‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 9 sur 148 · II. ENFER D'APRÈS LES PÈRES. — Pour l'enfer, la · texte numérisé non relu

II. ENFER D'APRÈS LES PÈRES. — Pour l'enfer, la

tradition ne constitue pas de source spéciale de révélation : il n'y a pas de tradition purementorale. Elle ne fait, ordinairement, que répéter ce qui était déjà clairement et exi)licitemcnt dans la sainte Ecriture. Cependant, elle fait davantage sur quelques points; elle certifie ou même détermine le sens un peu obscur ou douteux de la révélation écrite, par exemple, pour la localisation de l'enfer, la damnation des enfants, le feu, le moment où l'enfer commence pour les damnés, la miligation, etc.

Le magistère chrétien a surtout rempli le rôle, au point de vue spéculatif, de développer la foi à l'enfer en dogme précis, puis en tliéologie savante.

La foi à l'enfer et à l'enfer éternel ayant été dès l'origine un de ces articles fondamentaux, enseignés par Jésus-Christ et ses apôtres à l'Église, non pas implicitement, mais très explicitement, le développement de la connaissance de l'enfer n'a pas passé par les trois époques ordinaires : stade implicite, discussions, foi explicite. Cependant, l'histoire de la doctrine de l'enfer chez les Pères peut se diviser

ainsi : I. Pacifique possession de hi foi. II. Lutte contre l'hérésie. III. Dogme défini.

I. Pacifique possession de la. roi. — 1° Pères apostoliques. — On ne trouve dans leurs courts écrits que très peu de passages explicites sur la sanction infernale. Celle-ci est évidemment implicite dans k^ doctrines répétées de la vie et de la mort éternelle. Cf. Didaché, i, 1, les deux voies, celle de la vie et celle de la mort, Funk, Patres aposlolici, 2« édit., Tubingue, 1901. t. i.p. 2; Epist. Barnabœ, i, 18, iv, 13; XX, 1, est enim via mortis wlernœ cum supplicie, in qua sunt quœ perdant animam hominum, Funk, p. 48, 91. et l'auteur énumère ceux qui seront ainsi damnés: tous les pécheurs. Saint Clément parle des maudits de Dieu et il les oiJjiose aux bénis de Dieu. /" Cor., xxx. 8, p. 138. Selon la //» ad Cor., qui est un vrai sermon sur le salut éternel, si nous ne faisons pas la volonté du Christ et si nous méprisons ses commandements, rien ne nous arracliera à l'éternel supplice, vi, 1. p. 190; pour ceux qui n'auront pas gardé le sceau du baptême, vermis eorum non morietur et if/nis corum non exlinquctur et erunt in visionem omni carni, VII. 6. p. 192. Cf. Is., Lxvi. 24. Voir aussi, xvii, 5, p. 206, postquum e nuindo exivimus non amplius possumus ibi confilcri (j£otio).oYr,ija(j6a'.) aut pœnitentiam agere, viii, 3, p. 192, 193.

Saint Ignace d'Antioche, Arf Magn., v, 1, p. 234, dit que deux choses sont proposées en même temps : la vie et la mort et que chacun ira en son propre lieu. Le châtiment futur, c'est l'exclusion du royaume de Dieu et le feu inextinguible. Ad Eph., xvi, 1, 2, Funk, p. 226. Enfin, Ad Smyrn., ii, p. 276, saint Ignace dit des hérétiques qui prétendent que Jésus a souffert en apparence seulement, qu'après la mort ils seront sans corps et pareils aux démons, àato- |j.àTot; y.oc't SaiiJ.ovtv.oï;.

Saint Polycarpe. Ad Phil.,\, 3, p. 302, recommande la pratique de la chasteté, parce que les impudiques seront exclus du royaume de Dieu, v, 3 (citation de I Cor., VI. 9, 10). Dans le Marlyrium S. Polijcarpi (155), l'Église de Smyrne parle de ses martyrs qui méprisaient les tourments de ce monde, se rachetant du supplice éternel en l'espace d'une heure; le feu de leurs cruels bourreaux leur paraissait froid, parce qu'ils avaient devant les yeux le feu éternel et inextinguible qu'ils fuyaient, ii, 3, p. 316. A son tour, Polycarpe répond au proconsul, qui le menace de le jeter dans un brasier : «Tu me menaces d'un feu qui ne brûle qu'une heure et qui s'éteint peu après; tu ignores, en effet, que le feu du jugement futur et de la peine éternelle est réservé aux impies, » xi, 2, p. 320.

Des cinq visions d'Hermas, la troisième, la plus importante, représente l'Église sous la forme d'une tour que les anges construisent avec des pierres taillées : les pécheurs, qui veulent faire pénitence ne sont pas loin de la tour; s'ils font vraiment pénitence, ils seront utilisés pour la construction, tant que celle-ci durera; mais quand la bâtisse sera terminée, il n'y aura plus de place pour eux, et ils seront réprouvés, 'é-/.^oXoi,yis., III, v. 5; d'autres pierres sont rejetées bien loin, ce sont les flls d'iniquité, dont la foi n'était pas sincère, n'ayant pas rejeté toute corruption; ceux-là ne seront pas sauvés. VI, 1. Funk, p. 442, 444. Hermas distingue ensuite trois catégories de pierres rejetées loin de la tour: il y a les croyants qui ont douté et ont pensé trouver une meilleure vie; ils errent et ils sont malheureux en marchant dans des lieux sans chemin ; il y a ceux {(ui tombent dans le feu et y brûlent : ce sont ceux qui à la fin se sont éloignés de Dieu et n'ont pas fait pénitence de leurs fautes: il y a enfin les catéchumènes que la chasteté de la vérité efi'raie et éloigne du baptême. VII, 1-3. p. 440.

ENFER D'APRÈS LES PÈRES

Ici-bas, pécheurs et justes se ressemblent comme les arbres en hiver; tous sont dépouilles et ne donnent pas signe certain de vie. Cf. Sim., lîl. p. 526. ÎNIais, dans l'autre vie, aura lieu la grande manifestation : les pécheurs, bois sec et mort, brûleront, parce qu'ils n'ont pas fait pénitence, et les païens, parce qu'ils n'ont pas connu leur créateur. Cf. Sim., IV, 4, p. 528. Dans la Sim., VI, ii, 2-4, p. 546, le troupeau de la volupté est composé de brebis corrompues, les unes jusqu'à la mort, c'est-à-dire séparées de Dieu pour toujours, les autres jusqu'à la perversion, mais qui feront pénitence. Même enseignement, plus général, dans la Sim., VIII : les rameaux qui. définitivement, après un délai de pénitence, sont restés secs, pourris, rongés, etc., sont morts pour Dieu à jamais, vi, 4, p. 568, mourront de mort, vu, 3, p. 570 ; ils ont perdu la vie, viir, 2, 3, 5 ; ix, 3, 4, p. 570, 572 ; ils se condamneront à la mort, xi, 3, p. 574 sq. De même encore, certaines pierres seront rejetées pour toujours de la construction de la tour. Sim., IX, xiv, 2. p. 604. Ceux qui n'ont pas connu Dieu et ont mal agi, sont jugés pour la mort; ceux qui ont connu Dieu et ont mal agi, bien qu'ils aient vu ses merveilles, seront punis doublement et mourront pour toujours. Sim., IX, xviiT, 2, p. 612. Il en sera ainsi pour les sept séries de pécheurs, c. xix-xxix, p. 612-626. Enfin, dans les derniers avis de l'ange d'Hermas. Sim., X, ii, 4, p. 636, ceux qui méprisent le Seigneur et n'observent pas ses commandements, se livrent eux-mêmes à la mort et le Seigneur donnera leurs âmes aux supplices.

