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V. ENFER D'APRÈS LES DÉCISIONS DE L'ÉGLISE

— Dans les symboles ])rimitifs de la foi, l'enfer était implicitement enfermé dans l'article du jugement universel, dont on précisait seulement la sentence de vie éternelle. Cf. Denzinger Rannwart, 1908 n 2 6,9,13.

La double sentence est précisée dans la formule dite Fides Damasi, de la fin du iv" siècle, probablement: aut pcenam pro peceatis tvterni sui)plirii. Ibid., n. 16.

Le symbole dit de saint Alhanase, probablement du Y" siècle, fait un article de foi de l'enfer éter nel : qui vero mala in ignem irternuni (ibnnl). Il.rc est fides callwlica, quam nisi quisqur fidetitcr firmiterque crediderit, salvus esse non poterit. Ibid.. 11. 40.

l'ne lettre du pai)e saint Siin|)licius (476) d.t des hérétiques détachés de l'Église, qu'ils sont destinés au feu éternel de l'enfer. Ibid., n. IGO.

ENFER (SYNTHÈSE DE L'ENSEIGNEMENT THÉOLOGIQUE

Nous avons vu que dans la lutU- contri.' l'origéiiisme, le synode de C.onslanlino]ile de 5'M, dont les canons ont été a])prouvés par le pape Vigile et, grâce à la vigilance de l'empereur Justinien, ont été souscrits par un très grand nombre d'évéques, a, peut-on dire, défini l'éternité des peines de l'enfer : Si guis dicit oui sentit, ad tempiis esse dœmonum et impionim liomintim supplicinm ejiisque finein aliquaiido fiiluriim, siue restituiionem et redinteyraiionem fore diemoniim mit impioriim hominiim, anaihema sit.,VAn. 9, n. 21t. Le V'' concile œcuménique, II« de Constantinople, renouvela ces condamnations contre Origène et ses erreurs, en particulier la monstniosa rcstilulio. Can. 1, 12, 13, 14; Denzinger, n. 187 sq. Il en fut de même dans les trois conciles oecuméniques suivants.

Dans les documents concernant la prédestination, on trouve la doctrine de la non-réprobabtion antécédente et l'affirmation par concomitance des supplices éternels. Denzinger-Bannwart, n. .321-328.

Toutes ces décisions ne portent que sur l'existence et l'éternité de l'enfer.

Au commencement du xin« siècle (1201), Innocent III, dans une lettre insérée ensuite dans les Décrétales, 1. III, tit. xlii, c. 3, Majores, Denzinger- Bannwart, n. 410, distingue deux peines, l'une, pure" ment privative, l'autre, positive : pœna originalis peccati est earentia visionis Dei, actncdis vero pœna peecati est gehennœ perpétuai criieiatus.

Le XII" Concile œcuménique, IV'' de Latran (1215), c. I, exposant la foi catholique contre les albigeois, dit des réprouvés qu'après la résurrection générale, en raison de leurs mauvaises actions, ils reçoivent eiini diabolo pœnampcrpetuam.DtinzingeT'Bann'warl,n. 429. Au XIV" concile œcuménique, 11"^ de Lyon (1274), on approuva cette profession de foi de Micliel Paléologue, qui affirmait la disparité des peines des damnes et l'entrée en enfer aussitôt après la mort : lllonim animas qui in mortali peccato vel cum solo ■originali deeedunl, mox in infernum descendere, pœnis tamen disparibus puniendas. Ibid., n. 464.

Ce dernier enseignement est donné par Benoît XII, dans sa constitution Denedictus Deus (1336), sous forme de définition : Dcfinimus quod secundum Dei crdincdionem communeni animas deecdeniium in actuali peccato mortali mox posl morlem suam ad injerna descendunt ubi pœnis infcrncdibus crncicmtur. Ibid., n. 531. Voir du même pape, dans le catalogue des <^rreurs des Arméniens (1341), les art. 4 et 18, sur l'enfer, considéré comme la jjeine du seul péché originel. Ibid., n. 532, 536. Voir aussi t. ii, col. 699.

Le concile de Florence, XVII^ œcuménique, définit, en 1439, dans les mêmes termes que le 11^ concile de Lyon, l'entrée des pécheurs en enfer, de suite après la mort, et la disparité des peines.

Le concile de Trente ne donna aucune décision spéciale sur l'enfer, que les protestants du xvi^ siècle ne niaient point. Il eut cependant l'occasion de rappeler la doctrine catholique sur la damnation. Cf. sess. VI, can. 25, 30, ibid., n. 835, 840.

