‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 8 sur 148 · L. Desbrus · texte numérisé non relu

L. Desbrus

ENIF ER. Le mot enter vient du latin infernus, qui, d'après sa racine, désigne des lieux inférieurs, bas, souterrains. De même sens que le latin infernus, sont les mots Tlole, caverne, Hell, Hôlle, etc., des langues germaniques. C'est encore une idée analogue qu'exprime le grec âoriç, de à privatif et iî (ïSeiv), voir : lieu invisible, ténébreux. Cf. J. Hontheim, Hell, dans The catholic encyclopédie, New-Yorlv, 1910, t. vu, p. 207.

La signification primitive de l'hébreu, àé'ôl, b'.s-;',

est discutée. Autrefois, en efl'et, on le faisait généralement venir de ëâ'al, b.s-j;-byur, fodit, excavit, ca-

Verne souterraine; ainsi Gesenius, Thésaurus; Fûrts, Handu'ôrterbuch, etc.. Cf. Gen.,xxxvii, 35;Num.,xvi, 30; Deut.,xxxii,22; Job,x, 21,22; xvii, ]3,l(5;xiv, 21, etc. ; Ps. lxxxv, 13 ; cxxxviii, 8 ; Prov., xv, 24 ; Ani ., IX, 2; Is., XIV, 9; lvii, 9; Ezech., xxxi, 15; xxxu, 21 : tous textes qui confirment cette étymologie. D'autres préféraient la racine Sdal, bsïïf, poposcil,

lieu insatiable, dévorant tous les hommes. Prov., xxvii,20; XXX, 16; Is., V, 14; Ps. vi, 6;lxxxix, 49. Cf. A. \Vabnitz, art. Enfer, dans Encyclopédie des sciences religieuses, de Liclileuberger, Paris, 1878, t. iv, p. 425; P. M. Iletzenauer, Theologia biblica, Fribourgen-Brisgau, 1908, t. I, p. 613. Actuellement, plusieurs assyriologues préféreraient l'orighie assyrienne, su'àlu, qui renferme une allusion à la divination par les morts; le seôl primitivement aurait donc été le lieu des morts ayant pouvoir de divination, puis de tous les morts. Encyclopœdia biblica, art. Sehot, Londres, 1903, t. IV, col. 4453, avec références. La question d'étymologie est im]inrtante pour déterminer l'origine des croyances. C'est ainsi que R. H. Charles, Eschatology, dans Encyclopœdia biblica,hondrcs, 1901 , t. II, col. 1335 sq., exploite cette dernière étymologie en faveur de la théorie rationaliste sur l'origine île l'eschatologie juive. C'est à tort, car, dans la Bible, jamais, comme le montrent les textes cités plus haut, on ne rencontre Se'ôl avec ce sens radical, s'il l'a jamais eu, et la Bible nous reporte aux origines du

ENFER DANS L'ECRITURE SAINTE

peuple hébreu. Cependant, lorsque Dieu instruisit son peuple, les esprits n'étaient pas à l'état de table rase. Ils avaient les idées de leur jiays d'origine et la révélation divine aurait pu s'y grelïer, en dissipant progressivement les ténèbres et en projetant sur la vérité une plus vive lumière. Il n'y aurait donc rien d'étonnant que les conceptions primitives des Hébreux sur le séjour d'outre-tombe et les mots qui les exprimaient aient eu des rapprochements et la même signification que les idées et les termes chaldéens, Abraham étant sorti d'Ur en Chaldée.

D'au ire part, même en adoptant la première signification, seô/ (Septante : aoT);; Vulgate : i/i/er/iHs) ne signifie pas davantage enf^>r au sens strict, lieu de damnation, mais demeure des morts en général, justes et impies. Cf. par exemple, Gen., xxxvii, 35; Num., XVI, 30. Et cela avec raison, car, avant l'ascension de Jésus-Christ, aucune âme ne pouvait entrer au ciel; on pouvait donc dire que tous les morts étaient en un même lieu, loin du ciel et de la surface de la terre. Dans le Nouveau Testament, la même conception du se'ôl est gardée dans tous les textes qui décrivent l'au-delà en son état primitif, avant les changements opérés par le Christ. Ainsi dans la parabob? de Lazare et du mauvais riche, celui-ci est enseveli dans l'iSriÇ, celui-là est porté dans le sein d'Abraham, les limbes, Luc, XVI, 22, mais les deux régions semblent faire jiarlie d'un même lieu. Voir t. i, col. 111-115. Act., 11,2 I ;Kph.,iv,9; I Pet., m, 19. C'est dans le même sens qu'il est parlé de la descente de Jésus-Christ aux enfers. La rédemption et l'ascension bouleversent réconomic ancienne; dans le Se'<5Z antique, il ne reste plus que les pécheurs et spécialement les damnés; •l'enfer des damnés reçoit alors un nom spécial géhenne, févr/oi, ~:n'5, gé-hinnùm. L'origine du mot est donc hébraïque. En hébreu, il signifie : vallée de Hinnôm; on disait aussi gé-bcn-hinnôm : vallée du fils d'Hinnom,ou encore gé-benon-hinnôm : vallée des fils d'IIinnom. Ilinnom doit être un nom propre, celui de quelque projjriétairc ancien i)as autrement connu. Cette vallée était un ravin au S.-O. de Jérusalem. Cf. Hagcn, Lexicon bibliciim, t. ii, p. 179; Diclionnaiie de la Bible de M. Vigouroux, art. Géennomci Géhenne, t. u, col. 153-155; Wilke-Grimm; surtout G. Warrcn, Hinnom, dans Dictionary oj the Bible, Edimbourg, 1002, t. ii, p. 385-388. Sous les rois impies Achaz cl Manassc, IV Heg., xxiii, 10; Jer., XXXII, 35; II Par., xxxiii, 6, les Juifs y avaient immolé leurs enfants à Moloch dans les brasiers de Tophet. .losias rendit ce lieu impur en y faisant jeter <les innuondices de tous genres, cadavres, etc., IV Heg., xxiii, 10, et celle prati(iue ayant continué après lui, ce lieu devint comme la senlinc de Jérusalem; des feux y brûlaient en conséquence jiresque ])erpéluelletnenl pour consumer ces pourritures, .\ussi, dès le temps d'Isaïe, la lugubre vallée devint la figure de l'enfer, Is., lxvi, 21, et fut appelée ■ géhenne du feu «. Jésus-Chrisl n'a donc pas créé le mot, ni sa signification infernale; il en a fait seulement un large usage, jiarce que le ravin ténébreux et maudit, avec ses cadavres lenleinenl dévorés par les vers, ou brûlés sur des bûchers sans fin, élail un emblème expressif <hi véritable enter; l'enfer était cela, mais pour toujours : un ver qui ne meurt pas, un feu qui ne s'éteint pai

Ce lieu est encore nommé itbinw, Luc, viii, 31 ; Apoc, IX, 11 ; XX, 1, 3: fonrntiisr de feu, Matth., xiii, 42, 50, clc.ileuélrrnet. Milth., xviii.S; xxv,'ll ; Jude, 1 ; étang de /eu et de soufre, .\\mc., xix, 20; xx, 0, 15; XXI, H; ténèbres rrtérieiires, Maltli., vm, 12;xxii, 13; XXV, 30;cf. lll'cl., Il, 17; Jude, 13; tien de tourments, Luc, XVI, 28; perdition, destrnrtion, Mallh., vu, 13; Phil., m, 19; I Tim., vi, 9; II Thess., i, 9; cf. Gai.,

vr, 8; mort, seconde mort, Rom., vi, 21 ; Apoc. ii, 11; XX, 6, 14; XXI. S; larlarc, II Pet., ii, 4. Sur le vocabulaire biblique de l'enfer, voir Salmond. art. Hell, dans JJictionary oj the Bible, t. ii, p. 3 43-31().

Nous étudierons successivement l'enfer : 1° dans l'Écriture; 2° d'après les Pèros; 3" d'après les théologiens; 4" d'après les opinions erronées; 5° d'après les décisions de l'Église; puis, nous exposerons : 6" la synthèse de l'enseignement théologique sur l'enfer.

I. ENFER DANS L'ÉCRITURE SAINTE. — I. Dans l'Ancien Testament. IL Dans le Nouveau.

I. Dans l'Axciex Testament. — 1" Penlatcuque, Juges, Rois. — Comme chez tous les peuples, la croyance à l'au-delà fait partie essentielle de la religion hébraïque primitive. Cet au-delà est un lieu cl un état. Le lieu, comme il a été expliqué plus haut, est appelé scôl, caverne souterraine, engloutissant tous les morts. Ce lieu est certainement distinct du tombeau. Pour sa description générale ainsi que celle de l'état commun de ses habitants, voir F. Vigouroux, La Bible elles découi'crlcs modernes, C'= édit., Paris, 1896, t. iv, p. 570-581; Dictionnaire de la Bible de Î\I. Vigouroux, art. Enfer, t. ii, col. 1792-1795; J. Touzard, dans la Reinie biblique, 1898, p. 212-217.

Nous ne nous occuperons ici que de l'enfer au sens strict, c'est-à-dire du lieu et de l'état des âmes en état de péché mortel après la mort.

L'état des âmes dans le se'ôl fui d'abord chez les Hébreux très obscur. Que peut, en effet, dire de certain la raison sur cet état? La raison, nou éclairée par la révélation divine, est impuissautc à le connaître clairement; l'expérience de l'humanité dans toutes les religions anciennes le montre bien. Or, l'exercice de la raison était peut-être moins déveloiipé chez les Juifs en général que chez beaucoup d'autres peuples. Race toute positive et toute pratique, race très jalouse et très cxclusivisteaupoint de vue de la nationalité, les Juifs primitifs n'étaient que très peu ai)les à réfléchir et à spéculer sur l'au-delà individuel. Ils croyaient à l'autre monde, mais ils pensaient surtout à celui-ci pour y cliercher le bonheur personnel et la prospérité nationale. Voir en particulier cette opposition entre l'eschatologie individuelle et l'eschatologie nationale, mise en relief jusqu'à l'excès par P. J. Toner, The catholic Encgclopedia, art. Eschalologij, New York, 1909, t. v, p. 531; R. H. Charles, EneijelopaeJia biblica de Cheyne, art. Eschatologi/. Londvcs, 1901, 1. M. p. 1335 sq.