L'auteur de VÉpîlrc à Diognèle, pour convertir son correspondant, invoque deux fois les supplices réservés aux pécheurs, la mort de ceux qui seront condamnés au feu éternel, qui tourmentera jusqu'à la fin ceux qui lui ont été livrés. Funk, p. 408-410. Quelques philosophes ont regardé comme Dieu le feu auquel ils iront, vin. 2. p. 404.

2° Les Pères upoUxjisles. — 1. Grecs. — a) Saint Justin. — a. Il atteste d'abord, clairement et explicitement, l'existence et l'éternité du feu de l'enfer pour les démons et pour tous les hommes i^ccheurs. Apol., I, 8, /'. G., t. VI, col. 337. Ils sont punis non pas pour mille ans, comme l'a dit Platon, mais d'une peine éternelle. Saint Justin insiste sur le caractère moralisateur de cette doctrine. 12, col. 341; il réitère l'affirmation du feu éternel, 17, 18, col. 353, 356, avec celte raison nouvelle (|uc tous les méchants retireraient du gain, s'il n'y avait pas d'imnujrlalilé; mais l'âme survit et il y a des supplices éternels, 21, col. 361. Ijifm, 28, col. 372, il dit de Satan : ei; tô TiCp 7r£(Af OriisirOai ;j.£Ti Tr,; aùroC irtpa- ■zii; -/.ixl xm'/ eTTOjJifvrov àvfJpo)i;a)v /.o"/.aT'jr|(jO]jivouc -bv aTtépavTov aîf.iva. De même, 52, col. 405. Ses afTirmations sont aussi claires dans VApol., ii. Les chrétiens sont persuadés que les méchants et les débauchés seront tourmentés dans le feu éternel, 1, col. 441, quoi qu'en pensent les pythagoriciens et les épicuriens, 2, 7, col. 444, 456. L'Écriture l'enseigne ainsi (pie l'expérience, puisque les chrétiens ont pouvoir sur les démons lorsqu'ils les menacent du feu éternel, 8, col. 457. Cf. encore /JiV//. ciim Tn;pl)one, 45. SI. 120. 131, 133, 140, 111, col. .572, 068. 753, 78i>, 784. 796, 797 : .seront damnés non seulement les infidèles, mais tous les pécheurs. La Colwrtatio ad Grœcos et le De monarchin du pseudo-.luslln aflirment aussi les supplices de l'enfer. Coh., 27, 28, 35 ; De mon., 3, 4, /'. G., t. VI, col. 292, 301, 317-319.

b. Quant aux doctrines personnelles de saint .Justin, il a soutenu d'abord certainement tpie l'enfer serait retardé jusqu'au jugement dernier; pour les démons, Apol., II, 28, col. 372, à cause du genre humain; cf. Apol., 1, 8, col. 457; pour les damnés, Dial. cum

Trijph., 5, 80, 105, col. 488, 665, 721. En attendant le jugement dernier, les âmes des méchants et des impies sont dans un lieu mauvais, où elles sont punies, tant que Dieu le voudra, 5, col. 488. D'ailleurs, dès après la mort, les pécheurs sont punis. Apol., i. 12, 20;Co/ior/. of/Gr.TCos,.35, col.341. 357. 304. C'est le premier témoignage de la dilatio inferni, qui aura une grande diffusion, surtout dans l'Église latine, jusqu'au vi'' siècle. Quelques-uns ont pensé que les mots de ce texte : quamdiii cas (animas) esse et piiniti Deiis voliierit. exprimaient une idée conditionaliste et restreignaient la durée de l'enfer à la libre volonté de Dieu. Tout au moins, telle aurait été l'opinion du vieillard, avec qui saint Justin avait conversé. Cf. H. Martin, La vie futaie, p. 592. Mais cette interprétation ne s'impose pas, et, d'après le contexte, le quamdia signifie uniquement que, l'immortalité étant admise, ce serait un gain ])our les âmes des méchants de périr; aussi ne meurent-elles pas et sont-elles punies, tant qu'elles existent, c'est-à-dire toujours, leur existence étant d'ailleurs un effet de la volonté de Dieu. C'est ainsi que l'a déjà entendu Mœhler, Patrolof/ie.t. i, ]). 264. Cf. Schwane, Histoire des dogmes, Paris, 1903, t. i. p. 430.

b) Tatien. — Ce disciple de .Justin, encore catholique, affirme exi)licitement les supplices éternels d'ailleurs diflérés pour les démons, jusqu'au jour du jugement. Orat. adv. Grivcos, 14, P. G., t. vi, col. 838. Il en sera de même pour les hommes, 15, col. 840.

f) Athénagorc. — Les chrétiens ne peuvent être les criminels qu'on dit, eux qui attendent le jugement sévère de Dieu et la damnation. Legatio pro cluistianis, 12. P. G., t. vi, col. 916. De même. 31, col. 964, ils n'imitent pas les païens qui seront i)unis par le supplice du feu. Dans le De resurrectione niortuorum. 18-24, P. G., t. vi, col. 1009 sq., le philoso|)hc athénien fait valoir, pour démontrer la résurrection, la nécessité d'une sanction après cette vie, et pour l'homme tout entier , âme et corps. Le pécheur, qui a été vicieux dans son corps, doit être puni dans son cor|)S et il serait inique et indigne du jugement de Dieu que le? âmes seules soient châtiées pour les péchés, commis sur terre.

d) Tliéophile d' Anlioclie, dans ses trois livres Ad Autoltjeum (169-182). i)arle, lui aussi, des sup])lices éternels, réservés aux incrédules, 1. I, 14, /'. G., t. vi, col. 1015. Les écrivains païens ont volé la doctrine des supplices futurs des imj)ies et des incrédules aux livres inspirés des chrétiens; elle a donc été ainsi promulguée à tous. Théophile en énumère une dizaine; et il confirme cette doctrine par de longues citations de la Sibylle et divers poètes grecs, 30 38. col. 1109 sq. Les chrétiens ont ajjpris que, pour éviter les sujjplices éternels, il fallait éviter tout péché, 31. col. 1108.

2. L(dins. — a) Minucius I^'élix. — Le |)aïen (/a;cilius connaît la foi chrétienne sur l'enfer, qui est la force des martyrs. Of/f/('(i;x, c.viii, /*./.., t. m, col. 269sq. Cf. c. XI, XII, col. 277 sq.

