ÉON DE L'ÉTOILE — ÉPHÈSE (CONCILE D
C. J. von Hefele, Conciliengeschichie, 2= édit., Fribourg-en- Brisgau, 1886, t. v, p. 516-517; trad. Delarc, Paris, 1872, t. VII, p. 310-312; I. von Dollinger, Beilràye zw Sektengeschichte des Mittelalters, Munich, 1890, t. i, p. 102-104. Cf. Ch. Molinier, Revue historique, Paris, 1894, t. liv, p. 158-161 ; A. de la Borderie, Histoire de Bretagne, Rennes, 1905, t. III, p. 210-214; H. Haupt, Realencijklopàdie Leipzig, 1875, t. v, p. 575-576; Th. de Cauzons, Histoire de l'inquisition en France, Paris, 1909, t. i, p. 237-240.
F. Vernet.
ÉPHÈSE (CONCILE D'), IIP œcuménique, 22 juin-fin octobre 431. — I. Préliminaires. II. Histoire. III. Actes. IV. Principales décisions, texte et commentaire. V. Œcuménicité du concile. VI. Légitimité de la condamnation de Nestorius.
I. Préliminaires. — Leconcile d'Éphèse, III«œcuménique, fut occasionné par la doctrine de Nestorius sur le mystère de l'incarnation. A peine installe sur le siège de Constantinople (10 avril 428), ce personnage, tout pénétré des principes de l'école d'Antiochc, et particulièrement des opinions théologiques de Théodore de Mopsucste, dont il fut très proljablement l'élève, ne se contenta pas de manifester un zèle farouche contre les hérétiques déjà condamnés. Il crut découvrir l'hérésie au sein même de l'Église, et partit en guerre contre l'appellation de Oeotoxo;, mère de Dieu, que depuis longtemps, pasteurs et fidèles, savants et ignorants étaient habitués à donner à la Vierge Marie.
En attaquant cette expression « mère de Dieu », Nestorius ne faisait que suivre l'exemple de Théodore de Mopsuestc, qui avait dit avant lui : « Marie a enfanté Jésus, mais non pas le Logos; le Logos a toujours existé; il est sans commencement, quoiqu'il ait habité d'une manière toute particulière dans Jésus. Marie est donc, à proprement parler, la mère du Clirist et non pas la mère de Dieu. On ne peut l'appeler mère de Dieu que d'une manière figurée et parce que Dieu était d'une manière toute particulière dans le Christ. » Mansi, Concil., t. ix, col. 237; P. G., t. Lxvi, col. 993. Ce passage de Théodore exprime en substance toute la doctrine de Nestorius, car, en ce qui concerne la manière de concevoir l'union de la nature divine et de la nature humaine en Jésus- Christ, il n'y a point de différence entre le maître et le disciple. On le savait déjà, non seulement par saint Cyrille, mais aussi par les liomélies, lettres et fragments d'écrits divers qui nous restaient de Nestorius et que, il y a quelques années, F. Loofs avait publiés sous le titre : Xestori(infi,Dic Fragmente des Nestorius, Halle, 1905. On le sait encore mieux, depuis qu'on a édité un ouvrage entier de Nestorius conservé dans une traduction syriaque. Cet ouvrage, intitulé : Le Hure d'IIéractidc de Damas, a été comiiosé en grec et terminé en 451, au moment où l'auteur n'avai t plus que quelques jours à vivre. Le texte de la traduction syriaque a été publié par P. Bedjan, Paris, 1910; F. Nau en a fait paraître une traduction française : Le Hure d'Hiraclide de Damas, Paris, 1910. Nestorius y expose et y défend longuement sa doctrine chrislologique contre saint Cyrille et le concile d'Éphèse. S'il ne faut point le croire, lorsqu'il proclame son accord avec Flavien de Constantinople, Le livre d'JIéraclide, trad. Nau, p. 310, 326, 371, 374, et avec le pape saint J>éon, ibid., p. 298, 302, 330, on ne peut, par contre, si on a eu la patience de lire le Livre d'nérarlidc,qn'c{rc de son avis, lorsqu'il affirme sa solidarité doctrinale avec Théodore de Moj)sneste. Ibid., p. 291 293. Sa tliéorie de l'union des deux natures peut se résumer ainsi :
1" Comme il n'y a pas de nature complète sans personnalité (Nestorius dit: sans i>rnsùpon naturel) et que le Verbe s'est uni à une nature humaine complète, il s'ensuit qu'en Jésus Christ la nature humaine
conserve sa personnalité et qu'elle subsiste en ellemême, non dans le Verbe.
2° L'union de la personne du Verbe et de la personne humaine est volontaire, c'est-à-dire se fait par la volonté, par la compénétration amoureuse des deux, de telle manière qu'il n'y a plus qu'une seule personnalité juridique. Il y a don mutuel de chaque personne l'une à l'autre, et comme un prêt et un échange des personnalités. L'ne phrase qui revient souvent dans le Livre d' Héraclide est celle-ci : « La divinité se sert du prosôpon de l'humanité et l'humanité de celui de la divinité. » Cet échange des personnalités (prosôpons) permet d'affirmer que les deux personnalités naturelles aboutissent à une personnalité morale unique, que Nestorius appelle le prosôpon d'union : « La divinité se sert du prosôpon de l'humanité et l'humanité de celui de la divinité; de celle manière nous disons un seul prosôpon pour les deux. » Le livre d' Héraclide, p. 212-213. Cette personnalité artificielle et purement dénominative est désignée par les termes de Fils, de Christ, de Seigneur. C'est pourquoi Nestorius affirme souvent qu'il n'y a qu'un seul Christ, qu'un seul Fils, qu'un seul Seigneur; mais chacun de ces mots éveille dans la pensée nestorienne l'idée des deux natures-personnes, la divine et l'humaine, qui demeurent distinctes et sans confusion.
