‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 80 sur 148 · VIII. Comment l'espérance est une vertu théologale · texte numérisé non relu

VIII. Comment l'espérance est une vertu théologale

IX. Valeur morale de l'espérance chrétienne et de son motif intéressé. X. Nécessité de l'espérance.

I. Sources tiiéologiques u'lne théorie de l'es- PÉR.XNCE. — 1" L'espérance d(uis l'Écriture. — 1. Anrien Testament. — L'espérance religieuse y tient une grande place. • Espérer en Dieu » ou « se confier en lut », est souvent lié à son attribut de puissance, de force : « Jéhovah, en loi j'ai placé mon refuge... Tu es mon rocher, ma forteresse... C'est en Jéhovah que je me confie. Ps. xxxr (xxx), 2 7. Cf. Is., xxvi, 4. Souvent aussi, à son attribut de bonté, de miséricorde qui le porte à nous secourir : « Je me confie dans la bonté de Dieu éternellement et à jamais... i:i j'es pércrai en ton nom, car il est bon, en présence de tes fidèles. »P8, LU (li), lu, ll;cf.xii,G; xxxni, t»; Sap.,

XII, 22; Judith, ix, 17. Dans l'Ancien Testament, on espère beaucoup plus souvent les biens temporels que la béatitude éternelle. ]\Iais Dieu ayant promis à sou peuple des biens temporels comme sanction de la loi mosaïque, c'était un acte religieux que d'espérer de sa main les biens promis, la délivrance et la prospérité d'Israël.

2. Nouveau Testament. — «) Évcuicjilcs. — Ici, les biens temporels s'efTacent devant les biens spirituels et célestes que Jésus présente au désir et à l'espérance : Si scires donum De/... Joa., iv, 10. Il fait espérer la descente du Saint-Esprit, sa perpétuelle assistance jusqu'à la fin des siècles, la résurrection de la chair, et surtout la vie éternelle, objet suprême de l'espérance religieuse, plus voilé dans l'Ancien Testament, dévoilé dans le Nouveau. On a dit que nos Évangiles ne contiennent ni le nom d'espérance, ni, au sens religieux, le verbe « espérer ». Hastings, A Dictioncuy of Christ and ihe Gospels, Edimbourg,. 1906, t. i, p. 747. Mais, qu'importe le mot, si en réalité Jésus fait souvent appel à l'espérance religieuse, en présentant les objets qui l'excitent? S'il remplace le verbe « espérer » par des équivalents, par la négation du contraire « ne pas craindre»; par exemple : a Cherche: le royaume de Dieu... A'e craignez point,. petit troupeau, car il a plu ;i votre Père de vous donner le royaume, » Luc, xii, 31, 32? S'il remplace le terme abstrait par le geste expressif, comme dans cette phrase : « Quand ces choses commenceront ;i arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre déhvrance approche, » Luc, xxi, 28 ? La tête, abattue par la tristesse ou le découragement, est relevée par l'espérance. Enfin, Jésus recommande souvent, même sous la forme abstraite si on y tient, la confiance, cet élément le plus caractéristique de l'espérance. Voir plus loin.

b) Épîtres. — Soit parce que le nom d'espérance (;).-■.;) se trouve chez saint Pierre, et en bonne place, I Pet., i, 3, 21; m, 15, soit surtout à cause de la tendance générale de son enseignement, il a pu être nommé l'apôtre de l'espérance. — On pourrait dire de saint Paul qu'il en est le théologien. C'est lui qui présente aux fidèles la célèbre triade, foi, espérance et charité. I Thess., v, 8, etc. Et bien qu'il insiste davantage sur la foi et sur la charité, il pose dans ses Épitres les fondements révélés d'une théorie de l'espérance. Voir surtout Rom., v, 2-5; vin, 18-25; I Cor., xiii, 13. Nous y reviendrons plus bas.

2° L'espérance chez les Pères. — Dans leurs homélies, ils prêchent l'espérance, et encore en passant, et n'ont pas de traité didictiqiie. Le texte le plus important pour la théorie de l'espérance est ce passage de saint Augustin :« Pr(;/-o/î espérer un objet sans le f/oire?Mais on peut croire un objet sans l'espérer; car tout fidèle croit les peines des impies et ne les espère pas. «Ainsi, tout acte de l'espérance chrétienne présuppose un acte de foi; mais l'acte de foi n'entraîne pas nécessairement un acte d'espérance. La foi, ajoute-t-il, a un objet plus vaste : « La foi s'étend aux maux comme aux biens; car on croit des biens et des maux. La foi s'étend au passe, au présent et à l'aNcnir; nous croyons que le Christ est mort, c'est du passé; nous croyons qu'il est assis à la droite du Père, c'est du présent; nous croyons qu'il viendra nous juger, c'est de l'avenir. De même, la foi se porte sur des choses (pii nous concernent, et aussi sur des objets qui nous sont étrangers : tout fidèle croit avoir eu un commencement de son existence, et n'avoir pas été éternel; il en croit autant des autres personnes et du monde créé; et, parmi les vérités religieuses que nous croyons, plusieurs se réfèrent non seulement aux autres hommes, mais encore aux anges. Au contraire, Vcspérance ne se parle que sur un bien, et sur un bien futur.

ESPERANCE

et sur le bien personnel de eehii qui espère. En somme, la foi et l'espérance ont une dinérence non seulement nominale, mais réelle aux yeux de la raison. Quant à l'invisibilité de l'objet, elle est commune à la foi et à l'espérance. Dans l'Épître aux Hébreux..., la foi est appelée une conviction des choses que l'on ne voit pas... L'apôtre dit de même au sujet de l'espérance : Quand on voit (le bien présent), on ne l'espère plus. Nous espérons ee que nous ne voyons pas. Rom., VIII, 24. » Énehiridion de fide, spe et caritate, c. VIII, P. L., t. XL, col. 234.

