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II. Doctrine contenue dans ces sources. — /. sa

TEBMINOLOGIB EN PROCHES. ARGVMENT PATRISTIQL'E . DÉFINITION DE L'EVCHABISTIE DANS LA SÉRIE DES SACRE-

MENi'S. — De l'examen de ces nombreux traités généraux ou particuliers qui se succèdent au xii« siècle, se dégage une première constatation : le progrès constant de la terminologie qui va se fixant. Alger de Liège, op. cit., I, 5, 17, P. L., t. CLxxx, col. 752, 791, avait déjà fait remarquer les confusions qui surgissent de l'emploi d'un vocabulaire mal défini et tout ce qui a été dit à ce moment sur le sacramentum, etc., confirme sa remarque. Petit à petit les mots prennent non seulement un sens plus précis qui écarte les synonymes et les expressions tâtonnantes, mais, en outre, on en crée de nouveaux, tel celui de Iranssubslantialio dont on parlera plus bas. Les espèces du pain et du vin désignées d'une manière fort différente :

forma, Alger, i, 9, col. 760; Pierre le Vénérable, t.cLxxxix,col. 803; Rob. Pulleyn,t. clxxxvi,co1. 967; Innocent 111,1. IV, c.ix, P. L.,t. ccxvii, col. 862, etc.; figura (passim); s pecies, Wger, ii, 1, col. 809; Rob. Pulleyn, col. 967; Grégoire de Bergame, c. xxx, p. 116, etc.; qualilas nalurœ, qualilates occidentales, Alger, 1,7, col. 757, 810;Grégoire de Bergame, c. xxi, p. 85; Arnoul de Rochester, d'Achery, Spicilegium, t. Il, p. 441; Rob. Pulleyn, col. 967, etc. ; proprietales, Rob. Pulleyn, col. 966; Pierre de Poitiers, 1. V, cxii, P. L.,t. ccxi, col. 1247, etc., marquent une tendance, qui s'affirme de plus en plus, à préférer le mot de species et mieux d'accidentia. Guitmond l'emploie déjà, II, P. L., t. cxLix, col. 1450; Guillaume de Saint-Thierry, P. L., t. CLxxx, col. 343; Hildebert (?), accidentia sine subjecto, P. L., t. CLXxi, col. 1153; Baudouin de Canterbury, P. L., t. cciv, col. 771 ; Pierre de Blois, P. L., t. ccvii, col. 420; Etienne de Tournai, De consecralione, 1. II, c. xxxii, p. 272; Alain de Lille, Pierre de Poitiers, etc., avant eux Pierre Lombard et Gratien, passim. Ce mot finira par dominer exclusivement. Le terme de forma qui s'appliquait souvent à l'ensemble du rite consécratoire ou à la matière et à la forme, voire même au ministre: par exemple, Giraud le Cambrien, Gemma ecclesiastica, i, 8, p. 26-28; Césaire d'Heisterbach,D(n/o(7!îs, ix, 1, p. 166; Rufin, op. cit., p. 551; Innocent III, 1. IV, vi, viii, P. L., t. ccxvii, col. 859, 861; Pierre de Poitiers, Hœc attendilur in rébus et in verbis, 1. V, c.xi, P. L., t. ccxi, col. 1243, commence à désigner purement les formules: hoc est.., hic es<,c'est-à-direce qui, depuis Guillaume d'Auxerre, sera appelé désormais dans le langage technique la « forme » du sacrement. Il en va même avec le mot materia. En même temps se précisent les divers sens que peut revêtir le mot conversio et l'on écarte ceux qui ne correspondent pas à la réalité de la conversion eucharistique. Sans doute, ce travail ne se fait pas sans tâtonnements; il s'y mêle des qualificatifs qui ne sont pas toujours heureux, ou des comparaisons qui manquent totalement de justesse, comme dans la lettre d'Hildegarde au clergé de Mayence, voir plus loin; mais sous l'expression hésitante ou l'explication incomplète, la vraie croyance à la chose se laisse apercevoir sûrement.

L'ordre même et la disposition d'ensemble ou de détail des traités doit trop se débattre contre la fascination des anciens textes qui se présentent auréolés par les siècles, ou contre l'attrait des discussions polémiques, surannées ou actuelles, qui veulent être enregistrées, pour qu'un Magister divinitalis consente à les omettre sans engager sa réputation. De là, entre autres causes, des digressions, des répétitions, des longueurs, aussi bien à la fin qu'au début du siècle. Il faut attendre une main vigoureuse, au service d'un esprit puissant, pour étreindre tout cela en une systématisation parfaitement logique; le xiii* siècle y sera aidé d'ailleurs par l'assoupissement de certaines questions fort agitées auparavant.

La documentation patristique est abondante assurément, principalement dans les traités antibérengariens, les collections canoniques de Gratien, d'Yves, d'Alger, etc., chez quelques Sommistes qui utilisent ces divers dossiers. Remarquons la survivance des principaux textes du Liber de corpore et sanguine Domini d'Hériger de Lobbes, jadis attribué à Gerbert; cf. dom Morin, Les Dicta d'Hériger de Lobbes sur l'eucharistie, dans la Revue bénédictine, 1908, t. xxv, p. 1-18, qui lui-même puise dans Paschase Radbert, J. Ernst, Die Lehre des hl. Paschasius Radbertus von der Eucharistie, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 27, et celui-ci est dépendant de Fauste de Riez, cité sous le nom d'Eusèbe d'Émèse. Ibid., p. 36; P. L., t. xxx, col. 271.

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On retrouve ces textes de Paschase et d'Hériger un peu partout, dans les traités particuliers, dans les collections canoniques, chez les Sommistes, parfois avec des attributions difïérentes qui hésitent entre Eusèbe d'Émèse et saint Augustin. Ils reparaîtront encore au xiv^ siècle dans les Quodlibeta de Guillaume Occam et ailleurs.

Il va sans dire que l'authenticité de tous ces textes qui constituent le dossier patristique de l'eucharistie n'est pas à l'abri de soupçon, pour ne pas dire davantage : telle la citation de saint Jérôme dans le Tractalus contra amaurianos sur la présence de Jésus-Christ dans toutes les parties. Op. cit., p. 59, c. XI. Cf. aussi De consecratione, dist. II, c. 77, et la note des correctores romani. Il serait prématuré de vouloir retrouver au xii" siècle l'acribie dont se pique le xix^ ou le xx« siècle. A propos de la documentation patristique, notons aussi l'insistance à écarter les contrahetates entre les expressions; elle dénote le trouble des esprits devant certaines formules qu'à première vue ils ne pouvaient harmoniser : Videat quomodo se expédiât de sententiis Patrum quas subjicimus. On peut voir, par exemple, Guillaume de Saint-Thierry, De sacramento altaris, xii, P. L., t. cLxxx, col. 362 : considerare libet... cur super hac re in sanctorum Patrum tractatibus reperiuntur tam dubiœ sententiœ et tam scrupulosœ et quse... contrariée videantur. Cf. c. xi, col. 359. Cette insistance s'étend, du reste, à toutes les matières théologiques ou canoniques et fait créer la formule : non sunt adversi, sed diversi. Hugues Métel, Gerhoch deReichersberg, Arno de Reichersberg, Robert de Melun dans la préface du manuscrit de Bruges, etc. Alger avait dit, op. cit., I, 17, P. L., t. cLxxx, col. 790 : varie loquunlur sed non contrarie. Certains procédés d'exégèse sont à noter aussi, dont la formule, souvent exacte, donne occasion, cependant, à des applications maladroites: tels les axiomes sur le double ou le triple corps du Christ, qui se ressentent des règles de Tyconius jamais ou rarement nommé (par exemple, dans Innocent III, op. cit., 1. IV, c. xvii, P.L., t. ccxvii, col. 869), ou des idées d'Amalaire (désormais Sergius râpe). Enfin, les textes d'Augustin sur la double manducalion du corps du Christ ont une interprctalion qu'on peut appeler classique et qui se retrouve chez la majorité ou la totalité des auteurs théologiques.

Dans le grand effort de systématisation qui caractérise les deux derniers tiers du xii^ siècle, les recherches sur la définition du sacramenlum et son application à nos sept rites attirent tout de suite l'attention. Outre les attaques soulevées par les bércngaricns et leurs successeurs, qui tous abusaient du mot sacramenlum, figura ou mysterium, pour nier la vérité de la présence du corps de Jésus-tLhrist, cf. Guitmond, op. cit., ii, P.L.,L cxLix, col. 1454, 1455, 1461; Alger, op. c//., I, 4, P. L., t. CLXXX, col. 751; Grégoire de Bergamc, etc., c. xi, p. 43, les difficultés d'une systématisation poussée avec logique jusqu'au bout du classement se faisaient spécialement sentir, surtout pour la pénitence, le mariage et l'eucharistie, par exemple, Alger, I, 8, P. L., t. clxxx, col. 760 sq., sur l'eucharistie et ses rapports avec les autres sacrements, Guillaume de Saint-Thierni-,op. cit., ix, xii, P. L., t. clxxx, col. 355, 362, sur le corpus triplex et allusion à la règle de Tyconius. Sans doute, les préoccupations trop exclusivement dialecticiennes de ces Sommistes provoquent à bon droit le reproche d'une subtilité à courte vue; néanmoins, la chose n'allait pas sans soulever un probU'mc : tout sacrement étant le signe de quelque chose, la forma visihilis d'une autre chose invisible, de quoi le corps du Christ tst-il la figure? Comment est-il signe, puisqu'il est invisible? Voir, par exemple, Alger, op. cit., I, 4, 5, ibid.,

; col. 751, 752 sq. Comment peut-il être signe, puisqu'il I est mysteriuml N'est-il qu'un sacrum secretuml La ! difficulté grossissait encore par suite des idées régnantes chez les canonistes, dont la plupart, à un moment donné (et Hugues de Saint-Victor, en parlant du baptême, ou dans sa définition même du sacrement. De sacramentis, 1. I, part. IX, 2, P. L., t. clxxvi, col. 317, est dans ce courant d'opinion; voir aussi la Summa sententiarum, V, 4, ibid., col. 129), voient dans l'objet matériel lui-même le sacramentum. On peut consulter utilement à ce sujet Pourrai, La théologie sacramentaire, Paris, 1907, p. 36, etc.

On peut voir dans Roland, édit. Gietl, p. 215, 216, l'application de la triple définition du sacrement à l'eucharistie: 1. sacrée rei signum, le pain et le vin sont le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ; la res sacramenti est son corps ou aussi l'Église; 2. visibile signum invisibilis gratiœ, ceci se rapporte à l'union entre le Christ et l'Église p;ir la sainte communion; le sacramenlum est la visibilis Christi corporis assumptio, la res sacramenti est l'invisibilis unio entre le Christ et son Église, ou la grâce, ou la rémission des péchés; 3. sacrum secrelum, cette définition ne comporte que la res sacramenti, c'est-à-dire le corps du Christ.

Des idées analogues se rencontrent chez Hugues de Saint-Victor qui, en restant fidèle à sa définition et à sa théorie des éléments sacramentels, De sacramentis, 1. I, part. IX, 2, P. L., t. clxxvi, col. 317, distingue trois choses dans l'eucharistie : species yis/èiVes, c'est-à-dire le pain et le vin; veritas corporis, c'est-à-dire le corps invisible du Christ; virlus gratiœ spiritualis, la grâce que nous recevons avec ce corps. Ce que nous voyons est le sacramenlum et imago illius quod crcdilur secundum corporis veritatcm et qund creditur secundum corporis veritatcm sacramenlum est illius quod percipilur secundum gratiam spiritualem, et plus loin : in primo... signum secundi, in secundo causa tertii, in tertio viilus secundi et veritas primi. De sacramentis, 1. II, part. VIII, 7, P. L., t. ccxxvi, col. 466-467.

La Summa donne à ces idées une expression plus nette, en désignant ces trois éléments sous le nom de sacramenlum et non res, res et sacramenlum, res lanlum. Celle-ci est Vunitas capilis cl membrorum qui s'aj)pelle aussi virlus ou spirilucdis caro Christi, Summa senlenliarum, VI, 3, P. L., t. clxxvi, col. 140; elle est suivie ou même copiée par les Senlenliœ divinitatis, édit. Gcyer, p. 135.

Pierre Lombard, après avoir distingué une double res sous les species, à savoir, le corps du Christ (res contenta et significala) et l'unité de l'Église (res significata et non contenta), adopte la même terminologie que la Summa sententiarum et lui donne pour l'avenir une consécration à peu près ofîlcielle. Dist. VIII, n. 4. Pierre de Poitiers répète, ici comme souvent ailleurs, le Magisler, I. V, disl. X, t. ccxi, col. 1241-1242. Alain de Lille ne s'étend pas sur cette division, cf. ce qu'il dit incidemment dans son Scrm., m, P. L., l. ccx, col. 204; par contre, Innocent III emprunte largement l'idée et l'expression à Hugues et à Pierre Lombard. Op. cit., I. IV, c. xxxvi, P. L., t. ccxvn, col. 879. Plus loin, il a un paragraphe sur le sens du mot sacramentum : active cl passive dicilur, qu'il applique à l 'eucharistie. Op.fi/., 1. IV, c. xxix, col. 881. On peut voir aussi les déflnilions des dictionnaires théologiques déjà cités, par exemple, parmi ceux qui sont imprimés, Alain de Lille, /'. L., t. ccx, col. 929 030, ou la définition de Gandulphe de Bologne (ms. de Turin, A S7 et A 115) et des autres abréviateurs du Lombard, ou des polémistes comme Gerhoch de Reichersberg. Hpistola ad Jnnoccnlium. Monumenta Germaniw historien, ibid., p. 223, 267, etc.'

