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IV. FONDEMENTS SCRIPTUn.iIRES DE L'ÉPICLÈSE

Sans prétendre trancher cette délicate question d'origine liturgique, on peut trouver à l'épiclèse certains fondements scripturaires. Ainsi Heb., ix, 14, où l'auteur inspiré semble faire allusion à l'intervention du Saint-Esprit dans le sacrifice du Christ contrastant de ce chef avec les sacrifices mosaïques. Il y est dit que « le sang du Christ qui, par l'Esprit éternel, oià IIveJ[iaTo; aîtovio-j, s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera notre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant. » On sait que la Vulgate porte : per Spiritum Sanctum, comme d'ailleurs plusieurs manuscrits grecs portent àytou au lieu de aîwvîo'j. Cf. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1910, p. 351, note 1. Les deux leçons se rencontrent aussi chez les Pères qui, d'ailleurs, donnent à l'une et à l'autre un sens identique. Cf. S. Ambroise, De Spirilu Sancto, I, viii, 99, P.L., t. xvi, col. 728; S. Jean Chrysostome, In Heb., homil. xv, n. 2, P. G., t. Lxiii, col. 120; In .loa., homil. lxxiv, P. G., t. lix, col. 402. Voici l'idée qui ressort de l'ensemble du passage auquel ce texte scrip turaire est emprunté. Il s'agit de faire voir la transcendance du sacrifice du Christ sur les sacrifices de l'ancienne loi. Après l'avoir montrée parla différence de la matière, l'auteur la confirme par la différence du mode. Dans le rituel mosaïque, le mode du sacrifice, c'est l'aspersion du sang et l'holocauste par le feu, ou d'autres actes également matériels et grossiers, Lcv., xvi, 1-34; le mode spécial du sacrifice du Christ, c'est d'être offert par le moyen de l'Esprit éternel, de l'Esprit-Saint. On voit combien cette idée ressemble à celle qui fait le fond de toutes les formules d'épiclèse : à savoir, l'intervention mystérieuse du Saint-Esprit au sacrifice du cor])s et du sang de Jésus-Christ, intervention à laquelle est souvent rattachée, de même que dans ce verset de l'Épîlre aux Hébreux, la purification des consciences pour le service du Dieu vivant. Plusieurs formules occidentales d'épiclèse, Missale mixtum, dans /'. L., t. Lxxxv, col. 60t, 605, 620,et un grand nombre de docteurs orientaux, entre autres saint Éphreni et saint Jean Chrysostome, cf. Hoppe, op. cit., p. 255 sq., expriment une analogie symbolique entre l'action du feu céleste dans certains holocaustes anciens et l'intervention du Saint-Esprit dans le sacrifice eucharistique. La divinité de la troisième personne de la Trinité y est considérée comme un feu salutaire (pii consume la victime, consomme le sacrifice et ])urilic nos cœurs : tout aulant d'idées qui ])résenlent avec celles de Heb., ix, 14, un parallélisme frappant. Comparer, dans réi)iclèse de la liturgie clémentine, l'allribulde «témoin des souffrances du (Christ «donné au Saint-Esprit, Brightman, op. cit., p. 21 ; comparer aussi, dans les prières du missel romain avant la communion du prêtre, l'expression : qui volunlate Patris, coopérante Spirilu Sancto, per mortem tuani mundum viviftcasti.

De ce texte de l'Épître aux Hébreux il faut rai)proclier Boni., xv, 16. Saint Paul y parle de » la grâce que Dieu m'a faite d'être ministre de Jésus-Christ

ÉPICLKSE EUCHARISTIQUE

l)Our les gv'iitils, en m'acquillant du divin service de l'Évangile de Dieu, afin que l'olïrande des gentils soit agréée, élani sanctifiée dans te Saint-Esprit : » s'iç tÔ Etv.ai jAS >,ei-0"j;3Ybv Xpi^ro-j 'Ivio-oO eî; -rà èBvr,, ispoupYoOvra tÔ e-JayyÉ/.tov toû 0ïov, "va -j-ÉvriTai rj TtpOTçopà T(ôv È9v(iiv £Ù7:pô(7ûixTo;, Ti>,:a5aévri âv nv£-J[j.aTi àyio). On voit avec quelle insistance l'Apôtre marque ici le caractère sacerdotal, liturgique en quelque sorte, de sa mission. Aussi n'est-il pas étonnant que ce texte biblique ait été utilisé, par exemple, dans la liturgie grecque de saint Jacques au cours d'une de ces oraisons d'offertoire que nous avons appelées des prolepses d'épiclèse. Brightman, op. cit., p. 47. Cf. Hoppe, op. cit., p. 97, note 225.

Un autre fondement scripturaire de l'épiclèse consiste dans le discours de la cène. Joa., xv-xvii. Le fait de voir unie, dans ce discours d'adieu, la pensée de la passion, de la résurrection, de l'ascension et de la Pentecôte, l'insistance de Jésus à parler de l'activité future du Saint-Esprit, le tout en relation directe avec l'eucharistie qui vient d'être instituée et avec la prière que le Sauveur recommande de faire « en son nom », c'est-à-dire la divine liturgie, tout cela est bien de nature à porter à croire que le canon de la messe s'est inspiré de ce discours. Le sacrifice de l'autel constitue la grande tliéophanie de l'économie nouvelle. A cette théophanie eucharistique, les trois personnes divines ont leur rôle comme dans les thcophanies évangéliques : le Père, en qui est Jésus et qui est en Jésus, Jésus lui-même, prêtre et victime, et le Saint-Esprit qui est envoyé par le Père et qui rend témoignage de Jésus. Et cette théophanie eucharistique a pour but de produire entre le Christ et les disciples une union mystérieuse dont l'union des trois personnes divines entre elles est le type idéal. Qui ne voit que ces idées générales se retrouvent sous diverses formes au fond de toutes les anaphores et de toutes les formules d'épiclèse? Notons, en passant, dans Renaudot, op. cit., t. ii, p. 136, 144, une épiclèse syriaque qui s'inspire visiblement, pour ime expression, de Joa., xvi, 14 : per illapsiim Spiri/us Sancli, qui a Filio tuo accipit snbslanlialiler.

Sans doute, des rapprochements de ce genre ne suffîsent pas à lever toutes les difTicultcs; néanmoins, dans des questions aussi complexes, nous croyons qu'ils ont quelque valeur. « Les discours du Christ après la cène, a-t-on écrit avec raison, renferment toute la doctrine johannique (du Saint-Esprit) : ils préparent l'ère nouvelle qui va commencer, la vie de l'Esprit dans l'Église, et ils l'expliquent tout entière. •> Lebreton, op. cit., p. 418-419. L'eucharistie devant occuper dans l'économie nouvelle une place prépondérante, quoi d'étonnant que le Sauveur, dans ses instructions suprêmes, y dévoile à ses apôtres Factivitc mj'stérieuse du Paraclet? Sans doute, les apôtres ne comprirent pas tout de suite, dès le jeudi-saint, la portée des paroles du Maître. Mais Jésus ressuscité leur apparut plusieurs fois, durant les quarante jours qui précédèrent son ascension, « les entretenant du royaume de Dieu. » Act., i, 3. Ce simple mot de saint Luc nous ouvre de larges perspectives sur les enseignements complémentaires donnés alors par le Sauveur à ses disciples, comme pour réaliser ce verset de son discours d'adieu ; « J'ai encore beaucoup de clioses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. » Joa., xvi, 12. La tradition chrétienne primitive a compris parmi ces choses, dont le Christ ressuscité entretint les siens, des instructions spéciales sur le service eucharistique. S. Justin, Apol., I, lxvii, P. G., t. VI, col. 432; Eusèbe, Vita Constanlini. III, XLiii, P. G., t. XX, col. 1104. Cf. Clément de Home, / Cor.. XL, 4-5, P. G., t. i. col. 289. Le Saint-Esprit vint à la Pentecôte parachever l'instruction des dis-

ciples et leur rappeler tout ce que Jésus leur avait dit. Le Paraclet illuminateur les éclaira, entre autres choses, sur son activité propre et en particulier sur son intervention dans le mystère eucharistique. Sans préjuger la question des origines de l'épiclèse, nous croyons qu'il n'est pas téméraire de lui trouver dans le discours de la cène un fondement scripturaire de nature à en souligner une fois de plus l'importance théologique. Ce discours, outre qu'il accentue très nettement l'activité générale du Saint-Esprit, à côte de celle du Père et du Fils, dans la nouvelle économie du salut, nous semble, pour ainsi dire, situer spécialement son intervention dans le mystère eucharistique par rapport à la série des actes qui concourent à ce mystère. C'est pourquoi nous sommes porté à y voir le fondement scripturaire dont s'est servie la liturgie antique pour situer à son tour l'épiclèse dans la série des faits et des formules concourant au rite complet du sacrifice.

Le récit évangélique de la conception surnaturelle de Jésus en Marie de .Spiiitu Sancto, Matth., i, 18-20; Luc, I, 35, constitue un fondement scripturaire de l'épiclèse en vertu d'un raisonnement théologique, c'est-à-dire à raison de l'analogie entre l'incarnation et la transsubstantiation, attribuées l'une et l'autre par appropriation au Saint-Esprit. Cette analogie posée — et c'est là, peut-on dire, un postulat de la doctrine catholique — est-il surprenant que les Pères et les liturgies aient pris texte de ces passages évangéliques pour en tirer de suggestives applications à l'intervention eucharistique de l'Esprit divin? On constate ces applications dans maintes formules d'épiclèse. Dans les textes syriaques, en particulier, les mots employés pour désigner la descente du Saint- Esprit surlesoblats eucharistiques sont les mêmes que pour exprimer sa descente sur la Vierge au moment de l'incarnation. Ils correspondent aux verbes grecs £7tipy o[xai et ÈTr'.uxiâ'w mis par l'Évangile sur les lèvres de l'ange Gabriel annonçant à Marie le comment du grand mystère. Cf. Renaudot, op. cit., t. i, p. 224- 225 ; t. II, p. 88, 90-91, 512, 513. Voir aussi, entre autres documents analogues, une épiclèse du missel mozarabe, P. L., t. Lxxxv, col. 620.

A ces fondements scripturaires de l'épiclèse, il convient peut-être d'ajouter, au moins comme thème d'utilisation patristique, I Tim., iv, 4, 5 : « Tout ce que Dieu a créé est bon, et l'on ne doit rien rejeter de ce qui se prend avec action de grâces, parce que ceta est sanctifié par la parole de Dieu et par la prière. » La phrase de saint Paul ne saurait être restreinte à signifier l'aliment eucharistique. Il n'en est pas moins vrai que plusieurs Pères, entre autres Origène et saint Grégoire de Nysse, en ont fait directement l'application à ce dernier et ont employé la même formule pour désigner la prière transsubstantiatrice. P. G., t. XIII, col. 948-949; t. XLV, col. 97.^

Resterait à parler des termes evxap'ono'Tac, £-JÀo- YT|<Taç> employés par les synoptiques et par saint Paul dans le récit de la cène, et que plusieurs auteurs, surtout parmi les Orientaux, ont fait valoir en faveur de l'épiclèse. Nous allons essaj'er d'en déterminer la signification en examinant, d'après les textes sacrés, de quelle manière Jésus-Christ opéra la consécration eucharistique à la dernière cène.

IV. La formule de consécration eucharistique d'après l'Écriture s.\inte : l.\. consécration A LA dernière cène. — Comment Notre-Seigneur a-t-il accompli, au cénacle, le soir du jeudi saint, la transformation du pain et duTÏn en son corps et en son sang? Par quels gestes ou par quelles formules?

L'ensemble des théologiens et des exégètes, à quelques rares exceptions près, répondent que Jésus a

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

consacré en prononçant ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Cependant il n'y a à ce sujet aucune définition de foi, et plusieurs auteurs tant anciens que modernes ont attribué à ces paroles une simple valeur déclarative : le Sauveur, avant de les proférer, aurait déjà opéré le changement miraculeux par un geste de bénédiction ou par une for mule qui ne nous a pas été transmise.

Disons dès maintenant que tout favorise l'opinion commune, tant dans les écrits du Nouveau Testament que dans les documents patristiques ou conciliaires. Et Suarez déclare avec raison que l'opinion contraire mériterait, à tout le moins, la note de témérité. Disp. LVIII, sect. I, n. 4.

1 ° Les récits de l'institution. — Toutefois, pour nous faire une opinion motivée sur ce point, nous allons examiner les divers récits de l'institution de l'eucharistie. Ils sont au nombre de quatre, fournis les trois premiers par les Évangiles synoptiques, le quatrième par la P" Épître de saint Paul aux Corinthiens.

Voici ces quatre relations. C'est à dessein que l'on a donné à la traduction un caractère très littéral, do manière à reproduire aussi fidèlement que possible la phj'sionomie du texte grec original; on ne citera de ce dernier que les mots nécessaires pour la discussion.

version assez notables au sujet'des paroles que Jésus prononça sur le calice.

La première anomalie est celle que présente saint Marc, qui, à rencontre des trois autres narrateurs, place la participation des convives à la coupe avant la formule même de la seconde consécration : « Il leur donna la coupe et ils en burent tons; et il leur dit : Ceci est mon sang, [le sang] de l'alliance, répandu pour beaucoup. » La seconde consiste dans la place, différente chez les deux premiers synoptiques et chez le troisième, qu'occupe la déclaration eschatologique du Christ : « Je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu'à ce que le royaume des cieux soit venu. « Saint Luc rapporte cette parole à une première coupe, au début du repas; saint Matthieu et saint Marc ne la signalent qu'après la consécration du calice. De part et d'autre, une question se pose : la première coupe de saint Luc est-elle eucharistique? Ce verset eschatologique est-il, dans saint Matthieu et saint Marc, à sa place normale?

