IV. EUCHARISTIE DU IX° A LA FIN OU Xl° SIÈCLE
— I. Les travaux. II. Les résultats.
I. Les travaux. — 1" Écrivains latins. — 1. Première controverse cucimristique : /.t" et x« siècles. — • a) Au ix" siècle. — ■ La littérature eucharistique du ix" siècle est abondante. S'ils s'occu])eiit lieaucoup de rcucharistie, les contemporains de Cliaricmagnc ne spéculent «uèrc; ils sont orientés plutôt vers la ))ratiquc. La communion et la liturgie attirent et alisorbent presque leur attention. Ici, comme en toutes choses, Cliarlemagne est l'excitateur. Entre divers actes, il jinblie, ;"» Aix-la-Chapelle, en 809, un capitulaire sur la réserve euchriristique en vue de la communion des malades, adultes et petits enfants, /'. L., t. xcvii, col. 326, qui passa dans la plupart des recueils de décrets composés du ix" au xiii" siècle.
Cf. L. Andrieux, Le viatique el l' extrême-onction des enfants, dans la Revue pratique d'apologétique, 15 juillet 1911, p. 562-564. Il demande, en 812, à l'épiscopat de l'empire une explication des cérémonies du baptême; la dernière question du programme est la suivante : eur [catecliumenus] corpore et sanguine dominico confirmatur. Voir sa lettre à Odilbert de Milan et àAmalaire, P. L., t. xcviii, col. 933; t. xcix, col. 892. La réponse d'Arnon de Salzbourg,qui sortit vainqueur de cette sorte de concours, cf. H. Zeissberg, Arno erster Erbiscfiof von Salzburg, Vienne, p. 57, est perdue. Mais nous possédons un assez grand nombre de ces réponses, quelques-unes avec leur nom d'auteur, les autres anonymes, cf. P. de Puniet, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, Paris, 1910, t. ii, col. 2613; tontes s'expliquent sur la question relative à l'eucharistie, en particulier celles de Leidrad de Lyon, c. ix, P. L., t. xcix, col. 866- 867, et de Théodulphe d'Orléans, c. xviii, P. L., t. cv, col. 2,39-240, plus détaillées et importantes. Surtout Charlemagne imprime à la réforme liturgique inaugurée par Pépin le Bref un élan tel que, longtemps encore après sa mort, il n'avait point faibli. Il a, pour le servir dans cette campagne, le concours de son auxiliaire habituel, Alcuin, dont le rôle liturgique « lui assure le premier rang parmi les hommes de son temps. » F. Cabrol, Dictionnaire d'archéologie cfirétienne et de liturgie, Paris, 1904. t. i, col. 1073. Deux disci]iles d'Alcuin, Hélisachar et Amalaire, et les deux adversaires d'Amalaire, Agobard et Florus de Lyon, sans parler de Raban Maur, etc., complètent l'œuvre d'Alcuin. Cf. H. Netzer, L' introduction de la messe romaine en France sous les Carolingiens, c. iv. Les grands liturgistes du LX'' siècle, Paris, 1910, p. 49- 71, et, dans le Dictionnaire d'archéologie cfirétienne et de liturgie, Paris, 1904, t. i, F. Cabrol sur Alcuin, col. 1072-1092; E. Debroise sur Amalaire, col. 1323- 1330, et sur Agobard, col. 971-979. Ils corrigent et composent, en partie, les divers livres liturgiques, spécialement le sacramentaire, et, avec un mérite inégal, étudient les ofTices ecclésiastiques, principalement les cérémonies de la messe.
On vit de l'eucharistie, et, selon la remarque de J. Bach, Die Dogmengeselùehte des Mittelallers, Vienne, 1874, t. I, p. 160, la doctrine des anciens théologiens n'est claire que pour celui qui ne l'oublie pas et a constamment devant les yeux la pratique liturgique de l'Église dans l'offrande du sacrifice eucharistique; li'i est la base sur laquelle ils étayent leurs théories. Ces théories n'apparaîtront qu'un peu plus tard; dans les écrits qui se rattachent à l'influence de Charlemagne, non seulement la présence réelle est toujours supposée, mais elle est souvent alïîrmée de façon expresse, et la transsubstantiation même est, sinon formulée d'une manière comiiléte, du moins clairement indiquée. Cf. les livres carolins, 1. II, c. xxvii, P. L., t. xcviri, col. 1093-1096; voir Carolins (Livres), t. II, col. 1797; Théodulphe d'Orléans, De ordine baptismi, c. xviii, P. L., t. cv, col. 240 : ut... panis et vinum in corporis et sanguinis Domini transeant dignitatem; Alcuin, Epist., xli, /'. L., t. c, col. 203 : eo lemfmre opportuno qiin panem et vinum in substantiam corporis el sanguinis Christi'eonsecraveris; Epist., xc, col. 289; surtout Confessio fidei, part. IV, c. i-vii, P. L., t. CI, col. 1085-1092, d'une force d'expression remarquable (l'attribution ix Alcuin est fort douteuse).
