‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 60 sur 148 · C. Antoine · texte numérisé non relu

C. Antoine

ÉRASME. — I. Vie. II. Œuvres. III. Caractère et influence.

I. Vie. — Désiré Érasme naquit à Hottcrdani, le 27 octobre 1464, et, selon l'usage des humanistes contemporains, il changera son nom originaire de GerritGerrits contre celui qui pendant longtemps fut un des plus grands noms de l'Europe intellectuelle. Il était le fils naturel d'un bourgeois de Gouda en Hollande, Gérard, et de la fille d'un médecin, Marguerite, qui de son nom de famille s'appelait probablement Roger. Jansscn, L'Allemagne et la Réforme, trad. franc., Paris, 1889, t. ii, p. 6, note 1. Gérard, qui voyageait alors en Italie, désespéré sans doute par la fausse nouvelle de la mort de Marguerite, se fit prêtre, et plus tard, sur son lit de mort, il confiera la tutelle de l'enfant à ses trois meilleurs amis. Érasme, d'une complexion assez frêle, fut élevé par sa mère avec une tendre et intelligente sollicitude. Il n'avait pas encore douze ans qu'elle le conduisit ellemême dans la célèbre école des Frères de la vie commune à Deventer; là il trouva des maîtres habiles, Jean Synthem entre autres et Alexandre Hégius, qui surent l'apprécier et qui lui prédirent une brillante carrière littéraire; déjà, sur les bancs, Horace et Térence étaient les livres de chevet du spirituel et laborieux écolier, qui les apprenait par coeur. Quatre ans après, la peste enlevait à Érasme successivement, à peu d'intervalles, sa mère et son père. Trois ans plus tard environ, les pressantes instances de ses tuteurs pour l'engager dans la vie monastique, à laquelle l'irrégularité de sa naissance leur semblait le vouer, en lui fermant les rangs du clergé séculier, amenèrent une rupture complète entre eux et leur indocile pupille. Malade, sans ressources et sans appui, le pauvre jeune homme était réduit aux abois, lorsqu'il rencontra par hasard un de ses anciens condisciples de Deventer, Cornélius Vedrenus, enrôlé depuis peu parmi les chanoines réguliers d'Emmaûs, non loin de Gouda : la peinture attrayante des facilités et des joies de l'étude au sein d'un cloître, à portée d'une riche bibliothèque, dans le commerce d'esprits cultivés, eut raison des répugnances antimonastiques d'Érasme, et, la nécessité l'aiguillonnant, Érasme en 1486 prit l'habit des augustins à Emmaiis. Néanmoins, si douce que la vie du noviciat lui soit faite, et bien que l'agile curiosité de son esprit n'y subisse point d'entraves, la vie religieuse ne lui sourira pas. Ce n'est pas sans de longues hésitations qu'il prononcera ses vœux solennels; au fond, il ne s'en consolera jamais. L'étude acharnée des classicjues païens et celle de l'humaniste Laurent Valla, qui deviendra

ERASME

l'un de ses modèles et de ses guides, rempliront les cinq années de son séjour à Emmalis.

Quelques opuscules de jeunesse, vers et prose, attireront aussi l'attention sur Érasme; et, de bonne heure, son mérite littéraire ayant vite percé, il verra s'ouvrir devant lui les portes de son couvent, qu'il tenait pour une prison; il ne sera obligé qu'à garder l'habit religieux, sauf, toutefois,:! secouer cette obligation. Alors commence la vie cosmopolite d'Érasme, sans cesse en rupture de couvent, toujours en quête d'érudition et de renommée, de protections et de pensions. Cambrai fut sa première étape. L'évêque de cette ville, Henri de Berghes, projetant d'aller à Rome chercher le chapeau, et sentant le besoin des services d'un très bon latiniste, l'attacha en 1491 à sa maison et l'ordonna prêtre le 25 février 1492. Le voyage de Rome n'eut pas lieu; mais Érasme ne laissa pas de rester auprès de l'évêque et de s'abriter sous son puissant patronage. Avec sa permission, il partit en 1496 pour Paris, où l'évêque lui procura d'abord au collège de Montaigu le vivre et le couvert, où il subvint ensuite à ses besoins en donnant des leçons et s'assura parmi ses élèves de précieuses et durables amitiés. Après qu'il eut quitté Paris, peu satisfait en somme de son séjour, au commencement de 1497, et revu Cambrai, on aperçoit Érasme tour à tour à Orléans, plongé dans l'étude de l'antiquité profane grecque et latine, puis en Hollande, puis, à dater de 1498, en Angleterre. Il y fut accueilli avec empressement par tout ce que l'Angleterre comptait d'hommes distingués, par les Thomas I\Iorus,lcs Fisher, les Warham, les Jean Colet, les Linacre,ctc.,en même temps que par le prince de Galles, le futur Henri VIII, qui lui portera toujours une particulière sympathie. Rien pourtant, ni les hommages des Anglais, ni les pensions et les riclics cadeaux, ni les intérêts de la cause de l'humanisme, ne put y retenir et fixer Érasme; dès 1499, il repassa sur le continent, et nous le retrouvons tantôt à Paris, tantôt à Louvain, où il refusera en 1502 une chaire à l'université, crainte que ses travaux personnels n'eussent à souffrir de l'exercice d'une telle charge. Les remarques de Laurent Valla sur le Nouveau Testament, qu'il découvrit en 1504 dans un couvent de Bruxelles, et les conseils d'un professeur de Louvain de ses amis, le futur pape Adrien VI, le décideront à élargir son horizon intellectuel : à l'étude passionnée des auteurs païens il joindra désormais celle de la sainte Écriture et des Pères de l'Église. Ce qui fera tomber sur son front, aux yeux surtout de ses contemporains, un nouveau et plus vif rayon de gloire.

