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sermons d'Yves de Chartres, P. L., t. clxii, col. 505 sq., recommandés par Guillaume de Malmesbury et fort lus au moyen âge. Le v", Opusculum de convenientia veteris et novi sacriftcii, col. 535-582, parle de l'eucharistie et des merveilles qu'y opère la puissance divine, col. 557, 558, 559, 560. On peut y trouver des réponses indirectes aux erreurs bérengariennes sur l'intégrité du corps de Jésus-Christ, col. 558, et l'écho de l'enseignement scolaire, par exemple, sur le triple corps de Jésus-Christ, col. 559-560.
Si les écrits liturgiques de Brunon de Segni (f 1123) ne parlent pas ou guère de l'eucharistie; ses commentaires sur l'Ancien ou le Nouveau Testament et ses Senientiœ, lesquelles répètent souvent les commentaires, contiennent en maint endroit des interprétations où intervient la liturgie; nous y trouvons des passages intéressants sur la conversion du pain et du vin à la substance du corps et sang de Jésus-Christ, Exposilio in Lev., c. viii, P. L., t. clxiv, col. 457; Comment, in Joa., 1. I, vi, n. 18, P. L., t. clxv, col. 499- 501; Comment, in Mallh., 1. II, c. viii, n. 25, ibid., col. 141, à propos du Domine, non sum dignus; sur la manducation par les bons et les mauvais. Exposilio in Exod., xn, P.L., t. clxiv, col. 255-258; Sententiœ, 1. IV, c. ix; Serm. in cœna Domini, P. L., t. clxv, col. 1001 sq., etc.
Dépendant d'Odon pour une partie, puis d'Amalaire et d'Yves pour l'autre, est le De sacramento allaris d'Etienne de Beaugé (1136), P. L., t. clxii, col. 1273-1308, qui donne une explication liturgique et ascétique de la messe. Il reviendra plus loin à propos de la transsubstantiation.
Très explicite aussi est Hildebert du Mans qu'on a longtemps regardé, à tort sans doute, comme un ancien élève de Bérenger (en voir la preuve dans Dieudonné, Hildebert de Lavardin,.Pavis, 1898, p. 37-39), dans son Liber de expositione missœ (l'authenticité du traité n'est pas incontestable, tant s'en faut), paraphrase fort pieuse et détaillée des prières et des cérémonies de la messe, surtout du canon, P. L., t. clxxi, col. 1154-1176. L'afTirmation de sa foi eucharistique est complète, col. 1165-1166. Notons en passant que le sermon qui contient le mot « transsubstantiation » n'est pas de lui ; il lui a été faussement attribué par Beaugendre. "Voir plus loin.
Le long traité en douze livres De divinis o/ficiis, P. L., t. CLxx, col. 9-333, du mystique Rupert de Deutz (f 1135), l'un des auteurs les plus féconds et les plus personnels de cette époque, développe surtout les offices liturgiques autres que la messe, et le cycle des fêtes de l'année; le 1. II seul est consacré à l'explication de la messe. Les c. ix (maleria), x (intentio), XI (ulilitas), xxii (De azymo), ce dernier très véhément contre les grecs, contiennent des considérations personnelles, P. L., t. clxx, col. 40-43, 48-51, sur la manducation par les bons et les méchants, sur le but du sacrifice et les effets de l'eucharistie, sur le pain fermenté des grecs. Ses écrits alimentèrent fréquemment la prédication allemande en langue vulgaire. ■Voir Schônbach, op. eit.
Mais quelques chapitres du De divinis officiis de Rupert, 1. II, II, IX, ibid., col. 35-49, censurés par Guillaume de Saint-Thierry, Epistola ad quemdam monachum, etc., P. L., t. clxxx, col. 341-342, et non substantiellement modifiés dans la copie (ms. de Munich, lai. 14355) qu'en envoie l'auteur à Cunon de Ratisbonne (Hauck, Kirchengeschichte Deiitschlands, Leipzig, 1903, t. IV, p. 422, note 2; le renvoi à l'ouvrage de Rocholl, Rupert von Deutz, Gutersloh, 1880, p. 325, est inexact et n'a pu être identifié par nous) ont prêté flanc, de la part d'historiens ou de théologiens protestants (Luther, les centuriateurs, Saumaise, Gerhard, Pusey, Gore) et catholiques (Baronius, Bellarmin,
Vasquez, Suarez), à des interprétations ou à des accusations qui tranchent avec les éloges de son premier éditeur, Jean Cochlée (1526). Les commentaires sur la Genèse, l'Exode et saint Jean, In Gen.,\i, 32; In Exod., II, 10; In Joa., vi, 52, P. L., t. clxvii, col. 430-432, 617; t. clxxx, col. 481, présentent des considérations du même genre.
On trouvera ces reproches détaillés à leur place propre à l'art. Rupert; ils se ramènent à quatre chefs principaux : la présence du Christ dans l'eucharistie per flguram, la réception du corps du Christ par la foi seule, l'impanation, l'union hypostatique du pain et du vin avec le "Verbe. Disons tout de suite que de nos jours les appréciations défavorables à l'orthodoxie de Rupert se font de plus en plus rares; les apologistes ne lui manquent pas depuis VApologia Ruperti de dom Gerberon, Paris, 1679, P. L., t. clxxii, col. 99 sq., jusqu'à nos jours. Cf. Histoire littéraire de la France, t. IX, p. 456, 520, etc.; Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés, etc., Paris, 1729-1763, t. xxii, p. 129 sq. ; Hauck, Kirchengeschichte Deutschlaiids, Leipzig, 1903, t. IV, p. 420-422; G. vonHoltum, Die Orthodoxie des Rupertus, dans les Studien und Mitteilungen aus dem Benedictiner und dem Cirtencienser Orden, 1908, t. xxix, p. 191, etc.
Moins développés peut-être, mais plus populaires encore sont les écrits liturgiques d'Honoré d'Autun (f vers 1154) : compilations de nature complexe qui vulgarisent pour le clergé l'enseignement des écoles et veulent suppléer, comme le dit fréquemment l'auteur, à la pénurie des livres. Les titres, comme c'est le cas pour la plupart des œuvres de l'énigmatique reclus, sont parlants : Gemma animse. Spéculum Ecclesiae, etc. Isidore de Séville, Amalaire de :Metz, Rupert de Deutz sont largement mis à profit. Les chapitres de la Gemma sur la messe font la place fort grande à l'explication symbolique, aux rapprochements avec l'Ancien Testament, à la représentation de la passion, etc. Le Sacramentarium est plus sobre et plus succinct. Sur la présence réelle et la conversion, voir Gemma animas, i, 31, 32, 33, etc.; Sacramentarium, 88, P. L., t. CLXXII, col. 554 sq., 793; J. Endres, Honorius Auguslodunensis, Kempten, 1906, p. 38, 40, etc.
Un De officiis ecclesiasticis en trois livres, imprimé dans les œuvres de Hugues de Saint-Victor, mais dû à la plume d'un prêtre d'Amiens, Robert Paululus, à en croire un bon manuscrit de Corbie, P. L., t. clxxvii, col. 381-456, est une compilation sans relief, qui prend beaucoup, même verbalement à VEpistola ad Joannem episcopum Pictaviensem de officia missœ d'Isaac de Stella, près Poitiers, P. L., t. cxciv, col. 1889- 1896; voir la préface de l'auteur, col. 381 et passim, qui parle de la présence réelle et de la conversion au 1. II, c. XII, xxxii, etc., col. 418, 431, etc. L'auteur ne peut être Hugues, puisqu'il se dit lui-même prêtre séculier occupé dans le ministère paroissial, 1. I, c. xii, XXXII, col. 388, 399. Cf. Hauréau, Les œuvres de Hugues de Saint-Victor, Paris, 1886, p. 203. Le texte fcrebatur in manibus suis employé par saint Augustin, Enarrat. in ps. xxxiii, 1, 2, P. L., t. xxxvi, col. 306, 308, est appliqué à Jésus-Christ ministre du sacrifice, col. 418, comme chez Guitmond et d'autres. Vers la même époque se place le Liber de canone mystici libaminis, P. L., t. clxxvii, col. 455-470, fort répandu dans les bibliothèques du moyen âge. L'auteur est non pas Jean de Cornouailles, mais un chanoine de Prémontré, Richard de Wedinghausen, près de Cologne. Hauréau, Notices et extraits des mcmuscrits, t. xxiv, 2" partie, p. 145. Lin allégorisme recherché prédomine avec excès dans cet exposé du canon de la messe. Signalons les passages sur la présence réelle, voilée sous les espèces du pain et du vin, avec le miracle de
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l'église des Prémontrés, cm, col. 461, el sur la conversion : Quœ benedicta sunt... in verum el summum sacriftcium transformanlur, la est, in verum corpus et sanguinem Cl^risti, c. v, col. 462.
