‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 4 sur 148 · C. AXTOINE · texte numérisé non relu

C. AXTOINE

ENCRATITES. — I. Origine. II. Doctrine. IIL Opposition à l'encratisme hérétique.

I. Origine. — 1° L' ascétisme chrétien. — L'ascétisme, quand il est inspiré par des motifs raisonnables et dans le but de réfréner les passions, de mortifier la chair, d'expier le péché et de pratiquer la vertu, ne peut être que recommandé. De tout temps il a été pratiqué par certains hommes, même en dehors du judaïsme et du christianisme. Clément d'Alexandrie rappelle qu'avant les encratitcs, les allobiens, chez les Sarmates, n'habitaient pas les villes, n'avaient ni toit ni demeure, se revêtaient de simples écorces d'arbres, ne mangeaient que des glands et des baies, ne buvaient que de l'eau et n'usaient pas du mariage, Strom., I, 15, P. G., t. VIII, col. 780; que les brahmanes et ceux qu'on appelait les vénérables, tsi^lvo;', parmi les Indiens, pratiquaient de semblables mortifications et d'autres encore. Strom., III, 7, col. 1161. Et certes, Jésus -Christ et ses apôtres ne s'étaient pas fait faute, comme en témoignent abondamment les Évangiles et les Épîtres, de recommander l'ascétisme sous de multiples formes. Et les premiers chrétiens, dociles à de tels enseignements, le pratiquèrent comme il convient, car rien ne cadre mieux avec les principes de la vie chrétienne, qui est une vie de mortification.

2° Premiers dangers. — Mais, malgré les plus sages réserves, des excès étaient à craindre, même en cette matière, même chez des baptisés; et surtout d'autres motifs que ceux d'une foi éclairée et d'une morale bien réglée pouvaient y pousser; d'autres maîtres que les représentants légitimes de l'Église pouvaient en être les inspirateurs suspects. On l'avait bien vu du temps des apôtres, puisque saint Paul écrivait à Timothée : « L'Esprit dit clairement que dans les temps à venir, certains ab indonneront la foi, pour s'attacher à des csi)rits séducteurs et à des doctrines diaboliques, enseignées par d'iiypocrites imposteurs qui ont la marque de flétrissure dans leur propre conscience, qui proscrivent le mariage et l'usage d'aliments que Dieu a créés afin que les fidèles et ceux qui ont connu la vérité en usent avec actions de grâces. Car tout ce que Dieu a créé est bon, et l'on ne doit rien rejeter de

ENGRATITES

ce qui se prend avec actions de grâces, parce que tout est sanctifié par la parole de Dieu et par la prière. » I Tim., IV, 1-5. Or, les esprits séducteurs et les imposteurs hypocrites ne manquèrent pas, surtout parmi les gnostiques. Déjà, au sein du judaïsme, les esséniens avaient fait un schisme et recrutaient maintenant des adeptes parmi les judéochrétiens, au grand détriment de l'unité. D'autre part, l'hypothèse prônée comme un principe certain et indiscutable que la matière est d'essence mauvaise, que dès lors elle ne peut être l'c-juvre de Dieu, mais celle d'un démiurge, devait aboutir à des conclusions théoriques et pratiques inacceptables. C'est ainsi que Cerdon et surtout Marcion, au 11"^ siècle, en firent une application impudente et odieuse. Ils enseignaient, en effet, que le démiurge n'est autre que le Dieu des Juifs, le Jéhovah de la Bible, adversaire du Dieu vrai et bon, et que Jésus- Christ, le Sauveur, n'est venu que pour contrecarrer l'œuvre de ce démiurge ainsi que pour rétablir les droits du Dieu bon. De naïfs clirétiens se rencontrèrent pourselaisserprendre à de telles erreurs; et sans tomber tout d'abord dans une hérésie nettement caractérisée, ce qui du reste ne pouvait guère tarder, ils introduisirent pratiquement une manière de vivre qui, dépassant l'enseignement de l'Évangile et la doctrine de l'Église, tendait à donner aux simples conseils évangéliques la valeur de prescriptions rigoureuses, absolument indisjjensaldes pour s'assurer le salut. Et c'est ainsi qu'on en vint à condamner l'usage du mariage, de la viande et du vin.

3" L'erreur se dessine. — Aux débuts, c'est l'auteur àes Philosoptioiimena qui l'afTirme, Philos., VII I, vii,20, cdit. Cruice, Paris, 1800, p. 421, nul désaccord avec l'Église sur la question de Dieu et du Christ, mais une explosion d'orgueil : ceux qui se disaient encratites, les continents par excellence, se vantaient d'observer une tempérance rigoureuse, consistant à ne boire que de l'eau, à ne se nourrir que de végétaux et à s'abstenir de tout rapi)ort sexuel. Sans doute, et d'une manière générale, de telles pratiques pouvaient s'autoriser à certains égards et dans quelque mesure de la sainte Écriture; et une exégèse complaisante, volontairement incomplète, par de véritables tours de force, pouvait laisser ou faire croire h des esprits bornés, superficiels, inattentifs ou exaltés, que c'était là le seul vrai ciiristianisrne, la seule doctrine authentique du salut. Mais à quelles conditions? A la condition de passer sous silence ou de tenir pour non avenus les textes les |)lus formels et les plus contraires, les points foiulamentaux de la morale cvangélique et chrétienne; à la condition de donner arbitrairement à ce qui n'était que des conseils de perfection pour les âmes «l'élite la valeur absolue et imprescri[)tible d'un devoir pour tous sans distinction. Qu'on louât et «xaltât la vertu de lemi)érance, de continence, rien de mieux; le Christ et les apôtres ne l'avaient-ils pas déjà fait? Il va de soi que de telles vertus s'imjjosent à tout homme parce qu'il est i)écheur et faillible; dans quelle mesure et à quel titre? D'une manière absolue ou relative? Comme un devoir ou comme un conseil? (lar tous les hommes ne sont pas également pécheurs; il en est de plus parfaits (pie d'autres. Et quelle dilTérence entre le commandement f(iii s'impose à tous et le simple conseil (pii ne peut s'adresser qu'à quehiuesuns, entre le devoir et la perfection I l'ne aussi importante distinction aurait évité bien des malentendus, bien des excès; elle devait y couper court en tout cas. Mais on la négligea et, le mouvement gnostique aidant, on vil se dessiner une doctrine «pii exaltait outre mesure la continence, et paraître <les sectaires qui se paraient du titre de continents. Qui étaient-ils «l que prétendaient-ils?

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