‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 38 sur 148 · I. La question de l'épiclése et la formule de · texte numérisé non relu

I. La question de l'épiclése et la formule de

CONSÉCRATION EUCHARISTIQUE. SOUS Ce mOt

Épiclcse nous devons traiter la question de savoir quelle est la formule en vertu de laquelle s'opère la consécration eucharistique, en d'autres termes, quelle est la forme du sacrement de l'eucharistie. Laissant à l'auteur de l'art. Eucharistie la tâche d'étudier ce qui n'a été discuté qu'entre théologiens scolastiques à ce sujet, touchant, par exemple, les mots essentiels ou non des formules communément admises comme consécratoires://of est corpus mcum. Hic est calix sanguinis mei..., nous nous bornerons à démontrer ici que ce sont vraiment ces formules qui constituent la forme du sacrement, et que ce n'est point l'oraison appelée épiclèse. Pour établir cette démonstration, nous aurons à déterminer le véritable caractère liturgique et théologique de l'épiclése et à donner une explication à la difTiculté qu'elle crée sur ce point.

On désigne sous le nom d'épiclèse eucharistique (è7ttviXT|(Ttç, invocation) une prière spéciale qui se trouve dans toutes les liturgies orientales et dans un bon nombre d'anciennes liturgies d'Occident, au canon de la messe, après le récit de l'institution de la sainte eucharistie. Le célébrant y invoque Dieu le Père, quelquefois le Fils, quelquefois l'un et l'autre, et lui demande d'envoyer le Saint-Esprit (le Verbe, d'après deux ou trois formules) sur le pain et le vin pour les transformer au corps et au sang de Jésus-Christ, et aussi pour faire que ce corps et ce sang divins ])roduiscnt leurs salutaires effets dans les communiants. Voici, par exemple, les deux formules d'épiclèse les plus en usage aujourd'hui dans l'Église orientale, celles des deux liturgies byzantines dites de saint Basile et de saint Jean Clirysostomc. Il faut les citer l'une et l'autre, car la connaissance en sera souvent nécessaire au cours de l'exposé qui va suivre. La liturgie de saint Basile, en usage seulement à certains jours déterminés, fait ainsi prier le prêtre :

MejjLvrjulvoi ovv, AéfTTTO- Noussouvenantdonc.Sei-

ra, xal r,\j.v.i rdiv (jwTTiP^tov gncur, nous aussi, de sa sa-

«■JToO 7raOr|ix(iT(>)v... Tx aa. lutaire passion... {l'nde cl

iv. T(1)v "jiov lol Tipoifépo- memores du canon romain),

a£v... nous t'offrons ce qui est à

toi decc (jui est ù toi... (o/-

ferimus prœclarœ majestali

tum de luis donis ac dalis lio-

sliam puram...).

Aià TOvTo, AcT-roTa Tra- C'est pourquoi, tout saint

viyiE, y.al r,iieî; ">' â|JiapT(i>- Seigneur, nous aussi, qui

),o\ "/.al avïï'.oi ôoOXot aov sommes des pécheurs et tes

rj\ xaTahoiôÉvtE; )eiTOvpY£Î'/ indignesservileurs.maisqui

T(o âv'.'fi 'î'i'j 0-jT'.aTTY,ptii),... avons été acceptés pour scr-

OappoOvTô; -poT£yYiî|o[i.îv vir A ton saint autel... . nous

T'Ti iV";' 10 J O'jTiaTTif)p(fi) nous approchons avec con-

xal Ttpoei/TE; ta àvriruna fiance de ton saint autel.

ToO à'/iov T(i')(xaTo; xai et.fayant offert les antily—

at'u.aroc roO XpiTTOÔ lou, pe.f du saint corpsot du sang

Toû 5£'iixs0a y.a'i t'e itapa/a- de ton (Christ, nous te prions

),o-j!iEv, àvii à^iwi, E-Jôoxîï et te conjurons, à Saint des

Tr,; (jr,; àyaOoTr,To; eXOsiv saints, par une faveur de tu

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

bonté, que ton Esprit-Saint vienne sur nous et sur ces oblations, qu'il les bénisse, les sanctifie, et fasse [de] ce pain le corps précieux de notre Seigneur, Dieu et Sauveur, Jésus-Christ, et [de] ce calice le sang précieux de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui a été répandu pour la vie et le salut du monde.

T()nvcG[j.!i (Tou To riavâviov âç' T|jj.â(; xa\ étt'i 'o. Trpoxîi- (lEva ôiopa TaÛTa xal eùÀciyriffai aÛTa xai âyiàaai xa'i àvaSôUat TÔv |j.£v aptov toOtov aùrb tô Ti(j.tov aù>\j.(x ToO Kupîou y.a\ 0eoû xal !S(i)Tr,po; r||xœv 'IritToûXpia-- ToO, tÔ 8è TtOTïjptov toOto ay-ô TÔ Tt'fjiiov alfi.a toO Kupt'ou xal 0SOÛ xai Sw- Tr,poç r|[X(ôv 'I-/]iTOÛ XptdToO TÔ èxy^uôàv ûuèp Tri; '^O'J xôaixou ÇiDÎ]; Koù (TWT-opiaç.

Le diacre : 'AjArjv, àfxriv,

Le prêtre: 'Hjjiâi; Sa uâv- Ta; Touç èx toO évbç apio'j xal Toû TtOTTipiou [jieTcj;ov- Taç èvâxraiç à).).r,>.oti: si; êvô; nv£\j|j.aTo; àyi'ou xot- V(i)v;av xal (j/i^Séva r,|j.â)v eî; xpî[ji.a v) et; xaTâxpt[j.a Trotr,o-atç (XETacTxeïv toû âyiou iTtop.aToç xa\ «"(jiaToç to-j

XpKJTO'J TOU, à),X* î'va £'J-

pto[xev à'Xeov xal x^^P'^ P-£'^« ■^râvTwv Tôiv àyt'tov...

Brightman, Easlern Liturgies, Oxford, 1896, p. 405-406.

Au sujet de cette oraison, notons, dés maintenant, afin de prévenir une objection, qu'il n'y a pas à épiloguer sur le mot àva8eî^ai pour éluder ici la difiiculté créée par la demande de consécration que contient la formule, et pour ne voir dans l'intervention sollicitée du Saint-Esprit qu'une sorte d'ostension ou de manifestation. Il est désormais bien prouvé, en effet, que le verbe àvaSeï^at, comme son équivalent ÔTito; à7ioçf|Vr, des Constitutions apostoliques, correspond pour le sens aux expressions uoir|(7at, Ttoeetv, Tzolrr o-ov, iva7toiT|iTri des autres formules d'épiclèse. Vasquez reconnaît déjà, contre Bellarmin, cette identité de signification que Casaubon, Renaudot, Du Perron, Le Brun, etc., ont depuis longtemps démontrée. Voir Le Brun, Explication de la messe, diss. X, a. 17, Liège, 1778, t. v, p. 278-282. Voici, du reste, l'épiclèse de la liturgie de saint Jean Chrysostome, où il n'y a place pour aucune ambiguité :

Le diacre : Amen, amen, amen.

Le prêtre : Quant à nous, qui participons à un seul pain et au calice, unis-nous les uns aux autres dans la communion d'un seul Esprit-Saint et fais qu'aucun de nous ne communie pour son jugement ou sa condamnation au corps sacré et au sang deton Christ, mais que nous trouvions miséricorde et grâce avec tous les saints...

MejAVTifiEvoi Toivjv Tr,Ç «TtOTTipéou Taûrr,; èvro),-?,?

xai TcâvTuv tûv inzïp -?i[j.ô)v y£y£Vï)[/.éva)v, tov axa\>ç>o\>,

TOÛ TaÇOU, Tïjç Tpi-/)[X£pOU

avaoTâ(T£to{, tyjç eÎ; o-jpavoùç àvaêâdetoç, Tr,; èx Ô£- ^.û)v xaÔÉSpaç, Tf|Ç SeuTÉpa; xai £v8ô?ou TtàXiv TrapoudtaçTa trà ex twv tûv 7rpoc7çÉpofxev..., ïzi Tpoo-çépo- [Asv CTot TYjV ).oyixr|V Ta-JTï]v xai avat'|j.axTov XaipEiav xoà 7ïapaxa).o0iJ.£v as. xa\ ds6- [J.£9a xai IxeteÛoij.ev, xaxti-

TE(JH|/OV TÔ lIv£Cl[Aâ '70\1 TÔ

"Ayiov £9'Y)(/,âi; xai ÈTui Ta 7rpoxEi|;.Eva ôtîipa Ta'jTa,xai

TI0Î-(1<70V TÔv (J.£V apTOV ToO-

Tov Ti'tJ-'Ov crù)[Aa toO Xpcc- ToO <70u. Le diacre: 'A[jir|V.

Le prêtre continue ; to 5è

Nous souvenant donc de ce commandement salutaire (c'est-à-dire de l'ordre donné par Jésus-Christ de renouveler la cène en mémoire de lui) et de tous les événements accompl i s pour nous, de la croix, de la sépulture, de la résurrection au troisième jour, de l'ascension dans les ci eux, de l'intronisation (du Christ) à ta droite, du second et glorieux avènement, nous t'offrons encore ce sacrifice raisonnable et non sanglant, nous te prions, te supplions et te conjurons, envoie ton Esprit-Saint sur nous et sur ces oblations, et fais (7:o;v,ar,v)[de]ce pain le corps précieux de ton Christ. Le diacre : Amen.

Le prêtre : Et [de] ce qu

ÈV TÔ» TTOT'^pÛi) TO'JTO) Tt'jJ.triV

a'|j.a TO'j Xp'.TTO'j iJOM. Le diacre : 'A;j.r,v.

Le prêtre continue : jj.ETa-

êa).ùjV TO) Ilvc'jiJ.aTi TOI) T(;)

'Ayt(i). Le diacre : 'Aij.t,v,

à(j.ïiv, à!J.r|'/.

Le prêtre continue: wute yEvÉdOac toc; \j.e-:ix.'/.<x\xë6.vo\j<T[v ei; vri^/iv •l/\)yT)(;, e'i:

acpcTtv à|j.apTià)V, si; xotvuvi'av ToO 'Ayîou tou IIvev- |/aTo;, si; pa(n),£i'a; o-jpavcôv 7t),r,p(i)pLa, Et; Trappr|<TÎav Tr|V Tipô; ul, (J-ï; Et; xptaa f' Et; xaTâxpip.a.

Brightman, op. cit., p. 386-

est dans ce calice, le précieux sang de ton Christ. Lediacre : Amen. Le prêtre : le transformant par ton Esprit-Saint.Lediacre: Amen, amen, amen.

Le prêtre : De manière qu'ils soient pour les communiants purification de l'âme, rémission des péchés, accomplissement du royaume de Dieu, gage de confiance devant toi, et non pas un jugement ou unfr condamnation.

Notons, ici encore, une observation utile au sujet du participe aoriste ij.£Taoa/,(ôv. Certains auteurs, par exemple, Arcudius, Allatius, de Lugo, Vasquez, Maffei, etc., se sont basés sur cet aoriste pour nier tout simplement la difiiculté de l'épiclèse et adopter une traduction du texte grec, d'après laquelle le sens de cette prière serait celui-ci : « Fais que ce pain,, corps précieux de ton Christ, et ce qui est dans ce calice, sang précieux de ton Christ, que tu as changés par ton Saint-Esprit, deviennent pour les communiants purification de l'âme..., etc. » La construction grammaticale de la phrase grecque, non moins que la comparaison de la formule ci-dessus avec la précédente et avec celles des autres liturgies orientales, interdisent absolument une pareille traduction. Quant au participe aoriste, on sait que les Grecs l'emploient fréquemment avec un sens présent; ici, ce sens est d'autant plus fondé, que le participe [jiETaoaXtôv est évidemment en concordance avec l'impératif aoriste 7rotv)(Tov;or, on sait que l'impératif aoriste n'a jamais le sens du passé. Cucuel et Riemann, Règles fondamentales de la syntaxe grecque, p. 124, 125. Aussi Renaudot a-t-il pu écrire à bon droit : Quod nonnulli (j.ETaêaXwv ad prseterili significationem referunt, inaniter prorsus et absque probabili aactoritate; nullius ad coplicas liturgias momenti est, iit neque ad syras, jacobilicas aul melchiticas. Liturgiarum orientalinm colleciio, Paris, 1716; 2^ édit., Francfort, 1847, t. i, p. 231. Cf. Hoppe, Die Epiklesis der griechischen und orienlalischen Liluigien und der rœmische Consekrationskanon, Schafïhouse, 1864, p. 213-214. Qu'on ne dise pas, d'ailleurs, que cette incise : « les changeant par ton Saint-Esprit » est une addition récente attribuable à l'opinion théologique qui prévaut aujourd'hui dans l'Église orientale, car le contraire est démontré par l'existence de cette même incise dans la liturgie arménienne et dans celle de Nestorius, l'une et l'autre directement apparentées dès leur origine à la liturgie byzantine. Ces deux liturgies ont même l'avantage de confirmer la signification de l'aoriste grec (ji.£Toêa)a)v en le traduisant par le participe présent : permutons Spiritu tuo Sanclo (liturgie arménienne), transmutante ea te et ea sanctiflcante per operationem Spiritus Sancli (liturgie de Nestorius). Hoppe, op. cit., p. 57, 66-67, avec références aux recueils de Renaudot et Daniel. Cf. Brightman, op. cit., p. 439.

L'exemple des deux liturgies byzantines de saint Basile et de saint Jean Chrysostome met sufiisamment en évidence la difiiculté suggérée par de telles formules au sujet des paroles qui opèrent la consécration, en d'autres termes, au sujet de la forme de l'eucharistie. A considérer le teneur de l'épiclèse et sa place dans le canon de la messe, il semblerait, à première vue, que la transsubstantiation n'a pas été accomplie par les paroles : « Ceci est mon corps; ceci est

EPICLÈSE EUCHARISTIQUE

le calice de mon sang, « déjà prononcées, mais qu'elle doit l'être seulement au moment où se dit cette oraison ou invocation. Telle est, en effet, la croyance actuelle de l'Église orientale orthodoxe, qui a mis cet article au nombre des diftérences dogmatiques entre elle et l'Église romaine. Que tel ne soit pas, au contraire, l'enseignement de la tradition patristique et de l'ancienne Église, nous aurons à le montrer dans l'examen que nous en ferons, en indiquant même le point précis à partir duquel s'est produite dans l'Église orientale la déviation dont sa doctrine présente est la conséquence. Une fois cette démonstration établie, il nous restera à concilier la tradition catholique touchant la consécration avec le fait liturgique de l'épiclèse. Mais avant d'aborder l'étude de la tradition et la solution de la difTiculté que semble lui opposer la liturgie, il est nécessaire d'exposer tout d'abord avec quelque détail les données théologiques qui doivent servir de base à la discussion, puis les notions de liturgie comparée, de nature à mettre pleinement en relief le problème épiclctique; d'essayer, enfin, de répondre à une question préalable, savoir par quelle formule le Sauveur a consacré au cénacle.