Un autre écrit liturgique, intitulé Spéculum de mysteriis Ecclesiœ, P. L., t. clxxvii, col. 335-380, et gratuitement attribué à Hugues de Saint- Victor, est également une compilation qui puise beaucoup, entre autres, dans les œuvres du Victorin. Les considérations thcologiques s'y mêlent à l'exposé liturgique, notamment depuis le c. vi jusqu'à la fin, sur la messe, les Écritures, la Trinité, etc. Tout ce qui s'y rencontre sur la théologie de l'eucharistie, sur la double manducation, etc., col. 3G2-367, avant que l'auteur passe à la paraphrase ou à l'explication des cérémonies de la messe, ne nous fournit qu'un écho de l'enseignement des Sommistes. L'auteur se dit, dans sa préface, plus logicien que théologien, col. 335; il est resté inconnu; à tort on l'a confondu avec Hugues de Saint-Cher ou avec Innocent ni. Cf. Hauréau, Les œuvres de Hugues de Saint-Victor, Paris, 1886, p. 199. Si l'Explicatio divinorum officiorum de Jean Béleth, appelée depuis Laurimann qui la « latinise », Rationale divinorum officiorum, Lyon, 1672; P. L., t. ccii, et écrite avant 1165, car le c. cxlvi fait mention d'Elisabeth de Schonau, morte en 1165 : quœ cliam nunc in vivis est, col. 148, est importante dans l'histoire de la science liturgique et demande à ce titre une édition moins ornatior alque polilior, elle ne nous offre pour le sujet qui nous occupe qu'un intérêt secondaire, les chapitres sur le canon de la messe ne nous fournissant rien sur la transsubstantiation, ni sur la théologie de l'eucharistie, c. xlvi, P. L., t. ccii, col. 53-54. Par contre, un des grands noms qui fait suite à Béleth dans l'histoire de la liturgie au xii" siècle, Sicard de Crémone, consacre à l'eucharistie, à côte d'interprétations symbolico-historiques qu'il prend chez Amalaire, Béleth, Honoré d'Autun, etc., par exemple, col. 134, 137, 420, etc., une page substantielle.
Le personnage est malheureusement beaucoup plus mal connu que son œuvre, le Mitrale, P. L., t. ccxiii, col. 13-434. Depuis les études de IIolder-Egger, Monumenta Germanise liislorica, Scriptores, t. xxxi, p. 23, 24, il n'est plus permis d'alTirmer son identité avec son homonyme le chroniqueur; mais la Summa canonique, vers 1180, écrite ii Mayence, semble-t-il, et décrite par von Schultc, Geschiclite des canonischen Rechts, Stuttgart, 1874, i, p. 143, vient du même auteur que le Mitrale, cf. son propre aveu au c. v, c. m du Mitrale, col. 117. Cette œuvre liturgique, qui se place entre l'Explicatio de Jean Béleth et le nationale de Durand de Mende, contient, I. III, c. vi, un résumé complet de doctrine sur la présence réelle, la transsubstanliation, la toute-puissance divine, la supériorité de la foi sur nos sens, etc., col. 129-130. Voir aussi I. III, c. i, vi, sur l'institution, la forme, la matière, etc., col. 91, 116-118. Il fait allusion au texte : fercbalur in numibus, voir plus haut, et fait les rapprochements que nous avons déjà rencontrés dans Paululus, P. L., t. CLXXVII, col. 418, et ailleurs. Mais l'utilisation des mots du texte d'Augustin : Accedit vcrbnmad elem''idumet fit sarrumenliim, In Job, lxxx, 3, et la comparaison avec l'union du Verbe à la nature humaine laissent planer ici un doute sur sa conception de la disparition du pain et du vin. Si nous ne rencontrions ailleurs des expressions fort nettes, par exemple, 1. III, c. VI, in i/uod (corpus) pane.m credimus transsuhstantidtum, col. 11<>, ses accointances avec les idées de lUipert de Dcutz sur Vintentio, Viitilitas, voir plus haut, qui s'accusent un peu plus loin, col. 130, ou avec l'unité du scjcripciiim et sa matrria el la ri ta tpirilfdis ou anim/dis, qui précède, I. III, c. vi, col. 116,
118, etc., expliqueraient ces imprécisions de langage- Par contre, l'emploi du mot transsubstantiare, transsubstantiari, etc., col. 91, 116, 117, 118, 129, 131, etc., se remarque fréquemment.
Plus loin il multiplie les allégories sur la fraction de l'hostie, col. 138, et parle de la présence du corps du Christ sous toutes les parties de l'hostie divisée. 1. III, c. VIII. col. 141. A noter comment il permet l'expectoration après la communion, ce dont Amalaire s'était déjà occupé en s'autorisant entre autres de l'exemple de Jésus-Christ. Joa., ix, 6, col. 141.
Voir aussi les statuts synodaux d'Odon de Paris, Communia prœcepta, 28, Mansi, t. xxii, col. 682. A la suite de Sicard, il faudrait placer ici Lothaire de Segni, le futur Innocent III, De sacrosancto allaris mysterio, P. L., t. ccxvii, col. 774-916. Si lu et si goûté de tous les âges suivants dont l'exposé résume l'enseignement de toute la période scolaire, son livre est aussi scolastique que liturgique quand il parle de l'eucharistie; c'est pour ces motifs que nous le plaçons plus loin, comme couronnement de l'enseignement scolaire sur le dogme eucharistique.
2. Poésie liturgique. — La poésie liturgique proprement dite ne fournit guère de pièces relatives à l'eucharistie au XII " siècle. Les Versus ad eucharisliam sumendam, Dreves-Blume, Analecta hymnica medi œvi, Leipzig, 1907, t. ii,p. 298, ou Bernard, Irish hymnenbook, t. ii, p. 99, dans les publications de la Bradshaw Society, Londres, 1897, t. xiv, de l'antiphonaire de Bangor (680-691), constituent une exception qui ne disparaîtra qu'avec l'établissement de la fête du saint-sacrement au xiii« siècle : c'est alors que se produit une magnifique floraison d'hymnes eucharistiques, notamment dans les centres cisterciens ou sous la plume de saint Thomas d'Aquin. Dreves- Blume, Ein Jahrtausend latcinischer Hymnendichtung, Leipzig, 1909, t. ii, p. 202-227, 355-359; Analecta hymnica, t. i, p. 384-389; t. iv, p. 28-32: t. v, p. 24, 73, 74, 211, etc.
En attendant, les recueils les plus riches, comme celui de l'abbaye de Saint- Martial à Limoges, ne contiennent rien sur l'eucharistie. Dreves-Blume, Analecta hymnica, 1889, t. vu; Ein .lahrtaiisend. etc., t. II, p. 202. Une seule hymne est à signaler, mais nous n'osons faire nôtre l'afTirmation de son premier éditeur, Eugène de Levis, Anecdota sacra, Turin, 1789, p. 53, qui l'attribue à saint Anselme, sans aucune raison à l'appui. Dreves-Blume, Ein Jahrtausend, etc., t. II, p. 221. On peut la lire dans l'ouvrage cite de Dreves-Blume ou dans le Thcscuirus hymnologicus de Daniel, t. II, p. 328. Il affirme avec insistance la présence réelle: Chrisli corpus ave..., Viva caro,dritas intégra, verus homo; mais le titre qu'elle porte : In elevationc corporis et sanguinisChristi ne s'adapte pas du tout à la période qui suit immédiatement les luttes bérengaricnnes. Voir plus loin le moment de la transsubstantiation.