L'apologiste chrétien l'expose et la défend, c. xxxiv, XXXV, col. 303. Les méchants préféreraient e.iiingui pcnilas quam ad sapi)licia reparari. Ll linnen admonentur Iwmines doetissimornm libris et carminibus poetarum illias Ignei fluminis et de stggia palade sivpius ambientis ardoris i/u.T eraciatihus ivternis privparata... tradiderunt. Et ideo apud eos etiam i[>se re.r Jupiter per lorrentes ripas et atram voraginem jurât religiose. Destinatam enim sibi cum suis eultorihus pa'nnm prœsrius perlwrresrit. \ec lormentis aiit modus ullus aut terminus. Illie sapiens ignis membra iirit et reficit, carpit et nutrit. (domine les feux de la foudre et des volcans brûlent et ne sont pas consumés, ita pœnalc illud ineendium non damnis ardenlium i>asritur sed inexesa corporum laccrnlione nutritiir. lios autem merito

ENFER D'APRES LES PÈRES

torqiieri qui Deiim ncsciunl ni impios ul injuslos, nisi profanas ncnio dellbcrat. Miiuicius ne sait pas comment le feu éternel de l'enfer brûlera sans consumer. 11 semble dire que le supplice du feu sera différé pour les démons au moins, puisqu'il leur est destiné et qu'ils le prévoient; mais son texte exprime magnifiquement la foi à l'enfer de feu éternel.

b) Tertiillicn. — • Son eschatologie est dans la note la plus archaïque (ou traditionnelle) et la plus réaliste. Tixeront, op. cit., p. 350. On y trouve d'abord, avec toute la force d'expression du fougueux génie africain, la foi au feu éternel de l'enfer, feu très réel et très corporel, et aussi l'opinion d'une certaine dilalio des peines infernales jusqu'après le jugement, non seulement pour les démons, mais encore pour les damnés. Il esquisse le premier les sentiments et la douleur intime des damnés, et ses controverses avec Marcion lui font éclairer quelques rapports de l'enfer avec les attributs divins.

a. Enfer éternel et feu corporel. — Apologelicus (de 197), c. XLV, xlvii-xlix, P. L., t. i, col. 363, 581 sq., l'apologiste répète après tous ses devanciers la réponse radicale aux calomnies des païens : les chrétiens nejpeuvent être les affreux criminels que l'on dit, eux qui prévoient asternani pcenam..., magnitndinem cruciatus, non diuturni, verum sempiterni. Puis, il prend l'offensive. Ridemur Deum prwdicantes judicaturum,., et gehennam si comminemur quce est ignis arcani subterranea ad pœnam thésaurus; et pourtant les poètes et les philosophes païens admettent, eux aussi, des juges infernaux et le Pyriphlegethon, instruits d'ailleurs par nos Écritures. La métempsycose est absurde. On ne peut non plus pourtant admettre des séries sans fin de résurrections, pour de nouvelles vies terrestres et de nouvelles épreuves, car tout doit avoir un terme et être fixé enfin dans une éternité infinie, ad expungendum, quod in isto levo boni seu mali nteruil et exin dependcndum in immensam œternitatis perpetuilatem... profani et qui non intègre ad Deum in pœnam, œque jugis, ignis. Sur l'action de ce feu, Tertullien répète les remarques rudimentaires ùcVOclavius : il ne consume pas, mais il répare ce qu'il brûle, comme celui de la foudre ou des volcans, et les damnés ont ex ipsa natura ejus, divina scilicel, subministrationem incorruptibilitatis; longe alius est qui usui humano, alius qui judicio Dei apparet, sive de- cœlo fulmina slringcns, sire de terra per vertices montium eructans, non cnini absumii quod exurit, sed dum erogat réparai. Voir, en outre, de nombreuses déclarations, semées çà et là, presque en tous ses ouvrages : De lestimonio animœ, 4, col. 686 ; De pœnitentia, 9, 11, 12, P. L., t. I, col. 1354 sq. ; il faut penser aux supplices éternels, à la géhenne, au trésor du feu éternel pour s'encourager à subir les peines de l'exomologèse. De carne Chrisli, 14, t. ii, col. 823; Defuga in persecutione, 12; De resurrectione carnis, 35 : eum potius Umendum qui corpus et animam occidat in gehennam, Matth., x, 28 : occidere n'est pas anéantir, car la géhenne a un feu éternel, t. ii, col. 858 sq. ; Scorpiace, 9; De anima, 7, prouve la corporéité de l'âmepar la corporéitédu feu infernal, t. ii, col. 697, etc.

b. Dilution de l'enfer jusqu'après le jugement. — Tertullien l'enseigne et cherche à la prouver. De anima, 55-58, P. L., t. II, col. 795 : il y a un enfer général pour toutes les âmes, excepté pour les-martyrs; le démon n'a pas de plus grand souci que de nous empêcher d'y croire. D'ailleurs, et supplicia fam illic et refrigeria, comme le prouve le sort difterent de Lazare et du mauvais riche. Dans Y Apologeticum, c. xlviii, P. L., t. II, col. 591, Tertullien prouve ce délai par cette raison que l'âme sans le corps ne peut souffrir. Cf. c. xxiii, t. I, col. 471 sq.

c. Douleurs spéciales des damnés. — De spectaculis >

30, P. L.,t. I, col. 736 sq., décrit divers damnés et leurs péchés plutôt qu'il n'analyse leurs douleurs intimes. Les persécuteurs sœuioribus quam ipsi contra chrislianos sxuierunt flammis insutlantibus liquesccntcs; les sages coram discipulis suis una conflagrantibus erubescentes; les poèies ad inopinati Christi tribunal palpitantes; et le feu éternel toujours, pour le tragédien ])leurnicheur, pour le comédien dissolu, pour le cocher, in flammea rota lotus ruber, pour l'athlète in igné jaculalus.

d. L'enfer et les attributs diuins. — Tertullien, Adv. Marcion., 1. I, c. xxvi, xxviii, P. L., t. ii, col. 2'77 sq., prouve supérieurement contre Marcion que Dieu devait punir le péché dans l'autre vie. Les marcionites ne niaient ]ias cependant tout châtiment des pécheurs : le feu du démiurge (distinct de Dieu) devait les saisir au dernier jour. Tertullien leur réplique que le créateur (Dieu) leur préparera alors sulphurcdiorem eis gehennam. Plus loin une belle page de théodicée, 1. II, c. XI, xiii, XIV, col. 324-329. La crainte de l'enfer est nécessaire pour nous faire pratiquer la vertu : Horremus terri biles mincis crealoris, et vix a malo avellimur; quid si nihil minaretur? delicla gaudercnt... diabolus illuderct, etc. Si on objecte que Dieu est ainsi l'auteur même du mal, il faut distinguer n\ala delicti et mala snpplicii, nuda culpse et mala pœnœ. L'auteur du mal du péché, c'est le diable; Dieu est l'auteur du mal de la peine, c'està-dire de la justice, car si le supplice est mauvais pour le criminel, il est bon pour Dieu et la justice. Cf. G. Esser, Die Seelenlehre Tertullians, Paderborn, 1893; E. F. Schulze, Elemenle einer Theodicee bei Tertullian, dans la Zeilschrift fur wissench. Théologie, 1900, t. xi.iii; Alzberger, Gcsc/i(c/ife, p. 311 sq.

3° Les Actes des martyrs des il" et m" siècles. — Les bûchers dont ils étaient menacés prêtaient naturellement aux martyrs une belle occasion de prêcher à leurs bourreaux le feu éternel, dont le souvenir faisait d'ailleurs souvent leur force. En dehors des paroles citées de saint Polycarpe, la lettre des Églises de Lyon etde Vienne sur leurs martjTS del77, n. 7, P. G., t. V, col. 1425, relate que Biblias avait d'al)ord apostasie, mais qu'elle se repentit au milieu des tourments et qu'elle sortit comme d'un profond sommeil, le supplice qu'elle endurait lui rappelant les tourments de l'enfer éternel. La lettre du clergé d'Achaïe sur la mort de saint André, P. G., t. ii, col. 1230, 1235, oppose les tourments qui finissent à ceux qui ne finissent pas. Voir d'autres citations dans Atzberger, Geschichte, p.612sq.;Sch'wa.ne, Histoire des dogmes, t. m, p. 286; Perronc, Prœlectiones theologicœ, 32'^ édit., PïOm-e, 1877, t .IV, p. 243 ; Ruinart, Ac/a sinccra, p. 157, 267, etc.