3° Du moment que la personne du Verbe, d'une part, et la personne de l'homme, d'autre part, continuent à subsister chacune en elle-même, que leur union n'est que morale et non physique et substantielle oij hypostatique, il s'ensuit qu'on ne peut attribuer à Dieu leS'erbe les propriétés et les actions de la personne humaine, et vice versa. On ne pourra pas dire de Dieu le Verbe qu'il est né de la Vierge Marie, qu'il a soufiert, qu'il est mort. On ne pourra pas appeler Marie OîoToy.o; au sens propre du mot et sans faire des réserves. En un mot, ce que nous appelons la communication des idiomes ne doit pas se faire par rapport à Dieu le Verbe. Cette communication n'est permise que par rapport aux termes qui désignent le prosôpon d'union, c'est-à-dire par rapport aux mots Christ, Fils, Seigneur. Dès lors, on pourra très bien dire que Marie est mère du Christ, /.piaToroxo;, parce que cenomdeChrist fait penser àla fois aux deux natures qui sont unies, à la nature divine et à la nature humaine, et tout naturellement l'esprit attribuera, dans ce cas, la naissance à la nature humaine. On affirmera aussi que la Vierge a enfanté le Fils, le Seigneur, que le Christ, le Seigneur, le h'ils est Dieu et qu'il est homme, parce que chacun de ces termes désigne à la fois les deux natures complètes, les deux personnes qui se sont fait, par l'union, mutuellement don de certains titres les dénommant toutes les deux, à cause de leur intime union.
Ces idées maîtresses de sa théorie christologique, Nestorius les expose et les répète à satiété dans le Livre d'IIéractidc, et on les retrouve sans peine dans les autres écrits qui nous restent de lui. On voit ais.' ment ce qu'une telle conception a de contraire au dogme catholique, tel qu'il a été clairement défini dciiuis. et quel danger elle i)résentait pour la foi. à cause de sa subtilité et de la terminoloyie vague, imprécise, fallacieuse, dont elle s'enveloppait. Nestorius ])arle souvent comme un orthodoxe, lorsqu'il s'agit de l'union des deux natures en une personne, mais son orthodoxie est ))urenient verbale, car il n'entend i)as l'unique prosôpon d'union dans le sens catholique. Saint Cyrille n'a point faussé sa pensée en lui attribuant tout ce qu'on entend habituellement sous le nom de neslorianisme : négation de la maternité divine de Marie, union extrinsèque et morale, non physique, substantielle et hypostatique de la nature divine et de la nature humaine dans
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l'Hommc-Dicu. L'évéque d'Alexandrie a eu la perspicacité de démasquer une hérésie aussi subtile que dangereuse. Si quelques-unes de ces formules ont créé des difficultés aux théologiens des âges postérieurs, c'est que la terminologie n'était pas encore exactement fixée de son temps; c'est aussi que, par réaction contre la doctrine de ses adversaires, il a semblé favoriser le monophysisme. Voir t. m, col. 2509-2515.
C'est dans les derniers mois de 428 que Nestorius et ses amis commencèrent leur campagne contre le terme de Ôioidy-oç, au grand scandale du clergé et du peuple de Constantinople. Proclus, évêque nommé de Cyzique, et l'avocat Eusèbe, qui devint plus tard évêque de Dorylée, élevèrent en vain la voix pour défendre la foi traditionnelle et imposer silence au novateur. Celui-ci trouva un adversaire plus redoutable dans la personne de l'évéque d'Alexandrie, saint Cyrille, qui ne tarda pas à apprendre ce qui se passait à Constantinople, voir Le livre d'Héraclide, p. 92-94, et qui, sans retard, crut de son devoir de prémunir ses fidèles contre la nouvelle erreur dans l'homélie pascale de 429. HomiL, xvii, P. G., t. lxxvii, col. 773. Quelque temps après, il dut longuement exposer la foi orthodoxe aux moines d'Egypte, que la lecture des homélies de Nestorius commençait à troubler. Ad monachos yEgijpii, P. G., t. lxxvii, col. 9 sq. ; Mansi, Concil., t. iv, col. 587 sq. Dans ces deux documents, Nestorius n'était pas nommé, mais en lisant la Lettre aux moines, où ses erreurs étaient si magistralement réfutées, il ne put s'empêcher de faire éclater sa colère contre « l'Égyptien ». C'est alors que Cyrille crut le moment venu d'entrer en correspondance avec lui pour essaj^er de le ramener dans la voie de la tradition catholique. Deux lettres qu'il lui écrivit et qui reçurent des réponses aigres-douces, n'aboutirent à rien. Mansi, op. cit., t. iv, col. 883- 1000; Le livre d'Héraclide, p. 95-97. L'évéque d'Alexandrie s'adressa alors à la cour impériale pour l'intéresser à la cause de l'orthodoxie. Il écrivit une lettre à l'empereur Théodose II et deux autres aux princesses Eudoxie et Pulchérie. Mansi, ibid., col. 618- 883. En même temps, il avertissait plusieurs évêques orientaux, et, en particulier, le vieil Acace de Bérée, du péri] que courait la foi.