Si la poésie liturgique proprement dite est à peu près silencieuse en la matière, il n'en va pas de même avec les autres productions poétiques du XII " siècle. La versification latine, en honneur dans les écoles el cultivée avec succès au xw siècle, cf. une liste alphabet i(iue de ces pièces publiée par Waltentach, dans Zeitschrifl fiir deutschcs Altcrthum, 1872. t. XV, p. 469 506: llauréau, Journal des savants, 1894. p. 427 110. etc., s'exerce fréqueiument sur les sujets eucharisti(|ues. Il nous faut citer Ici celles qui circulent sous le nom (rillldeberl du Mans, celles de Pierre de Hlols. de Henier, etc. Les unes se rattachent à la controverse bérengarienne, à l'instar de Durand de Troarn (y 1088) qui avait placé un proœmiunr en vers en tête de son Liber... contra licrcngarium cl ejus scctatores, P. L., t. cxi.ix, col. 1375. Les autres
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n'ont aucun but polémique avoué, à moins qu'il ne faille y voir une réponse indirecte aux attaques des cathares et des autres sectes hérétiques qui niaient l'eflicacité du sacrifice de la messe pour les défunts, voir plus haut : tel le récit de Renier, moine de Saint- Laurent à Liège (f 1182) : De milite captiva et per salutarem hoitiam liberato, dans le De conflictu diiorum animorum, libellus secundus, P.L.,t. cciv, col. 85-90. Il en est parmi elles qui traduisent les préoccupations des livres scolaires de l'époque, comme celles que Beaugendre a gratuitement attribuées à Hildebert sur les trois parties du corps du Christ : qaid divisio corporis Christi in trcs parles signifîcct, P.L., t. clxxi, col. 1280, 1406 : question devenue classique depuis les interprétations ultra- sjmboliques d'Amalaire de Metz. Des pièces plus longues redisent, en des vers d'un mérite souvent problématique, l'enseignement théologique des écoles, tels le Liber de sacra cucharistia qui contient en réalité deux petits poèmes de Pierre le Peintre, chanoine de Saint-Omer, L. Delisle, Cabinet des manuscrits, Paris, 1874, t. ii, p. 453, et non d'Hildebert du Mans, comme le donne à croire l'édition de Beaugendre, P. L., t. clxxi, col. 1195-1212, ni de Pierre de Blois, comme le voulaient Budée et Goussainville, P. L., t. ccvn, col. 1135. Voir Hauréau, Mélanges poétiques d' Hildebert de Lavardin, 1882, p. 95-101; Notices et extraits de quelques manuscrits, Paris, 1892, t. v, p. 210-228. En dépit de leur mince valeur poétique, ces pièces conservées dans beaucoup de manuscrits offrent de l'intérêt, car elles remontent au début du xii<^ siècle et conservent encore l'écho de questions telles que celles du Cur Deus homo, P. L., ibid., col. 1199-1200, et de la valeur du sacrement indépendamment du ministre, col. 1201-1202, ou des controverses sur la présence réelle du vrai corps du Sauveur, col. 1199, 1205, etc., la conservation de son intégrité malgré les multiples communions, col. 1201, l'adjonction d'eau au vin, col. 1195, 1204, etc. D'un caractère plus liturgique que théologique sont les Versus de sacrificio missœ, avec préface de Pierre Gaillard du Mans, dus à la plume d'Hildebert. C'est une paraphrase rimée des cérémonies et surtout des prières de la messe, P. L., ibid., col. 1175-1196, et un remaniement poétique de l'écrit d'Yves de Chartres sur la matière, comme le montre Franz, Die Messe im deutschen Mittelalter, Fribourg-en-Brisgau, 1902, p. 451, dont nous avons diverses fois utilisé l'ouvrage dans ce paragraphe. L'élévation n'y figure pas'encore, col. 1153. Les écrits d'Hildebert sur le saint-sacrement étaient fort goûtés par Guillaume de Malmesbury, tout comme ceux d'Amalaire qu'il résume. Abbreviatio Amalarii, inédit, ms. de Lambeth, 39, et ceux d'Yves de Chartres (voir la préface et l'épilogue de son résumé dans la Determinatio Joannis Parisiensis prœdieatoris Parisiensis, de modo existendi corpus Christi, éditée par Jean Alix, Londres, 1686, p. 82, 84).
Citons encore des vers sur les trois messes de Noël, sur la pénitence requise avant la communion et l'action de grâces, etc. Ibid., col. 1439, 1426, 1440, etc.
5° Œuvres de systématisation : théologiens et canonisles. ■ — - 1. Premiers dossiers pairistiques et recueils canoniques. — Ce que nous venons de dire sur les traités particuliers, les sermons, les correspondances, les travaux liturgiques de l'époque, nous a déjà ouvert une échappée de vue sur l'enseignement des écoles dont ces produits sont souvent le relief. Pénétrons davantage maintenant dans ces groupes scolaires et voyons la doctrine de l'eucharistie systématisée par les Sentenciers et les Sommistes. La liste des anciens recueils de Sentences où l'on se contentait d'aligner les textes de la Bible et des Pères, en les introduisant par une courte indication de leur contenu doctrinal,
est virtuellement fermée par Anselme de Laon, totius orbis latini lumen (Sententiœ, iniidites, ms. lat. B. N., 16528, fol. Ist].; voir Hauréau, .Journal des savants, juillet 1895), dont l'érudition patristique, un peu compacte, est reconnue par un élève aussi hautain qu'Abélard. Celui-ci ajoute la documentation pour et contre de son Sic et non. P. L., t. clxxviii, col. 1329-1611. Alger de Liège, si les Sententiœ mugistri A (inédites, ms. Troyes, Paris, Vatican; voir Alger, 1. 1, col. 827) sont de lui, rentre plutôt dans le groupe des anciens Sentenciers enregistreurs. A côté d'eux se placent les collections canoniques qui leur fournissent beaucoup de leurs textes. C'est dans cette double série de recueils que les Sommistes trouveront en tout ou en partie leur dossier patristique; d'aucuns l'enrichiront de lectures personnelles dans les originaux ; mais l'apport des collections canoniques, notamment dans la partie sacramentaire, est incontestable. Cf. P. Fournier, Les collections canoniques attribuées à Yves de Chartres, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1897, t. lviii, p. 293, 410; Deux controverses sur les origines du Décret de Gratien, dans la Revue d'histoire cl de littérature religieuses, 1898, t. m, p. 97, 253; Annat, La documentation patristique de Pierre Lombard, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1906, p. 88; Gillmann, Die Siebenzahl der Sakramenten bei der ersten Glossaloren des Dekrels Gratians, dans Der Katholik, 1909, etc. En outre, les courtes suscriptions en tête des canons donnent le contenu de toute la doctrine; par leur précision, leur fréquent usage ecclésiastique et l'estampille quasi officielle qui les « autorise» (authorizare, authenlicus, etc.), ces chapitres guident l'exposé du théologien somnùste : sa route est nettement balisée. Il ne lui reste plus qu'à harmoniser et à systématiser en un corps d'ensemble la doctrine contenue.
Une courte comparaison entre le recueil classique du xi« siècle dû à Burchard de Worms, aidé par Olbert de Gembloux (vers 1025), et celui d'Yves de Chartres (un peu avant 1100), donne une idée très nette du chemin parcouru. Les 63 canons du 1. V de 'B\iTc]\avà,De sacramentis corporis et sanguinis Domini, P. L., t. cxL, col. 749-762, insistent surtout sur le côté pratique: matière du sacrement, vases sacres, fréquentation, pureté de conscience, etc., il n'a que peu ou pas de canons relatifs au dogme de la présence réelle ou de la conversion. Même Anselme de Laon est bien sobre sur ces matières; s'il a collectionné quelquesuns des bons textes, les suscriptions qu'il y a mises sont sans importance (ms. Bibl. nat., 16528, fol. 17- 19, 97 sq.). Tout autre est le 1. I, can. 123-162, de la Panormia d'Yves de Chartres : titre et contenu des canons sont significatifs pour la présence réelle, la conversion, la permanence des espèces, etc. P. L., t. CLXi, col. 1071-1084. Voir aussi le Decretum, H, 1 sq., col. 135-206, dont les rubriques sont cependant inférieures à celles de la Panormia. Même progrès dans d'autres collections canoniques que nous ne pouvons développer en ce moment, pas plus que nous ne pouvons nous étendre ici sur les sources qui ont ahmenté le dossier des recueils chartrains. Cf. Fournier, toc. cit. Toutes d'ailleurs trouvent leur couronnement dans Gratien, dont le De consecratione, dist. III, est si largement mis à profit par Pierre Lombard. Nous en parlerons plus loin à propos de la transsubstantiation ; ce chapitre montrera par un exemple l'utilisation des dossiers canoniques par les théologiens. Avant cela, les Sententiœ attribuées à Alger de Liège (ms. Bibl. nat., lai. 3881) avaient beaucoup puisé chez Yves. Fournier, ibid.
Si l'on veut se rappeler l'importance de ces recueils canoniques dans la vie ecclésiastique et le renom de leurs auteurs au xn'= siècle (presque tous les premiers
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commentateurs de Gralicn seront revêtus de la dignité cpiscopale ou même cardinalice), on comprendra sans peine quelle précision dans la pensée et quelle fixité dans la transmission ces recueils devaient donner à la doctrine. En effet, quand on passe des collections canoniques aux nombreux Sentenciers du xii« siècle, un premier fait qui s'impose à l'attention est la reproduction continuelle des mêmes idées, des mêmes remarques, des mêmes expressions, des mêmes préceptes, des mêmes citations, que celles qu'on a rencontrées chez les canonistes. Même le De sacrameniis de Hugues de Saint- Victor, qui tranche si fortement sur les produits des Sommistes proprement dits, est loin de faire exception. Chez tous, la pensée s'est imprégnée de l'héritage des siècles antérieurs, l'édifice a fait entrer dans sa construction les matériaux accumulés qu'on peut aisément reconnaître, car ils n'ont pas toujours été équarris à neuf ni taillés à leur nouvel alignement. Plus tard, dans la seconde moitié du xii" siècle, les canonistes qui commentent le Décret de Gratien ne manqueront pas de tirer parti de cette systématisation opérée par leurs confrères; leurs expressions dans la III" partie, le De consecralione, s'en ressentiront maintes fois, chez Huguccio notamment; plusieurs, comme Roland, Sicard, etc., sont, du reste, théologiens en même temps que canonistes. Voyons comment ces matériaux, qui charrient en quelque sorte les données révélées, ont été mis en œuvre dans les travaux de la systématisation rationnelle du dogme.