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//. DOCTRINE DE LA PRÉSENCE RÉELLE. 1" Soil

affirmation. — La présence réelle est affirmée chez tous avec une netteté qui ne laisse place à aucun doute. L'allure générale même du plan et des chapitres donne plus de force î» cette affirmation. La plupart n'introduisent pas ex professa une « thèse » sur la présence réelle; Roland Bandinelli, nous l'avons déjà dit, est un des rares qui fassent exception. Les autres se contentent d'apporter quelques témoignages scripturaires ou patristiques, en guise de réfutation contre ceux qui ont attaqué ce dogme; souvent la réfutation prend du développement. Les paroles du Christ dans l'institution et dans la promesse sont fréquemment invoquées.

Rubert de Deutz a été calomnié, quand on l'a représenté comme favorable à l'erreur des sacramentaires. Wycliff lui a fait le reproche d'enseigner une présence du Christ dans l'eucharistie per figiiram. On peut voir dans VApologia Ruperti de Gerberon, Paris, 1669, P. L., t. clxvii, col. 108-123, les textes qui nous donnent l'expression de sa foi orthodoxe. Citons seulement sa lettre dédicatoire à Cunon de Ratisbonne, mise en tête de son commentaire sur saint Jean, dans l'édition de Cologne et de Nuremberg (1526) et reproduite par Migne, P. L., t. clxix, col. 201, grâce à une copie envoyée par Denzinger. Il s'y élève expressément contre l'erreur bérengariennc. Des passages de son De divinis officiis, tels que I, 6, 17, P. L., t. cLxx, col. 15, 21, où il a le texte /ère ôa^ur in..., ne permettent pas non plus une interprétation contraire à la présence réelle, comme Rocholl le reconnaît dans la Realencyklopàdie, t. xvii, p. 240. Ajoutons-y encore sa discussion avec un scholasticus magnie œstimalionis, qui arguë contre lui de la communion de Judas, pour nier la présence réelle. Super quœdani capitula S. Bcnedicti, P. L., t. clxx, col. 495.

2'' Questions corollaires. — 1. Présence sous chaque espèce, sous chaque fragment. — Fidèles à la tradition si fortement inculquée par Paschase Radbert au ix" siècle et reprise avec ardeur parles adversaires de Bérenger, la plupart des auteurs mettent de l'insistance à affirmer l'identité du corps présent dans l'eucharistie avec celui qui est né de la Vierge Marie, qui a été attaché à la croix, qui est monté au ciel. Il faudrait citer ici tous les écrits, ou peu s'en faut; sommistes, auteurs ascétiques, mystiques ou populaires sont unanimes.

Le Christ est reçu tout entier par tous, integer accipitur, comme le dit Graticn, De consecratione, dist. II, c. 70, 75. Il est présent tout entier dans chaque partie, sovis chaque espèce et chacun le reçoit en entier; c'est un point de doctrine sur lequel on constate le soin des maîtres et des pasteurs à prévenir les idées fausses, par exemple, Summa sententiarum, VI, 6, P. L., t. CLXxvi, col. 142; Honoré d'Autun, Elucidarium, I, 28, P. L., t. clxxii, col. 1129; Eucharistion, I, 3, 5, col. 1250, 1252, 1253 : nec particulam de corpore praecidens, etc.; Hugues de Saint- Victor, De sacramentis, 1. II, part. VIII, 11, P. L., t. cLxxvi, col. 469; Sententiœ divinitatis, v, édit. Geyer, p. 137, 138, qui réfute la solution donnée par Roland, celui-ci n'admet pas qu'on reçoive l'âme du Christ : licet corpus animcUum suscipiatur, op. cit., édit. Gietl, p. 227; Hugues de Rouen, Dialogorum libri VII, 1. V, 15, P. L., t. cxcir, col. 1210; Robert Pulleyn, Sententiœ, \iu, 5, P. L., t. clxxxvi, col. 966; Pierre Lombard, 1. IV, dist. XI, n. 6; dist. XII, n. 5, etc. ; la lettre de saint Anselme a déjà été mentionnée plus haut, P. L., t. CLVii, col. 255, ainsi que celle d'Arnould de Rochester, Spicilcgium de d'Acherj% t. II, p. 441, et le court mais substantiel passage de Guillaume de Champeaux, P. L., t. clxiii, col. 1039,

ou d'Anselme de Laon, op. cit., p. 12, 10. Nous ne rappelons que pour mémoire le cas isolé de lolmar de Triefenstein, qui partait d'un littéralisme effrayant dans l'exégèse des formules eucharistiques, pour ne voir dans l'hostie que la seule chair sans les os et dans le vin que le sang. Epist., i, P. L., t. cxciv, col. 1481; Epixt., viii, P. L., t. cxciii, col. 500-503.

La comparaison du miroir brisé dont chaque fragment reproduit la même image se rencontre fréquemment; Innocent III l'applique à la question de la présence du Christ dans chaque parcelle de l'hostie avant la fraction, op. cit., 1. IV, c. viii, P. L., t. ccxvn, col. 861 ; le même auteur est formel sur la présence du Christ sous les deux espèces, dite ensuite (car ces mots attribués à frère Égide sont une interpolation évidente)ex naturali concomitantia. Op. cit., 1. IV,c.xvir, col. 868. Il y a, à cet endroit, une note intéressante sur les divers avis à propos du moment même de la consécration : le corps ne pouvant exister sans le sang, ni sans l'âme, c'est donc avec les paroles : hoc est... corpus meum, que la présence réelle se produit. Voir plus loin.

2. Objections contre celte présence multipliée. — La difficulté,issue de la présence multipliée du Christ et si souvent invoquée par Bérenger et les sectes hérétiques, a été touchée par divers auteurs. Citons, entre autres. Honoré d'Autun, qui reflète, dans un langage populaire, les idées courantes de l'enseignement scolaire. Il se pose nettement la question : utrum Christus cdiud quam suum proprium substantivum corpus apostolis trudiderit? an Ecclesia hodie cdiud et cdiud tune acceperit vclutrum a singulis sacerdotibussingtda corpora vel potius ab onmibus unum conficialur? an particulatim a populo vel totum ab uno quolibet comedcdur. Il y répond en affirmant que c'est bien le même corps, né de la Vierge, crucifié, présent au ciel, qui a été donné aux apôtres et qui est distribué aujourd'hui; puis il continue : et licet singuli sacerdotes singulas hostias offerant, non tamen singukuia corpora, sed onmes unum, quamvis diverso tempore conficiant. Et licet oblatas in plurima frusta divident, non tamen partes sed singuli totum accipiunt. Alioquin si Christus semel divisus a populo comederetur, non essel quod denuo esurienti daretur aut lot essent Christi corpora, quoi sacerdotum sacrificia. La difficulté de ce mystère est au-dessus de la raison : quodque humana ratio probare non potest : catholica fides neminem sinit dubitare. Eucharistion, v, P. L., t. clxxii, col. 1252-1253. L'investigation cosmologique, on le voit, sur la présence locale ou illocale, n'est pas même effleurée. Plus satisfaisante à ce point de vue, car elle dénote un progrès réel, est une page attribuée à Hildebert du Mans (fort gratuitement, il faut le craindre, à cause de certaines expressions techniques qui accusent une date postérieure; d'autre part, l'absence du mot transsubstantiation, si fréquent déjà vers 1180-1200, ne permettrait pas de dépasser la limite du xii" siècle), sur la présence du corps de Christ, à la manière d'un esprit, d'une façon incircumscriptible, partout à la fois, sans qu'il faille rechercher sous quelle parcelle de l'hostie se trouve telle partie du corps, etc.; toutes ces questions peuvent se faire juxta modum cxistendi qui comilatur naturairi, non cmtem circa ecmi quœ virtulem sequitur divinam. Le corps du Christ, en effet, est secundum aliquid ibi corporalitcr proplcr veram corporis naturam et sacramenti, ut dictum est, formam et propter quemdam cxistendi modum, secundum aliquid vero incorporaliter, quantum videlicet ad actum sentiendi (c'est-à-dire sensus nostri pcrccptioncm. comme il l'a dit plus haut) et modum quemdam cxistendi. Breuis tractatus de sacramcnto altcuis, P. L., t. clxxi, col. 1151, 1152. Puis il se rejette sur la supériorité de ces mystères sur la raison, qui doit ici non pas précéder,

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mais suivre la foi et il achève en disant : potissimum vero circa hoc sacramentum suum experilur et agnoscil defeclum omninwdo, nisi quia vel hoc videt esse ralionabile ut in Dei secrelis homini ad crcdendum traditis quod penetrari non potest ratione, non tawen excidat a fide. Ibid., col. 1154. Hugues de Saint-Victor, qui a ici de fort judicieuses réflexions sur l'incapacité de la raison humaine à tout comprendre, reste fort en deçà de ces lignes de Hildebert, dans son c. xi, De sacramentis, 1. II, part. VIII, P.L.,t. clxxvi, col. 469, mais les expressions qu'il emploie dans le c. xiii sur la présence corporelle momentanée du Christ, chaque fois qu'il vient en nous, sont des plus justes et peu fréquemment rencontrées. P. L., t. clxxvi, col. 470. La Summa sententiaruni ne dit rien de cette matière. Les Senlenliae divinitalis se contentent de dire à propos de la triple fraction : et iamen non sunl très Christi sed unns Christus, à la manière du Qnicunique, pour la Trinité, édit. Geycr, p. 138. UEpilome d'un disciple d'Abélard est non moins bref, et, à part l'allusion à la forma in aère, orthodoxe, c. xxix, P. L., t. clxxviii, col. 1743. Pierre Lombard a entrevu la diffîculté à propos du sacrifice de la messe, mais n'y insiste nullement, 1. IV, dist. XII, 7. Roland également se contente de l'affîmiation de la doctrine, édit. Gietl, p. 222.

Robert PuUeyn s'étend un peu plus sur les merveilles de cette présence et la toute-puissance divine qui a fait d'autres merveilles. Sentenliœ, VIII, 4, P. L., t. cLxxxvi, col. 965. Hugues de Rouen afTirme toutes les caractéristiques de cette présence mulli])liée simultanément en tous les endroits, sans diminution ni augmentation de ce corps, etc.; mais comme réponse à la difficulté, il se contente de dire : transcendit communem moreni creatœ substantise. Dialogorum libri Xll, 1. V, 15 P. L., t. cxcii, col. 1210. C'est de cette même dilTiculté que profite Pierre de Poitiers pour donner carrière à ses tendances dialecticiennes; mais s'il ne dépasse guère ses prédécesseurs dans l'analyse métaphysique, il a sur eux l'avantage d'une plus grande précision dans le vocabulaire et il conclut : quod non est niiruin, narn sicut habuit singularem slalum beatiludinis, étions habuit singularem statum localitatis; puis plus loin, eadcm quoquc virtutc (comme dans la naissance virginale, dans la résurrection, etc.), corpus suuni non breviutum, non diminutum in oris augustias recipere fccit, op. cit., ù'isX. XII, P. L.,t. ccxi, co!. 1251, 1254; la multiplication de cette présence dépasse ix ses yeux toute explication. Alain de Lille parle, comme Pierre de Poitiers, du corjis du Christ déposé sur les lèvres des lidèles : cum jam sit glori/icatum, nec aliquam in loco distantiam jaciat. Contra lurreticos, I, 57, 58, P. L., t. ccx, col. 3,59, .361. Innocent III n'en dit pas davantage. Op. cit., I. IV, c. xxvii, P. L., t. ccxvii, col. 875. Il recourt, comme Grégoire de Bergame, voir plus haut, à l'analogie de la parole humaine, dont le son remplit l'oreille de tous les auditeurs à la fois, ibid., col. 875, mais se pose la question en refusant d'y répondre : tntiits est in talibus dira rnliuncm subsisterc quum ultra ratinnem excedcre. Op. cit., IV, c. viii, /'. L., t. ccxvii, col. 861 ; voir aussi IV, c. xvi, ibid., col. 868. Il y a unanimité pour reconnaître que le corps échappe aux lois de l'espace; mais les essais d'explication sont hésitants. Sur l'usage et le sens du mot localis, les pages d'Alger, correctes pour l'idée et d'niu' grande influence sur les écrivains ultérieurs, montrent combien les expressions devaient encore se fixer. De sacramento allaris, jualogus, P. L., t. CLXXX, col. 741. Voir aussi la note de Darwell Stone, A hisloryol thr doctrine of the hohj cucharist, Londres, 1909, t. I, p. 270, n. 4; l'on peut mellre en regard les lignes de Zacharias Clirysopolilanus, sur la présence du Christ, locnliter et invisibiliter in cœlo..., Deus illo-

calis, etc. Op. cit., IV, 156, P. L., t. clxxxvi, col. 507,

3. Humanité et divinité. Adoration. — Sur la présence de l'humanité et de la divinité dans les espèces sacrées, le farouche polémiste antidialecticien des bords de l'Inn, Gerhoch de Reichersberg, a une ' expression qui ne satisfait pas Eberhard de Bamberg, divinilas cum Iota humanilale voralur et qui occasionne des conflits. Sa place appartient plutôt à l'histoire des controverses christologiques qui sont si vives alors et dont cette formule renouvelle un moment l'intensité. EpisU, VII, de Gerhoch; viii, d'Eberhard, etc., P. L., cxciii, col. 497, 504. Guillaume de Saint- Thierry avait été plus discret dans le choix de ses expressions. Op. cit., x, P. L., t. clxxx, col. 358.

