L. GODEFIiOY
EPILEPSIE. On donne le nom d'épilepsie (haut mal, mal caduc) à une névrose cérébrale chronique, parfois héréditaire, plus ou moins périodique, caractérisée par des attaques convulsives, quelquefois précédées de signes avant-coureurs, durant lesciuelles le malade est privé de connaissance et de sensibilité. L'épilepsie est un empêchement aux ordres, inclus ordinairement dans la série des irrégularités rx defectu.
Le titre d'irrégularité proprement dite ne lui est infhgé par aucun texte législatif, car le c. Cnnimuni- /er, dist. XXXI II, que Gratien attribue au pape Pie 1% et qui appartient, en réalité, au XI" concile de Tolède (67.')), ne vise, comme le can. 29 du concile d'Elvire auquel il se réfère, que l'encrgumeniis, qui nh erratico ■spiritu cxagilatur, à moins de dire que l'épilepsie était alors considérée comme une conséquence de la j)ossession diabolifiue. Les premières fois qu'il est vraiment question d'épilepsie dans la littérature canonique, il s'agit de crises survenant après la réception des ordres. Ainsi en est-il dans le c. Nitprr, caus. VH, q. II. Des clercs ayant interdit à leur évêquc la célébration de la messe sous le prétexte d'accidents épileptiques, ne scandalum fidclihiis vidrreliir ingerere, et Ecclesiam Dei... hoc o/fensionc turbare, l'évêque vint à Home se plaindre du procédé au pape Gélase et protester qu'il n'avait jamais en d'accidents de ce Uenre. Le pape répondit en ordonnant une enquête sérieuse, car c'était à ses yeux chose importante; mais il n'invoque ni ne crée aucune loi : il donne une solution de prudence : si l'évêque a subi, en effet, des accidents de ce genre, on continuera de lui interdire la célébration de la messe ; ainsi l'exige le respect dû à
Dieu. Ce sont les mêmes sentiments qui inspirent une décrétale d'Alexandre II (10G1-I073), insérée aussi au Décret de Gratien, ibid., c. i, en vue d'un cas analogue : il s'agissait d'un prêtre qui souffrait d'accidents épileptiques; le pape conseille, si les attaques sont fréquentes, d'interdire absolument à ce prêtre de célébrer la messe, non parce qu'une loi le décide, mais pour des motifs de décence commune et de respect pour la sainte eucharistie : Indeccns enim est et pcriculosum, ut in consecrationc eucharistise morbo l'ictus epileptico cadat. La glose sur ces divers passages ne mentionne pas davantage de prescriptions légales; tout au plus impose-t-elle, comme mesure de prudence, en cas d'épilepsie bien caractérisée, d'exiger le laps d'une année sans accidents, et ce jiar analogie avec les exigences du c. Conimuniter, avant de permettre de nouveau la célébration des saints mystères.
A son tour, le titre De corpore vitiatis, i, 20, dans les Décrétâtes de Grégoire IX, ne contient rien concernant directement l'épilepsie.
Cependant, dans une lettre à Palladius, évêque de Suhnona, le pape Gélase avait énoncé un principe d'où devait nécessairement sortir la prohibition d'accepter aux ordres les épileptiques comme les autres infirmes de même genre : Pnecepta canonum... non patinntnr venire ad saccrdotiuin débiles corpore. De plus, puisqu'on interdisait aux épileptiques déjà ordonnés la célébration de la messe, il était logique d'interdire l'accès aux ordres à ceux qui avaient subi des accidents de ce genre. Ce fut le principe duquel s'inspira la pratique et qui aboutit à la création par la coutume de c?tte irrégularité. .\ quelle époque remonte cette coutume, c'est ce qu'il paraît impossible de préciser dans l'état actuel de nos connaissances.
Au point de vue de l'irrégularité, il faut distinguer entre l'épilepsie dont les accidents premiers sont antérieurs à la puberté et ont cessé, depuis, i)endant plusieurs années, et celle dont les accidents se sont produits seulement après la puberté, surtout s'ils ne se sont présentés qu'après l'âge de 25 ans. Dans le premier cas, si les accidents ne se sont pas reproduits depuis plusieurs années, le sujet n'est pas considéré conmie épileptique, ni, par suite, comme irrégulier. Dans le second cas, surtout lorscjue les premiers accidents épileptiques se sont produits après l'âge de 25 ans, l'irrégularité paraît indubitable, et la disi)ensc nécessaire. Selon le théologien La Croix, de son temps, en Flandre, on ordonnait sans difficulté ceux qui depuis deux ans n'avaient présenté aucun accès; Schmalzgrueber, au contraire, témoigne, sur le tit. De corpore vitiatis, n. II, d'une discipline plus sévère, et à bon droit, car, dit-il, même délivrés on n'est jamais sûr de leur guérison.