4° Hérétiques des il" et m" siècles. — Ils ne nient pas qu'il y ait dans l'autre vie un sort diflérent pour les bons et les méchants et une punition de ces derniers par le feu. Mais les gnostiques de toutes nuances ont eu d'étranges opinions sur les damnés, sur la nature et la durée du supplice de l'enfer.

1. L'cbionisme essénien, qui remonte au u" siècle, mais dont le principal monument se trouve dans les Homélies et les Recognilions pseudo-clémentines du iii*^ siècle, admet l'existence de l'enfer éternel. Tixeront, op.cit., p. 182. Voir//om(7.,ii, 13, 28, 31; xi, 11, 16, 20, P. G., t. Il, col. 84, 96, 97, 284, 288, 293; iîecognitions,\, 28, P. G., t. ii, col. 1343. Cependant on y trouve aussi affirmé le conditionalisme ou l'anéantissement Imal des méchants, Homil., m, 6, P. G., t. ii, col. 116: per ignis supplicium finem... accipient..., ut dixi certo tempore plurinuim igné œlerno vcxati exstinguentur. Non enim aniplius sempiterni esse possunl, poslquam impie se gesserunt : 59, col. 149, in perpcluum posl supplicia inlereanl. Cf. Homil. , \u, 7;xvi, 10, col. 221, 373. Bien plus, Homil., xx, 2, 4, 9, col. 449,

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452, 456 sq., avec l'étemité des peines pour les hommes damnés, on voit insinuée la restauration future des démons. Cf. Atzbergcr, op. cit., p. 189 sq., 197, 513.

2. Les systèmes gnosliqiies proprement dits bouleversaient tous, de (liiïcrentes manières, l'eschatologie orthodoxe : sous forme panthéiste avec Valentin, Carpocrate, sous forme dualiste avec Saturnin, Basilide, etc., ils s'accordaient à distinguer dans le genre humain, d'après les parcelles de vie divine tombées directement du Dieu suprême dans l'œuvre mauvaise du démiurge, les pjieumatiqucs en qui l'élément divin domine et qui seront nécessairement tous sauvés; les psychiques en qui l'élément divin est en lutte avec le principe matériel mauvais et qui, seuls, sont libres de se perdre ou de se sauver (salutparticulier), d'après le principe qui triomphera; enfin les hyliques, tous matériels, c'est à-dire mauvais, tous nécessairement perdus. Le salut étant le retour au Père Suprême de l'élément divin, la damnation est d'abord la privation de ce bonheur et puis, ordinairement, la destruction. Ainsi, d'après Valentin, le feu consumera un jour l'univers matériel avec tous les hyliques et les psychiques ayant perdu le salut. Héracléon, son disciple, pensait de même. Cf. Origène, In Joa., tom. xiii, 19, P. G., t. XIV, col. 429; S. Irénée, Contrahivr., I,vii; II, XXIX, 3, P. G., t. VII, col. 512 sq., 814. Marcion avait un système spécial : les hommes, créés mauvais par le démiurge, ont été rachetés par Dieu dans le Christ- Celui-ci, descendu aux enfers pour annoncer ce salut, se voit repoussé par les justes, Abcl, Noé, etc., qui croient avoir encore à faire au démiurge trompeur et restent ainsi en enfer, pendant que les méchants, Caïn, les sodomites, croient et sont sauvés. Cf. S. Irénée, Cont. hœr., I, xxvii, 3, P. G., t. vii, col. 609; Ilnmil. clément., y.x, 2, 4, 9, P.G., t. ii, col. 418, 452, 457. Il admettait donc une restauration au moins iiartielle du mal après la mort. Les incrédules, à la fin des temps^ seront non pas jugés par le Dieu bon, cf. Tertullicn, AdiK Marcion., 1. I, c. xxvi-xxviii; 1. II, c. xi-xiv, mais abandonnés par lui au démiurge qui les châtiera par le feu. Cf. S. Irénée, Cont. hœr., I, xxvii, 3, P. G., t. VIT, col. 689.

3. Le manichéisme (iii'^-iv'= siècles), dualiste lui aussi, admit une notion du salut très semblable à celle du gnosticisme : délivrance des éléments de lumière qui sont dans l'iiomme, le reste étant abandonné aux ténèbres éternelles, d'où il venait. Cependant l'homme est lil)re de réaliser cette délivrance ou non ; les incrédules et les pécheurs erreront, après leur mort, jusqu'il la fin du monde, puis seront jetés dans un enfer éternel. Cf. Tixeronl, op. cit., p. 437.

5° Pères conlroi'ersistes des il" et iil" siècles. — • Saint Irénée et saint Mippolytc sont avec Tertullicn les principaux dont les ouvrages nous soient parvenus. 1. Saint Irénée. — 11 rejjroduit l'enseignement traditionnel, énonce plusieurs lions principes de théologie et adopte l'opinion du délai de l'enfer. Il est même probable que celle-ci a passé par lui des millénaristes asiates, à l'Occident, à 'l'crtullien et à ceux qui les ont suivis. Cf. .\tzbcrger, op. cit., p. 217 sq.

n) Enfer éternel et éléments de théodicée. ■ — Les textes très nombreux du Contra hwrcses ne fournissent que de simples afTirmalions, parfois avec référence scripturalre, j. II, c. xxvm, n. 7; c. xxxiii, n. 5; I. III, c. xxiii, n. 3, 4; c. xxv, n. 2 5, P. G., t. VII, col. 809, 833, 962, 968 sq. Dans sa réponse à Marcion, il ébauche la théodicée développée par Tcrtulllen, I. IV, c. XXVII, n. 2-4, col. 1058 sci-, et prouve l'enfer par une accinnulation des textes des l'Aangiles et de saint Paul. Dans le c. xxviii. Il ajjpliquc spécialement aux liérétif[ues la peine éternelle dont Jésus a menacé les maudits, col. 1061 sq. La damnation de ces impies sert au saint des justes, comme .Jésus-