2. Sommistes. ■ — a) Jusqu'à Pierre Lomlxird. — Parmi ces Sommistes ou Sentenciers qui se chargent de ce travail, on peut distinguer divers groupes. Nous avons déjà rappelé le nom d'Anselme de Laon, le célèbre docteur des docteurs, comme dit Jean de Salisbury, de la principale Schola divinilalis, qui ouvre le xii'^ siècle par un enseignement aussi brillant pour son époque qu'éphémère dans ses résultats : Anselme se contentait à peu près d'une nomenclature de textes, c'est ce qui ressort de l'examen que nous avons pu faire du ms. cité (Bibl. Nat., lat. 16268); désormais, le système ;illait disparaître avec lui. Sur l'eucharistie, il n'a rien qui doive nous retenir ici.
Une des premières figures qui se présentent dans cette longue série d'auteurs est celle de Guillaume de Champeaux (f 1121), qui se place à côté de son maître Anselme de Laon ([• 1117). D'Anselme, on a public quelques fragments qui nous donnent de son enseignement une idée meilleure que celle que l'on retire de ses Senleniisc citées plus haut; l'écolâtre de Laon y discute quelques questions relatives à l'eucharistie. Anselmi Lauduneiisis... SeiUentius cxceiplas..., édit. G. Lefèvre, Évreux, ISO.'î, n. 6, 10, p. 12, 19. La présence réelle sous chaque espèce y est clairement exposée à propos de la communion des enfants. Une même affirmation se retrouve dans un texte de Guillaume de Champeaux, jadis publié par Mabillon, Acta ordinis S. lienedicli, t. m, p. i.iii ; P. L., t. clxhi, col. 1039-1010, et qui fait partie de l'ensemble de ses Sententise vel quœslioncs xi.vii. Voir le texte dans G. Lefèvre, Les variations de Guillaume de Champeaux dans la question des uniuersaux. fitudes suivies de documents originaux, dans les Travaux et mémoires de l'université' de Lille, 1898, t. vi, 20, p. 12 1.^). Ce premier essai de systématisation, où ne règne ([u'un ordre problématique, donne à l'eucharistie une ou deux pages, n. 11 et (in du n. 10; voir aussi le n. 12. qui s'occupent avant tout de la communion et, par suite, de lu présence réelle, sous l'une ou l'autre des espèces. On peut en rapprocher le fragment d'Anselme déjà cité. Les paroles de Guillaume iiioiitrenl comment ici encore une fois, comme fré(|uemmcnl ailleurs c'est le cas dans l'histoire des institu-
tions, l'usage pratique affirme depuis longtemps une croyance, dont l'expression tarde à se produire dans la théorie ou dans les essais systématiques. Cette constatation nous paraît réduire l'importance attachée à la lettre d'Anselme par Harnack, Lchrbuch der Dogmengeschichte, 4^^ édit., 1910, t. m, p. 386, note, et Loofs, Leilfaden dcr Dogmengeschichte, 4" édit., 1906, p. 504.
De l'enseignement d'Abélard, qu'il serait spécialement intéressant de connaître sur l'eucharistie, nous ne possédons plus le texte, au moins pour la plus grande partie. Il nous reste quelques échos de ses idées dans les accusations de ses adversaires, surtout à propos de la substance du pain et du vin qui disparaîtraient : in aère. Voir plus loin. Il faut, pour reconstituer son œuvre dans ses grandes lignes et refaire plusou moins la physionomie de ses traités, recourir aux Sententise de ses élèves ou de ses disciples éloignés qui tous ont des traits communs aisément reconnaissables. Le Sic et non déjà mentionné, et qui n'a pas le sens rationaliste qu'on a souvent voulu y voir, rentre dans la catégorie des dossiers patristiquts.
Seul, Hugues de Saint- Victor, De sacrameniis, 1. II, part. VIII, P. L., t. cLxxvi, col. 461-472, se sépare nettement de ses contemporains comme méthode, matériaux et vigueur de pensée. Il ne cite pas un seul texte des Pères sur l'eucharistie. S'il les rappelle, c'est pour dire qu'ils ont ajouté quelques cérémonies aux rites de la messe dans la suite des âges, c. XIV, col. 472, et n'apporte que quelques citations de l'Écriture. Tout le contenu de son traité est un exposé de la doctrine, entremêlé de raisonnements fermement pensés ou de sages réflexions qui s'inspirent fortement, du reste, de la tradition; il s'est pénétré de la moelle de la doctrine léguée par les Pères et écrivains ecclésiastiques sans qu'il sente le besoin d'apporter leurs citations. Ce qu'il nous dit de la toute-puissance et de la volonté divines, en divers endroits, montre tout de suite qu'il est dans la ligne d'Ambroise et du pseudo-Eusèbe d'Émèsc (Fauste), en passant par Guitmond et Paschase Radbert. L'importance de son œuvre nous force à en indiquer ici le programme général : importance de ce sacrement, c. i; institution, c. ii; corps mortel ou immortel donné en communion aux apôtres, c. m; communion de Judas ante buccellam,c. iv: agneau pascal, figure de l'eucharistie, c. v; erreurs : non figura vel imago sed Veritas, c. vi; théorie du sacramentum, res,gratia,c.\u; pourquoi présence réelle in specie panis, c. vin; vraie conversion, c. ix; les trois parties de l'hostie divisée, c. x; Jésus-Christ présent dans tous les fragments, c. xi, grâce à la toute-puissance; questions des anciens stercoranistes, c. xii, xiii; quelques mots sur la messe, c. xiv.
Cet exposé est court : la suite des chapitres permet de retrouver ici encore la fidélité de Hugues à s'attacher à l'ordre historique et à la succession des faits dans ses développements. Plus loin, nous analyserons quelques particularités de sa doctrine, il la présente toujours avec beaucoup de fermeté, mais non moins de discrétion, de modestie et de respect pour la sublimité du mystère.
, Représentant d'un mouvement scolaire assez peu étudié jusqu'ici et <le conceptions anciennes restées davantage à l'écart des tendances qui prédominent dans le groupe abélardicn, les Srntenlia' de Robert Pulleyn (f ll.')3; en 1133, il ressuscite à Oxfor.l les études sacrées (piasi disparues, d'après la chronique de Th. Wykes dans les Annales monaslici, édit. Luard, Perum britanniraruin mrdii fcri scriplores ci\i Chronicles and memorials, t. xxxvi, 4, ji. 19) présentent un réel intérêt grâce aux renseignements (|u'elles nous fournissent sur diverses opinions d'écoles, sur des usages
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ecclésiastiques d'Angleterre ou de France, etc., par exemple, sur la communion sous les deux espèces, Senienliœ, viii, 3; m, 9, P. L., t. clxxxvi, col. 9C3, 964, etc.; voir les excellentes notes de dom Mathoud, col. 10,53, etc. Malgré cela, on peut ici ne pas s'arrêter longuement à son œuvre, beaucoup moins bien ordonnée que celle des autres Sommistes et, semble-t-il, sans postérité littéraire directe; même la dépendance de Pierre Lombard, que nous ne voulons pas nier, n'est encore nullement prouvée. Les chapitres sur l'eucharistie, viii, 1-7, col. 959-988, ont une page excellente sur la conversion et les accidents (forma, qualilales naliirœ, dont nous reparlerons plus loin), et quelques lignes sur la valeur de la consécration par les indignes, viii, 6, col. 968. Par contre, il attribue trop de réalité aux effets des figures antiques de l'eucharistie, c. viii, 1, col. 959, 961; voir les notes de Mathoud. L'espèce de catéchisme de l'eucharistie, d'Honoré d'Autun (voir plus haut), avait ici la note juste, Eucharislion, c. xi, P. L., t. cLxxii, col. 1256; on peut comparer aussi le chapitre de Hugues de Saint-Victor. De sacramenlis, I. H, part. Vin, 5, P. L., t. clxxvi, col. 465.