Le désir de visiter l'Italie et le besoin de ramasser l'argent nécessaire pour son voyage ramenèrent Érasme en Angleterre, où des amis dévoués l'appelaient. Son attente n'y fut pas déçue; mais, cette fois, il y demeura peu. En 150G, il partira pour l'Italie, prendra le bonnet de docteur en théologie à Turin et visitera la plupart des villes du nord et du centre de la péninsule, nouant partout d'affectueuses relations avec les savants les plus renommés, utilisant pour ses travaux bibliothèques et manuscrits, préparant à Venise les célèbres éditions latines sorties des presses d'Aide Manuce, dirigeant et surveillant A Padoue l'éducation universitaire d'un fils naturel du roi d'Ecosse, .Jacques IV, déjà pourvu à vingt ans de l'archevêché de Saint-André. .X Home, enfin, où son renom l'avait précédé, les témoignages d'estime et d'admiration affluèrent chez lui de toutes parts; on le pressa d'établir sa résidence à Rome; le pape Jules II lui offrit même la charge de pénitencier, comme le marche|)ied du cardinalat. Érasme résista cependant à toutes ces avances. Le roi Henri VIII était monté sur le trône en 1507, et les amis du grand

humaniste le pressaient avec lui de revenir en Angleterre. Érasme ne resta pas sourd à leurs invitations, et reçut à la cour aussi bien que dans le monde savant un très cordial accueil. D'Oxford et de Cambridge on lui conféra le titre de docteur; l'évêque de Rochcster, Jean Fisher, chancelier de l'université de Cambridge, le pourvut à Cambridge de la chaire de grec et de théologie; pour suppléer à l'insufTisance de son traitement professoral, l'archevêque Warham lui confiera près de Cantorbéry la cure d'Aldington, qu'il résignera d'ailleurs un an plus tard. Érasme occupa donc quelque temps sa chaire; mais c'est moins à ses leçons publiques qu'à sa plume qu'il a dû son influence prépondérante sur les études; par ses ouvrages de pédagogie, notamment par son livre De copia verbonim et rerum en 1512, il a dominé et régenté l'Angleterre.

Admiré, honoré, enrichi, Érasme néanmoins ne se résigna point à passer sa vie en Angleterre. Le vent, le climat, la bière, le manque de confort, tout avait, selon lui, sur sa gravelle un contre-coup fâcheux; tout excitait ses déplaisirs, ses inquiétudes et ses plaintes. Il reprit donc avec joie la route des Flandres, quand, vers 1516, il fut appelé avec d'autres savants à Bruxelles, à la cour du jeune roi d'Espagne, Charles d'Autriche, le futur Charles-Quint. Le prince le nomma conseiller royal, avec une pension, quoique sans fonctions déterminées et sans l'obligation de la résidence. Charles songeait même à l'élever aux dignités ecclésiastiques et à le pourvoir d'un évêché en Sicile; mais Érasme y était inliabile tant à cause de sa naissance que de son propre fait, soit pour avoir méconnu les devoirs de l'obéissance religieuse, soit pour avoir indûment déposé l'habit de son ordre. Il recourut donc au Saint-Siège, afin d'écarter les empêchements canoniques. Le pape Léon X accueillit sa requête et, par un bref du 26 janvier 1517, il chargea son légat en Angleterre, Ammonius, de relever l'impétrant des irrégularités et des censures encourues, autorisant Érasme, en outre, à vivre désormais hors du cloître et sous le costume du clergé séculier. C'était là un gage de la bienveillance particulière du pape; c'était le silence imposé aux accusations que soulevait le genre de vie d'Érasme. Il enseigne quelque temps au CoUeginm triliiu/nc, fondé à l'université de Louvain par Busleyden. .Mais la froideur ou l'hostilité ouverte de ses collègues le dégoûtent i)ien vite. Depuis lors, on voit encore Érasme tour à tour à Bruxelles, à Anvers, à Louvain, à Bille et sur les grands chemins, partout héroïquement laborieux, voué sans relâche à la composition de ses ouvrages et à la diffusion des œuvres de l'antiquité. Enfin, il cherchera en 1521 un asile sûr à Bâle, auprès de son ami, le libraire Froben. Il était à l'apogée de sa renommée. I-"rançois F' lui offrait à Paris la direction du Collège de France; l'archiduc Ferdinand d'Autriche, le frère de (Charles-Quint, essayait, en lui promettant une riche jjension, de l'attirer à Vienne, pour y jeter un nouveau lustre sur la cour et sur l'université; le roi Henri VI H, dans une lettre de sa main, lui ra])pelait sa promesse de consacrer à l'.Vngleterre au moins le soir de sa vie; le roi de Pologne, Sigismond, lui témoignait les plus grands égards; les iielits princes allemands et italiens s'honoraient d'être ses correspondants. 11 n'y avait dans la chrétienté aucune réputation comparable à celle d'Érasme. Point de savant <|ui ne rêvât de faire im pèlerinage littéraire auprès de lui ou d'obtenir au moins une de ses lettres. Les papes eux-mêmes tenaient à se ménager son amitié, et Léon X acceptait avec reconnaissance la dédicace de l'Épîlre aux Romains, l'-rasme. comme Voltaire au xviii''siècle, a été le vrai roi intellectuel de sontenips.