A signaler encore la proposition condamnée par Alexandre VIII. Ibid., n. 1290.

Le 28 août 1794, Pie VI a condamné la doctrine du synode janséniste de Pistoie au sujet de la peine •t'ternelledudampourles enfants morts sans baptême. Ibid.,n. 1526.

Enfin, le 30 avril 1890, la S. C. de la Pénitencerie a déclaré que les pénitents qui ne croient pas au feu <le l'enfer ditigenter instruendos esse et jiertinaces non esse absoluendos. Cette décision disciplinaire atteste que la croyance au feu de l'enfer est au moins une opinion catholique qu'on ne peut rejeter sans péché grave de témérité.

VI. SYNTHÈSE DE L'ENSEIGNEMENT THÉOLO- GIQUE SUR L'ENFER. — I. i:xistence. 11. Origine et commencement. III. Éternité de l'enfer. IV. Damnés. V. Lieu de l'enfer. VI. Nature des peines de l'enfer. VIL Leur graduation. VIII. Cause efliciente. IX. Cause finale de l'enfer. X. Applications pratiques.

I. Existence de l'enfer. — Elle est de toi définie, ainsi qu'il résulte des décisions du magistère ecclésiastique que nous venons de citer. Elle est affirmée par l'Écriture sainte, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, et par toute la tradition catholique: les origénistes eux-mêmes croyaient à l'enfer et ne se trompaient que sur sa durée.

La raison naturelle spéculative et le consentement universel des peuples fournissent aussi sur ce point des arguments certains. Voir Sanction (nécessité de la sanction, laquelle n'est évidemment pas comi)lète en ce monde). P. Bernard, art. En fer, dans Dictionnaire a' apologétique, Paris, 1910, t. i, col. 1377 sq.; Monsabré, Carême 1888, xciii= conférence. Enfin l'existence de l'enfer est en connexion logique avec d'autres dogmes. Cette connexion est profonde et universelle : tout dans le christianisme évidemment tend à procurer aux hommes le salut éternel, que tous n'atteignent pas. 11 y a donc des damnés. Contre l'existence d'une jjunition des pécheurs après la vie, il n'y a, d'ailleurs, guère d'opposition ni aucune difficulté.

IL Origine et commencement de l'enfer. — 1" Le feu éternel a été préparé pour le diable et ses anges. ]\Iatth., xxv, 41. L'enfer, séjour définitif des damnés, a donc été créé d'abord pour les anges déchus avant la création des hommes.

2° Quand commence l'enfer pour chaque damné? — Pour les anges déchus, le châtiment a commencé tout de suite après leur chute, au moins quant à la peine substantielle du dam; pour la peine du feu, il peut se faire que beaucoup de démons ne la souffrent pas, di rectement du moins, pendant qu'ils sont sur terre à tenter les hommes, c'est-à-dire jusqu'au jugement dernier. Voir t. iv, col. 404-405.

Pour les hommes qui meurent en état de péché, ils vont en enfer tout de suite après leur mort et le jugement particulier. C'est une vérité de foi définie. Voir col. 91. Celle-ci a été incluse dans les professions de foi imposées par Urbain VIII et Benoit XIV aux Orientaux, parce qu'il y avait encore, au moyen âge, quelques sectes orientales qui renvoyaient, après la fin du inonde, l'entrée au ciel et en enfer. Cf. S. Thomas, Contra génies, 1. IV, c. xci. Dès le moment de leur mort, les damnés souffrent donc, non seulement du dam, mais de tous les supplices de l'enfer.

Cette doctrine est prouvée : a) Par l'Écriture sainte. — Le mauvais riche est en enfer aussitôt après sa mort. Luc, xvi, 25. Il est dit aussi de Judas : prievaricatns est ut abiret in locum suum. Act., I, 25. Cf. encore les textes qui affirment le jugement de rétribution pour le moment de la mort, par exemple, Eccli., xi, 28. Voir Jugement particulier.

b) Par la tradition. — Elle est, on peut le dire, unanime, au moins à partir du v^ siècle. Voir col. 80 sq. Saint Grégoire le Grand, Dial., 1. iv, c. xxviii, P. /.., t. Lxxvii, col. 365, résume ainsi la tradition patristique : Sicut eleclos beatitudo lœtificat, ita credi nccesse est quod a die exilas sui, ignis reprobos exurat.

c) C'est aussi l'enseignement commun des théo logiens. Saint Thomas, Sum. th.eol., III* Supplem.., q. Lxix, a. 2; Conl.gentes,\. IV, c. xcr, le résume ainsi ex pro/esso. Toute chose qui tend à une fin est coainie un poids qui y tombe dès qu'elle n'est pas empêchée.