La révélation primitive hébraïque n'.ijouta que très peu de chose aux notions imparfaites fournies |)ar la raison. Par suite, sous le rapport de la sanction morale dans lcSeôl,\i\ conscience juive fut d'abord très imparfaitement éclairée. ICile avait un vif sentiment de sa responsabilité, individuelle et nationale, devant Jilivé. Cf. Gen., m, 3 19; IV, 7, 13, 23;xn sq. : histoire des patriarches, .Ahraliani, xxiv, 40; Isaac, xxxi, 48-54; Jacob, xLvii, 9, 31; xi.ix, 18: Joseph, xxxix, 9; Exod., IV, 24 -2(5; V, 21; XV, 20; xvi.6-9;xviii. 10. etc., toute la constitution tiiéoeratique d'Israël au point de vue moral, social, ])oliti<pie. économiriue niêuie, et toute l'histoire des chutes, des châtiments et des conversions d'Israël s'avouant coupable, digne de châtiment, implorant le jiardon <le Dieu. Ceci à rencontre des idées sur l'amoralisme primitif des Hébreux, dans R. H. Charles, toc. cit.. col. 1335 1313. Ce])endant , cette responsabilité morale des 1 lébreux devant Jahvé était surtoul à échéance terrestre. La loi, Lev., XXVI, 14-21; Deut., xxviii, 15-45. cnumère toutes sortes de châtiments pour ceux qui Ir.msgressent les |)réccptes divins, et les cliàtimeiits sont tous terrestres, cf. Milton S. Terry. liibliral Dog-

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iiKitics, in-S", I,o)i(lrc's. 1907, p. 122 sq., et il en est ainsi clans l'Ancien Testamenl presque jusqu'à David et aux pr()|)luHes. rToutefois, pour conii)rendrc sainement celle mentalité, il faut noter que ces senliments contribuèrent puissamment à développer chez les Juifs un sens religieux de i)lus en plus profond ainsi qu'à élever peu à peu leur sens moral au-dessus d'un utilitarisme égoïste : les Juifs fidèles cherchaient le bonheur temporel, fuyaient ici-bas la vengeance divine par un fidèle service religieux, méritant les comijlaisances de Dieu.

De sanction morale primitive dans l'au-delà, on peut trouver quelques premières traces, d'abord dans cette vague conception que le déshonneur de la vie d'ici-bas, comme l'honneur, spécialement au moment de la mort, suivent les hommes dans le se'ôl, m Reg., II, 0, 0;puis en cette autre que l'homme libre, choisissant la vertu ou le péché, choisit aussi en fait la vie ou la mort, Deut., xxx, 15-20, expression confuse, qui, plus tard, sera toute spiritualisée, mais qui, dès maintenant, malgré certaines parties du contexte, i^eut dif ricilement être restreinte à un sens uniquement matériel.s^L'Épîtrc aux Hébreux, xi, nous donne la certitude que les patriarches et tous les Juifs fidèles croyaient en Dieu rémunérateur. Billot, De novissimis,' 2<= èdit.. Home, 1903, p. 12-13. Il n'en résulte pas toutefois que la masse du peuple vécût beaucoup de cette foi; aussi ne se fait-elle pas souvent jour dans son'histoire.

On cite souvent, en faveur de la rémunération diflérente après la mort, quelques textes du Pentateuque, à première vue assez clairs, mais dont la signification semble incertaine. Lesjcxpressions : Ibis ad patres in pcice, Gen., xvi, 15; Moriatur anima mea morte justorum; fiant novissima mea Iwnim similiu, Nujn., xxiii, 10, distinguentjnettement la mort des justes et celle des impies; mais cette distinction peut n'être encore que temporelle, comme dans le reste du Pentateuque. Ces expressions peuvent équivaloir à ces autres très fréquentes dites de la mort des patriarches à leur très grande louange : Mortuas, ou sepultus in senectatc bona, pleniis dieriim, in pace. Gen., xv, 15, etc. Cf. A. Crampon, La Sainte Bible, Tournai, 1894, t.i, p. 535. Les trois blasphémateurs, Coré, Dathan, Abiron, avec leurs familles, furent engloutis tout à coup dans le Se'ôl; celui-ci n'est pas spécifiquement l'enfer des damnés, car ces familles comptaient des enfants innocents. Num., xvi, 27-33. Dans le cantique de -Aloïse, Deut.,xxxii,22, /(//î/s.sHCCfnsus es/ in fuiorc meo et ardebit usqiie ad inferni noi'issima, signifie une dévastation totale, radicale, du pays occupé par les Hébreux infidèles à Dieu comme l'explique la suite, dévora bitrjue tcrram cuni germine et montiiim fundamenta comburet. D'après le contexte, par conséquent, ce feu est une métaphore exprimant la rigueur des châtiments divins sur Israël coupable et il désigne donc des châtiments temporels.

Finalement, dans le]^Pentateuque, et il en est de même dans les livres de Josué, des Juges et des Rois, il n'y a aucune distinction exi^licite entre le sort des justes et des impies dans l'au-delà. Deux principes implicites y sont contenus seulement : celui de la responsabilité individuelle devant Jahvé et celui de l'espérance messianique individualifée. Voir t. ii, col. 2175. Ces deux principes seront féconds et contribueront à développer une escluttologie de plus en plus parfaite. Cf. F. Vigoureux, La Bible et les déeoaucrlcs modernes, t. iv, p. 585-592.

2° Livres moraux anciens : Job, Psaumes, Ecclésiuste, Proverbes. — C'est naturellement le spectacle de la disproportion des misères et des vertus ici-bas qui fixa la réfloxion sur les sanctions de l'au-delà. Euxmêmes justes et malheureux, les auteurs inspirés con-

sidérèrent d'abord les malheurs des justes. Guidés par rinsi)iralion et la droiture de leur conscience, ils s'élevèrent bientôt à la claire vérité: la justice complète pour l'homme vertueux, et ainsi digne de bonheur, n'est pas ici-bas, mais dans l'au-delà.

1. C'est la solution de .lob qui |jose très explicitement le problème et dont tout le livre est occupé à chercher cette solution. Ses trois premiers amis défendent la théorie de la sanction exclusivement terrestre pour le péché comme pour la vertu. Fort de son innocence. Job oppose le fait, son histoire, à leurs théories et peu à peu monte à la vérité-principe : la sanction dans l'au-delà, d'abord en désir, xiv; puis en espoir absolu, xvi, 8-xvii, 9; enfin en certitude, XIX, 23. Job ne 'traite pas directement des pécheurs ni de leur châtiment après la mort. On cite parfois pourtant à ce sujet deux textes qui ne semblent pas probants, xxiv, 19, la Vulgate dit de l'impie : Ad nimium calorem transeat ab aquis niviuni et usquc ad in/rros pcccatum iilius. Pères, théologiens, prédicateurs ont entendu ce passage de la damnation éternelle, quelques-uns pour en conclure qu'en enfer il y avait non seulement le supplice du feu, mais aussi celui du froid. Mais le texte hébreu signifie simplement : le se'ôl engloutit le pécheur comme la sécheresse et la chaleur absorbent l'eau des neiges; sanction terrestre d'une mort rapide, que de fait décrit le verset suivant, surtout dans le texte original. De même, xxxi, 12, il est dit de l'adultère, iynis est usque ad perdilionem devorans, c'est-àdire jusqu'à la ruine totale terrestre, la perte de la fortune, de la famille, etc., comme l'explique la seconde partie du verset : et omnia eradieans geniniina (ses possessions). Il y a cependant, dans Job, deux allu sions possibles au véritable enfer des méchants : xxvi, G, le se' d/ est distingué de Vabaddôn, ruine, destruction, ici lieu de ruine et de destruction. Cf. Prov., xv, 11; Ps. Liv, 24. S'agit-il dans ces textes d'une distinction locale dans le 'se'ôl, d'un lieu plus abyssal (cf. Job, xxviii, 14), plus destructeur pour les morts, ou d'une simple répétition synonymique, appelée par le parallélisme? Cf. xxviii, 22, où pcrditio semble désigner le se'd/ simplement, xxxi, 12. La signification simplement synonymique est donnée conuns certaine dans la Sainte Bible polyglotte de Vigouroux, Paris, 1902, t. m, p. 758, 759, note sur xxvi, G. L'ne autre expression a semblé à plusieurs, par exemple, à H. Martin, La vie jutnrc, note 13, p. 517, renfermer l'enseignement clair d'un enfer de damnés. Job,xxvi, 5, dit : Eece gigantes gemuni sub aquis. Ces giganies, en hébreu repha'im, n'Nsi, dont la Bible parle sou-

vent, sont donnés comme les types des impies, révoltés contre Dieu et précipités dans le se'ôl, évidemment pour leur châtiment. Cf. Baruch, ni,26-28: Prov., IX, 18; xxi, IG; Is., xiv, 9; xxvi, 14, 19; Ps. Lxxxvii,ll. Mais on s'accorde maintenant à traduire repha'im par les défaillis, les ombres (ou les morts), lorsqu'il s'agit du se'ôl. Cf. Sainte Bible polijglotte, note sur Job, xxvi, 5. Ce dernier verset doit donc se traduire : Voici que les morts tremblent (devant Dieu), sous les eaux (dans le se'ôl situé sous la terre et les océans). Quant aux sombres descriptions par lesquelles Job peint si vivement la terram tencbrosam et operlam mortis caligine, terram njiseri;e et tenebrariim, ubi wnbra mortis et nullus ordo, sed sempitcrnus horror, x, 21, 22. elles s'appliquent évidemment au séjour des morts, malgré leur pessimisme, car Job affirme en même temps qu'il est innocent et qu'il marche vers cet enfer.

En résumé, .Job attire l'attention sur les sanctions de l'au-delà. Affirmer la récompense des justes, c'est proclamer implicitement la punition des méchants; mais l'iinplicite peut rester longtemps inaperçu.