Christ est, par sa mort, le salut des uns et la damnation des autres (de ses meurtriers). Dans tous ces passages, saint Irénée se dit le simple écho de l'enseignement des anciens. Cf. encore 1. IV, c. xxxiii, n. 1, 11, 13 ; c. XXXVI, n. 3-5 ; c. xxxix, n. 4, col. 1072, 1079 sq., 1092 sq., 1109 sq. : Dieu a préparé aux méchants cjui ont abusé de la liberté de mal faire : congriicntcs lumini adversantibus... tenchras,... convenienlem pœnam- Ils en sont cause responsable; ceux qui fuient la lumière ici-bas se plongent par le fait dans les ténèbres, sic fcternum Dei qui fugiiinl lumen, quod continet in se omnia bona, ipsi sibi causa sunt ut œternas inhabilent tenebras, dcslituli omnibus bonis, sihimetipsis causa hujusmodi habilaiionis facti. Cependant, xl, col. 1111 sq.. Dieu prépare, de son côté, le feu éternel et les ténèbres, et il punira ceux qui se retirent de lui. Saint Irénée accumule de nouveau ici les textes script uraires pour montrer contre Marcion que le même Dieu récompense les bons et condamne les méchants au feu éternel. L. V, c. ix-xi, col. 1144 sq., saint Irénée prouve ex pro/esso par les textes de saint Paul que l'homme, esclave des oeuvres de la chair, ne possédera pas le royaume de Dieu. Finalement, les c. xxvi-x.xxvi, résument l'eschatologie catholique- Au c. XXVI, 2, col. 1194, il affirme de nouveau le feu éternel préparé pour le diable et pour tous les apost:its qui persévèrent dans leur apostasie; au c. xxvii, n.2, après plusieurs textes de l'Écriture, il approuve l'argument théologique tiré du péché qui sépare de Dieu, col. 1196, 1197, et il déclare de nouveau que ce n'est ]ias Dieu qui est responsable du châtiment, mais le pécheur qui separavil semetipsum a Deo voluntaria sentcnlia, comme l'explique Notrc-Seigneur, ,Ioa., m, 18 sq., qui malc agit, odit lumen. Il dévelop|)e cette idée et cite l'Apocalypse, c.xxviii, 1, 2, col. 1197sq.; enfin c. xxxv, 2, col. 1220 sq., il explique ce qu'est la seconde mort : missi sunt in stagnum ignis. secundam mortem. Hoc aulem est quod gehcnna, quod Dominus dixil ignem œtennim.

b) Opinion sur le délai des supplices de l'enfer. — ■ Elle est clairement enseignée par saint Irénée, 1. V, c. XXVI, 2; c. XXXI, xxxv, col. 1194 sq., 1208 sq., 1218 sq. Dans le premier texte, saint Justin est loué d'avoir dit que le diable ignorait sa condamnation, jusqu'à la révélation de Jésus-Christ. Depuis qu'il sait que le feu éternel est préparé pour lui et pour tous ses sectateurs, le diable s'est mis à blas])héiner Dieu, son juste juge, ce qu'il n'avait jias osé faire auparavant. Wnr t. iv, col. 3 15. Tous les hommes, sauf peut-être les martyrs quel' fî.i<,\hc pnvmittit ad Patrem, 1. IV, c. xxxiii, 9, col. 1078, doivent d'abord descendre dans l'hadès pour y attendre la résurrection, à l'excniple du Christ qui n'a jias voulu ressusciter de la croix oh il est mort, mais après un séjour en enfer. Si saint Irénée affirme que les justes ressuscites régneront sur terre ))endant mille ans, il ne spécifie nulle part (|uel sera l'état des méchants depuis la première jusqu'à la seconde résurrection. .Mais au jugement dernier, ils seront jugés et missi in stagnum ignis. Apec, XX, 12-14. On peut conjecturer qu'avant d'être précipités dans cet enfer de feu, les pécheurs sont, pour saint Irénée, dans les ténèbres et la privation de Dieu (la i)eine du dam), onformément aux principes exposés i)lus haut.

c) Pas plus que chez snint Justin, Dial.cum Trgph., 5, il n'y a pas de condilionalisme jiour saint Irénée, Cont. hœr., I. II, c. xxxiv, 3, col. S36, omnia quœ. facta sunt... persévérant qnoadusque ca Dcus et esse et perscvcrarc volucrit... Pâtre... douante et in strculum sœculi pcrscveranliam his qui salri fiunt, Ps. cxi.viii, 5, 6; c. XX, 4, qui aulem... ingralus exslileril faclori... ipse se privai in sxculum siveuli perset'crantia. Dieu conserve tant qu'il veut ce qu'il a créé; Il conservera les

ENFER D'APRES LES PKRES

âmes éternellcmenl, comme il l'a révélé; les justes vivront donc éternellement; mais pour les méchants il n'y a pas de vie éternelle. Il ne s'agit évidemment que de la vie heureuse éternelle. Cf. 1. IV, c. iv, 5, 6. col. 1035 sq.; 1. V, c. iv, 1, col. 1133.

Ir;nfin, il n'est pas question d'une réconciliation finale dans cette phrase d'un court fragment : Cluistiis... in fine (cmponini vcnturus est ad destnienduni omne malum et ad reconciliamftt iiniuersa, lit omnium impwilatiun sit finis, P. G., t. vu, col. 125G. Il ne s'agit que du monde glorifie des élus. Cf. I Cor., xv, 21 sq. ; Col., i, 15-20, etc.

2. .S'«(>)/ Jlippolijte (\'crs 230). Le grand exégéte s'est beaucoup occupé d'eschatologie. — (/) Éternité et feu de l'enfer. — Animœ pcccatorum abripiuntur immaturœ a facie Dei, qui cas derelicturus est in tornienti igné. In ProiK, XI, 30, P. G., t. x, col. 620. Sur ces mots : Oeuli ipsius ni lampades iynis. Dan., x, 6, il dit : oportebal... ut prsesignifiearetur potestas Verbi judicialis exurens, qna inipiis ignem juste immiltens com bure^ eos. Fragm. xxv, P. G., t. x, col. 657. Venit tandem e eœlo judex fudieum et comburet omnes wterno igné punicns; servit autem c/ns et proplietis et martyribus et omnibus timentibns eum dabil lelernum regnum- Comment, in Dan., vu, 22, P. G., t. x, col. 685. Sur Dan., XII, 2 : Alii in opprobrium iclernum, saint Hippolyte explique : qui eum anticliristo eonscnliunt et eum illo in pœnis seternis eonfecli, P. G., t. x, col. 688. Cf. 7/1 Proo.,\i, 27; vu, 26; xxx, 15, 16 : Tria insatnrabilia... ignis vero nunquam dicii : suffieil; nuUatenus eliam infernus desinit a reeipiendis affligendisque improborum hominum animabus; sicut lartarus in Iristi ac tencbroso loco recondilus- P. G., t. X, col. 621.

Même doctrine dans les ouvrages dogmatiques. De Christo et antichrislo, 5, qui donne le plan de l'ouvrage : qnis..., quomodo..., ac qnod iniquorum pcr ignem supplieium; 64, 65 : doctrine des sanctions éternelles après le jugement dernier; une judicieuse et copieuse accumulation des textes classiques, prophétiques, évangéliques, apostoliques, apocalyptiques, sur l'enfer de feu éternel. P. G., t. x, col. 733, 781 sq. Tout cet enseignement se retrouve dans Philosophoumcna, X, 9, 31, P. G., t. XVI, col. 3453; Adrcrsus Grœcos, 3 : ignis inextin^niibitis..., vermis igneus non moriens, non eorpus eorrumpens sed irrequielo doloret ex corpore effcrvescens et ebulliens; non somnus cessatione et qnielem conciliabit; non nox leniel et mulcebit dolores; non mors...; non juvabil exhortatio afflnium inlercessorum...; donc pas de mitigation, P. G., t. x, col. 801.

b) Délai de l'enfer de feu. — Avant le jugement dernier les âmes des justes et des pécheurs vont toutes dans l'hadès et le controversiste romain s'est demandé quel était là leur état respectif. Adv. Grœcos, 1, col. 796 sq. Sa réponse est une théorie singulière, bien qu'elle soit la conclusion logique des deux idées de l'enfer de feu souterrain et de l'hadès souterrain, universel et temporaire. Au plus profond de l'enfer, se trouve le lac terrible de feu; au-dessus, l'hadès : receplacuhim subtcrruneum, ténébreuse prison des âmes méchantes; les bons anges y distribuent lemporarias panas, secundum cujnsquc mores, actiones et facinora; mais personne encore, pense l'auteur, suspicanmr, n'a été jeté dans le lac de feu inextinguible et n'y sera jeté avant le jour du jugement. Alors, infusti..., increduli... œterno supplicia... adjudicabuntur; mais en attendant, pendant que les justes sont à une autre place de l'hadès, place lumineuse, etc., qui est le sein d'Abraliam, les pécheurs sont là violemment amenés et maintenus par les anges tortoribus sur les confins de la géhenne. Et qui iam prope sunl audiunt semper agilalioncm et a'stum cl non sunl

experles vaporis et fumi, ah islo calorc manantis et assurgentis. Proxima autem visione, videnles terribilc et immodicum speclacutum ignis, horrenl quasi gelu constricti propter exspectationem fuluri judicii, quasi modo jam supplicia affccti. Cf. A. d'Alès, La théologie de S. Hippolyte, Paris, 1906, p. 200-202.