II. Données théologiques. — 1° Thèse catholique sur la forme de l'eucharistie : décisions et déclarations de l'Église. — La thèse catholique est celle-ci : La forme de l'eucharistie est constituée par les paroles de Jésus-Christ à la dernière cène : Ceci est mon corps, ceci est le calice de mon sang..., paroles que le prêtre répète à l'autel au nom et en la personne de Notre- Seigncur. Une fois ces paroles prononcées, la transsubstantiation est parfaitement accomplie.

Bien que cette doctrine n'ait pas été solennellement définie par l'Église, on peut la considérer comme définie par le magistère ordinaire, ou tout au moins comme une vérité certaine et proche de la foi. « La doctrine qui fait des paroles de l'institution la forme de l'eucharistie est tenue par l'enseignement commun pour fidei proxima. » Mgr BatifTol, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1899, t. i, p. 78, en note. Le pape Eugène IV s'exprime ainsi dans le décret pro Armenis : Forma huius sacramenti sunt verba Salvaloris, quitus hoc conficit sacramentum. Nam ipsorum verborum virtute substantia panis in corpus Christi et substantia vini in sanguinem convertuntur. Dcnzinger- Bannwart, Enchiridion, n. G98 (.593). De sérieuses raisons portent à croire que les motifs allégués quelquefois par les théologiens pour diniliuicr l'autorité du décret aux Arméniens en matière de doctrine sacramcntaire, n'ont pas lieu de s'appliquer en ce qui concerne l'eucharistie. Nous savons, (lu reste, par l'histoire du concile de Florence, que cet enseignement touchant la forme du sacrement eucharistique était unanimement proclamé à cette époque, et depuis longtemps. Peu s'en fallut qu'on n'en fît une définition de foi. Ilefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. XI, p. 451 sq. Si on ne le (il |ias, ce n'est point, ainsi que l'ont à tort affirmé Beiiaudot et quelques autres après lui, parce que le concile estimait que cette question ne regardait pas la foi; ce fut uniquement pour ne pas infliger aux Orientaux — et cela sur leur propre demande — le déshonneur de laisser croire qu'ils eussent jamais eu un autre sentiment. Le concile, d'ailleurs, ne prêtait point aux Grecs cet autre sentiment; mais il voulait insérer dans le décret il'union la croyance catholique, afin d'éviter les occasions d'erreur que pouvait provoquer dans les esprits peu éclairés la formule d'épiclèse, ;ic occasionem errandi ex invocationis ver bis rudes ncciperent. Orsi, Dliserlalio theologica de liluryira .Spiritns invocatione. Milan, IT.'Jl, p. 1.58. C'est ce qu'affirmait, dans la séance du 16 juin 1 1.39, Eugène IV lui-même : « Ce qu'on vient de dire ne signifie aucunement qu'on

vous accuse, vous Grecs, d'attribuer la vertu consécratoire à d'autres paroles qu'à celles du Christ; mais il fallait introduire cette remarque dans la charlula à cause des ignorants et pour éviter tout malentendu. » Nec proptcr hoc ponilur in illa cedula, ut credamus id vos non credere, sed proptcr rusticos. Mansi, Concil., t. xxxi, col. 1014. Isidore de Kiev combattit l'idée de cette insertion en affirmant que tous les Grées, même les simples fidèles, croyaient à l'efficacité consécratoire des paroles du Sauveur : Credimus dominicam vocem esse effeclricem divinorum munerum... Rudes ita clare tenuerunl, et ita tenebunt, unde non est necessariuni hoc poni in diffinitione. Hardouin, Acta concil., t. ix, col. 977. 11 est vrai que le métropolite de Kiev attribuait à cette affirmation un sens assez voisin de la théorie grecque actuelle, en considérant les paroles de l'institution comme une semence que l'épiclèse vient féconder; et le cardinal Jean de Torquemada avait raison de réfuter ce point de vue. Mais après d'assez longues discussions au cours de plusieurs conférences, les Grecs firent des déclarations plus précises, telles que celle-ci, du 26 juin : ''Afin que vous soyez parfaitement rassurés sur notre loi, consultez saint Chrysostome, qui s'exprime très clairement là-dessus (sur la vertu consécratoire des paroles du Christ). Nous sommes prêts, du reste, à reconnaître que la consécration s'opère exclusivement par les paroles du Christ. » Hardouin, col. 978. Là dessus, on renonça à insérer dans le décret d'union le point relatif à la consécration et l'on se contenta de la déclaration orale solennelle, par laquelle, dans la séance générale du .5 juillet, Bessarion, métropolite de Nicée, attesta en son propre nom et au nom de tous ses compatriotes (suo ac aliorum Patrum Ecclcsiani Orienlalem reprœsenlanlium nomine) qu'ils se ralliaient à la doctrine des Pères de l'Église et spécialement de leur grand docteur saint ,Iean Chrysostome, et reconnaissaient aux paroles de Jésus-Christ ' toute la vertu de la consécration, n Cette attestation est trop importante, dans les circonstances où elle fut faite, pour n'être point citée ici : (?HonjV/;)i /;! pra'cedenlibus congrcgalionibus nostris intcr alias difjcrcntias nostras orlunx est dublum de conscrratione sacratissimi sacranwnli cucharisliœ, cl aliqui suspicati sunt nos et Ecclesiam noslram non credere illud pretiosissimum saaiamentum pcr verba Saloaloris I). M.J.C. confici; proptcr hanc causum adsunuis corcun Vestra Bealiludine omnibusque aliis hic astantibus. qui pro parle sanclse Romanic Ecclcsix sunt, ad cerlificandum Vcsiram Beatiludinem et alios Patres et dominos hic présentes de hac dubilatione, et dicimus breviler : nos usos fuisse Scripturis et scnlenliis Pairum clrationibus, spretis humanis inventis; qua quidem dere, Pater bentissime, cum in omnibus aliis auctorilatibus Patrum sanctorum usi sumus, cliam his prsesenti dubilatione ulimur. Et quoniam ab onmibus sanctis docloribus Ecrlesiœ, pra'sertim ab illo bealissimo .foannc Chrysostomo, qui nobis notissimus est, audivimus verba dominica esse illa qux mutant et Iranssubstantiant panem ri vinum in corpus verum Chrisli et son /uinem; elquod illa verba divina .Salvatoris omnem virtulem transsubstantiationis habent, nos ipsum sanriissimuin doclorem et illius sentcnliam sequimur de necessilate. Mansi, op. cit., col. 1045.

C'est pour avoir confondu celte déclaration solennelle, faite en séance plénière la veille de la clôture du concile, avec des attestations semi)lables données antérieurement, dans des séances de commission, par un groupe de prélats orientaux, que Henaudot se borne, non sans une pointe de dédain, à voir dans les paroles de Bessarion la pensée de cinq ou six évcques grecs seulement. L'histoire authentique des débats conciliaires leur assure une importance beau-

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

coup plus considornblc, et fournil t-n luênie temps la raison pour laquelle la croyance eatholique touchant la formule de la consécration ne fut pas insérée dans le décret d'union avec les autres points de doctrine. On ne peut donc pas, pensons -nous, dans la question qui nous occupe, jeter par-dessus bord l'autorité du concile de Florence et de la lettre aux Arméniens, aussi facilement que l'ont fait Catharin, Christophe de ChelTontaines, Bossuet, Renaudot. Touttéc.Le Quien, Combefis, Le Brun, Schell, etc. La lettre aux Arméniens n'a fait que promulguer sur ce point spécial, quoi qu'il en soit des autres, la croyance professée verbalement à Florence comme condition sine qiia non du décret d'union. L'on ne peut donc que s'étonner d'entendre un auteur catholique contemporain s'exprimer en ces termes : Dacchc la Chiesa non ha stabilito nienie di posilivo intorno alla parle dell' epiclesi, si prolrebbe lasciare in santa pace Vagilala qtiestione, tanto piii che il canone dalla liliirgia romana conviene eon quello délia Chiesa orientale. A. Cremoni, Congressi di Vetehrad e l'opéra dell' unione délie Chiese, dans la revue Roma e l'Oriente, février 1911, t. i, p. 241.

Le concile de Trente, scss. xiii, c.3, suppose manifestement la même croyance : Semper hsec fides in Ecclesia Dei fuit statim post consecrationem verum D. N. J. C. corpus verumque ejus sanguinem sub panis et vint specie una cum ipsius anima et divinitatc existerc; sed corpus quidem sub specie panis et sanguinem sub vint specie EX vi VE/iconi/u. Denzinger-Bannwart, n. 876 (757). Quelles sont ces paroles en vertu desquelles le pain est changé au corps et le vin au sang du Christ? le concile l'insinue au c. i'^'' de cette même session, en montrant dans les paroles du Sauveur, rapportées par les évangélistes,unepreuve de la présence réelle. Denzinger, n. 874 (755). Et en dépit des subtiles arguties de Christophe de Cheffontaines, De necessaria correctione theologiœ scholastiav, Paris, 1586, fol. 33, et de Le Brun, Explication de la niesse, Liège, 1778, t. V, p. 236-239, nous nous rallions volontiers au témoignage d'Estius, cité par Orsi, op. cit., p. 172, déclarant que si les Pères de Trente n'ont pas défini en termes formels la doctrine catholique, ils l'ont du moins assez clairement indiquée et l'ont supposée manifestement. Cf. Orsi, op. cit., p. 180-184.

Le Catéchisme du concile de Trente, formule d'une manière explicite cette doctrine : Itaque a sanctis evangelistis Mcdihœo et Luca ilcmque ab Apostolo docemur illani esse forinam : noc est conpvs mellv... Quœ quidem conseerationis forma, cum a Chrislo Domino scrvata sit, ea perpétua catholica Ecclesia usa est. Catechismus conc. Trid., part. II, c. xx.

A ces déclarations il faut ajouter les rubriques très formelles du missel romain, spécialement De defectibus, v, 1 : Verba autem consccrcdionis, quœ sunt forma hujus sacramenti, sunt hiec : hoc est e.m.v corpus MEVM, et : uic e^t enim c.mjx sangiixis mei. Cf. ibid., X, 3, où il est dit que si, par quelque accident, après la consécration, l'iiostie disparaissait ou qu'elle se trouvât corrompue, et qu'il fallût en consacrer une autre, on devrait recommencer la consécration à ces paroles : Qui pridie quam palcrclur.

On doit, en outre, tenir compte de plusieurs réponses très expresses adressées par les papes à des patriarches orientaux. La réponse de Cléiuent VI (1342-1352) au catholicos des Arméniens, outre qu'elle nous atteste la doctrine professée alors par les Arméniens, affirme que les paroles de la consécration sont celles du Sauveur; et cela. Clément VI le déclare, tout en connaissant bien l'oraison d'épiclèse, sur laquelle il demande précisément une exjjlication conciliable avec cette croyance. Dicis le crcdcrc cl ienere quod corpus Christi nalum de Virgine et mor-

tuum in cruce, quod nunc est in cœlo vivum, posr

VERDA COSSECRAïWSlS, (JL'.E SUST « HOC EST COItPCS

MEUMn, est in sacramenlo sub specie et similitudine panis. Raynaldi, Annales ecclesiaslici, an. 1351, n. 11, Lucques, 1750, t. xxv, p. 532; cf. Mansi, t. xxv, col. 1242-1243.

Plus formels encore sont deux documents adressés aupatriarchemelkited'Antioche, l'un par Benoît XIII le 8 juillet 1729, l'autre par Pie VII, sous forme de bref, le 8 mai 1822. Ces deux documents ne se trouvant que dans des recueils spéciaux, il sera utile d'en transcrire ici la partie principale. Dans le premier, il est ordonné au patriarche Cyrille d'enseigner que la transsubstantiation s'accomplit non point par l'invocation du Saint-Esprit, mais par les paroles de Notre- Seigneur : Ideo Cgrillus... doceat non per inuocutionem Spiritus Sancti sed per verba conseerationis fieri transsubstantiationem. Schncemann, Acta et décréta coneiliorum recentiorum, dans Colleclio lacensis, Paris et Fribourg-en-Brisgau, 187G, t. ii, col. 439, 440. Cf. Mansi-Petit, t. xlvi. Le second document interdit à qui que ce soit, sous les peines les plus sévères, d'enseigner ou de soutenir la doctrine opposée : Auctoritcde Dei et SS. Apostolorum Pétri et Pauli ac Xostra, in virtutc sanctx obcdientiee, motu proprio cl ex propria scientia ac dclibcratione Xostra prœcipimus omnibus et singulis fidelibus vestri rilus, cujuscumque gradus et condilionis, etiamsi episcopali, archiepiseopali et patriarchali dignilate prœstent, ut non audrant deinceps, sive publiée, sive privatim, sive in publicis concionibus ac disputationibus, docere, dcfendere, evulgare, saadere, tueri eam opinionem, quœ tradit ad admirabilem illam conversionem lotius subslantiœ panis in substantiam corporis Christi et totius subsiantiie vint in substcmtiam sanguinis ejus, necesse esse, prœter Christi verba, eam etiam ecclesiasticam precum formulam recitare, quam ssepe memoravimus, ac perpetuum hujus opinionis defensoribus Berœiv et in his vestris regionibus commoranti bus silentium indicimus. Quod si quis ex ils ausu temerario nostrum hoc dceretum ac ordinationem violaverinl, indiclumque silentium non servaverint, non modo gravis peccali reatum incurrent, sed prœterea adversus eos Nos decernimus, si patriarchali, archiepiscopali vel episcopali dignitate prœditi sint, pœnam suspensionis ah exercitio pontificalium; si vero sacerdotes sint aut aliis ordinibus insigniti, pœncmi suspensionis ab omnibus suis ordinibus; si vero sint laici, pœnam excommunicationis, atque ita quidem has omnes pœnas decernimus, ut velimus eas ipso facto et absque alla dcclaratione ab iis incurri, qui Nostrum hoc decretum non observaverint... Ibid., col. 551. Cf. Mansi- Petit, t. XLiv, col. 90 sq. Pour expliquer ces peines sévères, il faut sans doute rappeler que des troubles sérieux avaient été occasionnés dans l'Église melkite par les discussions élevées à ce sujet. Mais la doctrine imposée par le pape garde évidemment toute sa valeur, indépendamment de ces mesures disciplinaires exigées par les circonstances.

