Targums. — Il y a deux principaux targums ou
ESTHER (LIVRE D'
traductions araméennes du livre hébreu d'Esllier. Le premier {rischon), aclaevé vers l'an 700 de notre ère, n'ajoute à l'original que quelques mots et de petites phrases pour la clarté. Le second (scheni) renferme de plus longs développements légendaires et peu cohérents entre eux ; il est un peu plus récent que le premier (vers 800 au plus tôt).
Voir, pour le targum I, Posner, Das Targiim Rischon zii dcni biblischen Bûche Eslher, Ereslau, 1896; pour le targum II, J. Reiss, dans Monalsschri/l fîir Geschichte und Wissenscha)t des Jiidentiinis, 1876, p. 161 sq., 276 sq., 398 sq.; 1881, p. 473-177; P. Casscl, Aus I.ileialiir und Geschichic, Leipzig, 1885; S. Gelbhaus, Das Targum scheni zum Bûche Esther, Franctort-sur-le-Mein, 1893; W. Bâcher, Zur jùdisch-persischen I.ileratur, dans Jewisch quarterUj reuicw, t. xvi, p. 525 sq. (second targum d'Esthcr).
Éditions : du targum I, dans les Polyglottes d'Anvers et de Paris, avec traduction latine. La Polyglotte de Londres donne un texte amplifié, publié déjà dans la Bible rabbinique de Bomberg, 1518. Tayler a traduit ce texte en latin, le nommant larrium prius, avec le targum II, voir ci-aprés. De Lagarde, daas Jlagioç/rapha chaldaicc, Leipzig, 1873, a reproduit l'édition de Bomberg. — Du targum II: de Lagarde, loc. cit., p. 223 sq.; L. Mimk, Turgum scheni zum Bûche Eslher, Berlin, 1876; P. Cassel, Zweilcs Targum zum Bûche Esther, 1878. texte et trad. allemande ;Moritz David, Das Targum scheni zum Bûche Esther, Berlin, 1898 (la meilleure). Traduction latine sans les textes araméens, Tayler, Targum prius ac pnsterius in Eslher..., Londres,
Il existe aussi en araméen une paraphrase de la prière d'Fsthcr (addition) dans le Songe de Mardochce (x« siècle). Cf. Ryssel, loc. cit., p. 195 sq.
4. Version syriaque. — La Peschito ne contenait pas primitivement le livre d'Esther, pas plus que les deutérocanoniques. Ce livTe manque même en entier dans les manuscrits de la reccnsion orientale ou nestoriennc. Les deutérocanoniijues ont été traduits en syriaque d'après le grec au iv« siècle. Ils ont été édités dans la Polyglotte de Londres et par P. de Lagarde, Leipzig, 18GL
5. Les manuscrits hébreux IIG, 117, IIS et 127 de la Bibliothèque nationale contiennent, jointe au texte hébreu, imc traduction persane d'Esther parmi d'autres livres de l'Ancien Testament.
6. Vulgatc latine. — Saint .Jérôme traduisit en latin le livre « comme il est dans l'hébreu, » verbiim e verbo. Precf. in lib. Esther, P. L., t. xxviir, col. M.SSsq. Ace premier travail il ajouta la traduction latine des additions, selon qu'il les trouva» dans l'édition courante (in edilinne vulgata) » de la Bible grecque. Vulg., avant x, 4. Il les traduisit fort librement et d'après la recension du codex Alcxandrinits, les « marquant d'un obèle. » Ibid.
2" Vers(o/is dérivées. — 1. Ancienne latine. — Son texte n'est pas une traduction, mais un simple résumé de tout le livre d'après une reccnsion grecque proche parente de celles des niiuiuscrits Alexandrinus et Vaticanus, avec des remaniements et des enrichissements qui font les additions plus longues que dans le grec. La langue en est rude et grossière. Voir Fritzsche, Ilandlmch, p. 75; Jacob, op. cit., j). 219 sq.
Les trois premiers chapitres de cet ancien texte latin ont été édités par Tommasi, Sacronim Biblioritm jiixia editionem seuLXX interprctum seti h. Ilieronijmi réfères tituli. Home, 1688, part. I, p. 92-9.3; Optra nmnia, édit. Vezzosi, Borne, 1717, t. la, p. 138- 141, d'après le manuscrit, aujourd'hui perdu, de la Valliccllane, H. 7. Biauchhii les a réédités, Vindiriie canonicarum Scripturarum vet. lai. edil., Bome, 1710,
p. CCXCIV-CCXCIX.