Des autres recueils, fruits en partie de l'école abélardienne (du Magister Petrus, nous l'avons vu, il nous reste autant que rien), nous nous contenterons de citer les Sentences de Roland Bandinelli qui ordonne tout son traité, selon son habitude, en une longue série de questions s'alignant à la file au nombre de trente; c'est le seul qui ait, comme nous dirions de nos jours, une thèse sur la présence réelle; les autres n'introduisent ce chapitre que comme une réfutation de l'ancienne objection béreng arienne. Die Sentenzen Rolands, cdit. Gietl, 1891, p. 214-237. Ajoutons-y les Sentences d'Ognibene (ms. de Munich, lat. 1934), les Sentences de l'anonyme de Saint-Florian (ms. X. 264 de Saint-Florian, en Haute-Autriche), dont les points principaux sont fournis en note par l'éditeur de Roland, Gietl. L'Epitome d'un élève d'Abélard, c. XXIX, P. L., t. clxxviii, col. 1740-1744, fort bref en général, et les Sententiœ divinilalis qui se ressentent beaucoup des idées de Gilbert de la Porée; sur la conversion, il y a là quelques lignes intéressantes. Die Senienliœ divinilalis, édit. Geyer, dans les Beilràge zur Geschichle der Philosophie des Millelallers, t. vu, fasc. 2-3.
L'école de Gilbert de la Porée — car les dernières recherches donnent à croire que l'enseignement de l'évêque de Poitiers laissa des disciples et des œuvres — ne semble pas avoir eu quelque doctrine spéciale par rapport à l'eucharistie. Nous avons déjà mentionné les Senienliœ divinilalis; le Spéculum universale de Raoul l'Ardent, écrit plus tard, est encore inédit. Cf. Geyer, arl. cil., dans la Tiibinger Iheologische Quarlalschrifl, 1911; Grabmann, Geschichle der Scholaslichen Melhode, Fribourg-en-Brisgau, 1909, p. 246 sq.
La Summa senlenliarum, plus succincte et en certains points plus précise que le De sacrcmuntis, unit les deux courants abélardien et victorin, 1. VI, c. ii-ix, P. L., t. CLXXVI, col. 139-146. Voici le contenu de son traité sur l'eucharistie : généralités, figures symboliques, cause de l'institution, c. ii; théorie du sacramenlum, sacramenlum el res, res sacramenli, c. m; la forme, les species subsistent; pourquoi sub specie, c. IV ; quelques erreurs sur la présence réelle, sur la conversion, c. v; pourquoi deux espèces, c. vi; double manducation par les bons et les méchants, c. vu; fraction des espèces du pain, c.viii; signification des parties de l'hostie, quelques expressions difficiles des Pères, valeur des consécrations par les hérétiques et les excommuniés indignes (réponse plutôt négative, car le mot offerimus, dans le canon, veut qu'il y ait communion avec l'Église). On le voit, c'est un exposé fort
rapide, mais ici de même que pour d'autres chapitres, tout à peu près a été utilisé par les recueils ultérieurs; cf. les Senienliœ divinilalis, P.oland, Pierre Lombard, etc., et à ce titre il fallait développer ici le contenu.
b) Pierre Lombard. — L'œuvre de Pierre Lombard doit nous retenir davantage, puisqu'elle sert de guide aux théologiens de l'Occident et de thème à leurs développements pendant des siècles.
Comme toutes les compilations, les pages de Pierre Lombard sur l'eucharistie, 1. IV, dist. VIII-XIII, se ressentent delà diversité des sources auxquellesil puise. L'absence d'un plan d'ensemble dans la juxtaposition des chapitres et des paragraphes est rendue plus sensible encore par l'emploi de formules de transition, telles que : sunl alii qui, dist. X, 1 ; si aulem quœrilur, dist. XII, 1; si vero quœrilur, dist. XI, 8; solel eliam 9u«ri,dist. XII, 2; XII, l;pos/ /iacguien/ur, dist.XII, 7; el sicul quœ res sunl, eliam duo sunl modi, dist. IX, 1, etc. Cela permettait à l'écrivain de placer sans peine à la suite les^ moindres lignes inédites que pouvait présenter un de ses modèles, et d'enregistrer à la manière d'un écho toutes les questions discutées dans les écoles, jusqu'à son époque. Ce n'est que l'ébauche d'un plan fragmentaire qui se rencontre après l'introduction cdia ou inler alla, consideranda occurrunl qualuor, dist. VIII, 2, à savoir, inslilulio, forma, sacramenlum et res; encore ne porte-t-il que sur les premiers paragraphes. Par suite, les répétitions ne manquent pas, comme celles qui mentionnent à divers endroits les fruits de l'eucharistie, ou qui traitent des causes de son institution, du sacrifice de la messe, etc. Cf. dist. VIII, 1, 2, 4; XII, 7, etc., de la communion fréquente, dist. XII, 6, 7. D'autres fois, l'on se heurte à des hors-d'œuvre, ou à des théories à peine ébauchées ou mal reliées à la matière principale de l'exposé : tels, par exemple, les extraits sur les caractéristiques du sacrement et sacrifice, dist. VIII, 4; I, 2; XII, 6; XIII, 1, et l'essence de l'hérésie, dist. XIII, 2; remarquons que la même chose se rencontre chez Grégoire de Bergame, op. cil., c. xxix, p. 113, et d'autres. Ailleurs encore, l'emploi des mêmes termes avec des sens différents accusent une terminologie mal assurée, et trahit sans doute la diversité des sources comme le mot forma appliqué à la formule consécratoire et aux espèces, dist. VIII, 3, 4.
Malgré ces défauts et ces lacunes, l'exposé de Pierre Lombard est le plus complet de tous ceux de son époque, sans pour cela tomber dans la prolixité. Comparées aux traités sur la pénitence, 1. IV, dist. XIV- XXIII, et sur le mariage, dist. XXVI-XLII, qui sont diffus, les six distinctions du Magister sur l'eucharistie sont plutôt sobres, voire même concises. Ajoutons qu'elles ouvrent quelque échappée de vue, parfois avec succès, clarté et progrès, sur les questions qui préoccuperont de plus en plus la théologie médiévale, comme celles de la conversion, dist. XI, de la fraction et de la persistance des accidents, dist. XII. Sous réserve des remarques précédentes, on peut dire que l'ensemble se présente dans un ordre convenablement logique : la main expérimentée du compilateur avait eu le talent de retenir les bons morceaux et de les grouper habilement, en dissimulant le mieux possible les manques de cohésion. On en jugera par le plan suivant : après une introduction sur les figures de l'eucharistie et sur son rôle à côté du baptême et de la confirmation (il est plus bref ici que plusieurs de ses devanciers, cf. Pulleyn, Honoré d'Autun, Hugues, etc.), Pierre Lombard passe en revue une série de questions : consideranda occurrunl quatuor, à savoir, l'institution, la forme, le sacranvnlum et la res sacramenli. Puis il rattache à la double res sacra-
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menti la double manducation, duo modi manducandi, unus sacTamentalis..., aller spiriliialis, dist. IX; c'est là qu'il s'en prend à l'erreur de ceux qui prétendaient que le corps et le sang du Christ ne sont reçus que par les bons et "^ qu'il explique quelques expressions difiiciles des écrivains ecclésiastiques. Par une transition toute naturelle, la distinction suivante, dist. X, passe à une erreur plus grave : celle des sacramentaires qui nient la vérité du corps du Christ dans l'euchîiristie; ce chapitre sur la présence réelle est donc une réfutation. C'est ce qui explique pourquoi cette distinction, dont les conclusions sont présupposées dans tout ce qui précède, n'arrive qu'à cette place dans le cours du traité. C'est le même cas pour la Summa sentenliarum, 1. VI, 5, P. L., t. clxxvi, col. 111-112; Roland, d'une allure toujours décidée, est peut-être le seul qui fasse exception en entamant le sujet sous forme de thèse, op. cil., p. 221; les autres se contentent de parler de ce dogme universellement reçu, en rejetant l'objection qui l'attaque. Ayant réfuté les adeptes de Bérenger par des textes qui affirment le changement de la substance du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, le .l/ag'isffr passe logiquement à l'étude de cette conversio, dist.. XI, 1, 3; il y rattache une série de questions léguées par ses prédécesseurs : quarc sub alia specie sumalur, dist. XI, 5; qucire sub duplici,6; quarc aqua miscealur, 7; qmde corpus dédit discipulis, 8. L'investigation philosophique, pour rudimentaire qu'elle fût, faisait tout de suite se dresser, en dehors même de l'exemple de ses modèles, le problème de la permanence des accidents. C'est l'objet de la dist. XII, qui ajoute, après les paragraphes sur la fraction des espèces, les textes classiques sur la signification des trois parties de l'hostie divisée, 6; l'auteur y rattache un paragraphe sur la réalité de l'immolation et du sacrifice de l'autel, dont la place peut se justifier ici. Les lignes suivantes, sur le but de l'institution de ce sacrement et sur la communion fréquente, 5, 8, devaient être placées ailleurs. Enfin, une dernière distinction, XIII, s'occupe des hérétiques et des exconnnuniés : écho des anciennes controverses sur les investitures qui ne devait pas s'éteindre encore. Pierre Lombard appartient à l'opinion sévère; il ferme ce chapitre par une description de l'hérétique, empruntée à saint Augustin, à saint Jérôme et, d'après un texte ancien de son œuvre, à saint Grégoire. Aussitôt après vient le traité de la pénitence.