Enfin, dans sa condamnation de l'article du prince Max de Saxe, Pensées sur la question de l'union des Églises, paru dans le 1^' numéro de la revue Roma e l'Oriente, Pie X déclare : Sed nec ibidem intacla nlinquitur catholica doctrina de sanctissimo eucharistiœ sacramenlo cum prtvfracte docetur sententiam suscipit possc, quœ tenet, apud Grœcos verba consccraloria effectum non sortiri, nisi jam prola'.a oralio illa quam epiclesim vacante, cum tamen compertum sit Ecclesiœ minime competere jus eirca ipsam sacramentorum subslaiiliam quidpiam innovandi. Epistola du 26 décembre 1910, dans Acta apostolicœ Scdis, 1911, t. m, p. 119.

2° Arguments de raison en faveur de la doctrine ca-

ÉPIGLÈSE EUCHARISTIQUE

iholique. — Après ces déclarations et décisions de l'Église, dont l'importance ne saurait échapper à aucun théologien, et avant d'aborder plus en détail l'exaiiicn de la question, il ne sera pas inutile de rappeler certains arguments fournis par la raison appliquée aux données dogmatiques.

1. La forme de l'eucharistie doit être prononcée in persona Cliristi. — Voici d'abord le schéma du principal argument théologique. D'après l'enseignement traditionnel de l'Église, admis par les dissidents orientaux eux-mêmes (tels que Cabasilas, Siméon de Thessalonique, etc. ; cf. Benjamin Krasnopevkov, Novaia Skri/al, Saint-Pétersbourg, 1908, p. 218; Haluscynsky, De nova illustratione epicleseos, dans Acta I conventus Velehradensis, Prague, 1908, p. 68-69), Jésus- Christ est à la fois le prêtre et la victime du sacrifice eucharistique. Or, l'essence du sacrilice eucharistique est constituée par la consécration des deux espèces. C'est donc Jésus-Christ qui doit opérer cette consécration par le ministère du prêtre humain parlant en son nom. Cette première conclusion est nettement formulée par un grand nombre de Pères et de docteurs. Or, parmi les diverses pièces de la liturgie eucharistique, seules les paroles de l'institution peuvent être prononcées in persona Christi. Les autres prières, y compris l'épiclèse, sont dites par le prêtre en son nom propre et au nom de l'Église qu'il représente, mais non pas directement au nom de Jésus-Christ. Sacerdos in missa in oralionibus quideni loquitur in persona Ecclesise, in ciijiis unitale consistit; sed in consecratione sacrarnenti loquitur in persona Christi, cujus vicem in hoc gerit pcr ordinis polcstatcm. S- Thomas, Sum.theot.,IIl\q. lxxxit, a. 7, ad S"'". Cf. In IV Sent.,]. IV,dist. VIII, q. ii, a. 1, q. v,solut. 4, ad 4-". C'est donc au moyen des paroles de l'institution, prononcées par le prêtre revêtant la personnalité de Jésus-Christ, que s'opère la consécration. Cette seconde conclusion se trouve également énoncée par un grand nombre de Pères et de docteurs. Voir cet argument développé dans Orsi, op. cit., p. 173 sq. Voir aussi Benoît XIV, De sacrosancto missœsacriftcio, 1. II, c. XV, édit. Mignc, Thcol. cursus completus, t. xxiii, col. 1008 sq.

2. Instantanéité de la transsubstantiation. — Pour prévenir toute équivoque, il est utile de rappeler, en y insistant mênic un peu, que la transsubstantiation ne peut être qu'un acte instantané. La disparition de la substance du pain et la présence du corps de Jésus- Christ sont corrélatives l'une de l'autre. A l'instant où la substance du pain s'évanouit, le corps de Jésus- Christ devient présent. Or, la disparition de la substance du pain ne peut pas se faire peu à peu, car cette substance est indivisible; une partie ne peut pas disparaître à un moment, et une autre partie à un autre moment. De même, la présence du corps de Notre- Seigncur dans l'eucharistie est quelque chose d'indivisible; on ne peut pas dire qu'il devient présent peu à peu sous l'espèce du pain, que telle partie de son corps est présente, alors (pie telle autre ne l'est pas encore. Il est présent tout entier à un moment donné, ou il n'est pas présent du tout ; les parties du corps de Jésus-Christ sont, en effet, inséparables l'une de l'autre. De plus, il est de foi que Notre Seigneur est présent tout entier sous la plus petite parcelle; ce qui revient à dire que son corps eucharistique n'occupe pas de lieu, qu'il est présent à la manière d'une substance, d'un esprit. Or, la substance, l'esprit sont quelque chose de simple et d'indivisible. Le corps de Jésus-Christ, en tant ([ue présent dans rcuciiaristie, se comporte donc comme quelque chose d'indivisiifle. Par conséquent , la disparîlîr)n de la substance du pain et la présence du corps de .lésus-Christ, c'est- à-dirc l'acte même de la transsubstantiation, s'opère en un

instant, comme du reste tout changement substantiel. Il faut écarter toute conception qui tendrait à assimiler ce changement à une éclipse de soleil ou de lune, comme si une partie du corps de Notre- Seigneur devenait présente à mesure que disparaît une partie de la substance du pain.

Il y a donc pendant la célébration de la messe un instant précis où s'opère le changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, et l'on ne saurait faire un reproche aux scolastiques, comme le font, par exemple, Catharin, Christophe de Chefîontaines, Richard Simon, Fidcs Ecclesiœ orientalis, Paris, 1671. p. 180 sq., Le Brun, op. cit., t. v, p. 224-225, 285, d'avoir cherché h préciser cet instant. Ce changement doit se faire au moment où le prêtre prononce certaines paroles, puisqu'il constitue le sacrement de l'eucharistie et que dans tout sacrement on rencontre un élément verbal. La véritable forme de l'eucharistie sera donc constituée par les paroles que le prêtre dit au moment où s'opère le changement. Si le changement a lieu au moment où le prêtre prononce les paroles de l'institution, ces paroles constitueront la véritable et unique forme. Mais on ne pourra pas dire que la forme de l'eucharistie consiste à la fois et dans les paroles de l'institution et dans l'épiclèse.

3. Les hypothèses possibles. — Il est vrai que l'efTicacité de la forme de l'eucharistie, comme l'efficacité de la forme des autres sacrements, pourrait être conçue comme conditionnée par certaines circonstances de lieu, de manière, de personnes. Voici les hypothèses possibles : a) les paroles de l'institution seules, indépendamment de toute autre formule, de tout rite religieux antécédent ou subséquent, opèrent la consécration (opinion de saint Thomas) ; b) une autre prière de la messe, par exemple, l'épiclèse, opère seule, indépendamment de toute autre formule, la transsubstantiation (doctrine de plusieurs théologiens orientaux, non catholiques); c) l'etricacité des paroles de l'institution est conditionnée par une oraison qui précède (théorie de Catharin pour la liturgie romaine où il voit l'épiclèse dans la prière ()i;amo/)/o//o7îf/?i); d) l'efficacité consécratoire de l'épiclèse est conditionnée par la prononciation des paroles dominicales qui la précèdent (théorie grecque, admise par Catharin pour la liturgie orientale; Christophe de ChelTonlaines. Renaudot, Le Brun, Touttée, Schcll, Rauschen, le prince Max de Saxe suivent Catharin avec des nuancesl, c) on peut concevoir une cinquième hypothèse, qui a été émise par Le Oi''i''i ^'t Conibefis : les paroles du Sauveur sont bien l'unique forme de l'eucharistie, qui opère à elle seule la transsubstantiation; mais I)our être efficaces, ces paroles doivent être prononcées in persona Christi pendant 1-a messe; elles doivent être encadrées dans l'ensemble des prières liturgiques fixées par l'Église pour la célébration du sacrifice. Cette condition serait nécessaire, d'après ces mêmes auteurs, pour que le prêtre puisse être regardé comme agissant au nom de l'Église, comme ayant l'intention de faire ce qu'elle fait. Un j)rêlre qui prononcerait, en dehors de tout rite religieux, les paroles de .lésus-Christ, déclarent-ils. ne consacrerait pas validement, même en ayant l'intention d'user de son pouvoir d'ordre, le Quien et Combefis émettent cette opinion comme probable. Ainsi, les paroles de l'institution auraient leur efficacité conditionnée, dans une certaine mesure, par l'ensemble des prières liturgi(|ues, au moins par celles qui précèdent le récit de la cène. Duns Scot, In IV Sent., 1. IV.dist. VIII, q. II, semble favorable i\ cette opinion. On sait que saint Thomas d'Atpiin [irofesse l'opinion contraire • il enseigne que si un prêtre prononçait, indépendamment de toute autre prière, seulement les paroles du Christ, avec l'intention d'accomplir le sacrement, il

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

y aurait consécration, car l'intention suflirait pour qu'on pût regarder ces paroles comme dites ex persona Christi. Siim. theoL, III», q. lxxviii, a. 1, ad 4""'.

Il faut rapprocher de l'hypothèse de Le Quien et de Combefis l'opinion émise par certains liturgistcs modernes, par exemple, Hoppe, op. cil., p. 310 sq. ; dom Cabrol, art. Amen du Dict. d'archéol. cluél. et de lit., t. i, col. 1558; le P. Thurston, dans la Revue du clergé français, 1908, t. i.iv, p. 530, qui croient à l'unité de la prière sacrificielle et pensent que la consécration dépend de toute l'action.

Rien n'empêche, semble-t-il, un catholique d'accepter cette cinquième hypothèse qui, plus que celle de saint Thomas, tient compte des rites et prières liturgiques, mais à condition de sauvegarder le principe de l'instantanéité de la transsubstantiation et la notion de forme sacramentelle, c'est-à-dire de considérer comme le moment précis du mystère celui où sont prononcées les paroles du Sauveur. Ce principe et cette notion sont nettement mis en relief par l'opinion de saint Thomas, mais ils peuvent aussi fort bien subsister avec l'autre opinion. L'une et l'autre s'accordent sur le point essentiel, qui est de reconnaître dans les paroles de l'institution l'unique forme de la consécration eucharistique. « Les paroles de l'institution, écrit très justement Mgr BatifTol, sont pour nous, théologiens, la forme qui consacre : elles sont nécessaires et elles sufTisent pour opérer la conversion : donc en bonne logique l'épiclèsc n'ajoute rien à leur vertu, et elle ne saurait achever ce qui est déjà parfait. A plus forte raison ne peut-on pas dire que la qualité de forme s'étend à autre chose que la forme même, c'est à savoir à toute la prière eucharistique du canon. On ne dira pas davantage que le moment de la consécration se règle sur l'intention du prêtre, parce que la forme opère par elle-même en tant qu'elle est complète, et l'intention du prêtre ne s'exerce que sur la volonté de prononcer la forme, d'accord avec l'Église. » BatifTol, Nouvelles éludes documentaires sur la sainte eucharistie, dans la Revue du clergé français, 1908, t. LV, p. 524-525. Cette doctrine ressort avec évidence de l'enseignement de saint Thomas d'Aquin, dont il ne sera pas inutile de rappeler le passage suivant, qui servira de résumé : Ilœc conversio (eucharistica) est instantanea : primo quidcm, quia substcmtia corporis Christi, ad quam terminalur ista conversio, non suscipit magis neque minus; secundo, quia in hac conversione non est aliquod subjeclum qnod successive prœparetur; tertio, quia agitur Dei virtute infinita (eujus est subito opcrari, avait dit un peu plus haut le saint docteur)... £■/ ideo dicendum est quod hœc conversio, sicul diclum est, perftcitur per verba Christi quœ a sacerdote projeruniur, ita quod nllimum instans prolcdionis verborum est prinuim instans in qno est in sucramento corpus Christi; in loto autem tempore preecedente est ibi substanlia panis, eujus temporis non est accipere (diquod instans proxime prœcedens ultinmm, quia Irmpus non componitur ex instantibus conscquenler se habentibus... Et ideo est quidem dare primum instans in quo est corpus Christi; non est autem dare ultimun} instans in quo sit susbtanlia panis, sed est dare uitimum lempus. Et idem est in mutationi ■ bus nalurulibus... Isla conversio, sicut diclum est, fit in ullimo instanli prolationis verborum; tune enim complelur verborum significatio, quœ est efpcax in sacramentorum jormis. Et ideo non scquitur quod ista conversio sit suecessiva. Sum. IheoL, Illa, q. lxxv, a. 7; cf. q. lxxviii, a. 2; In IV Sent., 1. IV, dist. VIII, q. II, a. 3, ad G"™ : in ullimo prolationis instanti fit transsubskmliatio. Rien de plus logique que cette doctrine. Il est clair, en effet, que si les paroles de l'institution, d'après l'intention de l'Église, et aussi d'après l'intention même du Christ telle qu'elle res-

sort du récit des synoptiques et de saint Paul, sont la forme de l'eucharistie, on ne pourra pas dire que l'épiclèsc, ou toute autre partie du canon, joue également ce rôle.

Or, que telle ait toujours été l'intention de l'Église, l'étude de la tradition nous le montrera. Quant à l'intention du Christ, nous essayerons de la dégager, sinon avec une complète évidence, du moins avec une grande probabilité, des données évangéliques touchant les rites accomplis à la dernière cène. Mais, auparavant, il est nécessaire, maintenant que nous avons exposé les principales données théologiques sur la question, d'aborder directement le problème soulevé par les données liturgiques concernant l'cpiclèse et la consécration.

HT. Données liturgiques : le récit de l'institution ET l'épiclèse dans les diverses liturgies. — On peut afTirmer, d'une façon générale, que toutes les liturgies ont le récit de la cène et les paroles du Sauveur avant l'épiclèsc. En outre, malgré la difficulté des problèmes concernant les origines liturgiques et bien que la lumière soit encore loin d'être complète en ces matières fort complexes, nous pouvons, avec un groupe assez nombreux de liturgistes (Renaudot, Hoppe, Probst, Duchesne, Funk, Cagin, Cabrol, Rauschen, etc.) admettre l'existence de l'épiclèse, à la place que nous avons dite, dans toutes les liturgies anciennes d'Orient et d'Occident, au moins à partir de leur période de fixation — la première où nous puissions les constater — c'est-à-dire au iv^ siècle. Xe pouvant donner ici au développement de ces deux propositions toute l'étendue qu'elles comporteraient, nous nous bornerons à signaler les renseignements les plus utiles pour la solution du problême théologique.