Le saint docteur achève en montrant les trois vertus inséparablement unies dons le juste : « L'apôtre recommande la foi animée par la charité, Gai., v, 6, qui ne peut être sans l'espérance. Donc, pas d'amour sans espérance, pas d'espérance sans amour, et ni l'un ni l'autre sans la foi. » Ibid., col. 235. Mais, de ces paroles, les jansénistes ont mal conclu que dans le péeheur l'espérance ne peut se trouver sans la charité parfaite; Augustin lui-même dit plus bas au c. cxvii : « Quoiqu'on ne puisse espérer sans aimer, il peut arriver qu'on n'aime pas un niojen nécessaire à la fln qu'on espère. Ainsi, l'on espérera la vie éternelle, (qui ne l'aimerait pas?) mais on n'aimera pas la justice sans laquelle personne ne peut y parvenir. » Ibid., col. 286. L'espérance théologale, d'après lui, inclut donc un certain amour de Dieu, mais elle n'a pas toujours avec elle cet amour parfait et conforme aux volontés et aux commandements de celui qu'on aime, qui à l'instant même change le pécheur en juste.

Ainsi, saint Augustin explique sufTisamment cette inséparabilité des trois vertus, dont il semble a\oir emprunté le principe à saint Zenon de Vérone, qui le premier a fait un essai de théorie de l'espérance. Zenon dit que « si on leur refuse la charité, la foi et l'espérance cesseront. » Traet., II, de spe, flde et caritate, n. 1, P. L., t. xi, col. 269. Mais, comine le remarquent les frères Ballerini dans une dissertation sur la doctrine de saint Zenon, P. L., ibid. ,co}.128, l'évêque de Vérone prend ici la charité dans un sens très large, puisqu'il l'attribue à tous les hommes, même à ceux qui n'ont pas la foi, et qu'il en retrouve l'image jusque chez les animaux. Il veut dire simplement que l'espérance inclut un certain amour, comme le dira aussi saint Ambroise : « Celui qui espère, ne désire-t-il pas et n'aime-t-il pas ce qu'il espère? » Serm.,i-}i.,inps.cxyiii, n.3, P. I,.,t.xv,col. 1321. Saint Augustin n'est donc pas le premier à avoir pris le mot de « charité » dans un sens souvent très large, ce qui a jeté tant d'obscurité sur sa doctrine de la charité, et a donné occasion h plus d'une erreur janséniste. Voir Augustin, t. i, col. 2436.

3" L'espéranee dans les documents de l'Église. — Voici les principaux, d'autres seront ajoutés au cours de cet article.

1. Le concile de Trente, énumérant les divers actes par lesquels les pécheurs, avec le secours de la grâce, se disposent à la réconcihation avec Dieu, à la « justification », décrit ainsi l'acte d'espérance, avec l'objet spécial qu'il a dans ce cas particulier :

... Ad considerandam Dei Par la considération delà

misericordiam se conver- miséricorde de Dieu, ils sont

tendo, in spem erigimtur animés, encouragés à Vespé-

fidentes Deum sibi propter rance, ayant confiance que

Christum propitium fore. Dieu leur sera propice à

Sess. VI, c. VI, Denzinger- cause du Christ. Bannwart, n. 798 (680).

Ainsi, l'espérance s'élance vers un bien futur et personnel (ici, le pardon). Elle a pour éléments, soit cet effort courageux (eriguntur) que les théologiens appellent erectio animi, soit la confiance (fidentes).

2. Dans la même session, parlant non plus des pécheurs, mais des justes, le concile ajoute :

Quant au don de persévérance..., que personne ne se promette quelque chose de certain d'une certitude absolue, bi en que tous doivent avoir une espérance très ferme dans le secours de Dieu.

De pcrseverantiac nninere... nemo sibi ccrti aliquid absoluta certitudine polliceatur, tametsi in Dei auxilio firmissimam spem coUocare et reponere omnes dobent. Sess. VI, c. xiii, Denzinger, n. 806 (689).

Nous parlerons plus bas de la fermeté ou certitude de l'espérance.

3. Ailleurs, après avoir parlé de la contrition « que la charité rend parfaite >, et qui, sur-le-champ, réconcilie avec Dieu, le concile fait la déclaration suivante sur la contrition imparfaite ou attrition, motivée par la crainte de l'enfer :

lUam contritionem imperlectam..., si voluntatem peccandi excludat cum spe venife, déclarât... donum Dei esse et Spiritus Sancti impulsirm, non adhuc quidem inhabitantis, sed tantum moventis, quo pœnitens adjutus viam sibi ad justitiam parât. Sess. XIV, c. ïv, Denzinger, n. 898 (778).

Cette attrition, si elle exclut la volonté de pécher, et si elle est accompagnée de l'espérance du pardon, le concile déclare... qu'elle est un don de Dieu et une impulsion du Saint-Esprit, qui n'habite pas encore l'âme, mais déjà l'actionne, et aide ainsi le pénitent à se disposer à la justification.

Nous voyons ici la scparabilité de l'espérance et de la charité: un pécheur qui n'a pas encore fait l'acte de charité, et en qui l'Esprit-Saint n'habite pas encore, peut faire utilement un acte d'espérance. — Ce qui résulte aussi de la condamnation de la 57« proposition de Quesnel : « Il n'y a pas d'espérance en Dieu, où il n'y a pas amour de Dieu. » Denzinger, n. 1407 (1272). Par amour de Dieu, Quesnel entendait l'amour parfait ou chanté théologale.

Page 1