J. FORGET
ENNEMIS (Amour des). — I. Notion. II. Obligations i)ratiques.
I. NoTio.v. — L'ainour des ennemis ])eut être considéré comme précepte et comme vertu. — 1° En tant que précepte, il se rattache au grand commandement de l'amour de Dieu et du prochain. Les prescriptions de la loi naturelle et de la loi positive divine qui ont l)our objet l'amour du prochain en général doivent s'entendre aussi de l'amour des ennemis. Voir t. ii, col. 2256-2260. Toutefois, le devoir de la charité même à l'égard de ceux qui nous haïssent ou nous ont fait du mal, est rappelé, en termes formels, dans l'Ancien et surtout dans le Nouveau Testament. A'on oderis frcdrem tuum in corde tuo,sed publiée argue eumnehub.'as super illo peccatum. Non quœras ultionem, neque memor cris injuria; civium iuorum. Lev., xix, 17, 18. Cum ceciderit inimicus tuus ne gaudeas, et in ruina ejus non exultet cor tuum : ne forte videat Dominus. et displicecd ei, el auferat ab co iram suam. Prov., xxiv, 17, 18. Relinque proximo tuo nocenti te et tune deprecanti tibi peccata solventur. Eccli., xxviii, 2. Voir encore Prov., xx, 22 ; xxiv, 29.
Mais Notre-Seigneur devait promulguer dans toute sa perfection le précepte de l'amour envers les ennemis. Non content de prohiber la haine, la vengeance, les emportements de la colère, de faire de la réconciliation avec le prochain la condition préalable de toute offrande agréable à Dieu, Matth., v, 21-23, 38, 39, il dit expressément qu'il faut aimer ses ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, prier pour ceux qui nous persécutent et nous calomnient. Math., V, 44; Luc, v, 27, 35. Dans le Pater, s'il nous fait demander la remise des dettes contractées envers la justice divine, c'est à condition que. nous pardonnions à ceux qui nous ont offensé. Matth., vi, 9-13; Luc.,. XI, 4. CL Marc, xi, 25; Luc, vi, 32, 35. D'ailleurs, il déclare expressément que Dieu nous refusera son pardon, si nous ne voulons pas pardonner à notre prochain, qu'on usera à notre égard de la mesure dont nous nous serons servis pour les autres. !Matth.,vi, 14, 15; Marc, XI, 25, 26; Luc, vi, 36-38. Il joint l'exemple au précepte. Il ne refuse pas le baiser du traître Judas, il lui donne même le nom d'ami. Matth., xxvi, 49, 50. Au Calvaire, sur le point d'expirer, il prie pour ses bourreaux. Luc, xxiii, 34. Dès les premiers temps du christianisme, les fidèles se sont fait une gloire d'imiter le divin Maître. Saint Etienne prie pour ceux qui se disposent à le lapider. Act., vu, 59, et depuis lors l'amour des ennemis est devenu un des signes distinctifs des vrais disciiiles de Jésus-Christ. Amî'fosrfîVzi/e/r, dit Tertullien, omnium est, ininiicos autem soloruni christicuiorum. Ad Scapulam, c. i, P. L., t. i, col. 698.
2° Considéré comme vertu, l'amour des ennemis se rattache à la vertu théologale de charité, ou plutôt il est un des actes commandés par cette vertu. Selon l'explication de saint Thomas, Sam. theol., II-> II*, q. XXV, a. 8, nous ne devons pas aimer nos ennemis comme tels, c'est-à-dire en tant qu'ils nous veulent du mal; ce serait approuver leurs mauvaises dispositions, et se complaire dans leur malice. Nous sommes tenus de les aimer, parce qu'ils possèdent la nature humaine, et qu'ils sont comme nous capables de parvenir, avec la grâce de Dieu, à l'éternelle béatitude. Inimici autem, dit le docteur angélique, toc. cit., sunt nobis contrarii in qncuitum sunt inimici : unde hoc debemus in eis odio habere. Débet enim nobis dispticere, quod nobis inimici sunt. Non autem nobis sunt contrarii, in quantum liomines sunt, et beatitudinis capaces. Et secundum hoc debemus cos diligere.