Le progrès accompli par les études liturgiques permet de se rendre compte aujourd'hui que le canon occidental correspond exactement, pour la structure générale, à l'anaphore de la messe orientale. On retrouve des deux côtés les mêmes éléments : une préface ou prière d'actions de grâces (s'j/apiTTta) sur les oblations; puis, le récit delà cène rattaché à cette préface, interrompue un instant seulement par le Sanetus, mais qui se poursuit en réalité jusqu'à la narration évangélique; les derniers mots de ce récit, en rappelant l'ordre du Maitre de renouveler la cène en mémoire de lui, amènent la formule d'anamnèse (àvi- ^i-'/rtirii, souvenir), énimiérant,en relation avec l'eucharistie, les mystères de la passion, de la mort, de la résurrection et de l'ascension du Sauveur, parfois aussi, la pensée du second avènement. C'est alors que vient Vépiclâse, quelquefois introduite par la mention explicite de la Pentecôte. Ajoutons, pour être complet, que l'anamnèse ou l'épiclèse, d'ailleurs souvent fondues l'une dans l'autre, expriment aussi ordinairement une offrande faite à Dieu du corps et du sang de Jésus-Clirist. Nous n'avons pas à nous arrêter sur chacun de ces éléments. Mais il était nécessaire de les rappeler pour bien déterminer le cadre où le récit de la cène et l'épiclèse ont leur place marquée à côté des autres pièces liturgiques.

1. LITURGIES ORiESiÀLES. — l" Univcisalilé du récit de la cène et de l'épiclèse. — Pour le récit de la cène, la preuve de l'universalité liturgique n'est pas à faire. Il y aura seulement quelques remarques à noter, qui viendront tout à l'heure avec d'autres observations. Quant à l'épiclèse, il suffit, pour constater sa présence dans toutes les liturgies orientales, de par courir les recueils de Renaudot, Daniel, Hammond, Brightman. Afin de simplifier cette démonstration, en ramenant le très grand nombre de liturgies orieni taies à quelques types fondamentaux, contentons- I nous de signaler le fait d'une épiclèse très explicite,

ÉPIGLÈSE EUCHARISTIQUE

après les paroles de l'institution, dans les anaphores lesplus anciennes : celle des Constitutions apostoliques et celle de saint Jacques, représentant le type syrien d'Antioche et de Jérusalem; celle de saint Marc, représentant le type alexandrin. Voici ces formules. Elles tiendront lieu de toutes les autres.

Les Constitutions apostoliques font ainsi prier le célébrant aussitôt après avoir terminé les paroles dites par le Sauveur à la cène : « Nous souvenant donc de sa passion et de sa mort, et de son retour aux cieux, et de son avènement à venir, dans lequel il viendra juger les vivants et les morts et rendre à chacun selon ses œuvres, nous t'olïrons à toi, Roi et Dieu, selon son ordre, ce pain et ce calice, te rendant grâces par lui d'avoir daigné accepter que nous nous tenions devant toi et soyons tes prêtres. Et nous te supplions de jeter un regard de bienveillance sur ces dons offerts ■en ta présence, de les agréer en l'honneur de ton Christ, et d'envoyer sur ce sacrifice ton Saint-Esprit, le témoin des souffrances du Seigneur Jésus, pour qu'il fasse [de] ce pain le corps de ton Christ et [de] ce calice le sang de ton Christ (ïuio; à.T:o<fr,^r^ tov apTov toOtov Twfj.a ToO XpiTToO <jou xal to TroT/iptov toûto ac[j.a Toij Xp'.(jTo-j ao-j), afin que les communiants (îva oi |xeTa)-ag6vTe;) soient affermis pour la piété, obtiennent Qa rémission de leurs péchés, soient délivrés du diable et de sa tromperie, soient remplis de l'Esprit-Saint (rive-jjj.aTo; â^'o-j TiXïipwÔwai), deviennent dignes de ton Christ, obtiennent la vie éternelle... » Brightman, ■op. cit., p. 20-21. Cf. Kirch, Enchiridion fonliiim historiie eccl. antiqna:, F'ribourg, 1910, n. 616.

Dans la liturgie de saint Jacques, on lit au même ■endroit : « Nous souvenant donc, nous aussi, pécheurs, de ses vivifiantes souffrances, de sa croix salutaire, ■de sa mort et de sa sépulture, de sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, de son ascension aux cieux, de son intronisation <à ta droite, ô Dieu Père, et de son second avènement glorieux et redoutable quand il viendra avec gloire juger vivants et morts, quand il viendra rendre à chacun selon ses œuvres..., nous t'offrons. Seigneur, ce sacrifice redou table et non sanglant, te priant... de nous accorder les dons célestes et éternels..., aie pitié de nous, ô Dieu tout puissant..., et envoie sur nous et sur ces dons offerts ton Esprit le tout-saint, le seigneur et le vivifiant..., le consubstanticl et coéterncl, qui a parlé dans la loi et les prophètes ainsi que dans le Nouveau Testament, qui est descendu sous forme de colombe sur Notrc-Seigneur Jésus-Christ..., qui est descendu sur tes saints apôtres sous forme de langues de feu dans le cénacle de la sainte et glorieuse Sion au jour de la sainte Pentecôte; ce tien Esprit toutsaint, envoie-le, Seigneur, sur nous et sur ces dons offerts, afin que, étant descendu, par sa sainte, bonne et glorieuse venue, il sanctifie et fasse [de] ce pain le corps saint du Christ, amen, et [de] ce calice le sang précieux du Christ, amen : afin qu'ils soient, pour tous ceux qui y participent, rémission des péchés, vie éternelle, sanctification des âmes et des corps... » Brightman, p. 5.1-54.

La liturgie de saint Marc s'exprime dans les termes suivants : ' Annonçant, ô Seigneur et .Maître toutpuissant, f^oi céleste, la mort de ton Fils unique, notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ, et confessant sa bienheureuse résurrection d'entre les morts au troisième jour, son ascension aux cieux et son intronisation à ta droite, ô Dieu et Père, et attendant son second, terrible et redoutable avènement, dans lequel il doit Juger vivants et morts en toute justice et rendre î^ chacun selon ses œuvres..., nous t'avons offert de tes propres dons en ta présence, nous te prions te te supplions, ô bon ami des hommes, ■envoie de la hauteur de ton sanctuaire, de ton taber-

nacle préparé, de ton indescriptible sein, le Paraclet, l'Esprit de la vérité, le saint, le Seigneur et le vivifiant, qui a parlé dans la loi, les prophètes et les apôtres, qui est présent partout et remplit toutes choses..., jette un regard sur nous et envoie sur ces pains et sur ces calices ton Esprit-Saint pour qu'il les sanctifie et les consacre comme Dieu tout-puissant et qu'il fasse du pain le corps, amen, du calice le sang de la nouvelle alliance de notre Seigneur, Dieu, Sauveur et P\oi universel .lésus-Christ, afin qu'ils soient pour nous tous qui y participons, communicateurs de foi, de purification, de guérison, de sagesse, de sanctification... »

L'anaphore de Sérapion de Thmuis, qui représente la liturgie égyptienne du iv« siècle, a aussi son épiclèse après le récit de la cène, avec cette particularité qu'au lieu de solliciter l'intervention eucharistique du Saint-Esprit, elle sollicite l'intervention du Verbe. Mais ce détail mis à part, son contenu est identique à celui des autres épiclèses. Qu'on en juge : « Dieu de vérité, vienne ton saint Verbe sur ce pain, pour que le pain devienne corps du Verbe, et sur ce calice, pour que le calice devienne sang de la Vérité. Et fais que tous ceux qui communieront reçoivent le remède de vie, pour la guérison de toute infirmité, pour se fortifier en tout progrès et vertu, et non pour leur condamnation, Dieu de vérité, ni leur charge et leur confusion. » Punk, Didnscalia etconsliluliones, Paderborn, 1906, t. II, p. 17-1-176.

2" Objections à celle universalilé lilurgique. — 1. Les prolcpscs d'épich'se. — Notons en outre, à propos des liturgies égyptiennes, que, tout en ayant leur formule normale d'épiclèsc après les paroles de Jésus-Christ, elles possèdent de plus, entre le Sanclus et ces paroles, une sorte de prolepse ou d'anticipation de l'épiclèse, plus ou moins explicite, suivant les cas. Il ne sera pas inutile, à raison de l'importance de cette donnée, de mettre sous les yeux du lecteur quelques exemples de cette prolepse. Voici d'abord celle de la liturgie grecque de saint Marc; elle fait immédiatement suite à la courte paraphrase du Plcni sunl cœli cl lerra terminant le Sanclus : « Remplissez aussi, ô Dieu, ce sacrifice de la bénédiction qui vient de vous, par la descenle de voire Sainl-Espril. » Brightman, op. cit., p. 132. La liturgie copte de saint Cyrille exprime, à la même place, la même i)rière avec plus d'insistance encore : « Remplissez ce sacrifice. Seigneur, de la bénédiction qui vient de vous, par ta descente du Sainl-Espril sur lui, amen; et bénissez de bénédiction, amen; et purifiez de purification, amen, ces vénérables éléments qui sont vôtres, offerts devant vous, ce pain et ce calice. «Brightman, op. cit., p. 176; Rcnaudol, Lilurgiarum orientaliuin collectio, 2" édit., l'rancfort, 1847, t. I, p. 45. Dans les deux anapliores citées, cette formule précède immédiatement le récit de la cène; puis vient l'anamnèse (Unde et niemnrcs) et i\ sa suite une épiclèse plus complète, l'épiclèse normale, sollicitant, outre la transsubstantiation, la j)roduclion de la gr.âcc dans les communiants. A ces deux exemples d'anapliores à double épiclèse, il faut ajouter une autre anaphore égyptienne, probablement du vi« siècle, publiée p^rB-Munstark, Eine àgijplisclie Mess-nnd Tau ftilurqie vermutlich des rr .Jnhrh., dans Oriens clirislianus, 1001, t. i, p. 1-45. Cf. S. Salaville, La double épiclèse des anapliores égyptiennes, dans les Échos d'Orient, 1910, t. xiii, p. IS.! sq.

Cette particularité des anaphores égyptiennes, déjà remarquée par Renaudot et IToppe, empêche de voirune exception à l'universaliléliturglque de l'épiclèse, pour l'Orient, dans le fragment découvert eu 1907 à Deir Balyzeh, près d'Assiout. Ce fragment grec, écrit sur un papyrus du vu" ou du vm^ siècle, comprend la fin de la préface, le Sanclus avec la jiro-

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

lepsc d'épiclèsc, le récit de la cène et r;inainnèsc ; mais lu suite n'a pas 6lé trouvée. Que cette suite renfermât l'épiclèse proprement dite, la chose ne me paraît pas douteuse, étant donné l'analogie que présente la nouvelle anaphore avec les autres liturgies égyptiennes déjà connues. Voir Échos d'Orient, novembre 1909, t. XII, p. 329-33,"), où j'ai exposé les raisons de ce jugement, contrairement aux vues de dom P. de Puniet, qui a publié le manuscrit de Deir Balyzeh à l'occasion du Congrès eueharistique international de Westminster en 1908. Voir aussi dans le même sens un article de Mgr Batifïol dans la Reinie du clergé franfais, 1" décembre 1909, p. 328-350. La seule dilTérence que présente le fragment de Deir Balyzeh, c'est que la prolepse de l'épiclèse y est plus explicite que dans les autres anaphorcs égyptiennes. Voici ce qu'on y lit comme paraphrase du Pleni siinl cœli : « Remplissez-nous, nous aussi, delà gloire qui vient de vous, et daignez envoyer votre Saint-Esprit sur ces créatures, et faites du pain le corps de notre Seignoir et Sauveur Jésus-Christ, du calice le sang de la nouvelle alliance. Car lui-même, Notre-Seigneur Jésus-Christ, la nuit oCi il fut livré, prit du pain... « P. de Puniet, Fragments inédits d'une liturgie égyptienne écrits sur papyrus, dans Tlic Eucharistie Congress, Londres, 1909, p. 382. Ci. Rerue bénédictine, janYior 1909, t. xxvi, p. 46.

2. Les lacunes de certains manuscrits liturgiques. — Ainsi donc, l'universalité liturgique de l'épiclèse, comme formule venant après le récit de l'institution, est certaine pour l'Orient. Le cardinal Orsi ne fait pas difficulté de le reconnaître, op. cit., p. 87-88. Il ajoute même, et avec raison : " 11 faut repousser et tenir pour non avenue la conjecture de certains scolastiques qui, pour se tirer plus facilement d'embarras, ont imaginé qu'une interversion se serait produite dans les liturgies : primitivement, l'épiclèse aurait précédé le récit de la cène; puis, un beau jour, elle se serait trouvée le suivre. » Ibid. L'universalité de l'épiclèse en Orient, telle que nous lavons rapidement indiquée, sufTit à renverser cette hypothèse entièrement gratuite.

On ne saurait , d'autre part, prendre pour une exception les deux anaphores éthiopiennes (sur les quatorze publiées par le P. Chaîne), qui, d'après des manuscrits du xvn'^ ou du nviiii^ siècle, n'ont pas de formule d'épiclèse, alors que toutes les autres la contiennent très explicitement après le récit de l'institution. Ce sont les anaphores dites de la sainte Vierge et de saint Grégoire d'Alexandrie. Chaîne, La consécration et l'épiclèse dans le missel éthiopien, Rome, 1910, p. 14-17, 22-25. Outre que l'âge récent des manuscrits en question ne peut laisser grande valeur à de tels documents sur le point qui nous occupe, l'absence de l'épiclèse dans ces deux anaphores doit être attribuée à la trop grande liberté que les Éthiopiens se sont depuis longtemps accoutumés à prendre à l'égard des formules les plus sacrées du canon de la messe.