ERASME

Cependant, l'explosion de la Réforme allumait en Allemagne un vaste incendie, et l'origine en semblait remonter pour une grande part jusqu'à Érasme. Le hautain mépris du moyen âge, métaphysique et théologie, la guerre implacable aux abus dans l'Église, les mordantes railleries contre les moines, les attaques incessantes contre la papauté rapprochaient en effet de Luther le prince des humanistes, et le désignaient aux soupçons, voire aux accusations des catholiques. Entre Érasme et Luther toutefois, nonobstant leurs points de contact et leurs hommages réciproques, il y avait, dés le début de leurs relations, plus d'une dissidence réelle et profonde; il y avait entre le tempérament révolutionnaire de l'un et la trempe d'esprit aristocratique de l'autre une vraie incompatibilité; la violence du langage de Luther et ses excès de conduite blessaient et inquiétaient Érasme, qui, de son aveu, n'aimait pas le bruit. Tout en lui, son esprit de mesure, ses convictions, ses intérêts personnels, l'empêchait de sortir du giron de l'Église et d'embrasser le parti de Luther. Aussi proteste-t-il, dès la première heure, de son entière soumission à l'autorité de l'Église, et se déclare-t-il catholique avant tout. Mais il reconnaît en même temps la pureté des intentions de Luther, et il refuse d'abord de s'engager dans la lutte contre les principaux chefs de la Réforme, avec lesquels il entretient des relations amicales et dont il estime le talent. Il ne rêve dans l'Église que paix et concorde; la paix est comme son mot d'ordre; à l'empereur et aux princes, au pape même, aux réformateurs enfin, il conseille la modération et une mutuelle tolérance. Dans l'assemblée de Cologne, au mois de décembre 1520, il recommande, en présence des légats du ])ape, la conciliation et la douceur, et regrette la publication de la bulle Exurge, Domine, crainte qu'elle n'envenime la situation. Invité à la diète de Worms, en avril 1521, il s'excusera de n'y point paraître, sur sa chétive santé et sur l'épidémie de peste qui sévissait alors; car, à ses yeux, le temps d'une transaction honorable était passé; et, sans vouloir intervenir de sa personne dans la tragédie qui s'ouvre, il donnera dans l'entourage de l'empereur des assurances de sa parfaite orthodoxie et des conseils de prudence. Ni les avances des protestants, d'Ulrich de Hutten entre autres, ne l'avaient attiré dans le camp de la Réforme; ni les sollicitations des papes Léon X et Adrien VI, avec lesquels il restera toujours en correspondance, ne l'avaient décidé à guerroyer contre Luther. Mais quand Luther sera mis au ban de l'empire et que ses ouvrages seront proscrits; quand il se sentira en butte aux défiances de Luther lui-même et à la veille de perdre la protection de la plupart des princes, il se défendra hautement de toute connivence avec l'hérésie, et, ses idées comme ses intérêts le poussant, malgré son naturel craintif, il entrera dans la lutte. Ses démêlés avec Llrich de Hutten, l'ami de Luther et le sien, présageaient sa nouvelle attitude. Lorsqu'en décembre 1521, le malheureux chevalier, traqué par ses ennemis d'Allemagne et réduit à la misère, vint à Bâlc relancer Érasme, celui-ci qui tremblait pour son repos et qui, d'ailleurs, avait à se plaindre d'une grave indélicatesse de Hutten, refusa de recevoir sa visite. Le fugitif, éconduit et obligé de quitter Bâlc, s'en vengea par un pamphlet, daté de Mulhouse en 1523, Expostnlatio cum Erasmo; il lui jetait à la face ses illusions et ses tromperies, sa soif insatiable d'honneurs et de renommée, sa pusillanimité ridicule et son égoïsme, sa jalousie de Luther, etc. A ce pamphlet outrageux, Érasme, sans tarder, opposa Spongia Erasmi adversiis adspergines Huileni. Lorsque l'écrit d'Érasme parut, Hutten était déjà mort. Mais la

lutte contre Luther même va commencer. En 1524, Érasme descendra non sans anxiété dans l'arène, armé de son traité De libero arbitrio, qui sera lu et commenté avec passion par tous les hommes éclairés de l'Europe. A la réponse nette et irritée de Luther dans le traité De scrvo arbitrio, Érasme, en 1526, ripostera par son Hyperaspistcs, où, faisant assaut de violence et d'amertume avec son adversaire, il rejettera surtout l'accusation de scepticisme et de manque d'esprit religieux. Ce que l'Église a décidé sur les points en litige, Érasme le croit d'une ferme foi; qu'importent après tout les raisons purement humaines? Érasme pense et veut toujours penser comme l'Église. Luther le poursuivra désormais d'une haine immortelle; son mépris d'Érasme s'afTichera en toute rencontre, ses sarcasmes contre ce libre-penseur, contre cet athée qui ne croit à rien et rit de tout, ne tariront plus. Érasme toutefois grandira dans l'estime de ses amis. Comme il demandait l'appui de l'empereur contre les menaces des luthériens : o Grâce à toi seul, lui écrivait Charles-Quint ïi 13 décembre 1527, la chrétienté est arrivée à des résultats auxquels n'avaient encore pu atteindre les empereurs, les papes, les princes, les universités, ni tous les efforts des gens savants. » L'éloge est excessif; il fait voir, du moins, ce qu'Érasme, dans la tempête de la Réforme, avait su garder de prestige et de crédit.