6" École tliéologique d' Alexandriedes IW el IV siècles. — Des rudiments de théodicéc relative à l'enfer se trouvaient déjà dans saint Irénée et dans Tertullien: un autre essai, i)lus considérable pour la rigueur de la méthode comme pour l'effort et l'extension de 1» spéculation, a été tenté sur ce point par l'école d'Alexandrie, mais assez malheureusement.

1. Clément d'Alexandrie. — 1 ixeront, loc. cit., p. 277, pense que l'illustre alexandrin a été très probablement universaliste, précurseur et maitre en cela aussi d'Origène. Voici les textes donnés comme universalistes. Strom., VII, 6, P. G., t. ix, col. 449. Aux holocaustes païens, victimes brûlées en l'honneur des dieux. Clément oppose le feu qui sanctifie (iyiiîîiv), non les chairs, mais les âmes pécheresses, non pas un feu qu'on tire de la pierre et qui consume tout, mais un feu prudent qui pénètre l'âme, qui la traverse- Cette description s'entend mieux d'un feu réel que d'un feu métaphorique. Quant à la purification opérée par lui, elle n'a pas nécessairement lieu en enfer; Clément opposait aux païens un feu qui consacre, sanctifie des victimes agréables à Dieu: il y en a un tel chez les chrétiens; il ne nie pas qu'il y en ait un autre. Cependant, il semble l'exclure ailleurs. Strom., VII, 2, col. 416. Dieu est sauveur et maître de tous les hommes, des croyants et de ceux qui ne croient pas. L'homme, en effet, est libre de choisir comme il veut et Dieu ne fait que persuader, sans forcer personne à se sauver; et il a été établi que celui qui choisit la vertu, obtiendra la vie éternelle, tandis que celui qui retombe dans le vice restera avec ce qu'il a choisi. D'ailleurs, Dieu a donné à tous la force de choisir le bien, il n'est donc pas cause du mal et de plus il a ordonné les choses pour le salut de tous. Même les châtiments sont cause de salut, soit les châtiments terrestres, soit les châtiments parfaits ultra-terrestres. S'agit-11 ici des châtiments de l'enfer ou du purgatoire? Le contexte nous semble imposer la seconde hypothèse. Clément ne faisant dans ce chapiire qu'établir la causalité salvifique universelle de la volonté de Dieu antécédente.

On cite encore, 12, col. 508, le portrait du vrai gnostique dans ses rapports avec les biens et les maux de ce monde : ceux-ci, il les méprise pour lui-même; cependant, chez les autres, ils l'émeuvent; d'où son esprit de charité; bien plus, il a pitié aussi de ceux qui sont châtiés après la mort et que le supplice force malgré eux à avouer leurs fautes. Cette compassion peut-être excessive s'applique sans doute à ceux qui sont damnés pour toujours, comme l'insinue le o malgré eux».

Plus loin, 16, col. 541, après de belles pages sur les causes et les remèdes des hérésies et des erreurs. Clément ajoute : Peut-être quelques-uns en m'écoutant se corrigeront-ils; sinon, lisseront certainement châtiés par Dieu, et devront subir les admonitions paternelles qui précèdent le jugement jusqu'à ce que lahonte les amène au repentir, afin qu'ils ne se jettent pas eux-mêmes par une désobéissance cruelle dans le dernier jugement. Le châtiment divin produit ce retour : Dieu châtie comme un maître ou un père châtie les enfants pour leur utilité; il ne ])unit pas. Là-dessus observons qu'il s'agît toujours de la conduite de Dieu à l'égard des pécheurs avant le dernier jugement. Par conséquent, il n'est pas question de l'absence de punition dans l'autre vie. D'ailleurs, Strom.. IV, 21. P. G., t. viii. col. 1361-1364, où il

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traite ex professa de la fin des peines, Clément déclare que Dieu punit les péchés; il y distingue de plus les hommes incorrigibles et les guérissables : pour ceuxci, les punitions sont médicinales, mais il s'agit alors certainement des peines de cette vie. La même distinction se retrouve, S//o/n., VI, 14, t. ix, col. 333; I, 27, t. VIII, col. 920 ; VII, 2, t. ix, col. 413, 416. Voir t. m, col. 186; W. de Loss Love, Clemcnl of Alexandrin not an a fier dcath probalionist or nniversalist, dans Bibliolh. sacra, octobre 1888. Il est donc probable que S/ro;n., VIII, 10, doit aussi s'entendre des châtiments d'ici-bas. 11 pourrait, cependant, se faire que la redditio mali, définition de la punition, ait vraiment répugné un instant à la bonté idéaliste de l'alexandrin. Il se pourrait aussi que le philosophe d'Alexandrie ait vraiment commencé à platoniser sur ce point. D'après Photius, Bibliolheca, cod. 100, P. G., t. cm, col. 384, dans les II ijpolijposcs, Clément aurait enseigné quantité d'erreurs, entre autres sur les migrations des âmes. Cependant Photius ne relate explicitement aucune erreur sur l'éternité de l'enfer. Cf.Eusèbe, H. E., 1. VI, 14, P. G., c. xiv,t. xx, col. 549; Le Noury, P. G., t. ix, coL 1474 sq.

D'ailleurs d'autres textes semljlent nettement affirmatifs au sujet de l'éternité de l'enfer. Clément parle d'abord fréquemment du salut éternel qu'on peut perdre et â jamais. Slrom., 1,1 ; IV, 22; VII, 10, A G., t. viii, col. 733, 1345 sq.; t. ix, col. 480; Exhorlalio odGrœcos, c. ix, t. viii, col. 184 sq. ; les pécheurs n'entreront pas au royaume des cieux, et ils se réservent le supplice que Dieu a préparé au diable et à ses anges. Il ne reste aux incrédules que le jugement et la condamnation, et sur Vliodie du Ps. xcv, 7-11, à la suite de raint Paul, Clément montre l'éternité immuable après le choix de Vhodie d'ici-i3as, col. 196 sq. Dans J'homélie Qnis divcs salvetur,où Clément parle comme docteur du peuple chrétien, il enseigne clairement la doctrine du salut éternel, c. i, P. G., t. ix, col. 604 sq. ;c. XXVI, col. 632; c. xxxiii, col. 640, où il est dit ciue la négligence du bien est punie par l'éternel supplice du feu. Enfin, dans un fragment, P. G., t. ix, col. 752, il déclare que les âmes des impies sont immortelles et qu'il leur serait trop avantageux de ne pas être incorruptibles, car Dieu les châtie par Je supplice éternel du feu inextinguil)le. Elles ne mourront pas et n'auront pas de fin à leurs maux. En résumé, les textes confus et équivoques qui semblent énoncer le salut de tous, doivent être exi)li- (jués d'après les nombreux textes clairs et explicites sur le feu éternel de l'enfer. Cf. .\tzbergcr, op. cil., p. 197 sq., 359 sq. l-^n dcliors de l'existence de l'enfer éternel, on trouve très peu de renseignements chez le contemplatif alexandrin sur la nature des peines éternelles : le plus souvent, il parle de la privation et de l'union divine, mais aussi du feu réel et matériel, constituant un su|)plice positif.