L'auteur de la Confessio ftdei ne se borne pas à affirmer la présence réelle et à dire, c. m, col. 1088, cpie fmnis et vint creatura in sacramentum carnis cl sanguinis ejus, ineffabili Spirilus sanctificalione, Iransfertiir; il ajoute : Omnes manducani ex ro (le Christ), sed unusquisque lotum mnnducal. Dividitur per i>arlcs, scd lotus in partibus. Mnnducains ab omni
EUCHARISTIE DU IX" A LA FIN DU XI" SIÈCLE
populo, sanus cl intcger manel. Tolus in cselo, lotus in cordibus fidelium. Il y a, dans ce texte, tous les éléments du problème qui passionna les esprits. La chair et le sang du Christ sont mystérieusement présents dans le sacrifice de la messe, le corps du Christ est tout entier dans le ciel, tout entier dans chaque hostie consacrée et dans chacune de ses parcelles; tous ceux qui communient le reçoivent tout entier et, d'autre part, il demeure intact. Comment concilier ces choses? La part faite au mystère, une question surgit : quelles sont les propriétés du corps eucharistique du Christ? Est-il étendu ou non? A-l-il un mode d'êlre corporel ou spirituel? Quels sont les rapports entre le Christ eucharistique et le Christ historique? Ce corps, qui est présent sur des milliers d'autels, est-ce le même que le corps céleste du Christ, ou en diffère-t-il?
Un essai de solution, partiel et mal venu, existe dans le De ecclesiaslicis offîciis d'Amalaire (vers 823), 1. III, c. XXXV, P. L., t. cv, col. 1154-11.55, qui dit : Tri forme est corpus Chris ti, eorum scilicct qui guslaverunt mortem et mortui sunt. Primum videticet, sanclum et immaculalum, quod assumplum est ex Maria Virgine; alterum, quod ambulat in tfrra; ierlium, quod jacel in sepulcris. Per particulam oblatœ (l'hostie de la messe) immissœ in calicem oslendilur Chrisli corpus quod jam resurrexit a moriuis ; per comcslam a saccrdole vel a populo, ambulans adhuc super lerram; per rcliclam in cdlari, jacens in sepulcris. Florus de Lyon, dans sa lutte contre Amalaire, s'empara de ce passage, et le fit condamner par le concile de Kiersysur-Oise (838), comme de spirilibus erroris et doclrinis dsemoniorum sumptum, Opusc. adversus Amalarium, II, c. VI, P. L., t. cxix, col. 83; il présente ainsi l'opinion d'Amalaire : asserit... corpus Chrisli triforme et triparlitum, imo tria esse Christi corpora, c. v, col. 81. Cf. Opusc, I, c. IV, col. 74. Le texte d'Amalaire sur le corpus triforme du Christ eut une fortune étrange. Il passa dans divers écrits : le De inslituiione clericorum de Raban Maur, 1. I, addition au dernier chapitre, P. L., t. cvii, col. 326; le Micrologus (probablement de Bernold de Constance), c. xvii, P. L., t. cli, col. 988; le Liber de divinis offîciis du pseudo-Alcuin, c. XXXIX, P. L., t. CI, col. 1246, etc. Dans ce dernier ouvrage, la phrase se trouve placée à la suite de l'assertion que le pape Sergius établit l'usage de réciter V Agnus Dei (cf. L. Duchesne, Le Liber pontificalis, Paris, 1886, t. i, p. 381), de telle sorte qu'un lecteur peu attentif pouvait croire que cette phrase d'Amalaire est dans la bouche de Sergius. C'est sans doute ce • qui a trompé Gratien; en tout cas, ce dernier transcrivit cette phrase comme une réponse de Sergius, dans la III'^ partie de son Décret, De consecralione, dist. II, c. XXII. Une fois attribuée à un pape, elle attira l'attention de tous les théologiens. Citons, entre autres, Pierre Lombard, Sent., 1. IV, dist. XII, P. L., t. GXGii, col. 866; Innocent III, De sacro cdlaris mgsterio, 1. VI, c. m, P. L., t. ccxvii, col. 907, et saint Thomas d'Aquin, Sum. theol., III», q. lxxiii, a. 5, ad S""». Seulement tous ces auteurs interprétèrent cette prétendue décision pontificale d'une manière orthodoxe. « Ils y virent l'indication des ellets produits par le corps de Jésus-Christ, au ciel, sur la terre et en purgatoire. » J.-]\I.-A. Vacant, Le sacrifice de la messe dans la tradition de l'Église kdine, dans L'université catholique, Lyon, 1894, t. xvi, p. 368, note. Quel est le sens véritable d'Amalaire? Disons, tout d'abord, que sa terminologie se distingue de celle dont saint Augustin a fourni les éléments, qu'adoptent Paschase Radberl, Liber de corpore et sanguine Christi, c. vu, P. L., t. cxx, col. 1284-1286, et, avec lui, de nombreux auteurs, et qui consiste à appeler « corps du Christ » et le corps né de Marie, et le corps eucharistique, et le corps mystique ou l'Église. Amalaire aurait-il vrai-