La première anomalie, celle qui concerne l'anticipation narrative de saint Marc, a depuis longtemps reçu une explication naturelle. La petite phrase du deuxième Évangile : « et ils en burent tous, » doit être considérée comme « une parenthèse, amenée par le rapprochement naturel des idées entre la prc—

MaUh., XXVI, 20, 2fi-29.

20. Le soir venu, .lésus était ùtablo avec les doiizedisciples.

(Suit l'annonce de la trahison de Judas, 21-2.").)

26. Pendant qu'ils mangeaient, .lésus, prenant ('a'/Sù-,) du pain et [!e] bénis.sant (=JX',- ■,-/,Tc<;)> [le] rompit et le donnant (Soj:) aux disciples, dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps.

27. Et prenant (■/.aC,;,,) une coupe et rendant grâces (sj- ///.fi'jT/.ira;), il la leur donna en disant (";,!■;(.>.): « Buvez-en tous,

28. car ceci est mon sang, [le sang] de l'alliance, qui est répandu pour beaucoup en rémission des péchés.

29. .le vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour ou je le boirai avec vous, nouveau, dans le royaume de mon Père. »

ilarc, XIV, 17, 2-2-2.-..

17. Le soir venu, .lésus vient avec les douze. (Suit l'annonce de la trahison de .hidas, au cours du repas, 18-21.)

22. Pendant qu'ils mangeaient, prenant (>.«e..'.v) du pain, fie] bénissant {i!iloir,noiq), il [le] rompit et le leur donna et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » 23. Et prenant (Vr/ô..',-,) une coupe, rendant grâces (s v/ctf.rt/.v!/.;) il la leur donna, et ils en burent tous. 24. Kl il leur dit : " Ceci est mon sang, [le sang] de l'alliance qui est répandu pour beaucoup. 2G.

Kn vérilé je vous le dis, je ne boirai plus du fruit de la vigne jus(]u'au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu, n

Luc, xxii, 14-20.

14. Lorsque l'heure futvonue, il se mit à table, et les apôtres avec lui. 15. Et il leur dit :

« J'ai ardemment désiré manger cette pâqiie avec vous avant de souffrir. 16. Car. je vous le dis, je ne la mangemi plus jusqu':'i ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. » 17. Et ayant reçu (^t;ci;i!vo;) une coupe, rendant grâces (tJ/afiTr/.Tv;), il dit : « Prenez ceci et distribuezle entre vous. 18. Car je vous le dis : je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu. » 19. Et prenant ('/.'/.S..'./) du pain, rendant grâces (iJ/»f.iT/.>7crO. il [le] rompit et I le] leur donna en disant ('/,;■/<■..) : 0 Ceci est mon corps, 19\ qui est donné: faites cela en mémoire (le moi. » 20. [Il pril] de mi'mc la coupe après le souper en disant CAiviii.) :

<( Cette coupe [est] la nouvelle alliance en mon sang qui est répandu pour vous. » (.Suil la dénonciation du traître, 21-23.)

I Cor., XI, 23-25.

23. J'ai appris du Seigneur ce que je vous ai aussi enseigné, que le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain, 24. et, rendant grâces (sj/aftTT/.T'/:), [le] rompit et dit:

0 Ceci est mon corps, qui [est donné] pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » 25. [Il fit] de même au'si pour la coupe, après avoir soupe, en disant Q.i-(t,n) : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Kaites cola, chaque fois que vous [la] boirez, en mémoire de moi. »

A regarder de près ces quatre récits, on n'a pas de peine à constater qu'ils forment deux groupes parallèles: d'un côté, s.iinl .Matthieu et saint Marc; de l'autre, saint Luc cl saint l'aiil. (^es deux groujjcs sont subslanticllemciil concordants et paraissent indépendants l'un de l'autre.

Sans entrer dans le détail des objections rationalistes contre l'historicité de ces documents, objections victorieusement réfutées, d'ailleurs, par la critique catholique, il nous sera utile de nous arrêter un instant à deux anomalies souvent signalées dans les récils que nous éludions. Ce sont deux cas d'inter-

DICT. DE TIIKOI,. CATHOL.

senlalion de la coupe et le fait de boire, une aiilicil)ation glissée rapidement et qui ne prétend pas interrompre la trame du récit; d'autant que cette phrase, d'un grec l)ébra'is;int . peut signirier aussi bien la simullanélté que la succession des actts. » Hivière, Histoire du doqme de In rédemption, Paris, 1905, p. 82. C'est un simple artifice historique, très fréquent dans la Bible, et bien connu des commentateurs anciens qui l'appelaient Imsicrologia. In Marco, xiv, 23, est luistcrologin, diim ait : El biberuni ex illn omna, ac moxrnnsecrassr narrât. Corneille de I ajiierrc, In Matih., XXVI, 27, Commrntar., Naples, 18.'i 1 sq., t. viii, p. .379.

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

Quant à la (K'claration cscliatoloj^ique, file est présentée 11 comme un asijndclon, ^uns lien organique avec le contexte imraédialement précédent : un simple xai eÎTTEv a'jTotc (('/ // leui- dit), qui l'introduit, peut parfaitement indiquer un complément, étranger i)ar son origine aux formules de consécration auxquelles il fait suite. » C. Viui Crombrugghe, dans la Revue d'histoire ecclésiastique de Louvain, t. ix (1908), p. 331-332. A cette explication il convient d'en ajouter une seconde, qui consiste à rétablir d'après saint Luc l'ordre des faits, et à voir dans la première coupe signalée par lui autre chose que la coupe eucharistique.

Sans insister ici sur les difficultés du texte sacré, voici comment nous résumerons cette question, avec Van Crombrugghe, op. cit., contre Andersen, Loisy, Viteau, Batiffol, etc., qui admettent que la pcricope Luc, XXII, 14-20, comprend deux récits concentriques de la même cène eucharistique.

11 Tout porte à croire que saint Luc a voulu rapporter deux cènes distinctes. La première est toute pascale, celle que Jésus a vraiment désiré de manger avec ses disciples : au cours de ce repas rituel, Jésus fait circuler une des coupes prévues par l'usage juif, et à cette occasion il prononce le logion eschatologicfue : « Je ne boirai plus du produit de la vigne jus- « qu'au jour où le royaume de Dieu sera venu.» Cette pâque est la pâque de l'ancienne alliance; elle est rapportée en deux actes, précisément parce qu'elle va être remplacée par les deux actes de la cène eucharistique, dont l'institution est exposée aux versets 19-20. » Van Crombrugghe, op. cit. Cette distinction des deux cènes dans le récit de saint Luc a été soutenue aussi par A.Tiesch, Aussrrkoiwnische Paralleltexle, Leipzig, 1895, t. m, p. 676.

Saint Matthieu et saint Marc, eux, ne parlent que d'une seule coupe, la coupe cucliaristique. Comme ils ont voulu néanmoins signaler le logion eschatologique, ils l'ont rattaché à cette unique coupe. INIais il est visible que, dans les deux premiers synoptiques, ce logion n'est pas à sa vraie place, puisqu'il y est question du iruit de la vigne, et que saint Luc a raison de le rapporter à une coupe différente de la coupe eucharistique. Cf. Panel, Préliminaires historiques de la passion de Jésus, Élude critique (thèse), Lyon, 1903, p. 93-95; E. Mangenot, Les Évangiles synoptiques, Paris, 1911, p. 461-468.

2° Action de grâces, bénédiction et formule consécratoire. — On a opposé, entre autres raisons, à la distinction des deux cènes, l'une pascale et l'autre eucharistique, dans le récit de saint Luc, la présence — de part et d'autre — d'une action de grâces désignée par le verbe eùxapurrôiraç et que l'on identifie, sans plus, avec la consécration eucharistique. Telle est l'argumentation de J. Viteau, qui écrit : «Au ji. 17 (de S. Luc) on lit : /.a'i Ss^à]j.evoi; TtoTripiov eù/api<TTr)(Taç etTtev, alors il prit une coupe, la consacra et dit... \n p. 20, on lit : xa\ tô notripiov ûo-aÛTo);,// fit la même chose pour la coupe. Il faut donc suppléer devant TÔ TTOTTipiov les mêmes verbes que devant apiov, c'est-à-dire xal ).aêùv to ttottipiov eJ-/api(TTr,(ia; é'Stoxsv aÙToï; Xéyuv, il prit la coupe, la consacra et la leur donna en disant... Il y aurait eu ainsi deux consécrations pour la coup*, l'une avant le dîner et l'autre après, ce qui n'est ni naturel ni logique. » J. Viteau, L'évangile de l'eucharistie, dans la Revue du clergé français, 1904, t. xxxix, p. 8 sq.

Que cette double consécration du calice ne soit ni naturelle ni logique, j'en conviens parfaitement. Mais pour admettre une consécration unique de la coupe, est-il nécessaire, comme semble le croire J. Viteau, de donner au mot eùxapidrôira; un sens différent au j. 17 et au ,t. 20 où il doit être suppléé?

Faut-il dire que, dans le premier cas, il s'agit d'une simple bénédiction, et d'une consécration dans le second cas? Pas le moins du monde, croyons-nous. Mais alors que signifie cet ev/apiïT/iO-aç ou son équivalent eJ).0Yr|i7a;, et à quelle action de grâces ou à quelle bénédiction font allusion ces mots?

11 est certain, d'après les récits évangéliques, que l'institution de l'eucliaristie eut lieu au cours, ou plus probablement, à la fin d'un repas du soir. Bien que les synoptiques ne paraissent pas pouvoir s'expliquer autrement que du repas pascal proprement dit, il nous importe peu ici de discuter ce point.

Or, il n'est pas douteux que Jésus ait pratiqué, au cours de sa vie, les usages juifs, et notamment la bénédiction ou action de grâces, usitée dans les rej)as. L'Évangile signale à plusieurs reprises la bénéilicllon ou l'action de grâces jointe à la fraction du pain. Ainsi dans le récit de la multiplication des pains, les quatre évangélistes montrent le Christ bénissant et rendant grâces avant de distribuer le pain à la foule. Les synoptiques ajoutent même le geste des yeux levés vers le ciel. Matth., xiv, 19; Marc, vi, 41; Luc, IX, 16.

Dans le récit de la cène, les mots vjyaç,'.'j-r,'j3.ç ou £-j).ri-|'r,Taç doivent désigner une action analogue à la bénédiction du pain et du vin en usage chez les juifs dans les repas ordinaires. Ils ne désignent d^nc pas la consécration, mais plutôt un rite préparatoire à la consécration.

Cette explication se fonde, en outre, sur le sens primitif des verbes c'jyapia-EÎv et eùXoytn, lequel, tout comme pour l'hébreu barak qu'ils traduisent, ne comporte en aucune façon l'idée de consécration. Cette signification de consacrer, que les verbes cOy.apiTTsîv et EijÀoYEîv n'avaient pas primitivement, ne tarda pas à leur être donnée par les auteurs chrétiens. Saint Paul, appliquant à l'eucliaristie une expression juive qui désignait la troisième coupe pascale, l'appelle le calice de bénédiction que nous bénissons, xo ■noTriptov TT|Ç e'j/oyiai; ô i\)lofo\iii.iv, I Cor., x, 16; et saint Justin dit que le pain et le vin sont eucharisties par la formule de prière qui vient du Christ, Apol., i, 66. Orsi, Disserta! io theologica, p. 5 sq., cite un bon nombre de liturgies orientales qui, comprenant l'action de grâces au sens de sanctification, consécration. disent : grattas egil, benedixit, sanctificavitet gustavit. et poslca dédit discipulis suis dicens : Hoc est corpus meum. Voir aussi Hoppe, op. cit., p. 296-297. La liturgie grecque de saint Jacques porte même ceci : àvaSsiÇaç coi TÙ 0£(ï) xai Ilarp;, eû/apiTTi^Ta;, TiXrida; nv£J(j.a-oî ''Aylo-j, ïUù-/.t. Brightman, op. cit., p. 52. Mais dans les récits évangéliques de la cène les deux mots £Jyapi(jTr|(7a; et vjloyriaa.i gardent encore exclusivement leur sens juif.

I! faut ajouter enfin que le participe aoriste paraît bien exprimer ici la consécution entre la bénédiction et la formule consécratoire, et tout autant le caractère secondaire de la bénédiction ou action de grâces. Sans doute, d'après la syntaxe grecque, le participe aoriste peut s'employer pour le participe présent, par attraction, lorsque le verbe principal est à l'indicatif aoriste. Mais cette observation grammaticale favorise notre explication, loin de la contredire. Nous verrions volontiers l'application de cette règle dans le texte de saint Matthieu pour exprimer la concomitance de l'action de grâces avec la fraction, précédant l'une et ] 'autre l'acte de donner aux apôtres l'aliment eucharistique en disant la parole consécratoire : Ceci est mon corps. C'est ainsi que la phrase du premier Évangile : Àaêojv ô 'ItiToûç xpTov xai £'j),oyT|Taç ïxXaiiEv xa't ôoC; Toî; liaÔTiTat; tlizvj, Matth., xxvi, 26, pourrait se traduire de la manière suivante :« Jésus, prenant du pain et le bénissant (ou : rendant grâces), le rompit.