c) Après Pierre Lombard. — a. Théologiens. — Un des premiers commentateurs du Lombard, Pierre de Poitiers (avant 1175, puisqu'il dédie son œuvre à Guillaume aux Blanches-Mains, archevêque de Sens jusqu'à cette date), groupe toutes ses recherches, dont plusieurs abondent en subtilités dialectiques, autour de quelques questions relatives au sacramcntum et à la res sacramenli, c. x; à la forma, c'est-à-dire matière et forme, c. xi; le mot Iranssubstantiatin, transsubstantiari revient au moins une douzaine de fois dans les trciis colonnes et demie que comprend ce chapitre; à la conversion, c. xii; c'est ici qu'il étudie les accidenlia, l'ubiquité du corps de Jésus- Christ, etc.; à la (:ouble iranducation p:;r les bons et 'es méchants, c. xiii; ici, interviennent, comme ailleurs en orcc'est le cas chez Pierre, quelques essais de casuistique. Tout cela est exposé avec netteté, concision, fermeté, sans l'abondance du Lombard et accuse chez le commentateur une longue gymnastique qui a accentué les mérites et les défauts d'une formation trop purement dialectique. Voir plus loin. '
l'.obcrt de Melun (y ll()7),contcinporain de Pierre Lombard (ms. lat., B. N., NSSr,, Bruges, 191, etc.), n'a pas eu le lemjjs de donner dans sa Somme une place aux sacrements; mais, à la manière dont il 1
s'attarde pour appliquer à l'incarnation, selon l'ancien vocabulaire du iv^ siècle, la définition du sacramentum, onpeut juger des développements qu'il aurait donnés à ce seul chapitre de l'eucharistie, qui attire l'attention de beaucoup de ses contemporains. Pierre le Chantre a quelques particularités dans son œuvre encore inédite. De sacramentis, etc., où il s'étend sur les parties non traitées par le Magisler Sentenliarum (ms. lat., B. N., 1445, etc.).
Prévostin, généralement fort bref dans ses chapitres sur les sacrements, ouvre des échappées de vue intéressantes sur les avis de ses contemporains et de ses prédécesseurs : magistri nostri dicunl, secundum magislros nostros. Son chapitre sur la transsubstantiation (le mot revient sans cesse sous sa plume) est particulièrement développé : de verbis quibus fit (ranssubslantialio. C'est sous cette rubrique que le manuscrit de Bruges, n. 237, groupe presque la totalité des questions.
Vers la même époque, un théologien, plus original que la plupart de ceux qui figurent parmi les maîtres de Paris et dont on ne peut passer ici le nom sous silence, Alain de Lille, surnommé le docteur universel (y 1202), écrit des pages importantes sur l'eucharistie, surtout à propos de la transsubstantiation, dans son 1. I, De fldc calholica contra hserelicos, c. LVii- Lxii,P.I,.,t. ccx,col. 359-365;lec. lvii aligne les principales objections des sectes dissidentes ; la suite, c. lviii- Lxii, expose la doctrine et répond aux attaques. Les Régulai theologicse, reg. 107-110, ibid., col. 677- 679, ne donnent pas beaucoup plus que le résumé ou la répétition de ce qui se trouve dans le Contra hserelicos, sur la transsubstantiation, la matière et la forme, etc.
Deux théologiens de la fi i du xii« siècle, Simon de Tournai, sur le compte duquel circulèrent des récits malveillants, plus ou moins légendaires, et Etienne Langton, qui devint archevêque de Cantorbéry (1208-1228), consacrent à l'eucharistie des l)ages intéressantes où se révèlent certains progrès de la terminologie. Le premier, s'écartant de la division du Lombard en quatre livres, parle de l'euchariste, le terlinm sacramentum s(dutare (il a une classification des sacrements qui tient compte, comme Hugues de Saint- Victor et beaucoup de canonistes ^lossateurs du Décret, des diverses espèces de sacramentaux), dans la VIII» partie de sa Summa ou de ses fnstiluliones{ms. lat., B. N., 14886, îol.bH sq. ; Merton Collège, Oxford, 722, fol. 105, etc.). Il parle de la transsubslanlialio, ibid., fol. 47, tout comme dans ses Quxslioncs ou Dispulaliones (ms. ûe Bruges 193, disp. LXV). L'autre reste davantage fidèle au plan du Magisler dont il possède l'autographe; mais en certaines parties il est beaucoup plus étendu (ms. de Bamberg, Patr. 136; Q. Vf. 50). Il a aussi le mot de transsubstantiari, etc., fol. 68. L'une et l'autre œuvre encore inédite utilisent davantage les écrits d'Aristote et méritent une étude plus étendue que le manque de place empêche de développer ici. Signalons leur dissertation sur la valeur du sacrement en dehors de la dignité du ministre, question fort brûlante à ce moment.
Voisine des Rcgulœ d'Alain, auquel on l'a longtemps attribuée, est l'œuvre de Nicolas d'Amiens, De arte seu de arliculis catholico' fidei, sorte d'exposition en • théorèmes » de la vraie doctrine, cf. m, 13; la partie relative à l'eucharistie y est brève, iv, 3, P. L.,t.ccx,col.fil3 Gll.Cf. Hauréau,.Vo/irc et extraits de quelques manuscrits de la Bibliothèque nationale, Paris, 1801, t. v, p. 74-76.
Par contre, les divers dictionnaires do théologie que voit surgir le dernier tiers du xii'' siècle et qu'il est instructif de consulter, comme les témoins d'une
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c'odilication qui s'opère, n'onl pas le mol cucharislia ni le mot transsubstanliatio. Citons la Sumina Abel de Pierre le'Chantrc (ms. de Bruges, 234), les Dislinciiones de Garnier de Rochcfort (ms. de Troyes 32 et 392), l'une~>et l'autre encore inédites; ]c Liber in dislinctinnibiis distinctioiuim thcologicaium d'Alain de Lille, P. L., t. ccx, col. G85. Pierre le Chantre a quelques lignes sur le corps du Christ au mot Corpus.
b. Canonistes. ■ — Pour clore toute la série des maîtres ont l'enseignement intéresse l'histoire de l'eucharistie, il faudrait revenir aux canonistes qui se mettent en devoir de commenter le Décret de Gratien. Leur œuvre de commentateurs présente des chefs d'intérêt variés, dont le moindre n'est pas le reflet que prend chez eux l'enseignement théologique. A leur tour, les canonistes subissent l'influence des théologiens.
Le fait est surtout sensible dans Huguccio qui a beaucoup de passages (dans le De consccrationé) inspirés par Hugues de Saint- Victor ou littéralement empruntes au De sacramenlis ; cette partie est plus longue chez Huguccio que chez les autres (ms. de Cambrai, 612, fol. 351 r° sq.). Avant lui, Etienne de Tournai a aussi beaucoup d'emprunts à l'enseignement théologique. Cf. op. cil., p. 273, 274. Schulte le reconnaît dans son histoire du droit canonique. Op. cit., p. 135. Mais l'œuvre est encore inédite, comme celles de beaucoup d'autres de ses collègues ou prédécesseurs. Quelques textes intéressants peuvent se lire dans les notes de l'étude si fournie de Gillmann:Die Sicbenzahl der Sacran-ienie bei der Glossaloren des Graiianischen Dekreis, dans Der KaihoUk, 1909, t. II, p. 182 sq. D'autres, comme quelques-uns de Sicard, Huguccio, 'etc., se rencontrent dansuneétude du même auteur sur la transsubstantiation chez les canonistes du xii^ siècle. Der Katholik,lQ08,t.u, p. 417 sq.
Parmi les textes déjà imprimés et par suite plus accessibles au lecteur, Rufin,i)ie Summa Decrclorum des Magisler Rufinus, édît. Singer, Paderborn, 1902, etÉtien>^«de 1o\XTiiB.i,Die Sumniades Stephanus Tornacensis ùber das Decreium Graliani , édit. von Schulte, Giessen, 1891, consacrent quelques pages à notre sujet. Le premier est désespérément bref, op. cit., p. 144- 145, le second est plus développé, p. 551-560; il divise en trois sections toute la dist. II de Gratien : la forma (c'est-à-dire matière et forme), le respect dans la réception et la manière de traiter ce sacrement, le triple contenu de ce mystère, p. 551. Giraud le Cambrien fera écho à cette division dans la Gemma ecclesiastica, i, 6, 9, etc. Voir plus loin. Notons ses formules sacramcntum, sacramentum et res, res tanlum, p. 552, où il renvoie aux ouvrages des théologiens, et son exégèse de la confession de Bérenger, can. 42, p. 555, à rapprocher de Roland, op. cit., p. 233-234; il se refuse à s'étendre sur les sublimités de la conversion, can. 73 : vcrba ista, fateor, parvitatem meam magis ad terrorem admiratioiiis quam ad diligenliam cxposilionis invitant, p. 557 ; mais au can. 82, il ouvre une longue dissertation sur l'union du Christ avec son Père, p. 557-561.