Il nous faut signaler, comme preuves de cette excessive et déplorable liberté, les changements importants qu'ils se permettent dans la formule même du récit de la cène et dans les paroles du Sauveur. Ces paroles sacramentelles peuvent se ramener, d'après les divers manuscrits du Qeddase ou missel éthiopien, aux types suivants, dont quelques-uns présentent de notables altérations.. 1. Hic panis est corpus meum; 2- Hoc est corpus meum; 3. Hic est particeps corporis mei; 4. Hic calix est scmguis meus; 5. Hic est sanguis meus; 6. Hic calix e.'it particeps sanguinis mei; 7. Hic panis (est) cibus justitiœ verus; 8. Hic calix (est) potus vitœ rerus. .'^joutons que l'anaphore dite de Jacques de Saroug a une formule unique pour la

consécration du pain et du vin, et sous forme déprécatoire : le prêtre s'adresse directement à Jésus- Christ, lui rappelant les actes accomplis par lui à la cène, et lui demande de les renouveler, mais sans toutefois prononcer les paroles dites au cénacle. Vu l'importance tliéologique d'un pareil usage, nous croyons utile de transcrire ici cette formule, d'après la traduction latine du P. Chaîne, op. cit., p. 6, 29-31 . Accepisti panem in manus tuas sanctas ut dures apostolis tuis sanctis. Tu qui tune cum gratiarum actione benedixisti, benedic nunc hune panem; tu qui lune cum benedictione fregisti, frange nunc hune panem. Similiter calicem vino et aqua miscuisti ut dares apostolis tuis puris. Tu qui tune sanetificasti, sanctifica nunc hune calicem; tu qui tune pnebuisti, prœbe nunc hune calicem; tu qui tune con/unxisti, conjungc nunc hune panem cum hoc ecdiee, sint corpus luum et sanguis tuus. Cette oraison correspond au récit de l'institution et elle est suivie, selon le procédé ordinaire, de l'épiclèse. Mais cette dernière revêt, elle aussi, comme, d'ailleurs plusieurs autres du missel éthiopien, uniforme assez curieuse. Nous la donnons encore comme exemple typique : Revelelur ostium lueis, aperiantur portée glorise, exualur velamen a faeie Palris et descendat Agnus Dei, considat super hanc mensam sacerdotaleni ante me senmm tuum peccatorem prseparcdam et miltetur « melos » (ce mot melos doit désigner, d'après une explication que je dois au P. Chaîne, un nom de pierre précieuse) gladius igneus terribilis; ajtpareat super hune panem et calicem qui franget islam oblationem. Chaîne, op. cit., p. 31. Notons encore, dans le même ordre d'anomalies regrettables, que l'anaphore dite de Notre Seigneur a, dans le récit de la cène, la consécration du pain, suivant la formule 1 et la consécration du vin comme il suit : Simililer postquam vinum in calicem miscuisti, gratias agens benedixisti etsanetiricasti dedisiique eis (apostolis) vcruni hune sanguinem tuum qui pro peceatis nostris effusus est. Ibid., p. 29.

Ces exemples font bien voir, au point de vue dogmatique, la nécessité d'un magistère s'exerçant sur les liturgies, et le danger très grave qu'il y a à livrer à la fantaisie des formules d'une telle importance. Mais la date récente de ces altérations, ainsi que leur caractère local et très restreint, ne leur donne pas un grand poids contre l'ensemble des autres documents liturgiques beaucoup plus anciens et universellement répandus. Nairon et Richard Simon ont voulu attribuer plus d'importance à quelques manuscrits de certaines liturgies syriaques (cinq sur plus d'une cinquantaine de ces liturgies : celles qui portent les noms de saint Pierre, du pape saint Sixte, de Mathieu Pastor, de Thomas d'Héraclée et de Denys Bar Salibi), manuscrits où les paroles de Notre-Seigneur se trouvent omises. Ils en ont conclu que les jacobites, plaçant l'essentiel de la consécration dans l'épiclèse, n'avaient pas fait difTicultc de supprimer ou d'eflacer les paroles de l'institution. Mais Simon Asséniani, Bibliothecxi orient., t. ii, p. 199, a prouvé que. pour quelques rares manuscrits de ces anaphores qui sont dans ce cas, il en est plusieurs autres qui contiennent ces paroles. Du reste, Renaudot et Assémani ont donné de cette omission des explications très satisfaisantes. A cause de la grande ressemblance qui règne entre toutes les anaphores sjriaques, certains manuscrits renvoient à d'autres pour plusieurs parties communes. Il n'est pas impossible que ce soit le cas ici, mais que, pour une raison ou pour une autre, la référence ait été omise, soit en supposant que le prêtre savait par coeur le passage en question, soit que le copiste se proposât, par exemple, de l'ajouter après coup i)our l'écrire à l'encre rouge. Il existe, au surplus, plusieurs commentaires de la messe syriaque, de diverses époques,.

ÉPICLÉSE EUCHARISTIQUE

attestant d'une manière évidente la présence du récit de la cône et des paroles du Sauveur. De ce nombre est notamment le commentaire de Denys Bar Salibi, auteur du xiii= siècle, dont le nom est précisément attaché à une des cinq liturgies ici en cause. Voir Hoppe, op. cit., p. 247, n. 526, où l'on trouvera les références à l'ouvrage de Renaudot.

La liturgie nestorienne des apôtres Addée et Maris a été souvent considérée, elle aussi, comme manquant des paroles de l'institution, sous le même prétexte que certains manuscrits les omettent. Et plusieurs auteurs en avaient profité pour contester le caractère essentiel de ces paroles et reporter sur l'épiclèse toute la vertu de la consécration. Mais les homélies liturgiques de Narsès, écrivain uestorien du y'^ siècle, publiées par dom Connolly, The liturgical Hoinilics of Narsai, Cambridge, 1909, qui attestent l'existence d'un texte étroitement apparenté à la liturgie en question, mentionnent formellement ces paroles comme renfermées dans l'anapliore de la messe et confirment ainsi la tradition catholique. Voir du reste Brightman, op. cit., p. 285. qui a très sagement suj)pléé à cette omission des manuscrits conformément d'ailleurs à l'usage des Chaldéens, intercalant le récit de la cène entre le Posl-Sanctiis et la grande prière d'intercession. L'épiclèse vient ensuite à sa place normale, quoi qu'en ait dit Renaudot qui, trompé par les omissions des manuscrits, prenait cette anaphore pour un des cas où l'épiclèse se trouverait avant les paroles du Sauveur qu'il avait seulement le tort de ne pas suppléer au bon endroit. Renaudot, op. cit., t. ii, p. 599. Même erreur dans Orsi, op. cit., p. 104.

3» Divers climents liturgiques de solution pour le problème de l'épiclèse. — 11 y aurait encore bien d'autres observations à faire concernant les liturgies orientales aux deux endroits du récit de l'institution et de l'épiclèse. Pour tout résumer, nous ramènerons les données liturgiques orientales aux propositions suivantes :

1. Le récit de l'institution et l'épiclèse sont deux faits liturgiques universels en Orient. Les liturgies éthiopiennes et la liturgie nestorienne signalées ci dessus ne peuvent pas être regardées comme des exceptions à cette universalité.

2. L'ordonnance générale de cette partie de l'anaphore est celle-ci : préface, Sanctus, Posl Saiictus ou paraphrase du Sanctus. récit de l'institution, anamnèse C Undc et mcmores), épiclèsc, grande intercession (Mémento des vivants et des morts). Cette dernière prière est la seule pièce de cet ensemble ([ui occu])e parfois une place différente : ainsi, dans la liturgie de saint Marc, elle se trouve entre hi préface et le .SV»/ictus; dans celle des apôtres Addée et .Maris, entre le récit de la cène et l'anainnèse.

.'{. Toutes les formules d'épiclèsc sollicitent la transsubstantiation. Les verbes ncneiv, àizo^xi-tz:-/, àvaoït— y.vjvat, ix£Ta6i),).£tv, et leurs équivalents syriaques, coptes, éthiopiens, arméniens, sont synonymes et expriment certainement l'idée de la conversion eu charistique. S'il était besoin, pour confirmer cette assertion, d'alléguer d'autres formules, en plus de celles que nous avons citées, on les trouverait en grand nombre dans le recueil de Renaudot ou dans l'ouvrage de Hoppe. Contentons-nous d'en indiquer un nouveau spécimen, l'épiclèse de la li lurgie syriaque de saint Maroulas, qui accentue la demande de transsubstantiation au f)olnt d'aggraver encore In difliculté (lu i)roblemc épielétiqne : ...Mille \ super me et super oblationem islam .Spiritum Sanclum.... requicscatque super obUitiones islws ri eas sanctificel... \ et panem hune simplirem Iransmulel alque cfficiat corpus ipsum... ipsiiis Verhi Dei et Snlixilnris noslri i Jcsu Christi..., el vinum mistum, quod est in hoc calice. '

transmulet ci perficiatscmguinem... ipsius Domini,Ver . bi Dei et Salvatoris Jesu Christi. Renaudot, op. cit., t. II, p. 263-264.

4° En prenant les formules d'épiclèse dans leur ensemble, on peut en décomposer ainsi les éléments : a) prière sollicitant la miséricorde et la bienveillance de Dieu, inspirée par le sentiment de l'indignité et de l'impuissance humaine en face du mystère eucliaristique; b) prière pour demander la transsubstantiation; r) prière pour que les communiants participent aux effets du sacrement et du sacrifice.

L'insistance exagérée sur le premier élément a donné lieu, dans plusieurs liturgies, à certaines additions, dont quelques-unes fort inintelligentes, mais destinées, dans l'esprit de leurs auteurs, à accentuer, contre la doctrine catholique, l'importance de l'épiclèse. Tel a été le cas pour les liturgies byzantines. Voici, en effet, sous quelle forin? étrange l'épiclèse y apparaît dans un grand nombre d'exemplaires imprimés : « Nous t'offrons ce sacrifice raisonnable et non sanglant, nous t'invoquons, te prions et te supplions d'envoyer ton Esprit-Saint sur nous et sur ces dons offerts. » Le prêtre et le diacre s'inclinent trois fois profondément devant l'autel en disant à chaque fois le tropaire suivant : Seigneur qui à la troisième heure as envoyé ton Saint-Esprit aux apôtres, ne l'enlève pas de nous, loi qui es bon, mais renouvelle-le en nous qui te prions. La première fois, ils ajoutent le verset : « Crée en moi un cœur pur, 6 Dieu, et renouvelle au dedans de moi l'esprit de droiture. » Après la seconde reprise, ils disent : « Ne me rejette pas de devant ta face et n'enlève pas de moi ton Saint- Esprit. » Après la troisième, le diacre dit au prêtre : « Bénissez, Seigneur, le saint pain. » Le prêtre, faisant alors le signe (\c. la croix sur le pain, dit : « Et fais ce pain le corps précieux de ton Ciirist. » Le diacre : « Amen. Bénissez, Seigneur, le saint calice. » Le prêtre, faisant le signe de la croix sur le calice, dit : « Et ce qui est dans ce calice, le sang j)récieux de ton (Mirist. « Le diacre : n.\mcn. Bénissez. Seigneur, l'un et l'autre. .. Le prêtre fait le signe de la croix sur les tleux en disant : « Les cliangeant par ton Saint-Esprit. » Le diacre : « Amen, Amen, Amen. » 11 dit ensuite au prêtre : « Seigneur saint, souvenez-vous de moi qui suis un pécheur. » Puis, le prêtre continue h voix basse : « Afin qu'ils soient pour les communiants purification de l'âme..., et le reste qui sert de finale à l'épiclèse.

Ces rites compliqués sont ceux de la liturgie de saint Jean Chrysostome dans les exemplaires en question. Ils sont identiques dans la liturgie de saint |{asile, sauf les différences de formule (juc présente ceile-ci pour l'oraison proprement dited'épielèse.V'oici simplement la manière dont on a adajjté ces formules adventices aux deux parties de l'oraison normale : «... Seigneur, ... nous te prions d'envoyer ton Esprit- Saint sur nous et sur ces dons offerts , pour les bénir, les sanctifier et les consacrer. » Le diacre et le prêtre font alors trois inclinations profondes devant l'autel, disant à chaque fois : « O Dieu, sois-moi i)roi)icc, à moi qui suis un péclieur. « Puis, ils disent à voix basse le lro|)aire el les versets comme ci-dessus. Suivent les b'-nédiclions accompagnant les paroles dites sur le pain et sur le calice. .\u sujet de ce dernier, remarquons que les mêmes exemplaires ont ajouté, par imitation de la liturgie de saint Jean Chrysostome, les mots |i.£Taôa>('.)v akà -<« llvEj|j.aTi To-j TÔ> iYÛo, les transformant par ton Saint-Esprit, qui n'ont ici aucune raison d'être, jinisque ce sens est déjà contenu dans ce fjui fait précisément la différence de la formule basilienne avec la précédente. Le dialogue du prêtre cl du diacre terminé, le prêtre achève lotit bas l'oraison d'épiclèse : •! Quant

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

à nous, qui participons à un seul pain et au calice, unis-nous... » etc.

Par une absence regrettable de critique, les cditions catholiques ont adopté cette forme étrange d'épiclése qui est certainement, de l'aveu même des •orthodoxes, une altération récente. Cf. Eù/oXoviov TÔ !J.6Y*> édition de la Propagande, Rome, 1873, p. 64- ■65, 92-94 (celte édition n'est, du reste, que la reproduction à peu près complète de l'édition vénitienne de 1777); Athanasc de Paros, 'ETtiToiir) ôÏts (ju/ao-,--^ Ttôv Sei'wv ttj; Tii'TTea); 6oy[j.d!T(i)v, Leipzig, 1800, p. 366- 367; ny)ôâ>,iov, édition de Zante, 1864, p. 428-429, n. 3;Rompotès, As'.To-jpyixri, Athènes, 1869, p. 248, n. 1; Mesoloras, 'EyyEipîSiov XeiTovjpytxrj;, Athènes, 1895, p. 170; Arcliicraiicon, édit. ofTicicllc du Phanar, Coiistantinoplc,1820,p. 7, 18-10 ;IIicraticon, Consiantinople, 1895, p. 75-76). Cf. Manuel de liturgie grecque ^coiirs polycopié du séminaire Sainte-Anne à Jérusalem), 1902, t. II, ]). 69-70, 121.

La complication même de ces dialogues entre le diacre et le prêtre, de ces rites et de ces formules, par rapport à la simplicité des deux oraisons normales telles que nous les avons citées au début de cet article, suffit à trahir ici la main d'un intcrpolateur. Si, comme, il semble bien, ces interpolations doivent être attribuées à la controverse entre Orientaux et Occidentaux au sujet de la forme de la consécration, elles ne peuvent pas remonter au-delà du xiv^ siècle. Voir P. de Meester, Les origines et les dcveloppemenls du texle grec de la liturgie de saint Jean Chrysostome, dans le recueil des Chnjsostondca, Rome, 1908, fasc. 2, p. 340 sq.

Notons, en passant, que les récentes éditions non catholiques de la liturgie, tout en faisant justice de •ces interpolations, ont marqué d'une autre manière ia croyance orientale. Une rubrique a été insérée à la fin de l'épiclèse, qui oblige les célébrants à faire alors trois inclinations profondes : rite inouï jusque-là et destiné à reconnaître que la consécration vient d'avoir lieu à ce moment-là seulement. Voir l'édition officielle du Phanar, Constantinople, 1895, p. 76.