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Dans les âmes, le mérite et le démérite ont ainsi une tendance essentielle à la récompense ou au châtiment. En cette vie, ils sont comme suspendus, l'âme étant en état de voie; mais la mort brise leurs liens et aussitôt ITime vel in infe.rnum immergitiir vel ad ceelos evolat; la révélation est là-dessus manifeste : iinde conirarium pro lifcresi est liabcndum. I^e sentiment universel des fidèles a suivi cette doctrine des théolofiiens, ou plutôt du magistère de l'Église.

d) Par la raison ihéologiqiie. — Il n'y a d'abord aucune apparence déraison pour retarder le châtiment des pécheurs. Une fois sortis de l'état de voie, ils sont dans leur éternité, fixés dans le mal et la haine de Dieu, avec une vie psychique toute nouvelle; il ne s'agit plus pour eux de compter des années ou des siècles, avant d'être châtiés éternellement de leurs fautes; ils sont destinés à l'enfer éternel et ils y vont tout de suite. De plus, il n'y a pas de milieu dans l'autre vie : ou la charité parfaite ou Vavcrsio a Deo, immuable; donc, la peine du dam; et c'est la substance de l'enfer; le reste ne ])eut que suivre naturellement. Enfin, le bonheur du ciel n'est certainement pas différé pour les âmes pures, donc, a pari, les peines pour les âmes mauvaises ne sont pas non plus différées; cette parité est un principe général très important de la doctrine chrétienne des fins dernières : le ciel et l'enfer sont en opposition parfaite, bien que dans le même ordre.

Prévenant ime objection dialectique, saint Thomas ajoute cette raison de con\enance. I.e péché dérive de l'âme au corps; il est donc juste que le châtiment suive l'ordre du péché, c'est-à dire qu'il conunence par l'âme séparée et ainsi parvienne au corps, et non pas qu'il attende la résurrection des corps pour atteindre l'âme.

c) Difficultés. — Le délai de la damnation n'est appuyé ni sur l'Écriture, ni sur la tradition, ni sur la raison théologique. Nous avons expliqué déjà le sens de ces aflirmations .npostoliques : in diem jndicii rcsernare cruciandos (crucialns), II Pet., ii, 9; Jud., o: le jour du jugement sera pour les damnés un jour de confusion et de peine spéciale, de confirmation plus immuable encore dans les mêmes ^supplices, d'augmentation enfin en quelques châtiments secondaires, corps ressuscites (liommes damnés), prison absolue de feu (dénions). Voir col. 46. Ce qui a amené plusieurs anciens à admettre la remise de la damnation jusqu'après le jugement dernier, c'est l'habitude de l'Écriture d'associer, presque toujours, l'entrée en enfer avec celui-ci : ile... in iynem .Ttrrniim. Mais, comme en matière prophétique et escliatologique, en général, ce n'est là qu'un procédé descriptif, condensant en une seule perspective autour d'un point central^et définitif, tous les éléments qui lui sont ordonnés de quelque manière; on démêle ceu.\-ci â l'aide d'autres textes.

Des témoignages des anciens qui étaient partisans d'une dilalio /n/e/vii, saint.Justin.Talien, saint Irénée, Tcrtullien, saint Hippolyte, saint Cvririen, saint .\nibroise, plus tard, comme possibilité, I lug'ies de Saint- Victor, on ne peut tirer aucune conclusion théolo- ^Ique. Ils n'énoncent (|u'unc opinion, (pii n'est pas reçue de tous, et ses tenants témoignent, eux-mêmes, <le l'existence de rojjinion con traire. I )'ailIours, même à leur sentiment, ce délai n'était que partiel et ne concernait que la réclusion dans l'étang de feu : dès après leur mort, les pécheurs s\ibissaicnt ries suiiplices et la peine du dam avec le désespoir, etc.