Mitions : P. Sabaticr l'a publiée, llil>lii)runi snrrorum latinst iirrsinnrr. nnliquir..., Hcims, 1753, t. i. p. 796-825, d'nprés le manuscrit de Corbic (Bibliolhéqui- nationale,
1J549); dom Calmet avait reçu de dom Martianay une copie de ce manuscrit de Corbie, et il en a publié quelques variantes dans son Commentaire lillrral sur le livre d'Esther; S. Berger, Histoire de la Vulgnle, p. 22, 62, 138. signale le livre d'Esther selon le texte de l'ancienne latine parmi d'autres livres du texte de la Vulgate, dans les manuscrits suivants : coder Complutensis (première Bible d'Alcala), ms. 350 de Lyon (spécimen dans Berger, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. xxxiv,2'^ partie, p. 145-1 17; tirage Ci part, p. 31-33), mss 6225, 6239 de Munich, ms. n. 35du Mont-Cassin, ms. de Bobbio (Ambros. E, 26 in/.), ms. de Carcassonne (perdu).
2. Autres versions. — Sijro-hexaplairc. — Le livre d'Esther figurait dans le manuscrit de cette version signalé par Masius (f 1573), à qui il appartenait. Ce manuscrit est aujourd'hui égaré. — Arabe. — Celle qui est publiée dans les Polyglottes de Paris et de Londres a été faite sur les Septante. — Arménienne. — Amsterdam, 1666; Constantinople, 1705; Venise (J. Zohrab), 1805; Pères méchitaristes, 1859- 1860. — Coptes. — D'Esther nous n'avons dans la sahidique que iv, 3-4, 6-12 (ms. British Muséum^ addit. 17183). — Éthiopienne. — A. Dillmann avait annoncé la publication du livre d'Esther en éthiopien; faute de ressources, il n'a pu tenir sa promesse. La Bibliothèque nationale de Paris n'a aucun manuscrit de la version éthiopienne d'Esther. — Géorgienne. — Moscou, 1743; Saint-Pétersbourg, 1816, 1818. — Slavonne. — Esther traduit de l'hébreu.
IL Canoniciti':. — /. cuEz LES jvirs. — Si le livre d'Esther fut écrit dans les derniers temps de l'empire persan, l'omission d'Esther et de MardochéC; faite par l'auteur de l'Ecclésiastique, vers l'an 180 (ou 145) avant notre ère, dans le catalogue des personnages qui ont illustré l'histoire d'Israël, Eccli., xnv, 10 sq., ne jirouve pas la non-canonicité absolue de ce livre, mais seulement qu'il n'était pas connu de l'auteur, ou qu'il n'était pas encore canonique. Les centaines de prescriptions que l'on trouve dans la Mischna et les deux Talmuds, relativement à la transcription et à la lecture du petit « rouleau » d'Esther, comme ;i la céléljration de la fête des Piirini, ]irescriptions qui remontent au commencement de notre ère, l'importance extrême que l'on attache, à cette époque, à la lecture même de ce rouleau, la faisant passer avant l'étude de la loi et le service de l'autel, attestent à leur manière la canonicité. Tahnud de Jérusalem, traité Megillah, i, 1-5, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vr, p. 198-208; Talmud de Babvlone, Megillah, \a,2b 5fc, 16 6, etc. Selon Neteler, Comm. zii Esra, Nehemia und Esther, Munster, 1878, et quelques autres, Josèphe, qui ])lacc les ordonnateurs du canon, Esdras et Néhémie, au temps de Xerxès, Ant. jiid., XI, V, a placé le livre d'Esther au temps d'Artaxerxès, « successeur de Xerxès », Cont. Apion., I, VIII, pour marquer sa non-canonicité, « les écrits parus depuis les jours d'Artaxerxès ne jouissant pas du même crédit que ceux qui les ont