Quant à Etienne de Tournai, op. cit., p. 269-276, il emprunte beaucoup à Rufin, ici comme ailleurs. Il cite un bon nombre d'avis des théologiens, par exemple, p. 273, et emploie fréquemment le mot transsubstantiatio, tianssubstai^tiare, p. 273, 274, etc., qu'il n'a pas rencontré chez Rufln. Sur les accidents il rectifle un usage courant qui risquait de réduire à trois les accidents qui persistent : et nota quod cum principaliter dici soleat in specie panis et vint tria accidentia post consecrationem remanere, scilicct, colorem,saporem, odorem, rémanent tamcn et alia ut in pane rotimdiias, in utroque vis satiandi, si quantitative sumatur, et multa alia, can. 31, p. 272. Ces quelques exemples
peuvent suflire pour montrer la marche progressive de la théologie de l'eucharistie chez les canonistes comme chez les théologiens. En attendant la publication des Sommes, gloses et commentaires inédits, on pourra utilement consulter les gloses du Décret reproduites dans la marge des diverses éditions, par exemple, celle de 1505, Paris, qui a beaucoup de Jean de Faenza (vers 1190), ou celle de Lyon, 1C34; beaucoup sont dues à Jean le Teuton qui a conservé celles de ses prédécesseurs ou ajouté de nouvelles, avant le concile de Latran, par exemple, De consecralione, II, c. i, 2, 71, 72, 77, 94, etc. Vers la fin du siècle surgissent un certain nombre de recueils de pure compilation : ils méritent d'être signalés comme les témoins de la vogue dont jouissent les traités de Hugues de Saint- Victor et de Pierre Lombard; ce sont d'abord quelques résumés de ces auteurs comme les n. 560 de la bibliothèque de l'université de Gand (deux abrégés), les résumés du jl/ag^/s/er, parBandînus, P. L., t. cxcii, col. 965-1112, par Gandulphe de Bologne, ms. Heiligenkreuz 142; Turin, lat. A. ô7, etc. Puis avec le Spéculum universale de Raoul l'Ardent déjà cité, il faut mentionner ce recueil qui voyage jusqu'à Sidon en Palestine (ms. du Vatican, lat. 1345, fol. 73-74; voir aussi Fournier, art. cit., de la Bibliothèque de l'École des chartes, 1897, t. lviii, p. 664), et d'autres longs traités théologico-canoniques enfouis dans les bibliothèques.
3. Sources diverses sur les Sommistes, anecdotes, polémiques. — Ajoutons encore à cette liste quelques auteurs qui ne rentrent pas dans la catégorie des Sommistes, mais dont les œuvres semées d'anecdotes, de souvenirs personnels, de discussions théologiques, où l'exemple escorte la théorie, per exempta pariter et precepta, nous donnent de précieuses informations sur les maîtres et les doctrines des grandes écoles. Ce sont avant tout Giraud le Cambrien (1147-1223 environ) et Césaire de Heisterbach. Le premier, ancien étudiant de Paris, qui a connu Pierre le Mangeur et d'autres docteurs, nous laisse des pages toutes remplies de théologie et de droit canon. Sa Gemma ecclesiastica, surtout, présentée par l'auteur lui-même à Innocent III en 1197, De rébus a se gestis, III, 18, dans les Giraldi Cambrensis opéra, édit. Brewer, Rerum britannicarum medii sévi scriptores, Londres, 1862, t. XXI a, p. 119, dans une dédicace plutôt originale (présentant cdii libras, sed nos libros), eut un immense succès auprès du pape et de la cour romaine. Voir surtout les c. i, 1-11, 40-52, etc.. ibid., t. xxi b, p. 12, 115, etc.
Le célèbre Césaire de Heisterbach, qui écrit un peu plus tard, fournit aussi quelques bons renseignements : on y assiste, entre autres, à l'introduction des doctrines de l'école dans le clergé paroissial, les cloîtres et le troupeau des fidèles. Voir la dist. IX qui résume d'abord l'enseignement des docteurs sur l'eucharistie, puis le confirme, comme Girauld, par des exemples. Prologus, édit. J. Strange, Cologne, Bonn, 1851, t. ii, p. 164 sq.
A la série des exposés systématiques des Sentenciers se rattachent les écrits des polémistes qui s'en prennent, souvent avec une injuste acrimonie, aux idées des théologiens dialectiques. Il faut citer ici, outre Gautier de Saint- Victor, Contra quatuor labifrintos Franciœ, voir plus loin, qui écrit peu après le concile de Latran (1179), la controverse de Folmar, de l'abbaye de Triefenstein (Petra Stillans) dans le diocèse de Wurzbourg, le long du Main. Elle se produit vers l'année 1160 et prend fin peu après 1164, puisque Éberhard I'''', archevêque de Salzbourg, est mort depuis peu (1164), quand Folmar écrit sa rétractation. Episl., V, P. L., t. cxciv, col. 485; cf. Hauck, Kirchengeschichle Deutschlands, 1903, t. iv, p. 443-
EUCHARISTIE AU XIP SIÈCLE EN OCCIDENT
415; Kaltner, Folmar von Triefenstein, dans Tiibinger tlieotogische Quartalschrifl, 1883, t. lxv, p. 523-552; Bach, Dogmengcschichie des Miitelalters, t. i, p. 398, 432, etc. Cette controverse met aux prises, outre Folmar, tout le groupe des polémistes de Reichersberg qui portent une attention toujours en éveil sur les travaux et les assertions des théologiens dialectiques des écoles de Paris, Episl., xv, xvii, etc., de Gerhoch de Reichersberg, son frère Arno, peut-être Hudiger, im autre de ses frères, ou un inconnu, R..., outre Ébcrhard I«f de Salzbourg, Éberhard II de Bamberg, etc. Voir une partie du dossier épistolaire de toute cette polémique qui agite les centres monastiques et épiscopaux de la Bavière et de la Franconie, dans Gretser, Opéra, t. xii b, p. 100 sq. ; ou dans P. L., t. cxciv, col. 1481-1490; les lettres v, vir, VIII, XIII, etc., parmi la correspondance de Gerhoch de Reichersberg, P.L., t. cxciii, col. 494, etc. ; le Liber de gloria et honore Filii hominis,-x.iu,xiy, etc., P. L., t. CXCIV, col. 1117, etc.: VApologeticus contra Folmarum d'Arno de Reichersberg, édit. Weichert Leipzig, 1888, etc.
Formé probablement par les ouvrages de Pierre Lombard, dont Gerhoch l'accuse gratuitement de dépendre pour une de ses erreurs, Episl., xv, P. L., t. cxciii, col. 547, et en tout cas par la lecture d'un Sentencier dialecticien qui n'a pu être identifié jusqu'ici, mais qui admet dans le Christ les trois natures dont parle saint Jean Damascène, De fide orthodoxa, m, 16,P.G., t.xciv,col.l068(voir la lettre d'Éberhard de Bamberg à Éberhard de Salzbourg, dans les œuvres de Gerhoch, Epist., viii, P. L., t. cxciii, col. 502- 503), Folmar admettait que, si le Christ était dit se trouver dans toute son intégrité présent sous les espèces, il fallait entendre cette formule non de son corps, mais de sa personne; pour lui, la chair seule sans le sang ni les os était présente sous les espèces du pain, et le sang seul sans la chair, sous le vin : Sotam carnem purani Chrisli sine ossibiis sine membris corporalibus. Epist., v, P. L., t. cxciv, col. 1482; viii, P. L., t. cxcni, col. 500-503. Cette assertion qui s'appuyait, dans un effrayant littéralisme, sur un texte de saint Jean, vi, 54, Episl., viii, P. L., ex cm, col. 502, et sur une citation fautive d'Augustin, Epist., cLxxxvii, 3, n. 10, dans le Liber de gloria et honore Filii hominis, xiv,P. L.,t. cxciv, col., 1121, etc., se rattachait à sa conception de la présence du Christ localisée au ciel. Ibid., xni, col. 1117. Mais F'olmarne renouvelait pas l'erreur de Bérengcr, comme le lui reprochent sans fondement Gerhoch : blasphémas Herengarii pedisequiis, aller Berengarins, ibid., xiii, XIV, col. 1117, 1123, et Bach, op. cit., t. i, p. 405; sa lettre dit clairement qu'il admettait la présence réelle |)ar la conversion, P. L., t. cxciv, col. 1481, mais le vrai corps du Christ, présent dans l'eucharistie, ne l'était pas, d'après lui, dans toute sa plénitude; celle-ci n'existait qu'au ciel. Par suite, dans une hostie, contenue dans un ciboire, il y avait moins du corps du (Christ que dans une grande hostie sur l'autel : quasi minus in eucharistiali quam in spalioso allari corpus Domini comprehendi possil. Episl., viii, P. L., t. ex cm, col. 502.
