D.\.TE DE L'ERECTION
Séville. , Badajoz. .
Cadix. . .
Cordoue .
Canaries .
Tenerife .
Valence , Majorque.
Minorque.
Segorbe. .
Grenade
Almeria
Cartagène Murcie.
Jaen
Malaga
Guadix
Saint-Jacques de Compostelle
Lugo
Mondonedû
Oviedo
Orense
Tuv
Burgos. .
Calahorra ' Léon • . .
Osma. . . .
Palencia . .
Santander Vltoria .
ValladoUd .
Astorga. . .
Avila
Segovia. . . .
Salamanqiic .
Zamora. . .
Ciudad-nodrit'M
Saragossc .
Huesca. .
.laca
Pampelune . .
Taragona . . .
Teruel ....
Barbastro. . .
1" octobre 1847
Depuis 1819 à Coria, de 1603
il 1819 à Caceres.
PATRON DU SEMINAIRE.
Saint Ildefonse.
Saint Damase '.
Saint Thomas de Villeneuve.
Saint Pierre.
Saint Julien.
Immaculée Conception.
Saint Barthélémy.
Saint Paul et sainte Técla.
Notre-Dame de Montealegre et saint Thomas.
Deux sections : saint Thomas, saint Louis.
La Sainte Famille.
Saint Isidore et saint François-Xavier.
Saint Antonin.
Saint Barthélémy.
Saint Pelage.
Purisima Concepcion.
Immaculée Conception et saint Thonias de Villannrva.
Saint Pierre.
Purisima Concepcion et archange saint Michel.
Saint Cecilio.
Saint Indalecio.
Saint Philippe de Néri.
Saint Sébastien et saint Thomas d'Aquin.
Saint Torquato.
Saint Laurent.
Sainte Catherine.
Saint Fernando.
Saint François d'Assise.
Saint Jérôme.
Saint Froil:'in.
Saint Dominique.
Saint Joseph.
Sainte Prudence et saint Ignace.
Purisima Concepcion et saint Toribio.
.Saint Millan.
Saint Frutos et saint Ildefonse.
Saint Charles.
Saint Atilano.
Saint Valero et saint Hraulio.
La Sainte Croix.
Saint Michel archange.
Saint Gaudioso Saint Thomas d'Aquin.
1. On a, en outre, érigé à Madrid une grande université catholique.
3 t-ia»ann»r!;t'nf'^r"'^^ àléducation des morisques, et n'est séminaire en réalité que depuis 1824. i. Ktail auparavant a San Lucar de Harrameda.
4. Etait alors installé à IJae^a et a maintenant une section à Jaen
5. Ce sommaire a une section à Calahoira et une autre à La Calzado
d'Amérique"' ^" """""' '''"' '* '"""*'*' "'" ^•''"'"«'^e «""^ linvocation de saint Matthieu, fondé en 1737 ;, Valderas.par un évoque
ESPAGNE (EGLISE D'), ETAT RELIGIEUX
La carrera maijor comprend aussi quatre années de latin et d'humanités; les élèves font ensuite trois années de philosophie, avec des mathématiques et des sciences, puis quatre années de dogmatique, de morale et de sciences auxiliaires.
Quand l'élève veut se préparer aux grades académiques, il consacre deux années supplémentaires aux plus hauts problèmes du dogme et de la morale. A la fin de la 5" année on est admis à concourir pour la licence et à la fin de la 6<=, pour le doctorat. Les grades sont conférés à la suite d'un examen qui comprend écrit et oral.
Après la carrière de la théologie, certains élèves suivent celle du droit canonique. On a pu voir, par ce que nous avons dit des rapports del'Égliseet del'État, quelle place tient ce droit dans la vie publique et dans la vie privée. La 1" année, les élèves étudient la théorie et l'histoire du droit public de l'Église; la 2", ils expliquent les Décrétâtes, III'?, IV: et V» li\Tes; la 3<?, ils préparent les examens de licence et de doctorat. Un certain nombre entrent dans le ministère avant d'avoir terminé la préparation. Mais -< le nombre des gradués est, proportion gardée, beaucoup plus considérable dans le clergé espagnol que dans le clergé français » (dom Pierdait).
r.e qui maintient à ce niveau les études ecclésiastiques, et principalement la théologie, c'est que presque tous les canonicats et toutes les cures s'obtiennent au concours. Sur ce point, l'Espagne est restée spécialement fidèle aux prescriptions de l'Église. Le concours est le procédé normal d'obtention des bénéfices. Concile de Trente, sess. XXIV, c. xviii. Saint Pie V, par constitution spéciale (en date du 15 des calendes d'avril 1566), annule les collations faites par un autre procédé et fixe les conditions du droit d'appel. Clément XI fixa la méthode à suivre, et Benoît XIV, en même temps qu'il réglementait l'abus des appels, prescrivit de tenir compte du caractère des candidats et des services déjà rendus.
Il y a, en Espagne, deux sortes de concours, l'une pour l'obtention des cures et églises paroissiales, l'autre pour les canonicats et offices capitulaires.
Le concours pour les cures n'a pas lieu strictement comme le veut le concile de Trente, chaque fois qu'une vacance se produit : il y a trop de cures et trop de vacances possibles : on attend qu'il y en ait un certain nombre; par exemple, à Burgos, on a attendu de 1892 à 1900, puis de 1900 à 1908; c'est l'évêque qui juge de l'opportunité; dans l'intervalle, il confie les cures à des economos ou desservants.
La convocation des candidats est faite par acte ofliciel de l'évêché; nous avons vu qu'un laïque peut concourir, à condition de se faire ordonner dans l'année, s'il obtient un bénéfice. Les prêtres d'autres diocèses, avec le consentement de leur ordinaire, les réguliers, avec un induit apostolique cjui les habilite pour l'obtention d'un bénéfice curial, peuvent aussi concourir. Les candidats sont toujours très nombreux (à Burgos, en 1900, près de 600, environ la moitié du clergé du diocèse).
Le premier jour de l'examen, les candidats ont à répondre à deux questions de théologie dogmatique et à six questions de théologie morale [trois de morale générale : actes humains, conscience, lois, péchés, vertus et vices; et trois de morale spéciale : Décalogue, commandements de l'Église, justice, contrats, sacrements, etc.]; en outre, un cas de conscience est éclairci. Le second jour les candidats ont à traduire en langue castillane un paragraphe du Catéchisme du concile de Trente et à composer sur le sujet un sermon en castillan, lis n'ont aucun livre à leur disposition, et il y a des peines sévères pour ceux qui montrent trop d'ignorance. Chaque séance dure cinq
heures. La surveillance est vigilante, la correction impartiale(les copies ne portent pas les noms des candidats, mais des devises); les membres du jury, choisis par l'évêque, trois au moins, cinq au ])lus, mettent huit à dix mois à corriger les épreuves. Les candidats approuvés présentent une liste de trois paroisses qu'ils peuvent désirer, et l'évêque établit pour chaque paroisse une liste de trois candidats, qui est soumise au roi : le gouvernement choisit ioujours celui qui est nommé le premier, et l'évêque dresse les listes en conscience: les candidats ont d'ailleurs le droit d'appel. L'approbation du pouvoir civil est donnée par une cédule royale que le ministre de la justice expédie à l'évêché; alors la collation a lieu, à l'évêché, par l'imposition du bonnet, et l'archiprêtre installe le nouveau titulaire dans sa paroisse où il est désormais inamovible.
On voit que ce régime a de très grands avantages. C'est encore lui cjui conserve aux chapitres le prestige et la réédité qu'ils ont ailleurs en partie perdus.
Les chapitres comprennent, outre les dignitaires, et presque au même rang que ceux-ci, des chanoines d'office (dont le canonicat comporte une fonction spéciale en plus des charges communes à tout le chapitre); ils existaient déjà en Espagne avant que le concile de Trente en instituât dans toutes les cathédrales; le concile prescrit deux de ces prébendes : la théologale et la pénitencerie; le titulaire de la première doit faire chaque année un certain nombre de leçons publiques d'Écriture sainte; à certains jours et heures fixés, le pénitencier doit confesser. En Espagne,on a appelé lectoral le théologal et on a institue deux autres prébendes d'office : la doctorale et la magistrale; le doctoral est le canoniste du chapitre; il est gradué en droit canonique et possèdeune grande influence; parfois, il enseigne le droit ecclésiastique au séminaire; le magistral doit être gradue en théologie, et prêche à certains jours déterminés.
Les autres canonicats sont dits canonicats degrâce; ils sont conférés à la volonté du collateur.
L'art. 18 du concordat de 1851 s'exprime ainsi : « A la place des 52 bénéfices stipulés dans le concordat de 1753, sont réservés à la nominationde Sa Sainteté la dignité de chantre de toutes les Églises métropolitaines et dans les Églises sufïragantes d'Astorga, Avila, Badajoz, Barcelone, Cadiz, Ciudad-Real, Cuenca, Guadix, Huesca, Jaen, Lugo, Malaga, Mondonedo, "'Orihuela, Oviedo, Plasencia, Salamanca, Santander, Sigûenza, Tuy, Vitoria et Zamora, dans les autres sièges sufïragants un canonicat de gratta... «A la dignité du décanat, il sera toujours pourvu par Sa Majesté, dans toutes les Églises et quel que soit le temps de la vacance. Les canonicats de officio seront pourvus par les prélats et les chapitres à lasuite d'un concours. Les autres dignités et canonicats seront pourvus alternativement par S. M. et les archevêques et évêques respectifs. » [Nous avons vu que, sur ce dernier point, le gouvernement a abandonné une partie de ses prérogatives.]