précédés ; » cf. aussi Ant. jud., XI, vi. Mais le contraire est aussi logicfuc, sinon plus : Josèphe, identifiant l'Assuérus du livre d'Esther avec Artaxerxès et l'Artaxerxès du livre d'Esdras avec Xerxès père de celui-ci, et tenant Esther pour canonique, se voit forcé, ce livre étant le plus récent de la série, d'étendre la suite des écrits prophétiques (canoniques) « jusqu'aux jours d'Artaxerxès. » Il n'est point dit, du reste, que Josèphe tint lOsdras pour l'ordonnateur du canon. Il est vrai qu'un membre inducnt de l'école de Janinia (Jabné), B. .losué, entendit exclure Esther du canon, et (|u'un jieu i)lus tard, B. Samuel et IL Juda, celui-ci rapportant les |)aroles du premier, prétendirent (pie ce livre " ne souillait i)as les mains » (n'était i)as saint et sacré); mais le même B. .Samuel
ESTHER (LIVRE D'
enseignait aussi qii'Estlicr était « inspiré •>, avec celle restriction, toutefois, que l'inspiration dans le présent cas était pour la « lecture », non pour 1' « écriture » : en d'autres termes — ainsi l'ont compris, du reste, les commentateurs du Talmud (Yoma, 29 a) — que le livre, tout inspiré qu'il fût et bon à lire dans l'assemblée, ne devait néanmoins pas être répandu dans le public par voie de transcription. Talmud de Babylone, Megillah, 7 o. Un autre passage de ce Talmud, ibiiL, et le passage similaire du Talmud de Jérusalem, Me<7i7Za/i, i, 5, trad. Schwab, Paris, 1883, t. VI, p. 206-207, bien que non historiques, paraissent indiquer aussi une hésitation de la part des rabbis touchant la réception d'Esther dans le canon; mais ils constatent en même temps que l'admission du livre et la célébration de la fête des Purim, sur laquelle Insiste le Talmud de Jérusalem, furent justifiées par une interprétation d'Exode, xvii, 1-1, inspirée de Dieu, le « livre » dont il est parlé en ce verset de la Loi faisant alkision à la megillah d'Esther, un des hagiographes. Aussi peu important, et surtout aussi peu concluant pour la non-canonicité, du côté juif, le passage tahiiudique, Sanhédrin, 100 a, où R. Juda paraît traiter Esther de li\Te « épicurien »; car l'épithète, d'après le contexte bien compris, s'applique non à ce livre, mais aux deux disciples du rabbi, Lévi bar Samuel et Huna bar Chija, lesquels avaient tenu sur le « rouleau » d'Esther un propos digne d'être ainsi qualifié; ainsi interprétèrent le passage tous les commentateurs du Talmud, en particulier Raschi et Samuel Edels. L'omission d'Esther dans la liste des livres canoniques de l'Ancien Testament, fournie par des docteurs juifs à Méliton de Sardes (voir plus loin), ne prouve pas non plus qu'à Jérusalem quelque synagogue n'admettait pas ce livre; car les noms grecs donnés par Méliton à quelques-uns des livres bibliques, comme l'ordre dans lequel il les présente à Onésime, décèlent la Bible grecque, ou des Septante, et donnent plutôt à penser que Méliton eut alïaire ici à des judéo-clirétiens. Voir H. E. Ryle, The Canon of the Old Testament, Londres, 1909, p. 149 sq., 210 sq., 214 sq. ; Wildeboer, De In formalion dn canon de l'Ancien Testament (trad. du hollandais), Lausanne et Paris, 1902, p. 48 sq., 54 sq., 103, 105; Sigmund Jampel, Das Biich Esther, Francfort-sur-le- Mein, 1907, p. 7 sq., 11 sq., 15 sq., 43 sq.