Dès 429, le pape Célestin I", que Nestorius avait déjà essayé de prévenir en sa faveur, avait demandé au patriarche d'Alexandrie des renseignements précis sur la nouvelle controverse qui commençait à agiter les esprits en Orient. Cyrille fit longtemps attendre sa réponse, voulant éviter toute précipitation; mais lorsqu'il vit qu'il était impuissant à arrêter lui-même les progrès de la nouvelle hérésie, il écrivit à celui « que l'usage ancien des Églises ordonne d'avertir, quand la foi est en jeu. » Mansi, ibid., col. 1011 sq. A cette lettre, qui exposait brièvement l'histoire de la controverse depuis ses débuts, étaient joints un Commonilorium résumant et réfutant les erreurs de Nestorius, et les écrits, lettres et traités, traduits en latin que Cyrille avait déjà composés sur la question. Ce fut le diacre Posidonius qui fut chargé de porter à Rome tous ces documents. On était au printemps de
Sans retard, le pape Célestin réunit à Rome, au mois d'août 430, un concile d'évêques occidentaux, qui examina le dossier envoyé par Cyrille et condamna comme hérétiques les opinions de Nestorius. Les actes de ce concile ne nous sont pas parvenus, sauf un fragment du discours prononcé par le pape, où l'expression 6eoTÔxoc est approuvée, Mansi, ibid., col. 550, mais nous trouvons la substance de ses décisions dans les quatre lettres de Célestin datées du 11 août 430 et adressées à Nestorius, à son Église, à Cyrille et à Jean dAntioche. Mansi, ibid., col. 1017, 1025, 1035,
1047. Nestorius est menacé d'excommunication et de déposition, si dans l'espace de dix jours, à dater de la notification qui lui sera faite par Cyrille de la sentence papale, il ne rétracte son erreur. Cyrille sera chargé de l'exécution de cette sentence, comme représentant du siège apostolique.
Le patriarche d'Alexandrie ne se pressa pas de faire parvenir à Nestorius les pièces venues de Rome. Il réunit auparavant un concile à Alexandrie, qui publia une longue lettre synodale, datée du 3 novembre 430. C'est un exposé magistral de la doctrine orthodoxe sur le mystère de l'incarnation; il est adressé à Nestorius en personne et se termine par douze anathématismes, auxquels le novateur devra souscrire, pour échapper à la condamnation qui le menace. Mansi, ibid., col. 1067 sq. Voir t. m, col. 2509-2511. Ces anathématismes insistaient fortement sur l'intimité de l'union des deux natures divine et humaine dans la personne du Verbe. Les expressions employées pour désigner cette union, ëvwiti; (p-^u-.y.r,, evwsLç y.a6'iJ7rô(jTa(jiv, ne déplurent pas seulement à Nestorius, qui répondit aux douze anathématismes cyrilliens par douze anathématismes de sa composition, Mansi, ibid., col. 1099; ils choquèrent aussi les prélats formés à l'école d'Antioche, et en particulier le patriarche Jean. Celui-ci était un ami de Nestorius; aussitôt après avoir reçu la lettre que lui avait adressée le pape Célestin, avant même que Nestorius eût été averti par Cyrille de la décision du concile romain, il avait conseillé au novateur de se soumettre et d'accepter le OsoTÔy-o;, dont il justifiait l'orthodoxie par l'Écriture et les Pères. Mansi, ifcid., col. 1061. Les anathématismes de Cyrille firent évanouir ces dispositions conciliantes. Jean se tourna dès lors du côté de Nestorius, qui, sans rien changer à son langage, déclarait que l'expression ôeotôxoc était à la rigueur susceptible d'un sens orthodoxe. Dans une lettre à Firmus, archevêque de Césarée, le patriarche d'Antioche voyait dans l'expression Evuxj;; cpu(TCitf| une formule apollinariste et monophysite, et se refusait à croire qu'elle fût de Cyrille. Mansi, op. cit., t. V, col. 756. En même temps, deux de ses sufîragants, André de Samosate et Théodoret de Cyr, composaient de longues réfutations des anathématismes, qu'ils entendaient de travers avec une bonne foi souvent douteuse. Voir t. m, col. 2478- 2481 ; Mahé, Les anathématismes de saint Cyrille d'Alexandrie, dans la Revue d'histoire ecclésiastique ^ 1906, t. VII, p. 505-542.
Le 7 décembre 430, les délégués du concile d'Alexandrie, les évêques Théopempte, Daniel, Potamon et Comare remirent à Nestorius toutes les pièces dont ils étaient porteurs. La double sommation qui lui était adressée de Rome et d'Alexandrie ne produisit aucun effet. Elle arrivait d'ailleurs un peu tard. Un concile œcuménique, que ni Célestin ni Cyrille n'avaient demandé et dont ils se seraient sans doute bien passés, venait d'être convoqué par les empereurs Théodose II et Valentinien III. Une lettre circulaire du 19 novembre 430, adressée à tous les métropolitains de l'empire, leur ordonnait sur un ton sévère de venir à Éphèse avec quelques-uns de leurs sufîragants les plus distingués, pour la Pentecôte de l'année suivante. Mansi, op. ci7., t. IV, col. 1111 sq. Théodose II envoyait à Cyrille une lettre spéciale pleine de menaces, qui montrait que Nestorius avait su le mettre de son côté. Mansi, ibid., col. 1109 sq. Bien que simple évêque, Augustin d'Hippone reçut une invitation spéciale de se rendre au concile, à cause de.sa grande célébrité. On ignorait encore à Constantinople que le grand docteur était mort le 28 août 430. Cf. la lettre de Caprcolus de Carthage au concile, Mansi,. ibid., coL 1207,
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Bien que non réclamée par eux, la convocation du nouveau concile n'était pas une surprise pour Célestin et Cyrille. Dans sa troisième lettre au pape, écrite probablement avant qu'il eût appris la nouvelle de sa condamnation à Rome, Nestoïius parlait d'un concile général : Plucuil vero, Dco adjuvante, etiam synodiim incxcusabilitcr totiiis orbis lerrarum indicerc. Loofs, op. cil., p. 182; Mans:, t. v, col. 725. Il en parlait aussi dans sa lettre à Jean d'Antioche, antérieure à l'arrivée des délégués alexandrins dans la capitale. Loofs, p. 185-186; Mansi, ibid., col. 754. Ce concile, c'était en efïet lui, Nestorius, qui l'avait demandé, mais il n'avait pas été le seul. Presque dés l'origine de la controverse, des moines constantinol)olitains, c|ui avaient eu l'audace de demander à Nestorius des explications sur sa théologie, et qui avaient reçu'pour toute réponse des coups de lanières plombées sur les épaules, avaient porté plainte devant l'empereur et réclamé un concile général par l'intermédiaire de l'archimandrite Basile. Mansi, t. iv, col. 1101 sq.