Le concours est obligatoire, dans les collégiales, pour l'abbé et pour les deux chanoines d'ofiice et pour la moitié des bénéficiés (la moitié plus un s'ils sont en nombre impair). Il est évident qu'on tient compte des aptitudes spéciales, pour les fonctions spéciales comme celle de sous-chantre et de ténor.
Lorsqu'il y a une vacance, l'évêque la déclare officiellement ouverte; on peut concourir de tous les diocèses et il n'est pas nécessaire d'avoir été ordonné. Le concours varie selon la charge à pourvoir. Cependant il y a une épreuve essentielle, toujours lamême; un enfant de chœur plonge un couteau à papier trois fois dans le livTe des Sentences de Pierre Lombard, le candidat choisit une thèse dans l'une des trois pages ainsi
ESPAGNE (ÉGLISE D'), ETAT RELIGIEUX
désignées et il a 24 heures pour en préparer l'exposé; 11 travaille dans une cellule du séminaire, où un serviteur lui apporte les livres qu'il réclame. L'exposition dure une heure, et l'argumentation une heure (le tout en latin); ce sont deux candidats concurrents qui font les olijections. Le candidat doit, en outre, prononcer un sermon d'une heure en castillan; le texte en est pris dans le catéchisme de saint Pie V et la préparation dure également 24 heures. Ces deux épreuves sont communes; pour les canonicats d'office il y a une épreuve écrite spéciale et supplémentaire.
Les concurrents sont en général cinq ou six. Un décret royal de 1888 organise le tribunal; l'évêque est président de droit, assisté, dans les cathédrales, du doyen et de trois chanoines, et, dans les collégiales, de l'abbé et d'un chanoine.
Les candidats approuvés sont soumis à lui vote de tout le chapitre. Or, selon l'art. 14 du concordat de 1851, « dans les élections ou nominations qui regardent le cliapilre,le prélat aura trois, quatre ou cinq voix selon que le nombre des chanoines sera de IG, de ■20 ou de plus de 20. '
Lorsque les candidats ont été approuvés, on dresse, ■comme pour les cures, des listes de trois pour chaque poste vacant.
Les avantages des concours sont incontestables; grâce à eux les candidats les plus intelligents et les plus travailleurs parviennent aux plus hautes charges de l'Église, et y parviennent relativement jeunes.
Mais l'enseignement des matières sur lesquelles portent ces concours n'est point assez renouvelé; nous avons vu Léon XIII exprimer le regret de la •collaboration des universités, et le cardinal arclievêque de Burgos réclamer une place plus importante pour les sciences sacrées autres que la tliéologie. Même les études théologiques, dont l'essor a été si brillant depuis Ximénès, souffrent d'une certaine sécheresse; l'importance de la production scienti/îque n'est pas en rapport avec la somme des efforts dépensés; les Espagnols, dont l'influence théologique a encore été prépondérante au concile du Vatican, estiment en général un peu superficiels au jioint de vue théologique les travaux français, et ils sont restés absolument indemnes de toute infiltration moderniste. Peut-être y aurait-il avantage pour l'Espagne comme pour la France à ce que le mouvement des études religieuses dans les deux pays, l'un trop hardi, l'autre trop immol)iIe, se combinât.
En particulier, si l'éducation essentiellement théo- Jogiquc assure parfaitement la pureté de la foi dans ■le clergé, cette même éducation le rend peu ajjte à se faire entendre des fidèles : des ])Ius humbles, i)arce ■qu'il est trop abstrait, des autres, parce qu'il ne se rencontre guère avec leurs préoccupations.
2° Jnslniclion religieuse des fidèles. — Inconlcstablemenl, l'instruction religieuse est i)eu répandue dans le peuple; les catéchismes manquent, ou sont défectueux. Et le défaut d'instruction religieuse se traduit par le déclin de la vie paroissiale, à laquelle s'est trop souvent substituée une sorte d'agitation politicoreligieuse.
Mais déjà d'énergiques efforts sont faits pour corriger ces inconvénients, dus en grande partie aux circonstances. Il est certain, par exemple, que la grande pauvreté du clergé espagnol explitpicpoui une bonne part, l'incuriosité (ju'on peut lui reprocher : il n'est niatériellementpas à même d'acheter livTes et revues. Nombreux sont les jeunes prêtres d'âme généreuse qui ne demandent qu'à se dévouer et à travailler sous toutes les formes de l'apostolat clirétien; il ne faut pas oublier que le ])lus grand peut être des apologistes de la première moitié du xix'' siècle est un i-.spagno], J^almcs.
Il y a donc lieu d'espérer que l'instruction des fidèles se fera plus complète; il reste beaucoup à faire de ce côté. Xon qu'ils reçoivent, par ailleurs, des notions hostiles à la doctrine catholique; il n'y a pas en Espagne d'hostilité entre les instituteurs et le clergé, qui ont généralement même origine et même formation intellectuelle. D'ailleurs, les prêtres peuvent être maîtres d'école, professeurs dans les écoles normales (décret royal du 30 mars 1849; règlement du 15 mai 1849) et inspecteurs de l'enseignement primaife (décret royal du 21 août 1885). De même, les fonctions de chanoine sont compatibles avec celles de professeur, mais le traitement de professeur est alors réduit de moitié. :Mais, s'il n'y a point d'antagonisme entre les deux enseignements, il faut signaler un danger qui résulte de la communauté même d'origine entre les prêtres et les maîtres de l'enseignement primaire : l'État, en améliorant peu à peu le sort de ces derniers, se trouve diminuer le nombre des vocations ecclésiastiques.
Parmi les tentatives faites pour élever le niveau de l'instruction religieuse dans le peuple, citons celle dont l'initiative est due au grand évêque de Salamanque, le P. Camara; il y a à Salamanque une Sociélé édiioriale de bonnes Iceturcs, qui publie un journal quotidien, une Semana catolica, et une Feuille du dimanche, àistrihuée gratuitement pour répandre la connaissance de l'Évangile. Une feuille analogue est publiée à Plasencia et dans quelques autres diocèses.
3» Relations de l'Église espagnole avec les autres Églises. — Ce n'est pas seulement avec Rome que l'Espagne est en relations de plus en plus étroites cl suivies, c'est aussi avec la nation voisine, la France, que, par l'échange des idées et des méthodes, elle élargit ce qu'il peut y avoir parfois de trop particulariste dans son calliolicisme. Sans doute, depuis deux siècles, la France a, en Espagne, une réputation d'irréligion (d'ailleurs fort exagérée) qui ralentit un peu le commerce spirituel si nécessaire aux deux nations; toutefois, par suite du voisinage, les influences réciproques sont plus réelles, plus profondes ([u'il ne semble au premier abord. Sans doute, l'exode des religieux chassés de France ne paraît pas avoir actuelle ment, en Espagne, des conséquences analogues à celles qu'eut en Angleterre l'exode des prêtres français chassés par la Révolution. Mais, beaucoup des membres les plus distingués du clergé espagnol parlent et tout au moins lisent le français. Enfin, il n'y a lias de preuve plus belle et plus forte de cette influence française que l'œuvre de Saint-Louis-des Français ([ui existe à Madrid depuis le commencement du xvn<' siècle (1(513). C'était, essentiellement, un liôpital fondé pour les Français sous l'invocation de saint Louis; le recteur-administrateur devait toujours être un Français, et l'établissement était placé sous le l)atronagc des rois de France et d'Espagne; l'administration était confiée à un recteur et à un vicaire, assistés par un conseil de quatre dé]nilés, clioisis parmi les membres les jilus honorables (le la colonie française.
En mai 1876, la situation de l'établissement a été définitivement réglée par une convention entre la France et l'Espagne. Il est stijiulé : « 1° que l'établissement de Saint-Louis appartient à la France, sous le haut patronage du gouvernement français et du roi d'Espagne. Tout ce qui touclic à l'administration temporelle ne relève que du gouvernement français... La juridiction spirituelle ajipartient au grand aumônier du roi d'Espagne. La nomination du recteur-administrateur, qui sera toujours un l'rançais, apjiarlieiil au gouvcriuMucnt français, mais doit être souinise à l'agrément du roi d'Espagne... »
L'œuvre comprend actuellement un hôiiital, une église et un externat de jeunes filles, dirigé par les
ESPAGNE (EGLISE D'j, ÉTAT RELIGIEUX
sœurs de Sainl-Vincent-de-Paul. - L'hôpital renferme ïine quarantaine de lits dont la moitié est réservée firatuitemenl aux malades français, sans distinction de religion; l'autre moitié, également gratuite, est affectée h des vieillards, hommes et femmes, et à quelques orphelines dont les j)areuts sont morts à l'hôpital. L'asile des femmes a été inauguré en 1893, celui des hommes en 1897. Un refuge est annexé à l'hôpital, où peuvent rester trois jours et trois nuits les Français malheureux de passage à Madrid. » A l'église, « les ofTices des dimanches et des fêtes, les stations du carême et du mois de Marie se font a la manière française et rappellent à nos compatriotes le souvenir de l'église du pays... » Quant au collège de jeunes filles, il a des élèves dont le nombre va croissant avec la réputation. Les cours s'y font en français. C'est ici qu'est sensible l'influence religieuse de la France, représentée parles sœurs de Saint- Vincentde-Paul et par les lazaristes. Les élèves distinguées qui sortent de plus en plus nombreuses de cette maison transmettent à leur famille et à leur société beaucoup de la noble culture chrétienne et française qu'elles ont reçue là. Ce sont nos vénérables prêtres de la Mission fjui ont ainsi introduit en Espagne, il y a une quinzaine d'années, notre usage de la première communion solennelle, usage auparavant inconnu, mais dont les Espagnols ont tout de suite apprécié la grandeur religieuse.