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2. Une autre affirmation, implicite encore, mais plus claire, du châtiment infernal se trouve clans la doctrine du juç/cment divin universel, exposée dans l'es Psaumes, l'Ecclésiaste et les Proverbes. Ici encore pourtant il faut se rappeler que les Juifs pensaient surtout aux sanctions d'ici-bas et la plupart des textes, parlant en général du jugement divin, sont à interpréter au sens temporel. Par exemple, Ps. i, 5, non résurgent impii in judicio neque peccalores in concilio justorwn..., iler impionun peribil, sont des maximes générales qui, dans l'esprit du psalmiste, à en juger par le parallélisme du bonheur tout terrestre du juste, devaient être aussi entendues de la ruine terrestre. De même, Ps. ix, 9, 18 : Ipsc jndicabil orbcm terra: in œquilale; converlantur peccalores in infernum, que les pécheurs retournent dans le seul; XXX, 18; Liv, 16, 21; lxxxi, 8;lxi. 13. Les ps. xcv, 10-13; cix, 1, G, 7, parlent d'un jugement vraiment cschatologique et universel, mais en pers]icctive mes- •sianiquc, regardant les nations plus directement que les individus, et donc aussi d'ordre temporel, du moins au sens littéral direct. D'autres psaumes parlent clairement du jugement ultraterrestre. Les ps. XV, 10-11; XVI, 15, développent principalement la considération des espérances éternelles des justes. Enfin les ps. xxxvi, xlviii, lxxii, xcr, abordent directement le problème de la rétribution du mal. Les ps. xxxvi et xci renferment une opposition claire entre le sort du juste et de l'impie, quelquefois ■en formules générales de vie, de ruine, de salut, i)our les siècles des siècles, etc.; cejjcndant il ne faudrait pas s'en tenir à l'apparence, car le contexte restreint ces promesses ou ces menaces au sort temporel de l'individu ou de sa postérité. Voir xxxvi, 3, 9, 11, 18, 2.5- 29, 3-1-38. Le ps. xlviii signifie, d'après l'original, que le juste est persécuté, que les méchants triomphent, qu'il ne faut pourtant pas craindre ni se scandaliser : comme tous les hommes, malgré leurs richesses, les méchants n'échapperont pas à la mort; ils seront, comme un troupeau, poussés dans le se'ôl. Bientôt les justes marcheront sur leurs tombes et leur ombre se consumera au se'ôl sans autre demeure, 15 b. Mais l^our moi. Dieu racliètcra mon âme de la puissance • lu se'ôl, car (ou (]uand) il me prendra (m'enlèvera) .ivcc lui, 10. 11 y a là une vision assez nette du ciel et «le l'enfer; celui-ci, toutefois, est le îie'ôl, envisagé comme la demeure éternelle des méchants, après la délivrance des justes. Il faut noter ([ue ce psaume est «l'une époque assez récente et (ju'il a été composé probablement sous Ézéchias.

Le ps. i.xxii pose, lui aussi, la ((uestion angoissante, 1-9; il décrit la prospérité des méchants, lO-lfi, le scandale de ce spectacle : ])our(|uoi n'en ferais-je ])as autant?... 17 28; la solution (|u'il donne est celle-ci : il faut tourner sa réflexion vers le sanctuaire du Seigneur et prendre garde au sort final des méchants. <'.e sort semble d'abord être uniquement la mort temporelle, 18-20, mais le psalmiste s'élève ensuite à de telles aspirations du bonheur éternel avec Dieu auquel il oi)])ose toujours la ])erte des imiiies tpie celte mort, celle perte temporelle jjarait bien inclure dans >on esprit une autre mort, une perte éternelle. 24-28, i'A. l'annicr, dans le Dictionnaire de la Iiihle,i. v, col. «22, 823.

J-'I£cclésiasle résume sa sagesse, xi, l-lo, dont la notion n'est pas 1res élevée, sans être pourtant non plus immorale. Il faut jouir de la vie d'ici-bas, honnêtement, avec mesure, en gardant le souvenir que tout est vanité, que tout bien est un don de Dieu et (pic Dieu nous jugera, (^c jugemenl est déjà rappelé, m, 10 17; VI M, 5-0 (d'après l'hébreu) : « Le cœur du sage connailra le temps et le jugement; il y a, en effet, pour toute chose un temps et un jugement, car il est

DU.T. DK TU KOI,. CATIIOI..

grand le mal qui tombera sur l'homme (oppresseur); » viii, 11, 12, jugement infaillible sur les pécheurs, ^lais s'agit-il de l'autre vie'? Le contexte fait plutôt penser à cette vie terrestre; viii, 13, parle du sort de sa postérité. Le fait pourtant des impies continuant à être heureux se dresse toujours en objection, viii, 14 ; la réponse est de nouveau d'abord toute terrestre, il faut jouir le plus possible de la vie et des biens que Dieu donne ici-bas. L'Ecclésiaste insiste et répète la difficulté, car elle n'est pas résolue, ix, 1-6; même réponse. Pour le sens de ce texte pas plus matérialiste que Joa., ix, 4, voir P. M. Iletzenauer, Theokxjia biblica, t. I, p. C12-613. Mais bientôt il revient encore à l'idée du jugement divin, xi, 9-10. Cette insistance suffirait à montrer que probablement il s'agit ici d'un jugement pour l'autre vie, que le sentiment de la justice impose à l'Ecclésiaste, nonobstant sa philosophie terre à terre. Cette probabilité devient certitude en présence des textes qui affirment si fortement l'impunité des méchants ici-bas. Cf. viii, 14. I-e c. XII contient finalement une affirmation directe et claire du jugement divin en dehors de ce monde, et des sanctions divines ultra-terrestres, 13, 14, qui impliquent l'enfer. Voir t. iv, col. 2023. Cf. F. VIgouroux, La Bible cl les découvertes modernes, t. iv, p. 592-593. Remarquons encore que le texte invoqué si souvent au sujet de l'enfer éternel, Eccle., xi. 3, in quocumque loco ceciderit ibi erit, n'a, au sens littéral, qu'une signification ]niremeiit matérielle : dans la conduite humaine de la vie et des affaires tcni|)orellcs, il faut se soumettre aux lois physiques, aux événements, réglés par la providence, contre lesquels nous ne ])ouvons rien; il n'y a là aucune allusion à la mort. Cf. Iletzenauer, op. cit., t. I, p. 013.

Les Proverbes sont un essai de morale un peu ascétique. Les motifs invoqués pour faire ])ratiquer la vertu sont ]iresque tous d'ordre temporel. On rencontre pourtant quelques affirmations assez claires des sanctions plus définitives de la vie future, soit pour les justes, soit pour les méchants; xi, 4, il y a un jour de jugement inexorable de Dieu, jugement individuel, car les Proverbes s'adressent aux âmes individuelles; pour l'impie, la mort détruit toutes les espérances. Cf. x. 2, xiv, 32; xxiii, 17, 18; xxiv, 14;iv, 18; VIII, 3.5-30.

En résumé, avant les prophètes, les Hébreux connaissaient la vie future, mais une vie future, à conditions peu i)récises, ])lutôt tristes d'ailleurs et mélancoliques. L'espérance du libérateur était très éloignée; seules donc, quekpies âmes supérieures s'élevèrent assez pour vivre réellement de ces j)erspeclives lointaines de délivrance messianique; ce sont aussi ces âmes qui arrivèrent le jilus vite à reconnaître un Sr'ôl à sanctions morales dillérentes pour les justes réunis à Dieu, et i)our les impies rejetés de Dieu. Cf. Ps. i.xxii. (Cependant la masse restait peu sensible à la pensée morne de l'au-delà : joie et tristesse, tout était considéré en celte vie pour soi et pour ses descendants; religieusement la joie était tenue |)our un bien venu de Dieu et une bénédiction réservée aux justes; la tristesse était donc une malédicticiii qui allait normalemenl aux impies. Mais le fait d'expérience contraire à la vue théorique amena, par une autre voie, à la sanction ultra-terrestre, et les solutions opposées de cette sanction pour les bons et pour les mécliants, déterminées i)ar un jugement de Dieu, ont déjà été entrevues çàet là dans les livres poélicpies et sai)ientiaux <le l'ancienne alliance. Voir J. Touzard, dans la Kcnuc biblique, 1898, p. 219-223.

3" l'rophclrs. — Nous ne nous occuperons que <Ic leurs affirmations explicites au sujet du châtiment des impies dans la vie future,

ENFER DANS L'ECRITURE SAINTE

1. Avant UDfin de la captivité, vin« et vii'' siècles. — Bien que remplis de menaces contre les Israélites corrompus et contre les païens dégradés, les petits prophètes préexiliens ne font aucune menace pour l'au-delà. Il n'y a pas à s'en étonner, car leur point de vue est essentiellement nationaliste, et, lorsqu'il est plus individualiste dans leurs menaces aux Juifs i prévaricateurs, ils s'adressent à un peuple si charnel qu'ils ne peuvent recourir pour l'ébranler qu'à des promesses ou à des menaces temporelles. Cependant Joël, m, 1-21, semble annoncer vraiment le jugement dernier « dans la vallée de Josaphat » (de Dieu qui juge), appelée « vallée de la décision », m, 2, 11. Après une grandiose description de ce jour terrible, 9-16, sans préciser autrement le jugement de condamnation, le prophète ouvre les riantes perspectives d'un bonheur qui n'aura plus de fm pour Juda purifié, restauré, le mettant en face d'une désolation et d'un châtiment également sans doute éternels, 17-21. Sophonie parle aussi d'un jour de jugement, i, 14-16, jugement universel des nations, i, 18, m, 8; mais le jugement dernier n'est ici, encore plus que chez Joël, qu'au second plan, tout au plus entrevu dans les lignes du jugement temporel messianique.

C'est aux grands prophètes que Dieu a commencé de découvrir vraiment avec clarté les perspectives de la vie future.

Isaïe, le premier, semble-t-il, a vu au fond du ée'ôl, l'abîme terrible où sont torturés les damnés. XIV, 9-20, description de la ruine du roi de Babylone; celui-ci est précipité au séjour des morts et dans ses dernières profondeurs, pour y être l'opprobre des autres illustres criminels; première vue vague encore. XXIV décrit le jugement dernier; les versets 21-22 disent que Dieu châtiera les divinités païennes (les démons cachés sous ces divinités) et les rois de la terre, qu'il les réunira dans l'abîme du ëe'ôl, qu'ils y seront enfermés comme dans une prison et c]ue pendant de longs jours, c'est-à-dire toujours, continuera leur châtiment. Cf. Xxvi, 14, opposé à 19.

An c. XXXIII, 14, il s'agit des pécheurs de Sion, qui, à la vue des châtiments de Dieu sur Assur, se demandent en tremblant comment ils pourront habiter au milieu de la colère de Jahvé, feu dévorant, brasier qui ne s'éteint pas au milieu de Jérusalem, résidence d'où il juge si terriblement les nations l'une après l'autre. Cf. Dent., IV, 24; Is., xxxi, 9. Au sens littéral, il n'est donc pas question ici de l'enfer; cependant le sens conséquent de ces affirmations absolues contre les pécheurs peut s'étendre jusqu'à ce «lieu éternel», comme traduisent les LXX.