2. Orif/ène. — Quelle position a-t-il prise dans la ([ueslion des peines de l'autre vie? Pour l'ensemble, voir OniGftNE et Onicii.NisME.

Dieu, de toute éternité, a créé nécessairement des esprits, tous ceux qu'il peut gouverner; il les a créés tous égaux. Le bien,ccpendant,dépend de leur liberté; aussi beaucoup sont tombés, et [)our les punir, Dieu a créé la prison du monde matériel. " Ce monde n'est pas autre chose que le lieu de purification des cs|)rits l)annis dn ciel... A la fin tous les esprits retournent à Dieu ; quelques-uns devront encore subir dansl'autre monde une purification par le feu, mais, finalement, tous seront sauvés et glorifiés (âmes humaines ou dénions). .Mors le mal est vaincu, le monde sensible aura rempli son rôle, la matière rentrera dans le néant, l'unité primordiale de Dieu et de tous les êtres spirituels sera restaurée. Mais cette restauration de l'état

primitif. i7io/.aTi<jTa(7t;, n'est point la fin proprement dite du monde; elle n'est que le terme d'une époque dans l'évolution sans fin, dans la constante alternance de la chute et du retour à Dieu. Bardenhewer. Les Pcrcs de l'Église, t. i, p. 281. Cf. Harnack, Lehrbiich der Dogmengcschichle, 3° édit., t. i, p. 603- 648 ; .\tzberger, Gcschiclite der cliristlich. Eschatologie innerhalb der vornicânischen Zeit, p. 402-411; Prat, Origène et l'origénisme, dans les Études, t. cv, p. 592 sq. ; HuettOrigeniana.l. II, q. xi, P. G.,t. xvii, col.998sq. ; Petau, De angclis, 1. III, c. vi, Dogmata theologica, Paris, t. IV, p. 101-105; Tixeront, Histoire des dogmes, 1. 1, p. 304, 306; Prat, Origène, Paris, 1907, p. 105-109. Trois points appartiennent directement à notre sujet.

a) Restauration universelle, àTcoxaTào-caTt; roiv àTtâv- T(ov. — Elle est enseignée. De princ, 1. II, c. m, n. 3, 4, 7, P. G., t. XI, col. 190 sq.; c. x, n. 5, 6, col. 237, 238; 1. III, c. V, n. 4 (trad. de S. Jérôme), col. 328, n. 8; c. VI, n. 3, col. 335 (trad. de S. .Jérôme); n. 6, col. 338-340; 1. IV, n. 23, col. 391; mais surtout 1. I, c. VI, col. 166 sq., dont voici l'analyse. Le problème est difficile et n'appartient pas aux choses, dont la définition dogmatique soit certaine. Ce n'est donc qu'avec crainte et précaution qu'il faut ici s'avancer. La fin doit ramener à l'unité et tout soumettre au Christ, comme disent l'apôtre et le psalmiste. Quelle est cette soumission? Je pense, dit Origène, que c'est celle dont nous-mêmes désirons être soumis, à laquelle sont soumis les apôtres et tous les saints. La fin, en effet, répond au commencement. Or, dans le principe, tout était parfaitement un; puis la variété vint avec les perfections ou les déchéances diverses. En haut, les anges en ordres différents; puis les hommes qui ])euvcnt se convertir dès ici-bas; puis les démons irrémédiablement déchus, c'est-à-dire pour le monde présent, non absolument, comme on l'a parfois interprété. Kn effet, ne pourrait-il pas se faire que même les démons dans les siècles futurs redeviennent bons, puisqu'ils sont libres? En attendant, tous sont à leur place, en sorte qu'ils seront rétablis en leur premier état, en divers temps, quelques-uns à la fin des temps seulement. Après avoir souffert de j)his grands et de plus graves supplices, par des degrés divers, ils remontent à travers les séries angéliqucs jusqu'aux choses invisibles et éternelles.

Cette erreur n'est pas enseignée exclusivement dans le Ihp'c àpxwv, oeuvre (le jeunesse. Après les condamnations disciplinaires et dogmati(|ues de 231 et 232 (synodes d'.Mcxandrie), Origène ne donna que quelques explications très insufiisantes : un ami aurait indiscrèlemeiit publié quehpies propositions jias assez réfléchies; les hérétiques auraient altéré ses écrits; voir la eitalion de sa lettre â ses amis d'Alexandrie, dans saint .lérôme, Apol. adn. Hufin., 1. II, n. 18, P.L., t. XXIII, col. 442, où le salut du diable est nié par Origène; ibid., n. 17, col. 439 sq., saint .lérôme rejette cette interpolation des hérétiques, comme une fable impossible.

Les mêmes erreurs sont exposées dans les écrits postérieurs de l'Adamantius. De orationr, n. 27, a un doute en fax'eur de la conversion du diable lui-même; n. 29, Dieu induit en tentation pour punir et finalement corriger, toutes les âmes sont en effet toujours libres, l'.G., t. xi, col. 520, 537 540. Contra Cclsnin (vers 248), I. V, n. 15, col. 1201 sq., pour réfuter un blasphème de Celse, prétendant (|iie le feu de l'enfer fait de Dieu un cuisinier, Origène se voit obligé de dévoiler une doctrine, moins adajilée aux simples qui ont besoin de menaces, et pour cela,'îvoilée dans les l'^criturcs, mais claire pour un esprit instruit et attentif : le feu de l'enfer n'a d'autre Unique de purifier les méchants. \\\ 1. VI, n. 26, col. 1332, l'enfer médi-

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final encore est confusémonl indiqué, parce que ce n'est pas une doctrine à enseigner au peuple qui est à peine retenu loin du péché, par la crainte du supplice éternel. Cf. l.VI,n.72;l. IV,n. 13.L.VIII, n..51, 52, col. 1592 sq., Celsc parle des supplices éternels que les chrétiens font bien de prêclicr; Origène ne peut repousser ni le fait, ni le compliment; il dit seulement que Celse aurait dû donner les preuves de rette éternité des supplices et que l'Église fait bien de prêcher cette vérité au peuple; il n'y a pas là l'ombre d'une rétractation, comme on l'a cru parfois. Cf. In Jer., homil. xvi, n. 6; xviii, 15; In Ezech., homil. x,n. 3, 4, P. G., t.xiii, col. 448, 496 sq., 743 sq.; In Mallh., tom. xvii, n. 24, P. G., t. xiii, col. 1548, l'invité sans la robe nuptiale est jeté dehors dans les ténèbres, pour qu'ayant enfin soif de la lumière, il pleure et touche Dieu qui peut le délivrer; In Luc, homil. xxin; In Joa., tom. xiii, n. 58 : si les hommes se convertissaient à la voix de Jésus-Christ, pourquoi pas les démons? tom. xix, n. 3, les péchés non rémissibles, in sœciilo fuluro (Mattli., xii, 32), le seront infulurisswculis, P. G., t. xiv, col. 552; In Episl. ad Rom., l.Vni,n.ll,P.G.,t.xiv, col. 1185, denouveau le mystère des feux universellement purificateurs, quod... perfecti... silenlio tegont nec passim imperjcclis et minus capacibas pro/erant. Cf. Huet, Origeniana,

I. II, c. II, q. XI, n. 16, encore d'autres textes, P. G., t. XVII, col. 1023.

On trouve çà et là, dans l'enseignement homilétique populaire de l'alexandrin, des expressions orthodoxes : In Ps. x.vxv/, homil. m, n. 10; homil. v,

II. 5, 7; In Jer., homil. xii, n. 5 ; homil. xviii, n. 1, etc. ; mais elles semblent n'être que de vagues expressions, comme une citation non convaincue de la foi populaire, mode d'agir trop conforme, d'ailleurs, aux principes d'Origène, sur la façon de parler aux « imparfaits » de sa doctrine mystérieuse.