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

puis le donna aux disciples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. » Il paraît bien difficile d'admettre la concomitance de tous ces actes, et bien que les auteurs sacres n'en aient pas marqué de façon rigoureusement précise l'ordre de succession, la consécution de la formule consécratoire par rapport à la bénédiction ou action de grâces semble indéniable.

Quant à la formule consécratoire elle-même, voir Eucharistie dans l'Écriture.

Voici comment, on pourrait résumer l'histoire de l'institution de l'eucharistie. Pendant le repas, probablement au début, Jésus avait annoncé sa passion et qu'il ne mangerait plus la Pâque jusqu'à son accomplissement dans le royaume de Dieu. Luc, xxii, 15, 16. Ce fut vraisemblablement en prenant une ■des coupes prescrites par le rituel juif, peut-être la première, qu'il réitéra cette annonce, et déclara qu'il ne boirait plus du produit de la vigne jusqu'à l'avènement du royaume de Dieu. Luc, xxii, 17-18; Matth., XXVI, 29; Marc, xiv, 25. Avant la fin du repas, sans que nous puissions savoir à quel moment précis, Jésus prit du pain, le bénit en rendant grâces, ■c'est-à-dire en louant Dieu, et le rompit; puis il le donna aux disciples en disant : « Prenez, mangez. Voici mon corps pour vous, >- c'est-à-dire, comme l'a traduit saint Luc : « Ceci est mon corps qui est donné pour vous. » Et il ajouta : i. Faites ceci en mémoire de moi. » A la fin du repas, sans doute au moment de boire la coupe qui devait clore le festin, Jésus prit le calice et rendit grâces en louant Dieu ; puis, faisant allusion à l'ancienne alliance de Dieu avec Israël par l 'intermédiaire de Moïse, alliance consacrée par le sang des victimes répandu sur le peuple, Exod., xxiv,3-8; ■cf. Zach., IX, 11, et rappelant la nouvelle alliance prédite par les prophètes, Jer., xxxi, 31 sq. ; Ezech., XVI, 60 sq. ; Ose., ii, 20, il dit aux apôtres en leur i^résentant le calice : o Buvez-en tous, car voici le calice, la nouvelle alliance dans mon sang, » c'est-à-dire, selon l'expression des deux premiers synoptiques : 0 Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui est répandu pour vous et pour un grand nombre en rémission des péchés. r> Enfin il ajouta : « Faites ceci, toutes les fois que vous boirez (de ce calice), en mémoire de moi. »

3" Les diverses opinions. — 11 sera utile d'ajouter un aperçu des diverses opinions émises au sujet de la manière dont Jésus-Ciu-ist a consacré au cénacle.

Saint Thomas, à propos de l'objection que, dans le récit évangéliquc,la bénédiction précède les ])aroles sacramentelles, signale les o|)inions connues de son temps. « Certains ont dit que le Christ, en vertu du pouvoi r d'excel lencc (c'est à-dire d'un pouvoir suréniincnt propre à Jésus-Christ, en vortu duquel il peut, par exemple, produire dans le rite sacramentel l'effet du sacrement, cf. S. Thomas, III\ q. i.xvi, a. 3), qu'il avait sur les sacrements, opéra ce sacrement sans aucune forme verbale, et qu'ensuite il prononça les paroles qui devaient être désormais pour les autres la forme de la consécration. C'est ce que semblent donner à entendre les lignes suivantes d'Innocent 111 (f 1180) au 1. IV, De mysler. missœ, vi : « On peut " dire (jue le Seigneur consacra par sa vertu divine et « (|u'il prononça ensuite la forme (juc ses disciples • devaient employer après lui pour la consécration, » D'autres ont dit que la bénédiction dont i)arlc l'Évangile se fit par des paroles que nous ignorons... D'autres en fin, que cette bénédiction se fit par les mêmes paroles qu'aujourd'hui, mais que le Christ les prononça deux fois, d'abord secrètement pour consacrer, puis à haute voix pour instruire les apôtres. » Sum. throl., III«, q. i.xxviii, a. 1, ad 1"". Cf. In IV Sent., 1. IV, dist. VIII, q. Il, a. 1, q. v.adl'"".

Ajoutons-y l'opinion de saint Thomas lui-même qui , avec plusieurs Pères anciens, avec saint Bonaventure et un certain nombre d'autres auteurs, acceptant le sens ultérieur des mots e'ùXoYetv et £y-/ap[(7Teïv, a pensé que le Sauveur bénit ou rendit grâces en disant les paroles sacramentelles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.

Le passage cité d'Innocent III exprime une opinion reconnue par lui comme proljablc, plutôt que son opinion personnelle. Au chapitre indiqué de son ouvrage sur le sacrement de l'autel, composé, comme on sait, avant son élévation au souverain pontificat, il pose nettement la question : qiiando Christiis confecit et sub qua forma? Or voici la première réponse qu'il y fait : Ciini ad prolalionem vcrborum istorum : Hoc est corpus rneum, hic est sanyuis meus, sacerdos conficiat, credibile judicatur quod et Christns eadem verba diccndo conjecil.De sacro altari^ niysterio,\. IV, c. vi, P. L., t. ccxvii, col. 859. C'est seulement après cette l)remière affirmation qu'il énumèrc les autres opinions, en terminant par la plirase qu'on a lue plus haut. La formule initiale de cette phrase : Sane dici potest, indique bien sa pensée, qui est simplement de déclarer non improbable l'opinion qu'il a énoncée : sane dici potest quod Ctiristus virtute divina confecit et postea formam c.vpressit sub qua postcri benedicercnl. Ipse namque pcr se virtute propria benedixit, nos autem ex illa virtute quam indidit ver bis. Ce qui a, semblc-t-il, jeté quelque incoliérencc dans le jugement d'Innocent III sur cette question, c'est d'avoir compris, comme d'ailleurs saint Tliomas, saint Bonaventure et beaucoup d'autres, dans le sens de consécration,la bénédiction ou action de grâces préalable faite par Jésus sur le pain et le vin. Il déclare, en elTet, un peu plus loin en termes formels : Christus confecit quuni benedixit. Ibid., c.xvii, col. 868. Cf. Durand de Mendc, Rationale, IV, xli, 15; Le Brun, op. cit., t. v, p. 225.

Si la pensée d'Innocent III demeure un peu indécise, il n'en est pas de même de quelques autres écrivains ecclésiastiques qui se sont nettement exprimé'; sur ce point. Saint Ciaudence de Brescia (f vers 110) semble n'avoir attribué aux paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, dans la bouche du Sauveur, qu'une valeur purement déclarative: » Nous savons, écrit-il, que lorsqu'il présenta à ses disciples le pain et le vin consacrés, Jésus leur dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. ■> Tract. Il, De ratione sacramcntorum, P. L., t. xx, col. 859. On rencontrerait, sans doute, au cours d'une en(|uête met liodiquc et complète, d'autres textes patristiques analogues à celui là.

Parmi les auteurs du moyen âge, signalons Odon ou Eudes de Cambrai (fllL'i) et Etienne (l'.\utuu (f 1139). Le premier, tout en enseignant très clairement que la forme du sacrement consiste, pour nous, dans les paroles du Sauveur, Expositio in canonein niissx, P. L., t. ci.x, col. 1063, croit que celui ci a consacré par la bénédiction avant de prononcer la formule qui, sur nos autels, accomplit le mystère. Accepit pancm, dit-il : adimc panem, nondum carnem... Benedixit, suum corpus fecil. Qui prius crot panis l>enedictione faclus est caro. Modo caro, jam non panis... Patel quod panis accepta bcncdirtione est caro. Modo caro, jam non panis... Palet quod panis accepta benediclione factus sil corpus Christi. Non enim post bencdictionem dixissel : Hoc est corpus meum, nisi in benediclione ficret corpus suun\. Ibid. Cf. Le Brun, op. cit., t. v, p. 230-231. D'après Etienne d'Autun, les paroles : Ceci est mon corps, ceci est nwn sanq, auraient (l'abord été dites à voix basse pour opérer la consécration, puis répétées à haute voix pour enseigner aux apôtres la formule dont ils devaient se servir. Ou bien encore, le Seigneur a consacré par la béné-

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

diction et a ensuite prononcé les paroles en leur donnant pour l'avenir la vertu du sacrement. Tract, de sacrum, altaris, c. xvii,P. L., t. clxxii, col. 1292.

Ces opinions sont toujours, on le voit, en fonction du sens de consécration donné à tort au bcnedixil du récit de la cène. C'est l'idée de l'épiclèsc qui a poussé dans une voie analogue le dominicain AmbroiseCatharin (f 1553) et le franciscain Christophe de Cheffontaines (f 1595). L'un et l'autre pensent que le Sauveur a opéré la consécration avant de prononcer les paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, soit qu'il l'ait accomplie par un acte silencieux de sa toute- I)uissance, soit, tout au moins, par des paroles différentes de celles-là. Voir Le Brun, op. cit., t. v, p. 229- 241. Voir Cheffontaines.

Catharin envoya son ouvrage au concile de Trente, mais celui-ci ne voulut pas trancher cette question. C'est ce que nous apprend Salmeron, auquel Hoppe a prêté à tort la même opinion. Salmeron, Comment, in hist. evangel., t. ix, tr. XIH, s'exprime en ces termes : Non dissimiilabo quod in cnncilio Tridenlino cum quidam thcologi id pelèrent, ut explicarclur forma qua Chrislus eonfccit hoc sacramentum,auditis hinc inde rationibus, nihil esse definiendum prudenter Patres censuerunt. Le savant jésuite s'étend longuement sur l'explication de Catharin; mais il avertit, en terminant, que, bien que le concile de Trente' n'ait pas voulu décider de ce point, l'oiiinion la plus fondée est la doctrine traditionnelle d'après laquelle le Sauveur a employé pour consacrer la même formule que nous, Hicc idcirco tam late a me atlata sunt ad hanc firmandam senicntiam, non quod posl concllii Florcntini decretum tam unanimiter in scliolis receptum et dure ab adversariis explieatum, tutam eam existimem, sed ut videos quibus se lueantur rationibus et iis pcr te ipsum facile dissolutis in ea scntenlia permaneas, quse eadem forma nos dicit consecrare qua Cluistus ipse consccravit. Ibid.

Au xix« siècle, un théologien catholique, Hoppe, a repris la thèse de Catharin et soutenu que les paroles: Ceci est mon corps, ceci est mon sang, n'avaient sur les lèvres du Christ qu'une valeur énonciative, bien qu'elles constituent aujourd'hui la forme du sacrement. Hoppe, op. cit., p. 298.

Enfin, d'après Watterich, prêtre vieux-catholique, mort réconcilié avec l'Église romaine, Jésus aurait opéré la consécration au moyen d'un simple geste de bénédiction (Segensgeberde) signifié par les mots iùy.oyriaa.i et sù/apiCTTriCTaç. Les paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sfuii/, n'auraient fait qu'exprimer après coup la transformation mystérieuse déjà accomplie. Watterich, Der Konsekrationsmomenl im tteiligen Abendmahl und seine Geschichte, Heidelberg,

A rencontre de ces diverses opinions, les théologiens catholiques ont, pour la plupart, après comme avant le concile de Trente, considéré les paroles de l'institution : Ceci est mon corps, ceci est le calice de mon sang comme la forme unique avec laquelle le Sauveur lui-même a consacré, ainsi que consacrèrent également, plus tard, les apôtres et leurs successeurs conformément à l'ordre reçu du Maître. Nommons, entre autres, Bessarion, Bellarmin, Bona, Arcudius, Allatius, Goar, Orsi, Pierre Moubarak, ces deux derniers surtout contre Touttée, Renaudot et Le 15run, contre Catharin et Christophe de Cheffontaines, Tournely, Cursus theoL, De eucharistia, q. iv, a. 8; parmi les modernes, Henke, Die katholische Lehre iiber die Consecrationsworte der hciligen Eucharistie, Trêves, 1850; Franzelin, Verlage, Scliwctz, Kô.sing, Hurter; spécialement contre Hoppe, B. Thalhofer, dans Wiener kathol. Vierteljahrschrift, 18C6, p. 610; Das Opfer des allen und ncucn Bandes, Ratisboiine,

1870,p.243; J.Th. Vranz, Die cucharisl.Wandhmg und Epiklese, Wurzbourg, 1877-1880; Oswald,/)(e Sacramentenlchre,'!'- édit., Munster, 1877, p.463-4C6; Gihr, Das heilige Messopfer, 2'^ édit., Fribourg-en-Brisgau,. 1880, p. 502 sq. ; contre Watterich, Schanz, dans Ucr Katholik, 1896-1897; Lingens, dans Zeitsclirift fiir die katholische Théologie, 1897; Le Bachelet, dans les Études, 1898, t. lxxv, p. 805 sq. Cf. A. Schmid, Altarssacrament, dans Kirchenlexikon, 2" édit., 1882, t. I, col. 603-607.

V. La formule de consécration eucîiaisistique d'après la tradition. — /. hA TRAniTios ii'oniE.xr et d'oicwest .iisqi'al- viir siècle. — On peut résumer la doctrine de cette période en deux propositions :

1. La plupart des textes des trois premiers siècles et plusieurs encore aux siècles suivants parlent de la prière consécratoire en général, c'est-à-dire de ce que nous appelons aujourd'hui le canon. C'est certainement le sens qu'il faut donner aux termes de prière, imweation (é7r;y.)./i(Ti;), supplication, et autres semblables, où l'on aurait tort de voir exclusivement l'épiclèse proprement dite. Cependant, un bon nombre de ces textes indiquent déjà le rôle prépondérant des paroles de Jésus-Christ et leur efficacité propre.