Au fort de cette polémique, les travaux littéraires d'Érasme ne chômaient pas. Livres de pédagogie, ouvrages de morale et d'édification, traductions de quelques Pères de l'Église grecque, éditions d'auteurs anciens, sacrés et profanes, Érasme à Bâle menait tout de front. A la suite, cependant, des progrès de la Réforme à Bâlc, une véritable révolution y éclata. Les luthériens, en février 1529, occupèrent les portes de la ville, saccagèrent les églises, brisèrent les autels et les statues des saints, forcèrent le conseil, sous le feu des canons, à proscrire à jamais la messe du pays. Érasme n'avait ni le tempérament d'un démagogue, ni le cœur d'un martyr; il s'enfuit de Bâle, et, descendant le Rhin, se mit en sûreté dans la ville très catholique de Fribourg-en-Brisgau. Après un court séjour dans le palais où les magistrats s'étaient empressés de lui offrir l'hospitalité, il acheta bientôt une maison, et y vécut six ans, plongé, comme à Bâle, dans ses travaux littéraires, à la fois éditeur infatigable, traducteur, auteur élégant et fertile; Érasme n'a jamais connu le repos. Invité maintes fois à retourner dans le Brabant et résolu enfin à se mettre en route, il voulut revenir auparavant à Bâle, pour y surveiller de plus près la publication des œuvres complètes d'Origène. Il revint donc en cette ville au mois d'août 1535, et l'accueil cordial de ses amis lui apporta comme les derniers sourires de la fortune. Déjà, le 31 mai 1535, une lettre extrêmement élogieuse du pape Paul III, qui lui conférait la riche prévôté de Dcventer, l'avait comblé de joie. Ses amis de Rome, et six cardinaux, parmi eux, demandaient le chapeau pour lui et comptaient bien l'obtenir. Mais Érasme, qui sentait la mort venir, pria lui-même ses amis de renoncer à leur projet. En proie, depuis l'automne de 1535, à des douleurs arthritiques atroces et consumé par une fièvre lente, il fut réduit, l'hiver durant, à garder le lit; il ne laissait pas de travailler sans relâche à son édition d'Origène, en même temps qu'il classait sa correspondance avec ses amis, qui, pour la plupart, l'avaient précédé dans la mort et dont le souvenir lui restait très cher. Au mois de mars 1536, une dysenterie survint et l'emporta. Quelques semaines avant sa mort, il déclarait ne vouloir ni souffrir chez lui un homme affilié aux idées nouvelles, Epist., mccxcvii, ni mourir à Bâle, dans une ville hérétique. Epist. r

ÉRASME

Mccxcix. C'est à Bâle pourtant qu'il mourut, dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536, patient dans la souffrance et résigné à la volonté de Dieu : « Seigneur, ayez pitié de moi ! . avait-il dit en rendant l'âme. Mais l'implacable Luther ne voudra pas croire à la sincérité de ses dernières paroles; cet épicurien, cet antichrétien n'avait pu, selon lui, mourir en invoquant le Christ. Érasme avait-il appelé un prêtre catholique à son chevet ? On l'ignore; on ne sait pas non plus au juste pourquoi il n'a pas reçu les sacrements de l'Église. On l'enterra, au milieu d'une affluence de luthériens, à la cathédrale de Bâle, dans l'ancienne chapelle de la Sainte-Vierge, et une inscription latine y rappelle encore en termes pompeux les services rendus par Érasme aux belleslettres et à la théologie.

II. Œuvres. — La Biblioihcca Erasmiana, Gand, 1893, ce répertoire modèle des productions d'Érasme, les partage en deux séries : d'un côté, les éditions, les traductions et les paraphrases publiées par l'érudit flamand; de l'autre, ses lettres et les ouvrages littéraires qu'il a écrits, dans sa laborieuse carrière, sur les sujets les plus variés, pédagogie et rhétorique, morale et piété, politique courante et polémique religieuse.

1° Indépendamment des éditions et des versions, soit complètes, soit partielles, d'auteurs païens, par où l'antiquité classique se révélait aux esprits con- temporains étonnés et charmés, la première série comprend les éditions de nombre de saints Pères et de quelques vieux écrivains ecclésiastiques. Citons, entre autres, l'édition de saint Jérôme, pour lequel Érasme a toujours eu un véritable culte, 9 in-fol., 1516-1520, celle de saint Hilaire, Bâle, 1523-1535, celle aussi d'Algerus de Liège, qui, dans son traité de l'eucharistie, garantissait l'orthodoxie de la foi de son éditeur sur la transsubstantiation, et celle enfin du commentaire sur les Psaumes d'Haymon de Halberstadt. Ces éditions patristiques étaient accueillies du public d'alors avec une grande faveur. Il faut pourtant reconnaître que, sauf en ce qui concerne le ne Trinilalc de saint Hilaire, l'éditeur n'a guère pris la peine de consulter les manuscrits, et qu'en tout cas, il en a très peu profité pour établir son texte.

Les travaux scripturaircs d'Érasme, qui, aussi bien, se distingue des autres humanistes par son zèle de l'exégèse sacrée, publiés et dédiés successivement aux papes Léon X et Clément VII, à l'empereur Charles-Quint, aux rois et aux grands personnages du temps, parurent ensemble à Bâle, chez le libraire Froben, de 1523 à 1525. Érasme a traduit et annoté tous les livres du Nouveau Testament; il les a commentés presque tous, hormis l'Apocalypse. L'édition érasmicnne du Nouveau Testament contient, en face du texte grec primitif, une traduction latine, écrite avec un soin particulier, et des paraphrases qui vont à éclaircir les difficultés du texte originaire. L'ouvrage, en accroissant la renommée d'Érasme, n'a pas laissé de donner prise à la critique. On a reproche à l'éditeur, quoiqu'il s'en soit énergiquement défendu dans sa dédicace au pape Léon X, de n'avoir étudié pour l'établissement du texte, ni assez de manuscrits, ni des manuscrits assez anciens; on a critiqué pareillement le vernis par trop classique de la version latine, qui détonne dans son élégance avec la rude simplicité de la Vulgale, et enfin les taches dont l'œuvre est parsemée. Du vivant d'Érasme, la traduction latine a eu cinq éditions. Il est à regretter que le succès du texte grec érasmien, sur lequel s'appuient les éditions postérieures de Robert Estienne et d'Elzevir, ait dépassé de beaucoup celui de la polyglotte d'Alcala. Cf. K. Reuss,

Biblioihcca Novi Tcslamenii grœci, Brunswig, 1872, p. 27-44; S. Berger, La Bible an xvi^ siècle, Paris, 1879, p. 4-69; E. Mangenot, Les erreurs de mémoire fies évangélisies d'après Érasme, dans La science catholique, 1893, t. vu, p. 193-220; A. Bludau, Die beiden erstcn Erasmus-ausgaben des Neuen Testaments und ihre Gegner, dans Biblischc Siudien, Fribourg-en-Brisgau, 1902, t. vu, fasc. 5.