L'adoration du Christ dans l'eucharistie, mise en question par Folmar, est également un corollaire de la christologie (voir plus haut) qui a si souvent provoqué la fécondité de la plume de Gerhoch : Schedulas domini G. quitus, jam omnes pscnc anguli lerrœ repleii sunl, comme dit Eberhard. Epist.,\in, P.L., t. cxciii, col. 500. Cf. Liber de glorificationc, etc., xin.

4. Fraction de l'hostie. — Parmi les autres questions qui se groupent autour de celle de la présence réelle, il en est deux encore, qui ont spécialement préoccupé l'attention du xii« siècle et y ont trouvé, après bien des tâtonnements, une solution satisfaisante dont a hérité la théologie catholique. L'une d'elles est celle de la fraction de l'hostie; l'autre regarde la permanence de la présence réelle après la communion, ou dans les hosties tombées sur le sol, corrompues, mangées par les animaux, etc.

Le premier problème avait été angoissant à son heure, notamment chez certains partisans de Paschase dans la controverse contre Ratramne de Corbie, ou chez les tenants d'une interprétation trop grossière de la confession de foi imposée à Bérenger par le cardinal Humbert. Voir, par exemple, le texte cité plus haut de Zacharias Chrysopolitanus, In unum ex quatuor, IV, 156, P. L., t. clxxxvi, col. 508, ou l'expression de Roland Bandinelli, op. cit., p. 233 : quod videtur probari passe ex juramento... Bercngario privstito (à savoir que le corps même du Christ est divisé); les gloses imprimées du Décret permettent de refaire partiellement l'histoire de l'interprétation de cette formule. De consecratione, dist. II, c. 42.

Les recueils canoniques, qui, tous ou peu s'en faut, enregistrent désormais cette profession, comme ceux d'Yves de Chartres, Panormia, I, 126, P. L., t. clxi, col. 1072, ou de Gratien, De consecratione, dist. II, c. 42, 77; voir aussi c. 37, Dum hoslia frangilur, contribuaient d'ailleurs à perpétuer la question. Le même résultat était dû au prestige fascinateur du tri/orme corpus Domi ni, depuis qu'un copiste avait mis par erreur sous le patronage du pape Sergius un texte tombé jadis de la plume d'Amalaire et primitivement assez mal accueilli. Vacant, Le sacrifice de la messe dans la conception de l'Église latine, extrait de V Université catholique. Paris, 1894, p. 31, n. 2; il n'est guère de théologien, de canoniste ou de liturgiste qui ne l'invoque d'une certaine façon (voir plus liaut); à l'aurore du xiii" siècle. Innocent III reconnaît combien la question offre encore de difficultés : a paucis intctligi, dit-il. Op. cit., 1. IV, c. IX, /'. L.,t. ccxvii, col. 861.

La réponse ([ue lui apporte le Viclorin est exacte, mais n'exi)li<|ue rien : le corjis du Christ a l'air d'être divisé; en réalité, il nv l'est pas, il est tout entier dans chaque partie; Hugues se rejette sur la toutepuissance, non idco lalsumest quia nUrum est. Et verum est quia niiruni est, nec tamen sit mirum quia opus Dei est. Op. cit., I. H, part. VIII, 7, /'. L., t. clxxvi, col. 469. Pas un mol ici de la fraction des espèces :

EUCHARISTIE AU XII» SIKGLE EN OCCIDENT

Hugues a eu lio]) de timidité pour sortir d'une réserve que nous appellerions volontiers excessive.

A ce moment, du reste, les avis étaient fort partagés, comme ou peut en juger par le court morceau cité plus haut : De /rdclionc voijMiis Christi, dû à la plume d'uH polémiste plus véhément qu'éclairé, P. L., t. cLxvi, col. 1.341-1348, l'abbé Abbaud, qui s'en prend à Abélard ou aux dialecticiens de la théologie. Il ne veut pas entendre parler d'autre chose que d'une réelle fraction dans le corps même du Christ; pas question d'une fraction dans les espèces seulement, ibid., col. 1347; il a accumulé les textes (quelques-uns se retrouvent, pour être réfutés, dans les Senlenlim divinilatis, édit. Geyer, p. 134 -.scd opponilur...; dans Pierre Lombard, voir plus loin, qui les interprète autrement, etc.), et les preuves de la toutepuissance divine, etc., pour établir que l'afTirmation simultanée de la fraction et de l'intégrité ne doit pas être regardée comme absolument contradictoire : ne ipsa fractionis et integritatis assertio omnino absurde judicetur. Ibid., col. 1346. On peut en rapprocher ce que dira Zacharias au début de la seconde moitié de ce siècle : lui aussi rapproche les antithèses : corpus... franyilur... tolum suscipilur et intègre..., incorruptibile est... dentibus atlerilur, etc., op. cit., P. L., t. cLxxxvi, col. 508, et plus tard le fougueux Gauthier de Saint-Victor qui sera loin de la sage modération de son illustre prédécesseur, Hugues; la polémique de ce dernier sera aussi vive qu'injuste contre les « quatre labyrinthes de la France », comme il les appelle, surtout contre Abélard et contre Pierre Lombard. C'est à celui-ci qu'il s'en prend, 1. III, c. XI, et non à Abélard, comme le voulait Mabillon, Vetcra analecta, Paris, 1723, p. 54; le texte est dans les extraits de du Boulay, reproduits par Migne, P. L., t. cxcix, col. 1153-1154.

La Sunvna sententiarum, vi, 8, P. L., t. clxxvi, col. 144, qui nous renseigne sur les divers avis en présence et les appuis bibliques ou patristiques qu'ils invoquent, ne peut évidemment admettre que a fraction s'opère dans le corps du Christ; elle ne peut sympathiser non plus avec ceux qui afTirment qu'il n'y a là aucune fraction, mais simple apparence : (dit dicunl non est ibi fraclio, sed videlur tantiim et non est; rapprochez-en la lettre déjà citée de saint Anselme, P. L., t. eux, col. 256; un dernier avis appuj'é d'un texte de saint Paul, I Cor., x, 16, semble avoir ses préférences : alii dicunt... fraclio non alicujus rei quse ibi sil {id est, panis) : formule bien imprécise encore pour tlésigner, si elle a un sens, la fraction des espèces. Cf. Mignon, op. cil.., t. ii, p. 180. Les Sentenliee divinilatis, si souvent tributaires de la Sunvna scnlenliaruni, marquent plutôt un recul; elles affirment avec saint Augustin et en s'appuyant sur la comparaison de la réfraction et du miroir, que le corps du Christ n'est pas rompu : videlur frangi... atteri et non frangitur... L'opinion de ceux qui disent : il y a fraction réelle, mais le corps reste impassible, cdii dicunl quod vere frangitur et irrcfrigibile remanel, quod niiraculum est, cf. Abbaud et Zacharias, /oc. c;7., est franchement repoussée, édit. Geyer, p. 134, 135.

Lu réponse de Roland, qui rejette toute traction réelle dans le corps du Christ, édit. Gietl, p. 233, 234, est plus satisfaisante : id est, fil ut cum primo tantum sub una specie essel jam incipit esse sab diversis speciebus; frangitur enirn sacramenlaliter et non essentiuliler : plus haut il a aussi la comparaison de la réfraction du bâton plongé dans l'eau, p. 223.

L'explication donnée par Ognibene, par l'anonyme de Saint-Fiorlan, édit. Gietl, p. 233, par VEpitome, c. XXIX, P. L., t. CLxxviii, col. 1742, se borne à affirmer une fraction apparente, nullement réelle, et à rejeter toute illusion, parce que cette apparence a

pour but notre salut; même négation de Villusio par les Sentenliœ divinilatis, loc. cit.

La vraie réponse devait être fournie par le Magistcr Pierre Lombard, 1. IV, dist. XII, 5, qui, cette fois, n'a pas de modèle connu. Baltzcr, op. cit., p. 134, le fait trop peu remarquer; Pierre Lombard se contente si souvent d'enregistrer qu'il vaut bien la peine de constater ses titres d'originalité; il est, du reste, réservé dans son affirmation : sane dici polesl. Après avoir longuement enregistré les divers avis, selon son habitude, il continue : serf quia corpus Chrisli incorruptibile est, sane dici polesl fraclio illa et partitio non in subslantia corporis sed in ipsa forma panis sacramenlaliter fieri, ut vera fraclio et partitio sil ibi quse fit non in subslantia sed in sacramrnlo, id est, in specie. Comme expression, on ne pouvait être plus heureux. De son côté, Robert Pulleyn, Sentenliee, VIII, 5, P. L., t. CLxxxvi, col. 966,967, était arrivé à une exacte notion des choses; une étude minutieuse des rapports entre le Lombard et le cardinal anglais pourra dire si le Magister l'a eu ici pour modèle : Hœc qualitas (à savoir du pain et du vin) frangendo cl conterendo cditer varicUur, res ipsa quee sub specie latel nullo modo alleratur. Op. cit., P. L., t.CLxxxvi, col. 967.

Pierre de Poitiers, le fidèle disciple du Magisler, répète en d'autres mots la même idée, tout en constatant le nombre encore imposant des partisans que comptait l'interprétation grossière de la confession de Bérenger. Op. cit., 1. V, 12, P. L., t. ccxi, col. 1250.

L'expression d'Innocent III qui rejette l'explication trop facile, mais condamnable, de ceux qui maintiennent la présence du pain et du vin après la consécration, op. cit., 1. IV, 9, P. L., t. ccxvii, col. 861-862, consacre désormais la même idée : dicamus ergo quod forma panis frangitur et atlerilur, sed Chrislus sumilur et comedilur, col. 862; puis il explique dans ce sens la profession de foi de Bérenger. Op. cit., 1. IV, 10, col. 862-863.

Alain de Lille répond de la même façon à l'objection des hérétiques tirée de la fraction du pain, op. cit., I, 57, P. L., t. ccx, col. 350 : potius ad formam panis refertur quam ad corpus Chrisli; et plus loin : fraclio enim... non est in corpore Chrisli, sed in forma panis, 58, col. 361.

Chez les canonistes, Rufln, entre autres, avait donné la vraie solution à la difficulté suscitée par la profession de foi de Bérenger. Op. cit., De consecratione, dist., II, c. 42, 58, édit. Singer, p. 561.

5. Permanence de la présence réelle après la communion et en cas d'outrage. — Ce n'était pas en ces termes que se posait la question qu'il nous reste à examiner en ce moment. On lui donnait souvent un nom dont l'étymologie seule en dit assez : c'était celui de stercoranisme;ou bien encore, l'on formulait en termes fort nets les interrogations suivantes : Que devient le corps du Christ après que le fidèle a communié? Est-il soumis, comme les autres aliments, aux processus ordinaires de la digestion, etc. ? Quœrilur an corpus Chrisli vadat in secessum, comm? s'exprime Etienne Langton (ms. cité de Bamberg, fol. 082).

Rappelée par Paschase Radbert, De corpore et sanguineDomini, xx, P. L., t. cxx, col. 1330, et avant lui par Hériger de Lobbes,op.ci7.,/'. L.,\.. cxxxix, col. 179, pour être aussitôt écartée, et par Amalaire, Epist., VI, P. L., t. cv, col. 1338, qui se contente d'émettre trois solutions hypothétiques, soulevée de nouveau par Héribald d'Auxerre et Raban, P. L., t. ccx, col. 492, qu'accusera à tort Guillaume de Malmesbury, préface citée, op. cit., p. 82-83, la question formulée cidessus devait agiter tout le moyen âge à peu près et faire surgir, sous la plume des controversistes trop peu renseignés en histoire, un groupe d'hérétiques, les stercoranistes, dont l'existence est toujours bien problé-

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matique, pour ne pas dire davantage. Alger, qui consacre à cette question un ample chapitre, op. cit., II, 1, P. L., t. CLXxx, col. 807-814, emploie le mot de stcrcoraniste, ibid., col. 810, déjà appliqué aux grecs par le futur Etienne IX, le cardinal Frédéric de Lorraine. Contra Nicetam, P. I... t. cxliii, col. 993. Désormais, il allait perdurer dans la littérature théologique; plus d'une fois même il sera, bien à tort, lancé comme une injure à l'Église orientale orthodoxe.

L'importance, et par suite la survivance de ce chapitre dans la polémique eucharistique, se comprendra sans peine, si l'on songe que les partisans de Bérengcr tiraient parti de la situation dégradante faite à l'hostie consacrée, tombée sur le sol, foulée aux pieds, mangée par les animaux, digérée comme les autres aliments, etc., pour en former un argument contre la présence réelle; il en allait de même, nous l'avonsvu, avec la question de la communion de Judas, dont parle la consultation de Guibert de Nogent et la polémique de Rupert de Deutz avec le scliolasticus magnœ œstimationis.

On peut rapprocher, sur le sujet qui nous occupe, la lettre de Wolphelm, de Brunvillers, vers la fin du iKi" siècle, P. L., t. cliv, col. 412, celle de Gilbert de la Porée qui refuse la communion aux condamnés à la pendaison, P. L., t. clxxxviii, col. 1258, et les chapitres consacrés par Guitmond, op. cit., ii, P. L., t. cxLix,;col. 1448, 1450, 1451, et Alger, op. cit., II, 1, P. L., t. CLXXX, col. 807, 811, etc., à cette attaque des bérengariens; celle-ci allait être reprise à leur profit, comme nous le voyons chez Alain de Lille, op. cit., I, 57, 58, P. L., t. ccx, col. 359, 362-363, par les sectes hérétiques cathares, etc. On constate, par une expression de Hugues de Saint- Victor et d'Innocent III, que l'objection ne manquait pas de troubler les âmes : cogitatio puisât aninmm. C'est par cette voie que le problème de la durée de la présence réelle sous les espèces sacrées devait arriver à trouver sa solution définitive.