La convocation du concile exigeait évidemment la modification de la procédure arrêtée à l'égard de Nestorius. Peu rassuré par la lettre que lui avait écrite l'empereur, Cyrille se hâta de demander des instructions à Rome. Nestorius devait-il paraître à l'assemblée en qualité de membre, ou bien la sentence portée contre lui dans le délai fixé conservait-elle force de loi? Dans sa réponse du 7 mai 431, le pape retardait l'efiet de sa condamnation première; il invitait Cyrille à mettre tout en œuvre pour rétablir la paix et gagner Nestorius à la vérité. Mansi, t. iv, col. 1292. En même temps, Célestin écrivait, le 15 mai, à l'empereur Théodose, qu'il ne pourrait se rendre au concile, mais qu'il se ferait représenter par ses légats. ALansi, ibid., col. 1291. Les légats choisis furent les deux évéques Arcadius et Projectus et le prêtre Philippe. Ils reçurent des instructions très brèves, mais très précises : se tenir étroitement unis à Cyrille; sauvegarder la prééminence du siège apostolique en paraissant comme juges, non comme controversistes; se faire rendre compte de ce qui s'était passé, s'ils arrivaient en retard; suivre Cyrille à Constantinoplc, si celui-ci avait à s'y rendre. Mansi, ibid., col. 556. La lettre du pape au concile n'étant pas moins affirmative sur la primauté romaine et la nécessité de se soumettre à la décision papale contre Nestorius. Mansi, i6irf., col. 128.3 sq.
Avec le pape, l'Occident en masse se déroba à l'ordre impérial. L'Afritpie, ravagée par les Vandales, n'envoya pour tout représentant que le diacre Ressula de Cartilage. La (iaulc ne bougea pas. D'Italie, il n'y eut que les légats du pape. On commençait sans doute i\ se dégoûter des éternelles disputes des Orientaux, et on leur laissait le soin d'apaiser eux-mêmes leurs querelles.
Ni 'l'héodose II, ni Valentinicn III n'honorèrent l'assemblée de leur présence. Le comte Candidien, capitaine de la garde impériale, fut désigné pour les représenter et être le protecteur du concile. Défense lui était faite de s'immiscer dans les controverses dogmatiques. Son rôle était d'assurer la tranquillité et la liberté des délibérations. Pour éviter toute manifestation tumultueuse, il avait ordre d'éloigner de la ville d'Éjjhèse les moines et les laïques venus par pure curiosité. Il devait veiller à ce que les Pères traitassent la question dogmatique, avant d'entamer toute autre affaire. Mansi, t. iv, col. 1117 sq.
II. Histoire. — Conformément à la lettre impériale de convocation, le concile aurait dû s'ouvrir le jour de la Pentecôte de l'année 431, c'est-à-dire le 7 juin, mais h celte date plusieurs métropolitains n'étaient pas encore arrivés. Nestorius, accompagné de
seize évêques et d'une bonne escorte aux ordres du comte Irénée, un ami fidèle, fut à Éphèse un des premiers. Cyrille arriva bientôt avec cinquante évêques, la moitié à peu près de ses suffragants, et un cortège de valets, de marins et de portefaix. L'évêque d'Éphèse, Memnon, avait déjà réuni autour de lui quarante de ses suffragants et douze évêques de la Pamphylie. Le groupe de Juvénal de Jérusalem et celui de Flavicn de Thessalonique n'arrivèrent que quelques jours après la Pentecôte. Ceux de Jean d'Antioche, « les Orientaux », comme on les appelait, se firent attendre plus longtemps. Il leur était sans doute matériellement impossible d'être là pour la Pentecôte, mais il parut bientôt qu'il y avait quelque chose de calculé dans leur retard, surtout après que deux suffragants d'Antioche, Alexandre d'Apaméc et Alexandre d'Hiérapolis, eurent déclaré que Jean leur avait ordonné de dire de ne pas différer plus longtemps, à cause de lui, l'ouverture du concile. Mansi, t. IV, col. 1331. On conclut de là que le patriarche Jean ne voulait pas assister à la condamnation de son ami Nestorius, et, sur l'avis de Cyrille, il fut décidé qu'on commencerait les débats, sans attendre plus longtemps.
