplié pour nourrir la foule : c'est sur du pain que s'opère le prodige de la cène et Jésus se multiplie, lui aussi;son eucharistie est une production miraculeuse entre toutes. Le pain du prodige est offert à tous ceux qui suivent Jésus : le sacrement est à la disposition de tous les disciples. Le pain distribué à la foule rassasie tous les assistants et il y a du superflu qui est recueilli avec soin : de même, la communion nourrit tous les croyants, l'aliment spiritueln'est jamais épuisé, rien n'en estperdu. «Jésus, raconte l'évangéliste, prit (k'/.aêjv) les pains, et ayant rendu grâces(k'JyapcfjTr,<7a;), il les distribua (oisôor/.ôv) à ses disciples. "Les trois verbes employés correspondent à des mots dont se servent les Synoptiques pour raconter l'institution de l'eucharistie. Matth., XXVI, 26-27; Marc, XIV, 22-23; Luc, xxn, 19. Telles sont les principales analogies qu'ont relevées plus d'une fois des Pères, des exégètes et des théologiens catholiques.

Aussi, sans vouloir attribuer aux plus minuscules détails de l'événement une valeur symbolique, sans nier la réalité du miracle, nous croyons devoir admettre qu'il existe une connexion entre la multiplication des pains et la promesse du pain de vie. Le Sauveur, à l'occasion du prodine et de la recherche de la foule, recommande le pain de vie qui estlui-même. lia pu, lorsqu'il multipliait les pains, se proposer à l'avance cette instruction, préparer les esprits à accepter la promesse d'une nourriture réelle, merveilleuse, permanente, inépuisable, sa propre chair, véritable pain du ciel. Cf. Lepin, art. Évangiles canoniques, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, de d'Alès, Paris, 1911, t. i, col. 171 J.

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