A son tour, la catholique Espagne rayonne sur l'étranger. Le Congrès eucharistique de 1911 s'est tenu à Madrid (juin) avec un grand éclat et un grand succès. Nous avons signalé le grand rôle théologique de l'Espagne dans l'histoire; peut-être a-t-elle donné de ce côté tout ce qu'elle devait donner au catholicisme; mais, à la différence de sa théologie, sa mystique est encore très incomplètement connue et réserve des trésors sphituels du plus haut prix pour notre époque. En France, en particulier, on commence à traduire et à étudier ces œuvres capitales.
L'influence espagnole s'exerce encore grâce aux religieux, en des pays beaucoup plus lointains. Nous avons vu que les dominicains espagnols, par exemple, soutiennent l'université de Manille; cette université avait, en 1908, C60 élèves inscrits. Les dominicains ont plusieurs séminaires dans l'Amérique latine; il y en a à Fribourg (Suisse), à la Minerve (à Rome), à l'École biblique de Jérusalem, etc. Les augustins ont des collèges aux Philippines et dans l'Amérique du Sud (en 1907, environ 80 Pères dans l'Amérique du Sud, à Lima, Ayacucho, Cuzco, dans les États de Sao-Paulo, Manaos (séminaire), à Buenos- Ayres, à Panama, etc.). Les salésiens avaient également de nombreux établissements en Amérique. Les frères de Saint-Jean-de-Dieu avaient des établissements à Zelhal (Portugal, asile de fous), Gualajara (Mexique, hôpital), Zapopan (Mexique, asile de fous), etc. Les Ilcrinanilas de los ancianos desamparados avaient (en 1908) des établissements à Cuba, Porto-Rico, au Mexique, au Pérou et en Colombie (en tout, IG maisons, 222 sœurs et 1012 assistés).
Comme on le voit, et rien n'est plus naturel, c'est surtout dans l'Amérique latine que l'influence espagnole se fait sentir; et il y a là un monde assez vaste pour occuper l'activité spirituelle d'une grande nation. L'influence de l'Espagne peut être d'autant plus profonde que cette nation, seule jusqu'ici des grands peuples colonisateurs modernes, a su créer au delà des mers une civilisation à laquelle participent et les anciens habitants du paj-s et les conquérants. Il n'y a pas eu là substitution d'un peuple chrétien à des peuples pa'iens, mais bien réellement conversion d'une race. Aujourd'hui que ce nouveau monde est en plein essor matériel, il importe plus que jamais que l'Es-
pagne y répande son influence morale. Or, son action est dans une certaine mesure paralysée, i)ar le même défaut de culture générale, et, en particulier, de culture religieuse, dont elle souffre chez elle. Les religieux espagnols, nous venons de le voir, agissent dans l'Amérique latine, mais leur action est limitée et spéciale, et, par exemple, le grand dévouement que supposent les œuvres chtu-itables ne se traduit pas par une influence proprement dite. Or, il y a bien actuellement une importante émigration d'Espagne dans l'Amérique latine, mais cette émigration, sans enrichir le catholicisme dans l'Amérique du Sud, l'appauvrit en Espagne. Faute d'instruction religieuse solide, l'émigrant pauvre, soustrait à sa tradition et à ses institutions, abandonne la foi, et lorsque, enrichi, il écrit aux siens ou leur envoie des brochures de propagande ou revient parmi eux, il les fait, lui qui a réussi, douter de la valeur de leur croyance. Ainsi le grand problème de l'instruction religieuse du peuple nous apparaît partout urgent; et nulle part l'urgence n'est plus sensible qu'ici, puisque l'Église d'Espagne se trouve retardée dans la mission magnifique qui lui incombe, et à l'accomplissement de laquelle doivent collaborer les prêtres et les fidèles, l'Église et la nation.
Ce n'est, d'ailleurs, qu'une question de temps (mais le temps est bien précieux, quand il s'agit du salut des âmes) et déjà, dans le domaine social où elle est mieux organisée, l'Église d'Espagne a commencé sa mission. C'est ainsi que l'Action sociale populaire, dirigée par le P. Palau, comprend dans son champ d'action, avec l'Espagne, les républiques espagnoles da Nouveau-Monde. La revue publiée par V Action sociale populaire s'intitule : Revisla social I bero-Americana; l'office du travail de l'Action sociale populaire publie de son côté une revue hebdomadaire, El socicd, également consacrée aux choses d'Espagne et d'Amérique. De même, la Reuista calolica de cuestioncs sociales suit de près les efforts faits en Amérique; et l'excellente Paz social nous donne maint témoignage de l'ampleur de l'œuvre commencée; voir, par exemple, Pa; soczaZ d'août 1907, un article de Severino Aznar, sur rœu\Te sociale d'un prêtre aragonais qui s'est trouvé devenir titulaire d'une paroisse mexicaine; le Congrès catholique national de la République argentine en 1907 met à l'ordre du jour " l'organisation ouvrière », les « cour sociaux », les « cercles d'études sociales », etc.; le IV<= Congrès catholique national du Mexique, tenu à Oaxaca en 1909, nous montre les œu^Tes sociales catholiques florissantes (cercle ouvrier, caisse de secoursmutuels, caisse d'épargne, etc.). Ce qui pénètre ainsi,, grâce surtout à l'Espagne dans l'Amérique latine, c'est la pensée commune des catholiques sociaux de toute l'Europe; car les chefs du mouvement espagnol sont remarquablement instruits de ce qui se fait et se publie en France, en Italie, en Belgique, en Allemagne, en Autriche, etc., l'efïort le plus méthodique et le plus complet pour faire fructifier ainsi dans les paj's de civilisation espagnole toute la doctrine sociale et toute l'expérience sociale du catholicisme est sans, doute celui de M. Severino Aznar qui vient de lancer (1910) une bibliothèque où seront traduites en espagnol toutes les œuvres importantes publiées dans les grandes nations catholiques sur le catholicisme social.
Dom J.-L. Pierdait, prieur à l'abbaye de Silos, Le régime du concours dans les diocèses d'Espagne, dans la Revue du clergé français, t. xxv, p. 55, 612; nous avons beaucoup, emprunté à cette excellente étude; Canonica erectio el constilulio facuUatum sacrœ theologiee, juris canonici et philosopbiœ scholasticœ in seminario Burgensi, Burgos» ISOT ; Pont ificium coUegium bispanicuni Sancti Joseph in urbe aniio scbolastico 1906-l'i07, Rome, 1906; L. Tubeuf, recteur de Saint-Louis des Français, Œuvre de Saint-
ESPAGNE (ÉGLISE D'), LES SCIENCES SACREES
Loiiis-des-Frcmçais à Madrid. Résumé historique de la fondation. Situation actuelle; N. Roure, La vida y las obras de Balmès, Madrid et Gerona, 1910 (avec une bibliographie); A. Lugan, Balniés, Paris, 1911. Les principales revues ecclésiastiques sont la C.iudad de Bios, publiée par les augustins d'Espagne; Espaha y America, publiée par les augustins des Philippines; Estudios franciscanos, publiés à Barcelone; Razon y fé, publiée par les jésuites. Depuis un an, les dominicains espagnols publient aussi une revue, bien documentée. Ajoutons \aRcuiie de clergé espagnol, qui paraît à Valladolid, et (non spécialement catholique) la Cultura espanola, qui a malheureusement cessé sa publication en 1910.
On trouvera une abondante bibliographie dans le Diccionario gênerai de bibliografia espanola de D. Dionisio Hidalgo, 7 vol., Madrid, 1802-1882; le vii= vol., qui contient l'index, a 76 pages consacrées à la théologie; le droit canon, l'histoire, etc., sont compris dans les sections juridiques, etc. Pour la période récente, voir les bibliographies de la Cultura espafiola, méthodiques et bien faites.
Conclusion. — Nous pouvons maintenant apprécier sans injustice l'état de l'Église d'Espagne. Dans ce pays où rien n'est médiocre, ce sont souvent les défauts qui apparaissent d'abord à l'observateur: et l'on n'a pas manqué, même chez les catholiques, d'adresser plus d'un reproche à l'Église d'Espagne. Si, pris en eux-mêmes, les défauts signalés sont souvent exacts, ce qui l'est moins, c'est l'explication qu'on en donne; et surtout on oublie trop de montrer les immenses qualités qui les compensent.
Une longue suite de désastres nationaux ont accablé cette Église nationale; un siècle de révolutions a désemparé cette Église d'État; tant de catastrophes l'ont laissée pauvre et par suite l'ont gênée dans son apostolat pour l'aniélioralion sociale, et, mais surtout, l'ont privée de participer suflisammcnt aux très grands progrès de la culture en notre temps.