Il existait déjà une explication qui s'appliquait aussi au cas des pécheurs qui recevaient indignement le corps du Christ : la présence réelle cessait subitement et l'hostie redevenait pain. Guitmond repousse vivement cette solution pour les pécheurs, op. cit., u, ut, P. L., t. rxLix, col. 1453, 1491; mais elle se retrouve encore dans V Eucharisiion, x, P. L., t. clxxxii, col. 1255 (pas dans les autres ouvrages) d'Honoré d'Autun. Guitmond, qui n'est plus d'accord ici avec lui-même, et Alger donnent une explication inexacte et, depuis lors, universellement rejetéc; Bellarniin les en reprendra dans son De scriptoribas ecclesiasticis, Cologne, 1684, p. 164. 176. Pour (iuitmond, le corps du Christ n'est pas atteint; il retourne au ciel, ou bien les anges l'écartent lorsqu'il va devenir la proie d'un animal ou l'objet de quelque outrage. Op. cit.,

11, P. L., t. cr.xix, col. 1445, 1448, 1449, 1450; m, col. 1451-1453.

Pour Alger, tout cela n'est qu'apparent; grâce à un miracle, rien ne se produit, même dans les espèces. Op. cit., II, 1, P. L., t. CLXXX. col. 813, etc.

Hugues de Saint-Victor parle de celte matière avec une discrétion que l'on ne saurait trop admirer et qui lui fait presfjue loucher la vraie réponse, quand il s'agit de la coimnunion; quant aux outrages extérieurs, tout cela a l'air de se faire, mais le corps du Christ reste inviolé, />c sacramentis, I. II, part. VIII,

12, /'. L., I. Cl. XXVI, col. 470; en somme il n'expli((uc rien ici. Mais pour la présence réelle après la communion, il est plus heureux, au point qu'il sera transcrit textuellement, ou peu s'en faut, par Garnier de Rochcforl, Contra amaurianos, p. fil, et Innocent III. Voir plus loin.

Sans être encore complet, connue le fait fort bien

remarquer l'abbé Mignon, Hugues de Saint-Victor et les origines de la scolaslique, Paris, 1896, t. ii, p. 180, voici ce qu'il dit : comparant la venue visible du Christ en ce monde avec sa descente sur nos autels, il continue : sic ergo~in sacramento suo modo temporaliter vcnit ad te et est eo temporaliter tecum, ut tu per corporalem prsesentiam ad spiritualem quœrendam exciteris et inveniendam adjuveris. Quando in manibus sacramentum ejus tenes, corporaliter tecum est. Quando ore suscipis, corporaliter tecum est. Dcnique in visu, in tactu, in sapore corporaliter tecum est. Quamdiu sensus corporaliter afficitur, prœsentia ejus corporalis non aufertur. Postquam autem sensus corporalis in percipiendo déficit, deinceps corporalis prœsentia quœrenda non est, sed spiritualis retinenda; dispensutio compléta est, perfectum sacramentum, virtus manet, Christus de re ad cor transit. Melius est tibi ut eat in mentem luam quam in ventrem tuum. De sacramentis, I. II, part. VIII, 13, P.L., t. clxxvi, col. 470- 471. C'était s'approcher de bien près de la formule définitive; mais, malgré ce premier succès, le progrès sera lent.

Guillaume de Saint-Thierry se contente d'une assertion qui laisse sa pensée imprécise : sumpta ore carnis nostrœ caro Christ i nequaquam œstimanda est lege communium cihorum. Op. cit., viii, P. L., t. clxxx, col. 355.

L'hésitation que traversent tous les tenants directs ou indirects de l'école d'Abélard s'explique facilement par le prestige du Magister Petrus. Il avait soutenu une opinion bien voisine de celle de Guitmond, d'Alger, etc., de façon à rehausser l'autorité du passé par la fascination de son propre enseignement. Le texte nous en a été conservé dans les Capitula errorum P. Abœbardi, édit. Cousin, t. ii, p. 700-769; P. L., t. CLXXXII, col. 1052. Après avoir rappelé ces outrages apparents, Abélard continue : et idco quœritur quare Dnis permittat ista fieri in corpore suo. An fortassis non ita ftat in corpore, scd tantum ita facial apparerc in spccie? Ad quod dicimus quod rêvera non sit in corpore, sed Dcus ita in speciebus ipsis propter negligentiam ministrorum reprimendam habcre fucit, corpus vero suum prout ci placet, reponit et conservai.

Roland n'admet pas que le corps du Christ, reçu dans la communion, soit soumis au processus de la digestion: an corpus Cliristi digcratur? Non, dit-il. Op. cit., édit. GietI, p. 232. Ognibene et l'anonyme de Saint-Florian en disent autant. Ibid., p. 232, n. 234. Que se passc-t-il si l'hostie consacrée devient la proie d'un animal? Les avis sont partagés : Videtur corrodi et manet incorruptus, dit Hugues, op. cit., 1. II, part. VIII, 12. col. 470. La Summa scntentiarum ne dit rien; pour d'autres (Ognibene, l'anonyme de Saint- Florian, ibid., p. 234. n. 11), le corps du Christ se retire des espèces; ou I ien la substance du pain y revient; c'est l'avis que relate Roland, op. cit., p. 234- 235, lequel |)enchc plutôt pour la réponse afTirmative : le corps du Christ traverse réellement ces outrages, mais sans corruption, comme le rayon du soleil qui pénètre partout sans souillure, p. 235. Remarquons, en ])assant, la connexion qu'il y a entre celle question, que plusieurs résolvent en n'admettant qu'une apparence extérieure do corruption, et l'opinion attribuée à Abélard sur les specics in acre. Cf. Ognibene, l'anonyme de Saint-Florian, lac. cit.; Guillaume de Saint- Thierry, Disputatio adrcrsus Ahielardiim, ix, /'.A., t. CLXXX, col. 281 ; .Main de Lille, P.L., t. ccx. col. 359. etc. Pierre Lombard est d'une circonspection ((ui étonne après la réponse si heureuse à la question (le la fraction : quid sumil nuis'.' Deux norit, I. IV, dist. XIH, 1. édit.Quaracclii.t. iv, p. 301: il ne traite, du reste, celle matière <|u'incideinmenl ; l'on croirait

EUCHARISTIE AU XIP SIECLE EN OCCIDENT

volontiers à un oubli (juMl aurait voulu réparer, tant on est surpris de rencontrer quelques lignes sur cette question après le chapitre sur les consécrations des indignes.

Les gloses sur le Décret, comme celles de .1. de F'ant, peut-être de Jean de Faenza (sur l'identification, encore contestable, voir toutefois Schulte, Geschichie der Qiiellen des can. Jkclits, Stuttgart, 1875, t. i, p. 140), croient encore à la disparition du corps du Christ, au moment d'un outrage. De consecratione, dist. II, c. 94 , Qui bene, Lyon, 1634, p. 1964. Voir aussi les avis rapportés par Giraud le Cambrien, op. cit., I, 9, p. 30, et Césaire de Heisterbach, op. cit., IX, 13, p. 174, 175.

Alain de Lille se rapproche davantage de la vérité, quoique son explication, qui recourt à l'exemple de ceux qui se nourrissent de la seule odeur des fruits, soit peu satisfaisante, Contra hiereticos, i, 58, P. L., t. ccx, col. 359, 362-363; quand il parle des produits de la digestion, il est moins heureux et ne touche pas à la vérité. Ibid., p. 363.

Pierre de Poitiers a une solution meilleure : à propos des prières : Jubé, Domine, istud deferri in sublime altare tuiim, qui rencontre des interprétations différentes, il se pose une question relative à la permanence de la présence réelle sur l'autel ou chez le communiant : voici la réponse qu'il relate : et dicunt quamdiu servatur sapor qui remanet, facta transsubstantiatione, tamdiu est ibi corpus Christi. Cum vero nec sentitur sapor, nec apparet species panis,non est ibi corpus Christi, quia non est ibi sacramentum, sub quo velabatur. Op. cit., 1. V, 12, P. L., t. ccxi, col. 1252. Faut-il y voir une formule discrète employée à dessein pour éviter les mots an corpus Christi digeratur? C'est possible; mais son langage n'apporte qu'un peu plus de précision aux termes qu'il a pu trouver chez Hugues de Saint- Victor, toc. cit. On peut même dire que celui-ci n'a guère été dépassé.

Innocent III lui-même ne marque guère un progrès en ce point. S'il eut la sagesse de préférer, parmi les modèles qui s'offraient à son choix, les discrètes remarques de Hugues de Saint- Victor (ce que fait aussi VExpositio cononis missœ du pseudo-Pierre Damien, en les entremêlant de phrases prises à Innocent, n. 6, P.L., t. CXLV, "ol. 883), il n'apporte aucune précision nouvelle ni dans la pensée, ni dans l'expression. Op. cit., 1. IV, 15, P. L., t. ccxvii, col. 867. Quant au cas d'incendie, etc., il admet qu'un nouveau pain est miraculeusement créé avant que les espèces deviennent la proie des flammes ou d'un animal, bien que, toutefois, les accidents séparés puissent être aussi brûlés ou mangés. Op. cit., 1. IV, 11, col. 863.

Prévostin eut plus de décision : il admet franchement l'avis d'Eudes de Paris qu'il cite (ms. de Bruges 237, fol. 82, v. 2) : Item queritur quid sumal mus? Ici il se contente de mentionner \e Dominus novii du Lombard. Puis il continue : M. Odo dicit quod immundius est os peccaloris quam os nuiris et sicut potest esse in are peccaloris sine sui inquinamenlo ila et in ore mûris. Non est enim major ratio quare possit esse in immundissima pixidc cl non possit cssc in ore mûris.

C. Double munducalion pour les bons et les mauvais. — La double manducation par les bons ou par les mauvais a déjà été mentionnée diverses fois au cours de cet article; nous avons vu comment elle se liait aux problèmes issus de la croyance à la présence réelle, comme dans le fait de la communion de Judas, ou de la durée de cette présence dans les espèces sacramentelles. Malgré la nette affirmation de Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, xx, P. L., t. cl, col. 436, il se rencontre, à la fin du xif^ siècle et au commencement du xii« siècle, des théologiens peu éclairés pour prétendre que le corps du Christ se

retire de l'hostie au moment où un indigne va communier, (iuilmond réfute longuement cette erreur. Op. cit., III, P. L., t. cxLix, col. 1491 sq. Quelque quarante ans plus tard, V Elucidurium d'Honoré d'.\ulun reflétait encore cette opinion : corpus autem Christi per manus angelorum in cielum defertur, carbo vero a dœmonc in os projicilur ut Cypiianus tcstatuT, 1, 30, P. L., t. CLxxii, col. 1131; cf. aussi col. 1132, sur Judas. L'Eucluirislion est plus exact et la question posée : utrum in ore indigne sumentium in aliam naturam commutetur, 9, col. 1255, est résolue dans un sens qui ressemble à une rétractation(à moins qu'il ne faille donner raison à Hauck contre Endres sur la paternité de l'ouvrage) : caro ejus de pane conjecta in nullam allant naturam transmulabitur. Idem enim est in ore pessimi quod in ore piissimi... diversa in diversos efficil, causa gloriic... causa pœnœ. Ibid., col. 1255.

Désormais, les rejnésentants des écoles sont unanimes dans leur idée, si pas dans leurs expressions. Faut-il voir une exception dans Rupert de Deutz, comme le veulent quelques théologiens, tels que Bellarmin,op. ci7.,observ. 23,et Vasquez, In Ill^^partem, dist. LXXX, c. i? Les textes ne sont nullement concluants contre le moine de Saint-Laurent; ils seront discutés dans l'article sur Rupert. Nous renvoyons en attendant à Y Apologia Ruperli de Gerberon, P. L., t. cLxx, col. 124-132. Hugues de Saint-Victor n'a pas de chapitre spécial sur cette matière, mais il prépare nettement le travail à ses successeurs par ses développements sur le sacramentum et res, op. cit., I. II, part. VIII, 5, 7, P. L., t. clxxvi, col. 465, etc.; la Surruna sentenliarum dit que tous reçoivent le sacramentum (se rappeler la distinction entre res et sacramentum, la res toute seule et le sacramentum tout seul, c'est-à-dire ici corpus et sanguinem, vi, 7, P. L., t. CLXXVI, col. 1430); les bons reçoivent, en outre, rc/ji, c'est-à-dire i'psam e/7!cacîa77), ou, selon l'expression de saint Jérôme, spiritualem carnem Christi. Ibid.

Pour Roland, il y a la corporalis et spirilualis assumptio accordée aux bons, la corporalis tantum pour les mauvais (avec la communion de Judas, op. cit., p. 229-230). Voir aussi les Senientiœ divinitatis, p. 136, avec la question sur Judas, Ognibene, édit. Gietl, p. 229, 14, et ri?pi/ome,c.xxix, P.L.,t. clxxviii, col. 1741, etc.