Nous devons, par contre, signaler que dans les liturgies à l'usage de certaines Églises orientales catholiques, notamment celles des Maronites, des Arméniens, des Chaldéens, l'on a fait subir aux formules d'épiclèse des modifications assez notables, en vue de supprimer la demande de transsubstantiation et, par là même, la difficiilté concernant la forme sacramentelle. Ces modifications ont été vivement critiquées par Renaudot, op. cil., t. ii, p. 601 sq., et par Le Brun, op. cil., t. v, p. 268.

5" Ordinairement, l'épiclèse s'adresse au Père et le prie d'envoyer le Saint-Esprit pour opérer le changement miraculeux, ou encore d'envoyer le Saint- Esprit et d'opérer par lui le changement (liturgie arménienne). Dansl'anaphore de Sérapion de Thmuis, on demande au Père d'envoyer le Logos. Dans la liturgie copte de saint Grégoire le théologien, Renaudot, op. cit., t. i, p. 29-31, laquelle d'ailleurs met tout le récit de l'institution à la deuxième personne désignant Notre-Seigneur, on demande d'abord à Jésus- Christ d'opérer la transsubstantiation, en termes qui semblent bien faire allusion à l'efficacité des paroles du Sauveur qui viennent d'être prononcées : Tu, Domine, voce tua sola commuta hœc guœ sunt proposila; puis on le prie d'envoyer le Saint-Esprit pour sanctifier et transformer ces oblations: enfin, l'on revient encore à Jésus-Christ pour lui redemander de faire du pain son corps, et du vin son sang, et facias. Comparer les anaphores éthiopiennes de saint Grégoire l'Arménien et de Jacques de Saroug. Chaîne, op. cil., p. 1 7, 29-31. Dans l'anaph-ore copte de saint Basile, Renaudot, t. T, p. 15, le prêtre, qui s'est adressé jusque-là au

Père, adresse au Christ l'oraison d'épiclèse, le sollicitant d'envoyer son Saint-Esprit sur les oblations. De même dans les anapliores éthiopiennes des Apôtres, de saint Jean Chrysostome, de saint Épiphane. Chaîne, op. cit., p. 9, 19-21, 27. Dans l'anaphorc éthio pienne de Jésus-Christ, le Eîls est supplié d'envoyer l'Esprit-Saint ut facial... corpus Domini noslri Jesu Cluisti. Ibid., p. 28-29. Quelquefois la construction de la phrase présente une certaine confusion : l'on s'adresse d'abord au Père, puis brusquement au Fils; par exemple, dans l'anaphorc éthiopienne de Dioscore. Ibid., p. 19.

Ajoutons enfin, toujours à propos du style des épiclèses, une remarque intéressant les tlicologiens : c'est que certaines d'entre elles renferment une série plus ou moins longue d'épithètes ou d'attributs du Saint-Esi)rit; pour en avoir des exemples, le lecteur n'a qu'à se reporter aux épiclèses des liturgies de saint Jacques et de saint Marc. Quelques-unes même y mentionnent la procession ex Paire el Filio. Voir S. Salaville, Doclrina de Spiritus Sancti ex Filio proccssione in guibusdam syriacis epicleseos formulis, dans Slcworum litlerœ iheologicœ, Prague, 1909, t. v,

6'' A ne considérer que la teneur des textes liturgiques, le récit de l'institution semblerait, à première vue, n'avoir qu'une valeur narrative, cf. Hoppe, op. cit., p. 225; mais l'intention qu'a l'Église de le faire prononcer par le prêtre in persona Clirisli, c'està-dire de lui donner une valeur consécratoire, apparait dans plusieurs indications, formules et gestes liturgiques. Des indications analogues au sujet de l'épiclèse attestent sans doute aussi l'importance de cette dernière prière. ÎNtais celle-ci n'est jamais dite in persona Chrisli, ce qui établit avec les paroles de l'institution une dilTérence essentielle.

1. Le récit de la cène, ou du moins les paroles de l'institution, et l'épiclèse, au moins la partie concernant la demande de transsubstantiation, sont ordi nairement prononcés à haute voix. Voir Hoppe, op. cit., p. 240-247. Il faut excepter cependant In liturgie byzantine actuelle pour l'épiclèse, et la liturgie arménienne pour les deux formules. La récitation silencieuse de l'épiclèse dans la liturgie byzantine d'aujourd'liui, tandis que les paroles du Sauveur sont dites à haute voix, semble plutôt défavorable à la théorie orientale moderne, et favorable à l'efficacité consécratoire des paroles de l'institution. Un décret de Justinien, en 564, Pargoire, L'Église byzantine de 527 à 847, Paris, 1905, p. 100, avait, en effet, ordonné de dire à haute voix " la prière de la divine oblation », c'est-à-dire vraisemblablement la formule de la consécration. Voir Hoppe, op. cit., p. 223, note 472, et les références qu'il indique. En 1702, le patriarche grec d'Alexandrie, Girasimc II Palladas. fut blâmé sévèrement par Gabriel III, de Constantinople, d'avoir introduit sur ce point, dans son Église, une grave innovation. Pour protester contre la croyance catholique attribuant l'efficacité consécratoire aux paroles du Christ et non à l'épiclèse. Gérasime II fit prononcer à voix basse le récit de la cène et à haute voix l'épiclèse. Gédéon, Kavovixai ôtatïEei;, Constantinople, 1888-1889, t. i, p. 89-92; t. II, p. 406-409.

2. Un grand nombre de liturgies font faire au prêtre le geste des yeux levés vers le ciel; toutes lui font accomplir les bénédictions sur les espèces au moment où le récit évangélique rappelle les mêmes gestes du Sauveur : manière remarquable de montrer que le prêtre agit véritablement, à ce moment même, in persona Chrisli. C'est là un témoignage liturgique universel, que les dissidents essaient en vain d'éluder. Dans certaines éditions récentes de l'Eucologe,

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

Veni'^e, 1851 et 1S98; Constantinople, 1895, les grecs ont supprimé la rubrique qui ordonnait au diacre de montrer de la main droite la patène, après les paroles : «Ceci est mon corps,. -et le calice après les paroles : « Ceci est le calice de mon sang...; »au bas de la page, une note dit que les paroles du Sauveur ne s'appliquent pas à ce pain et à ce vin qui ;^ont sur l'autel, mais seulement au pain et au vin que le Chr st bénit et distribua lors de la dernière cène ; et que des lors elles sont dites parle prêtre au sens purement narratif et bistorique, oir,yii:rtoi-:-^5y:, et nullement au sens consccratoire. Mais que valent cette suppression et cette dénégation devant 1 afiirmation éclatante de toutes les liturgies anciennes?

3. Dans la liturgie grecque de saint Marc, ayant que le prêtre prononce les paroles de .Jesus-Chnst sur le pain, et de même pour celles du vin, le diacre dit aux fidèles : 'Exxn'vaTS, c'est-à-dire probablement : « Redoublez votre prière en intensité et en lerveur 1 » formule qui marque évidemment 1 importance spéciale attachée à la prononciation de ces paroles sacrées, ainsi que,pourle noter en passant, leur caractère de prière et non point de simple récit. Cf. Orsi, op. cit., p- 105 sq.

4 Dans d'autres liturgies, surtout dans les syriaques qui dérivent toutes de celle de saint Jacques, il V a habituellement un avertissement solennel du diacre au peuple, avant l'épiclése, mais n indiquant en aucune manière que la consécration ait lieu à ce moment et supposant plutôt, au ^<>^'lf''''Z^f^^. est déjà opérée, comme l'msinue cette formule <, Combien terrible est l'heure où le Saint-Esprit descend sur cette eucharistie I » Ou encore : « Inchnezvous devant Dieu avec crainte. Faisons attention 1 » 5 11 Y a généralement un Amen dit par les fidèles, <,u tout au moins par le clergé ou le di acre en leur nom, en réponse à chacune des formules : « ^'eci Çst mon corps, ceci est le calice de mon sang..., » et à 1 épr «lèse Sur la signification de ces Amen, spécialement de celui qui suit les paroles de .Jésus-Christ, voir Orsi, .op cil., p. 96 sq. ; Hoppc, op. cit., p. 241 sq. Dans certaines liturgies, par exemple, la liturgie égyptienne de saint Basile (texte grec et texte copte), le récit de la cène est presque à chaque instant entrecoupe d Amen et d'autres formules plus explicites delà foi des fidèles Qu'on en juge : Inslitnit nobis mijslenum hoc maqniim pietatis et^religionis, cnm statnisset trndere se morli pro mundi vilct. Le peuple : Credimiis m rci verilale ita esse. — Le prêtre : Accepil panem m manus suas sanctas, paras et immaculatas, bealas et viviftcantes, et aspexit in csehim ad te, o Deus, Patrem smim fi omnium Dominum. — Le peuple : Amen. — Le nrêtre : El gndias ejriVf. — Le peuple : Amen. — Le prêtre : El benedixit eami. — l.'' peuple -.Amen. I e prêtre: El sancUficcwit eum-\-. — Lc peuple: Amen. Suit celte rubrique : Sorerdos franfjet olAutioncm m 1res partes, quas ila ad se innicem adjungel, ul quodammodo divisœ non sinl. Quic dam faciet, digilos intra discum delergit, ne quid ex ablatis adhœreal (jo sou- Ijonc ces mots qui supposent la consécration faite) eîdiccl : Et freqit cum deditque discipulis cl aposlolts .suis, dicens : Accipite... hoc est cnim corpus meum miod pro vnhis frangitur et pro multis dalur in remissionrm peccalorum, hoc jacile in mcam commemora- )ionem. — Le peuple : Amen. — Le prêtre : Similiter Hiam calicem... gralias egil-\.— Le peuple: Amen.— Benedixit eum\. — Amen. — .Sanctiricavil eum ^. — \men.—Guslavit et dédit. ..,dicens: Accipite, hoc facite in mei memoiiam. Suit cette rubrique : Sacerdos calicem in crucis formam movebit, ita lamen ut non açilct. Puis: /'opiifiis dieel : Amen. Hoc ila est. Henaudot, op. <-(7.,t.ii,p. 11-15. On dira peut être (|ue ces.4menne perlent que sur la croyance à l'institution par .Jésus-

Christ et à la vérité historique du récit des évangelistes. Alais le contexte liturgique suppose autre chose. Et d'ailleurs, la liturgie éthiopienne, qui a ete traduite du copte, a rendu ces passages eu appliquant ' ïdcmment cette profession de foi à la confec ion actuelle du mystère eucharistique : Credwms et confulinms, el laudamus le : hoc est in verilale corpus uim. Ou encore : Amen. Amen. Amen. Credwms et confidimus et laudamus le : Djnnne Deus nosler: corpus tuum. Ou mieux, directement d'après 1 éthiopien : Credimus el cerii sumus el laudamus i^'D<^'^''\^Z nosler; hoc est vere, el ila credim us, corpus tuuni... Amen. Vere hic esl sanguis luus, el ila credimus. Rf^audot, op cit., t. n, p. 213, 215. A l'épiclése de cette même liturgie égyptienne de saint Basile, il n'y a que trois simples AnLn : un après la demande générale priant le Christ d'envoyer le Saint-Esprit sur les éléments pour les sanctifier, les deux autres après la mention de chacune des espèces.

6 Terminons enfin cette séné d observations par

rette remarque, que dans toutes les liturgies, outre

[■^'piclèse nonnkle après le récit de rinstitutiou et

l'anamnèse, on trouve, spécialement parmi les pntres

1 d'ofïertoire ou même de Préparation parmi es

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prières d'encensement, et à d'autres endroi s encoïc des oraisons plus ou moins analogues a 1 épiclese. Ouelaues-unes sont même conçues en termes uient^qÏeTà ceux de l'épiclése. Telle, cette oraison qm se lit tout au début de la messe copte de sauit Basi e sous le titre de oralio oblalionis swe propositioms ^is cl ealicls : Domine Jcsu ChristcFiliumgcnile Verbum Dei Palris, eique consubslanliale cl eoœternum Spirilui Sancto; lu es panis imms qui ^cendisli deeœlo el prœocuisli nos, '"^P"'^-^ • animam luam perfectam el absquc vitw,pro vita mundi. rogamus obsecramusque bonitalem luam, o «'"« «/^ j^«; minum, oslende faciem luam super hune panem clsupe hune calicen,, quos super mensam hanc lucun s^^Mlem posuinms; benedie cos f, scmcUlica cos-; ^\^o',se era cos f ; Iransfer eos, ila ul punis qmdem hic fiai corpus Iuumsanelum,elhoc mislum in hoc ^aU^^'^^ guis mus preliosus, ul sinl nobis omnibus prœsuhum, Ldicina, salus aninmrum, '«^/f '"'"/'''^f " "£' quia tu es Deus nosler, li bique debelur laus ^ PoU'<'^' cum Paire luo bono el Spiritu vunficanle libiquc eonsubstanliali... Reuaudot, op. cit., t. i' P- •^' cf n 179-181. La liturgie byzantine de saint J'^n Chrysostome possédait, au ix» siècle, comme prière de prothèse, une formule analogue qui est ainsi que Ta "précédente, une véritable épiclèse adressée au Christ dès le début même de la messe : « Seigneur notre Dieu, qui vous êtes offert vous-même en agneau innocent poir la vie du monde, jetez un regard sui nous ainsi que sur ce pain et sur ce calice et faUes-e. votre corps immaculé el votre sang précieux our la participation de nos âmes cl <le"os corps » Br ghtnin op. cit., p. 309. Celle épiclcse initiale. Ires cx- Ïh Ue ommi on voit, et par cela même infinnnen suies ive, a disparu des rites actuels de a prothèse maTs on aperçoit sans peine combien e le menta t 'd'être Signalée ici et combien.par exemple.im I,am cas d'éniclèsc au début du service <livin, et adressée au Chr^ en lui demandant d'opérer la conversion des éléments eucharistiques en son corps et en son .ng, dhninue de beaucoup la difiiculté dogmatique soufcvéc par l'épiclése qui suit le récit de la cène et le prononc^desiaroles du Sauveur. Voir Orsi, op. cit.,

'^' ijoulon^ qu'il s'cstlrouvé.cn Russie, au xv^i«siôcle, des esprits, comme les raskolniks Awakoum cl I ,z,re pour enseigner que la Iranssubstant.al.on é;aiop.rée par les' prières de la prothèse. P. Sm.ruov, art. Dogmatilcheskie spory (Controverses dogma-

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

tiques) dans Lopoukhino, Pravoslavnaia bogosloi'ska'ia entsiklopcdia {Enciidojicdic théologiqiic orthodoxe), t. IV (Saint-Pétersbourg, 1903), col. 1150 sq.