ment enseigné, ainsi que le lui prête FJorus, que le Christ a trois corps, ou bien aurait-il simplement exposé — ainsi l'interprète dom R. Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1752, t. xviii, p. 571 — que, « outre le corps naturel de Jésus-Christ, on peut encore dire que l'Église militante est son corps, mais d'une autre manière, et que l'Église des morts, qui comprend ceux qui sont (lans le ciel et ceux qui sont dans le purgatoire, fait aussi partie du corps de Jésus-Christ? «JNous pensons que ni l'une ni l'autre de ces explications n'est satisfaisante. Amalaire étudie le symbolisme de la messe. Il arrive à la fraction de l'hostie. L'hostie était alors brisée en trois parties : l'une était mise dans le calice, la deuxième servait à la communion du prêtre et des fidèles présents au sacrifice, la troisième était réservée sur l'autel pour les morts, c'est-à-dire comme vialicum morientis, col. 1155. Voici le symbolisme d'Amalaire : la partie de l'hostie mise dans le calice représente le corps du Christ, saint et immaculé, né de la Vierge Marie, ressuscité des morts; la partie qui sert à la communion du prêtre et du peuple chrétien représente le corps du Christ, qui, par la communion, est dans les vivants; la partie qui est réservée représente le corps du Christ qui gît dans les sépulcres, c'est-à-dire qui est dans ceux qui ont communié et qui sont morts. En ce sens encore, dans son Eclogœ de officio missse, P. L., t. cv, col. 1328, traitant de nouveau de fractione oblatarum, il se demande pourquoi on ne met qu'une partie de l'hostie dans le calicej tandis que le corps du Christ est ressuscité tout entier : c'est, répond-il, parce que Jésus-Christ est en partie ressuscité et vivant au ciel et en partie sur la terre, partim resurrecturum, partim jam vivit ul ultra non moriatur, partim mortelle est, et tamen in cselo. Par la communion, le corps du Christ resterait donc dans le corps de ceux qui l'ont reçu, morts et vivants, et serait à la fois dans le ciel, ressuscité, et sur la terre, ayant à ressusciter, et cela jusqu'à la fin du monde, çui'a usque in finemsœculi corpora sanclorum quiescent in sepulcris, col. 1555. Paschase Radbert détournait son « frère et compagnon d'armes » Frudegarde de ces « inepties », et ramenait à ces termes la présence du corps du Christ dans le communiant, P. L., t. cxx, col. 1365-1366 : A'e sequaris ineptias de triparlito Cliristi corpore, non salem aut met in eo admisceas, quod quidam voluerunt, nec atiud adjicias, née subtrahas, sed totum ut Christus instiluil ita esse credas et intelligas, quatenus per hoc ille in nobis concorporatus maneal, sicut et nos in itlo per hominem Deum quem assumpsit..., et non secundum deliramenta quorumdam. Amalaire fut-il ébranlé par les critiques dirigées contre sa théorie? Toujours est-il que, dans une lettre, Epist., vi, ad Guntradum, P. L., t. cv, col. 1338, il déclare que l'essentiel est de recevoir le corps du Seigneur avec une bonne intention, et qu'il n'a pas à débattre si, après la communion, ce corps invisibililer assumatur in cœlum,an reservetur in corpore nostro usque in diem sepulturœ (c'est son ancienne opinion, sauf qu'il ne s'agissait pas du jour de la sépulture, mais de la fin des temps), uul exhalelur in auras, aut exeat de corpore cum sanguine, aut pir poros emittatur, dicente Domino : omne quod inlral in os in venlrem vadil et in secessum emittitur. Cette manière d'exposer la question, même en se refusant à l'examiner, prouve qu'Amalaire n'a qu'une idée très imparfaite du mode d'être du Christ dans l'eucharistie. Mais il s'exprime correctement sur le fait de la présence réelle. De ecclesiaslicis offîciis, 1. III, c. xxv, P. L., t. cv, col. 1141 : Hic credimus naturam simpliccm panis el vini mixti verti in naturam rationabilem (c'est le mot du canon de la messe qu'il vient de commenter), scilicct corporis et sanguinis Christi, et Epist., IV, ad Rantgariiim episcopum, col. 133-1-1335^