2° Des ouvrages littéraires d'Érasme se détache sur le premier plan, avec les Colloquia familiaria, 1518, l"EYxw(Xiov Mtùpia.;, seu laus slullitix, 1509 : satire amère et outrée, comme Érasme le reconnaîtra plus tard, du monachisme, des désordres du clergé, de la corruption générale. L'œuvre qu'on a pu regarder comme le prologue de la grande tragédie théologique du xvi<= siècle, Janssen, op. cit., trad. franc., t. ii, p. 15, était d'une hardiesse inouïe. Elle n'avait pas été destinée primitivement à la publicité; les divers morceaux n'en avaient d'abord pour but que de distraire et d'égayer le chancelier Morus dans une maladie. La première édition de l'Eloge de la folie parut à 1800 exemplaires, chiffre énorme pour le temps, et, moins d'un mois après la mise en vente, il n'en restait plus que soixante en librairie. Mais le commentaire dont Gérard Listrius, en 1515, accompagnera la nouvelle édition du livre, sous l'inspiration et peut-être avec le concours d'Érasme qui lui prêta sa plume, soulèvera d'ardentes et légitimes réclamations. Les théologiens de Louvain, en 1515, crieront au scandale, et la Sorbonnc, six ans après la mort d'Érasme, censurera son pamphlet. J'ai déjà cité le traité fameux De libéra arbiirio et Vllyperaspistcs, en deux parties, la première de mars 1525, la deuxième de septembre 1527.

Érasme a publié, en outre, de très nombreux ouvrages, soit d'enseignement, soit d'éducation, soit de théologie et de piété. Je citerai notamment ses Adagia, recueil de proverbes grecs et latins qui ira grossissant, Paris, 1500; son Enchiridion, 1504, où il se plaît à relever l'utilité des lettres pour la formation du chrétien et du théologien; son livre De ratione sladii et institucndi piieros, 1512, où il s'élève énergiquement contre les corrections manuelles; son Instilutio principis christicmi, qui était l'acquittement d'une dette de reconnaissance envers le futur Charles-Quint, Louvain, 1515; sa Ratio perveniendi ad veram theologiam, manifeste théologique dans lequel Érasme déclare une guerre à mort aux recher ches oiseuses et aux procédés de l'École, 1518; son Ciceroni anus scn de optimo dicendi génère, protestation, au nom du bon sens comme de la foi, contre la manie de n'employer aucun mot qui ne s'autorise de Cicéron, et ensemble adjuration de ne parler des choses chrétiennes que dans la langue du christianisme, Bâle, 1530; son traité De sarcienda Ecclcsiœ concordio, où il n'attend que d'un concile général le retour de la paix religieuse, 1533; son Ecclesiasles sive concionalor evangelicus, cours d'éloquen"? sacrée, qui parut â Bâle, en 1535, et dont la première édition, tirée à 2600 exemplaires, fut presque aussitôt épuisée que publiée.

11 nous reste encore d'Érasme plus de 2200 lettres, toutes en latin naturellement, et qui sont d'un très haut intérêt pour l'histoire littéraire et religieuse de l'époque. A côté des lettres de pure politesse et des lettres envoyées périodiquement par Érasme à ses amis, la plupart des lettres du grand humaniste roulent sur les affaires, sur les progrès de la Réforme, sur les livres de ses docteurs, ou formulent des jugements sur quelques hommes émincnts, ou retracent (les biographies de morts illustres. La correspondance érasmiennc a été souvent publiée â part. On remarque, entre autres éditions, celle de Nichols

ERASME

2 vol., Londres, 1904, qui ne s'étend pourtant pas aux dix-huit dernières années de la vie d'Érasme. L'édition critique entreprise par P. S. Allen, Opiis epfslolarurn D. Erasnii Rolerodami, Oxford, 1906, 1910, t. I et II, nécessaire pour écrire sur Érasme la monographie déhnitive qui nous manque, n'est pas encore terminée.

IIL Caractère et influence. — Le portrait d'Érasme, qui se voit au musée de Bâle, de la main de Holbein, rend avec une fidélité rare la physionomie morale du modèle. On lit sur les traits de ce visage émacié, l'application invincible de l'humaniste à l'étude, le talent et le flair du critique, le goût marqué de la raillerie, la prudence avisée, qui tient de la timidité sans doute, mais qui n'exclut pas au besoin la fierté et le courage. Nul reflet toutefois de générosité d'âme, d'enthousiasme religieux, d'élans mystiques. Homme éminent, sinon homme de génie, Érasme est, avant tout, un savant, le premier savant de son siècle, de l'aveu du siècle même; c'est un martyr du travail et de la science; c'est un vaste et puissant cerveau. Mais, chez lui, peu ou point de tendresse et d'etïusions de cœur; le cœur, non sans percer quelquefois et parler, reste d'ordinaire en silence et à l'arrière-plan. Aussi, dans ce qu'on a dit de lui après sa mort, même Beatus Rhenanus, il n'y a pas un vif mouvement de cœur, un vrai regret d'ami. Érasme a laissé nombre d'admirateurs, point d'amis véritables.