Enfin, après avoir, comme en un refrain menaçant, qui termine les diverses sections de sa prophétie, répété aux impies que, pour eux, il n'y a pas de paix, absolument et sans restriction, xlviii, 22; lvii, 21, Isaïe donne, lxvi, 1.5-24, la grande vision prophétique de l'au-delà. C'est le jugement dernier, 16, 18. C'est la restauration d'Israël pour l'éternité avec de nouveaux cieux et une nouvelle terre, 22. Et egredientur et videbunt cadavcra virorum qui prœvaricati suni in me; vermis eoriim non morietur et ignis eorum non exstinguetur, et erunl usque ad satielalem visionis omni carni. Sur ce texte, fameux dans toute la tradition chrétienne, voir Knal)enbauer, In Isaiam, t. II, p. 522; Condamin, Le livre d' Isaïe, Paris, 1905, p. 390. Les derniers mots, d'après l'original hébreu |iNm vn-\, signifient : ils seront en abomina-

tion à toute chair. Tous les commentateurs s'accordent à y voir une affirmation de l'enfer éternel; les traits sont peut-être pris des faits historiques de Gé-hinnom, mais ils sont évidemment surélevés en valeur symbolique jusqu'aux réalités invisibles éternelles. Cheyne, The Prophecies o] Isaiah, New-

York, 1890, le concède. Toutefois ce texte seul ne prouve pas le réalisme des vers et du feu de cet enfer. Cf. Judith, XVI, 20, 21, répétition du texte d' Isaïe, avec insistance sur l'éternité du supplice senti : et sentiant usque in sempiternum.

Pendant la période des grandes épreuves d'Israël, tout en insistant sur l'eschatologie nationale. Dieu commence à inculquer de plus en plus à son peuple le sentiment de la responsabilité individuelle en face des vérités éternelles. \

Jérémie ne dit rien de certain sur l'enfer. Dans le passage, XV, 14, le feu de la colère divine n'est qu'une mctaphore;enxvii,4,leprophète parle decemêmefeu de la colère divine; s'il ajoute qu'il brûlera toujours, peut-être ne veut-il signifier qu'une ruine totale, mais peut-être aussi est-ce une perspective subitement élargie jusqu'à l'au-delà dans un éclairpassager. Ézéchiel, dans ses annonces prophétiques de la ruine de l'Assyrie et de l'Egypte, fait une grandiose description de la descente aux enfers de tous ces puissants peuples que Dieu veut châtier, âv pâôsi p(56pou, xxxii, 23; cf. 24, 30. Il y a là certainement l'affirmation d'une sanction morale de châtiment dans l'au-delà et en un lieu spécial du se'ôl. Cf. Is., XIV, 9-20. Ézéchiel d'ailleurs n'en dit p5s davantage explicitement. Du reste, il insiste sur lé jugement de Dieu à l'égard des individus, qui seront punis ou sauvés; et de même il parle encore du jugement divin au point de vue messianique de l'avenir d'Israël : seuls, les Israélites fidèles feront partie du royaume de Dieu restauré.

Daniel, xii, 1-2, en donnant une affirmation précise de l'enfer éternel, ajoute un nouveau point de doctrine : la résurrection des damnés eux-mêmes, qui se réveilleront du sommeil de la mort pour l'opprobre et la honte éternelle. Voir, vu, 10 sq., l'annonce générale des jugements divins et de la destruction des impies. Cf. J. Touzard, dans la Revue biblique, 1898, p. 223-230.

2. Après la eaptivité, vi" siècle. — La courte prophétie d'Aggée ne contient que des bénédictions et malédictions temporelles.

CelledeZacharie, à portée générale, eschatologiquc, prédit spécialement, v, 1-11, un jugement de toute impiété et une séparation entre elle et le peuple de Dieu qui ne se réalisera pleinement que dans l'autre vie. Les c. xii-xiv, à la manière prophétique, décrivent confondus, les deux jugements divins, temporel et éternel.

Enfin Malachie clôt la prophétie ancienne par une nouvelle annonce du jugement universel, iv, 1-3, qui réglera différemment le sort des justes et des impies. 4"^ Deutéroeanoniques, ii" siècle avant Jésus-Christ. — 1. La Sagesse, i-v, aborde directement le problème delà destinée humaine, i, 6, 8-10, l'auteur pose comme la thèse du jugement des impies : Dieu sait tout et jugera tout pour châtier tout mal. ii, 1-10, par mode d'objection, il expose la solution matérialiste : rien après la mort; personne n'en est revenu; le hasard règle tout. Donc mangeons, buvons, etc. ; la force, voilà le droit: détruisons le juste notre ennemi. 21-25, une première brève réponse : insensés, qui ignorent la justice de Dieu et la nature de l'homme faite pour l'immortalité; immortalité heureuse pour les justes, de mort pour les fils du diable, cause de la mort, m, 1-9, bonheur immortel des justes; 10-19, malheur des impies d'abord temporel, puis fin dernière terrible. IV, 1-7, malheurs terrestres des impies, honneurs de la vertu; 8-14 a : le sort privilégie et prédestiné du juste qui meurt jeune; 14 6-18 a : le monde n'y comprend rien et se moque; 18-19 : mais Dieu à son tour le condamnera, iv, 20-v, 24 : le sort éternel des impics dans un tableau grandiose. D'abord, voici les impies-

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pleins d'cfiroi à la pensée de leurs péchés et accablés sons le témoignage de leurs crimes, iv, 20; en face de leurs anciens persécuteurs, les justes, debout en grande assurance, v, 1. Alors les décisions : les impics, 2-15, stupéfiés et épouvantés horriblement de ce changement de destinées, avouent leur folie et leur culpabilité. Aux justes, au contraire, IG, 17 (Vulg.), la vie é/eyne//e, auprès'du Seigneur, dans son magnifique royaume. Enfin l'exécution de ces décisions, déjà faite pour les justes, réalisée avec un grand éclat contre les impies, 18-24. Dieu s'arme de zèle, de justice, de jugement et de colère, et les impies sont châtiés terriblement; tout se tourne aies faire souffrir. La foudre et les traits divins vont droit à leur but, jusqu'à l'entière ruine des méchants. Ce texte est d'une grande précision soit sur l'enfer en général, soit en particulier sur la peine du sens, bien que décrite sous forme symbolique, vi, G-9, l'auteur fait enfin une application spéciale de ces doctrines aux puissants et] affirme l'inégalité des peines infernales. Cf. xiv, 10, 1.3, 31; XV, 8, un mot sur la responsabilité éternelle du pécheur : quand on lui redemandera son âme qui lui avait été prêtée.

2. L'Ecclésiastique est un livre de même genre et de même doctrine que les Proverbes, donc à point de vue le plus souvent temporel; cependant la préoccupation de la vie future y est beaucoup plus accentuée. Voici quel est le sort des méchants, vu, 8 : tout péché sera puni ; 17-19; le feu et le ver seront le châtiment de l'impie. C'est sans doute une allusion à Isaïe, Lxvi, 24. Cf. vu, 40; ix, 16-17, ne pas envier le pécheur, sciens (lunniarn itsquc ad inferos non placebit impiiis; xiv, 2-21; xr, 28-29, les rétributions in die obitux; XV, 13 21, la vie et la mort sont devant l'homme libre; xviii, 24, la mort sera le temps de la colère et de la sanction, lorsque Dieu détournera son visage du pécheur; xli, 1-18 : mort et sanction; le verset 7 ne nie pas le jugement après la mort, mais peut se traduire : dans le se'ôl, il n'y a pas de plainte contre la vie; cf. 11-13; enfin xxi, 10, sliippa collecta, synagor/a pccccintium cl consummalio iltonim flamma ignis, via pcccantium complanala lapidibus, et in fine illoriim inferi et ienebrœ et pœna, (îoôpo? aSou, l'abimc noir de l'Hadès. Il est difficile d'accorder que dans tous ces textes il ne s'agit que du sc'ôl. Voir t. iv, col. 2051. Cf. Crampon, t. iv; Vigoureux, La sainte Bible polyglotte, t. v; Knabenbauer, In Eccli.

3. Le second livre des Macliabécs exprime les mêmes idées que Daniel. Le vieillard Éléazar répondait aux tentateurs de sa fidélité: Ncun etsi in prœsenti temporc, stippliciis honiinum eripiur, sed manum omnipolentis nec viuiis, nec dc/unctus cffugiam, vi, 26. Le c. vu raconte le supplice de ces sept héros, frères de sang et rie vertu, ainsi que de leur mère. C'est la pensée (le la vie future qui les soutient dans les tortures. En outre, ils ne craignent pas de menacer leur persécuteur de la géhenne éternelle pendant qu'eux se réjouiront avec Dieu; 14, à nous la résurrection, pour toi, tu n'auras pas de résurrection pour la vie; 17, <U'S tourments à toi et à ta race; 19, pas d'impunité devant DieU; 31, 34-36, menace des vengeances célestes (jue le plus jeune des sept supplie Dieu de n'exécuter qu'ici-bas pour la conversion de son bourreau, 37. Cf. J. Touzard, dans la Revue biblique, 1898,

En terminant, donnons, après Hctzenauer, op. cit., t. I, j). 022, la liste des textes, qui étaient autrefois allégués pour prouver l'existence de l'enfer au sens strict et (|ui n'ont pas cette signification : Num.,.\vr, 31 sq.; Dcut., iv, 23 sq. ; xxxii,21 sq.,40sq.; Ps. vi, 6; x, 6; XX, 9 sq. ; xi.viii, 14 sq.; Liv, 16; xr.i, 8 sq.; xcm, 17; cxxxviii, 9; cxxxix, 9 sq. ; Prov., i, 26 sq. ; vu, 27; IX, 18; xv, ll,24;xxin, 14; xxvii, 20; xxx,