Le Magister Sentenliarum a un long passage sur cette question : il y a, dit-il, la manducation sacramentalis pour les mali, qui reçoivent la vraie chair née de Marie, mais non la chair mj'stique du Sauveur; les boni ont la manducation sacramentalis et spirilualis (comme Roland : corporalis et spirilualis). Le Lombard continue ses développements dans toute la dist. IX et fait le commentaire des expressions difficiles d'Augustin, 1. IV, dist. IX, édit. Quaracchi, p. 199- 200. Il a le texte classique de Lanfranc, De corpore et sanguine Domini, xx, P. L., t. cl, col. 436, mais il le place, tout comme la Summa, vi, 6, P. L., t. CLxxvi,col. 143, sous le pavillon de Grégoire le Grand, ibid., n. 2 : est quidem in peccaloribus et indigne sumentibus vera Christi caro et verus sanguis, sed esscnlia non salubri efjicicntia.

La spirilualis et la corporalis nianducatio tontl'oh]ii\. de plusieurs chapitres aussi chez Guillaume de Saint- Thierry, op. cit., v-viii, P. L., t. cLxxx, col. 351-355, qui y applique la distinction du dup//ci7er caro Ciirisli.

Les paroles du Lombard seront répétées en résumé par Pierre de Poitiers, op. cit., 1. V, 13, P. L., t. ccxi, col. 1252-1253, et ici, comme souvent ailleurs, Innocent III se fera l'héritier des idées et même des expressions de Pierre Lombard, loc. cit., et de Hugues de Saint-Victor, De sacramentis, 1. II, part. VIII, 5, P. L., t. ccxxvi, col. 465 : boni comedunt ad salutcm, mali... ad judicium. Op. cit., IV, 14, P. L., t. ccxvii.

EUCHARISTIE AU XII» SIECLE EN OCCIDENT

col. 86(5-867. La strophe de saint Thomas, Sumunl mali, sumunl boni, etc., dans le Pange lingua, était prête depuis un siècle !

La vie du Christ présent dans l'eucharistie a fait l'objet de quelques courtes réflexions que nous nous j contentons de mentionner : Rupert de Deutz, De divinis offîciis, ii, 9, P. L., t. clxx, 40, 41, auquel répond Guillaume de Saint-Thierry, qui ne peut admettre ses vues, Epislola ad quemdam qui de corpore et sanguine Domini scripserat, P. L., t. clxxx, col. 341-344, et Hildebert, ou l'auteur du Brcvis iractalus de sacramenlo allaris, P. L., t. clxxi, col. 1150- 1152. Innocent III, op. cil., 1. IV, 8, P. L.,t. ccxvii, col. 861, après avoir parle de la présence du corps dans l'hostie ou ses parties, se défend d'aller plus loin dans ses investigations. Remarquons que la théologie actuelle, qui refuse au corps du Christ, dans l'eucharistie, l'activité naturelle des sens, est beaucoup plus proche des idées de Rupert que de celles de Guillaume de Saint-Thierry,

7. Forme de l'eucharislie. Momenl de la consécralion à la dernière cène ou aclucllemenl. — • Cette question si importante de la « forme » du sacrement, en raison de ses liens intimes avec le problème de l'épiclèsc, ne peut se séparer de l'histoire de la liturgie de la messe et, de ce point de vue, elle a surtout sa place dans les siècles antérieurs au xw. Par contre, l'introduction de l'élévation après la consécration est un fait en connexion étroite avec les problèmes théologiques ou dogmatiques qui agitent le xii« siècle. La généralité des auteurs placent la » forme », au sens actuel du mot, dans les paroles de la consécration, dans le sermo operalorius..., comme le dit Alger, op. cil., I, 7, P. L., t. CLXXX, col. 756, à la suite de saint Ambroise. Roland, op. cil., p. 232, tout comme Pierre Lombard, op. cit., 1. IV, dist.VIII, n.3, ne précise pas sa pensée, et ses abréviateurs comme Bandinus, Sentenliw, I. IV, dist. VIII, P. L., t. cxcii, col. 1095, ou Gandulphe de Bologne, ms. de Bologne A. 57, fol. 73, tout en donnant un autre texte, ne reproduisent pas non plus la formule littérale des paroles consécratoires. Ni Hugues, op. cit., 1. II, part. VIII, 2, P. L., t. CLxxvi, col. 461, ni la Summa, VI, 4, P. L., ihid., col. 140-341, n'avaient été plus nets. Les collections canoniques, comme celles d'Yves et de Gratien, ne précisent pas davantage; Pierre de Poitiers non ])lus, mais celui-ci dit expressément que l'invocation de la sainte Trinité qui précède n'est pas essentielle. Op.cjï., I. V, 11, P.L.,t. ccxi, col. 1243. Alain de Lille, Rcgulie theologicœ, 10(), P. L., t. ccx, col. 679, n'a rien de ])lus. Etienne de Tournai, op. cil., c. xxxix, p. 273, cite comme il suit les ])arolcs consécratoires : hoc est corpus mcum, etc., et ne veut i)as décider si l'omission de ce qui précède ou de ce qui suit entraîne nullité.

Il se rencontre un certain nombre d'auteurs i)our dire que dans la dernière cène le Christ a produit la présence réelle i)ar sa bénédiction, antérieurement aux paroles : hoc est corpus, etc., tels Odon de Caml)rai, op. cit., P. L., t. ci.x, col. 1062, et Pierre de Poitiers, op. cit., I. V, II, /'. /.., t. ccxi, col. 12)4- 1215, qui raj)pelle diverses explications : le Christ aurait deux fois i)roiioiicé ces jiaroles, etc. Pierre Comcstor, en rapi)elaiit celle double explication, lui assure une perpétuité égale à la vogue de son Ilisloria scolastica. In Kvangclia, c. ci.ii, P. L., t. cxcviii, col. 1618. Prévostin est pour laconsécrationpar la seule bénédiction (ms. de Bruges 277, fol. 81 v"), tandis qu'un peu auparavant Ilugguccio se prononçait pour la répétition de la fonnule par le Christ, voir le texte dans Gillmann, Der Knthotik, 1910, t. ii, p. 232, note 3, et qu'Innocent III, op. cit., 1. !V, .5, 6, P. L., t. ccvii, col. 8.58, 859, son élève, se déclarait plutôt favorable à l'avis d'Odon. Innocent III, (]ui ne rejette pas le

DICT. I)K TIII,OL. CATIIOL.

sentiment d'Odon, op. cit., 1. IV, 5, P. L., t. ccxvii, col. 858, fait ici un peu de critique littéraire à propos des expressions de la formule qui ne se trouvent pas rapportées dans le récit évangélique: elevatis oculis..., œlerni Testamenli, mijsterium fidei.

Sur le moment même où s'opère la présence réelle par ces paroles consécratoires, ou peut voir Innocent III, op. cit., l.IV, 17, P.L.,\.. ccxvii,col.868, et Pierre de Poitiers, op. cit., 1. V, 11, 12, P. L., t. ccxi, col. 1244-1245, 1249; Etienne de Tournai se refuse à examiner la question débattue de son temps, si la transsubstantiation se produit petit à petit : scd utrum hoc pcdelenlim fiai, ut vcrba dicuntur, guœrcre uut (lisquircre superracaneum est. Op. cit., c. xxxix, p. 273.

C'est qu'ici une question restait à trancher : la l'orme du sacrement opère t-cllc latranssubstanlialion séparément et indépendamment pour le pain et pour le vin, ou la transsubstantiation ne se produit-elle ([u'après la prolation de la formule du vin?

D'après les quelques cas de rubrique cités plus li;mt (S. Bernard, Yves de Chartres, Gilbert de la Porée, Hildegarde) et d'après l'avis des principaux théologiens, il n'y a pas de doute que la majorité {multi doclorum, dit Césaire de Hcistcrbach, op. cit., IX, 27) des auteurs ne regarde la transsubstantiation opérée indépendamment par chacune des deux formules; mais ro])inion qui retardait le moment de la transsubstantiation jusqu'à la lin de la seconde formule, a eu des représentants jusqu'au terme de la période dont nous nous occupons ici.

Les témoignages de Pierre de Poitiers, op. cit., 1. V, 11, P. L., t. ccxi, col. 1245 {dicunl laincn quidam...), d'Innocent III, op. cit., 1. IV, 22, 17, P. L., t. ccxvii, col. 872-873, 868, et avant lui de Sicard de Crémone {diiwrsœ sunt opinioncs, ms. lut., Munich, 4555, fol. 75, dans Dcr Kalholik, 1908, t. n, p. 421, note) sont explicites à ce sujet. Il y a i)lus; malgré la solution contraire de saint Bernard et d'autres. Innocent III déclare à deux reprises que, pour plus de sûreté, dans ce conflit d'opinions (lui-même tient pour la valeur indépendante de chaque consécration, op. cit.,]. IV, 17), le prêtrequi continue la messe d'un confrère subitement empêché après la première consécration doit reconuneneer les deux consécrations, op. cit., 1. IV, 22, 24; cf. 17, P.L., t. ccxvii, col. 872, 873, 868, mais il déclare qu'il le faut faire en prenant une autre hostie. Ibid., 22. Maurice de Sully, au témoignage de Giraud le Cambrien, en dit autant. (icmma ccclesiaslica, i, 46, Opéra, l. ii, p. 124. Cette réi)onse est contraire à la théorie qui préside à l'usage cistercien, tel qu'il nous est décrit et justifié par Césaire de Ileisterbach vers la même époque, Dialogus, IX, 27, édit. .1. Strange, Cologne, Bonn, 1851, t. ii, p. 185; le moine bernardin attribue à Pierre le Chantre et à ses scquaccs, la doctrine opposée qui ne veut voir qu'après la prolation des i)arolcs : hic est sanguis meus, la transsubstantiation oi)érée : Quidam aiunl utrumque ver hum ad utriusque lnuisxnhsl(udi(dioncni nrccssnri(un. Prspondendum : divcrsx opinioncs, ncc panrm transsuhslanliari in corpus nisi vcrbis his prolalis : hic est siniguis meus.

Pierre le Mangeur, au dire de Giraud le Cambrien (le texte invoqué par le P. Tliurston ilans le Tabkl, 1907, t. II, p. 644, ne se retrouve pas à l'endroit qu'il indique, mais dans la Gemma ccclesiaslica, i, 8, Upcra, t. II, p. 27 28). était du même avis que Pierre le Chantre. Par contre, l';tienne Langton, ancien étudiant lui aussi de Paris, est tout à fait d'accord avec l'opinion cistercienne, comme le montre son entretien avec Césaire, vers 1210, à l'abbaye de Heislerbach, rapporté dans les I.ibri miraculorum, édil. Meister : Die Fragmente dcr I.ibri VIII miraculorum des Cicsurius vun lleislci buch,l\oi\K', 1901, dans Po-

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misclie Quarlalsclirifl, Supplcmentband, p. 16-17. C'est vers cette mOme duLc que les ordonnances d'Eudes de Paris (entre 1196-1208) consacrent cette doctrine par la pratique; elles ordonnent une élévation de l'hostie après les mots : Iwc est corpus meum, et ne permettent pas de reconnnencer la première consécration si, avant la seconde, on trouve le calice vide. ]\Iansi, Coiicil.,t. xxii, col. 682. L'usage de l'élévation après la première consécration commence à s'afiirmer dès lors dans les prescriptions conciliaires locales et des rapprochements suggestifs font voir au P. Thurston, dans Etienne Langton, archevêque de Cantorbéry, l'introducteur de cette cérémonie de la messe dans la liturgie des églises d'Angleterre, The élévation, dans The tablet, 1907, p. 645 sq., 684; mais elle ne se généralise que graduellement, dans le monde catholique, à un moment où depuis longtemps la croyance à l'achèvement de la transsubstantiation après chacune des deux formules consécratoires ne rencontrait plus de contradicteurs. Voir Élévation, t. iv, col. 2320.

8. Matière de V eucharistie. — La matière du sacrement donne lieu à des considérations symboliques qui remontent par Fauste de Riez à saint Augustin et à saint Cyprien,ou qui sont empruntées à la Bible. On les base parfois sur une étymologie bien hardie, comme Honoré d'Autun qui fait dériver punis de Ttctv.

Le pain et le vin ont été choisis parce qu'ils constituent la nourriture ordinaire, ou pour figurer l'unité dans l'Église, corps du Christ {panis ex n^ultis granis, vinuni ex multis acinis), conmie on le ,trouve dans les conférences entre Anselme de Havelberg et l'archevêque de Nicomédie,Z)ia/of/z,iii,19, P. L.,t. cLxxxviii, col. 1240, ou parce que l'âme est figurée par le sang; or, l'eucharistie est pi'ise ad tuitioneni corporis et animx; citons comme exemples ; Sumniu sententiaiuni,]. VI, 6, P. L., t. clxxvi, col. 142-143; Sententiœ divinitatis, v, édit. Geyer, p. 130, 139; Ognibene, op. cit., édit. Gietl, p. 227; l'anonyme de Saint-Florian, ibid., p. 227; Pierre Lombard, op. cit., 1. IV, dist. XI, 6; Honoré à'Autnn, Elucidarium, i, 28, P. L., t. cLxxii, col. 1129; Innocent III, op. cit., 1. IV, 3, P.L., t. ccxvii,col.S54, etc. Innocent III profite de cette question pour établir une connexion nouvelle entre l'eucharistie et l'incarnation, op. cit., 1. IV, 21, P. L.,t. ccxvii, col. 874; du reste, cette tendance s'accuse fréquemment; nous l'avons signalée déjà chez Honoré d'Autun, Euchaiislion, m, P. L., t. cLxxii, col. 1251, chez Guillaume de Saint-Thierry, op. cil., II, P. L., t. CLXxx, col. 348, chez Nicolas d'Amiens qui a une réminiscence ou une imitation anselmiennc, semble-t-il. De aiie seu de articulis culholicte jidei, iv, 3, P. L., t. ccx, col. 613-614.