1" /■■= session. — C'est le lundi, 22 juin, que s'ouvrit la I" session dans la cathédrale d'Éphèse. jjlacée sous le vocable de la Mère de Dieu, malgré les protestations du comte Candidien et d'un groupe d'évêques, qui demandaient qu'on attendit l'arrivée des Orientaux. Cf. Le /('yre d'//érac/(rfe, p. 97-lOfi. L'assemblée, présidée par Cyrille, qui tenait, disent les actes, la place de l'archevêque de Rome, Mansi, t. IV, col. 1123. ne compta d'abord que 160 membres, 159 évêques et 1 diacre, Bcssula, représentant de l'évêque de Cartilage; mais, à la fin de la session, quand il fut question de souscrire la déposition de Nestorius. il y eut 198 signatures. Les légats du pape n'avaient pas encore eu le temps d'arriver. Sommé à trois reprises de comparaître, Nestorius refusa. Candidien voulait lire la lettre de l'empereur sur la convocation du concile. On refusa d'en entendre la lecture, et Candidien lut une admonition pour avertir les évêques qu'ils ne devaient rien faire avant l'arrivée des Orientaux. Le livre d'Héraclide, p. 100-105. On passa outre. On entama alors la discussion de la question dogmatique. Après la lecture du symbole de Nicée, on entendit la seconde lettre de Cyrille à Nestorius, que tous les Pères déclarèrent conforme au symbole. Cent vingt-six motivèrent même leur vote par de petits discours, qui nous sont parvenus. Mansi, ibid., col. 1139-1170. On lut ensuite la réiionse de Nestorius à Cyrille et on la déclara contraire au symbole de Nicée, puis ton tes les bouciies crièrent anathème à rhéréti(|ue. à l'impie Nestorius et à ses partisans. Mansi, ibid.. col. 1170-1178. Cf. Le livre d'Héraclide, p. lli)-125. Nestorius discuta longuement le sens de ses lettres et des extraits de ses livres, lus au concile. Ibid., p. 126 230.
On donna lecture de deux autres documents : la lettre du pape Célestin à Nestorius, lui notifiant la sentence du concile romain, et la lettre synodale du concile d'Alexandrie ou troisième lettre de Cyrille à Nestorius, qui se termine par les anathéniatismes. Ceux-ci furent donc lus très probablement en niênutemps que la lettre, mais les actes ne disent nulle I)arl (|u'ils aient reçu une approbation spéciale du concile, comme c'est le cas pour la seconde lettre de Cyrille à Nestorius. Ilefele, Hisloire des conciles, trad. Leclercq, t. il, p. 301, note 2. On essaya de nouveau d'amener Nestorius à résipiscence, mais ce fut en vain. Les dépositions de deux de ses amis intimes furent accablantes pour lui. Mansi, col. 1182.
Sur la proposition de Flavicn, évcquc dePhilippes.
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on lut en iiiitc une série de passages patristiqucs touchant l'union des deux natures en Jésus- Clirist. Pierre d'Alexandrie, Athanase, les papes Jules I^'' et Félix !«', Tiicopliile d'Alexandrie, saintCyi)rien, saint Ambroise, saint Grégoire de Nazianze, saint l:iasilc, saint Grégoire de Nysse, Atticus de Constantinople, Ampliiloque d'Iconium vinrent successivement déposer contre l'hérésie de Nestorius. Mansi, ibicL, col. 1183-1195. Il ne restait plus qu'à prononcer la sentence de déposition et d'excommunication : « Pressés, disent les Pères, par les canons et |)ar les lettres de notre très saint père et collègue, Célestin, évêque de Rome, nous avons dû, avec larmes, en venir à cette triste sentence : Le Seigneur Jésus-Christ qu'il a blasphémé décide par ce saint concile que Nestorius est privé de la dignité épiscopale et de la communion sacerdotale. » Mansi, ibid., col. 1211. Cf. Le livre d'Héradidc, p. 235- 236. Le peuple d'Éphèse, très dévot à la vierge Alarle, accueillit avec enthousiasme la condamnation de l'adversaire du esoténo;. La ville illumina et les évêques furent conduits à leurs demeures avec des flambeaux et des cassolettes d'encens. Cf. Le livre d'Héraclide, p. 236-237.
2° Le conciliabule des Orientaux. — Le lendemain, 23 juin, le concile notifia à Nestorius, au peuple d'Éphèse et au clergé de Constantinople la sentence qu'il avait portée. Mansi, col. 1227, 1443. Le comte Candidien manifesta son mécontentement en déclarant nul tout ce qui avait été fait et en envoyant à l'empereur un rapport hostile au concile et à ses chefs. De son côté, Nestorius écrivit aux empereurs pour se plaindre; dix évêques de ses amis signèrent la lettre. Mansi, col. 1231 sq. Les membres du concile envoyèrent aussi leur rapport à la cour avec les actes de la session. Mansi, col. 1235 sq. Ils eurent soin de rappeler que leur sentence ne faisait que reproduire celle que le pape Célestin avait déjà portée. Mansi, ibid., col. 1239. Cf. Le livre d'Héraclide, p. 106-116. Plusieurs d'entre eux adressèrent au peuple des discours sur l'incarnation pour entretenir ses bonnes dispositions à l'égard de l'assemblée. Mansi, t. iv, col. 1246 sq.; t. V, col. 218 sq.
C'est le 26 ou le 27 juin que Jean d'Antioche arriva enfin à Éphèse avec plusieurs évêques. La députation que lui envoya aussitôt le concile fut très mal accueillie et eut à souffrir les mauvais traitements de la garde aux ordres du comte Irénée, ami de Nestorius. Candidien se montrait, de son côté, de plus en plus hostile aux Pères, tandis qu'il entourait Jean d'Antioche de ses prévenances. Celui-ci réunit aussitôt dans sa maison un conciliabule comprenant quarante-trois évêques, qui déposa Cyrille et Memnon et excommunia tous leurs partisans, comme coupables d'hérésie arienne et apollinariste. Mansi, t. iv, col. 1259 sq. Sur Nestorius on gardait le silence. Candidien avait honoré l'assemblée de sa présence et avait même motivé sa sentence par son récit des événements antérieurs. Le conciliabule envoya plusieurs lettres à la cour, au clergé, au sénat et au peuple de Constantinople pour faire connaître sa décision, en même temps qu'il sommait les membres du vrai concile de se séparer de Cyrille et de Memnon et de se joindre à Jean. Mansi, ibid., col. 1270-1280; Le livre d'Héraclide, p. 237-239.