EUCHARISTIE DU IX^ A LA FIN DU XP SIÈCLE
Amalaire était allé étudier à Corbie, en 827, des manuscrits de liturgie romaine. S'entretint-il avec Pascliase Radbert, moine de cette abbaye, de son opinion sur le corps eucharistique du Christ? On l'ignore, et on ne sait pas s'il fut pour quelque chose dans la composition par Pascliase du De corpore et sanguine Domini. Ce traité, écrit en 831 et rendu public en 844, marque une grande date dans l'histoire du sacrement de l'eucharistie. C'est la première monographie scientifique qui lui ait été consacrée. D'une importance considérable par lui-naême, il le fut encore par la controverse qu'il déchaîna. Nous nous contenterons d'esquisser les grandes lignes de cette controverse et la suite des faits, renvoyant, pour un exposé complet du rôle et des idées des principaux écrivains qui intervinrent, aux articles qui les concernent dans ce Dictionnaire.
La nouveauté de Pascliase est d'affirmer comme une thèse fondamentale ce qui a été indiqué d'un mot et comme en passant par quelques Pères, à savoir, l'identité du corps historique et du corps eucharistique du Christ, sans laquelle le corps eucharistique ne serait qu'une ombre et une vaine figure de l'autre; du reste, réellement présent, le corps de Jésus dans l'eucharistie ne doit pas être entendu à la façon capharnaïtique, il n'a point le même mode d'être que le corps historique, il a une présence spirituelle, et l'eucharistie est à la fois vérité et figure, vérité puisqu'elle contient réellement le corps et le sang du Christ, figure puisqu'elle rappelle l'immolation de la croix, figure dans tout ce qui exterius sentitiir, vérité dans ce qui inlcrius recte intelligitur aiit creditur. Cf. c. i, n. 2; c. IV, n. 1-2; c. vu, n. 2, P. L., t. cxx, col. 1269, 1277- 1278, 1279, 1285, etc. Reste à expliquer comment le corps historique du Christ demeure identique à luimême en cessant d'être étendu et palpable, comment il est ensemble corps véritable et spirituel; reste à expliquer la conversion elle-même, et ce que devient le pain dont les apparences demeurent. Tout cela requiert une métaphysique surnaturelle de l'eucharistie, qui sera l'œuvre des grands docteurs du xu^ et du xiii'^ siècle, et que saint Thomas poussera à sa perfection. Paschase n'y atteint pas, mais, s'il ne la formule pas tout entière, " reconnaissons que Paschase est plus près de la formuler que personne ne l'a jamais été. » P. BatifTol, Éludes d'histoire et de théolof/ie positive, 2" série. L'eucharistie, ta présence réelle et la transsubstantiation, .3« édit., Paris, 1906, p. 364.
Paschase Radbert avait dédié le De corpore et sanguine Domini à Charles le Chauve. S'il faut en croire Bércnger de Tours, Episl. ad Richardum, dans d'Achery, Spicilcf/ium, Paris, 1657, t. ii, p. 510, à la demande de Charles le Chauve, .Jean Scot Ériugène écrivit sur l'eucharistie. Sachant, par ailleurs, que ce fut sur l'ordre de Charles le Chauve que Ratramne composa son De corpore et sanguine Domini, on a conclu que le traité de Paschase occasionna une consultation de Charles le Clhauvc, d'où i)rovinrent les traités de Jean Scot et de Ratramne. Cette manière de voir n'a pas rallié tous les suffrages; des critiques ont pensé qu'il n'y eut pas un traité de Jean Scot Ériugène distinct de celui de Ratramne. Très probablement Ériugène a traité de l'eucharistie dans un ouvrage qui ne se confond pas avec celui cpii nous est parvenu sous le nom de Ratramne, ou dans les parties perdues de ses commentaires sur le pseudo-Aréopagite ou sur saint Jean, après 851 et avant 860. Les doctrines eucliaristifiues de .Jean Scot difîèrcnl de l'enseignement de l'ascliase. Il n'est ])as certain ([u'il ait nié la présence réelle; il se servit au moins d'expressions ambiguës et «lantîercuses. .Xdrevald de Flcury écrivit contre les « inepties » cucharistuiues de .Jean Scot. Voir ÉiiiriÈNi;, t. v, col. 40.5-106. Cf. R. Ileurlevent,
Durand de Troarn et tes origines de l'hérésie bérengarienne, Paris, 1912, Appendice I, p. 253-285.