En revanche, ce même passé qui l'a grevée de si lourdes charges lui a laissé, aussi, un prestige, et un rang que l'État même ne peut pas lui ravir, tel enfin qu'un échec définitif pour l'Église serait un échec définitif pour la nation : cette solidarité, qui doit être sentie de mieux en mieux, est un principe de force incomparable. L'Église d'Espagne a pour elle une population (surtout rurale) naturellement disposée à la pratique de quelques-unes des vertus les plus nobles, les plus essentielles du christianisme; elle a pour elle une armée de prêtres pour qui l'habitude du sacrifice est une seconde nature et qui sont admirables de sens démocratique et chrétien; elle a des évêques jeunes, actifs, populaires, qui sont de véritables chefs; elle peut compter sur la meilleure partie de son clergé séculier pour faire rayonner au dehors le plus pur de son génie religieux.
Aujourd'hui que l'ère des révolutions est sans doute close, il n'j^ a p;»s de raison pour qu'elle ne reprenne pas, î\ bref délai, le rôle si glorieux qu'elle a longtemps joué dans le passé, et pour lecpiol toute son histoire la désigne.
M. I.iîGExnnE.
II. ESPAGNE (ÉGLISE D'). LES SCIENCES SA- CRÉES.— I. Moyen ;'igf. ILTcmiis miidornes : a])erçu général. III. Travaux scripturaires. IV. Théologie dogmatique et polémique. V. Théologie morale et casuistique. VI. Théologie ascétique et mystique.
I. MoYF.N AGE. — Dès l'aurore du moyen â,'»e les sciences sacrées semblent vouloir prendre un essor merveilleux. Ramenée de l'arianisme au catholicisme par le soin de ses grands évêques, l'Église d'Espagne aura son docteur et son guide dans la personne de saint Isidore de .Séville. Isidore naquit à Carlhagène dans la seconde moitié du vi<' siècle. Formé à l'école de saint Léandre, son frère, il travaill i d'abord avec lui à ramener les flofhs ;'i la religion catholique. Il entreprit ensuite surtout par les célèlires conciles
de Tolède, dont il fut l'âme, de leur donner une solide organisation; de les élever et de les instruire dans les sciences divines et dans les sciences humaines, et il devint ainsi le père et le promoteur d'un grand mouvement scientifique. Il ne se contenta pas d'un enseignement oral, il composa encore des ouvrages encyclopédiques, dont le plus célèbre est celui des É/ymologics. Il forma ainsi d'illustres disciples qui, à leur tour, créèrent ou vivifièrent de nouvelles écoles et leur donnèrent une impulsion telle qu'elles survécurent aux invasions musulmanes plusieurs fois séculaires. Le mouvement isidorien se perpétua surtout dans les écoles de Séville, Tolède et Saragosse où brillèrent les Ildephonsc, les Julien, les Braulion, les Tajon, etc. Bref, Isidore fut pour l'Espagne ce que furent à cette même époque ou un peu plus tard, Cassiodore et Boèce pour l'Italie, Bède pour l'Angleterre, Alcuin et Mamert Claudien pour la France et l'Allemagne, et il doit être rangé parmi les grands instituteurs de l'Occident.
Les invasions des disciples du Coran paralj'sèrent ce beau mouvement. Le clergé fit de grands efforts pour conserver la tradition scientifique; mais que pouvait la meilleure bonne volonté au milieu de tant de ruines et de tant de calamités ! Néanmoins les études ne furent pas abandonnées; et c'est en Espagne que le fameux Gerbcrt vint se faire initier aux secrets de la science. Par ailleurs, la vie intellectuelle prit un grand développement chez les musulmans de Cordoue, et les catholiques espagnols ne furent pas sans subir rinfiuence de leurs dominateurs. Aussi, à mesure qu'ils réussirent à se libérer du joug étranger, ils établirent partout des écoles qui furent le berceau des brillantes universités de l'âge d'or. Plusieurs de ces écoles commencèrent à avoir une certaine importance dès le xiiii= et le xiv<= siècle; au xv« siècle, l'université de Salamanque tenait un rang à part, et sa réi)utation commençait à s'étendre au delà de la Péninsule.
Durant la dernière période du moyen âge, l'Espagne donna le jour à un homme de génie, Raymond Lulle, cet homme prodigieux qui a créé de toutes pièces une philosophie nouvelle, et qui à lui seul représente tout un mouvement. Doué de vues larges et élevées, ce philosophe osa prétendre convertir tout un monde au moyen d'une science merveilleuse dont il était l'auteur. Il laissa après lui des disciples enthousiastes qui perpétuèrent sa doctrine. Ceux ci firent entendre leur voix dans plusieurs universités et répandirent les enseignements de leur maître dans la Catalogne, l'Aragon et le royaume de Valence. Au conmiencement du xvi« siècle, le grand Ximénès avait formé le projet d'établir des chaires pour expliquer le lullisme dans toutes les universités de la Péninsule. De nos jours, Lulle a encore des disciples et sa doctrine continue à être enseignée et défendue par des hommes de jirofond savoir.
Au cours de cette même période, l'Espagne compte, en outre, des écrivains qui ne sont ])as sans mérite. Au xni" siècle, saint Raymond de Pcnnafort laissa des travaux de premier ordre sur le droit canon et la morale. Au connnenccment du xiv siècle, le franciscain Antoine .\ndrea, aragoTiais. un des plus fidèles disciples de Scol, écrivit d'excellents commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard. \ ers l'an 1 l'Ki, le Père François Ximénès, également franciscain et patriarche de .lérusalem, composait un grand nombre d'ouvrages qui eurent, plus tard, l'homieur de nombreuses éditions. .\u xv siècle, le dominicain Jean de Torqucmada écrivit un traité de l'Église fort remar- <|ual)Ie, pendant qu'Alphonse Tostat, évêque d'.Xvila, se faisait un nom célèbre parmi les commentateurs de l'Écriture sainte. D'une fécondité i)rodigicuse, il
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écrivit 27 in-folio, dont 2t de comineiitaires. Nous pourrions augmenter noire énumération; mais nous avons hâte de passer à l'âge d'or de la science espagnole.
II. Temps modernes : aperçu générai.. — En même temps qu'elle voyait le Nouveau Monde offrir tm champ immense à son activité, l'Espagne achevait de S£ libérer du joug des Maures, et reconstituait son unité nationale. Ses généraux lui conquéraient des royaumes et ses unions lui donnaient des empires. L'Espagne se plaçait au premier plan des nations européennes par l'abondance de ses richesses, par la puissance de ses armées et par l'étendue de ses possessions.
Elle ne se contenta pas de cette grandeur matérielle; elle eut encore l'ambition de se placer au premier rang dans les sciences et dans les arts. Ce fut le rêve d'Isabelle la Catholique et surtout du géant que fut Ximénès. Devenu archevêque de Tolède et primat d'Espagne, ce franciscain conçut le vaste dessein de doter son pays d'un centre intellectuel capable de rivaliser avec la célèbre université de Paris qui, depuis ])lus de trois siècles, détenait le sceptre. Dans ce but âl créa Alcala. Il le fit avec tant de sagesse et une telle hauteur de vues que, dès son origine, cette école put disputer la palme aux centres intellectuels les plus puissants de l'Europe. Cette fondation donna aux sciences ecclésiastiques en Espagne une impulsion irrésistible, et c'est avec justice que Ximénès est regardé comme le véritable créateur du grand mouvement théologique espagnol.
La création d' Alcala stimula le zèle de l'université de Salamanque qui prétendait garder le premier rang en Espagne; et les deux illustres rivales, également célèbres par le talent des maîtres et par l'entliousiasme des disciples, devinrent deux pépinières de docteurs en toutes les formes du savoir ecclésiastique. L'Espagne vit se développer simultanément le dogme, la morale, l'ascétisme, la mystique, l'exégèse, le droit •canon, tous professés par des hommes de première valeur. L'essor fut incomparable, et il atteignit son apogée à la fin du xvi^ siècle et au commencement du XVII «.
Quand les erreurs du protestantisme eurent fait naître de nouveaux problèmes dans la morale comme dans le dogme, les savants espagnols se trouvèrent aptes à les élucider dans un sens toujours orthodoxe; ■et la foi de la Péninsule ne put pas être entamée. Sans doute, la préservation de la contagion fut due en grande pai'tie à une Inquisition sévère; mais la science des théologiens y eut aussi une large part. On sait le rôle important que jouèrent les savants de Salamanque ■et d' Alcala dans les solennelles assises que l'Église enseignante tint à Trente pour arrêter la contagion et s'opposer à ses ravages.
Avec le xviii^ siècle, l'Espagne savante déclina lentement. Sa prodigieuse vitalité s'affaiblit, et les sciences ecclésiastiques perdirent de leur vigueur. Les écrivains de la seconde partie du xvii'^ siècle et ceux du xviii" sont généralement inférieurs aux premiers. Sans doute, les énormes in-folio ne sont pas rares alors; mais ils ne portent plus le cachet personnel imprimé en ceux de l'époque précédente. Si la doctrine reste pure, intègre et sans mélange, elle n'est plus exposée que par des docteurs de second ou de troisième ordre. L'Espagne intellectuelle ne va bientôt plus vivre que de son glorieux passé.
Durant le xix'= siècle, l'organisation des concours •empêche le haut clergé d'oublier les sciences sacrées; c'est toujours le même enseignement qui persiste. Les Espagnols d'aujourd'hui cherchent encore la théologie dans leurs auteurs de l'âge d'or. Le rôle brillant qu'ils ont joué naguère au concile du Vatican
montre bien qu'ils n'ont pas tout à fait tort. On doit désirer qu'au lieu de se contenter d'enregistrer, dans leurs manuels, les découvertes modernes, ils enrichissent l'héritage de leurs pères de leurs travaux personnels. Ils semblent cependant se décider à prendre davantage contact avec les autres centres intelle»tuels de l'Europe; mais ils sont encore à l'arrière-plan du mouvement scientifique contemporain.