Ivnfin, l'argument suivant de raison théologique n'a (las phis de valeur. Si les justes, non entièrement purifiés, vont au purgatoire, malgré le droit qu'ils ont d'aller au ciel, les âmes damnées pourraient bien, au moins les moins mauvaises, souffrir (|uel(pies i)eincs

en dehors de l'enfer proprement dit, jusqu'à la fin du monde. Hugues de Saint- Victor, De sacram. fidci, 1. II, part. XVI, c. IV. La parité ainsi établie n'est qu'apparente; l'âme juste est faite pour le ciel, mais ne peut y entrer sans être parfaitement pure, tandis que l'âme coupable est destinée à l'enfer et rien n'empêche qu'elle y soit précipitée tout de suite après la mort. Cf. S. Thomas, Siim. IheoL, III«, SuppL, q. Lxix, a. 7, ad 0"".

Les âmes séparées sont-elles, jusqu'à la résurrection, unies à quelque corps subtil, éthéré, soit en vertu de leur nature de substances non purement spirituelles, soit afin de pouvoir subir le supplice du feu de l'enfer? Origène, Tcrtullien, saint Augustin l'ont pensé, ainsi que, au moyen âge, Pierre Loml)ard et Dante; m lis cette opinion est certainement fausse, fondée qu'elle était sur une notion imparfaite de la snbstan.cj spirituelle. Voir col. 51.

m. ÉTEnxiTK DE l'eni-er. — Elle est de foi définie. Voir les définitions citées col. 90-91, en particulier celles concernant l'origénisme, CNplicitement dirigées contre la négation de l'éternité de l'enter.

Comme les ancieiuies erreurs à ce sujet ont éré renouvelées par plusieurs écrivains au xix»" siècK^, le concile du Vatican avait préparé de nouvelles tléfinitions et de nouveaux anathèmes contre elles. Collectio lacen'iis, t. vu, col. 517, 5G7. Siciil vero Ecclcsia caiholica docet, nulla esse peccata... quorum rcniissioneni homincs in hac vila... obiinere non possinl; itn sacrarum Scriplurarum et sanctoruni Patrum doctrinœ et ipsiiis Ecclesiœ calholicœ consensui inha'rentrs docenius et definiimis posl viam hujus vitie, quando honiines jam ad terminuni rctributionis peruencrunl, ut referai unusquisqnc propria corporis, pront gcssil sive bonuni sire nialnm (II Cor., v, 10) pro nnlla lelhali culpa relictum esse locum salutaris pii'nilenli:v el expiationis, sed cuivis peccato morlali, quo maculala anima moxpost obilum coram sanclo eljusto jndiceDco comparueril, pœnam conslilulam esse pcrpetuani. sicul ipse a'iernus judex testatnr : Vcrmis eoruni non ntoritur el ignis non cxslinguilur. Undc lanquani bœrclicani damnamus doclrinam tum corum qui negaiwrinl pa-nas damnalorum in gehcnna fore perpétuas; tum coi uni qui dixcrinl quœdani esse peccata niorlalia quorum cxpiatio el remissio posl mortcm sperari possit alque ita eos qui cun^ luijnsmndi culpa: rcatu ex lutc vila decesserint, non in icternum daninari. c. xvii ; et le canon 5, De gralia redemplionis, aurait défini : Si quis dixerit, etiam posl niortem Iwm.inem juslificari posse, nul pœnas damnalorum in gehcnna perpétuas fuluras esse negavcril, analhema sit.

L'éternité de l'enfer est, en eff.'t, prouvée par des arguments sans réj)lique pour un chrétien.

1. Écriture sainte. — La plupart des textes, (pii prouvent l'existence de l'enfer, sont explicites sur l'éternité de celte damnation, opposée sans cesse à la vie éternelle. Is., lxvi, 21; Dan., xii, 1, 2; .Judith, XVI, 20, 21 [: le feu qui brûle les damnés est ini-xlinguible, lever qui les ronge ne meurt pas. Matlh., m, 12; Marc, jx, 42 18; Luc, xvr, 26; .\poc. xiv. 11; XX, 9-11 : l'enfer n'aura pai de fin, il durera pendant les siècles des si.>cles.