C'est vers 859 que Ratramne, moine de Corbie, écrivit le De corpore et sanguine Domini. Il y traite deux questions, qui sont les suivantes. Tout est-il à découvert dans l'eucharistie, en telle sorte que les yeux voient tout ce qui s'j" passe, sans aucune figure et sans aucun voile, ou y a-t-il quelque chose de secret qui n'est découvert qu'aux yeux de la foi? Le corps du Christ que l'on reçoit dans l'eucharistie est-il le même qui est né de Marie, qui a souffert, est mort, a été enseveli, est ressuscité, est monté aux cieux, est assis à la droite du Père, c. v, P. L., t. cxxi, col. 129-130? Il résume la réponse à la première question en disant, c. XLix, col. 147, que corpus et sanguis Christi, quse fldelium are in Ecclesia percipiuntur, figuras sunl secundum speciem visibilem, at vero, secundum invisibilem substanliam, id est, divini polenliam Verbi, vere corpus et sanguis Christi existunt. A travers des gaucheries d'expression et des formules qu'il n'a pas réussi à dégager de toute équivoque, Ratramne affirme la présence réelle. Le problème qu'il discute n'est pas de savoir s'il faut l'accepter, si l'eucharistie est réalité ou figure, mais si, étant réalité, elle est encore figure. En cela, an fond, il s'accorde avec Paschase Radbert, qui s'exprime mieux que lui. Cf. Bossuet, i/zs/o(re des variations des Églises protestantes, 1. IV, n. 32, Œuvres, édit. Lâchât, Paris, 1803, t. xiv, p. 167-168; Loofs, Realeneijklopàdie, 3" édit., 1896, t. i,p. 61. Mais, à la différence de Paschase, il n'admet pas l'identité du corps eucharistique du Christ et de son corps historique, et manifestement c'est Paschase qu'il combat, quoiqu'il ne prononce pas son nom. Toutefois, le conflit est plus dans les mots que dans les idées. Le corps historique du Christ était visible, palpable, le corps eucharistique est invisible, impalpable, si)iritucl, donc ce n'est pas le même corps, dit Ratramne. Le corps eucharistique est identique au corps historique, dit Paschase, mais avec un mode d'être différent. A';7»7 igitur hic corporaliter sed spirilualiter senliendum, dit Ratramne, c. lx, col. 152 : corpus Cliristi est, sed non corporaliter, et sanguis Christi est, sed non corporaliter. Et Paschase, c. x, n. 1, P. L., t. cxx, col. 1305, 1306 : Quatenus totum spiritaliter intelligere mens sutagerct ubi nihil carnale sentire lieet... Totum spiritalc est quod comedimus. Le fond du traité de Ratramne est exact, mais la forme est défectueuse. Il retarde considérablement sur Paschase Radbert. Un passage, c. liv, P. L., t. cxxi, col. 148-149, semble même, il première vue, présenter la con\ersion opérée par les paroles de la consécration comme ne ])ortant pas sur la substance tlu pain et du vin, qui resterait immobile : nam, secundum erealurarum substanticmi, quod fnerunl anfe consecrationem, hoc et postai consislunt. Mais le mot substance n'a iioint là le sens que lui donna la scolaslique d'après Aristotc;dans ce texte, ainsi que dans d'autres textes où l'on a cru voir que Ratramne tiendrait ])our la permanence de la substance du jjain et du vin après la consécration, c. ix, xii, xiv, col. 131, 132, 133, Ratramne paraît entendre que, pour les sens, le pain et le vin demeurent après la consécration ce qu'ils étaient avant elle. Cf. les notes de l'éditeur de Ratramne, Jacques Hoileau, P. L., t. cxxi,col. 131-131, 117-149, et remarquer, col. 133, les mots : secundum speciem namque crealurœ formamque rerum visihiliiim, et tout le contexte, qui spécifie que l'absence de changement dans le pain et le vin n'existe que pour les sens, et, comme le dit encore Ratramne, col. 131, f|ue punis qui prr sacerdatis ministeriuni Christi corpus conficHur (diud exterius hnminiis scnsibus oslendil él aliud inlerius fidelium mcnlibns clanud. Pas plus que Ratramne, Raban Maur n'admit
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