11 semble que les tendances sévères l'emportaient aussi à la S. C. du Concile : elle était en général assez exigeante pour accorder la dispense, ainsi que l'on peut s'en convaincre en parcourant la liste des demandes |)résentées. Cf. en particulier les causes du 25 janvier 180(i, l-'nligno; Rieti, M mai I83I ; Trêves, 27 janvier ISOfi et II juin I8f.8; 28 janvier et 20 juillet 1878; 20 janvier 1881; 2 juin 1883 et 10 mai 1884, pour Pavie; 12 septembre 1890, pour Venise; Il août 1900, pour Nancy; 20 août 1905, pour Lyon; 27 juin 1908, pour Aci-Heale, etc. Dans tous les cas on exige que les accès ne se soient pas produits depuis un temps qui dépasse une année, et que les médecins attestent une guérison en très bonne voie.
S'il s'agit d'épilepsie survenant après l'ordination à la prêtrise, ri';glise interdit au malade la célébration (le la messe et ne lui rend la liberté de célébrer qu'après attestation des médecins que les accès ont cessé et ne paraissent plus à craindre.
Les motifs de dispense lulmis par la S. C. du Con-
ÉPILEPSIE — ÉPIPIIANK SAINT)
cile et qu'aclinettra aussi sans doute la S. C. de la discipline des Sacrements appelée par la constitution Sapi-nti ronsilio, du 29 j lin 1900, à lui succéd T en cette matière, sont : les besoins du diocèse auquel le sujet est destiné, les qualités intellectuelles, morales et religieuses du sujet; le tout confirmé par une chaude recommandation de l'Ordinaire.
A consulter : les canonistcs au titre De corpore viliatis; Gasparri, Tracldlus canoniciis de sacra ordinalione, Paris, 1893, n. 278sc]. ; les moralistes ou canonistcs récents au De irregularilalihus ; les collections de décrets de la S. C. du Concile.
A. ViLLIEN.
ÉPIPHANE (Saint). — !. Vie. II. Œuvres.
I. Vie. — Né vers 315 à Besandouc, près d'Eleuthéropolis en Judée, Épiphane s'adonna dès sa première jeunesse à l'étude des sciences sacrées. Il cultiva aussi avec ardeur l'étude des langues et, au témoignage de saint Jérôme, Arfccrsj/s Rufiniim, ii, 22, P. L., t. xxiii, col. 44G, 462, Épiphane « le pentnglotte » possédait, avec le grec, l'hébreu, le syriaque, le copte et même quelque teinture du latin. Sa formation spirituelle fut tout ascétique, commencée par saint Hilarion, père des moines de la Palestine, achevée par les grands solitaires d'Egypte. En Egypte, le futur héréséologue fut aussi en contact avec les gnostiques, qui tentèrent vainement de le gagner à leurs rêveries. Il n'avait guère que vingt ans, lorsque, de retour en Palestine, il fonda, près de son village natal, un couvent qu'il devait gouverner quelque trente ans. I-^n 367, sa réputation de science et de piété le fit appeler en Chypre au siège de Constantia, l'antique Salamine, métropole de l'île, où il fut l'exemple de tous par l'austérité et la sainteté de sa vie, par son ardeur à répandre les institutions monastiques et jiar ce zèle enflammé poiu' la pureté de la foi, qui forme la caractéristique de son activité, zèle que n'éclairait point une connaissance profonde des liommes. Il avait toujours combattu avec une véhémence particulière l'origénismc, la plus dangereuse à son avis de toutes les hérésies. Le désir d'en étouffer un des foj'crs principaux le ramena, l'an 394, en Palestine. Il prêcha contre Origène et ses erreurs dans l'église du Saint-Sépulcre, en présence de l'évêque Jean, et sur le refus de celui-ci de condamner Origène, il rompit la communion avec lui, suivi par saint Jérôme, tandis que Ru fin tenait pour le parti adverse. Il fournit un nouveau grief à l'évêque de Jérusalem, lorsque, contre son gré, il ordonna, pour la connnunauté de Bethléhem, Paulinien, le frère de Jérôme. Ce ne fut qu'après plusieurs années (397), qu'une réconciliation eut lieu, grâce surtout aux )3ons offices du patriarche d'Alexandrie, Théopliile, alors encore favorable à Origène. Mais Théophile ne tarda pas (399) à se déclarer lui-même antiorigéniste décidé. Par ses odieuses persécutions contre les moines égyptiens partisans d'Origène, il se brouilla profondéntent avec saint Jean Chrysostome et il sut, en représentant celui-ci comme origéniste, engager Épiphane dans la querelle. L'an 402, selon la chronologie la plus probable, Épiphane, dans un synode des cvêques de Chypre, condamna Origène et ses écrits, puis, poussé par Théophile, malgré sou grand âge, il partit pour Constantinoi)le à la poursuite du monstre de l'origénismc. Le vieillard bien intentionné, mais à courtes vues, y travailla d'abord contre saint Chrysostome; il finit par ouvrir les yeux, déclara que Théophile avait abusé de sa simplicité et se rembarqua pour l'île de Chypre. La mort le surprit pendant la traversée, le 12 mai 403.