Les accusations d'ubiquisine (du Plessis d'Argentrc, Collcclio judiciorum, t. i, p. 110) ne semblent pas fondées; I-'olmar les retourne, du reste, contre ses adversaires. Cf. .\rno, op. cit., p. Ifil. L'adoration de l'humanité du Clirist intervenait dans la discussion comme corollaire, mais elle n'est, en somme, qu'un écho des vives controverses de ces mêmes [)olémislcs sur la christologie, Epist., su, xv, etc., /'. L., t. exeni, col. 497, 547 ; Liber de gloria, etc., xix, P. L., t. exeiv, col. 1143, etc., dont r.MhMungno, la I-'rance, P.omc et l'Italie auront à s'occuper jusqu'au triomphe défi-
nitif du livre des Sentences. Grâce surtout à Éberhard de Bamberg qui réunit une conférence dans sa ville épiscopale, Folmar reconnut son erreur, Epist., VIII, P. L., t. exeiii, col. 500 sq., et fit une profession complète de foi dont les termes sont orthodoxes. Epist., V, P. L., t. CXCIV, col. 1485-1486.
Gerhoch de Reichersberg (1169), qui compare un moment son rôle à celui de saint Bernard (nos qui velul exploratorcs ab uno domino missi sumus, épître dédicatoirc du Libellus de eo quod princeps hujus mundi jam judicalus sit, dans Monumenta Gcmmnise hislorica. Libelli de lite, t. m, p. 241), eut à soutenir des polémiques, au sujet du sacrement de l'eucharistie, avec d'autres qu'avec Folmar de Triefenstein. Cette fois, ce sont ses propres idées qui fvirent en cause. S'appuyant sur une distinction entre les formules sacramentelles qui portent sur un objet inanimé (pain et vin, saint chrême) et celles qui s'adressent à un être animé (comme dans le baptême ou l'ordination), il nie la validité de l'eucharistie chez les prêtres schismatiques, car Vinlenlio catholica ne peut pas intervenir là comme chez le récipiendaire du baptême ou de l'ordre. Il n'y a pas lieu de nous attarder sur le développement de ces polémiques qui ne constituent qu'un chapitre des controverses sur la valeur des sacrements en général à l'époque des investitures. Disons seulement que Gerhoch défendit ses idées jusqu'en cour de Rome (1133) et écrivit sur la matière le traité De simoniacis, P. L., t. cxciv, col. 1335; Monumenta Germanise hislorica. Libelli de lite, etc., t. m, p. 240 sq. ; il le dédia à saint Bernard qu'il n'avait pu personnellement entretenir sur ce sujet à la diète de Bamberg (en 1135); son avis était, du reste, partagé par plusieurs hauts personnages ecclésiastiques. Voir Epislola ad Innocenlium, Monumenta Germanise hislorica, ibid., p. 225 ; Liber contra duas hœreses, P. L., t. cxc.iii, col. 1170; Episl., xxi, ibid., col. 577; Liber de simoniacis ou Libellus de eo quod princeps hujus mundi, etc., Monumenta Germanise hislorica, ibid., p. 262, 267- 268. Cf. aussi le Commenlarius aureus super psalmos, vers 1145, pour les ps. x-xxv, dans Monumenta Germanise hislorica, ibid., p. 413-428; P. L., t. excm, col. 1025, ps. XXI, 19.
4. Innocent IIL — La lignée des maîtres en l'une et l'autre branche se ferme par un nom célèbre entre tous qui résume tous ses prédécesseurs, car dans l'histoire du dogme, de la théologie et du droit canon, l'œuvre de Lothaire de Segni (Innocent III. f 1216), sinon ses écrits proprement dits, prennent une idace considérable : il fait vraiment époque et par les tléflnitions du concile de Lalran, et par la législation canonique à laquelle son nom est resté attaché. Le traité dont il faut jiarler ici et dans lequel se résume tout l'enseignement scolaire précédent, est une étude liturgique : De sacra allaris mystcrio libri scx, P. L., t. eexvii, col. 773 916. entremêlée de théologie et dont le succès fut brillant à travers les âges.
Remarquons toutefois (|u'une édition critique serait à faire : il y a des interpolations évidentes comme celle du c. xvii, 1. IV, col. 868, où intervient le frère Égide (Gilles de Rome) avec les mots ex nalurali roncomilantia. Cf. Aigidii Columnse theorenmla de corpore Chrisli, Rome, 1554, prop. i., p. 37, etc.. où le mot intervient souvent. Le De sacro allaris mtistcrio a dû être composé avant 1198, date de l'élévation de son auteur au souverain pontificat, car les soucis de cette charge ne lui en auraient plus laissé le temps, l 'ne allusion fort claire à la participation des cardinaux à la messe pontificale confinue l'idée de IVtirht (jui date l'ouvrage de répocpie où Lothaire de Segni était luimême cardinal à Rome. f>p. cit.. 1. IV, c. xx. col. 874; Pealenrgclopddir, t. ix, p. 11). Au ('ébut du I. IV, col. 851, Innocent III interrompt brusquement la série
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de ses paraphrases des prières liturgiques, ou la description des cérémonies de la messe qui commence avec le 1. II, pour donner une longue étude dogmatique sur l'eutharistie, col. 851-885. Il la fait débuter aussitôt qu'il a terminé l'explication de la prière du canon : ut fiai corpus et sanguis dileclissimi Filii lui Jesu Christi, col. 852, et y intercale la paraphrase des paroles qui se prononcent depuis cet endroit jusqu'aux mots : Unde et mcmorcs, avec lesquels s'ouvre le 1. V, col. 885. Des passages plus ou moins longs de cette œuvre se retrouvent reproduits dans les lettres d'Innocent III, comme dans celle à l'archevêque de Lvon démissionnaire, .Jean de J3elesmes,£'p!.'>7., v, 121, 29 novembre 1202, P. L., t. ccxiv, col. 1119, 1121. Cf. De sacro altaris mystcrio, 1. IV, c. v, ix.
A part les traités écrits contre Bérenger, c'est peutêtre la plus longue œuvre dogmatique de toute cette époque sur l'eucharistie. Elle a sans doute des parties originales, mais fidèle à la tradition scolaire, l'auteur suit de près ses devanciers, tels que Hugues de Saint- Victor, à qui il fait des emprunts qui s'appelleraient aujourd'hui de vrais plagiats. La suite des chapitres accuse des répétitions inutiles, des manques de logique dans l'ordre, etc., où se trahit la diversité des emprunts et des modèles; mais une étude détaillée des sources est encore à faire. Innocent III examine successivement les figures anciennes de l'eucharistie, c. ii; sa matière, pain et vin, azyme, c. m, iv; sa forme actuelle et à la dernière cène, c. v, vi; la vérité de la présence réelle, c. vu; la présence sous l'hostie divisée, c. VIII, IX ; la communion des apôtres et de Judas, c. XII, XIII ; la double manducation, c. xiv, et la permanence du sacrement après la communion, c. xv, XVI. Ici commence un long passage sur la transsubstantiation, c. xvii-xxi; puis quelques cas de rubriques, pain sans vin, vin oublié, etc., c. xxii-xxv. Avec les c. xxvi-xxviii, XXXV, xli, xliii (de hora institutionis) recommence la paraphrase du canon : postquam cœnatum est, entrecoupée de questions théologiques sur la conversion de Vaqua cum vino, vinum sine aqua, etc., sur la raison d'être de l'espèce du pain et du vin, etc., c. xxix-xxxiv, sur le sacramentum et res sacramenti et les questions connexes, c. xxxvi-xl. Enfin, un dernier chapitre, xliv, donne les motifs de l'institution. On peut dire que, si les idées développées dans le De sacro altaris mysterio d'Innocent III sont le résultat de tout un siècle de recherches et d'études, leur expression même matérielle est le résumé, disons mieux, le reflet ou l'écho fidèle des principaux représentants de l'enseignement théolog ique du xii«^ siècle. Si le commentaire sur les Sentences, que lui attribue le carme Louis- Jacques de Saint- Charles, Bibliolheca pontificia, Lyon, 1643, 1. I, p. 117, sur la foi de Possevin,ne peut se retrouver, la perte est sûrement compensée pour le chapitre de l'eucharistie par cet ample traité De sacro altaris mysterio.