2. A partir de la seconde moitié du iii« siècle, nous constatons que la consécration est attribuée à la fois à Jésus-Christ et au Saint-Esprit, et les attestations de l'épiclèse proprement dite commencent. Mais des affirmations très catégoriques, tant en Orient qu'en Occident, surtout à partir du iv« siècle, indiquent que ce sont les paroles de l'institution qui jouent le rôle de forme, et non pas l'épiclèse. Signalons les principaux témoignages à l'appui de ces deux propositions.

1" La prière consécrcdoirc en général. — D'après les documents des trois premiers siècles, le rite eucharistique se compose d'une série assez longue de prières et d'actions de grâces (EÛ/ai v.où eù-/api(7T['ai, dit saint Justin, ApoL, i. 13, P. G., t. vi, col. 345, précisant un peu plus rs-jyapta-tiade la Didaché et des lettres de saint Ignace d'Antioche), dont le point central est le récit de la cène comprenant les paroles du Sauveur.

Tout cet ensemble, saint Justin le désigne sous le nom de Xdyoi; E'jyii; y.a\ eO-/apt(TTÎaç, " la formule de prière et d'action de grâces », et sous celui de X^yo; eO/îi; ô Tiap' avToO, « la formule de prière qui vient du Christ ». ApoL, i, 65-67, P. G., t. vi, col. 428- 432; Kirch, Enchiridion fontium hist. ceci, ant., Fribourg-en-Brisgau, 1910, p. 30-34. Cette formule a pour effet d' " eucharistier » les éléments, selon le terme de l'apologiste, c'est-à-dire de les consacrer. Tr|V 6'.' E'JX^i? Xôyo'j xoû Ttap' aOroO ev);apt(7T»;6eî(Tav xpocp^iV... 'Iy)(7oO y.al crdipy.a v.a'i al[j.a Èôt5à/9ïip.£v elva; : « eucharistiée par la formule de prière qui vient de lui (du Christ), cette nourriture, d'après l'enseignement que nous avons reçu, est la chair et le sang de Jésus. » Ce ).ôyo;, cette formule, semblable à la parole de Dieu agissant dans l'incarnation, opère la transsubstantiation en vertu de la toute-puissance divine. Il est remarquable de constater dans cette description, la plus ancienne de toutes, de l'anaphore eucharistique, la comparaison de l'incarnation et de l'eucharistie qui restera fondamentale à travers toute la tradition. Or, dans l'exégèse du message angélique de l'Annonciation, saint Justin attribue la conception surnaturelle du Christ à l'intervention du Logos, vertu ou puissance de Dieu. ApoL, i, 33, col. 381. L'intervention eucharistique du Saint-Esprit ne semble donc pas être dans la perspective de saint Justin, bien que l'épiclèse pût faire partie de la liturgie qu'il décrit. Voir mon article : La liturgie décrite par saint Justin eC

EPICLESE EUCHARISTIQUE

fcpiclcse, dans les Échos d'Orienl, 1909, t. xii, p. 129 sq., 222 sq.

Même doctrine dans saint Irénée : ni:iis ici la formule consécratoire est appelée " la parole de Dieu ', xbv Xôyov ToO 0£oû, et « l'invocation de Dieu », Trjv iTTt'-xXïi'jiv Toû 0£o\i, ou encore « la formule de l'invocation », TÔv Xoyov T?;; è7:tx),T|a-ew;. Cont. hœr., I, XIII, 2; IV, XVIII, 4, 5; V, ii, 3; P. G., t. vu, col. 580, 1028-1029, 1125-1127. Ce terme d'invocation, qui apparaît ainsi pour la première fois au ii« siècle (cf. les Acla Thomœ, œuvre gnostique de la première moitié du m" siècle, c. xlvi, édit. Bonnet, Leipzig, 1903, p. 116; Scheiwiler, Die Elcmenie der Eucfiaristic in den ersten drei Jahrluinderten, Mayence, 1903, p. 153; Struckmann, Die Gcgenwart Christi in der hl. Eucliaristie nach den schrifllichen Quellen der vomizànischen Zeit, p. 107-108), ne désigne pas, chez saint Irénée, exclusivement du moins, l'épiclèse actuelle, mais bien tout l'ensemble de la formule eucharistique d'alors, autrement dit toute l'anaphore, tout le canon.

C'est avec ce sens que le mot revient, au iii<-' siècle, sous la plume de saint Firmilien de Césarée : celui-ci parle d'une pseudo-prophétesse qui contrefaisait le rit eucharistique en employant à cet eKctV invocation et la prière ou formule accoutumée : eti<un hoc fréquenter ausa est, ut et invocatione non conlcmptibilisanctificare se panem et cueharistiam facerc simularet, et sacrificium Domino non sine sacramcnto solita; prœdiccUionis offerret. Parmi les lettres de saint Cyprien, Epist., Lxxv, P. L., t. m, col. 1165 ; cf. t. iv, col. 413. Il a le même sens également dans un texte de saint Basile que l'on objecte souvent à la doctrine catiiolique sur la forme de l'eucharistie, mais qui nous paraît, au contraire, lui être entièrement favorable.

Avant de citer ce texte très imjjortant, signalons les expressions de signification identique employées par d'autres auteurs des cinq i)remiers siècles.

Pour Origène, In Matth., homil. xi, 14; Contr. Cels., VIII, xxxiii, P. G., t. xiii, col. 949; t. xi, col. 1565, et pour saint Grégoire de Nysse, Oral, catech., xxxvii, P. G., t. XLV, col. 96-97, c'est " la prière, les prières et actions de grâces, la jjrière faite sur le pain et qui le sanctifie »; mais il faut ajouter que c'est aussi " la parole de Dieu cl l'invocation», selon la locution empruntée à I Tim., IV, 5 (otà Xô-pv ©soC ■/.%: i-nvjU''K), ou simplement « la parole de Dieu dite sur le pain > ; hâtons-nous, d'ailleurs, de dire que saint Grégoire de Nysse précisera tout à l'heure que cette parole n'est autre que celle du Christ : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Pour Eusèbe, De laud. Constantin!, c. xvi, /'. G., t. xx, col. 1425-1427, ce sont " les prières et la mystérieuse OEoÀoyia , ô; ' vltyii-/ •/.al aTioppriTou OEoXoYJa;. Sur ce dernier mot, dont la signification paraît être « doxologic ' ou ■' action <le grâces â Dieu », voir Cagin, Te Deuni ou illalio, p. 324 sq. Pour saint .\thanase, Serm. ad bapti:., fragments, P. G., t. XX VI, coi. 1325-ir)26;cf. t. i.xxxvi, col. 2401, ce sont " les grandes et admirables prières et les saintes supplications >, Uziion ax'i êeriO-et;..., aï iif(ilai Evya'i y.a'i àyca; ly.içi'ai, après les<iuelles « le Verbe descend sur le pain et sur le calice. '

Pour saint Ambroise, c'est " le mystère de la prière sacrée », per sacrœ orationis mijsterium. De ftde, IV, X, 154, P. L., t. XVI, col. 667, ' la bénidi.tio.i divine ; mais c'est aussi, et d'une manière très [jrécise, " la bénédiction du Christ et la consécration par les paroles du Christ. » De mi/steriis, ix, 50-54, P. L., t. XVI, col. 422-424. Pour saint Augustin, c'est " la prière mystique qui consacre », prrrc mi/stica consr- ^ralum, J)r Trinitate, I. III, c. iv, 10, P.' L., t. xlii, col. 873-87 I ; pour saint .lérôme, ce sont ' les prières », precrs qui bus Christi corpus conficitur, ou encore

« la solennelle prière », solemneni orationem. Epist., cxLvi, ad Evangelum; In Soph., cm, P. L., t. xxn, col. 1193; t. XXV, col. 1375. Cf. S. Grégoire le Grand, Epist., IX, 12, P. L., t. Lxvii, col. 956, où les deux expressions 77!o,f posl preccni et mox post canonem, sont données comme absolument équivalentes; Théodoret de Cyr(t458), Eranistes, ii, P. G., t. lxxxiii, col. 168, où la formule consécratoire est appelée « l'invocation sacerdotale », lEpanx/i èth'xXïiti?.

Il ressort avec évidence du contexte de ces divers passages que de telles expressions, tout en désignant la prière eucharistique prise dans son ensemble, non seulement n'excluent pas les paroles du Sauveur, mais au contraire les impliquent nécessairement comme partie centrale de la formule complète. Sans doute, la liturgie avait déjà encadré ces paroles sacrées dans un ensemble de rites et de prières, comme Jésus avait voulu le premier donner pour cadre au divin banquet le rituel pascal. Mais tandis que nous connaissons seulement par de vagues allusions cet encadrement euchologique durant les premiers siècles, il est frappant de constater que saint Justin et saint Irénée assignent déjà clairement aux paroles évangéliques le rôle de formule centrale. Le premier s'exprime ainsi, immédiatement après la phrase que nous avons citée tout à l'heure : « En effet, les apôtres, dans les mémoires faits par eux et appelés Évangiles, ont rapporté que Jésus leur donna ce commandement. Ayant pris du pain et rendu grâces, il dit: Faites ceci en mémoire de moi; ceci est mon corps. De même ayant pris le calice et rendu grâces, il dit : Ceci est mon sang, rt ApoL, i, 66. Le second écrit en termes peut-être plus suggestifs encore : < Notre-Scigneur, donnant à ses disciples le commandement d'olTrir à Dieu des prémices de ses créatures, non qu'il en ait besoin, mais afin qu'eux-mêmes ne soient ni infructueux ni ingrats, prit le pain, qui est de la créature, et rendit grâces en disant : Ceci est mon corps. Et ])areillement pour le calice, qui est aussi de la même créature..., il déclara que c'était son sang et enseigna l'oblation nouvelle du Xouvcau Testament. L'Église, l'ayant reçue des apôtres, l'offre dans le monde entier à Dieu qui nous fournit les aliments. » Cont. hœr., IV, XVII. 5, P. G., t. VII. col. 1023-1024.

Saint Cyprien (t258) dit formellement que le prêtre tient à l'autel le rôle du Christ, souverain prêtre, dont il reproduit les gestes augustes: yjamsi Jésus Christus Dominus et Dcus nostcr ipse est summus sacerdos Dei Patris, et sacrificium Patri se ipsum primus oblulit, et hoc fieri in sui commemorationem pnccepit, utiqur ille sacerdos vice Christi vcrc fungitur qui id quod Christus fecit imitatur, et sacrificium verum cl plénum tune offert in ccclesia Dca Patri, si sic incipiat offerre secundum quod ipsum Chrislum vidral obtulisse. Epist. ,L,\ni,c. XIV ; cf. ibid., c. x, P.L., t. iv, col. 385- 386; cf. col. 381-382, où Cyprien cite tout au long le récit de la cène d'après saint Paul, pour conclure (jue nous avons à re|)roduire exactement la cène telle que le Christ l'a célébrée. Eusèbe de Césarée, parlant du sacrifice institué i)ar .lésus (;iirist, le présente comme l'effet de ce qu'il appelle < les ineffables l)arolcs du nouveau testament >: rà (iOjj.ôo> a ttov xat' QcJTÔv à7roppY,T(.)v Tr,; xaivr,; ôiaSi^x»); Xdyiov toÎ; aùtoO •napEÎîSo-j |j.aOr|Ta!;. Denwnslr. evang., viii, 2, P. G., t. XXII, col. 629.

Saint (irégoirc de Nysse, dans le même passage où, après Origène, il applique à l'alnnent eucharistique ce que saint Paul, I Tim., iv, 5, disait en général de toute nourriture " sanctifiée par la |)arole de Dieu et par l'invocation », insinue clairement que cette formule désigne avant tout, à ses yeux, la parole transformatrice du Verbe : Ceci est mon corps : " Le pain est changé... aussitôt au corps par la parole, comme

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

il a été dit par le Verbe : Ceci est mon corps, 'O apTOç... eù6ù; Tipoç xb coni-x. Stà toû Âiyo'J (xêTaTtotoùp.£vo;, xa6cbc e'prjTai ûmb to-j A(5you, ott toOto èo-n tô cà>|j.â noy. » 0/-a/. caiech., Xxxvii, P. G., t. XLV, col. 97. Ce texte est d'autant plus important au point de vue théologique, que l'on peut y voir une des premières affirmations de l'instantanéité de la consécration eucharistique. La même idée ressort du texte classique de saint Grégoire de Nazianze écrivant à saint Amphiloque : « N'hésite pas à prier et à intercéder pour nous, lorsque par la parole tu altires le Verbe, lorsque, par une section non sanglante, tu divises le corps et le sang du Seigneur, ayant la voix pour glaive.» EpisL, clxxi, P. G., t. xxxvii, col. 280. Nestorius, In Heb., m, 1, se sert de la même comparaison quand il dit en parlant du sacrifice de l'autel : " ...Le Christ est sj^mboliquemcnt crucifié, égorgé par le glaive de la prière sacerdotale, » t?i tîjç iepaxixriç eûxT|Ç (j.axatpa o-(paTTÔ(j.Evo;. Loofs, Nesloriana, Halle, 1905, p. 241. Il n'est pas téméraire de supposer que ce glaive de la prière sacerdotale fait allusion aux paroles de l'institution et à leur efficacité consécratoire. 'Voir aussi, pour S. Grégoire de Nazianze, Oral., xviii, 29, P. G., t. xxxv, col. 1020-1021. Cf. Césaire de Nazianze, Dial., m, q. clx, P. G., t. xxxviii, col. 1132-1133.