Il y a, même après l'cpiclèsc, dans toutes les liturgies, des oraisons qui ne sont pas sans analogie avec elle pour le sens et où l'on demande encore, plus ou moins explicitement, la sanctification des éléments, leur consécration, comme s'ils n'étaient pas déjà sanctifies et consacrés. D'autant que ces prières sont, au surplus, accompagnées de signes et de croixct de bénédictions sur l'hostie et sur le calice, qui sembleraient, à première vue, aggraver encore la diiïiculté. Cf. Orsi, op. cit., p. 118 sq. ; Hoppe. op. cit., p. 98 sq. Ce dernier auteur cite à ce sujet deux textes suggestifs, empruntés à saint Pierre Damien (f 1072) et à Innocent III (f 1216). Bien qu'ils ne visent directement que le canoîi romain, ils sont vrais de toutes les liturgies, et il ne sera pas inutile de les reproduire pour mettre pleinement en relief la valeur de ces données liturgiques. Le premier s'exprime ainsi: Ilicoritiirnon prœterciinda ailentio quwstio, qiiare super hostiam l'cnedictam et plenissime conseciatam adixuc benedictionis siqnum exprimitur? Immo talia sunt qusedam subfuncta in canone, quœ viden.tur innuerc qiiod nondum sit consecratio consununcUa. S. Pierre Damien, Expositio canonis, n. 9, P. L., t. cxlv, col. 885. Le second, Innocent III, prend à son propre compte la pensée de saint Pierre Damien, en y ajoutant ses réflexions personnelles : Ilic ovilur quœstio non prœtereunda silentio. Ciim enim plenc et pcvfecle sit consecrcUio cclebrata (nam niuleiia punis et vint jain transivit in substantiam carnis et santjuinis), quare super eitclmristiani benedictam et plenissime consecrcdam adimc benedictionis siqnum imprimitur aut cdiquod verbum consecrationis profertur? Imo talia quœdcmi subjunguntur in canone, qua' videntur innuere quod nondum sit consecratio consummata. Ego super hac quœstione vcllem potius doceri quam docere, magisque referre quam proferre sententiam. Verum quia nihil Cl majoribus dictum super hac re potui reperire, dicam scdva fide quod senlio, sine prœjudicio sententiœ melioris. Innocent III, De mysterio missœ, 1. V, c. ii, P. L., t. ccxiv, col. 887. Ces observations nous semblent de nature à rattacher l'épiclèse à un ensemble de prières sacrificielles, échelonnées tout le long de la messe, demandant à Dieu l'acceptation du sacrifice qui va s'offrir ou qui est offert, prières dont l'épiclèse proprement dite ne serait qu'un cas spécial, plus précis et plus intéressant. Hoppe, op. cit., p. 267 sq., ramène toutes ces oraisons à trois catégories qu'il appelle épiclèses d'oblation ou d'offertoire, épiclèses de consécration et épiclèses de fraction, selon les trois moments principaux de la messe où on les rencontre. Les unes et les autres constituent des prolepses ou des métalepses de la consécration; mais leur fréquence même est une preuve liturgique de plus en faveur de la vertu consécratoire des seules paroles de l'institution qui, contrairement à elles toutes, demeure toujours et partout une formule centrale unique.

Les liturgies orientales, on le voit, si elles présentent dans leurs épiclèses certaines difficultés spéciales, fournissent cependant des données suffisantes pour nous permettre de résoudre, aidés des décisions de l'Église ci-dessus mentionnées, et des témoignages de la tradition que nous exposerons ci-après, la difiiculté principale : celle de savoir laquelle des deux formules, des paroles de l'institution ou de l'épiclèse, est la forme du sacrement de l'eucharistie. L'ensemble de leurs données est favorable à la doctrine catholique et offre même maints éléments qui serviront de points d'appui à l'explication dernière de l'épiclèse.

//. LITURGIES occinENT.iLEs. — Ces mêmes élé-

ments de solution se retrouvent, et mieux encore, dans les liturgies d'Occident. Les difficultés concernant l'épiclèse et la consécration y apparaissent, au contraire, moins saillantes. Elles existent cependant chez toutes, croyons-nous. On se bornera ici à exposer brièvement le fait de cette existence, en signalant au passage les caractères spéciaux des formules d'épici èse occidentales, lesquels ont d'ailleurs généralement une grande importance au point de vue théologique.

Les liturgies occidentales comprennent plusieurs groupes: ce sontles liturgies gallicane, amiirosienneou milanaise, mozarabe ou wisigothique et romaine, pour ne citer que les principales. » Mais k's nuances entre certains de ces différents types s'estompent à tel point que l'on s'entend généralement pour ne discerner dans toutes ces liturgies que deux usages vraiment différents : l'usage gallican et l'usage romain. » Varaine, L'épiclèse eucharistique (thèse de Lyon), Briguais, 1910, p. 104. Cf. Duchesne, Origines du culte chrétien, 2« édit., Paris, 1898, p. 86. Cependant, malgré cette distinction plus nette entre le type gallican et le type romain, les autres groupements se distinguent encore assez entre eux, pour qu'il y ait lieu de les examiner un à un.

1" L'épiclèse dans les liturgies gcdlicane, mozarabe et milanaise. — Pour la question qui nous occupe, la conclusion la plus probable des recherches pratiquées à travers les textes, c'est qu'à partir d'une époque, difficile à préciser, l'épiclèse y a été atténuée, déplacée ou même supprimée. Mais son existence antérieure n'en doit pas moins, croyons-nous, être tenue pour assurée. Elle était générale, au v« siècle, dans la liturgie gallicane, à laquelle se rattache la liturgie wisigothique ou mozarabe, comme dans celles de Milan et de Rome. Rauschen,£'«c/!a/-is//e und Busssakrament in den ersten sechs Jahrhunderten der Kirche, 2» édit., Fribourg-en-Brisgau, 1910, p. 112; trad. franc., par Decker et Ricard, Paris, 1910, p. 108.

Pour l'épiclèse gallicane et mozarabe, on trouvera une imposante série de formules très explicites dans l'ouvrage de Hopps, p. 71-92. Les noms mêmes qu'on leur donnait, Post mysterium, Posl sécréta, Post pridie. indiquent que ces oraisons occupaient, après le récit de la cène (Qui pridie), considéré comme formule consécratoire et opératrice du mystère, une place exactement correspondante à celle des épiclèses orientales dont elles reproduisent d'ailleurs le sens général. Il suffira d'en citer quelques exemples, pris entre un grand nombre d'autres. Aux messes de Mone, codex de Reichenau (v«-vi« siècle), empruntons la suivante en lui laissant sa graphie singulière: Recolentesigitur, et servantes prœcepta unigeniti. deprsecamur pater omnipotens, ut his creaturis altario tuo superpositis spiritussanctificationisinfundas,utpertransfusionecxlestis,. adque invisibilis sacramenti. panis hic mutatur in carne, et calex translalus in sanguine, sit totius (lisez probablement offerentibus) gratta, sit sumentibus medicina, p. d. Les confusions grammaticales du copiste mises à part, le parallélisme de cette oraison avec les épiclèses orientales saute aux yeux. Hoppe, op. cit., p. 71, note 138, fait remarquer l'analogie évidentc'entre l'expression creaturis. .. superpositis et l'expression grecque 7rpoxei(j.£va ôûpa. Le pain et le vin sont, du reste, formellement mentionnés dans une autre épiclèsc des messes de Mone, où l'on demande que la plénitude de la divinité et delà bénédiction de Dieu descende super hune panem et super hune calicem et fiat nobis légitima eucharistia in transformatione corporis et sanguinis Domini... Comparer dans le Missale gothicum en usage dans la Gaule narbonnaise avant l'époque carolingienne, le Post sécréta de la messe de saint Léger, où l'on prie ut descendat hic benediciio tua super luinc panem et caliccn:

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

in iraiisformatioiie Spiriliis lui sancti...; le Posi inijsteriiim de l'Assomption de Marie, conçu en ces termes : Descendat, Domine, in his sacrificiis tiiœ benediciionis coœlernus et cooperaior Paraclitus Spirilus, ut oblalionem, quam tibi de tua terra fructificante porref/imus, cselesti permuneratione (lisez permutatione), te sanctiflcanle, sumamus : ut translata fruge in corpore, calice in cruore, proficiat meritis quod obtulimus pro delicto. P. L., t. Lxxii, col. 245. Comparez aussi, dans le J\lissale Gallicamim velus, qui représente la liturgie gallicane du milieu du vn« siècle, le Posl sécréta suivant où l'on remarquera une épiclèse du Verbe et du Saint- Esprit à la fois : Descendat, precamur, omnipotens Deus, super haoc quœ libi offcrimus, Vcrbum tuum sanctum; descendat inerstimabilis (jloriie tuœ Spirilus ; descendat anliquœ indulgentiœ tuœ donum, ut fiai oblatio nostra hostia spiritalis in odorein suavitatis accepta : eliam nos fanuilos luos per sanquinem Chrisli tua nninus dexlera invicia custodiat. Quant au missel mozarabe, il possède des Posl pridie-ép\clèses en telle abondance, que la preuve est ici plus éclatante encore. Voir les 38 spécimens qu'en donne Hoppe, op. cit., p. 78-92, d'après l'édition de Lesley reproduite dans P. L., t. lxxxv, col. 250 sq. Il faut y ajouter certains Posl pridie du Liber ordinum mozarabe, édité par dom Fcrotin, Paris, 1904, col. 265, 269, 311, 370.

Notons, en passant, à propos de celte exubérance liturgique, que le nombre des Posl pridie, Posl secrcla ou Posl mijsteria est très considérable, les liturgies de type gallican ayant ce qu'on appelle le caractère embolismique, c'est-à-dire intercalant dans le canon de la messe des pièces de rechange pour chaque messe. Il nous est resté une trace de cet usage dans nos diverses préfaces et dans les petites variantes du Communicantes et de VHanc igilur pour les grandes fêtes de l'année. Autrefois, c'était, pour les liturgies en question, très différentes eu cela des liturgies orientales, le système habituel. Mais la diversité de forme que, sur un fond identique, comportaient ces oraisons, était bien plus grande que celle dont témoigne l'usage actuel. Nous ne pouvons qu'indiquer ici cette particularité, mais nous croyons qu'elle est d'un haut intérêt, à la fois liturgique et théologique, pour l'étude des changements dans l'épiclése occidentale. Voir S. Salaville, L'épiclése dans le canon romain de la messe, dans la Revue cmguslinienne, mars 1909, t. XIV, p. 303-318.

Le lecteur aura remarqué, je pense, la portée théologique du nom de Posl mijsterium ou de son synonyme l'ost sécréta désignant l'épiclése occidentale et supposant déjà opéré le mystère de la consécration que maintes formules sollicitent cependant encore, tout comme les é|)icléses orientales. Orsi, op. cit., p. 90-96, reconnaissait déjà parfaitement l'équivalence de ces formules <^allicanes et mozarabes avec les épiclèses d'Orient. Cette équivalence est même précieuse, au point de vue dogmatique et apologétique, pour réfuter l'exclusivisme delà théorie grecque touchant la forme de la consécration.

A Milan, l'épiclése n'a disparu qu'au viii« siècle, affirme Hausclien, op. cit. Cf. Schermann, dans Hômisclw Quartalsclirift, 1903, p. 248. Quelle forme y affectait-elle? A défaut d'autres indications, voici comment elle se présente dans un ancien manuscrit du ix"= ou du X'' siècle, à la messe du j<Hidi saint. Les paroles de l'institution y sont suivies immédiatement de la prière ci après, où l'on n'aura pas de peine à rcconnaitrc l'ananmèsc cl les traces d'une éiiiclèse (lu Fils : Jlwc facimus, haec celebramiis, lua. Domine, prireepta servantes, et ad communionrm invisibilem lioc ipsum, quod corpus Domini suminuis, mortem Domini nunliamus. Tuum vero est, omnipotens Pater,

millere nunc nobis unigenilum Filium tuum quem inquœrentibus spontemisisti. Qui quumsis ipse immensus et inœstimabilis, Deum quoque ex le immensum et inwstimabilem genuisli, ut cujus passione redcmptionem Inimani generis tribuisti, ejus nunc corpus tribuas ad salulem. Per eunulem Christum Dominum nostrum, pcr quem lisec omnia. Domine, semper bona créas, sanclificas, vivificas, bcnedicis et nobis famulis luis largiler prœstas ad augmenlum fldei et rcmissionem omnium peccatorum. Muratori, Liturgia Romana velus, t. i, p. 133. Cf. Missale Ambrosianum, Milan, 1831, p. 142-143; Hoppe, op. cit., p. 92-93; Duchesne, Origines du culte chrétien, 2^édit., Paris, 1898, p. 208, note 2.

2° L'épiclése dans la liturgie romain". — Pour ce qui regarde la liturgie romaine, on peut répéter aujourd'hui encore ce qu'écrivait Hoppe, op. cit., p. 93, en 1864 : « La question de savoir si le canon de la messe romaine contenait une épiclèse, reste jusqu'ici une question ouverte. > Acette époque, le même auteur répondait catégoriquement par l'affirmative à une telle question, et il consacrait une bonne partie (le son ouvrage, p. 93-210, à démontrer le bien-fondé de son opinion. Après avoir refait avec lui l'examen des nombreux documents qu'il a réunis, je crois devoir me rallier pleinement à son avis, bien que (juelques auteurs récents (P. de Puniet, Edm. Bishop, Hatiffol, Varainc) adoptent l'opinion contraire ou se montrent encore hésitants. Rausclien, op. cit., 2« édit., p. 112, note 3; trad. Decker et Ricard, p. 1908, note 3, est trop affirmatif quand il dit, avec renvoi à Funk, Kircl\engeschichllictie Abhandiungen, t. m, p. 86, que tout le monde s'accorde à reconnaître l'existence de l'épiclése romaine. Disons du moins que beaucou]) de liturgistes, tant anciens que modernes, la reconnaissent en effet.