III. Travaux scripturaires. — Aux premiers jours du xvi^ siècle, le cardinal franciscain Ximénès de Cisneros conçut le plan de sa célèbre Polj-glotte, et il le fit mettre à exécution par les premiers savants de l'époque, dans l'université naissante d' Alcala. Cet ouvrage est le plus important qui ait été écrit par les Espagnols sur nos saints Livres; d'abord, parce qu'il est conçu d'après les véritables méthodes d'études scripturaires; ensuite, parce qu'il donne à ces études leur véritable orientation, désirée depuis si longtemps ]iar le frère mineur Roger Bacon; enfin, parce qu'il imprime à cette orientation un mouvement décisif et irrésistible. Il fait honneur non seulement au grand homme qui l'a conçu et à l'Espagne qui nous l'a donné, mais encore à tout le monde chrétien qui en a hérité. De même que, par la fondation d'Alcala, Ximénès mérite le nom de créateur du grand mouvement théologique espagnol, il a droit, pour sa Polj^glotte, au titre glorieux de restaurateur des études scripturaires dans l'Église de Dieu.
Ximénès ne se contenta pas de tracer les grandes lignes de l'orientation nouvelle, il voulut encore assurer le succès de sa méthode et la rendre durable par l'enseignement des langues orientales. Il y réussit parfaitement, car les tliéologiens d'Alcala ne se croyaient vraiment dignes de ce nom que s'ils pouvaient lire la Bible dans le texte original. Celui qui entra le mieux dans les vues de Ximénès fut le célèbre Benoît Arias Montanus. Élevé à Alcala, il y acquit une érudition immense, et quand Philippe II voulut éditer la nouvelle Polyglotte d'Anvers, Arias Montanus se trouva tout préparé pour exécuter cette entreprise difficile et porter à une plus grande perfection l'œuvre du cardinal. Ce qui surtout lui assigne un rmig à pai-t, c'est un précieux ouvrage en neuf livres sur les antiquités juives, dans lequel il crée une nouvelle science. L'école d'Alcala produisit un autre ouvrage non moins estimé par la plume de Louis de Tena, docteur et professeur dans cette même imivcrsité. Il est intitulé : Isagoge loiius Scripliirœ.
Grâce à l'étude des langues, les Espagnols mirent au jour des commentaires fort remarquables et très nombreux; nous ne citerons que les plus importants. Parmi ces commentateurs, les uns, comme Jean Mariana et Emmanuel Sa, ont interprété presque toute l'Écriture; les autres se sont bornés à l'Ancien ou au Nouveau Testament. Les commentaires des jésuites Gaspar Sanchez, François de Ribera, Jean de Pineda, ceux du bénédictin Josepli de la Cerda, du cistercien Cyprien de la Huerga, de l'augustin Louis de Léon et du dominicain Thomas de Malvenda sont fort estimés. Rome et l'Italie doivent à l'Espagne plusiem-s de leurs meilleurs exégètes. Il suffit de nommer les trois jésuites François Tolet, Benoit Pereira et Alphonse Salmeron, dont les travaux sont de première valeur. Par ses commentaires sur les quatre Évangiles, le P. Jean Maldonat, jésuite, occupe un rang hors pair entre tous les exégètes espagnols.
Tous ces écrivains sont de l'âge d'or de l'Espagne. On trouve encore des commentateurs au xvn« et au xviii'= siècle; mais leur valeur va en diminuant; et aujourd'hui la science scripturaire souhaite d'avoir un autre Ximénès qui lui redonne la vie et le mouvement. Nous devons signaler pourtant l'ouvrage du
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p. Murillo, jésuite, sur l'Évangile de saint Jean, paru ces dernières années, qui n'est pas sans mérite.
IV. Théologie dogmatique f.t polémique. - — Au xiv^ et au xv« siècle, trois gi-andes doctrines se partageaient la vie théologique dans l'université de Paris : le tliomisme, le scotisme et le noniinalisme. Chacune avait ses partisans et ses défenseurs comme aussi ses contradicteurs et ses adversaires. Ces mêmes doctrines devinrent le fond de tout l'enseignement théologique des universités espagnoles. Dès le commencement du xV siècle, le scotisme et le thomisme lurent enseignés dans des chaires publiques à Salamanque et vers la fin du siècle on y érigea des chaires pour l'enseignement du nominalisme. En créant l'université d'Alcala, Ximénès y établit des chaires pour les trois grands systèmes, et ces chaires subsistèrent durant l'âge d'or de la théologie espagnole, de telle sorte qu'on doit dire que l'Espagne donna asile à la théologie de Paris.
Le nominalisme, après avoir régné à Paris près de deux cents ans, avait fait son entrée en Espagne avec l'augustin François de Cordoue et Martin Siliceo devenu plus tard cardinal et primat d'Espagne. Mais •il était sans chef, ou plutôt son véritable chef, celui qu'on a appelé ajuste titre le prince des nominaux, Guillaume d'Ockam, n'a pas l'autorité que donne une vie irréprochable. Il lui manque l'auréole dont sont entourés l'angélique docteur et le vénérable Duns Scot; bien plus, il porte à jamais une tache indélébile que lui a imprimée sa révolte contre Jean XXII. Et dès lors on n'aime pas, à juste titre, à se mettre sous sa tutelle et se proclamer son disciple. Les quatre maitres du nominalisme : Durand, Auriol, Grégoire de Rimini et Gabriel Biel, n'ont pas la valeur de chefs véritables. Par ailleurs, le nominalisme n'a pas un ordre religieux pour le soutenir et le défendre; aussi, après avoir fait une entrée brillante dans la Pcnin suie, il ne tarda pas à s'effacer comme système. Les théologiens puisèrent abondamment dans ses trésors; ce fut souvent sans avertir. Plusieurs s'enrichirent de ses dépouilles, mais ils préférèrent s'en attribuer la propriété à eux-mêmes. Il reste vrai de dire qu'il y a chez les théologiens espagnols beaucoup plus de pages nominalistes qu'on nele croiraitàpremière vue, notamment chez les écrivains de la Compagnie de Jésus : Molina, Vasquez, Suarez, Arriaga, etc. Et Eusèbe Amort a pu écrire, au xvni« siècle, que l'école des jésuites n'est autre que l'école nominaliste ellemême.
Le scotisme avait un chef, et un chef vénérable. Il inspirait plus de sympathie et plus de respect; les iranciscains, frères de Duns Scot, étaient là pour le défendre et le propager. Ximénès l'avait mis au pre mier rang à Alcala. ."Malheureusement pour l'école scotiste, six ans après la mort du grand cardinal, l'ordre de saint François renonça à l'enseignement public; dés lors les chaires de .Scot furent confiées à des maîtres qui se soucièrent peu de la gloire du docleur subtil, et qui préféraient s'approprier ses doctrines sans même le nommer, comme le faisait très justement remarquer le P. Delgadillo dans sa préface au traité des anges. Ce fut un malheur pour l'école scotiste, car les frères mineurs avaient alors des maitres qui ne le cédaient en rien aux plus illustres de l'époque; et sans nul doute l'école du docteur subtil aurait brillé d'un éclat incomparable. Il suffit de rappeler les noms de Carvajal, Castro, .Michel de Médina, Crantes, "Véga, Corduba, Angles, etc., tous théologiens de première force.
Il ne faudrait pas croire cependant que le docteur subtil manquât de partisans. Il eut de brillants représentants surtout dans les cloîtres franciscains. Dans Je grand couvent de .Saint François, à Salamanque,
dans celui de Saint-Diego,à Alcala, et plus tard dans le couvent de Saragosse s'élaborèrent des ouvrages scotistes célèbres. Plusieurs commentèrent les livres des Sentences ad mentem Scoti; d'autres commentèrent directement VOpus Oxoniensc du docteur subtil; d'autres encore composèrent des traités ou des cours complets de théologie selon la pensée du même docteur. Pour ne pas sortir des limites que nous nous sommes tracées, nous nous contenterons de fournir une liste de théologiens qui nous ont laissé des ou- \Tages entièrement scotistes. Ce sont d'abord les Pères François Herrera, Jean de Ovando, Matthieu de Sousa, Jean de Rada, qui écrivaient à Salamanque vers 1600. Puis viennent les Pères Jean Mcrinero, Pierre d'Urbina, François Félix, Christophe Deltradillo, François del Castillo Velasco, Jean Mufîoz, Michel de Villaverde, François Diaz, Jean Sendin et Jean Bernique, de l'école d'Alcala, entre 1630 et 1680. Enfin, les Pères Hyacinthe Hernandez, de la Torre, Jean Perez Lopez, Antoine Lopez, Antoine Castel, Thomas Francès de LTrutigoyti et Jérôme de Lorte,leur succédèrent à Saragosse vers la fin du xvii'-' siècle. A tous ces auteurs viennent se joindre, des différentes provinces, les Pères Biaise de Benjumea, Thomas Llamazarès, Thomas de Saint- Joseph, Grégoire Ruiz, Alphonse Brizeno, Damien Giner, Jean de l'Inciu-nation, Jérôme Tamarit, Jean de Iribarne, François de Ovando. Plusieurs de ces écrivains ont une très grande valeur, comme Herrera, Merinero, del Castillo; et la comparaison que Jean de Rada établit entre les doctrines thomiste et scotiste dans ses 4 in-folio, lui a mérité une réputation universelle; nous n'en voulons pas d'autre preuve que les multiples éditions qu'on en fit coup sur coup à Salamanque, 1599, à Venise, 1599 et 1616, à Cologne, 1616 et 1620, et à Paris chez Arnauld Littat.