Les divers rapports qu'il avait reçus de part et d'autre produisirent sur l'empereur Théodose une impression déplorable. Sans retard, il dépêcha à Éphèse le magistrat Pallade avec une lettre fort sévère, qui frappait de nullité tout ce qui s'était fait jusqu'alors, et interdisait aux évêques de quitter Éphèse, avant qu'une enquête sur ce qui s'était passé n'eût été faite par ses ofTiciers. Mansi, ibid., . col. 1378 sq. Chacun des deux partis écrivit à l'em-
pereur pour essiyer de le prévenir en sa faveur et justifier sa condiile respective. Mansi, (6iV/., col. 1379, 1386, 1422.
3° 11^ session. — Lt lettre d> l'empereur n'empêcha pas Cyrill» de faire tenir une seconde session, le 10 juillet, dans la demeure épiscopale de Memnon. Elle fut motivée par l'arrivée des trois légats du pape, qui remirent au concile une lettre du pape Célestin et insistèrent sur ce point que, l'aTaire de Nestorius ayant déjà été réglée à Rome, le concile n'avait qu'à s'unir à la décision papale et à Ui promulguer. Les Pères se firent lire la lettre que Cél 'slin leur adressait et l'approuvèrent en disant : << Voilà le véritable jugement, actions de grâces au nouveau Paul, Célestin, au nouveau Paul, Cyrille, à Célestin, le gardien de la foi. » Mansi, t. iv, col. 1287. Conformément aux ordres qu'ils avaient reçus du pape, les légats demandèrent communication des actes de la session, afin qu'ils pussent les confirmer, "va Peoxic'xtiou.ev. Mansi, ibid-, col. 1289.
40 ///« session. — Le lendemain, 11 juillet, se tint la iii" session, toujours dans la maison de Memnon. Les légats du pape déclarèrent avoir lu les actes de la I" session et avoir trouvé tout à fait canonique et conforme à la discipline ecclésiastique la sentence portée contre Nestorius. Ils demandèrent ensuite, pour obéir aux instructions de Célestin, la lecture publique des actes; on accéda à leur désir. Puis chacun d'eux fit un petit discours, où il approuva la condamnation de Nestorius. Le prêtre Philippe prit le premier la parole et parla en termes magnifiques de la primauté de Pierre « qui continue à vivre et à juger dans la personne de ses successeurs. » Mansi, ibid., col. 1295.
Après que les trois légats eurent signé les actes des trois sessions déjà tenues, le concile envoya à l'ernpereur une lettre souscrite par tous les évêques présents, dans laquelle on déclarait que l'Occident était d'accord avec l'Orient pour condamner Nestorius, comme venaient de le témoigner les légats du pape. On demandait aussi à l'empereur d'autoriser l'élection d'un nouvel évêque de Constantinople et le retour des membres du concile dans leur pays. Mansi, ibid., col. 1301. Une seconde lettre était adressée au clergé et au peuple de Constantinople. Mansi, ibid., col. 1303.
5° IV'^ session. — La iv- session, 16 juillet, se tint, comme la I-^S dans l'église Sainte-Marie. Cyrille est toujours déclaré tenir la place de l'évêque de Rome. Après la lecture d'un mémoire composé par Cyrille et Memnon sur le concile et le conciliabule, on envoya au patriarche Jean une députât ion de trois évêques pour l'inviter à comparaître. Jean refusa toute audience. Une seconde députation n'obtint pas plus de résultat. Le concile annula alors la sentence du conciliabule contre Cyrille et Memnon comme anticanonique, et l'on décida l'envoi d'une troisième délégation auprès du patriarche Jean. Mansi, ibid., col. 1305-1316.
6° V« session. — Le lendemain, 17 juillet, la V session s'ouvrit dans l'église Sainte-Marie. Comme on l'avait décidé la veille, on députa à Jean troisévêques accompagnés d'un notaire pour le sommer de comparaître, lui et ses amis, afin d'établir le bien-fondé de leurs accusations contre Cyrille et Memnon. Jean se déroba encore une fois. Le concile prononça alors l'excommunication avec privation de toute juridiction contre les « Orientaux » qui étaient en tout trentesept. Deux rapports, adressés l'un au pape, l'autre à l'empereur, firent connaître le résultat des deux dernières sessions. Mansi, ibid., col. 1235-1338. Ces deux lettres répètent ce que le concile avait déjà dit dans la lettre du 1" juillet adressée à l'empereur, que l'on
ÉPHÈSE (CONCILE D'
comptait plasicurs pélagicns dans le camp des Orientaux. Maiisi, ibid., col. 1330, 1334, cf. col. 1426. A la fin de la lettre au pape, on annonce que les actes des Occidentaux contre Pelage, Célestius et leurs disciples, ont été lus au concile et approuves par lui. Mansi, ibid., col. 1338.