L'épiclése, croyons-nous, a existé autrefois dans la liturgie romaine, et il est possible encore aujourd'hui d'en retrouver les traces. Une lettre du pape saint Gélase (492-496) à l'évêque Elpidius de Volterra atteste cette existence à la fin du v« siècle. Voici ce passage : Sacrosancta religio qure catholica tenet disciplinam, tantam sibi reverentiam vindicaf,ut ad eam quilibet nisi pura conscientia non audeat pervenirc. Nam quomodo ad divini miislcrii consecrationem civleslis Spirilus invocalus adveniet si sacerdos, qui cum adesse deprecatur, criminosis plenus aclionibus reprobetur? Thiel, Epislolec romanorum ponlificum genuinœ, t. i, p. 486. Cf. P. L., t. lix, col. 143. La réponse est trop facile, qui consiste à ne voir dans ce texte d'un pape qu'une allusion à la liturgie orientale ou à celle de^■oiterra. mais non point à la liturgie romaine. Varaine, oji. cit., p. 124 126. La phrase de saint Gélase nous ])araîl avoir une jiortée générale et témoigner pour Rome tout autant que pour le reste de la chrétienté. Ailleurs encore, dans son traité De duabus naturis, le même auteur, au cours d'une comparaison f|u'il étai)lit entre l'eucharistie et l'incarnation, affirme ([ue le pain et le vin « sont changés en substance divine jiar l'opération du .Saint-Ksprit , » ;/i Iwnc scilicet divinam transcunt Sancto Spiritu perficienle subslanliam. Thiel, op. cit., t. i, p. 77. Il est bien vrai qu'ici, argumentant contre le monophysisme, saint Gélase s'inspire probablement, dans l'ensemble de son ouvrage, d'écrits orientaux. Cf. Saltct, I.essourcesde /"I^paviTTi-; de Théodoret (extrait de la Revue d'histoire ecclésiastique, t. vi, n. 2, 3, 4, Louvain, 1905, p. 52 53). Mais cette observation ne nous semble pas diminuer la valeur de son témoignage.

On a cru longtemps que l'épiclése romaine attestée par saint Gélase se trouvait avant le récit de l'institution cl échappait ainsi, du moins, à la (lifficullë

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

que prcscntcnl les autres liturgies. D'après cette opinion, qui garde encore quelques partisans, voir, ])ar exemple, P. de Punict, Fragments inédits d'une liturgie égyptienne écrits sur papyrus, dans le Congrès eucharistique de Londres, p. 380, 390 sq., ce serait l'oraison Qiuirn oblalionem qui représenterait cette cpiclèsc. Mais l'analogie générale entre le canon occidental et les anciennes anaphores d'Orient, voir dans Hoppe, op. cit., p. 119-120, le tableau des concordances entre la liturgie clémentine et la messe romaine, les similitudes remarquables du canon romain et du canon gallican ou mozarabe (voir un tableau de ces similitudes dans mon article de la Revue aagustinienne, 1909, t. xiv, p. 313-315; cf. Cagin, avant-propos au t. v de la Paléographie musicale, Solesmes, 1886, p. 91-92) permettent d'affirmer, malgré toutes les opinions contraires, que le Supra quœ et le Supplices te rogamus représententl'ancienne épiclèse romaine, « dont la forme a été légèrement modifiée pour éviter les erreurs d'interprétation auxquelles a donné lieu l'épiclèse dans certaines liturgies. « Cabrol, Dicl. d'archéol. chrét. et de lit., art. Anamnèse, t. i, col. 1885.

A ces raisons fondamentales il faut ajouter aussi le caractère d'unité que présentent les formules du canon, depuis Unde et memores jusqu'au Mémento des morts : elles forment en réalité, de l'avis des anciens liturgistes, une seule oraison : Oratio quarto illa est, quic proxime post consecralionem habetur in illis vcrbi's : Unde et memores, Domine, etc., et extenditur usque ad ilhid : Mémento etiam. Domine, nam ante (Mémento) ponitur conclusio : Per Christum Dominum nostrum. Bellarmin, Controv., 1. II, De missa, c. XXIV, cité dans Hoppe, op. cit.. p. 130, note 283. Cette unique oraison ainsi délimitée comprend les mêmes éléments que les prières faisant immédiatement suite aux paroles de l'institution dans les liturgies orientales. Anamnèse ([//ide et memores); offrande (Offerimus... de fuis donis ac datis); prologue de l'épiclèse ou demande générale d'acceptation, puis épiclèse proprement dite (Supra quœ et Supplices te). Hoppe montre longuement, op. cit., p. 121-201, à la lumière des commentaires liturgiques et d'un grand nombre d'autres documents traditionnels, que le texte et les rites de ces dernières formules y révèlent une véritable épiclèse, exprimée seulement enfermes plus mystérieux que dans les autres liturgies. Voir spécialement Hoppe, p. 130 sq., 137, 141-142, 149, 155, 157, 160 sq., 165, 167 sq., 176 sq., 180-187. Voir aussi P. de Puniet, dans le Congrès eucharistique de Londres, p. 393, note 3, où ce critique, bien que partisan de l'opinion opposée à celle de Hoppe et à la nôtre, cite des textes insinuant clairement la demande de transsubstantiation contenue dans le Supplices romain. Cf. Cagin, Te Deum ou illatio, Paris. 1907, p. 215-238.

Quant aux signes de croix et bénédictions qui accompagnent cette oraison, nous avons vu plus haut que des esprits, tels que saint Pierre Damien et Innocent III, les considéraient comme des rites épiclétiques. Voir aussi Assémani, Bibl. orient., t. u, p. 202, cité par Hoppe, op. cit., p. 208, note 456. La signification de ces rites est, du reste, à ce point naturelle, qu'au temps du concile de Trente leur présence dans le canon, après les paroles du Sauveur, effarouchait maints théologiens, entre autres Maldonat, Hoppe, op. cit., p. 110-111, et que plusieurs Pères du concile exprimèrent le désir de les voir supprimer : Placerel multis quod non fièrent cruccs super hosticun consecraiam, ne videretur aliquid déesse ad suam sanctificalionem. Le Plat, Monumenta..., t. v, p. 432.

Nicolas Cabasilas et, après lui, un grand nombre de liturgistes et de théologiens orientaux, voient, eux

aussi, l'épiclèse romaine dans les prières en question. Orsi écrit à ce sujet, op. cit., p. 122 : Easdem esse nos laudatœ orutionis (.Jubé liiec perferri) atque apud Grœcos invocationis Spiritus Sancii notiones, lubens admitto, et a Cabasila non contemnendis rationibus loto illo capitc demonslratur.

Tout nous paraît concorder à attester l'existence,, après le récit de l'institution, d'une épiclèse romaine analogue pour le sens à toutes les autres, bien qu'assez dilTérente dans les expressions. Toutefois il est possible que le canon romain ait possédé, comme les aiiai)hores égyptiennes, une double épiclèse : l'une l)lus courte avant le récit de la cène (Quam oblalionem); l'autre plus explicite, l'épiclèse normale (Su/Jraquœ et Supplices te), après ce récit. Voir mon article : L'épiclèse dans le canon romain de la messe, dans la Revue augustinienne, 1909, t. xiv, p. 303-378. Cf. Maltzew, De vestigiis epicleseos in missa romana, dans Acta II conventus Velehradensis, Prague, 1910, p. 135- 143. Tout nous porte à conclure avec Hoppe, op. Ci7., p. 208-209, à la concordance absolue du canon romain et des anaphores orientales. « L'acte consécratoire est ici comme là, au point de vue liturgique, une solemnis oratio développée en un grand acte de prière et de bénédiction, en une invocation de la puissance créatrice de Dieu, en une épiclèse du Verbe ou du Saint-Esprit. Le mode de consécration ne diffère pas substantiellement, ni quant au texte ni quant aux rites, de celui des Églises orientales. La chaire de Pierre a conservé intact l'héritage que lui a laissé le l)rince des apôtres et, en vertu de sa primauté, elle scelle comme pleinement catholique l'héritage des autres Églises. » Nous faisons volontiers nôtre cette conclusion, en y ajoutant seulement l'afTirmation expresse de l'efficacité consécratoire absolue que possèdent, indépendamment des autres prières liturgiques, les paroles de l'institution constituant la formule centrale de cette eucliologie eucharistique. Ajoutons aussi qu'il faut nécessairement faire la part de l'hypothèse en ce qui concerne l'origine apostolique attribuée ici nettement par Hoppe à l'épiclèse. Nous devons, d'ailleurs, dire maintenant un mot de cette question.

Signalons auparavant une dernière donnée sur laquelle il y aurait lieu d'insister beaucoup au point de vue liturgique, et qui ne laisse pas d'avoir aussi une grande importance théologique : c'est l'existence, dans toutes les liturgies d'Orient et d'Occident, pour l'administration de tous les sacrements ou même des sacramentaux, d'épiclèses analogues aux épiclèses eucharistiques. La comparaison avec les épiclèses de la bénédiction de l'eau baptismale ou de la bénédiction des huiles serait particulièrement intéressante.

iir. oniniXES de l'épiclèse. — On peut soutenir, nous venons de le montrer, que l'épiclèse existait dans toutes les liturgies au v^ siècle. Est-ce à dire qu'elle ait été absolument primitive? Cette universalité même porterait à le penser, et plusieurs liturgistes l'ont admis. Hoppe, op. cit.; Renaudot, op. cit., l^assim; Orsi, op. cit., p. 88-89; Cagin, op. cit., etc. L'analogie générale des anaphores suppose, en effet, un fonds commun de la liturgie primitive, dont l'épiclèse pourrait bien avoir fait partie. Cf. Cabrol, Dict. d'archéol. chrét. et de lit., art. Anaphore, t. i, col. 1912 ; Canon, t. ii, col. 1900. Cependant quelques auteurs récents ne sont pas de cet avis. Batifïol voit dans l'épiclèse du Saint-Esprit une évolution de l'époque constantLnicnne. Schermann, Baumstark, Buchwald, auxquels semble se rallier Hauschen (voir les références dans l'ouvrage de ce dernier, £ue/iar<s/je und liusssakrainent,2^ édit., 1910, p. 113), ont essaj'é de prouver qu'elle datait seulement de l'époque des pneu-

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

inatoniaques (fin du iv"= siècle). Cette hérésie a provoqué sans doute l'addition de la série plus ou moins longue d'épithètcs dont le Saint-Esprit se trouve qualifié en maintes liturgies, comme celles de saint Jacques et de saint Marc. Mais « l'existence de l'épiclèse est incontestablement antérieure,)' Cabrol, op. cit., t. i, col. 1913 : des textes tels que ceux de saint Cyrille de Jérusalem, bien antérieurs aux pneumatomaqucs, le prouvent péremptoirement ; joignez-y l'allusion assez claire à l'épiclèse que fait saint Basile dans son traité De Spirilu Scindo, xxviii, 66, P. G., t. xxxii, col. 188, dirigé précisément contre l'hérésie en question. Il n'y a pas à aller contre des témoignages aussi formels : d'autant que l'épiclèse du Verbe qui, au dire de ces auteurs, aurait précédé celle du Saint- Esprit, laisse intacte la difficulté théologique, puisqu'elle a même place et même sens.

Nous ne saurions, du reste, admettre d'une manière générale cette hypothèse de l'antériorité de l'épiclèse du Verbe et de son remplacement, à une époque donnée, par l'épiclèse du Saint-Esprit. Cette époque, nous venons de le voir, ne peut être celle des pneumatomaqucs. Ce ne peut pas être davantage l'époque constantinienne, puisque la Didascalie, qui date, selon Funk, de la seconde moitié du m" siècle, contient des allusions assez claires à l'invocation eucharistique du Saint-Esprit. On y lit en effet : Gratiarum aclio (eùyapiuTia) per Sanctiim Spiritum sanctiflcatur. Didascalia apoat., VI. xxi,2,édit. Funk, p. 370. Et un peu plus loin : Eam qiiee secundum similitU' dinem regalis corporis Chri'iti est, accepfam eucharistiam offerte,... panem mundam prœponentcs qui per ignem factus est et per invocationem sancliflcatur. Ibid., VI, XXII, 2, p. 376. Sanctiflcare est visiblement, dans ces textes, synonyme de consacrer. Or, cette sanctification est attribuée d'une part au Saint-Esprit et d'autre part à une invocation, autant vaut dire à une invocation du Saint-Esprit, à une épiclèse.

On peut se demander si une telle épiclèse était aussi explicite que les formules révélées par les documents postérieurs. Dom Cagin a préparé un important travail sur le thème apostolique de l'anaphore, encore inédit, mais dont les grandes lignes ont été indiquées par un article de dom Souben, Le canon primitif de la messe, dans les Questions ecclésiastiques de Lille, avril 1909. Il y émet rhyi)othèse que l'épiclèse primitive, tout en ayant sa place après le récit de la cène, ne sollicitait que l'effet spirituel du sacrement et du sacrifice, sans mentionner la demande de transsubstantiation. Une telle conclusion, si elle était prouvée, serait fort intéressante pour la théologie et l'apologétique. On l'appuie sur la Constitution ecclésiastique qui contient, en effet, après le récit de l'institution et l'anamnèse, l'épiclèse suivante : Suppliciler oramus te ut mittas .Spiritum fuuin Sanrtum super oblationes hujus Ecclesiœ, pariterque laryiaris omnibus qui sunmnt de eis (ut prosit eis) ad sanclifatem, ut rcpleantur Spirilu Sancto, cl ad confirmationem fidei in veritutc, ut te célèbrent et laudent in Filio tuo .Jesu Chrislo, in quo tibi (sit) laus et potcntia in sancla Ecclesia et nunc et sempcr cl in sœcula sœculorum, amen. Constitutiones ceci. ir<njptiaciv, I(xxxi), 21, dans Funk, Didascalia et Constitutiones apostol., Paderborn, 1906, t. II, p. 100. Cette épiclèse, on le voit, ne suppose nullement que l'Esprit-Saint soit prié d'opérer la transsubstantiation. Ce qu'on demande, c'est qu'il descende sur les oblations afin de réunir par le lien de l'unité tous les fidèles ([ui les recevront. Mais avons-nous vraiment ici l'épiclèse primitive? Xon, certainement, si l'on admet avec l'unk, qui a étudié de près la question, Das Testament unseres Ilerrn und die vcrwandten Schriftcn, Mayence, 1901, p. 147l.'iO, que la Constitution ecclésiastique égi/ptienne

est postérieure aux Constitutions apostoliques. Ces dernières, on le sait, possèdent l'épiclèse explicite à double membre. Du reste, la demande de transsubstantiation semble bien être déjà rattachée à l'épiclèse dans les passages cités de la Didascalie.

Si l'on admet, comme y inclinent plusieurs auteurs, que la. liturgie des Constitutions apostoliques, VIII, 5-16, appelée liturgie clémentine parce qu'elle est censée transmise par saint Clément de Rome, représente la liturgie la plus voisine des temps apostoliques, il paraît difficile de ne pas tenir l'épiclèse proprement dite pour une pièce tout à fait primitive.

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