La série des scotistes se continue durant le xviii'^ siècle et elle est dès lors augmentée par un certain nombre d'auteurs étrangers à l'ordre de saint François.
Le thomisme qui, à Paris, avait été mis en intériorité par les nominalistes durant de si longues années, prit sa revanche au xvi« siècle. Salamanque fut le berceau de cette puissante restauration, et le dominicain François Vittoria le promoteur principal de ce grand mouvement. Vittoria prit pour texte de ses leçons la Somme même de saint Thomas; et sa méthode eut un tel succès qu'elle fut d'abord adoptée par ses nombreux disciples et ensuite par toutes les universités. C'est â juste titre qu'on peut appeler ce docte théologien le restaurateur du thomisme. La méthode dut son succès à la hauteur de vues du Père Vittoria qui ne craignit pas de jeter par-dessus bord certaines tlièses plutôt compromettantes pour le thomisme en général. Ce qui lui donna un avenir assuré, ce fut l'application intelligente qu'en firent toute une pléiade d'esprits d'élite. Quels noms, en effet, que ceux de Soto, Cano, Mcdîna, Banez, Alvarez, Ledcsma, Lorca, Jean de Saint-Thomas, Valentia, Tolet, Molina, Suarez, Vasquez, etc. ! SurlesSalmanticenses, voir t. ii, col. 1785-1786.
Mais ce qui contribua le plus puissamment à donner à saint Thomas une autorité et un prestige qu'il n'avait pas jusqu'alors, ce fut l'acte i)ar lequel le dominicain, devenu pape sous le nom de Pie V, rangea le puissant chef d'école parmi les docteurs de l'Église. Cet acte eut une portée considérable; il rattacha au thomisme les ordres religieux qui se trouvaient sans chef véritable, en même temps que la grande majorité du clergé séculier.
Cependant, il se produisit alors deux courants parmi ceux qui se disaient thomistes. Il y eut les thomistes authentiques qui se recrutèrent surtout parmi
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les dominicains, et les tliomistcs non authentiques qui se recrutèrent en dehors de leurs rangs, principalement chez les jésuites. Les Pères de la Compagnie avaient adopté saint Thomas pour la théologie. Mais les esprits d'élite qui entrèrent dans l'ordre nouvellement établi ne voulurent pas se laisser emprisonner dans un système. Ils consentirent bien à interpréter saint Thomas, à intituler leurs ouvrages : commentaires de saint Thomas ; mais ils entendirent, qui plus qui moins, le commenter avec indépendance. Suivant une méthode plutôt éclectique, ils se permirent de corriger, de modifier et de transformer les doctrines du maître. Les tliomistes authentiques protestèrent contre cette interprétation, ce fut en vain. Ceux de Salamanque voulurent, en 1627, proscrire les doctrines opposées à celle de saint Thomas. Mais ces mesures d'ostracisme ne firent que donner plus de vogue aux doctrines combattues, et, durant le xvii'= et le xyiiii^ siècles, les enseignements de Suarez, qui étaient spécialement visés, trouvèrent dans les universités de la Péninsule des partisans qui les exposèrent et les défendirent non sans éclat.
Quand nous disons que les théologiens espagnols reproduisent les doctrines des xiii^ et xiv* siècles, nous ne prétendons pas leur enlever tout mérite personnel. Il est juste de reconnaître que les premiers maîtres de l'âge d'or réformèrent la scolastique et la ramenèrent à la puissante méthode des docteurs d'autrefois. Ximénès avait attiré l'attention des théologiens sur la valeur de la preuve scripturaire. Alphonse de Castro avait réfuté les hérétiques à la manière des maîtres; bien plus, dans son premier livre, il avait fixé les lieux théologiques propres à la polémique en général. Lin troisième franciscain, le P. Louis Carvajol, avait composé un traité, imprimé à Cologne, en 1545, pour réformer la théologie. Les dominicains François Vittoria et Dominique Soto, les franciscains André Véga et Michel de Médine avaient écrit des ouvrages tout à fait classiques, et en tout conformes aux vrais principes d'une saine et substantielle théologie. Mais ce sera la gloire du dominicain Melchior Cano d'avoir réuni dans son immortel ouvrage : De locis theologicis, l'ensemble des lois et des principes capables de maintenir la théologie dans sa véritable voie. Dans cet ouvrage, il a tracé des règles propres à guider le théologien, à lui permettre d'apprécier à leur juste valeur les preuves théologiques; bref , cet ouvrage est devenu un chapitre capital de la théologie, et il a exercé une immense influence sur tous les théologiens postérieurs. Voir t. Il, col. 1537-1540.
Les théologiens espagnols n'ont pas seulement réformé la théologie en la ramenant à ses vraies sources, ils ont encore travaillé à élucider toutes les questions nouvelles soulevées par la prétendue Réforme. Au concile de Trente, ce furent deux Espagnols : le dominicain Soto et le franciscain Véga, qui jouèrent le rôle principal dans les questions si difficiles de la justification. L'ouvrage de ce dernier sur la justification mérita d'être imprimé à Venise en 1546 et 1548, à Alcala en 1564, à Cologne en 1572, à Aschalïenbourg en 1621, à Cologne en 1685; et le P. Canisius, ne trouvant rien de mieux à opposer aux protestants, en fit faire une édition en 1572. Les questions de la grâce et du libre arbitre furent poussées avec une grande vigueur devant la congrégation De auxiliis, et, quoiqu'on n'ait pas résolu le problème, il faut avouer que la discussion a projeté sur lui beaucoup de lumière. Le prédéterminisme, le molinisme, le congruisme n'ont pas été érigés en systèmes sans un grand effort intellectuel et sans une puissance peu commune.
La polémique naît du heurt des doctrines entre
catholiques et non-catholiques. Elle n'est possible et ne peut se développer que si les deux adversaires jouissent d'une certaine liberté de fait, qui leur permet d'exposer les raisons ou semblants de raisons en faveur de leurs théories respectives. En Espagne, l'Inquisition supprimait la controverse. On ne demandait pas aux hérétiques de prouver ce qu'ils avançaient, on leur enlevait le droit d'être : on les supprimait. C'était le droit de la vérité de garder ses positions et de ne pas permettre à l'erreur de la supplanter. Cependant,comme la couronne d'Espagne s'étendait sur les provinces du Nord infestées par les hérésies de Luther et de Calvin, les théologiens espagnols portèrent leur attention sur les erreurs nouvelles, et ils fournirent des armes pour les combattre très utilement, dans les traités qu'ils leur opposèrent.
Celui de tous les Espagnols qui mérite d'être placé au premier rang à ce point de vue est le savant franciscain Alphonse de Castro. Son ouvrage contre les hérétiques est absolument classique et le meilleur dans ce genre. Il a mérité d'être édité successivement à Paris en 1534, 1565, 1571 et 1578, à Lyon en 1541 et 1546, à Venise en 1546, à Anvers en 1568, à Madrid en 1773. Son autre ouvrage intitulé : De jusla hserelicorum punilioneaeu huit éditions, à Salamanque en 1547 et 1557, à Lyon en 1556, à Paris en 1565, 1571 et 1578, à Anvers en 1568, à Madrid en 1773. Son traité : De potcslate legis pœnalis, divisé en deux livres, a obtenu sept éditions : à Salamanque en 1550 et 1551, à Lyon en 1556, à Paris en 1565, 1571 et 1578, à Madrid en 1773. Voir 1. 1, col. 905-906.
Castro avait combattu tous les hérétiques anciens ou modernes. Plusieurs s'attaquèrent à toutes les hérésies protestantes, d'autres se contentèrent de simples questions particulières. Le franciscain François Orantes, disciple de Castro, composa un ou\Tage intitulé : De locis theologicis contra Calvimim. Un autre franciscain, Michel de Médine, qu'un évêque de Trente appelait l'Hercule de la théologie, écrivit un traité fort savant : De recta in Dcnm fide et un traité extrêmement érudit sur le célibat. Antoine de Cordoue, également franciscain et disciple de Castro et de Médina, composa plusieurs traités contre les protestants, qui furent édités plusieurs fois à Tolède, à Venise, à Rome et à Ingoistadt; l'ensemble est intitulé : Qiiœslionarium Iheologiciim. Le jésuite Valentia se rendit fort célèbre comme controversiste. II alla enseigner à Ingolstadt et eut de brillants disciples; les grands controversistes allemands furent formés à son école. Un autre jésuite, le P. François de la Torre, mérite, lui aussi, une place d'honneur parmi les adversaires de la Réforme. Nous de\Tions encore signaler le bénédictin Antoine Pérez, le cistercien Pierre de Lorca, le dominicain Pierre Soto et bien d'autres; mais nous devons nous borner. Ces quelques détails suffisent pour montrer que la polémique ne fut pas négligée dans la catholique Espagne.