7° Vl^ session. — Les actes de la vi^ session, qui se tint dans la maison de Memnon, le 22 juillet, ne nous sont pas parvenus intégralement. On se demande pourquoi le concile se fait lire le symbole de Xicée, puis les mêmes extraits des Pères et des écrits de Nestorius qui avaient été produits à la i""' session. Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, Paris, 1709, t. xiv, note 53, p. 772-773, insinue que ces actes ont peut-être été bouleversés par le successeur de Cyrille sur le siège d'Alexandrie, Dioscore, qui fit lire cette \i^ session au Brigandage d'Éphèse. Quoi qu'il en soit, il n'y eut de nouveau dans cette session que la défense faite par le concile de présenter ou de composer une formule de foi autre que celle qui avait été fixée par les Pères de Nicée. Mansi, t. IV, col. 1361 sq. Nous examinerons plus loin la portée de cette décision, qui fut occasionnée par le récit d'un clerc de l'Église de Philadelphie, Charisius, rapportant qu'un certain Jacques, imbu de nestorianisme, avait fait signer à des quartodécimans convertis une profession de foi hérétique. Mansi, ibid., col. 1345-1362; cl. t. v, col. 606-610, 694-702.
go v//e session. — D'après les actes, ce lut le 31 août que se tint, dans l'église Sainte-Marie, la vu'' et dernière session; mais beaucoup de savants, à la suite de Garnier, Marii Mercatoris opéra, P. L., t. xLviii, col. 729, trouvent cette date inacceptable et proposent de lire le 31 juillet. On s'y occupa d'abord de la requête des évêques cypriotes demandant au concile de sanctionner de son autorité l'indépendance de l'Église de Chypre vis-à-vis du patriarche d'Antioche, qui tout récemment avait fait appel à l'autorité séculière pour se réserver le droit d'ordonner le métropolitain de l'île. Le concile demanda des explications sur l'usage antérieur; sur celles qui lui furent fournies, et dans la mesure même de leur conformité à la réalité des faits, il octroya aux cypriotes l'autonomie qu'ils réclamaient. Mansi, t. iv, col. 1465-1470. Voir plus haut, t. ii, col. 2429-2130. On rédigea ensuite une lettre circulaire très courte, adressée à tous les évêques, clercs et laï(|ues, pour notifier la sentence d'excommunication et de déiiosition portée contre Jean d'Antioche et les siens. Mansi, ibid., col. 1470 sq. Après cette lettre viennent six canons soumettant aux peines ecclésiastiques ceux qui, d'une manière ou d'une autre, ont accejjté ou accepteront les erreurs de Nestorius et du pélagien Célestius. Mansi, t. iv, col. 1471-1474. Ces canons furent signés par tous les évêques. Dcnys le Petit ne les inséra pas dans sa collection latine, sans doute j)arcc qu'ils ne présentaient pas un intérêt général.
Plusieurs documents nous a|)prennent que le concile eut à régler certaines affaires particulières, sans qu'on puisse dire en quelle session cela fut fait. N'oir là-dessus Hefele, Jlistoirc des conciles, édit. Leclercq, t. II, p. 340-342.
Après la VU' session, le concile est terminé, mais non son histoire, qui se comj)li(iue de plus en j)lus. Nous croyons inutile de rai)pcler ici les longues et pénibles négociations que les deux partis rivaux, le parti des Orthodoxes et celui des Orientaux, durent poursuivre avec la cour impériale, et qui aboutirent finalement, après de douloureuses péripéties, au triomphe du vrai concile dans la iirincipalc de ses décisions : la condamnation de la doctrine de Nestorius et sa dé()osilion du siège de Constantinople. Voir 1. III, col. 2IH1 2483. Dans l'édit de clôture, adressé à
l'assemblée des Orthodoxes, vers la fin d'octobre 431, Théodose II tient pour non avenue la sentence portée par le concile contre Jean d'Antioche et les siens; mais tout le reste est tacitement approuvé. Mansi, t. IV, col. 1465. En laissant la porte ouverte à des négociations ultérieures entre les Orthodoxes et les Orientaux, Théodose II agissait sagement. Bientôt, quand les passions irritées se furent un peu calmées, et qu'on pût discuter à tête reposée sur le sens des formules, on arriva à s'entendre, car, du point de vue théologique, il n'y avait qu'une divergence de terminologie, et non de fond, entre la doctrine de saint Cyrille et celle de Jean d'Antioche et de la plupart des siens. Un symbole d'union fut accepté de part et d'autre, en 433. Cf. Le livre d'Héraclide, p.239-
III. Actes. — Les nombreux documents relatifs au concile d'Éphèse, tels qu'ils se présentent dans les collections conciliaires, peuvent se répartir en trois groupes. Un premier groupe comprend divers écrits que fit éclore la controverse nestorienne, depuis ses débuts jusqu'en juin 431, c'est-à-dire jusqu'à l'ouverture du concile. Les lettres et les traités de saint Cyrille remplissent la plus grande partie de ce recueil. Mansi, t.iv, col. 567-1 122. Les actes proprement dits du concile, rà up^xTr/.à tîj; (j-jvoSo-j, mélangés avec les actes du conciliabule et les discours que certains Pères tinrent au peuple d'Éphèse dans l'intervalle des sessions, forment une seconde partie, où l'on remarque bien des lacunes. Ces lacunes sont particulièrement scnsiljles jiour la vi" session et pour ce qui regarde l'activité du concile contre les pélagiens. Beaucoup de pièces relatives aux laborieuses négociations des deux partis avec la cour impériale, ajirès la vil'' session, font aussi défaut. Mansi, ibid., col. 1023-1478. Comme le concile d'Éphèse ne mit point fin à la querelle entre les Orthodoxes et les Orientaux et que les discussions théologiques se l)oursuivirent encore pendant plusieurs années, les éditeurs des conciles ont réuni un troisième groupe de documents se rapportant à ces débats postérieurs. Mansi, t. v. col. 1-428, 1022 1062.