Saint .Jérôme confirme cette interprétation, Dictl. adv. pelag., i, 28, P. L., t. xxiii, col. 522 ; Epist., cxxiv, adAviium, P.L., t. xxii, col. 1061 sq.; Liber contro •loa. HierosoL, P. Z.., t. xxiii, col. 368 : An Origenis doctrina sil vera qui dixil cunclns ralionabiles creaturas incorporahiles et invisibiles, si negligeniiores fuerint, paulatini ad inferiora labi et jiixla qualitales colorum ad quœ defluunl, assumeresibi corpora.. . œthe rea,... aerea... hnntanis carnibus; ipsosque dsemones qui proprio arbitrio cum principe suo diabolo de Dei ministerio recesserunt si paululum resipiscere cœperint, humana carne vestiri, ut nota deincej>s pnnitenlia post rcsurrcctioneni eodcni circula qua in carnem vénérant rcvcrlanlur ad viciniam Dci, libcrali etiani acreis lelhereisque corporibus et tune omnia genua curvent Dca cœlestium terrestrium et infernorum et sit Deus omnin in nobis.

Il ne faut pas cependant oublier qu'Origène ne parle le plus souvent qu'en formules hypothétiques, en une matière où il croit que rien n'est de foi, que la philosophie est libre de spéculer, et que l'universalité absolue de l'apocatastasc n'est pas toujours claire. Origène excepte parfois le diable ou même ne parle que de certains démons. Voir t. iv, col. 350.

b) Peu de l'enfer. — Origène parle souvent du feu purificateur, feu consumant (les iniquités, non les âmes), etc. Il examine la nature de ce feu. De princ, 1. II, c. X, n. 4, 5, P. G., t. XI, col. 236. Ce n'est pas un feu matériel dans lequel le pécheur est jeté, mais un feu qui naît dans la conscience de chacun. La matière de ce feu, ce sont les péchés, comme les nourritures malsaines deviennent la matière et la cause de la fièvre corporelle. I.a conscience donc, sous l'influx divin, se rappelle alors toute la honteuse histoire de ses péchés, et propriis stimulis agitatur alque conipungitar. Pour comprendre ce châtiment, il n'y a, d'ail-

leurs, qu'à considérer les supplices, parfois intolérables, des feux de l'amour, de l'envie, de la haine, ou la torture du déchirement intime du corps et de l'âme : tout cela est purificateur. Cf. .S.Jérôme, Epist., cxxiv, ad Avitum, lac. cit.

Même doctrine pour les démons. In Num., homil. xxvii, n. 8, P. G., t. xii, col. 780. Cf. Contra Cclsum, 1. VI, 71, P.O., t. X, col. 1405; Origeniana, 1. II, c. ii, q. XI, n. 5.

c) Origène n'était pas à proprement parler universaliste; il admettait plutôt des variations indéfinies. En eflet, après l'apocatastasis universelle, les esprits heureux et libres, après des siècles, recommenceront à se refroidir pour Dieu, puis à tomber; de là, nouveau monde sensible, nouveaux supplices purificateurs, nouvelle apocatastasis, et ainsi sans fin, pendant toute l'éternité.

Cette doctrine suit d'abord des principes d'Origène sur la liberté essentielle des esprits et de la nature de la chute qui a occasionné notre monde présent. Puis, elle est affirmée explicitement. De princ., 1. III, c. I, n. 21, P. G., t. XI, col. 302, dont voici la conclusion : Ex quo opinamur quoniam quidem, sicut fréquenter diximus, imniortalis est anima et œlerna quod in mullis et sine fine spaliisper immensa et diversa sœcula possibile est ut vel a summo bono ad infima mala desccndal, vel ab ultimis malis ad sunima bona reparetnr. Cf. citation et traduction de S. Jérôme, Epist., cxxxi, ad Avitum, P. L., t. xxii, col. 1061 ; Huet, Origeniana, 1. II, c. Il, q. XI, n. 19, P' G., t. xvii, col. 1029.

Deux textes pourtant enseignent formellement le contraire de cette variabilité indéfinie, flepn'nc, l.III, c. VI, n. 6, P. G., t. XI, col. 339 : In quo statu (apocatastasis universelle) c/io/jî permanere semper et immutabililer creatoris voluntate est credendum, fidem rei faciente sententia apostoli dicentis :domum Iiabemus non manu factam, œternam in cœlis. II Cor., v, 1. L'autre texte est encore plus catégorique, In Epist. ad Rom., tom.v,n. 10, P. G., t. xiv, col. 1052 sq.,où les propres théories d'Origène, de liberté essentielle, de chute toujours possible sont mises en objection et repoussées par ce principe que la charité peut confirmer une volonté sans détruire sa liberté. Ces deux textes seraient des rétractations. JMais, ils peuvent être aussi des interpolations de Rufin. Les textes postérieurs ne conservent, en effet, pas trace de si formelles rétractations. Voir, par exemple. De princ.,]. III, c. vi, n. 7: In Epist. ad Rom., 1. VIII, n. 11, P. G., t. xi, col. 340; t. XIV, col. 1191. Voir, cependant, encore d'autres textes. In Joa., tom. xx, 19, P. G., t. xiv, col. 617; //! Malth., tom. \u, 10, fragm., P. G., t.xvii, col. 292. De la variabilité indéfinie, Origène exclut, de plus certainement, l'âme du Christ. De princ, 1. II, c. vi, n. 6, P. G., t. XI, col. 214. Enfin, il serait toujours vrai de dire qu'Origène n'avait aucun scrupule à présenter successivement des hypothèses contradictoires, puisqu'elles n'étaient que des hypothèses.

Dans la controverse origéniste, la recireulatio indefinita fut une des erreurs les plus anathcmatisées sous le nom d'Origène. Cf. Epist. pnscli., de Théophile d'Alexandrie, P. L., t. xii, col. 777-781; S. Augustin, De civil. Dei, l.'S.XÏ, c. xvii : Maxima propter alternantes sine ccssatione bccditudines et miserias et staluiis sœculorum inlervallis ab islis ad illas, alque ab mis ad islas ilus ac reditus interminabiles non immerito reprobavit Ecclesia. P. L., t. xli, col. 731.

Avec Origène, l'état de pacifique possession est terminé pour l'Orient.

7" Les Pères latins du iii^ et du iv<^ siècle. — Ils ne font que répéter les doctrines de TertuUien sur le feu corporel de l'enfer éternel, différé, pour la plupart des auteurs, jusqu'à la fin du monde.

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