//. ciiEX LES cuRÉTiENS. — 1° Témoignages en faveur de la canonicité du livre dans sa reecnsion grecque. — S'il n'y a dans les livres du Nouveau Testament aucune citation d'Esther, en revanche Clément de de Rome analyse le livre grec, montrant l'héroïne sauvant le peuple, « rendue forte £ià t?,; yàpizo; ro-j 'JeoO. » / Cor., i.v, Hemmer et Lejay, Textes et documents, t. x, p. 110 sq. Clément d'Alexandrie analyse aussi des fragments du même livre. Strom., IV, XIX, P. G., t. VIII, col. 1330. Origène le cite comme Écriture (Esth., c, 1, 14; Vulg.,xiii, 8; xiv, 3), De orat., 14, P. G., t. xi, col. 461, et l'admet au nombre des « livres testamentaires (ÈvSia9r|y.o-j;) », tels que les ont transmis les Hébreux. Eusèbe, H. E.,
I. VI, c. XXV, 1, 2; Hemmer et Lejay, Textes, t. xiv, p. 222 sq. Rufm reçoit Hester dans la recension des Septante, ApoL, ii, 33, P. L., t. xxi, col. 611, et le place parmi les livres « inspirés ». Comm. in sijmb. aposL, 36-38, ibid., col. 373. Les catalogues de caractère ofTiciel ou ofTicicux de Cyrille de Jérusalem, Cat., IV, 35, P. G., t. xxxiii, col. 490 sq. ; d'Épiphane, Hœr., VIII, 6, P. G., t. xli, col. 413; De pond, et mens., 4, P. G., t. xi.iii, col. 244; 23, ibid., col. 277; de la 2-Jvo'l>tç Èv âutTôaii), Lagarde, Septuaginia- Studien,
II, p. 00 sq. ; (la Dialogus Timothœi et Aquilœ, Swcte, Introduction, p. 200; de Jean Damascène, De fuie erthod., iv, 17, P. G. t. xciv, col. 1180; d'Ebedjesu,
Calai, libror. EccL, .\ssémani, Bibl. or., t. m, p. 5 sq. ; du 60>-' canon de Laodicéc, Mansi, Concil., t. ii, col. 574, et du 85" canon des apôtres, P. G., t. cxxxvii, col. 211, pour les Églises grecque et orientale; d'IIilaire de Poitiers, Jn psalm., prol., 15, P. L., t. ix, col. 241; d'Augustin, De doct. christ., ii, 13, P. L., t. xxxiv, col. 41 ; d'Innocent l",Epist. ad Exsuperium, P. L., t. XX, col. 501 ; du décret de Gélase, i, 3, Preuschen, Analeeta, 1893, p. 148; de Cassiodore, De inst. div. lilL, 12-14, P. L., t. lxx, col. 1123-1120; d'Isidore de Séville, De offic. ecclesiasL, i, 12; Elgm., vi, 1; Lib. prœm., P. L., t. lxxxiii, col. 740; t. lxxxii, col. 229; t. lxxxiii, col. 158; du manuscrit de Saint- Gall (Mommsen), Preuschen, op. cit., p. 138; du codex Claromonianus, ibid., p. 143; du Liber sacramentorum de Bobbio, Swete, Introduction, p. 213; du concile de Carthage, P. L., t. lxvii, col. 170, 191, pour l'Église latine, mentionnent 'Eaôr.p, Hester (Est{h)er). Les manuscrits grecs et latins (principaux : Vaticanus, Sinaiticus, Alexandrinus, Basiliano-Venetus, Amiatinus, Bibles alcuiniennes, espagnoles et théodulfiennes) afïirment encore jusqu'au xii« siècle la canonicité du livre dont les fragments additionnels seront seuls désormais quelque peu contestés avant la définition de Trente.
2° Doutes élevés sur la canonicité du livre tout entier on des seuls fragments additionnels, et explication de ces doutes. — Vers l'an 170 de notre ère, Méliton, évêque de Sardes, dressant une liste des Uvres du canon hébreu, omet d'y faire figurer Esther. Eusèbe, H. E., IV, 26, P. G., t. XX, col. 397. Cette omission, si elle ne s'explique pas par la chute du mot 'E!76r,pdans la copie, Keil, Einleitung, 1872, p. 649, provient de ce que les consulteurs de Méliton, voir plus haut, peut-être judéo-chrétiens, rejetaient le li\Te à cause des additions qu'il renfermait et qui n'étaient point reçues des Juifs palestiniens. Saint Athanase, non plus, n'a pas fait figurer Esther parmi les livres canoniques; il le place même parmi les pig>îa oJxavovi^ôij.cva. Epist. fcst., xxxix, P. G., t. XXVI, col. 1437. Saint Jérôme tient les additions de Yediiio vulgata pour des « pièces mal cousues », des développements ou « exercices scolaires » qu'il met en appendice de sa traduction de l'hébreu. Prœf. in lib. Esther, P. L., t. XXVIII, col. 1433. Mais il n'est pas moins vrai qu' Athanase considère ce livre comme renfermant la « doctrine de piété »; qu'il l'assimile à ce point de vue à d'autres piSÀta où xavov[^d[ji.Eva cités pourtant par lui comme Écriture (Sap., Eccli., Tobie, Judith); qu'il l'oppose avec ceux-là aux aTtoxpuça. Ibid., et Preuschen, Analeeta, p. 146. Qu'Esther ait été rangé par l'évêque d'Alexandrie au nombre de ces li\Tes « désignés par les pères pour être lus aux convertis, » malgré la tradition qui le recevait au rang des canoniques, probablement faut-il en chercher le motif dans une interprétation exagérée de la notation d'Origène, qui marqua d'un obèle les additions de la recension grecque, malgré qu'il les citât lui-même comme Écriture, voir plus haut, col. 855, appréciation qui put conduire les docteurs alexandrins à suspecter le livre tout entier. Celte interprétation, qui fut certainement professée par saint Jérôme, Epist, cvi, (td Sun. et Fret., 7, P. L., t. xxii, col. 840, ce qui explique son quasi-dédain des fragments additionnels, peut expliquer aussi l'exclusion d'Esther du catalogue poétique de saint Grégoire de Nazianze, Carm. de gen. libr. inspir. Scriptur:c, P. G., t. xxxvii, col. 472, et le doute élevé sur ce livre par le catalogue de saint Amphiloque. Carm. ad Seleacuni, ibid., col. 1593. Se rangeant à l'opinion de son maître Théodore de Mopsueste, Junilius, De inst. reg. div. legis, I, 3, dans Kilin. Theodor von Mopsucstia und .lunilius Africanus als Exegetcn, Fribourg-en-Brisgau, 1880,
ESTHER (LIVRE D'
p. 472, 480, ne reconnaît à Hesicr qu'une autorité moyenne en tant que « plusieurs » seulement l'ajoutent aux li\Tes historiques canoniques avec Par., Job, Tob., Judith, Mac. : opinion toute personnelle, sans attache aux idées sur les Livres saints qui avaient cours au V siècle en Orient et en Occident. Dépendent simplement d'Athanase : le catalogue de Nicéphore, P. G., t. c, col. 1056; la Synopse du pseudo-Athanase, P. G., t. xxviii, col. 283; de Jérôme : Walalrid Strabon, qui ne commenta point les fragments; Rupert deDeutz,Z)e viclor. verhi Dci, VIII, 1, P. L., t. ci.xix, col. 1379, qui ne reconnaît «vérité d'Écriture ■' qu'à la partie hébraïque; Nicolas de Lyre, qui néglige aussi de commenter les additions; Denys le Chartreux, Enanalio in librum Esther, dans Opéra omnia, Montreuil, 1898, t. v, p. 173, et Cajetan, Commenlarii, t. ii, p. 400; de Théodore de Mopsueste ; Léonce de Byzance, De scctis, act. II, 1-4, P. G., t. Lxxxvi, col. 1200; Notker, De inierpretibus div. Script., c. m, P. L., t. cxxxi, col. 997. Depuis le concile de Trente qui reçoit Esther au >< catalogue (les saints LivTCS " — tout entier, comme le contient l'ancienne Vulgale latine — seuls parmi les catholiques, Sixte de Sienne, Bibliotlicca sancla, 44, etEllics Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclés., t. i, p. 127-130; Dissert, prêlim. ou prolécj. sur la Bible, t. i, p. 52-53, ont souscrit encore au jugement de saint Jérôme. Cf. .7. Langcn, Die deuterocanonisehen Stiieke des Bûches Esther, Fribourg-en-Brisgau, 1862, p. 3-11; Vieusse, La Bible mutilée par les protestants, p. 203-210.
Luther rejeta le livre entier d'Esther, lui trouvant couleur trop judaisante et païenne, et le jugeant digne plus que tout autre d'être mis hors du canon. Tischrcden, dans Werhe, Erlangen, t. i.xii, p. 131; De sert'o arbitrio, ibid., t. vu, p. 195. Ses premiers disciples se contentèrent de rejeter seulement les fragments additionnels. Beaucoup d'auteurs critiques, enfin, ont regardé ce livre comme indigne de figurer dans le recueil sacré, à raison de son caractère estime profane, haineux et cruel. Voir ci-après. On sait que l'Église anglicane fait usage de nombre de deutérocanoniqucs, voir W. II. Daubncy, The use of the apocrijpha in the Christian Church, Londres, 1900, p. 50 sq. ; une collecte de Prai/cr book fait allusion à Est., XIV, 16 (Vulg.); les Hornilies, p. 291, citent les additions comme '< Scripture ». Daubney, p. 6G, 68.