15 sq. ; Cant., viii, 6; Eccle., ix, 10, 12; xi, 3; Job, IV, 20; x, 20; XI, 8; xx, 18; xxi, 13;xxvi, 5; Amos, IX, 2; Os., xiii, 14; Is., i, 24; v, 14; xiv, 9 sq.; xxiv, 21 sq. ; xxvm, 15, 18; xxx, 33; xxxiv, 8 sq. ; i-xv, 2 sq., 11 sq. ; Hab., ii, 5; Jer., xvii, 4; li, 39; Bar., II, 17; m, 11; Ezech., xxvi, 19 sq. ; xxxi, 15 sq. ; xxxii, 27; Dan., m, 88; Sap., xvi, 13 sq. ; Eccli., xvii, 26; xxiv, 45; li, 5 sq. Dans tous ces textes, plus ou moins fréquemment utilisés par les Pères, les théologiens anciens et modernes, les prédicateurs, etc., il n'est, au sens littéral, question que du Se'ôl hébreu, ou du jugement divin en général, ou du jugement exercé par Dieu sur les pécheurs ici-bas. 5° Origine de la doctrine de l'enfer chez les Hébreux. — Les rationalistes ont essayé d'expliquer sans surnaturel l'eschatologie individuelle des Hébreux. Les premiers eurent recours à la théorie des emprunts faits aux Grecs à l'époque de la domination grecque ou aux Chaldéens pendant la captivité. Cf. dom Calmet, Dictionnaire de la Bible, 2^ édit., in-12, Toulouse, 1783, t. II, art. Enfer, p. 383 ; Du Clôt, La sainte Bible vengée, 2e édit., Lyon, 1841, p. 454 sq. Leurs successeurs reculèrent la date et rapportèrent l'emprunt aux Égyptiens. Les plus récents, mieux renseignés par les découvertes de Ninive, attribuèrent la doctrine empruntée aux Assyriens, aux Babyloniens ou aux Perses. Plusieurs enfin aujourd'hui préfèrent recourir aux simples lois générales de l'évolution religieuse. Cf. R. H. Charles, Encyclopœdia biblica, art. Eschatology,t.u, col. 1335- 1372. D'abord, les Hébreux partagent la conception primitive, commune à la race séwiitc, du culte des ancêtres lequel ne laisse aucune place aux idées de sanction morale, cf. col. 1343, n. 22. Puis le jahvéisme importe une eschatologie exclusivement nationale, au point que Jahvé n'avait d'abord aucune juridiction dans le Se'ôl. Ces deux conceptions de Jahvé et du Se'ôl indépendant de lui, bien que contradictoires, ont coexisté dans l'esprit des Israélites jusqu'au VIII'-' siècle avant .lésus-Christ. Voir Ps. lxxxviii (heb.), 5; xxxi, 22-23; Is., xxxviii, 18. Les anciens Israélites n'étaient scandalisés ni du bonheur des méchants, ni du malheur des justes, Jahvé ne s'occupant pas des individus, mais de la nation seule. Il punissait les méchants ici-bas directement ou dans leur postérité, Exod.,xx, 5; Lev., xx, 5; Jos., viii, 24; I Sam., m, 13; ou dans la nation. Gcn., xii, 17;

XX, 18; Exod., XII, 29; Jer., xxxi, 29. On considérait comme une miséricorde qu'il fît tomber le châtiment sur les enfants. I (III)Reg., xi, 12; xxi,29. Contre ces théories de fatalisme et de désespérance et parallèlement au développement du jahvéisme en véritable monothéisme, Jérémic, après avoir adhéré aux vieilles idées, XV, 4, commença une réaction individualiste et spiritualistc, xxxi, 19, 31, 34, développée par Ézéchiel, xiv, 12-20; xviii, 4-30, popularisée enfin par plusieurs psaumes et par les Proverbes. ICt encore il ne s'agissait d'abord que de rétribution terrestre : tout juste est ici-bas heureux, tout pécheur malheureux. Ces idées, se heurtant à une expérience contraire, donnent lieu à d'ardentes discussions. Les uns résolvent la difficulté en ajoutant la responsabilité nationale à la responsabilité individuelle terrestre. Ps. cix (heb.), 13; Eccli., xxin, 25; xi-, 15; XLI, 6; Dan., ix, 7; Jud., vu, 28; Tob., m, 3; Harucli, i. 18-21; II, 26; m, 8. Ézéchiel maintient que l'expérience de l'individu répond toujours à ses mérites. L'Ecclésiaste nie expressément toutes ces solutions : il n'y a pas de sanction, VII, 15; II, 14; ix, 2;viii, 10; les passages contradictoires, m, 17; xi. 9, 6;xii, 14; viii, 12, sont iirobablement interpolés. ,Iob s'en tient aux mêmes affirmations qu'Ézéchiel en principe; en fait, il constate aussi les négations de l'Ivcclésiaste.

XXI, 1-15. Alors il en ai)i)elle, pour ici bas, du Dieu

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réel au Dieu de sa foi, car il veut croire à la justice (ici-bas); mais son appel est finalement trompé. Il n'en appelle pas réellement aux sanctions de la vie future; cependant sa foi y aspire implicitement, elle les siKjqnc. Quelques éclairs même çà et là, s'ils sont authentiques, sont très significatifs : xiv, 13-15; xix, 25-29; cependant ils ne laissent pas de trace profonde et la pensée de la vie future dans Job est plus une pensée qu'une conviction. Après Job, deux courants : le matérialisme h la suite de l'Ecclésiaste qui aboutira au sadducéisme; le postulat de la vie future par la foi, à cause des difficultés de la vie morale (l'immanence chez les Juifs !...). Celui-ci se développe en la théorie de la résurrection qui synthétise l'eschatologie individuelle et l'eschatologie nationaliste : les justes ressusciteront pour le royaume messianique; les méchants pour la punition. Dan., xii, 2; Is., Lxvi, 24.

Inutile de poursuivre plus loin; la critique exerce ses fantaisies surtout sur les origines, et terminons en ajoutant que tout ce développement, d'après elle, est considéré non comme autonome, ce serait une immense erreur, mais comme influencé profondément par Babylone, la Perse, la Grèce, etc. Cf. R. H. Charles, A criticul history of Ihe Doctrine of a fitlure life, Londres, 1899, p. 24-40, 57, 79,116,134-151.

Une réfutation complète de ces théories appartient à la critique biblique, non à la théologie. A notre point de vue, il suffira de noter les réflexions suivantes. La théorie rationaliste est d'abord essentiellement basée sur un remaniement chronologique et une interprétation tendancielle des textes qu'on ne peut s'empêcher de trouver très arbitraire; on connaît le procédé : bouleversement des textes, d'où contradictions, évolutions diverses de théories, au gré, ou à peu près, des critiques. Nous n'admettons pas cette base. — En détail, notre exposé positif, toujours éclairé de la lumière des contextes, a montré les faits, dans leur vraie objectivité, croyojis-nous, et selon leur vrai développement historique. Ces faits et ce développement ont pour nous une origine surnaturelle. Dès le principe, l'eschatologie infernale juive se montre de beaucoup supérieure à toutes les eschatologies païennes, et son évolution marche avec une telle assurance vers la pleine lumière, contrairement à ce qui se passe chez les païens, que là aussi l'intervention de Dieu est assez évidente. En effet, premièrement dans la doctrine juive, de l'imperfection, mais pas d'erreur, pas de mythes, pas de panthéisme, ni de dualisme, ni de métempsycose, ni de descriptions fabuleuses du royaume infernal, etc., comme en Egypte, en Assyrie, dans les Indes, en Grèce et même dans la Perse. De plus, telle religion, telle eschatologie et la religion juive difi'ère, on sait combien, de toutes les anciennes religions purement humaines. L'homme est créé par Dieu et pour Dieu (relation de service et même d'amitié intime avec la divinité) et Dieu-providence veille sans cesse ici-bas et dans l'au-delà, sur tout l'ouvrage de ses mains (justice, sanction, etc.). — Quant au culte primitif des ancêtres, qu'on objecte ici, il faut dire que c'est un culte qui n'est pas primitif dans la famille monothéiste d'Abraham et dans sa race, mais ce fut simplement plustard une grande tentation pour le peuple d'Israël, après son contact trop intime avec les Égyptiens et les Chananéens; tentation à laquelle il succomba sans doute souvent, mais toujours combattue et dès l'origine par l'autorité enseignante et par les prophètes. Cf. prescriptions mosaïques, Lcv., xix, 28; Deut., XIV, 1, etc. Voir H. Lesêtrc, Dictionnaire de la Bible, art. Morts (Culte des), Paris, 1908, t. iv,col. 1316. On ne peut changer ici, sans paralogisme un peu trop fort, le fait accidentel en principe essentiel. Mais voici la deuxième objection : le nationalisme exclusiviste

du Jahvé primitif sans juridiction sur ]e Sc'ôll Cela n'est pas du tout prouvé, au contraire; les textes très nombreux exprimant la crainte et la peur de 4c"ô/dans l'Ancien Testament, non morlui laudabunl te. Domine, etc., etc., signifient simplement qu'avant Jésus- Christ, même les âmes des saints ne pouvaient pas encore jouir des fêtes du ciel, et ne pouvaient plus jouir du culte et des fêtes animc«es de la liturgie juive. D'ailleurs ces appréhensions s'augmentaient des incertitudes de l'état réel des âmes dans l'au-delà spécialement des âmes encore pécheresses (pour le purgatoire), et qui ne l'était pas? Sur la question du nationalisme et de l'individualisme, voir S. Jérôme, In Ezech., xviii, 1, P. L., t. xxv, col. 167-169, pour concilier Ezech., xviii, et Exod., xxxiv, 5; la responsabilité nationale ne s'oppose pas du tout à la responsabilité individuelle; celle-ci a été reconnue et vécue le long de l'iiistoire hébraïque, cf. plus haut quelques textes pour les origines, I (III) Rcg., xi, 12; xxi, 29, qui signifient que Dieu, par miséricorde, ne punira pas de suite Salomon et Achab et qu'il laissera même encore la royauté à leur fils; mais ensuite leur race déchoira. Et dire qu'on veut voir dans ces textes la négation de la responsabilité individuelle ! Enfin dès l'origine Jahvé fut le Dieu des enfers, comme le montrent positivement les textes suivants : Gen., xlix, 18 ; Deut., xxxii, 22 ; Job, xvi, 5, etc. ; plus tard, Ps. c.xxxix, 8; Amos, ix, 2 etc. Cf. Hetzenauer, op. cit.. De attribulis Dei in V. T., p. 438-464. Pour la question spéciale du silence relatif du Pentateuque sur la vie future (immortalité et sanctions) et les raisons de ce silence qui n'est pas un argument négatif contre l'existence de la doctrine chez les Hébreux, voir Ame dans le Dictionnaire de la Bible, t. i, col. 461-473; aussi un très bon exposé au point de vue doctrinal et historique dans H. Martin, op. cit., c. ii, § 3, p. 54 sq. et note vi, p. 527-533. En résumé, la sanction morale, normalement est double : terrestre et ultra-terrestre; la sanction ultra-terrestre est par elle-même obscure à la raison ; de plus, la révélation primitive préféra laisser ignorées des vérités que des hommes charnels en particulier, parce qu'ils étaient enclins à l'idolâtrie, ne pouvaient porter; voilà pourquoi les auteurs sacrés commencèrent à parler surtout, sinon exclusivement, de la sanction terrestre : d'autant plus que Dieu luimême, s'accommodant aux instincts inférieurs des Juifs, les conduisit en fait pendant presque toute leur histoire, surtout par des sanctions temporelles plus immédiates et plus frappantes. Pour tout dire d'un mot, c'était la loi charnelle et de crainte, et non pas encore la loi spirituelle de l'amour. — Après l'origine, l'évolution.