Saint Basile ne fait que confirmer ces témoignages, loin d'y contredire, lorsque, dans son traité De Spirilu Sanclo. après avoir posé en principe l'existence dans l'Église, de deux sources, de la foi, l'Écriture et la tradition, il ajoute par manière d'application : « Les paroles de V invocation (xà xt,; i-K'.y.'/.r^- (j£u); pïifji.axa) dans la production (èttI xî) àvaSet'?ei) du pain eucharistique et de la coupe de bénédiction, qui donc d'entre les saints nous les a laissées par écrit ? Car nous ne nous contentons pas de ce que rapporte l'Apôtre ou l'Évangile, mais nous disons avant et après d'autres choses qui sont d'une gi-ande importance pour le mystère (itpo>iyo|j.sv v.a\ l7rtXÉY0[XEv ixepa, <i)Ç [i.tfàlTiV ïyo^za Trpb; xb [J.!j(7Xr|ptov xrjv layyv) et que nous avons reçues de la tradition non écrite. » De Spiritu Sancto, xxvii, 66, P. G., t. xxxii, col. 188. On ne saurait affirmer, selon nous, plus clairement que l'anaphore (car c'est bien elle sans contredit que désigne ici encore le mot s-;y.),/i<^'0> formule eucharistique transmise dans son ensemble par l'enseignement oral, a son centre naturel dans le récit évangélique de l'institution, et donc clans les paroles mêmes du Sauveur transmises par les synoptiques et par saint Paul. Au sujet du récit de la cène et de l'importance que lui donne saint Basile, cf. De baptismo, I, m, 2, P. G., t. XXXI, col. 1576. Que diverses prières encadrent ce récit cwant el après, et qu'elles concourent puissamment au mystère, nous pouvons le dire tout comme saint Basile, sans cesser de voir dans les paroles divines la forme essentielle et unique de la consécration. Cf. Orsi, op. cit., p. 19, 72-74.

Nous résoudrons tout à l'heure dans un sens analogue la difficulté que certains auteurs croient voir dans certains passages des Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem. Mais comme celui-ci met particulièrement en relief l'intervention eucliaristique du Saint-Esprit, il nous faut auparavant indiquer les premières traces traditionnelles de cette idée et montrer qu'elle ne contredit point, pour autant, l'attribution de la consécration aux paroles du Christ.

2° Attribution de la transsubstantiation à la fois cm Christ et au Saint-Esprit, mais en même temps affirmations formelles de l'efficacité consécratoire des paroles de l'institution. — L'attribution de la consécration au Saint-Esprit paraît dans la Didascalie, VI, XXI, 2; XXII, 2, édit. FunJ<. p. 370, 376, c'est-à-dire dès la seconde moitié du iii'^ siècle. Voir les passages I

cités ])lus haut. Elle est aussi dans la pensée de saint Cjprien : « On ne peut pas consacrer l'oblation là où n'est pas l'Esprit-Saint, » nec oblatio sanctificari illic possit ubi Spiritus Sanctus non sit, dit l'évêque de Carthage, Epist., lxiv, 4, P. L., t. iv,. col. 392. A partir du iv<= siècle, les témoignages se multiplient.

a) En Orient. — En Orient, l'attribution de la transsubstantiation au Saint-Esprit est attestée par de nombreux textes au iv siècle. Saint Grégoire de Nysse parle de « la sanctification du Saint-Esprit v xbv àYiao-p.bv xbv xoO Ilvcûnaxoi;, conférée au pain et au vin, en vertu de laquelle ils deviennent corps et sang du Christ. De bapl. Cbristi, P. G., t. xlvi, col. 582- Cf. Orat. in laud. fratris Basilii, P. G., ibid., col. 805. Mais pour Grégoire de Nysse comme pour Cj'prien de Carthage, cette affirmation doit se concilier avec leur témoignage concernant le récit de la cène et les paroles du Sauveur. Aussi bien, pour l'un comme pour l'autre, cette « sanctification du Saint-Esprit » n'est pas spéciale à l'eucharistie, bien qu'elle y produise sur les éléments un effet très différent de celui qu'elle produit sur ceux des autres sacrements. Le Saint-Esprit sanctifie également l'eau du baptême et l'huile de la confirmation; c'est même à l'occasion' du baptême que saint Grégoire de Nysse prononce le mot àTxt'v.)>Ti<rii;, en disant que les choses au moyen desquelles s'accomplit la régénération sont « la prière à Dieu et l'invocation de la grâce céleste, -^âptxoç oùpave'a; inUir^ai;, l'eau et la foi. » Et un peu plus bas, il mentionne encore» la prière et l'invocation de la puissance divine faite sur l'eau », fjyji y.a'i ôuvâ- [j.sto; ôet'aç 57rtx),T|(7tç Itti toO •jSxto; yr/o^é'/r,. Orat. caiech., xxxiii, P. G., t. XLV, col. 84. Cf. ibid., xxxvi, P. G., ibid., col. 92. Ces indications sont de nature à montrer que l'attribution de la consécration au Saint-Esprit n'est pas l'admission de la prière actuellement appelée épiclèse au rôle de forme. Les textes signalés visent plutôt uniquement à faire voir dans la transformation du pain et du vin un miracle de la puissance divine invoquée à cet effet et spécialement appropriée au Saint-Esprit, bien que commune aux trois personnes de la Trinité. Notons encore cette expression intéressante de saint Basile, Epist., viii, 2, P. G., t. xxxii, col. 249 : « Le Fils et le Saint- Esprit sont la source de toute sanctification. » La même expression se retrouve dans plusieurs liturgiesorientales. Brightman, op. cit., p. 525, note 12.

Saint Cyrille d'Alexandrie (f 444) répète l'idée de saint Cyprien touchant le sacerdoce du Christ, en un texte qui, de plus, met en relief l'action trinitaire dans le rite eucharistique, fournissant ainsi à son tour la vraie base de solution pour la question de l'épiclèse. « Toute grâce et tout don parfait nous vient du Père par le Fils dans le Saint-Esprit. » In Luc, xxii, 19, P. G., t. Lxxii, col. 908. Cf. In Matih., xxvi, 27, ibid., col. 452; Adv. anthropomorph., Epist. ad Calosyrium, P. G., t. lxxvi, col. 1073; c. xii, ibid.,. col. 1097, où il est affirmé que n les oblations faitesdans les églises sont sanctifiées, bénies et consacrées par le Christ; » Ad reginas de recta fide oralaltéra, n. 44, ibid., col. 1396.

Saint Jean Chrysostome est le plus explicite de tous les Pères orientaux au sujet de l'intervention eucharistique du Saint-Esprit, en même temps que sur l'efficacité consécratoire des paroles du Christ. Il connaît l'épiclèse pour l'avoir employée dans la liturgie quotidienne; il attribue avec insistance la transsubstantiation et le sacrifice à la vertu invisible du Saint-Esprit agissant par le ministère du prêtre. Desaccrdot., III, iv; VI, iv, P. G., t. XLvin, col. 642, 681; Oral, de B. Philogonio, ibid., col. 753; De cœm. et cruce, 3, P. G., t. XLix, col. 397-398; De resurrecL

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

mort., P. G., t. L, col. 432; Homil. in Pentcc, i, P. G., t. L, col. 458-459; In Joa., homil. xlv, P. G., t. lix, col. 253 ; 7n/ Cor., homil. xxiv, P. G., t. lxi, col. 204. Citons un de ces passages qui tiendra lieu de tous les autres : « Que fais-tu, chrétien? Quoi ! au moment où le prêtre se tient devant l'autel, tendant les mains vers le ciel, appelant l'Esprit-Saint pour qu'il vienne et touche les oblalions; lorsque, dans le plus profond recueillement et le plus grand silence, l'Esprit donne sa vertu, lorsqu'il touche les oblations, lorsque tu vois l'Agneau immolé et consommé, c'est alors que tu excites du trouble, du tumulte, des querelles, des injures?...» De coem. etcruce, 3. A lire de telles expressions, l'on pourrait être tenté de croire que saint Jean Chrysostome attribuait réellement la consécration à l'épiclèse et non point aux paroles de l'institution. Il n'en est rien cependant, puisque le même docteur affirme en termes formels et à plusieurs reprises que le prêtre, à l'autel, représente le Christ; qu'il répète, au nom et en la personne du Christ, les paroles dites au cénacle : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » et que ces paroles opèrent la transsubstantiation. " Ce n'est pas l'homme qui fait que les oblations deviennent corps et sang du Christ, mais bien le Christ lui-même, crucifié pour nous. Le prêtre est là qui le représente et prononce les paroles, mais la puissance et la grâce sont de Dieu. Ceci est mon corps, dit-il {le prêtre au nom du Cl^rist). Cette parole transforme les oblations. » To-jto (io-j âort tô ffcôiia, çïjijt. l'ovTo TÔ p'iii.a jxerappuÔjxfÇEi ta Tipoxô((i.Eva. De prod. Judae, homil. i, ii, n. 6, P. G., t. xlix, col. 380, 389.

Les théologiens des Églises orientales non catholiques ont cherché à épiloguer sur ce qui fait suite à ce texte dans l'homélie en question. L'orateur y établit une comparaison entre la vertu de la parole : « Croissez et multipliez-vous, « dite par Dieu à l'origine de l'humanité, et celle de la parole ;« Ceci est mon corps," dite par le Christ au cénacle: "La parole: Crois- .srrc/m»////)/i>r-(wi(s,... bien qu'elle n'ait été dite qu'une fois, continue d'exercer son efficacité et vous donne le pouvoir de procréer des enfants; il en est de même de la parole : Ceci est mon corps. Prononcée une fois, elle donne, et cela jusqu'à la fin du monde, à tous les sacrifices leur existence et leur vertu. » Ibid. Cependant, il est facile de voir, et le contexte le montre j)leinement, que la comparaison ne porte que sur un point, à savoir la vertu conférée à l'homme par une parole divine. Mais pour l'eucharistie, le Christ répète cette i)arole par le prêtre ; Chrysostome vient de le déclarer expressément, et il y revient plusieurs fois ailleurs, j)rouvant ainsi préremploircment que l'attribution de la consécration aux paroles du Christ constitue chez lui un enseignement très ferme contre lequel l'ingéniosité même d'un Cabasilas ou d'un Marc d'Éphèse est entièrement impuissante. Il répète, en effet, avec insistance, que la cène de l'autel est la même que celle du cénacle. « C'est le même Christ qui fait l'une et l'autre... Ne l'entendez-vous i)as parler lui-même à l'autel par la bouche des évangélistes?» /nA/a///i., homil. L, 3, /'. G., t. i.viii, col. 507. " Jésus Christ, qui opéra autrefois ces merveilles dans la cène qu'il fit avec ses apôtres, est le même qui les accomplit encore maintenant. .N'ous, nous tenons lieu de ministres, mais c'est lui qui sanctifie les oflraiides et qui les transforme. " In Maltli.. homil. lxxxi, 5, ihid., col. 741. '■ Les paroles que Dieu ])rononça alors sont les mêmes que celles que le prêtre prononce encore maintenant; l'obiation est donc aussi la même... In II Tim., homil. ii, 4, P. G., t. lxii, col. 612. Voir f:cho.i d'Orient. 1908, t. XI, p. 101-112; 1910, t. xiii, p. 321-322, où j'ai proposé de voir dans la doctrine rhrvsoslomicnne le trait d'union entre lesdeuxl-'glif es

orientale et occidentale actuellement séparées sur la question qui nous occupe. De fait, cette double affirmation, si précise et si nette, de l'efficacité absolue des paroles du Christ et de la vertu consécratrice du Saint-Esprit, me paraît pouvoir suffire, à elle seule, pour imposer et motiver la solution catholique de l'épiclèse.

11 est légitime d'en conclure que l'efficacité des paroles du Sauveur doit se concilier avec la vertu transsubstantiatrice du Saint-Esprit, non seulement dans la pensée de saint Jean Chrysostome, mais aussi dans celle d'un grand nombre d'autres écrivains orientaux dont nous n'avons que des textes attribuant, sans plus, la consécration à la troisième personne de la Trinité. Ainsi en est-il pour saint Éphrem, Adv. scrutatores, serm. x et xl, dans Opéra omnia si/r.-lal., t. III, p. 23, 72; pour Pierre d'Alexandrie (t380),dansThéodoret, //.£., IV, 19, P. G., t. lxxxii, col. 169; pour Théophile d'Alexandrie, Lettre pascale de l'an 402 traduite par S. Jérôme, P. L., t. xxii, col. 801; pour S. Nil (f 430), Episl. ad Phil. schol., i, 44, P. G., t. Lxxix, col. 104; pour S. Isidore de Péluse (t vers 434), Epist., i, n. 109, 313, P. G., t. lxxviii, col. 256, 364, cf. col. 405; pour S. Proclus de Constantinople (t vers 447), De trad. div. liturg., P. G., t. lxv, col. 851 ; pour Eusèbe d'Alexandrie (vers 560), P. G., t. xcvi, col. 300-301 ; pourAnastase le Sinaïte (f après 700), Oral, de sacra synaxi, P. G., t. lxxxix, col. 297; voir aussi Narr. Anastasii, n- xliii, dans F. Nau, Le texte grec des récils utiles à l'âme, d'Anastase, p. 8; pour Jean Moscinis (f vers 620), Prat. spiril., XXV, cl, P. G., t. lxxxvii, col. 2869-2872, 3016; pour l'auteur des Miracula Virg. Khozib., n. 5, dansA/io/cf/a bollandiana. t. vu, p. 366-367, etc.