V. Théologie morale et casuistique. — Les scolastiques du moyen âge ne séparaient pas la morale du dogme; les deux parties de la théologie étaient exposées dans les quatre livres des Sentences qui servirent de texte durant trois siècles. Dogme, morale» casuistique étaient compris dans cet ou\Tage unique. Au xiv siècle, on commença déjà à écrire des Sommes de morale et des Sommes de cas de conscience. Les plus célèbres sont celles des franciscains Astesan, Ange Clavasio et du dominicain saint Antonin. Voir leurs articles. Cependant on n'avait pas encore une théorie organique de la morale.
Ce fut un Espagnol, Barthélémy de Médine, de l'ordre de saint Dominique, qui, le premier, traita systématiquement du probabilisme dans son com-
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mentaire de la Somme de saint Thomas; il fut suivi dans cette voie par tous ses confrères de Salamanque. Le P. Vasquez introduisit le probabilisme dans les écoles de la Compagnie de Jésus et fut suivi par la grande majorité de ses confrères. Plus tard, un jésuite espagnol, le P. Thyrsus Gonzalez, devenu général de son ordre, essaya d'imposer le probabiliorisme à ses confrères, mais sa tentative resta infructueuse.
Nous devons dire, à la louange des moralistes espagnols, qu'ils sont généralement modérés. Les dominicains Vittoria, Soto, Médina, Baiiez, Alvarez, Jean de Saint-Thomas, Ledesma, les jésuites Vasquez, Suarez, Valentia, Tolet, Sanchez, Castropalao, de Lugo, les franciscains Corduba, Angles, Villalobos, Emmanuel Rodriguez, les capucins Torrecilla et Corella, le carme Lezana et les Salmanticenses, le cistercien Lorca, l'augustinien Barbosa, sont tous des moralistes modérés et de grande valeur. Cependant quelques-uns abondèrent dans le sens d'un laxisme compromettant pour la morale chrétienne. De ce nombre fut le cistercien Jean Caramuel que saint Liguori appelle le prince des laxistes. Voir t. ii, col. 1709-1712. Par contre, nous ne connaissons guère de rigoristes en Espagne. Chose digne de remarque, les dominicains espagnols sont modérés, alors que ceux des autres nations ont plutôt une tendance au rigorisme; il suint de nommer Noël Alexandre, Contcnson, Vincent Baronius, Billuart et Vincent Patuzzi. Ce dernier se posa en adversaire de saint Alphonse de Liguori.
Nous ne pouvons entrer dans les détails. Qu'il nous sufTise de dire que la morale s'est surtout organisée dans les temps modernes et que les Espagnols y ont contribué pour une large part. C'est l'Espagne qui a fourni le plus grand nombre de moralistes de valeur et elle compte dans ses rangs plusieurs princes de la morale. Le cardinal de Lugo n'a pas été surpassé.
La casuistique n'est que l'application pratique des principes de la morale aux divers cas particuliers et concrets qui se présentent dans la vie de l'iiomme. Nous devons ici dire un mot de la casuistique en Espagne. Outre ses canonistes et ses moralistes qui sont tous plus ou moins casuistes, l'Espagne a eu ses casuistes proprement dits. Nous devons nommer d'abord le franciscain Antoine de Curara qui écrivit un manuel des confesseurs et des pénitents. Cet ouvrage, imprimé à Tolède en 15.5}, acquit une très grande célébrité par les commentaires qu'en fit le fameux Martin de Aspi'cucta Navarro,une des plus éclatantes lumières du droit canon en Espagne. Cet ouvrage eut un très grand nombre d'éditions. Quelques années plus tard, le célèbre franciscain Antoine de Cordouc,qui était consulté de toute l'Espagne comme im oracle sur toutes les ((uestions de morale, fit paraître en langue espagnole une Somme de cas de conscience. Elle eut un bon nombre d'éditions, entre autres celle de Tolède 158,3, celle d'Alcala 1.592, etc.; clic parut aussi en italien en 1.599. Voir t. ii, col.
En 1622, un autre franciscain, le P. Henri de Villalobos, après avoir enseigné la morale à Salamanque pendant 30 ans, fit paraître une Somme de théologie morale et canonique qui eut 11 éditions en 10 ans, et qui mérita d'être traduite en latin, en italien cl en français. En 1601, le P. Emmanuel Rodrigue/, également franciscain, professeur de théologie à Salamanque,c imposa, entre autres ouvrages, une Somme de cas de conscience qui |)arut dans celte ville en 1604, 1007 cl 1616, à Barcelone en 1616, à Madrid et ailleurs. Elle fui traduite en latin et parut à Douai en 1614, à Cologne en 1620, à Venise en 1622; elle fut, •en outre, traduite en italien. Parmi les grands ca-
suistes, il faut encore ranger Icjésuite Jean Azor dont les Insiidiliones morales, publiées à Rome en 1600, furent depuis souvent rééditées en France, en Italie et en Allemagne. Voir t. i, col. 2^53.
Dans la seconde partie du y.vu^ siècle, il y eut encore des casuistes fameux. Qu'il me suffise de nommer le capucin Martin de Torrecilla dont les avis étaient très recherchés par ses compatriotes et qui a laissé à lui seul toute une bibliothèque de morale. Les œuvTcs d'un autre capucin, le P. Jacques de Corella, forment à elles seules une véritable encyclopédie, comme le dit très justement le P. Torrecilla. Les éditions répétées qui en ont été faites montrent en quelle estime ces œuvTcs étaient tenues dans la Péninsule.
VI. Théologie ascétique et mystique. — L'Espagne est par excellence au xvi« siècle la terre classique de la théologie ascétique et mystique. Dès que Ximénès eut installé son imprimerie à Alcala, il se préoccupa de faire éditer à ses frais plusieurs ouvrages italiens ou allemands pour apprendre aux Espagnols cette partie de la science sacrée. Il fit successivement paraître en castillan ou en latin les lettres de sainte Catherine de Sienne, les œuvTcs de sainte Angèle de Foligno et de la B. Mechtilde, V Échelle de saint Jean Climaque, les règles de vie de saint Vincent Ferrier et de sainte Claire, les méditations sur la vie de Jésus-Christ de Ludolphe le Chartreux. Tous ces écrits furent lus avidement pas les Espagnols.
Ceux-ci ne tardèrent pas à composer eux-mêmes des ouvrages analogues. Les franciscains Alphonse de Madrid, Antoine de Guevera et surtout François d'Ossuna firent paraître des traités ascétiques de grande valeur qui méritèrent un grand nombre d'éditions et furent traduits en plusieurs langues. Le troisième Abécédaire de ce dernier fut plus tard l'ouvrage jiréféré de sainte Thérèse, ainsi que peuvent en témoigner les innoml)rables annotations qu'elle mit en marge de l'exemplaire à son usage, et que l'on conserve comme une relique de la sainte. C'est là, d'après le P. Antoine de Saint-Georges, carme, qu'elle ai>prit l'oraison de quiétude.
Le dominicain Louis de Grenade exprime, dans une langue merveilleuse dont il a le secret, une doctrine pure, abondante et tout à fait admirable; il n'a pas été surpassé. Nous ne connaissons rien de plus délicieux rpie les méditations sur l'amour de Dieu du franciscain Diego d'Estel la. Son ouvrage sur la vanité du monde ainsi que le traité du règne de Dieu, de son confrère en religion le P. Jean des Anges, sont d'une grande richesse de pensée, d'imagination et de sentiment. U Échelle de la vie spirituelle lUi P. Diego Murillo et l'ouvrage de la perfection clirétienne du jésuite lîodriguez sont des minucls classiques par excellence.
Les œuvres de Jean d'Avila, du chartreux Antoine de Molina, de l'augustin Alphonse de Horozco, du jésuite Louis du Pont, qui respirent une piété et une onction merveilleuse, nous font passer de l'ascétisme à la mystique proprement dite. Il suffit de nommer Pierre d'Alcanlara, Jean de la Croix, Jérôme Gratien el la séraphi(pie Thérèse i)our évoquer le souvenir de ce qu'il y a de plus élevé dans la mystique chrétienne. La sainte du Carmel a traité des états mystiques avec une mélliodc parfaite. Elle a synthétisé dans son œuvre tout le mouvement mystique du xvi" siècle. Beaucoup lui ont comnniniquc leurs lumières; les carmes, les jésuites, les franciscains, les dominicains et le clergé séculier ont inlluencé sa direction. Elle a su profiler de tous et rester clic même, et clic s'est ainsi placée au premier rang des aiiteurs^mystiques. Voir t. I, col. 2050. Tous les auteurs énumérés ci-
CO:! ESPAGNE (ÉGLISE D'), LES SCIENCES SACRÉES — ESPENCE G04
dessus ont écrit au xvi= siècle. Voir t. i, col. 2053.