L'évolution de la doctrine infernale juive est une marche assurée vers la pleine lumière, sans jamais aucune chute dans l'erreur; comme il n'y eut jamais de fantaisie mythologique ou de rêverie chimérique, ainsi il n'y eut jamais, dans l'enseignement des Livres saints, de courant matérialiste, ou de courant négateur des sanctions ultra-terrestres. Peu à peu le problème de ces sanctions définitives se précisa devant la réflexion et la révélation, sort des justes et sort des méchants, jusqu'aux sublimes explications des deutcrocanoniques, prélude de l'Évangile.

Quant aux influences étrangères, tout compté, il semble assuré qu'elles n'ont pas du tout pénétré dans la Bible. Elles ont séduit parfois telle ou telle portion du peuple juif; par exemple, quelques pharisiens et les kabbalistes ont pris à l'Egypte la métempsycose, aux Chaldéens l'astrologie, aux Perses le panthéisme émanatiste et les superstitions de la démonologie; mais ce sont erreurs condamnées ou ignorées par la Bible. Tout au plus, les liagiographes ont pu prendre occasion quelquefois des faussetés païennes pour pro-

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clamer plus explicitement la vérité, comme Daniel à la cour de Darius affirme l'inégalité éternelle contre l'éternité unique mazdéenne.

6° La théologie juive extra-canonique du n^ siècle avant Jésus-Christ jusqu'à la fm du /«■" de noire ère.— Pour plus de brièveté nous suivrons un ordre systématique. Les apocrypiies juifs distinguent équivalcmment pour les mécliants après leur mort la peine du dam et la peine du sens, comme les deutérocanoniques, et ils décrivent ces deux peines. Voir Démon, t. IV, col. 328-330.

1. Le nom des damnés est eftacé du livre de vie. Hénoch, cviii, 3; Jubilés, xxxvi,10. Pour eux, plus de vie heureuse, Hén., xcix, 1 ; plus de paix, Ilén., v, 4; XII, 5 sq., etc.; pas de souvenir au jour de miséricorde pour les justes, Ps. de Salomon, m, 11; xiv, 9; mais la perdition, aucoXeia, l's. de Salomon, xv, 9, 10, etc.; //en., V, 5; X, 12; xii, 6; Testament des douze patriarches, Lévi, 18; Juda, 25; la mort éternelle et sans fm, Ilén., xcix, 11; cviii, 3; Philon, De posteritale Cctini, 39, t. i, p. 233; De prsem. et pœn., 70, t. n, p. 419. Pour les damnés, il vaudrait mieux n'être jamais nés. Ilén., xxxviii, 2; Secrets d' Hénoch, XLI, 2. Cf. Apocalypse de Baïuch, xxx, 5; xxxvi, 11.

2. Les cliâtiments positifs de l'enfer sont terribles. Il y en a pour l'âme, honte, terreur, crainte, désespoir, Ps. de Sal., ii, 31 ; Jub., xxxvi, 10; Apoc. de Paruch, 37; Philon, />p/cTm.e/po?n., 69-71, t. Il, p.419;Quod detcr. poliori insid., 140, t. i, p. 218. Les damnés verront la félicité des justes, Hén., cviii, 15, pour leur plus grand désespoir; ou bien, au contraire, ils disparaîtront de la vue des bons, Hén., xlviii, 9; Liv, 1; Lx, 18; lxii, 12; lxxvii, 3, etc.; esséniens d'après Josèphe, De bello judairo, IT, vin, 11.

Mais les théologiens juifs se complaisent surtout dans la description des sui)pliccs corijorels de l'enfer; ils y déploient leur imagination. Hén., lui, 3 sq. ; lvi, 1 sq., ctc.;IVMach., ix, 9;xii, 12; xiii,14; Testament, Aser, VI, 5. En particulier, ils mettent en enfer le froid et la soif. Secrets d' Hénoch, x, 2; cf. Josùp\\e,Dc bell. jud., If, VIII, 11 (croyance des esséniens); mais surtout le feu, Hén., x, 6; xviii, 11-10; xxi, 1-0; liv, 1, 6; xcviii, 3; c, 9; cm, 8, etc.; Secrets d' Hénoch, x, 42; Lxiii ; 4 ; IV Mach., ix, 9 ; x, 10, 15 ; xii, 12 ; IV Hsd., vi. 1-14; VII, 36, 38; et les ténèlircs, Hén., xlvi, 6; lxiii, 6; cm, 8; cviii, 14; Jubilés, vu, 29; Ps. de Salomon, XIV, 9; XV, 10; Secrets d' Hénoch, x, 2. R. II. Charles, lac. cit., col. 1302, trouve dans Hénoch, xci-civ, un enfer purement spirituel, à cause des i esprits jetés dans la fournaise de feu. »

3. Ces supplices sont proportionnés aux pécliés et même appliqués spécialement aux divers membres, instruments du mal : feu, langue, yeux, etc., soufre, bitume, suspension, etc. Voir surtout l'Apocalypse d'Élie, Steindorff, Die Apokuli/pse des Elias, dans7"e.r/c und Untersuchungen, Leipzig. 1899. t. xvii, fasc. 3, p. 30. Voir t. I, col. 1491; Revue bénédictine, 1908, p. 149-160.

4. La durée de l'enfer, c'est l'éternité. Jubilés, xxxvi, 10; Ps. de Salomon, ii, 31, 34; m, 11 sq. ; xv, 12 sq. ; IV Mac, ix,9; xif, 12; XIII, 15; Hén., xxii, 11 ; xxvii, 2; LUI, 2, etc.; Secrets d' Hénoch, x, 6. (;f. IV Esd., VM, 42-45, 105; Philon, De chcrnbim,!; De exec.r., 6; Josèphe, toc. cit.; Tcstam., Zabulon, 10; Aser, 7.

5. Qui sont les damnés? Des anges déclins et tous les mécliants, spécialement les Juifs apostats. Hén., x, 13-14; xxvii, 1; liv, 6; xc. 21-20; Assomption de Moise, X, 10; IV ICsd., vu, 35; Tcstam., Siméon, 6; Zabulon, 9. Les démons torturent les liommes. Hén., lui, 3, 5; i.vi, 1-4; Secrets d' Hénoch, x, 3; Testam., P.uben, IV, 6.

6. Moment de l'entrée en enfer. D'après Josèphe, De bello judaico, II, viii, 11, les esséniens croyaient

cette entrée réalisée de suite après la mort et c'était aussi l'opinion générale chez les hellénistes. Le judaïsme palestinien, au contraire, distinguait presque unanimement une sanction provisoire et une sanction définitive après la sentence du dernier jugement. //én.,x, 4-6, 12; xviii, 1-6, 12-10; XXI, 1-7; xxii, 1-9, 11-13; IV Esd., VII, 75-101; Juôj/és, xxiii, 31; Apoc. de Baruch, 37.

7. Le lieu de l'enfer, c'est l'Hadès, Ps. de Salomon, IV, 9; XV, 10; Secrets d' Hénoch, xl, 12; xlii, 1 sq., ou le se'ôi, //é'i., lxiii, 10; xcix, 11; cm, 7, etc. ;Jubilés, VII, 29; xxii, 22. Il se trouve sous terre, Secrets d' Hénoch. xxxi, 4; Jubilés, vu, 29; Oral. Manasse, m, 17; à l'occident, dans les cavités d'une haute montagne, Hén., xxii; dans un désert immense où il n'y a pas de terre, Hén., cviii, 3; au troisième ciel au nord, en face du paradis, Secrets d'IIénoch, X, 1; cf. IV Esd., VII, 36; Testam., Lévi, 3. Le Géhinnom est l'enfer même ou la porte de l'Abîme, du gouffre, la gueule de l'enfer, Hén., xxvii, 1, 3; liv, 1 sq. ; Lvi, 8; xc, 26; IV Esd., vu, 30, 38, 84; Apoc. de Baruch, xliv, 15 ; Talmud de 13abylone, Erubin, fol. 19, 1 : i< là entre deux palmiers, où l'on voit s'élever de la fumée. » Cf. Targum de Jonathan, Gen., m, 24; Hénoch, xxvi, 1 ; IV Esd., ii, 29.

Dans l'enfer enfin il y a des régions séparées, promptuaria animarum, IV Esd., iv, 41; ordinairement au nombre de deux pour la séparation des bons et desméchants, cf. Luc, xvi,23; au nombredequatre, Hén., xxvii, 2; lvi; 4 : deux pour les justes et deux pour les pécheurs dont une temporaire avant le jugement, l'autre définitive, l'abîme de feu éternel après le jugement. Voir les textes cités au sujet de la durée de l'enfer.

8. Pour les rapports des damnés avec Dieu, tous ces livres en indiquent (juelques traits. Le IV« livre d'Esdras, iii-xiv, contient e.i particulier une des spéculations les plus élevées de la théologie juive, surtout vii-ix, sur la nature, les causes, les raisons de la damnation. Il est vrai que cet écrit a dû être remanié par une main clirétienne.

9. Bien qu'on l'ait contesté, les Juifs hellénistes sont restés fidèles à la pensée juive sur la doctrine des l'enfer. Le livre de la Sagesse et les textes de Josèphe, De bello jud. ,11. viiulUH; Ant. jud., X\'lll,i, 3; de Philon, indiqués plus haut, de IV Macli., le prouvent. Cf. Oracles sijbillins, fragm. m, 43, 49.