Dans une autre série do textes, l'éternité des peines de l'enfer est positivement afiirmée. If iTliess., i. .S; Matth., XXV, 41. Le mot ali.'ivio; y désigne l'éternité proprement dite. Voir Dam, t. iv. col. 13; P. Bernard, art. Enfer, dans le Dictionnaire d'apologétique de d'Alès, t. I. col. 1.390; Billot, De nooissimis, 2« édit., Bome, 1905, |). 50 sq. Hn résume lasi^nification précise d'un mol, qui jieut en avoir plusieurs, se détermine par le contexte ou, pour l'Écriture, par l'explication autl)cnli(iuc de l'Église. Or, celle-ci, dans le cas présent, est donnés par l'inlerprélalion Iradi-

ENFER (SYNTHÈSE DE L'ENSEIGNEMENT THÉOLOGIQUE

lionnclle. Le contexte, d'ailleurs, n'a rien qui s'oppose k prendre le mot dans son sens naturel et il ne laisse aucune anibigu'ité. Éternel, dans les textes cités, désifinc certainement l'élcrnité pro|)renieiit dite, pour la vie des bienheureux; donc aussi pour le supplice des réprouvés, et non pas simplement une très longue durée. Le contexte général évangélique est aussi lumineux : dans le Nouveau Testament, aitivcoç, appliqué au siècle futur, signifie toujours une durée sans fin. Cf. Billot, loc. cit.

Une objection contre la preuve scripturaire de l'éternité de l'enfer a été faite par les miséricordieux du Vi siècle. Cf. S. Augustin, De civilule Dei, \. XXI, c. XXIV, 4, P. /.., t. XLi, col. 739, puis par Le Clerc, Bibliothèque choisie, t. ix, Tilotzonus, etc., cf. "V. Patuzzi, De fiiturn impioriim statu, Vérone, 1748, 1. III, c. IX, X : la sainte Écriture prouve que Dieu a menacé les pécheurs de l'enfer éternel, mais non pas qu'il mettra ses menaces à exécution. A cela il faut répondre que des menaces en paroles seulement sont indignes de Dieu et de l'homme et que des menaces à exécution incertaine seraient inefficaces et inutiles. La plupart des textes, de plus ne contiennent, pas une simple menace, un décret purement comminatoire, mais un décret absolu, Matth., xxv, ou des alTirmations narratives absolues : le décret a reçu son exécution, l'enfer est un fait. Les passages qui ne contiennent qu'im décret comminatoire doivent être entendus en ce sens qu'en cette vie le pécheur peut échapper à la menace de l'enfer par la conversion (il en est ainsi delà menace contre Ninive), mais que si la mort le surprend dans le péché. le comminatoire devient décret absolu, puisque Dieu veut que ses menaces , se réalisent, lorsque la volonté libre des hommes donne lieu à leur exécution. Cf. S. Augustin, De fide et opcribus, c. xv, n. 2.5, P. L., t. xl, col. 213. Résoudre cette objection par l'immutabilité de Dieu, comme le fait ÎVlazzella, DeDeo créante, 2'' édit., Rome, 1880, disp. VI, p. 89C, ne suffit pas, car Dieu ]iouvait ab seterno décréter la remise des peines dont il avait menacé les pécheurs, et, dans l'hypothèse, sa volonté demeurait immuable.

2. Tradition. — - Tous les Pères sont unanimes, sauf peut-être saint Grégoire de Nysse, à admettre l'éternité de l'enfer ; tous les écrivains et tous les fidèles ont accepté ronstamment cette doctrine, sauf Origcnc et les origénistes du commencement du v« siècle, et la discussion qu'ils ont soulevée n'a fait que mettre davantage en lumière la clarté et la force de la foi universelle.

On trouvera plus haut, col. 47-83, les témoignages des Pères et, en première ligne, ceux qui ont été rendus avant Origène. L'enseignement est alors universel et explicite. Ébloui par la philosophie grecque, Origène se laisse aller à des rêves d'un optimisme idéaliste de restauration universelle. L'Église condamne ses partisans, après que les Pères de l'Orient et de l'Occident ont réfuté Origène et les origénistes. Voir col. 77-78.

Les Pères parlaient avec insistance de l'enfer éternel, peut-être plus (jue les prédicateurs modernes. Ils prouvent de façons diverses l'éternité de l'enfer. Tous font a])pel à l'Écriture sainte; ils en ex])liquent directement les textes et ils rejettent les fausses interprétations qui en étaient données. Cf. Index spécial de Migne, P. L., t. ccxx, col. 246. Quelques-uns invoquent la tradition (S. Méthode, S. Épiphane, Justinien); la plupart recourent aussi à la raison soit naturelle, soit thcologique. Cf. un très court et très incomplet résumé, parfois discutable, dans J.Turmel, Histoire de la théolotjie positive, Paris, 1904, t. i, j). 187-194,250,251.

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