C'est sous ces espèces que le Christ se comamnique, car la chair sanglante ferait horreur et ainsi la foi garde en même temps son mérite; cette idée perpétuée depuis Paschase Radbert, dont le traité est toujours fortement utilisé, £)eco/-po/e et sanguine Domini, xin, P. L., t. cxx, col. 1316, se retrouve sans cesse au xii<^ siècle dans les écrits des magistii, des canonistcs ou théologiens, les sermons, etc. Citons VElucidarium d'Ho- Jioré d'Autun, i, 28, P. L., t. clxxii, col. 1129; la Sunima sententiœum, 1. VI, 4, P.L., t. clxxvi, col. 141; les Sentenliie diuinilalis, v, édit. Geyer, p. 130; Gratien,£)eco/!S(;c/-a^(ci/ie,édit. Quaracchi,dist. II,c. 72; Pierre Lombard, 1. IV, dist. XI, p. 239. Il faut du pain de froment, triliceus, nisi de frumento, comme disent Pierre Lombard, 1. IV, dist. XI, 8, et Alain de Lille, Regulœ theologicœ, 109, P. L., t. ccx, col. 679. Uhordaceus ne suffit pas, étant destiné aux jumenla. Ce pain doit être sans levain, et ici s'ouvre habituellement un paragraphe polémique contre les grecs. Les uns sont violents et sévères; ils voient même

une véritable hérésie dans l'cinploi du pain levé; tel Alger de Liège, op. cit.. Il, 10, 8, P. L., t. clxxx, col. 827-830. Les autres sont plus modérés et conciliants, comme Gerhoch, Liber de simoniacis, ibid., p. 258, ou Innocent III, op. cit., 1. IV, 4,P. L., t. ccxvii, col. 854; plusieurs se ressentent des pourparlers engagés au milieu de ce siècle avec les grecs et dont Anselme de Havelberg, l'un des prélats les plus en vue de l'Allemagne du nord, nous a laissé un compte rendu dans ses Dialogi (voir son échange de vues avec l'archevêque de Nicomédie,sur le fernientalum et Vazijmum, Dialogi, m, 17-19, P. L., t. clxxxviii, col. 1234-1241). 11 en est, comme Gandulphe de Bologne, qui ne se refusent pas à admettre une révélation spéciale, faite à l'Église grecque sur ce point : Verisimile videtur quod alicui doctorum eoruni levelalum fuerit (glose de Gandulphe; De consecratione, dist. II, c. 3, conservée par Jean le Teuton et imprimée en marge dans les éditions du Corpus juris, par exemple, Lyon, 1624, p. 1913), et Huguccio de Ferrare (f 1210) répète son maître Gandulphe (ms. de Cambrai, col. 347 r°). Au vin il faut ajouter l'eau, ce que l'on appuie souvent de raisons symboliques, par exemple, Pierre Lombard, 1. IV, dist. XI, n. 7. Si l'eau n'est pas ajoutée au vin, la Suirima scntentiarum n'ose pas se décider pour ou contre la validité, 1. VI, 9, P.L., t. CLXXVI, col. 145 ; Gra tien dit o^err/ non licet, De consecratione, dist. II, c.2, 7. Pour Roland, le sacrement est valide, mais il conseille de recommencer le tout. Op. cit., édit. Gietl, p. 231-232. Pierre Lombard, qui a tout un paragraphe sur la question, concède avec quelque hésitation la valeur de ces consécrations sans eau, en s'appuj'ant sur l'exemple des grecs. Op. cit., 1. IV, dist. XI, n. 8. Anselme de Havelberg rapporte sa conférence à ce sujet, au ch. xx. Dialogi, m, 20, P. L.,t. clxxxviii, col. 1241-1245. Plus tard, Etienne de Tournai se prononce contre la validité, si l'omission de l'eau ou du vin a été produite par la présomption ou l'hérésie : secus est, ajoute-t-il, si ignoranlia vel negligcntia (solum vinuni vel solxim uquam fundal).Op.cil., part. III, dist. II, ci, p. 270. On peut voir dans Innocent III, op. cit., 1. IV, 18, 22, 23, 24, 25, 31, etc., la solution de divers cas pratiques relatifs à la forme ou à la matière du sacrement. P. L., t. ccxvii, col. 869, 872, etc. Nous passons également la question fréquemment débattue, si cette eau est aussi transsubstantiée au sang du Christ. Voir Innocent III, op. cit., 1. IV, 29, ibid., col. 876.

9. Minisire de l'eucharistie. — Le ministre du sacrement est le prêtre : on rencontre quelques allusions aux prétentions des vaudois et d'autres sectes qui veulent que les profanes puissent consacrer le corps et le sang du Christ (cf. les œuvres polémiques citées au début de cet article, à propos des attaques des hérétiques); avant le milieu du siècle déjà, saint Bernard en parle longuement dans deux de ses sermons in Cantica. C'est probablement ce même motif de respect pour les droits de la hiérarchie sacerdotale qui fait tant insister à ce moment sur l'exercice des ordres ecclésiastiques par le Christ lui-même durant sa vie mortelle. Aux textes cités dans l'article sur Pierre Lombuid et les sept ordres ecclésiastigues, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 1909, t. x, p. 296, n. 3, on peut ajouter ceux de Hugues de Reading ou de Rouen, Contra hœreticos libri très, 1. II, 9, 10; 1. III, 2, P. L., t. cxcii, col. 1280 sq., et d'Innocent III, op. cit., 1. I, 3-5, etc., P. L., t. ccvii, col. ■/ 76-777, etc.

Une opinion connexe rappelée par .\bélard, mais qui a comme point de départ une idée exagérée de l'eflicacité des paroles sacramentelles, attribue toujours sa valeur à la formule consécratoire, fût-elle prononcée

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par un laïc, un prêtre ou une femme : Cujuscumque sit ordinis uel conditionis. Au dire d'Abélard, Theologia cluLstiana, iv, P. L., t. clxxviii, col. 1286, cette opinion était celle de Bernard de Chartres (pour ridentilication de Bernard, voir Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge, Paris, 1895, p. 159).

D'autres fois, il s'agit de maintenir ce droit pour tous les prêtres qui ont vécu après les apôtres; de là l'insistance avec laquelle le texte : IIoc facile in meam convnemoralionem est ordinairement ajouté à celui : Hoc est corpus, etc., dans la preuve de l'institution du sacrement et delà présence réelle. \oir, passini, les témoignages passés en revue plus haut, et Pierre le Vénérable, Contra petrobrusianos, P. L., t. clxxxix, col. 798, 810, etc. La Sumrna sentenliarum, cnirc autres, 1. VI, 4, P. L.,t. CLXxvi, col. 141, Roland Bandinelli, op. cit., p. 216, et les Sententiœ divinitutis, édil.Geycv, p. 140, 141, spécifient ce droit pour les seuls prêtres : solis sacerdotibus.

Mais la confusion des idées qui se montre dans la polémique des investitures au sujet des sacrements, des simoniaques, des excommuniés, des indignes, etc., ne s'est pas encore dissipée une génération après le concordat de Worms (1123). Cela met sous la plume de plusieurs auteurs des opinions erronées. Si Robert PuUeyn, op. cit., VIII, 6, P. L., t. clxxxvi, col. 968, reconnaît valides les consécrations faites par tous les prêtres, quels qu'ils soient, son avis n'est pas encore général. Plusieurs hésitent, d'autres nient cette validité pour une ou plusieurs des catégories d'indignes. Importanteàcet égard est la lettre de Hugues de Reading à Mathieu d'Albano; elle fait allusion aux idées de ses Dialogi, 1. V, 11, P. L., t. cxcii, col. 1204, et expose à propos de l'eucharistie une opinion sur la valeur des sacrements qui rencontre beaucoup d'adhérents. L/te//( de lite,i. m, p. 285; P. L., t. cxcii, col. 1227-1230. Même sainte Hildegarde, si sa réponse à la consultation rapp^-lée plus haut est authentique, serait dans ce dernier sentiment. Epist. , xliïi, P. L., t. cxcvii, col. 212-213. Pierre Lombard n'a pas non plus la note juste, op. cit., 1. IV, dist. XIII, et la Sunima sententiaruni, après hésitation, se montre très favorable à un avis analogue, 1. VI, 9, P. L., t. CLXxvi, col. 146. On peut voir dans l'ouvrage de Saltet, Les réordinations, Paris, 1907, p. 266-360, le trouble qui régnait à ce sujet dans les esprits jusque bien après la rédaction du livre des Sentences; en Allemagne, les polémiques se prolongent dans le groupe de Gerhoch de Reichersperg et, avant cela. Honoré d'Autun s'en fait l'écho dans son Ofjcndiculum, p. 53, etc. Voir le Tructutus de scismalicis, écrit vers 1164-1168 par un Bavarois, ibid., t. m, p. 126-128; le Liber contra duas Invrescs et les écrits de Gerhoch ou d'autres sur ces questions dans les Monumenta Gerinaniœ liistorica. Libclli de lite impe ratoruinct RR.pontificum, t. m, p. 12,29, 131-525, etc. — Simon de Tournai rencontre l'objection du Lombard tirée de l'expression de l'offertoire et du canon : O/Jerimus (ms. cité de Bamberg, fol. 48) : con/icitur sacramenluni hoc adore Deo, saccrdotc ministro, sire bonus sivc malus sit minislrr. Ibid., fol. 46.

Sur la consécration d'une même hostie faite par plusieurs prêtres à la fois, conune c'était le cas des cardinaux qui officiaient avec le pape, les avis étaient partagés. Innocent 111, op.c(7.,l. IV, 20,/'./.., t. ccxvii, col. 874, dit que si tous ont l'intention de ne consacrer qu'en même temps que l'olllciant princii)ai, une i)riorité de quelques instants chez un seul dans l'cxprcsbion de la formule, n'empêcherait pas les autres de prendre réellement part à la consécration.

///. iKjirniyi: de la mAs^srnsrAsriAriny. — La principale question relative a l'eucharistie au xu" siècle est assurément celle de la • transsubstanlialion ".

1° Doctrines adverses : impanalion, consubstartliation, union hyposlatique avec le pain. — Les divers avis opposés à la transsubstantiation qu'énumère Alger, op. cit., prologus, P. L., t. clxxx, col. 759, sont considérés par lui comme des erreurs et ne représentent nullement à ses yeux un enseignement catholique, comme le donnerait à croire la courte citation de Rocholl, dans Realencyclopàdie jûr prolestantische Théologie und Kirche, t. xvii, p. 240. Guitmond d'Aversa,qui distingue si bien les nuances entre les divers groupes de bérengariens, est le premier qui nous parle de ï impanalion; au dire des adeptes de celte doctrine, ce serait là le fond de la pensée de Bérenger : alii vero, redis Ecclesiœ ralionibus cedentes, nec tamen a stultitia reccdentes ut quasi aliquo modo nobiscum esse videantur, dicunt ibi corpus cl sanguinem Domini rêvera, sed latentcr contineri et ut sumi possint (possil?) quodanmxodo ut ila dixerim impanari. Et liane ipsius Berengaiii subtiliorem esse sententiam aiunt. Op. cil.,ï. 1, P.L., t. cxLix,col. 1430. Si la plus grande partie de son traité s'occupe des umbratici, la companulio intervient au 1. III, ibid., col. 1480, où sont réfutés les arguments des impanatores qui parlent d'un Christ impanalum et invinatum, col. 1482,1486; il rejette en même temps toute union avec le pain : nemo dicere audet, ila Deus et homo, et panis et vinum unus est Christus. Unde igilur istis hsec nova companatio? Ibid., col. 1482. Plus tard, Alger de Liège s'occupe des mêmes erreurs, op. cit., prologus, et I, 6, S, P. L., t. CLXXX, col. 739, 754-756, 765 : quod Christus in pane sacramentali non ila pcrsonaliter sit impanatus, ut in carne incarnatus. Mais il ne donne pas d'indication qui puisse fixer le nom d'aucun de ses adversaires : errantes tamen quidam de quibusdam sandorum verbis dicunt ila pcrsonaliter in pane impanalum Christum sicut in carne humana pcrsonaliter incarnalum Deum.

A ce moment cette erreur était nouvelle, nous dit Alger, mais quelle est dans sa pensée la portée chronologique de ce mot? Quœ hœresis quia nova et abswda est... radicilus est exstirpandu. Ibid., col. 754. Outre le groupe bérengarien qu'il a connu par l'ouvrage de Guitmond, Alger a-t-il en vue ici l'enseignement de Rupert de Deutz? On l'a dit, voir plus loin; mais la date du De sacramento corporis et sanguinis est trop vaguement connue pour qu'on ait le droit de la dire antérieure à c^'lle du De divinis o/ficiis de Rupert.

Remarquons aussi que les arguments des impanatores chez Alger, col. 754-755, ne se rencontrent pas chez Rupert, à part une même comparaison générale avec l'incarnation (encore les termes de l'objection chez Alger ne sont-ils pas ceux des trois ouvrages incriminés de Rupert; ce qu'il dit au cli. viii, contient un texte de saint Jean, vi, 51), que nous trouvons chez Rupert, /'. L., t. clxix, col. 178 sq. ; mais les corollaires que tire ici Alger de l'impanutio sont formellement niés par Rupert; d'autre part, les atlversaires de Guitmond, op. cit., col. 1181, recouraient à d'autres arguments que ceux d'Alger; il semble même que la comparaison avec l'incarn.ition vient de tiuilmond, col. 1182,i)lutôt (lUe de ses adversaires. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que la doctrine de rinn)anation revient encore chez un contemporain qui en écrit à Rupert; c'est Guillaume deSaint-Thierr\ ; il redoute de rencontrer dans les conséquences d'une expression peu claire du moine de Ucutz (quid hic corpus surrilicii appellelis, peniliis non video) l'erreur bérengarienne de l'iml)anation. Epislola ad qucmdam moiuuluim, P. L., t. CLXXX, col. 311, 312. Plus tard, les Scnlencicrs, connue Pierre Lomijard, voir plus loin, mentionneront encore celte doctrine pour la rejeter, sans s'y arrêter davantage.