Prêtre sans vocation et sans piété, non sans foi, il n'a pas été, quoi qu'on en ait dit, un indiflérent et un libre-penseur, au sens moderne du mot. Outre que l'indifférence en matière de religion n'est pas généralement le fait du xv:"-' siècle à son aurore, la double tâche scripturaire et patristique dont Érasme s'est acquitté brillamment, aux yeux du moins de ses contemporains, dépose contre cette accusation téméraire d'indiflérence religieuse et de pur rationalisme. On a vu que, nonobstant ses points de contact avec Luther, Érasme s'était nettement séparé du fougueux réformateur, lui avait même rompu en visière; il était, lui, dans l'Église, un mécontent, il n'était pas un révolté; car il se défendait très haut de méconnaître l'autorité de l'Église, et, quelques coups de pioche qu'il ait semblé donner contre le christianisme, il a toujours entendu demeurer à tout prix catholique. Mais, chef incontesté des humanistes en Europe, Érasme a porté dans l'étude de la théologie les théories et les aspirations, les illusions et les rancunes des humanistes; il en a été, avec les nuances particulières de son tempérament intellectuel et moral, l'interprète élégant et l'habile défenseur. En même temps donc qu'il s'est évertué à découvrir l'antiquité classique et à partager la culture ancienne, il a voulu retrouver le christianisme des premiers temps et en faire revivre la simplicité primitive. Comme il ne voit l'antiquité païenne qu'à travers les textes authentiques des auteurs profanes, il demande surtout à l'Écriture sainte la science de la vérité révélée; car l'Écriture en est le dépôt principal, sinon peut-être unique; l'Écriture est la source limpide où se puise la foi du chrétien. La tradition ne vient que loin derrière. Non assurément qu'Érasme lui dénie d'une façon nette tout rôle et toute valeur, mais, selon Érasme, la tradition, dont aussi bien il ne paraît pas s'être fait une idée juste et claire, faute de la distinguer avec soin de ce qu'il appelle dédaigneusement les fradilianculœ hominiirn, roule fréquemment des eaux troubles, bourbeuses, qui témoignent de son origine humaine et de sa nature corruptible. Tenons-nous-en donc de préférence à l'Écriture; pour les esprits et les cœurs droits, c'est l'ancre du salut. L'idée d'une simplicité doctrinale, simplicilas do-

clrinic, qui favorise la liberté intellectuelle et qui remédie aux discordes religieuses en en supprimant les causes pour une large part, inspire et gouverne la l)ensée d'Érasme; elle est au centre et forme le i)ivot de sa théologie, qui partout en est imprégnée, sans que la rigueur de l'esprit théologique en atténue les excès et en prévienne les écarts. La philosophie, et spécialement la métaphysique, sont la bête noire d'Érasme; l'immixtion de la métaphysique d'Aristote dans la théologie clirétienne a présagé et provoqué le déclin du christianisme originaire. De là une haine implacable de la scolastique du moyen âge. Et ce n'est pas seulement la sécheresse et la rudesse de la forme, les subtilités et la fureur des disputes, qui excitent l'aversion d'Érasme; plus d'un théologien célèbre avait flagellé, avant lui, les abus et déploré les lacunes d'une scolastique dégénérée. Mais, entre Érasme et la scolastique, l'opposition est foncière et irréductible; c'est la théologie médiévale tout entière, hommes et choses, esprit et forme, méthode et conclusions, qu'Érasme dénonce et maudit. Génie spéculatif, déduction logique des idées et précision rigoureuse des termes, ossature enfin du cadre religieux, la scolastique est aux antipodes d'Érasme. L'humaniste tient la théologie pour le simple exposé des enseignements divins, et du dogme, on serait tenté souvent de dire qu'il n'a cure. Tout dogmatisme lui fait peur; la recherche de la précision doctrinale marque, selon lui, non pas un progrès, mais un recul. Érasme veut que les définitions dogmatiques soient très rares et qu'on en parle le moins possible; il y en a déjà trop, à l'entendre, et, dans le siècle du concile de Trente, il proteste contre le besoin de définitions nouvelles. L'imprécision, le vague, l'équivoque lui semblent au contraire l'idéal de« la vraie théologie 11, de la « philosophie du Christ». Il va jusqu'à proposer le ])lus sérieusement du monde la revision des dogmes reçus depuis longtemps par l'Église. Le dogme catholique se volatilise entre ses mains. Dans son zèle de la simplicité doctrinale et de l'émancipation des intelligences, Érasme fait bon marché des expressions consacrées par des conciles comme résumant l'orthodoxie, 6u.oo-j(7!o;, OitôfTTairir, et qui ne lui seml)lent pas valoir ce qu'elles ont coûté; il les rejette ou les évite. Peut-être est-ce la raison dernière de quelques soupçons graves qui pèsent sur sa mémoire. Ainsi, on l'a incriminé d'arianisme, parce qu'il a gémi de voir que l'oij.oojd'.o; avait amené l'excommunication d'Arius et la longue et douloureuse querelle arienne; de macédonianisme, parce qu'il a loué saint Hilaire de n'avoir pas insisté en termes exprès sur la divinité du Saint-Esprit ; de zwinglianisme avant la lettre, parce qu'il s'est gardé d'employer le mot de transsnbslantiation. En tout cas, il faut reconnaître que sa théologie, où nombre de questions, au lieu d'être posées 8;a).sxT'.y.â); à la manière de l'École, expriment des doutes réels et cachent des attaques contre la doctrine reçue, n'est l^as exempte de contradictions, d'inexactitudes et d'erreurs. On peut citer, entre autres, les théories d'Érasme sur le mariage, sur la confession, sur la primauté du Saint-Siège, sur le monachisme, etc. Au service de cette théologie étrangement élastique, Érasme déploie toute sa souplesse d'esprit et de style; partout il se ménage une porte de derrière; mais dans le fond, obstiné autant que prudent, il suit ses idées jusqu'au bout, sans y renoncer jamais.