De ces diverses pièces nous possédons l'original grec, plusieurs traductions latines, quelquefois incomplètes, quelquefois plus riches que le texte grec et le complétant, et des fragments d'une version copte. Les actes grecs furent édités pour la ])rcmière fois l)ar Jérôme Commclin, à Ileidelberg, en 1591 : Ta TipaxTixà Tr,; oîxovjj.Evtxf,; xpit/;; »t'jv6S'/U tt,; èv 'K^éiM nyjfY.pozrflticr,;... grivce nunc primum e Rcuchlinianae bibliotherœ exemplari pervetuslo ftdeliter e.rpres.sa. Toutefois, ce n'est pas cette première édition qui a servi de base aux collections postérieures, mais bien l'édition romaine de 1608 : Tùv àyîwv oixo-JiJ.svf/.(.>v Tjvô5(ov Tf,; xa9o/.ixr|î èxx),r|iTi'a; «TiavTa, Concilia gènendia Ecclesiœ catholicœ, l'auli V ponl.ma.r. auctoritate édita, ainsi que celle de Labbe, Sacrosancta concilia ad regiam editionem cxacta, Paris, 1672, t. m.
l'ne ancienne version latine du concile d'Éphèse, due au traducteur des actes du V" concile œcuménique et conservée dans plusieurs manuscrits, fut (l'abord publiée par Antoine le Conte : Sanctum magnum ICphesinum concilium nunc primum latine edilum. l'aris 1574. Deux ans jilus tard, le jésuite Théodore PePanus édita le même texte, en lui faisant subir de-i corrections d'après des manuscrits grecs : .Sorrosanrti magni et œeumenici roncilii ICphesini primi acia omnia, Ingolstadt, 1576. Peltanus mit le texte grec en regard de sa traduction, dans ime nouvelle édition parue à Ileidelberg, en 1604.
Cette version latine ne contenait rien que l'on ne connût par l'original. Il n'en étail pas de même du riche recueil de pièces se rapportant à la controverse
ÉPHÈSE (CONCILE D'j
ncstoricniie qu'un manuscrit du Mout-Cassin fournit au moine Augustin Cliristian Lupus, et dont celui-ci prépara l'édition, parue après sa mort, sous le titre : Ad Ephcsinum concilium varioriun Patriim epistolœ, ex ms. cassincDsis biblioUiecœ codicc dcsumplœ, item ex valicanœ bibtiolhecœ ms., 2 in-4°, Louvain, 1682. Ce recueil, que Baluze reproduisit dans sa Nova collectio concitiorum, en y faisant quelques corrections, et auquel il donna le titre bizarre de Sijnodicon adversiis tragœdiam Irenœi, contient des pièces nouvelles, dont on ne possède pas l'équivalent grec. L'édition de Christian Lupus était d'ailleurs dépourvue de critique et incomplète. L'ordre des pièces était interverti; plusieurs, notamment quarante-neuf lettres d'Isidore de Péluse, étaient omises. Malgré sa promesse, Mansi ne corrigea pas ces défauts dans son édition du Synodicon, insérée dans la collection des conciles, t. v, col. 733-1022. Il a fallu attendre l'édition bénédictine de 1873 : Bibliolheca Cassinensis seu eodicum mutmscriptonim qui in [abulario Cassinensi servanlur, t. i, pour avoir tous les secrets du fameux manuscrit. L'auteur de la collection a vécu après Justinien. Voir sur le Synodicon la longue note de dom Leclercq, dans Hefele, Histoire des conciles, t. II, p. 1312-1320.
Récemment, L. Saltet a fait une intéressante découverte en étudiant les sources de l'ouvrage de Théodoret intitulé : 'EpavtrrTr.ç. Il a établi que Théodoret dans son ouvrage, ainsi que le pape Gélase dans le traité De diiabus naluris in Christo, ont utilisé et reproduit dans une large mesure le mémoire doctrinal composé par le groupe des Antiochiens pour combattre la théologie cyrillienne, aux conférences contradictoires qui devaient avoir lieu à Chalcédoine, en septembreoctobre 431. Ce mémoire, que l'on croyait perdu et qui est ainsi retrouvé, en partie du moins, est un riche dossier patristique divisé en trois parties démontrant : 1° l'union sans confusion des deux natures; 2° le sens du verset : El Verbum caro factum est; 3° l'impassibilité de la nature divine dans le Christ. C'est une réponse point par point à l'ouvrage de saint Cyrille : Apologcticiis pio xii capitibus aduersus Orientales cpiscopos. Voir Saltet, Les sources de /"Epaviatr,; de Théodoret, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 1905, t. VI, p. 289-303, 513-536, 741-754.
Urbain Bouriant a édité dans les Mémoires publiés par les membres de la mission archéologique française au Caire, 1892, t. viii, fasc. l*"', des Fragments coptes relatifs au concile d'ÉpIièse. Plusieurs des fragments en question ont leur équivalent dans le texte grec; d'autres, notamment ceux qui regardent le rôle joué par un certain moine Victor, sont sûrement apocryphes; trois ou quatre pièces nouvelles paraissent authentiques, mais ne présentent pas grand intérêt. La traduction française de Bouriant laisse à désirer sur bien des points. Karl Piehl l'a critiquée d'une manière acerbe dans le Sphinx, Revue critique embrassant le domaine entier de l'égyptologie, Upsal, 1897, p. 122-154. Wilhelm Kraatz a donné des fragments coptes une traduction allemande et une étude critique détaillée de chaque pièce. Koptische Akte zum Ephesinischen Konzil vom Jahre 431, dans les Texte und Untersuchungen, II" série, Leipzig, 1904, t. xi, fasc. 2. Le russe V. Bolotov a aussi publié dans la Lecture chrétienne, 1892, p. 63 sq., une étude sur les fragments en question, et s'est montré plus sévère que Kraatz sur leur authenticité.
Nestorius, dans son Livre d'Héraclide, reproduit et commente un assez grand nombre de pièces empruntées aux actes d'Éphèse, dont l'authenticité est ainsi confirmée. Il suit dans ses citations l'ordre même de? actes, t?ls que nous les possédons actuellement. Il n'apporte d'ailleurs aucun document nouveau. Le