II. Œuvres. — 1° Œuvres polémiques. — Ce fut aussi le combat contre l'hérésie qui exerça surtout la plume d'Épiphane. Plusieurs personnes de Syedra
en Pamphylie lui avaient demandé un exposé de quelque étendue de la foi orthodoxe sur la sainte Trinité et en particulier sur le Saint-Esprit. Il satisfit à ce désir en composant, l'an 374, lAncoratus, P. G., t. XLiir, col. 17 236, qui devait être pour les fidèles, parmi les mouvements confus des controverses ariennes et semiariennes, une « ancre » sûre. Dans cet ouvrage, où il n'est pas rare de voir l'auteur s'écarter fort loin de son sujet, ce qui mérite une particulière attention, ce sont les deux confessions de foi qui le terminent et que l'auteur recommande à la communauté de Syedra pour l'administration du baptême. D'après les recherches de Caspari, la première confession, c. cxix, qui est la plus courte, serait la plus ancienne; elle aurait été introduite comme symbole baptismal à Constantia peu avant l'épiscopat d'Épiphane. La seconde, c. cxx; serait d'Épiphane lui-même, composée pour le présent ouvrage. Avec de légères modifications, elle fut adoptée par le concile de Constantinople (381) comme symbole de l'Église universelle et devint, plus tard, le symbole baptismal de tout l'Orient. Voir t. m, col. 1229- 1230. A la prière instante de deux archimandrites, Acace et Paul, qui avaient lu avec intérêt et avec friùtl'Anco/a/us, Épiphane composa, dans les années 374-377, une exposition et une réfutation plus explicites des systèmes hérétiques, le Panarion ou " Pharmacie contre quatre-vingts hérésies », P. G., t. xli, XLii, cité d'ordinaire sous le titre d'Hœreses. L'auteur range parmi les hérésies les écoles philosophiques grecques et les partis religieux juifs, si bien qu'il compte vingt hérésies avant Jésus-Christ. Les principaux garants, pour les systèmes anciens, sont saint Justin, saint Irénée, saint Hippolytc, qu'en nombre d'endroits il transcrit mot à mot. Cf. A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, Paris, 1906, p. 72-77. Sur les hérésies postérieures, il a puisé à des sources très diverses et son ouvrage constitue, en somme, une mine historique précieuse, encore que l'auteur montre souvent un manque de critique et vme crédulité excessive. Le Panarion se termine, comme VAncoratus, par im résumé de la foi de l'Église catholique et apostolique. Un extrait de l'ouvrage, '.\va/.s9a).a!'t.)'7i;, P. G., t. XLii, col. 833-886, est peut-être d'une autre main.
2° Écrits sur V archéologie biblique. Lettres. Apocryphes. — Un écrit qu'Épiphane composa à Constantinople, l'an 392, à la demande d'un prêtre perse. Sur les mesures et les poids, rentre dans le domaine de l'introduction biblique. Son titre ne répond qu'à la 11= partie de l'ouvrage, car la I" traite du canon et des versions de l'Ancien Testament et la III'' de la géographie de la Palestine. C'est, du reste, moins un travail achevé qu'une suite de notes et d'ébauclies. Du texte grec nous ne possédons que les 24 premiers chapitres. P. G., t. xlhi, col. 237-293. On en trouve 60 de plus dans une version syriaque éditée par de Lagarde dans ses Symmicta, t. ii (1880), p. 149- 216. Du traité Des douze pierreries qui ornaient le rational du grand-prêtre de l'ancienne alliance, dédié à Diodore de Tarse, nous avons deux recensions, la brève, P. G., t. xliii, col. 293-304, et la longue, celleci en latin seulement, col. 321-306. Ses autres ouvrages excgétiques sont perdus. Le commentaire sur le Cantique des cantiques, depuis l'édition du texte grec par GiaconiclH. Rome, 1772, a été rendu à son véritable auteur, Philon de Carpasia. L'opuscule, en deux recensions, P. G., t. xliii, col. 393-413, 415-428, sur le lieu de la naissance et de la mort des prophètes, plein des choses les plus incroyables, le Physiologuc ou plutôt un remaniement de ce manuel d'histoire naturelle populaire au moyen âge. col. 517-533, sept homélies, la dernière en latin seulement, col. 428-508.