Ln dehors des demandes d'explication (juc lui en-

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voie Guillaume de Saint-Thierry ou des allusions possibles chez Alger de Liège, la position que prend dans ces chapitres Rupert de Deutz, De divinis officiis, II, 2, 9, P. L., t. cLxx, col. 35, 40; In Exod., ii, P. L., t. CLXvii, col. 617-618; In Joa.,vi, 52, P.L., t. clxix, col. 481, et qu'on a interprétée dans le sens de l'impanation ou dans celui de la consubstantiation et d'une union personnelle avec le pain, Baronius, Annales écoles., an. 1111, n. 49; Bellarmin,De eucharislia, disp. XLIX, sect. ii, n. 12; Vasquez, In I II-''" purlcni, disp. LXXX; Pusey, The doctrine of Ihe rcal présence ns contained in ihe Faihers, Londres, 18G5, p. 5 sq. ; tandis que d'autres l'absolvent de ces erreurs: Gerberon, Apologia Riiperti, déjà citée; Histoire lillérairc de lu France, t. xi, p. 456, 520, etc. ; Noël Alexandre, //«/. ccclcs., Paris, 1714, t. vi, p. 520-524; Tournely, Cursus theologicus, Cologne, 1734, t. m, p. 358-359; Bach, Dogmengesehiehle des Miltelalters,\icnnc, 1875, t. i, p. 413; Schwane, Dogmengeschichle, Fribourg-en- Brisgau, 1882, t. m, p. 641; Pohle, art. Impanation, dans la Catholic eneyclopedia, 1910, t. vu, p. 694, etc., demanderait une étude spéciale qui aura sa place propre dans l'article sur Rnpcrt et qui doit tenir compte aussi des vues du moine de Saint-Laurent sur la christologie et l'incarnation. Dans les œuvres subséquentes de Rupert et même dans le De divinis officiis, se rencontrent des passages d'une orthodoxie irréprochable et irréductibles à une interprétation conciliable avec l'impanation ou la consubstantiation, par exemple. In Exod., iv, 7, P. L., t. clxvii, col. 704; Epistola nnncupatoria ad Ciinoncm, P. L., t. CLxix, col. 203; voir d'autres passages dans V Apologia Rupcrti de Gerberon, P. L., t. clxvii, col. 163 sq. P'aut-il voir, dans les lignes incriminées de De divinis officiis, des conceptions passagères ou des manières de s'exprimer qui revêtent la vraie pensée de l'auteur de considérations mystiques, sans la rendre dans toute son exactitude? Peut-être; il faudrait alors, pour écarter la contradiction de ses diverses affirmations, entendre ce changement du pain et du vin, non pas au sens destructif, mais dans un sens perfectif qui les élève à la substance du corps du Christ. Des expressions d'une exactitude douteuse se rencontrent de-ci de-là, comme explications, chez les auteurs fort orthodoxes que nous avons passés en revue. Nous pouvons ajouter que le peu d'écho que trouvent ces idées de Rupert, malgré la dilïusion de ses écrits, nous permot de considérer son cas comme un chapitre spécial, plutôt dans l'histoire d'une personnalité théologique intéressante que dans celle du dogme ou de la théologie eucharistique; le développement des doctrines et des systèmes du xii« siècle n'en a guère été affecté. A part divers passages du Mitrate,iu,5, 6, P. L., t. ccxiii, col. 116-118, 129, de Sicard de Crémone, nous n'en trouvons d'éclio nulle part; encore Sicard a-t-il dans les mêmes chapitres, m, 8, ibid., col. 141, et plus loin, tout comme dans son œuvre canonique, un exposé complet de la transsubstantiation, si bien qu'il n'a pas même l'air, en employant quelques-unes des expressions de Rupert, de leur soupçonner un sens qui répugne à la vraie doctrine qu'il professe; il ne leur donne que la valeur d'une comparaison.

2" Le terme ulranssubstantiulio ». — 1. Premier emploi. — On a cru et répété longtemps, contre les affirmations déclaratoires de Luther qui attribuait à saint Thomas et aux thomistes l'introduction dumofntranssubstantiation n,qu'Hildebert de Lavardin,évêque du Mans, mort en 1134, était le premier auteur chez qui l'on constatât l'usage de ce terme. Le témoignage d'Hildebert présentait cette particularité intéressante qu'il faisait emploi du mot dans un sermon à ses prêtres, dix ou vingt ans, peut-être même davantage.

avant la composition des traités systématiques des Victorins ou des Sommistes des écoles de Paris; en outre, la manière aisée et toute naturelle dont il faisait intervenir l'expression dans une œuvre d'édification donnait à croire qu'elle avait depuis assez longtemps droit de cité dans le langage thèologiquc pour pouvoir se passer de légitimer ses titres et être aisément comprise d'auditeurs étrangers à la terminologie scolaire. Voici le texte : Cum proféra verba canonis et verbum trunssubstantiationis, et os meum plénum est contradictione et amaritudinc et dolo, quamvis eum honorcm labiis, tamen spuo in facicm Salvatoris... Ilaque mundamini, etc. Serm., xciii, P. L., t. xxi col. 776. En réalité, le sermon n'est pas d'Hildebert. Beaugendre.qui grossit outre mesure le bagage littéraire de l'évêque du Mans, dans l'édition de ses œuvres entreprise à quatre-vingts ans, Paris, 1708, fut cause de l'erreur de la plupart des théologiens et d'historiens, comme Déni Ile, Luther und Lutherthum, Mayence, 1904, p. 239; Mgr Batifïol, Études d'histoire' et de théologie positive, 2<' série. L'eucharistie, Paris, 1906, p. 372; Darwell Stone, A history of the doctrine of the holy eucharist, Londres, 1909, p. 275, note 2. C'est non pas à Hildebert, mais à Pierre Comestor, mort vers 1178, qu'il faut désormais reconnaître la propriété du Serm., xciii, de l'édition de Beaugendre. Notons en passant que Boehmer écrit par erreur « sermon lxxiii » dans l'art. Hildebert de la Rcalencyclopàdie de Hauck, t. viii, p. 69; la faute est corrigée par Kattenbusch au mot Transsubstantiatio, t. XX, p. 57.

La preuve de la paternité de Pierre le Mangeur a été faite par B. Hauréau, en 1887, dans les Notices et extraits de la Bibliothèque nationale,^. xxxii,2«partie, qui a singulièrement diminué l'héritage littéraire d'Hildebert au profit de Pierre Comestor, de Pierre Lombard ou de Geoffroy Babion. Il faut donc reculer le sermon et le témoignage y contenu d'une quarantaine d'années. Cela ne lui donne plus, tant s'en faut, la première place dans l'ordre chronologique, car nous trouvons fréquemment le mot en usage avant 1175. Denifle a réduit à néant, avec sa vigueur coutumière, les accusations de Luther contre cette « introduction thomiste »; un substantiel chapitre, d'une virulence plutôt étrangère au style historique, groupe en quelques pages les principales affirmations qui se font jour au XII' siècle. Luther und Lutherthum, Mayence, 1904, p. 237-245; 2i= édit., Mayence, 1906, t. i, p. 612. Elles ont été reprises et complétées ou corrigées par Kattenbusch dans Realencyclopàdie fiir prolest. Théologie und Kirche, art. Transsubstantiatio, 1908, t. xx, p. 56-58, et, depuis lors, Fr. Gillmann de Wurzbourg a singulièrement grossi la liste des citations canoniques dans Der Kutholik, 1908, t. ii, p. 417 sq.; 1910, t. II, p. 77. Le premier témoignage en date serait celui de Pierre Damien qui emploie l'expression dans V Expositio canonis misstc, retrouvée par le cardinal Mai, Scriptorum veterum collectio nova, t. VI, et reproduite par Migne, P. L., t. cxlv, col. 79 sq. : Hoc est corpus meum; quacrilur quid demonslret sacerdos per hoc pronomen hoc? Si panem, pani nunquam congruit esse corpus Christi, sed dcmonstrat corpus Christi; sed quando profcrtur ipsum pronomen, nondum est transsubstantiatio. Respondetur quod sacerdos non demonstrat, cum illis verbis non utatur enuntiative sed recitativc. Op. cit., n. 1, ibid., col. 883. Pierre Damien, qui est le premier aussi, semble-t-il, qui emploie les mots sacramentum confcssionis, aurait également enrichi de cette expression la terminologie théologique. C'est l'avis de l'évêque de Birmingham, Ch. Gore,qui après avoir donné la priorité probable à Etienne â' Antun, Dissertations on subjects cormected with the Incarnation, Londres, 1895,

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p. 268, n. 3, penche ensuite en faveur de Pierre Damien qui apparaît avoir le premier usé de ce terme. The body of Christ, Londres, 1901, p. 116, note 2. C'est ce que fait aussi Darwell Stone, op. cil., t. I, p. 259-260, n. 3. Gieselcr, parfaitement documente dans ce cliapitre de sa Kirchengeschichle, les avait déjà précédés dans cette afTirmation. Lehrbuch der Kirchengeschichle, Bonn, 1848, t. n, p. 134, n. 5. Cette attri- Ijulion n'est malheureusement pas justifiée. Kaltenbusch, loc. cil., p. 57, et Endrcs, Pclriis Damiani und die wclUichc Wissenschafl, dans les Beilràge ziir Geschichle der Philosophie des Millelaltcrs, t. viii, p. 10, n. 31, ont raison de ne pas regarder l'authenticité de l'œuvre comme hors de doute; nous ne pourrions actuellement lui assigner d'auteur, mais nous croyons pouvoir afTirmer qu'elle n'est pas de Pierre Damien. Elle suit en maints chapitres, pas à pas, le J. IV du De sacro allaiis myslcrio d'Innocent III et, si celui-ci ne se fait pas faute de transcrire Hugues de Saint- Victor, comme nous le montrons ailleurs, la comparaison entre les c. vi et xvii, par exemple, d'Innocent III, P. L., t. ccxvii, col. 859, 868, avec les paragraphes 3 et 7 de Pierre Damien, P. L., t. cxlv, col. 881, 883, montre qu'ici le plagiaire n'est pas l'auteur du De sctero allaris myslcrio, mais le compilateur de VExposilio canonis missœ, qui tantôt copie littéralement le précédent, tantôt supprime des phrases entières, tantôt les résume. Le mot Iranssiibslanliuiio, qu'il emploie dans le passage indiqué, est pris au titre du chapitre De sacro cdlaris myslcrio, 17, dont il copie les premières lignes. L'écrit attribué à Pierre Damien s'occupe, en outre, de beaucoup de discussions scolaires, ce qui s'éloigne de la façon ordinaire du cardinal de Saint-Sixte. Cf. Endres, op. cil., passim. Ce texte est donc :\ écarter définitivement (le la liste des premiers témoins et doit être reculé jusqu'à la fin du xn" siècle. \oir Recherches dn science religieuse, 1911, t. n, p. 465.

Le premier emploi du mot qu'on puisse signaler au xii" siècle est celui qu'en fait Etienne de Baugé, évêque d'Autun, mort en 1139 ou 1140, à Cluny, entre les bras de Pierre le Vénérable, EpisL, v, 6, P. L., t. CLxxxix, col. 390 : oramus ul cihiis hominum fiai cihits angclontm, sciliccl ul oblalio panis el vini Iranssubslcmlielur in corpus el sanguinem Jcsu Chrisli, Tractalus de scicramenlo cdlaris, c. xiii, /'. L., t. cr.xxii, col. 1291, et un peu plus loin : Quasi dicercl (l)ominus), panem quem accepi in corpus meum Ircmssnbstanliavi, el illud do vobis. Op. cil., c. xiv, col. 1293. Cette (euvrc est-elle sûrement authentique? Gorc ne semble pas en douter, Disserlalions,cic., 1895, p. 268, note 3; Kattenhusch est plus circonspect. licalencyclopddie, t. XX, p. 57. Jadis Labbe, (|ui hésitait, Disserlidiones philologicœ de scriploribus ecctcsiaslicis, Paris, 1660, t. II, p. 372, se promettait d'élucider la question, ibid., appendice, p. 807; mais il n'a i)u réaliser son I)rojet. Depuis Mabillon, Aruiales ordinis S. Benedicli, Paris, 17.39, t. vi, p. 270, l'on regarde communément comme auteur le i)remier des deux évêques d'Autun du xii« siècle qui i)ortérent le nom d'Etienne (le .second a un successeur en 1186).

Les paroles de Pierre de Cluny, loc. cil., appuient celle attribution à Etienne de Baugé. Remarquons, en outre, que dans les exemi)lcs du c. vi : Quando Christus ecclcsiaslicaa adminislralioncs suscrpil, ibid., col. 1277-1278, l'auteur du Traclalus se fait seulement l'écho d'Yves de Chartres (f 1115), Serm., ii, de rxcellenlia sucrorum ordinum, P. L., t. clxii, col. 513 sq., mais pas encore de Hugues de Saint-Victor, Drsacramenlis, I. II, part. III, c. vi sq., P. L., t. ci.xxvi, col. 424 sq., ce qui concorde parfaitement avec la palernilé du premier Etienne; en outre, les expressions fort discrètes de l'auteur quand il parle de la

fraction de l'hostie et de la manducation du corps du Christ, c. XIV, xviii, ibid., co\. 1293, 1303, alors que pour d'autres points il a d'heureux développements, par exemple, c. xvii, placent son œuvre avant les progrès qu'accuse la terminologie de Pierre Lombard. Voir plus loin.