Les deux affirmations parallèles, également explicites, de saint Jean Chrysostome, nous permettent, croyons-nous, de ne voir dans tous ces passages qu'un des éléments signales par lui, la vertu du Saint-Esprit, mais sans exclure l'autre, à savoir l'efficacité des paroles du Christ. Elles nous autorisent à penser qui", en ce qui concerne la forme essentielle du sacrement de l'eucharistie, la tradition, Hirnîf c/i Or(c/i/, est constituée non point par deux courants parallèles (l'un favorable à l'épiclèse, l'autre aux paroles de l'institution), mais bien par un courant unique dont Ciirjsostome nous i>ermet de synthétiser, coordonner et préciser les éléments épars. Dom Touttée, l'éditeur bénédictin des œuvres de saint Cyrille de Jérusalem, faisait déjà une remarque analogue, quand il écrivait ; .S'( ea tanlum Chry.'iostomi opéra liaberenms, in quibus salins invocalionis tanquam conserrationis causœ meniinit,... nullam eum evanqelicis verbis efflcaciani rcliquisse suspicaremur. Sed his quic diserte dicit, serm. -V.v.v De prod. Juda',ne ita de eo seiitiamus prohibenmr. Uaecque ostendunt utramque sentcntiam optime cornponi,... Christo et Spirilii Snncto una operantibus. De dodr.S. Cj/n//i, diss. III, n. 94, /'. G., t. xxxiii,

La doctrine de saint Jean Chrysostome doit servir à expliquer, entre autres, la pensée de saint Cyrille de Jérusalem qui, en 348, commentant aux néophytes les rites de la messe, passait directement du .Sanctns à la consécration par la simple phrase suivante où l'on aurait tort, à notre avis, de ne voir seulement qu'une difficulté contre la thèse catholique :■ .\près nous être sanctifiés nous-mêmes par ces hymnes spirituels (le Sanclus), nous supplions le bon Dieu d'envoyer le Saint Ivsprit pour qu'il fasse du pain le corps du (Jirist et du vin le sang du Christ. Car absolument tout ce que touche le Saint-I-'sprit , se trouve sanctifié et changé. " Cat., xxiii, n. 7, /'. G., t. xxxiii. col. 1113- 1116; Kirch, Enchiridion hisl., n. 481. ICn dépit de toutes les opinions contraires, je crois que ce texte

KPICLÈSE EUCHARISTIQUE

n'a rien d'oiiposé à la tloclrine catiioliquc de la consécration par les i>arole.s du Sauveur et ne peut pas être apporté comme preuve d'un double courant traditionnel, l'un favorable à ces paroles, l'autre à l'éplclèse. Le fait de ne pas signaler le récit de l'institution, qui existait certainement dans la liturgie commentée par saint Cyrille, invile naturellement à penser qu'il est compris dans la prière consécratoire visée ici par le catéchète. Et cette interprétation se trouve confirmée par un passage parallèle, où la transsubstantiation est attribuée à « l'invocation de la sainte et adorable Trinité,» âTrtxXoCTt; tt,ç ây-a; xal npoo-xyvriTviç TpiâSo;, Cal., xix, n. 7, col. 1072; tandis qu'en un autre endroit encore elle est attribuée à « l'invocation du Saint-Esprit, » èTtix/riTiç toO âyto-j HveûfiaToc, ce qui ne signifie pas exclusivement l'épiclèsc au sens actuel du mot. Cal., xxi, 3. col. 1089-1092. Saint Cyrille n'entend pas fixer le moment précis du mystère à l'épiclèsc proprement dite. Il ne semble même pas se poser la question de ce moment précis. Pour lui, le temps de la consécration va du Sancliis à la fin de l'épiclèse, et toute cette partie centrale de l'anaphore répond au nom général d' « invocation de la sainte Trinité » ou d' « invocation du Saint-Esprit ». Cf. Orsi, op. cil., p. 8-12, 65-G6. Des termes identiques ou analogues sont d'ailleurs employés par le catécbète hiérosolymitain au sujet des autres sacrements, spécialement du baptême et de la confirmation, ce qui est un motif de plus de refusera ces expressions la portée exclusive que certains auteurs voudraient leur donner.

C'est, du reste, une remarque générale à appliquer à la plu])art des écrivains ecclésiastiques que nous venons de citer : le Saint-Esprit est considéré par eux comme le ministre principal des sacrements, étant le sanctificateur par excellence. Mais le Christ n'est certainement pas exclu, pour autant, du droit au même titre. Ici encore, saint Jean Chrysostome témoignerait, au besoin, pour tous les autres. 11 attribue, d'une manière générale, au Saint-Esprit l'efTicacité des sacrements, tout comme saint Cyrille de Jérusalem et maints autres Pères; voir, par exemple, outre les références indiquées au sujet de la consécration eucharistique : pour le baptême, In Joa., honiil. XVII, 3, P. G., t. lix, col. 111 ; pour la confirmation. In Joa., homil. xiv, 2, col. 93; pour l'ordination sacerdotale, IJe resuir. mort., 8, P. G., t. l, col. 432. Toutefois il n'en affirme pas moins, en termes clairs, que Jésus-Christ est le ministre principal des sacrements. Voir notamment In Malth., homil. l, 3, t. Lviii, col. 507.

Un siècle après saint Cyrille, un prêtre de Jérusalem, Hésychius (f après 451), en admettant, avec Tillemont, Mémoires pour servir à l'hisloire ecclésiastique, Paris, 1709, t. xiv, p. 227-232, 744-745, l'authenticité du commentaire sur le Lévitique qui nous est parvenu, en latin seulement, sous son nom, attribue expressément, en plusieurs passages, la consécration eucharistique an sacerdoce du Christ et à ses paroles. P. G., t. xciii, col. 886, 1071-1072,

Si, parmi les écrivains des sectes non catholiques, il en est peut-être, comme le nestorienNarsèsdeNisibe {t502), qui paraissent à certains endroits reporter sur l'épiclèse toute l'activité consécratrice, ils ont ailleurs des textes presque aussi formels que les précédents sur le sacerdoce de Jésus-Christ et la vertu des paroles de l'institution. Pour Narsès, voir Homil., XVII, Expos, mijster.; Homil., xxi. De mystcr. Eccl. cl de haptismo; Homil., xxxii, De eccl. et saccrdotio, Connolly, The lilurgical Ilomilies of Xarsai, dans Te.tts and Sludies, Cambridge, 1909, t. vni, l,p. 21- 23, 58, 63 sq. Selon la juste remarque faite par Orsi,

on peut dire de ces écrivains non catholiques, i)lus encore que de quelques anciens Pères : Quamquam quibus in rehus nul verbis conslilula sit sacramenlorum subslanlia, subinde non obscuris verbis déclarent, aliquundo tamen tiberius et minus adcurale loquuntur. Op. cit., p. 147. Cf. p. 148-149.

Néanmoins, la tradition attestée par saint Jean Chrysostome en laveur des paroles de l'institution se maintient très ferme, en même temps que l'attribution au Saint-Esprit, dans les principaux représentants, même monophysites, de l'Église syrienne. Citons, entre autres, Jacques de Saroug (f 521), d'après Benoît Ambarach, Anlirrheticum secundum adv. R. P. Lebrunum et E. Renaudolium, à la suite des Opéra sijriaca S. Ephrœmi, t. u, p. 31, 46; Jacques d'Édesse (t708), qui déclare que le prêtre prononce les paroles du Sauveur quasi ex are Domini, Mai, Script, vet. nova collectio, t. x b. p. 26; et surtout Sévère d'Antioche (f 538), dont le témoignage est peut-être plus formel et plus explicite encore que celui de saint Jean Chrysostome : « Dans la célébration de l'eucharistie, ce n'est pas le ministre qui, usant comme d'une puissance qui lui appartiendrait en propre, transforme le pain en le corps du Christ et la cou])e de bénédiction en son sang; mais c'est la vertu divine et efficace des paroles que le Christ, auteur du sacrement, a commandé de prononcer sur les éléments offerts. Le prêtre qui se tient à l'autel n'y remplit que la fonction d'un simple ministre. Prononçant les paroles comme en la personne du Christ, et reportant l'action qu'il accomplit au temps où le Sauveur institua le sacrifice en présence de ses disciples, il dit sur le pain : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi. Sur le calice il prononce ces mots : Ce calice est le Nouveau Testament en mon sang qui est répandu pour vous. Ainsi donc, c'est le Christ qui continue à oflrir le sacrifice, et la puissance de ses divines paroles sanctifie les éléments qui sont apportés pour être transformés en son corps et en son sang. » E. Brooks, The sixt Book of the selecl Lelters of Severus, patriarch of Anlioch, Londres, 1904, t. ii, p. 237-238.

A cette série de témoignages formels en faveur de l'effîcacité consécratoire des paroles de l'institution, il faut rattacher celui qu'un auteur du vii*^ siècle, Jean le Sabaite, nous a laissé dans la Vie de Barlaam et Joasaph. Après avoir rappelé le récit évangélique de la cène avec les paroles du Sauveur, cet écrivain ajoute : " C'est donc la parole même de Dieu, vivante et efficace, et accomplissant toutes choses par sa puissance, qui, transformant par la divine vertu les oblations du pain et du vin, en fait le corps et le sang du Christ, par la descente du Saint-Esprit, jjour la sanctification et l'illumination de ceux qui communient avec ferveur. » Vita Barl. et Joasaph., c. xix, P. G., t. xcvi, col. 1032. Retenons cette courte phrase: elle sera, au demeurant, l'une des formules les plus compréliensives fournies par la tradition pour l'explication de l'épiclèse.

Des textes aussi clairs et aussi catégoriques, sous la plume d'écrivains aussi représentatifs que ceux que nous avons signalés, nous paraissent trancher la question historique touchant la tradition orien taie de la grande époque patristique.

b) En Occident. — Pour l'Occident, la chose est plus aisée encore. Saint Ambroise affirme expressément que ce sont les paroles du Christ qui opèrent la consécration : Quid dicimus de ipsa consecratione divina, ubi verba ipsa Domini Salvatoris operantur? Xam sacramentum islud quod accipis, Christi sermone conficitur... Ipse clamai Dominus Jésus : Hoc est corpus mcum. Anle benedictionem verborum cselestium (dia nominatur, posl consecralionem corpus

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

siijnificatur. Ipse dicil sanguiiicni siiiini. Ante consccrationem aliud dicitur, posl consecrulionem sanguis nominalur. De mijsler., ix, 50-54, P. L., t. xvi, col. 422-124. Cf. De benediclionibus patrictrch., ix, 38 : Hune panem dédit aposlolis ut dividerent populo credenlium; hodieque nobis eum, quem ipse quolidie saceidos consecral suis vcrbis. P. L., t. xiv, col. 719.

Le traité De sacramentis, compilation rédigée aux environs de l'an 400, reproduit la même doctrine avec plus d'insistance encore : Sed punis iste punis est ante verba sacramentorum : ubi accesserit consecratio, de pane fit caro Christi. Hoc agilur astiuamus. Quomodo potesl qui punis est corpus esse Christi? Consecralione. Consecrcdio aulem quibus vcrbis est, eu fus sermonibus? Doniini Jesu. Nani et reliqua omniu quœ dicuntur in superioribus, a sacerdote dicuntur, laudes Deo deferunlur, oratio petitur pro populo, pro regibus, pro cxtcris : ubi venitur ut conficintur venerabile sacramentum, jam non suis sermonibus utitur saccrdos, sed ulilur sermonibus Christi. Ergo scrmo Christi hoc conficii sacramentum... Vides ergo quani operarius sit sernio Christi. Et un peu plus loin l'autnir répète que le pain et le vin deviennent corps et sang du Christ consecralione verbi cselestis. De sacrum., IV, iv, 14- 17, 19, P. L., t. XVI, p. 458-462. Cf. IV, v, 21-23, col. 462-464, où, avec le texte du canon, reviennent des affirnialions identiques.