Une exploration détaillée dans le maquis touffu du Talmud serait peu utile : c'est un mélange d'opinions d'écoles difficile à démêler. Au sujet de l'enfer, il y a dc-ci, de-là. comme des poussées vers des idées conditionalistes; mais celles-ci ne sont pas absolues; ainsi l'école de Hillel croyait à un enfer de douze mois pour les païens: mais pour les minim (chrétiens), les épicuriens, etc., l'enfer était éternel. Cf. Salmond, art. Ilrll, dans Dictionary of thc Bible, t. ii, p. 316; H. Travers Herford, Christianily in Talmud and Midrash, p. 118. 125, 187, 191. 226. En enfer, il y aurait, d'après le Zohar. du feu et de la glace; ce feu a été créé le second jour; ailleurs, il est une des sept choses créées avant le monde. On a jirétendu, d'après Josèphe, que les ])liarisi<'ns admettaient la métemjisycose dès le teni|)s de Notre Seigneur; la kabbale fut panthéiste; les .Juifs actuels, mfMne ortliodoxes, sont généralement universalistes. Cf. art. Jndaisni, dans 1 lie calholic Encyclopedia, 1910, t. vm, p. 402.

R. 11. Charles, art. E.?fftfi<oio(;i/,(lîins EnciicUipwdia biblira de Clieync, t. ii. col. ].'t5.")-i:t71 ; ]■'.. StapJcr, l.cs idées reliflieiiscs m l'nle.ilinc A l'époque de .It'siis-C.lirisl, 2' édit ., l'aris, 1878, l>. 1 11-1 !!•; L. .M/.brrgrr, /;(> rhri.illirlic EsclwMiiqic in den .Sladien ihrer OHcnhiintiui un .Mien imd Nrtirn Testamrnlr, l'rihourR-en-Hrisgau, IH'.MI, p. l.'SG-lâfi; .1. Touzard, dans la Hetnie biblique, 1898, p. 227-241 ; P. Volz, JUdischt

ENFER DANS L'ECRITURE SAINTE

Eschatologie von Danici 6is AAifia, Tubingue, 1903, p. 270- 292;J.-B. Frey, I.a //i^oiogi'c ;»!uc(lit!i.), Rome, 1910, l'eschatologie définitive, l, iv. Cf. W. Bousset, Die Religion des Jiidenlluinis im neiileslamenilichen Zeitalter, Berlin, 1903; Tixeront, Jlisloire des dogmes, Paris, 190G, t. i, p. 31-4G, 49-52. Voir t. i, col. 1480-1491. F. Martin, Le livre d'IIénoch, Paris, 190G, p. x.\xiv-xxxvii; E. ïisserant, Ascension d'Isaie, Paris, 1909, p. 30-31; J. Viteau, Les Psaumes de Salomon, Paris, 1911, 'p. 56-63.

II. Dans LE Nouveau Testament. — Saint Jean- Baptiste, pour pousser à la pénitence, avait déjà précité la colère future et le feu où sera précipité l'arbre infructueux, et la fournaise inextinguible qui consumera la paille rejetée par le vanneur; or, celui-ci va venir nettoyer parfaitement son aire. Luc, m, 7, 9, 17; cf. Matth., m, 10, 12; Joa., m, 36.

1° Jésus-Christ. ■ — En effet, Jésus-Christ vient enfin et c'est le grand révélateur de l'au-delà. Sur son existence, sur sa nature et sur ses relations avec le Dieu vivant et personnel qui est notre Père, c'est lui qui a apporté aux hommes la certitude et la clarté définitives.

1. Exhortations. — Jésus commence par prêcher la bonne nouvelle du royaume qui approche, qui se réalise enfin dans l'humanité; il y ])répare les âmes; il en promulgue la loi et il exhorte sans cesse à la pratique de cette loi. Il propose pour cela à ses auditeurs des motifs divers; l'un des plus souvent invoques est tiré du salut éternel qui est en jeu. Il y a, en effet, un état de péché qui pour l'éternité, n'aura pas de rémission, mais rendra coupable d'un crime éternel. Marc, III, 29. Cf. Matth., xii, 32; Joa., viii, 20-24, 35. Et le crime irrémissible aura son châtiment éternel, la géhenne de feu. Dans le sermon sur la montagne, en effet, le Maître recommande, sous peine de ce supplice terrible, la charité fraternelle. Mat tli.,v, 22. 11 ordonne de même la chasteté à tout prix, fallût-il sacrifier son œil droit et sa main, objets de scandale, pour que le corps ne soit pas jeté dans la géhenne. Matth., v, 29, 30. Avant de conclure cette promulgation de la loi nouvelle, Notre-Seigneur ouvre enfin la perspective de deux avenirs différents: aux uns, le royaume des cieux, aux autres, l'éloignement de Jésus qui ne les connaît pas. Matth., vu, 21-23.

A Capharnaiim où la foi du centurion excite son admiration, il prophétise la vocation des gentils à la béatitude céleste et la destinée de certains juifs aux ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents, Matth., viii, 11, 12, ;/)/ erit flelus rt slridor dentium. Voir Dam, t. iv, col. 22, pour l'explication des ténèbres extérieures; les pleurs expriment la douleur; le grincement des dents, le désespoir et la rage.

Aux Douze qu'il envoie prêcher, il enseigne à craindre celui qui peut tuer l'âme et le corps pour la géhenne. Matth., X, 28.

Mais le résume le plus vigoureux de ces exhortations morales se trouve dans Marc, ix, 42-48. Cf. Matth.,' xviii, 8-9. Le Maître veut prémunir de nouveau ses disciples contre le scandale, cette grande cause de la perte des âmes : « Si ta main te scandalise, dit-il, coupe-la; il vaut mieux entrer manchot dans la vie (éternplle) que d'aller avec ses deux mains dans la géhenne, dans le feu inextinguible, où leur ver ne meurt pas et leur feu ne s'éteint pas. » Le même refrain est répété après deux couplets que le p arallélisme rend de plus en plus poignants : « Et si ton pied te scandalise, coupe-le; il vaut mieux entrer estropié dans la vie (éternelle) que d'être jeté avec deux pieds dans la géhenne du feu inextinguible (Vulg.), dans la géhenne, dans le feu inextinguible (texte grec), où leur ver ne meurt pas et leur feu ne s'éteint pas. Et si ton œil te scandalise, arrache-le;

il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté dans la géhenne (du feu), où leur ver ne meurt pas et leur feu ne s'éteint pas. Oui, tous seront salés par le feu comme on sale des victimes avec du sel. » En face du royaume de Dieu, où est la vie, il y aura éternellement un enfer de feu inextinguible, et de ver rongeur indestructible, supplice éternel des damnés. La formule : ubi vermis eorum non moritur et ignis non cxtinguitur, est une citation littérale d'Isaïe, lxvi, 24. Cf. Eccli., vu, 19; Judith, 20, 21.

2. Paraboles. — La seconde forme d'enseignement du Sauveur fut la parabole. Or, fréquemment sous ce voile symbolique, les perspectives éternelles se cachent de façon à se révéler à qui a les yeux pour voir. Plusieurs ont trait à l'enfer. Cf. Fillion, Commentaire sur S. Matthieu, Paris, 1878, p. 257 sq. Dans une première série qui a pour objet le royaume de Dieu, Matth., xiii; Alarc, iv; Luc, viii, deux nous renseignent sur la destinée des méchants rejetés du royaume : celle de l'ivraie et celle du filet rempli de poissons bons et mauvais.

Parabole de l'ivraie. Matth., xiii, 24-30. L'n homme n'avait semé que du bon grain dans son champ; son ennemi y sème de l'ivraie pendant la nuit. Les épis formés, l'ivraie apparaît et les serviteurs veulent aller l'arraclier aussitôt; mais le propriétaire du champ préfère attendre la moisson, .\lors il dira aux moissonneurs d'arracher d'abord l'ivraie et de la lier en gerbes pour la livrer au feu. I^e Sauveur a expliqué luimême à ses apôtres cette parabole. Matth., xiii, 37-43. L'homme qui n'a semé que du bon grain, c'est le Fils de l'homme (lui, .Jésus); le champ, c'est le monde; le bon grain, ce sont les fils du royaume;rivraie, ce sont les fils du mauvais, ylol toO TTovopoCi. Le mauvais, l'ennemi qui a semé l'ivraie, c'est le diable. La moisson, c'est la consommation du siècle et les moissonneurs seront les anges. Voici maintenant le sort des méchants : « De même qu'on rassemble l'ivraie et qu'on la brûle au feu, ainsi ferat-on à la consommation du siècle; le Fils de l'homme enverra ses anges; ils ramasseront de son royaume tous les scandales et tous les ouvriers d'iniquité et ils les précipiteront dans la fournaise de feu; là il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Cf. S. Thomas, In Matth., Opéra, Paris, 1876, t. xix, p. 433 sq.

Parabole du filet. Matth., xiii, 47-50. Le filet retiré plein de poissons, le pêcheur trie les bons poissons qu'il recueille et les mauvais qu'il jette dehors. « Ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Les anges viendront et feront la séparation des justes et des impies et ils jetteront ceux-ci in caminum ignis. Ibi erit flelus et slridor dentium. »

Dans une autre série de paraboles, voici celle «lu grand festin, Luc, xiv, 16-24, dans laquelle le Maître déclare qu'aucun des invités rebelles ne goûtera à son repas, symbole de la béatitude céleste; et puis celle de Lazare, le pauvre mendiant et du mauvais riche. Luc, xvi, 19-31. Le pauvre, qui avait souffert avec patience, étant mort, fut porté par les anges dans le sein d'Abraham; le riche sans cœur mourut, lui aussi, et fut enseveli (selon la ponctuation du texte grec). Dans l'Hadès, comme il était dans les tourments, il leva les yeux et vit de loin Abraham et avec lui Lazare. « Père Abraham, cria-t-il, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper l'extrémité de son doigt dans l'eau pour m'en rafraîchir la langue, quia crueior in hac flamma. » Abraham répond : « Mon fils, rappelle-toi que tu as eu du bonheur pendant ta vie et que Lazare n'avait alors que des maux; maintenant il goûte ici la consolation, et toi tu es dans les tourments. De plus, entre nous et

ENFER DANS L'ECRITURE SAINTE

vous, a été creusé un abîme immense et personne ne peut plus aller d'ici là-bas, ni de chez vous vers nous. » Ce lieu de tourments, où le feu torture le mauvais riche et qui est séparé du sein d'Abraham par un abîme infranchissable, c'est la partie du Se'ôl réservée aux méchants, l'enfer éternel, vu et manifesté par le Verbe incarné.

Parabole des noces royales. Matth., xxii, 1-14. Un convive est entré sans la robe nuptiale. Le roi le condamne à être jeté, pieds et mains liés, dans les ténèbres extérieures, où seront les pleurs et les grincements de dents.