III. Caractère historique. — La critique moderne a contesté et nie le caractère historique du livre d'Esther pour de multiples raisons ayant rapport aux invraisemblances et impossibilités que renfermerait le récit, comme aussi aux difficultés historiques qu'il soulève. Le livre d'Esther serait un roman imaginé pour rendre raison de la fête des Purim et de son institution ; et l'origine de cette fête devrait, par suite, être cherchée ailleurs que dans le corps des faits imaginaires du conte juif. On exposera ici la thèse critique, l)uis la réfutation qu'en ont donnée les auteurs et savants catholiques.
/. EXl'O^li nE I.A TIIKSE rniTKjlIC liE I.A SOy-lllfyTDni-
I iTi: m: i.ivnE h'estiieh. — l'Eu égard aux invraisemblances et impossibilités du récit. — 1. Il est inouï dans riiistoirn qu'un festin tel que celui d'Assuérus, i, 3-4, ait pu durer une demi-année, 180 jours (Davidson). — 2. Il est incroyable qu'une reine, Vnsthi, ait refusé,. comme il est dit, i, 12, d'obtempérer à l'ordre du roi, son mari. — 3. Il est contradictoire qu'Assuérus ail pris conseil des sages, i, 13 sq., pour répudier Vasthi et se soit dispensé de cette consultation coulunilôrc aux rois de Perse, dans leurs affaires, à l'occasion de l'édit de persécution, m, 13. — 4. D'après M, 6, au moment où commencent à se dérouler les événements rapportés dans le livre, Mardochée aurait eu pour le moins 120 ans et Esther 90; est il admissible
que cette dernière ait pu charmer, à cet âge,Assuérus par sa beauté? — 5. La parenté d'Esther et du juif Mardochée étant bien connue du roi et des gens de la cour. II, 8, 11, 22; iv, 4-7, comment cette reine putelle dissimuler son origine et sa nationalité? Comment, du reste, une reine pourrait-elle garder un tel secret? (De Wette-Schrader, Reuss, Bleek, Driver). — 6. Est-il vraisemblable que, pour se présenter au roi son époux sans avoir été mandée, une reine encoure la mort, et qu'Esther ait pu croire, pour avoir été délaissée trente jours durant, ne devoir pas être mandée durant onze mois, iv, 10 sq.? — 7. Il est impossible que le roi de Perse ait voué à la mort tout un peuple sans plus d'explications que celles fournies parAman,iii, 8sq. — 8. Il n'est pas croyable qu'Aman ait divulgué dans toutes les provinces de l'empire ses intentions homicides à l'égard des Juifs, onze mois avant le jour fixé pour leur exécution, et que les Juifs soient supposés avoir dû attendre la mort dans l'inaction complète (Bleek-Wellhausen). — 9. Plus incroyable encore que, deux jours durant, la l)opulation de tout un empire se soit laissé décimer l)ar une poignée d'immigrants étrangers, et que 75 000 hommes aient ainsi péri sans secours ou vengeance, sans qu'un seul ait succombé du côté des agresseurs (Bleek-Wellhausen).
2° Eu égard aux difficultés historiques soulevées par le récit. — ■ 1. Il est surprenant que ni les histoires, ou sources historiques, grecques et persanes, ni les livres hébreux d'Esdras et de Néhémie, qui traitent pourtant de faits concernant le peuple juif arrivés sous les Achéménides, ni les livres de l'Ecclésiastique et le P'' des Machiibées ne font la moindre allusion à l'extrême danger couru par les Juifs au temps de Xerxès (Assuérus), non plus qu'à l'intervention si opportune et si efficace d'Esther et de Mardochée en cette conjoncture. — 2. Les données géographiques du livre concernant l'empire perse sont en contradiction avec l'histoire : il parle de 127 régions, alors qu'Hérodote, sous Artaxcrxès, ne connaît pas plus de 20 satrapies. — - 3. Les mœurs de la cour qu'il décrit ne correspondent point non plus à la réalité historique. — 4. Contrairement à ce qu'il avance, les renseignements que nous tenons des classiques nous api)rennent que, seule, une femme issue des Achéménides pouvait être élevée au rang de reine ; et précisément, les auteurs anciens indiquent Amestris comme femme d'Assuérus (Xerxès) pour l'époque où est censée régner Esther. — 5. Nous savons enfin positivement par l'histoire que, durant la domination persane tout entière, les Juifs l)urcnt vivre en paix partout dans les limites de l'empire.
