IL L'ÉQUIVOQUE ET LA THÉOLOGIE DOGMATIQUE
— Se servir, de propos délibéré, de paroles équivoques pour tromper celui à qui l'on parle, c'est un mensonge évident, indigne d'un homme honnête. Vainement quelques incrédules ont voulu soutenir que Jésus- Christ, lui-même, a usé quelquefois d'équivoques avec ses adversaires et avec ceux dont il ne voulait pas satisfaire la curiosité; leur afTirmation est demeurée sans fondement. Lorsque Jésus-Christ dit aux Juifs : « Détruisez ce temple et je le rebâtirai en trois jours, » Joa., ii, 19, il parlait de son propre corps et l'évangéliste nous le fait remarquer. Il est donc à présumer qu'il le montrait par un geste qui ôtait l'équivoque, et ce fut malicieusement que les Juifs l'accusèrent d'avoir parlé du temple de Jérusalem. Lorsque ses parents l'exhortèrent à se montrer à la fête des Tabernacles, il leur répondit : « Allez vous-mêmes à cette fête, pour moi je n'y vais point, parce que mon temps n'est pas encore arrivé.» Joa., VII, 8. Il ne leur dit pas : je n'irai point, mais : je n'y vais point encore, parce que le moment auquel je veux y aller n'est point encore venu. Il n'y avait pas là d'équivoque.
Contre les protestants, la théologie catholique soutient que le Sauveur aurait usé d'une équivoque mensongère et qu'il aurait tendu un piège d'erreur à tous ses disciples si, en leur disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps, etc. », il avait voulu seulement leur dire : « ceci est la figure de mon corps. » Sans doute, même avec la plus grande, attention, il est impossible d'éviter toute espèce d'équivoque dans le discours; aucun langage humain ne peut être assez clair, pour ne donner lieu à aucune méprise, mais ici, rien n'était plus aisé que de prévenir toute erreur et de parler très clairement. D'où la théologie conclut que Jésus-Christ a voulu que ses paroles fussent prises à la lettre et non dans un sens figuré. Voir Eucharistie DANS l'Écriture.
Par. cet exemple, et par une infinité d'autres, il est évident qu'il n'est aucune science dans laquelle les équivoques soient plus dangereuses et entraînent de plus funestes conséquences que dans la théologie. Les hérétiques et les incrédules n'ont presque jamais argumenté cjue sur des termes susceptibles d'un double sens. Tous ceux cjui ont nié la divinité de Jésus-Christ, se sont fondés sur ce que le mot Dieu est équivoque dans la sainte Écriture et ne signifie pas toujours l'Être suprême. Les ariens disputaient sur le double sens du mot consuljstantîel; les hérésies de
Nestorius et d'Kutychès n'ont été bâties que sur les divers sens des termes : nature, personne, substance, hypostase; les pélagiens jouaient sur le mot grâce. Combien de sophisnies les protestants n'ont-ils pas faits sur les mots : foi, mérite, sacrement, justice, justification, etc.? Ils ne les ont jamais pris dans le même sens que les théologiens catlioliques.
De nos jours, les modernistes n'ont-ils pas vidé de leur contenu catholique les expressions et les formules dogmatiques? N'ont-ils pas donné aux vérités de la foi une signification karitiste et immanentistc? Le modernisme n'est-il pas le triomphe de l'équivoque? De là on peut conclure que si Jésus-Clirist n'avait pas institué un magistère infaillible ayant l'autorité et la mission de fixer le langage théologique, il aurait très mal pourvu à l'intégrité et à la pcri)étuité de sa doctrine. Ce sera la gloire de Pie X d'avoir dissipé les nuages d'équivoques dont s'enveloppait et où vivait l'hérésie moderniste.
III. L'équivoque et la théologie morale. — Voir Mensonge et Restriction .mentale.