Parabole des vierges sages et des vierges folles. Matth., XXV, 1-13. Quand les vierges folles reviennent avec leurs lampes garnies d'huile, la porte du royaume éternel est fermée. Elles frappent en vain; l'époux leur répond qu'il ne les connaît pas. Elles sont donc exclues du royaume céleste.

Parabole des talents. Matth., xxv, 14, 30; cf. Luc, XIX, 1-28. Aux bons serviteurs, qui ont fait valoir leurs talents, la joie du Seigneur; aux serviteurs négligents et inutiles, les ténèbres extérieures avec les pleurs et les grincements de dents.

Il y aura donc des réprouvés. Du nombre seront les pharisiens hypocrites qui font des païens convertis des fils de la géhenne. Matth., xxiii, 15. Serpents, race de vipère, le Christ, ému de la perte des âmes, les anathématise, ils n'échapperont pas h la sentence de la géhenne (condamnation à l'enfer).

Dans le grand discours eschatologique enfin, Matth., xxiv-xxv, en parlant de la fin du monde, Jésus déclare que le maître séparera le mauvais serviteur des autres serviteurs qu'il maltraitait et lui donnera sa part avec les hypocrites, au lieu où seront les pleurs et les grincements de dents, xxiv, 51. Puis, solennellement et sans voiles il décrit le dernier jugement et la séparation définitive des bons et des méchants. Ceux-ci seront placés à gauche comme des boucs, xxv, 33, et ils entendront leur sentence : » Retirezvous de moi, maudits, au feu éternel préparé pour le diable et ses anges, »41. Sentence sans appel, sans sursis, sans fin; car aussitôt ils iront au supplice éternel, 46.

Dans l'Évangile de saint Jean, les destinées de l'homme sont présentées sous l'idée générale de vie éternelle ou de perte éternelle, m, 3, 15, 16, 18, 36; VI, 40, 52, 55, 59; x, 28; xii, 25, 26, 48, 50; xvii, 2, 12; XVIII, 9; xx, 31. Cette perdition est la peine du dam, plus terrible que celle du feu. Voici encore des traces certaines de la pensée de l'enfer éternel dans le quatrième Évangile. Celui qui ne croit pas au l'ils, n'aura pas la vie éternelle, mais la colère de Dieu demeurera sur lui, m, 36. Les Juifs qui mourront dans leurs péchés, ne pourront venir où il va, viii, 21-21. Le péché rend esclave et l'esclave ne demeure pas toujours comme les fils dans la maison, vni, 34, 35. I.cs disciples, qui ne demeureront pas attachés au Maître comme des branches au cep, seront jetés dehors comme des branches stériles; ils dessécheront, on les recueillera jjour les jeter au feu où ils brûleront, XV, 2, 6; cf. m, 18; v, 22-25, 29; ix, 39; xii,31,46, 48, etc. On voit par là ce que vaut le jugement de 15. II. Charles, lac. cit., col. 1318, qui a prétendu que l'auteur du quatrième Évangile était en contradiction avec les Synoptiques au point de vue de l'eschatologie. Les Synoptiques auraient gardé la vieille eschatologie judaïque dont le quatrième Évangile ne parleral^aspourne rappeler que l'amour divin universel.

2" lùiseigncmcnl des apôtres. — Les apôtres continuent à enseigner implicitement ou même souvent très explicitement la perdition éternelle des méchants. Voir Jugement, Réprobation, pour les affirmations implicites.

1. Saint Pierre. — Les faux prophètes et les maîtres du mensonge seront punis et vont à leur perte, dit saint Pierre. II Pet, ii, 1,3, 12, 14; m, 7, 16. De même que Dieu a puni les anges rebelles et leur a réservé, après le jugement, les supplices de l'enfer, II, '[, ainsi il réserve les méchants pour les tourment2r au jour du jugement, 9. Le participe y.o) a- Ç(3|X£vou; est au présent et signifie que, torturés dès maintenant, les pécheurs sont réservés à la fin du monde pour un jugement qui ne terminera pas leurs supplices, mais les consacrera au contraire et les rendra comme plus définitivement fixés. Voir t. iv, col. 336. Aux faux prophètes, nuages poussés par la tempête, d'épaisses ténèbres sont réservées, ii, 7, et quelques manuscrits ajoutent : in selernum.

2. Saint Jade. — Sa courte épître, qui est en étroite relation avec la seconde lettre de Pierre, est dirigée tout entière contre les impies qui nient Notre-Seigneur Jésus-Christ. A eux, la perdition éternelle, celle d<~s anges déchus, réservés aux ténèbres éternelles, 6, celle de Sodome et de Gomorrhe, villes condamnées au feu éternel. Ce sont des astres errants, à qui est réservée pour l'éternité la nuée ténébreuse, 13. Voir t. IV, col. 336.

3. Saint Jacques. — Il menace d'un jugement sans miséricorde celui qui n'a pas fait miséricorde, ii, 13. Parce que l'apôtre ajoute que la miséricorde l'emporte sur le jugement, il y eut autrefois une curieuse controverse sur ce texte; les uns affirmaient qu'en enfer Dieu exerce une justice rigoureuse à cause de la première partie du verset (Sylvius, Estius). D'autres, à cause de la deuxième partie du verset, admettaient avec saint Thomas que Dieu punit en enfer c(7ra condignum. Le vrai sens est celui-ci : Il n'y a pas éternellement de pardon pour les pécheurs sans cœur pour leurs frères : quant aux hommes charitables iî leurs semblables, ils ne craindront pas le jugement. C'est au feu de la géhenne que la mauvaise langue prend ce feu qui enflamme tout le cours de notre vie, ni, C. Enfin les mauvais riclies s'amassent des trésors de colère pour les derniers jours. v,3; cf. i, 15; ii, 19; IV, 4-8,12.

A. Saint Paul. — Il n'a pas varié dans son enseignement sur l'enfer au cours de sa carrière apostolique et il a toujours afTirmé cet enfer éternel. Une réfutation détaillée des théories rationalistes nous entraînerait ici trop loin. R. H. Charles, loc. cit., col. 1382-1386, par exemple, distingue quatre stades dans la pensée eschatologique de Paul, pour aboutir à une doctrine de restauration universelle, ou du moins à la négation de l'enfer éternel. Voir une réfutation générale à Pin';DESTiNATiON et Réprobation. Les textes positifs que nous donnerons ici suffiront à notre point de vue.

Pour consoler les chrétiens de Thessalonique persécutés, Paul leur annonce les futures justices: à eux la joie, à leurs persécuteurs l'enfer éternel, i, 5-9. Aux Galates, l'apôtre afiirme énergiqucment que ceux qui font les œuvres de la chair n'atteindront ])as le royaume de Dieu, v, 19-21. Même affirmation dans la P" lettre aux Corinthiens, vi, 9, 10. Avant de recevoir l'eucharistie, les chrétiens doivent se juger euxmêmes afin de ne pas être condamnés avec ce monde, XI, 32. Il y en a qui périssent, II Cor., ii, 15, 16; iv, 3; XIII, 5; et il y a deux cités irréconciliables, vi, 14- 18. Il y a deux alternatives éternelles. Hom.. ii, 2 12. Les œuvres de la chair de nouveau sont exclues de l'héritage céleste. Eph., v, 5. 11 y a des réprouvés à jamais. I Tim., v, 6, 11-15; II Tim., ii, 12-20. Il y a un jugement et une réprobation éternels. Hcb.,vi, 2, 7 9; IX, 27; x, 26-31.

5. Saint Jean. — Au voyant d" Palmos, Dieu a fait voir aussi les deux cités de l'au-delà, la Jérusalem ce-

ENFER D'APRÈS LES PÈRES

Jesle et l'étang ardent des tourments éternels, xiv, 19:

XX, 1 5 ; XXI, 8. A tous ceux dont les noms ne seront pas écrits sur le livre de la vicia dainnation. in.5 ; xx, 12- 15 ; XXI, 27. Cette damnât ion qui est l'exclusion du livre de vie, est appelée la seconde mort, ii, 11: xx. 0, 11:

XXI, 8; l'extermination, xi, 18. Cette mort n'est pas l'anéantissement, mais iincpri\ation de la vie divine, XXI. 8, 27; XXII, 15, en un lieu de supplices éternels et liorrilîles, dont le plus sensilile est le feu. Ce li(Hi est le puits de l'abîme, ix, 2. 11 est préparé pour quiconcpie portera le caractère de la bête, xiv. 10. 11. Dieu irrité contre les coupables les tourmentera dans le feu et le soufre en présence des saints auges, et la fumée de leurs tourments montera pendant tous les siècles et les damnés n'auront de repos ni jour ni nuit. A la fin des temps, le diable sera jeté dans le goufre de feu et de soufre avec la bête et le faux propliète, où ils y seront tourmentés jour et nuit jiendant tous les siècles. XX, 0, 10. Après le jugement, l'enfer et la mort seront jetés dans l'étang de feu ainsi que tous ceux dont les noms ne sont pas inscrits au livre de vie, 14, I.t; cf., xni, 8, 27; xxii, l.'j.

Pour résumer en quelques mots le développement de la doctrine de l'enfer clans l'Écriture sainte, nous pouvons distinguer trois phases dans r.Vncien Testament et trois dans le Nouveau. — 1» Pour l'Ancien Testament. — 1. Des orir/ines aux prophètes, ce sont concepts rationnels vagues sur les sanctions ultraterrestres, préservés de toute erreur par l'Esprit divin qui inspire de plus aux auteurs sacrés un vif sentiment des jugements inéluctables de Dieu. — 2. Les prophètes ont la vision nette des sanctions ellesmêmes avec leur durée éternelle : existence d'un enfer de damnation et de supplices positifs sans fin. • — 3. Les dcutérocanonitjues. avec un exposé plus étendu <de ces supplices et de leurs rapports avec les péchés qui les méritent, commencent à étudier l'importance vitale universelle de cette doctrine de l'au-delà et à s'élever ainsi de plus en plus au-dessus de ce monde qui passe. — 2° Pour le Nouveau Testament. — l.Dans l' Évangile. Jésus-Christ révèle complètement la substance de la théologie de l'enfer : dam, feu, inégalité, éternité, châtiment de tout péché mortel après la mort. — 2. Saint Paul développe synthétiquement l'eschatologie infernale, dans le cadre général de sa théologie. — 3. Saint Jecm retrace la réalité très complète, partiellement très matérielle, du lieu et des supplices de cet abîme de feu où seront dans les siècles des siècles tous les sectateurs de la cité du mal.

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