3" Eu égard à l'origine plus probablement étrangère de la fête des Purim. — La fête des Purim, ou des sorts, se justifiant par le contenu du livre d'Esther, III, 7 ; IX, 24, 26, 28-32, mais l'historicité de ce contenu se trouvant ainsi révoquée en doute, il ne restait plus aux critiques d'autre moyen d'expliquer la fête célébrée par tous les Juifs à l'époque de Josèphe, AnL jud., XI, VI, 13, et de l'auteur du 11'^ livre des Machabées, XV, 36-37, que d'en chercher l'origine dans un des événements historiques dont on n'avait plus mémoire au temps où fut composé le livre, ou dont la nature païenne et étrangère, n'osant être avouée, exigeait qu'elle fût dissimulée sous le roman juif d'Esther.
Nombreuses sont les hypothèses émises par les savants : 1. Les Perses fêlaient en mars le nouvel an. C'était chez eux la fête du printemps : ils faisaient ripaille, s'envoyaient mutuellement des présents et distribuaient de l'argent aux pauvres. Cf. Esth., ix, 17, 19, 22. (xtle fêle, qui s'appelait Nauroz, fut adoptée par les .luifs vivant dans l'empire perse cl par eux gardée toujours. Ne pouvant l'abolir, les rabbins,
ESTHER (LIVRE D'
pour lui prêter un caractère juif, composèrent le livre d'Esther (Zunz).
2. Les Purim sont simplement la quatrième des cinq fêtes du vin que l'on célébrait à Athènes, la fête de l'ouverlurc des fûts, suivie immédiatement de celle des pots (pithoigies et choès), les ll«et 12« jours de février (anthestcrion), où l'on s'offrait des pots pleins de vin et d'autres présents : purim serait un pluriel de l'hébreu pûrâli," pressoir »; cf. pûrûr, «pot» <Graetz).
3. fis sont identiques au Phourdigan (farvardigân) des Perses, fête des morts, des mânes tutélaires : farvar= fravuhri, « gardien, protecteur », çoupSaia, ço-jpaia (recens, de Lucien), cppo-jpaia (Josèphe, An^ /ud., XI, VI, 13), cppo-jpai (Swete, F, 11 et texte reçu), tppovpiij. {Sinaiticus), purim (Lagarde et beaucoup d'autres).
4. Ils correspondent" au moins en partie »à la fête babylonienne du nouvel an (sumérien : zag-muk; assyrien : rés satli), fête du dieu principal Marduk, qui se célébrait le premier jour du mois de nisan (équinoxe du printemps). Cette fête durait plusieurs jours. Au cours des huitième-onzième jours, les réjouissances redoublaient, car c'était l'époque où les dieux étaient censés déterminer, dans la « chambre du destin » et sous la présidence de Marduk, les sorts de la nouvelle année, et se donner à cette occasion un grand festin {puhru, d'où le vocable hébreu : pur, pûrim). Les éléments narratifs du livre d'Esther, comme les noms des principaux personnages qu'il met en scène, seraient empruntés à la mythologie chaldéo-élamite : Mardochée correspond au dieu babylonien Marduk; Esther à la déesse chaldéenne Istar; Aman, le favori déchu, c'est le dieu élamite Human, Uman; Wasti, la reine répudiée, c'est la déesse susienne Mastî (Wasti). Un parti vainqueur, contre un parti vaincu; la Babylonie de la légende (épopée de Gilgames) ou l'Assyrie de l'histoire (derniers temps, Assourbanabal), contre l'Élam. Au fond, cependant, les éléments recueillis et groupés d'un mythe naturiste : « Aman se voit dépossédé par Mardochée, son adversaire, comme Wasti par Esther. Le temps du règne d'Aman est, d'après i, 4, à prendre pour 180 jours, à savoir la moitié de l'année, après laquelle il est pendu, genre de mort caractéristique d'un héros solaire. Wasti, dont la beauté se trouve particulièrement mise en relief dans I, 11, se refuse à paraître devant le roi et correspond à ce point de vue à l'Istar virginale, la xôpr,, r Istar du monde souterrain. Conséquemment, Aman et Wasti représentent, dans le mythe formant le fond (de cette histoire), la moitié ténébreuse, hivernale, de l'année, le temps où règne Tiamat; tandis qu'au contraire Mardochée et Esther, (Esther) dont la beauté se trouve également mise en vedette, figurent la moitié estivale de l'année, le temps où régnent proprement Marduk et Istar. Le roi, en tant qu'originairement summus deus, forme l'élément constant nécessaire à la résolution de ces antithèses. C'est pourquoi d'abord il est avec Wasti, en attendant qu'il épouse Esther.'