Un témoignage qui ne soulève aucune incertitude et qui n'a pas été signalé jusqu'ici, croyons-nous, si ce n'est par Gillmann, loc. cil., p. 418, est celui de Roland Bandinelli, le futur Alexandre III, qui écrit ses Senlenlise, vers 1140-1142 d'après Déni fie, Archiv fur Lilercdur und Kirchengcschicide des Millelallers, 1885, t. i, p. 604, Abdlard's Senlenzen und die Bearbeilungen se iner Theologia vor Mille des xii Jahrliunderts; vers 1150 d'après Gietl, Die Senlenzen Rolands Bandinelli, 1891, p. XVI ; mais nous croyons avec le P. Ehr\e, Zeilschrift fiir kalholische Théologie, 1892, t. xvi, p. 148-149, que la preuve qu'apporte Gietl n'est nullement décisive. Le professeur de Bologne s'exprime ainsi : Verumlamen, si necessilale imminenle sub allerius panis specie consecrarelur, profeclo ficrcl Iranssubslcmlialio, sanguinis auleni nunquam fil nisi de vino Iranssubstanlialio, èdit. Gietl, p. 231. Voir plus loin l'enseignement détaillé de Roland.

A partir des années 1150-1160, les témoignages s'accumulent; on trouve le mot Iranssubslanlialio (ou Iranssubstanliare) dans les recueils scolaires des maîtres de Paris (Pierre de Poitiers, Pierre Comestor, Alain de Lille, Prévostin, etc.), dans les sermons (Pierre de Celle, Pierre Comestor, etc.), dans les correspondances privées ou officielles (Pierre de Blois, Pierre de Pavie, etc.), dans les traités polémiques (Alain, l'anonyme Conlra amaurianos), dans les ouvrages de liturgie (Sicard de Crémone, Giraud le Cambrien, Innocent III), dans les recueils canoniques (Etienne de Tournai, Iluguccio), et jusque dans les écrits des moines des deux sexes (sainte Hildegarde et divers écrivains cisterciens), jusqu'à ce que le ch. ii des décrets de 1215 le sanctionne par une décision conciliaire.

2. Usage avanl 1215. — Nous rangeons ici, le plus possible par ordre chrouologifiue, les principaux témoignages qui s'échelonnent jusqu'au concile de Latran :

1. Etienne de Baugé, évêque d'Autun (I" 1139- 1149) : Oremus ul... oblalio panis el vini Iranssubstantirlur in corpus el sanguinem Jesu Chrisli, P. L., t. CLXxii, col. 1291, Qtiqiuisi dicercl (Domi nus), panem quem accepi in corpus meum transsubslanliavi. Ibid., 14, col. 1293.

2. Roland Bandinelli (Alexandre HI), vers 1140- 1142, probablement pas après 1145, et sûrement avant 1153 : Verumlamen si necessilale imminenle, sub allerius panis specie consccrarelur, profeclo fierel Iranssubslanlialio ; sanguinis aulem numquam fil nisi de vino lranssubslanli(dio. Senlenliœ, édit. Gietl, p. 231 . Cf. ibid., p. xvii; Ehrie, Zeilschrifl fiir kalholische Théologie, 1893, t. XVI, p. 148149; Denifle, Abdlard's Senlenzen und die Bearbeilungen seiner Theologia vor Mille des .\ii •Tahrhunderls, dans Archiv fiir Lilcralur und Kirchengeschirhle des Millelallers, 1885, t. i, p. 603-611.

3. Adam du Petit-Ponl, évê(|ue de Saint-Asaph en 1175 (•;- 1181), vers 1159-1165, à en croire le renseignement d'I-'liennc de Tournai qui r;i|ipellc l'enseignement d'Adam (voir plus loin l'œuvre (l'Etienne) : Dclerminabal (Mag. Adam Parviponlanus) aulcm eam (auclorilalem) sic : Id quod fuit panis, etc., con~ verlilur, Iranssubslantiatur in corpus Chrisli; cum enim omnia vcrba rommunionis admiltantur, ut lranssub.ilantialur, converlilur cl hujusmodi, trnnssuhslanlialum ul est vcl eril,vel fuit, non admillitur, ne tamquam ex materin flcri credalur, ul avis ex ovo ; ita rnim panis converlilur in corpus ul non sit verum hoc : crit illud, vel ex hoc, lanquam ex malcria, f\ct illud Op. cit., part. IH, dist. II, c. xl, p. 274.

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4. ittienne de Tournai, avant IV'lection d'Alexandre III (7 scpleml)re 1159) au moins pour une partie de son œuvre, car Achard de Saint- Victor, et non Richard, qui y est cité comme évêque, p. 373, ne monte sur le siège d'Avranches qu'en llfil (cf. Gillmann, loc. cil., p. 418-419, et von Schulte, Die Summa des Stephanus Tornncfins/.s, Giessen, 1891, p. xx): De ronsecrationr partis et vini certiim est quia ad verba Ci}risli : Hoc est corpus meum, hic est sanguis, etc., fit transsubstantiatio, et il regarde comme superflu de rechercher si elle s'opère pedctentim à mesure que se profèrent les paroles. Op. cit., part. III, dist. II, c. xxxix, p. 273.

5. Sainte Hildegarde (1098-1180), dans une lettre écrite i'i l'âge de soixante-treize ans(cf. P. L.,t.cxcvii, col. 229), donc en 1171 : ad prœlatos Mor/antinenscs, dit ce qui suit : Oblatio panis cum vino et aqua in carnem et sangninem Salvatoris transsubstantialiter, quemadmodum lignum in ardentem carbonem per ardorem igms,mutatur. Epist., xlvii, P. /-., t. cxcvii, col. 224.

6. Jean de Faenza, après 1171,1e plagiaire de Rufln et d'Etienne de Tournai, substitue transsubstantiare à transmutât qu'il trouve chez Etienne : Vivificat, i. e., facit vivere quia panem et vinumtranssuhstaniiat incorpus et sangninem. Summa, c. i, 9, 1, c. 80; ms. Munich, lot. 17182,'m. 49. Cf. Gillmann, loc. cit., p. 420.

7. Pierre Comestor, avant 1175, puisque son Historia scolastica est dédiée à Guillaume aux Blanches- Mains, archevêque de Sens (1169-1175; il passe à Reims en 1175) : Hoc est corpus... ex virtute horum verborum fît transsubstcmtiatio. Hisloria scolastica, in Evangelia, c. clii, P. L., t. cxcviii, col. 1618.

L'emploi du mot est à signaler chez Pierre Comestor, à une date imprécise, dans le sermon attribué à Hildebert et déjà cité : Cum proféra verba canonis et verbum transsubstanlionis et os meum plénum est... amaritudine et dolo, quamvis honorem eum labiis, tamen spuo in faciem Salvatoris... Itaque mundamini. S<'r7r!.,xcin, parmi les Opéra Hildeberti,P. L., t. clxxi, col. 776. Remarquons aussi que ce même sermon xciii d'Hildebert se trouve avec des modifications importantes, mais sans le mot trcmssubstantiatio parmi les sermons de Pierre Comestor, Scrm., xxxviii, P. L., t. cxcviii, col. 1813. Si le Serm.,xcui, n'est donc pas l'œuvre d'Hildebert, il reste encore à faire ime étude critique des divers manuscrits signalés par Hauréau pour déterminer si la version, conservée dans le t. clxxi de Migne, n'est pas un remaniement de celle que présente le t. cxcviii.

8. Pierre de Poitiers, avant 1175, puisque son œuvre est dédiée au même archevêque de Sens, Guillaume, emploie fréquemment le mot dans ses Sententiœ, 1. V, n. 12, P. L., t. ccxi, col. 1243 sq., 1247, etc. : Similiter quœritur de defectione eucharistiie, an prolata medietale horum verborum, hoc est corpus meum, ad quorum prolationem habetur transsubstantiatio, debeat aller saeerdos... incipere..., col. 1232; verba autem ad quorum prolationem transsubstantiatur panis in carnem, hœc sunt..., etc., col. 1243. Le mot se retrouve plus de quinze fois dans ces chapitres.

9. Pierre de Pavie, évêque de Meaux, puis de Bourges, et cardinal de Saint-Chrysogone, dans une lettre de 1178, conservée entre autres par Roger de Hoveden. C'est la lettre qui relate les événements de sa légation dans le midi de la France : Panis et vinum in corpus et sanguinem Domini vere traussubstantiatur. Episl., m, P. L., t. cxcix, col. 1222, ou Roger de Hoveden, Chronica, pars posterior, dans les Rerum brilannicarum medii œvi scriptores, or Chronicles and memoriales, etc., 1869, t. li b, p. 157.

10. Pierre de Celle, probablement bien avant 1180, car ses sermons, sans qu'il les prêche lui-même, commencés pendant son séjour à Celle, Epist., xix, P. L., t. ccii, col. 421, sont déjà répandus aux quatre vents

du ciel avant son élévation au siège épiscopal de Chartres (1180), comme il le dit lui-même dans une lettre qu'il écrit étant encore abbé de Saint-Remi, à Reims, Epist., clxvii, col. 610 : supposuit (./esH.s) pnnem et vinum et transsubstantiavit in corpus et sanguinem suum. Scrm., xli, in cœna Domini, 8, col. 770.

11. Pierre de Blois, dans une lettre écrite, comme archidiacre de Bath, à un diacre d'Angleterre nommé Pierre, donc entre 1175 et 1195 environ : Pane et vino transsubstanlialis virtute verborum cwlestium in corpus et sanguinem Christ i. Epist., cxi., P. L., t. ccvii.col. 420.

12. Baudouin de Cantorbéry (évêque de Worcester en 1181), avant 1181, puisqu'il signe frater Balduinus Fordensis nwnaslerii servus,et en toute hypothèse avant 1184, date de la mort de son correspondant, dans sa lettre ou traité Liber de sacramento altaris, envoyé à Barthélémy, évêque d'Exeter, 1161-1184 : Panis... vel fit corpus Christ i et transsubstantiatur, vel mutatur, vel convertitur in corpus Christi, P. L., t. cciv, col. 662.

13. Alain de Lille, après 1179, puisqu'il fait allusion au concile de Latran de cette année, Contra hœreticos, ir, 14, P. L., t. ccx, col. 382, dans cette même œuvre emploie le mot fréquemment: Z)(ciin/... hiereti ci panem non transsubstaniiari in corpus Christi. Contra hœreticos, i, 57, col. 359. Trcmssubstanliatin est illa species mulationis secundum quam et mutatur materia et subslanlialis forma sed rémanent accidentia. Unde diciturtranssubstantiatio quia nihil de substantia remanet, i, 58, col. 360. Mêmes emplois du mot dans les Regulœ theologicœ, 107, col. 678.

14. Sicard de Crémone (vers 1185-1195?) : Mirabilius est de nihilo cuncta creare, quam creaturam transsubstantiare. Mitrcûe, m, 6, P. L., t. ccxiii, col. 129. Super quœ cum oravit pro hostia transsubstantianda, eamque transsubstantiavit et iranssubstantiatam Patri obtulit, nunc oral pro ipsius acceptione, col. 131. On le trouve encore ailleurs, col. 91, 116, 117, 118. Dans sa Summa canonum qui ne peut que difficilement remonter avant l'année 1183, mais qui est antérieure au Mitrcûe, m, 6, P. L., t. ccxiii, col. 117, le mot ne se rencontre pas moins de dix fois, aussi bien transsubstantiare que transsubstantiatio. Cf. les textes dans Gillmann, loc. cit., p. 420, note 5.

15. Pierre le Chantre, dans sa Summa de sacramentis, etc., encore inédite (ms. lat. Bibl. nat., 14445) qui veut surtout s'occuper des points moins étudiés dans les écoles : Et in hoc omittamus ea quœ usitatius soient inquiri, fol. 161, emploie le verbe transsubstantiare dans la question : Si alius panis quam de frumento transsubstantiatur in corpus Christi, fol. 164.

16. Huguccio, qui achève sa Summa au plus tôt en 1187, puisqu'il y cite le pontificat de Grégoire VIII (ms. lat.. Cambrai, 419, fol. 197), emploie sans cesse le verbe transsubstantiare, transsubstaniiari; le substantif transsubstantiatio s'y rencontre aussi, mais moins souvent. Voir une longue liste de textes cités par Gillmann, loc. cit., p. 421-423.

17. Innocent III. Outre le De sacro altaris mijslerio, écrit avant son élévation au souverain pontificat (1198), comme tout porte à le croire, ses lettres font usage du mot, par exemple, le 29 novembre 1202. à Jean de Belesmes, ancien archevêque de Lyon : Quœsivisti... quœ sit forma verborum quamipse Christus expressif, cum in corpus suum et sanguinem, panem et vinum transsubstantiavit... alii tenent quod aqua cum vino transsubstantiatur. Epist., y, 121, P. L., t. cxxiv, col. 1119, 1121 ; cf. De sacro altaris mysterio, passim, 1. IV, 5, 17, 19, etc., P. L., t. ccxvii, col. 868, etc. ; mais en dehors des titres des chapitres, c'est le verbe transsubstantiare plutôt que le substantif qui a les préférences d'Innocent III.

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