De son vivant, Érasme, l'un des hommes les plus intelligents de son siècle, exerça en Europe une influence immense. C'était de lui surtout qu'on avait d'abord attendu la réconciliation de la scolastique et de l'humanisme. Vaine attente. Les quinze dernières années de la vie d'Érasme ont obscurci et compromis sa

ÉRASME - ÉRATH

renommée, en lui attirant à la fois les soupçons et les colères des catholiques et des protestants A Lou- Si en Espagne, en France, dans la haute Italie, le's oeuvres du grand humaniste ont été presque toutes proscrites par les universités pendant le xvi^ siècle; et, après que l'inquisition romaine, en 1557, les eut condamnées au feu, les papes Paul 1\ et Sixte Ouint, l'un en 1559, l'autre en 1590, ont interdit purement et simplement la lecture d Erasme Ce n'est, en France, qu'à dater du xyii" siècle que 1 orthodoxie d'Érasme trouvera des défenseurs. Les nrotestants, de leur côté, n'abjureront pas avec le femps leurs rancunes et persisteront au contraire, même de nos jours, à paraphraser le mot de Luther . rirTsme est l'ennemi du Christ. » D'ailleurs, la langue même dont Érasme s'est servi et qu on admirait Ltrefois sous sa plume, le trahit au]ourd hu, ; le latin est plus que jamais une langue morte. On ne Ut plus guère, aux érudits près, les ouvrages littéraires , d'Érasme, qu'on tient pour démodés et surpasses. On ne garde que le souvenir de ses leçons de tôle- ] rance religieuse et de ses tendances semi-rationali^tes que l'exemple de son exégèse, peu soucieuse : du dogme, mais nourrie de philologie, d'histoire et , de belles-lettres. D'Érasme, il reste surtout un nom.

Édition princeps des œuvres complètes d'Érasme par Beatus Rhénanus, 9 in-fol.. Bâle. 1540-1541; édition Le Clerc 11 vol., Leyde, 1703-1706. •„ ioon.

Éditions partie les: CoUoquia famiUana, Leipzig, 1829

vTi- ^•„„^ T^nr P S Allen, Oxford, 1900, 1910, t. I rU8l-ll4"'tnM15?4-t517)'; Préface <ie rÉ,one<le la oS, par NMsard, Paris, 1848; De ""-° «'.^■'-"^;^;^;;" ; sive coUatio per Desiderium Erasmum, pat J. \. Walter, in S» Leipzig 1910 (édition modermscc).

DeBuri-nv Vie d'Érasme, 2 in-12, Paris, 1757 ; A MuUer, Je^^ndes^Erasmus, Hambourg, 1828; Durand de Lau , Érasme, précurseur cl initialeur de VesprU moderne. 2 m-S^, PaHs 1872; Drummond, Erasmus, 2 vol., Londres, 1873, G Fe'ugère, Érasme, élude sur sa vie el ses ouvraoesPavrs 1874- Nisard, Kenamanee el Ré/orme, Pans, 18/7; de Nolhkc Érasme en Ilalie, Paris, 1888; Néve, I.arenaissance des lellrcs el l'essor de VérudiUon ~"- ^^ J^J" aique. Louvain, 1893; Kerkcr, dans ï^''''"'- ^^ ™, Tclil, 1859, p. 531-566;Stichart ^:™/.-'- "«" «i^îS^ i,nd seine Stellunn zur Kirche, Leipzig, 1870, \ iscnor ErasmZa%J. Bâle 1876; .anssen '-f^-^^^^ la Réforme, trad. franc., Pans, 1889, t. ii, p. •'-^-' /);"f;; Meycr, Élude crilique sur les relalUms d'Érasme el de L«(/ier, Paris 1909: Schlottmann, Erasmus redwwus, 1882, rssé;' A Richter, Erasmus-Sludien, Dresde, 891; J A Froudc, Life and lelters of Erasmus, Londres, 1894 Emerton! Erasmus, Londres, 1S99; Pcnnmgton, iîrnsm" Londres, 1907; Capey, Erasmus, Londres 1902; Eaimiana publiés par l'université de Genève Genève 7897 1901 t. i-ixi; F. C. Hofimann, Essai dune Usle d^ouvrei' disert, concernant la vie el les écrits d'Érasme. Bruxc le 1867; Gilly, Érasme de Rotterdam. Arras, Î879 Marseille.' Érasme el Lu,„er, '-"•/'----„.-:

le libre arbitre et la ç,râce. ^I".f 'l".*?""' ^^- ' ' bô m lin Briefe aus der Reformationszeit. Balo, 1887, Secbolim T/.eOx ord Reformers of 149S : J. ^^'^'f.^ . ^''X'vrd Th More 3' édit., 1887; Lezius, Der religiostsche Stand- J^^^nJ^I^Krasm.,; C>„terslo.,,1895;Horaw UM.™^^ dans les Comptes rendus des séances '^\\ ^^^^'^J^'^'^'î Vienne, t.^xc (1878), t. xcv (1879), t. cii (1882, t. <.vin 0884); Max Reicb.LTasmus .on R./(erd.m. Vnlers"f"1genzuseinem Briefwcchsel und Ubcn '".'''•" •^^'''7" X/ l'as Trêves 1896; Humbert-Claudo, Érasme etl.ulher.