Sans être aussi explicite, saint Augustin (f 130) est certainement du même sentiment. Bien qu'il ne l'ait pas dit ex professa, il paraît bien avoir eu l'idée du moment précis de la consécration et fixé ce moment au prononcé des paroles du Christ. Xosicr punis et calix non quilibet..., sed certa consecralione mijsticus fit nobis, non nascitur. Contra Fausl.,\.'SJi..c.xnï, P. L., t. XLii, col. 379. Cette transformation a lieu lorsque le pain « reçoit la bénédiction du Christ » : Xorunt fidèles quid dicam, norunt Chrislum in fraclione punis : non enim omnis punis, sed accipicns benediclionem Christi, fit corpus Christi. Serm., ccxxxiv, n. 2, P.L., t. xxxix, col. 1116. Je sais bien que par endroits le docteur d'Hipi)one parle du canon en général. Il distingue, par exemple, les deux catégories suivantes de prières à la messe : precationes..., quas facimus in celebralione sacramentorum, anicquam illud quod est in Domini mensa incipial nE.\'i:nici; ofiAï/o.vES cim iiene- !>it irvri ET s.\.\crii/cATun,et uddistribuendum comminuitur; quam petilionem fcrc omnis Ecclesia dominica oralione concludit. Epist., cxlix, ad Paulin., 16, P. L., t. xxxiii, col. 636-C37. Cf. Serm., ccxxvii, in die Pasfhic IV, P. L., t. xxxvin,col. 1 101. Ou encore il lui arrive de désigner l'eucharistie par l'expression de pain " consacré par la prière mystique » : ...corpus Christi et sanguinem dicimus, sed illud tantiim quod ex fructibus terne accrplum et rnEcE }fYsrÊ(A co\SE- CKATU.v, rite sumimus... De Trinil., 1. III, c. iv, n. 10, P. L., t. xiAi, col. 873-871. .Mais de jjareilles déclarations, est-il besoin de le faire remar(|uer, ne contredisent en rien les passages qui montrent dans « la parole de Dieu », verbum Dei, la cause efficiente de celte " sanctification » et de cette « consécraliini ". Panis ille quem videtis in allari, SAX' riiKA rus ver VEn m M DEI, corpus est Christi. Calix ille. immo quod habet Kilix, SASCTIEICATEM l'Eii [vERDi.v DEI, sanguis est ' hristi. Serm., ccxxvii, /'. L., t. xxxviii col. 1099.

lit cette " parole de Dieu •> n'est certainement pas l'ensemble du canon, mais bien une formule très précise qui a véritablement le rôle de forme sacramentelle, piiis(|ue, dès qu'elle est unie à la matière, le sacrement est accompli. C'est re (|ue nous lisons dans le VI'' des Sermones inrditi, publiés sous le nom de saint Augustin par le jésuite .Miclie) Denis, dont le recueil, paru à Vienne en 1792, a une vraie valeur crili(|ue .Morin, dans la lirvtie hénédirlinr, 1895, p. -15;

Rottmanner, Histor. Jahrbuch, 1898, p. 394; voir Augustin, 1. 1, col. 2306. Il y est dit : Hoc quod videtis, carissimi, in mensa Domini, pcmis est et vinum; sed iste panis et hoc vinum accedente verbo fil corpus et sanguis Verbi. Puis, après une courte explication des répons précédant la préface, on ajoute : El inde jam, quœ agunlur in precibus sunctis, quas audituri estis, utAccEDEXTE VERBO fiat corpus et sanguis Christi. Nam TOLLE VERBUM, panis estetvinum. adde VERBUit,ET .jam ALIUD EST. Et ipsum aliud quid est? Corpus Chrisli et sanguis Chrisli. Toile ergo verbum, panis est et vinum.

ADDE VERBUM, ET l'IET SACRAMENTUM. Ad hoC dicitis :

Amen... Deindc dicitur oratio dominica. De sacramenio altaris ad infantes, n. 1,3, P. L., t. xlvi, col. 834-836. A supposer même que ce sermon ne fût pas authentique, la pensée est certainement augustinienne. 11 suffit, pour s'en rendre compte, de mettre en parallèle le passage précédent avec la maxime d'Augustin concernant le baptême: tietraiie verbum, et quid est aqua nisi aqiia? Accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum, eliam ipsum tanqiiam visibile verbum. hi Joa., Lxxx, 3, P. L., t. xxxv, col. 1840. Pour le baptême, il n'y a pas de doute que, dans l'esprit d'Augustin, cette parole ne soit la parole évangélique : certa illa evangelica verba, sine quibus non polest baplismus consecrari. De baptism. contra donatislas, 1. VI, c. XXV, P. L., t. xliii, col. 214; cf. 1. VI, c. XVII : Deiis adest evangelicis verbis suis... et ipse sanctificai sacramentum suum. Qu'il en soit de même pour l'eucharistie, et que le verbum opérateur du sacrement soit la parole évangélique de l'institution, cela ressort, d'ailleurs, non seulement de l'application de la même théorie sacramentaire au mystère de l'autel, mais aussi du principe clairement établi (|uc nous devons ofïrir le sacrifice uniquement selon le rite prescrit par Jésus-Christ dans le Nouveau Testament : sacrificare... illo dumlaxal ritii, quo sibi sacrificari Novi Testamenli manifeslalione prœcepit. Cont. Faust., 1. XX, c. XXI, P. L., t. xlii, col. 385. Cf. Orsi, op. cit., p. 51-56.

Les écrivains des siècles suivants n'ont, pour rester dans la ligne de la tradition, qu'à se faire les échos de la grande voix d'Ambroiseet d'Augustin. Citons seulement quelques témoignages, parmi les plus catégoriques. L'auteur anonyme des Sermones de verbis evangelii Lucie, cdHOs dans les Opéra S. ,li(r;ii.sf(/)(, répète la pensée augustinienne du verbum transsuiistantiateur, en précisant que c'est la parole du Christ • Memini sermonis mei, cuni de sacramentis tractarcm : dixi vobis quod ante verba Christi, quod offcrliir panis dicalur; ubi Chrisli verba deprompla iuerint,fam non panis dicitur, sed corpus apprllalur. De verb. ev. Luc, XI, 1-4, n. 3, P. L., t. xxxix, col. 1908.

Même netteté, mais plus explicite encore, dans une homélie sur le corps et le sang du Christ — traditionnellement attribuée, mais à tort, A cet lùisèbe qui fut évèqued'l'"mèseen Syrie vers 3 10 360 — ■ et que toutes les |irobabilités font considérer comme l'cruvre de l'évéfpie provençal Fauste de Rie/ (f vers 192) : ...Qui (Uiclor est muncris, ipse est eliam testis verilalis. Nam visibilis saccrdos visibiles rrcaturas in substantiam corporis et sanguinis siii verro suo sécréta polestate convertit, ita dicens : AicirirE et (OMEiute, hoc est CORPUS MEU.M. Et sanctificalione repctila : accipite, inquil, ET BUiriE, nu est sAyuuis meus. Ergo ut ad nulum prircipientis Domini repente ex nihilo siibsliterunt e.rcelsa civlorum. profiinda fludiium, vasia Icrraritm : ila parem potrniiam, in spirittialibus sacramentis, vcrbis prirhct virliis et rci servit cfjrrlus. Quanta ilaque cl quam crlebranda vis divinir benediclionis opcrelur... Ad cognoscendum et pcrcii>iendum sacrificiiim dominici corporis, ipsalr roboret polcntia consecratoris... Sec duhilet quisquam primarias creatiiras, nufii divi-

ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

nœ potentiœ, pra-senlia summa' ma/rslalis, in dominici corporis transire passe nuturam... Qiiando bcnedicendiv VEiiBis cuLiiSriiius crealiirœ sacris allaiibus imponunliir, antcijiiani ixvocATioxE sur domisi consccreniur, subsianlia illic est partis et vini, posr verda AVTEM eorpiis el saïujuis est Christi. Qiiid aiitem miriim est, si en qine verbo potiiil crenre, VEiino possit creatd converlere? Homil. de eorp. et de sang. Domini, n. 2, 4, 11, 12, dans P. L., t. XXX, dans Opéra S. Hieronymi, col. 272-275. Sur cette liomélio, voir Batiffol, Nouvelles études documentaires sur la sainte eucharistie, dans la licinic du clergé français, 1909, t. lx, p. 537- 540. Elle est entrée dans le recueil des xii /(o/ni/fa; rfe Pascha attribuées à saint Césaire d'Arles (f 512) par plusieurs manuscrits, mais dont aucune n'est de lui. ÎMigne l'a inii)rimce parmi les oeuvres de Césaire, P. L., t. Lxvii, col. 1052-1056, où l'on retrouvera les mêmes textes avec quelques légères variantes. Cette homélie, mise sous le nom du pseudo-Eusèbe d'Émèse, a eu une grande vogue durant tout le moyen âge. Après avoir été utilisée au cours de la controverse bérengarienne, le passage cité a passé, au moins en partie, dans Gratien, 1. II, c. xxxv, Z)e consfc/-a/î07jp,puis dans le décret d'Yves de Chartres, ii, 4, dans les Sentences de Pierre Lombard, IV, viii, et dans la Somme théologique de saint Thomas, III'', q. lxxv, a. 4.

De cette homélie du pseudo-Eusèbe d'Émèse on peut rapprocher une homélie De corpore el sanfjuine Domini, publiée par dom Morin et attribuée par lui à un ecclésiastique gallican du v"^ siècle. 11 y est afTirmé f(ue le Christ est le vrai prêtre et le vrai consécrateur. Ipse enim sacramentel hicc Melehisedech ordine corpore suo vel sanguine consecracit, ipse qui sacerdos verus est, ipse qui pariter et sacerdos cl victima: nabis utiquesacerdas et pro nabis victima. Morin, Un recueil d'homélies de S. Césaire d'Arles (manuscrit latin 2768 A de la Bibliothèque nationale de Paris), dans \â Revue bénédictine, 1899, t. xvi, p. 342-344.

La lettre à l'archidiacre Redemptus, attribuée à saint Isidore de Séville (f 636), apporte plus de précision encore et formule en réalité, sous le nom de « substance ou essence du sacrement », la théorie de la matière et de la forme : Scias ilaque eorum jam dictis cansuetudinibus (usages orientaux du pain fermenté et de voiles de soie ) minime nos apponere reprehensianis abstaculum, quamdiu cas ramana Ecclesia dixerit esse talerandas, maxime cum non sint de essentia sive subsianlia sacramenli. De substantia sacramenti sunt verba Dei a sacerdote in sacro prolata mysterio, scilicet : uoc est cobpus, panisque jrumenli et vinum cui consuevit aqua adhiberi. Epist., vu, ad Redemplum, n. 2, P. L., t. lxxxiii, col. 905-906. Nous aurons bientôt à suivre cette doctrine s'afTirmant de plus en plus universellement à travers tout le moyen âge occidental; mais l'on voit dès maintenant que l'ancienne tradition patristique est le terrain ferme où elle plonge ses racines.

Or, en Occident aussi bien qu'en Orient, l'activité eucharistique du Saint-Esprit fait également, durant cette période, l'objet d'un enseignement traditionnel ; et les attestations formelles de la vertu des paroles du Christ n'empêchent pas d'affirmer en même temps l'opération consécratrice du Saint-Esprit, ainsi que de mentionner, çà et là, l'invocation liturgique qui lui est adressée. On peut voir l'une et l'autre insinuées dans ce reproche adressé aux donatistes par saint Optât de Milève (f 388) ; Quid tam sacrilegum quam altaria Dei, in quibus et rws aliquando obtutistis, franyere. radere, removere? in qaibus et vota populi et membra Chrisli portata sunt? qua Deus amnipotens invocatussit, qua pastulalus descendit Spiritus Sanctus ? Deschism.donat.,l.\h \,P.L., t. xi,col. 1064-1065.

Saint Ambroise, dont on a lu plus haut le témoi-

giu>ge formel en faveur des paroles de l'institution comme forme essentielle de la consécration, n'en suppose pas moins l'intervention eucharistique du Saint-Esprit, par la comparaison qu'il établit entre la transsubstantiation et l'incarnation : Serf quid argumcntis utimur? Suis utamur exemplis, incarnationisque exempta astruamus mysterii veritatem... De myster., ix, 53, P. L., t. XVI, col. 424. Ailleurs, il affirme que l'Esprit-Saint est invoqué sur les oblations : Quomodo igitur [Spiritus Sanctus] non amnia habel quœ- Dei sunt, qui cum Paire el L'iliaa sacerdotibus in baptismale nominatur et in oblalianibus invacatur? De Spirilu Sanclo, 1. III, c. xvi, n. 112, ibid., col. 837-

C'est la vertu invisible du Saint-Esprit qui opère le sacrement de l'autel, déclare saint Augustin en une formule qui sera dans la suite fréquemment répétée : " L'élément consacré par la prière mystique... n'est sanctifié de manière à être un si grand sacrement que par l'opération invisible de l'Esprit de Dieu. » ... Non sancli/icatur ut sil tam magnum sacramentum^ nisi opérante invisibiliter Spirilu Dei. De Triait., 1. III, c. IV, n. 10, P. L., t. XLii, col. 873-874.

Saint Gaudence de Brescia (f 410 ou vers 427) unit dans un même texte la mention de l'activité consécratrice du Fils et du Saint-Esprit, en rappelant d'ailleurs les paroles de l'institution ; A'e terrenuni putes quad casleste effectum est PER EUM QVi rRASSir

IS ILLVD ET FEC.it ILLUD SUUM CORPUS ET SA.\GUISEM...

UT PER IGNE M DIVIN! spiRiTis id efjectum quad annun- Halum est credas, quia quad accipis carpus est illius Panis cselestis el sanguis illius sacrée Vitis. Nam cum panem consecratum et vinum discipulis suis parrigerel, sic ait : Hac est corpus meum, Hic est sanguis meus. Serm., n, P. L., t. xx, col. 858. Sans doute, le mot consecratum de la dernière phrase peut faire croire que, pour saint Gaudence, Jésus-Christ, au cénacle, avait opéré la consécration avant de prononcer les paroles, et que ces dernières n'auraient été que déclaratives du mystère accompli. Mais la question de la consécration sacerdotale à l'autel doit être distinguée de celle de la consécration faite par le Christ au cénacle, et elle l'a été-de fait par plusieurs écrivains ecclésiastiques. Nous avons déjà cité les deux passages où saint Gélase atteste que le pain et le vin sont changés en substance divine par l'opération du Saint-Esprit, Z)e duabus naturis, dans Thie\, Epislolœ Ramanarum pontificum genuinse, t. i, p. 77; cf. P. L., t. Lix, col. 143, et que celui-ci est invoqué pour la consécration. Thiel, ap. cit., p. 486.