Durant les siècles postérieurs, l'Espagne a encore eu des écrivains de très grande valeur dans cette science. Tels soyt Jean de Palafox, évéquc d'Osma, le jésuite Eusèbe de Nieremberg, le franciscain Antoine Arbiol, etc. Mais nous ne pouvons pas nous étendre. Il ne nous est pas permis cependant de passer sous silence la Cité mystique de Dieu, écrite par la vénérable Marie d'Agréda. Attaque par les uns avec une passion manifeste, défendu par les autres avec une constance inlassable, cet ouvrage a eu une multitude d'éditions, et ce qu'on a écrit à son sujet forme toute une bibliothèque. On y a mêlé des questions de politique et des querelles d'école. Sans vouloir nous occuper des débats soulevés au xvii^ siècle, il nous suffit de dire qu'un grand nombre de théologiens et des meilleurs ont jugé que cet important ouvrage pouvait grandement profiter aux âmes. Voir t. i, col. 627-
P. Dominique de Caylus.
ESPARZA ARTIEDA (Martin d'), compté par saint Alphonse de Liguori parmi les docteurs probabilistes graves, naquit à Escaroz (Navarre) en 1606, entra dans la Compagnie de Jésus en 1621, enseigna la théologie à Valladolid, à Salamanque et à Rome. Théologien du P. général Oliva et censeur général des livres, il fut un des cinq premiers examinateurs de l'ouvrage du P. Thyrse Gonzalez contre le probabilisme; on lui attribue la rédaction du jugement défavorable qu'ils rendirent le 18 juin 1674. Ce jugement a été publié par Concina, Difesa délia C^^ di Gcsù, Venise, 1767, t. ii, p. 31. Esparza publia son cours de théologie, d'abord par parties, sous le titre : Quxstiones dispulandœ, en 9 in-12,Rome. 1655-1660; dans la 3« édition, il en a formé 2 in-foi., intitulés : Cursus theologicus... juxla methodum quœ in scholis Sociclalis Jesu communiler iradiiur annis quaiernis, Lyon, 1666. Il arepris à part et spécialement développ J la question du probabilisme dans Appendix ad quœslionem de usulicitoopinionis probabilis continens responsionem ad quœdani recenliorum argumenta, in-4o, Rome, 1669; aussi reproduit dans Y Apologeticus du P. Honoré Fabri, Lyon, 1670. Esparza combat vivement le tutiorisme et le probabiliorisme ; mais son probabilisme ressemble à Véquiprobabilisme de saint Alphonse, car, d'après lui, on ne peut regarder comme probable, ni suivre, une opinion qui est notablement et évidemment moins fondée que sa contradictoire. Ce théologien a aussi publié un petit écrit sur la conception de la Vierge, Immaculata Conccplio Beatse Marisa Virginia, deducta ex origine peccati originalis, Rome, 1655. Il mourut à Rome'le 21 avril 1689.
De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de lu C" de Jésus, t. III, col. 449-452; Hurter, Nomenclalor, t. iv, col. 358-359; DôUiiiger-Reusch, Geschichte dcr Moralstreiligkeilen, t. l, p. 46, 90-92, 123-124; Reusch, Der Index, t. ii,p.233.
Ji Brucker.
ESPÈCE HUMAINE. Voir Homme.
ESPÈCES SACRAMENTELLES. Voir Eucharistiques (Accidents).
ESPENCE (Claude Togniel d') ou d'EPENSE,
en latin Espencœus, d'une famille originaire du village de ce nom (Marne, arr. de Sainte-Ménehould), naquit à Châlons-sur-Marne en 1511. Il fit ses études à Paris, au collège de Calvi, puis à celui de Beauvais, enfui au collège de Navarre, dont il devint l'un des régents les plus appréciés. Il y trouva comme condisciple Charles de Lorraine, le futur cardinal, avec lequel il noua d'intimes relations. Le succès de son enseignement fut tel que l'université le choisit pour recteur en 1540. Mais il resta très peu de temps en charge.
Il n'était i)as encore docteur. Il soutint s. s thèses l'année suivante et eut pour ])artenaire en cet examen Denys Bricluinteau. Les troubles que suscitait alors la difiusion des idées protestantes ne devaient pas l'épargner. 11 avait grand renom de prédicateur. En 1543, pendant la station quadragésimale qu'il donnait à Saint-Merrv, il critiqua assez vivement les ouvrages d'hagiographie populaire, en particulier la Légende dorée. Accusé, pour ce fait, d'hétérodoxie, il dut se laver de ce soupçon devant la faculté de théologie. Ses explications furent acceptées. Il continua, en effet, ses prédications en même temps que ses travaux théologiques. Le ms. fonds français n. 454 de la Bibliothèque nationale renferme une série de sermons qu'il prêcha en 1557 et qui se rapportent aux controverses du temps.
Mais ses relations avec Charles de Lorraine l'avaient mis en relief. Aussi, en 1544, François l'^' le convoquait-il au colloque de Melun qui, sous la présidence de Pierre Chastellain, évêque de Mâcon, devait préparer le programme du futur concile. Si nous l'en croyons lui-même, il y joua un rôle très important. En tout cas, lorsque Henri II décida, en 1547, d'envoyer, comme ambassadeurs au concile, Claude d'Urfé et Michel de L'Hospital, il leur adjoignit d'Espence avec le titre de théologien du roi. La dispersion des Pères hâta son retour en France. L'année suivante, il publiait ses deux premiers ou\Tages : V Institution du prince chrestien, dédié à Henri II, et le Traiclé contre l'erreur vieil et nouveau des prédestinez. Dans ce dernier, il attaquait les théories calvinistes surtout sous la forme que leur avait donnée Théodore de Bèzc. En 1550, il traduisait de saint Anselme le Sermon sur l'évangile des deux soeurs. Charles de Lorraine l'appelait, en 1555, à la commission qui, sur la demande de saint Ignace, devait se prononcer sur l'admission de la Compagnie de Jésus en France. La même année, il accompagnait son protecteur à Rome. Il y rendit compte de sa foi au pape Paul IV, auquel il plut et qui, même, manifesta l'intention de le créer cardinal.
La mort de Henri II, dont il se plaint de n'avoir pas été apprécié, et les troubles religieux qui la suivirent, lui permirent de manifester à nouveau son activité théologique. Il prit part aux États d'Orléans de 1560 qui s'occupèrent, sans succès d'ailleurs, de la réforme de l'Église. Il y tint une attitude moyenne qui commença à lui attirer des attaques de la part des catholiques intransigeants. Au colloque de Poissy, où il voulut garder la même figure de modéré, tout en repoussant et réfutant les théories des ministres protestants, il excita de plus en plus les défiances. On lui attribua alors un traité anonjmie sur le culte des images, qui semblait trop se rapprocher des négations calvinistes. Il s'en défendit. La reprise du concile de Trente ramenait l'attention des théologiens sur les questions qui devaient y être traitées. L'une d'entre elles intéressait surtout la France : celle de la discipline matrimoniale. C'est à ce sujet que d'Espence consacra en 1561 tout un traité, le De clandestinis mcdrimoniis. Il y soutenait la théorie française, qui ne devait pas prévaloir au concile, de la nullité des mariages contractés par les fils de famille sans le consentement de leurs parents. N'aj-ant pu, pour raison de santé, suivre le cardinal de Lorraine à Trente, il resta en correspondance étroite avec les théologiens qui s'y étaient rendus, en particuher avec Claude de Sainctes. Il pubhe alors une série de sermons en latin qui se rapportent aux controverses du temps. De silentio et unitate Ecclesiœ, De vi verbi Dei in sacris mijsteriis (1561). Il s'adonne aussi à la poésie sacrée et imprime son Sacrarum Hcroidiim liber, oii il met en scène les personnages de l'Évangile. Mais ses
ESPENCE — ESPÉRANCE
ouvrages les plus importants de cette époque sont ses commentaires sur les Épîtres de saint Paul à Tiniothée (1564) et à Tite (1568). Il y ajoute de nombreuses et savantes dissertations sur les points particuliers de doctrine qui prêtent à discussion. En 1565, il donne un traité De conlincntia, dans lequel il défend les vœux religieux contre les attaques des protestants. Enfin il compose son ouvrage le plus important au point de vue dogmatique, le De eucharisda ejiisqiic adoratione libri quinqiie, complété par le Libellas de privaia et publica missa, qui ne furent publiés qu'après sa mort en 1573.
Ces travaux purement théologiques ne l'avaient pas éloigné de la chaire sacrée. En 1560, il prononçait à Saint-Germain-l'Auxerrois l'oraison funèbre du chancelier Olivier et celle de Marie, reine d'Ecosse. Il publiait en français, deux ans plus tard, une série de sermons sur les questions discutées avec les protestants, spécialement sur les traditions humaines et les traditions ecclésiastiques. Il traduisait quelques discours de Théodoret et de saint Jean Chrysostoine, de Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique, et la Chronique de Haimo dHalberstadt. Il continuait ses conférences contradictoires avec les ministres calvinistes et en rendait compte dans une série d'ouvrages : le Traiclé louchant la vertu de la parole de Dieu (1567), la Continuation de la tierce conférence avec les ministres, l'Apologie des deux conférences avec les ministres (1568) et enfin la Conférence de l'efficace de la parole de Dieu (1570). Tous ces ou\Tages donnent une idée très précise des questions qui faisaient alors l'objet du débat entre les catholiques et les protestants. D'Espence y garde une très grande modération dans la forme et, à plusieurs reprises, s'y vante d'être un « moyenneur », ennemi de toute exagération. Cela ne l'empêcha point d'être violemment attaqué par les ministres et calomnié par Théodore de Bèze lui-même. C'est dans une studieuse retraite qu'il mourut, le 4 octobre 1571. Son testament, publié par Launoi, révèle une grande foi et une inépuisable charité. Son ami Génébrard donna; en 1619, une édition complète de ses œuvres latines.
De Thou, t. XVI, année 1555; Nicéron, t. xvii; Launoi, Regii Navarrœ gijmnasii Parisiensis historia ; de Barthélémy, Etude biograpliiqtie sur Claude d' Espence, Cliâlons, 1853; Férct, La faculté de théologie de l'aris, époque moderne, t. I, p. 227-210; t. ii. p. 101-118, Hurler, Nomenclalor, t. m, col. 17-19.