Vhnmanisme et la R^'forme, Paris, i'^'^'\' T' ,^^T^"^Rl' Ànfdngc der Gegenreformation in den A'iederfanden, Halle. 7903 P 6.5-91 ; M. Schulze, Calvins .JenseitschnslenUmm in sèinèm Verhaltnis zu den religiosen .Schriften des hrasmi«5 Berlin. 1902; Imbart de la Tour, Les origines de la Réforme. Paris, 1909, t. ..; A. Humbert /.es or,„mes de la théologie moderne, Paris, 1911, t. i, p. ^'■^^^^' ^-^2-2.58.

ÉRATH (Augustin d'), chanoine régulier de Saïut- Au«ustin, naquit à Buchloe près d'Augsbourg dans la Souabe, le 28 février 1G48. En 1667, il entra chez les chanoines réguMers de Saint-Augustin, et fit son noviciat à l'abbaye de Wettenhausen. 11 étudia ensuite à l'université de Dillingen, et obtint le diplôme de docteur en théologie l'an 1679. Ses supérieurs lui confièrent l'enseignement de la théologie et de la philosophie en plusieurs collèges, en particulier a Reichersberg et à Klosterneubourg. Le pape le nomma OTotonotaire apostolique en 1680, et l'empereur d'Allemagne lui conféra, la même année, le titre de comte palatin. L'évéque de Passau le nomma son conseiller et bibliothécaire, et en 1698 lui confia le gouvernement de l'abbaye deSaint-An.lré. 11 y mourut le 5septembre 1719. Le P.d'Érath s'acquit une grande réputation par sa science théologique, historique et juridique, et par ses efforts pour rétablir dans son ordre les traditions augustinicnnes. Il essaya aussi, dans ses écrits thcologiques, de concilier la predctcrmination physique de l'école thomiste avec la science movcnne des moliuistes. Voici la liste de ses ouvrages: Phhosopliia S. Augustini, Dillingen, 1678; Kurzverfasste. Sprichivorter der IjL Ordens-SUPter, Cologne, 1680-il/nnrfH.s symboticus, 2 vol., Cologne, 1680, 1694; Leipzi-' 1707; c'est la traduction latine do. l'ouvrage de l'abbé Philippe PicincUi (1604-1686), Il mondo .simboHco, Milan, 1653; cf. Argelati, BihUolheca scriplonim mediolancnsinm, Milan, 1745, t. ii, col. 107.o- 1076, et deux autres fois édité; F.rath l'a augmenté d'un 'volume; Tractatiis theologicus canonicus de canonicoriim reguluriiim veslibas, Vienne et Dillingen, 1686 ; Unio théologien, sea concilialio praulctcrmumlioins phtisica-, sei'i decreli divini intrinsece effiracis, proiit thomistœ docenl : cl decreli divini cxlrinscce efTicacis, proul reccnliores pcr scicnliam medinni cxphcant, Augsbour" 1689; Meditationes et recollcciioncs animœ per decemdialia excrcilia Deo suo imcaliirœ, traduction latine augmentée d'un ouvrage du cbauome régulier, D Rernird Tinelti, Augsbourg, 1690; Manna ninmœ Oder Himmelbrod der Seelen auf jcden Tag des .Talirs, traduction allemande d'un ouvrage italien du R P. Paul Segueri, S. J., Vienne, 1690; Leipzig, Vm- Aiigustus Vellcris cnirei Ordo per emblemata, rciasè-i polilicas et liislorinm demonstrcdu.';, Passau, 1694 • Ratisbonnc, 1697 ; Symbola virginca, Augsbourg, 1G91 traduction latine de l'ouvrage de Picmelli, Simboli verginali, p-iblié :^ Milan, en 1679: GeiMe Amallhea, Augsbourg, 1695: Ma.vimx .<;acrcinim rcli- 'qiomim, .\ugsbourg, 1696, traduction latine t'el ouvrage de Picinelli, Le massimc dei sacri cluosln. Milan, 1678- Commenlarins tlieologico jiiridico-luslonciis in renuiam S. Aminstini. Vienne, 1698, t. i (seul paru ; les bénédictins' en demandèrent la suppression, et le Saint- Siè"e invita l'auleur ;\ ne pas le contmuer, et à en retirer les" exemplaires mis en vente; Lumina veflexn, sea conscnsm veteram anlhorum cnm S. Bibliis Icgis anliquœ el novœ, Francfort, 1702, traduction latine de l'ouvrage de PicincUi, Liimi e riflesf^i. Milan, 166/; \dventnnlc aeu conciones in .'^ingalos dics adventm, 'et quadragesinudc piimiim et sccundam ilahco idiomate composila, Ulm, 1710, traduction 1^'tmc de trois ouvrages italiens du P. Picinelli, Milan, 1672 16/4. Le P Duelli cite parmi les ouvrages imprimes du P Érath trois brochures sur les controverses entre les archevécpies de Salzbourg, et les évcques (>o Passau nui ne voulaient pas être soumis ;\ la juru .ction „,étropolilaine des premiers, Scl.rô<U. GcsclucMe des Bi<>tlniim Passent bis inr Sàknlarisalinn des furstcn- Zms Passai,, Passau, 1879, p. .-^GS : l" Snce.ncta uarralio faeti et juris, guod fmlu-l l-erlesia Passaviensts contra Salisbnrgensem; 2" Svecincta narraho fact, et jiiris iterata ac defensa pro nativa c.zetniitionc Eccte-

ÉRATH

Page 1