Saint Fulgence de Ruspe (f 533) témoigne à plusieurs reprises que la liturgie africaine de son époque sollicite la mission du Saint-Esprit « pour sanctifier notre oblation..., pour consacrer le sacrifice du corps du Christ. » Cette invocation du Saint-Esprit est même si explicite, que le saint docteur en est amené à se poser cette question : « Pourquoi, alors que le sacrifice est offert à toute la Trinité, demande-t-on seulement la mission du Saint-Esprit pour sanctifier notre oblation? " Jam nunc etiam illa nabis est de Spiritus Sancti missiane quivstia resalvenda : cur scilicet, si omni Trinilali sacrificium offcrlur, ad sancti flcandum oblationis nostrœ munus Sancti Spiritus tantum missio postulelur, quasi vera, ut ita dicam, ipse Pater Deus. a quo Spiritus Sanctus proccdit, sacrificium sibi oblatum sancti ficare nan polcst, aul ipse Filius sanctiflcare nequeat sacrificium corporis siii, qiiod offerimiis nos, cum corpus suum ipse sancliflcaverit, quad ablulil ut redimeret nos; aul ita Spiritus Sanctus ad consecrandum Ecclesiœ sacrificium mittendus sil, tanquam Pater aul Filius sacrificanlibus desil. Ad I\Ionimum. 1. II, c. VI, P. L., t. Lxv, col. 184. Cf. II, VII, col. 186. Entre autres motifs qu'il donne de cette invocation, en voici un qui mettra bien en relief la continuité et

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en même temps la profondeur Ihcologique de la pensée des Pères sur ce sujet ; « Quand donc la sainte Église, qui est le corps du Christ, pourrait-elle avec plus de raison demander la venue du Saint-Esprit, que pour consacrer le sacrifice du corps du Christ, elle qui sait que son chef est né [par l'opération] du Saint- Esprit V » Quando aulem congriienlius qiiam ad consecrandum sacrificium corporis Clirisli sanda Ecclcsia {quse esl corpus Clirisii) Spiritiis Sancti deposcal adventum, quœ ipsum caput suuin secundum carnein de Spiritu Sanclo noveril nalurn? Sic cnini aiif/elico Maria informatiir eloquio : Spiriliis Samius supervcniei in te, et virtiis Altissimi obumbiahit tibi. Ibid., II, ix, X, XI et XII, col. 188. Cf. Lib. VIII contra Fabianiim. fragm. xxvin et xxix, ibid., col. 789-791, 795. Voir Orsi, op. cit., p. 122-125; Hoppe, op. cit., p. 3G-40.

L'écrivain du viir- siècle Paul ^^'arnefrid, connu sous le nom de Paul Diacre, nous a laissé une Vita de saint Grégoire le Grand (f C04), où il met sur les lèvres de ce pape les paroles suivantes : Prœsciiis conditor noster infirmitutis nostrœ ea poteslatc, qiiu cuncta fecit ex nihilo et corpus sibi ex carne semper Virginis, opérante Sanclo Spiritu, fabricavit, panent et vinum aqua mixtuni, manenle propria specie, in carnem etsanguinem suum ad v.muoucam precem ob reparalionem nostram Spiritus sut sancti ficcitione convertit. Vita Grey. pupœ, c. xxiii, P. L., t. lxxv, col. 53. Comparer ce passage avec ceux des œuvres de saint Grégoire où il est fait allusion au canon de la messe et au moment de la consécration. Citons sa lettre à Jean de S\racusc : Orutionem vero dominicam idcirco mox posr p/iEiE.M dicimus, quia mos aposiolorum fuit ut ad ipsam solummodo oralionem oblatiunis hostiam consecrarcnl; et valde niilti inconveniens visum est ut PftECEM quam scholasticus composuerat super oblalionem diceremus. et ipsam traditioneni quam redemplor noster composait, super e/us corpus et sa/îguinem non diceremus. Epist.,\. IX, epist. xii(xxvi), ad Joannem Syracus., P. L., t. lxxvii, col. 95G-957. On a beaucoup discuté sur le sens précis de ce texte. Il nous suffit de dire ici, pour ne pas laisser le 'lecteur en suspens, qu'il faut probablement voir dans le changement liturgique ici relaté l'inlerposition du Pater et de son enibolisme entre la doxologie de l'épiclèse ou fin du canon proi^remcnt dit (mox /)o.s7 precem) et le rite de la fraction. Cagiii, Te Deum ou illalio, p. 218; Patcograplue musicale. 1896, t. v, p. 80. Pour motiver ce changement, outre l'origine divine de l'oraison dominicale, le saint pontife donne cette autre raison : que l'usage des apôtres était ut ad ii)sam solummodo orationem oblationem hostiam consecrarent. Il veut sans doute faire entendre parla que les apôtres n'ajoutaient que le Pater à la formule consccratoirc proprement dite, les prières ef les rites du canon étant encore à l'état rudimentaire. Voir Orsi, op. cit., p.40- 42. Dans les Dialogues, saint Grégoire fait allusion à l'instant delà consécration, sans déterminer quel est, au juste, cet instant, dans la célébration du sacrlflce : Quis enini ftdclium haberc dubium possil /.v IPSA IMMOLA ri'iMs uoiiA (id succrdotis voceni cielos aperiri, in illo .Jesu Clnisti myslerio angrloruni ctwras adessc, summis ima sociari, terrena aelcstibus l'ungi, unumquc ex visibilibus atquc inuisibilibus fleri? Dial., 1. IV. c. lvjii, P. I... 1. i.xxvii. col. 42."), 428. .Malgré cette indétermination, la i)ensée du grand pape au sujet de la vertu consécratoire des i)aroles de l'institution ne peut pas faire de doute après les attestations précédentes; et il est pcut-êlre permis d'y voir une allusion dans l'expression ad succrdotis vocem. La phrase que lui prêle Paul Diacre n'a rien que de très naturel, étant complètement dans la ligne de la tradition.

Saint Isidore de Sévillc parle à plusieurs reprises de

l'opération eucharistique du Saint-Esprit. Essentiellement traditionnel, lui aussi, dans son enseignement, il reprend à son compte, sauf quelques légères variantes,les termes mêmes de saint Augustin, Z)e Trinil., III, IV, 10, cités plus hautj Sacrificium dictum quasi sacrum factum, quia prece mijslica consecralur in memoriam pro nobis dominiae passionis, undc hoc eo fubcntc corpus Christi et sangainem dicimus, quod, dum silex fructi bus terrœ, SAXcriFicATcn et fit SACRAMEy-

TVM, OPERANTE INVI^IBILITER SPIPITU DEI. Elymol.,

VI, 19, p. L., t. Lxxxii, col. 255. Pareille affirmation se retrouve dans le De eccl. offlciis, 1. I, c. xviii, n. 4 : Hœc aulem (panis et l'inum) dum sunt visibilia, sancti ficala lamen prr Spiriluni Sunctnm, in sacramentum corporis Domini Iranseunt. P. L., t. lxxxiii, col. 755. Et au c. XV du même livre, la même attestation se présente, en relation directe avec le texte officiel du canon de la messe. Le docteur espagnol décompose tout l'ensemble de la liturgie eucharistique en sept pièces principales, à chacune desquelles il donne le nom d'oralio. C'est à partir de la cinquième qu'on entre dans le canon. Quinlu deinde (oralio) infcrtur illalio (c'est la dénomination spéciale, correspondante au grec àvaçopâ, réservée en Espagne à cette partie centrale de la messe) ix SAXcnricATio.yE orlatiom^, in qua eliam et ad Dei laudem lerrestrium crealurarum virlutumquecselestiumuniversilas provocalur et Ilosanna in excclsis canlalur, quod Scdvatore de génère David nascenle salus mundo usque ad cxcclsa pervenerit. L.'illalio in sancti flcalione oblalionis ne désigne évidemment pas, d'après le contexte, l'instant précis de la consécration, mais seulement la formule qui lui sert de prélude, c'est-à-dire la préface et le Sanclus. Voici, d'ailleurs, immédiatement après la phrase qu'on vient de lire, plus de précision : Porro se.vla (oralio) exhinc succedit coxformatio sacramexti, ul oblatio quse Deo offertur, saxctifica ta per spiritum saxctum,. niRisri roRPORi Ac SAXGiixi coxFORMETCR. Pour mieux déterminer ce que vise cette sixième formule décorée du titre de confornmlio sacramenti, je transcris encore les lignes qui suivent immédiatement et qui nous fourniront d'ailleurs une nouvelle affirmation du rôle consécrateur de l'Esprit-Saint : Ilarum (c'est-à-dire de ces sept oraisons) ullima est oralio qua Dominas noster discipulos suos orare insliluil dicens : Pater noster... II œc sunl aulem septcm sacriflcii oraliones commendala- cvangelica aposlolicaquc doclrina, cujus numeri institula ratio videlur vel propler seplenariam sanctic Ecclesitv universitatem, vel propter septiformem yraliœ Spiritum ci'JUS co.vo ea Qv.e ixfervxtvr sax- VTIFKAXTVR. Ibid., col. 752-753.

C'est donc entre le Sanclus et le Paler que prend lilace ce que saint Isidore appelle la conformalio sacramenti qui a pour effet, grâce à la sanctification opérée par le Saint-Esprit, de « conformer l'oblation au corps et au sang du Christ. ■> Le langage de saint Isidore présente un i)arallélisme frappant avec celui que nous avons vu tenir, au iv» siècle, par saint Cyrille de Jérusalem. Pour l'un comme pour l'autre, du moins à s'en tenir aux textes ici visés, le temps de la consécration va du Sanclus jusqu'à la fin de l'épiclèse, c'est-à-dire jusqu'au Paler. La difiércnce^esl seulement dans les noms donnés à celte partie auguste du sacrifice : pour le catéchète de Jérusalem, c'est « l'invocation de la sainte Trinité » ou encore " l'invocation du Saint-Esprit »; i)our le docteur de Sévillf. c'est la conformalio sacramenli. Mais de part et d'autre, la vertu consccratoirc du'Saint-Esprit est on ne peut plus nettement marquée. Sans insister ici sur ce rapprochement, il était nécessaire de le signaler : son extrême importance pour la solution théo- Iogi(|ue de la (|uestion de l'épiclèse n'échappera à personne.

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ÉPICLÈSE EUCHARISTIQUE

Nous pourrions clore sur cet intéressant témoignage de saint Isidore l'examen de la tradition patristique occidentale. Ajoutons-y cependant, alin de rejoindre complèlenieiit l'époque où nous avons laissé la tradition d'Orient et à partir de laquelle nous allons avoir à la reprendre, un dernier texte : celui de saint Bédé (f 735). Voici comme il s'exprime, dans une homélie pour le troisième dimanche après l'Epiphanie, en commentant VEcce Agnus Dei, ecce qui tollil peccuta nuindi : « Il (Jésus-Christ) ne nous a pas seulement lavés de nos péchés dans son sang quand il l'a répaiidu pour nous sur la croix, ou quand nous avons été purifiés dans l'eau du baptême, le mystère de sa sainte passion ; mais il continue à ôter les i)échés du monde chaque jour. Oui, chaque jour il nous lave de nos péchés dans son sang, lorsque la mémoire de sa bienheureuse passion se renouvelle à l'autel, lorsque par l'ineffable eonsécration de l'Esprit il y a passage du pain et du vin au sacrement de sa chair et de son sang, cum punis et vint crenliiru in sacramenlum curnis et sanguinis ejns iseffabili spiritcs SANCTIFICATIONE trcinsferlur, et qu'ainsi son corps et son sang sont, non plus occis ou répandus par les mains des infidèles pour leur perdition, mais reçus dans la bouche des fidèles pour leur salut. » Homil., 1. I, homil. XIV, P. L., t. xciv, col. 75. Est-il besoin de dire que pour le Vénérable Bède, comme pour saint Isidore de Séville et pour tous les autres, malgré de si nettes affirmations du pouvoir consécrateur du Saint-Esprit, Jésus-Christ n'en est pas moins le véritable prêtre consécrateur dont le prêtre visible n'est que le représentant. Au-dessus de ce représentant ou plutôt en lui apparaît le grand-prêtre, « Jésus qui, sans nul doute, est présent sur l'autel pour y consacrer les oblations. » In Luc, c. xxii, P. L., t. xcii, col. 598. Cf. Vita Bedœ, P. L., t. xc, col. 52.

La conclusion qui nous paraît s'imposer, après l'examen que nous avons entrepris, c'est que pour la tradition des sept premiers siècles, tant orientale qu'occidentale, l'efficacité consécratoire des paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci est le calice de mon sang, se concilie certainement avec la vertu transsubstantiatrice du Saint-Esprit. Tous les témoins de cette tradition n'ont pas formulé ex professa cette conciliation. Tous ne se sont pas posé la question du moment précis où se produit la consécration. Mais il ressort de l'ensemble de leurs témoignages que ce moment précis ne peut être que celui où le prêtre prononce au nom du Christ les paroles de l'institution, et non point celui de l'épiclèse. Nous verrons bientôt cette conclusion se définir de plus en plus nettement dans l'Église occidentale : on en aperçoit d'ores et déjà la complète légitimité. Dans l'Église d'Orient, au contraire, une déviation de la tradition authentique s'est produite au viii° siècle, qui a eu dans la suite la plus maliieureuse influence. C'est ce dont il nous faut maintenant présenter l'exposé.

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