^Particuhèrement digne d'attention, eu égard à l'originelle fdiation mythologique, est encore le rapport de parenté qui unit Esther et MardochéeJ D'après ii, 7, 15, Esther est la cousine de Mardochée, la fdle du frère du père (de ce dernier). Or, à ce rapport de parenté correspond le rapport de parenté d' Istar à Marduk dans la mythologie babylonienne. Là, en effet, Istar et Marduk peuvent être tenus pour cousins, soit que l'on table sur Istar fille d'Anu (dieu du ciel) et sur Marduk fils d'Éa (dieu des eaux, frère d'Anu), soit que l'on tienne Istar fihe de Sin (dieu lune), auquel cas Marduk pourrait être pensé fils de Samas (le soleil) » (Zimmern, Jensen, Jeremias, Winckler).
De cette quatrième hypothèse, « le centre de l'exé-
gèse moderne » du livre d'Esther, sont nées d'autres hypothèses qui, la reproduisant en gros, en ont laissé tomber toutefois maint détail qu'elles s'efforcent de suppléer par des éléments non plus empruntés à l'assyriologie, il est vrai, mais toujours étrangers à l'histoire juive.
5. L'emprunt des Purim s'est fait du Phourdigan persan et du Zagnuig babylonien à la fois, par l'intermédiaire de la fête persane des Sacées, au cours de laquelle on couronnait un esclave. Cf. le triomphe de Mardochée, vi (Meissner).
6. La fête juive que veut expliquer le livre d'Esther a supplanté graduellement la fête de Nicanor, I Mac, VII, 40, 4.5, 49; II Mac, xv, 36; Josèphe, Ani. jud., XII, x, 5, qui tombait le 13 adar et que l'on célébrait aussi à Jérusalem le 14 du même mois. Cf. Est., ix, 17, 18. Cependant, derrière la légende d'Esther, se cachent et le début des contes des Mille et une nuits (voir l'hypothèse suivante); et le grand récit babylonien de la création (enuma dis) où Marduk combat la déesse Tiamat et la met à mort (Mardochée contre Aman); et le mythe de la descente d'Iitar aux enfers où la déesse de l'amour délivre son amant Tammuz (Esther sauvant Mardochée et son peuple) (Erbt, Reuss).
7. Il existe un parallèle frappant entre les deux premiers chapitres d'Esther et le roman des Mille et une nuits où, comme dans le livre hébreu, le roi fait mourir sa première femme et se fait présenter journellement une autre femme qu'il envoie à la mort le matin suivant, jusqu'à ce qu'enfin la belle Shéhérazade fixe son cœur et, pour sauver les filles de son peuple, devient son épouse. Cf. Esth., i, ii (de Goeje).
8. L'hypothèse la plus osée est la suivante : « Purim est dérivé de l'ancien persan purti, équivalent du védique pûrii, « portion ». Pûrim, <i portions, dons » (héb. manôth, Esth., ix, 19, 22), correspond au latin strenœ, français étrennes. L'interprétation de yémê Pûrim (Estli.,ix,26) par « jours des sorts » est une étymologie populaire subsidiaire suggérée par le mot hébreu « portion » pris dans le sens de « sort, destinée » (cf. Ps.xvi, 5, où manâh, « part »,fait parallélisme avec gôral, « lot », part échue au sort). Le livre d'Esther, tout comme le livre de Judith, est une légende festale en rapport avec la fête des Purim; il n'est pas un livre historique, ou une nouvelle historique, mais une pure fiction. Les événements et incidents qui y sont relatés ont été suggérés à son auteur par les souffrances des Juifs durant la persécution syrienne et par l'éclatante victoire qu'ils remportèrent sur Nicanor, le 13 d'adar, 161 avant Jésus-Clirist. Nicanor est le prototype d'Aman, et les honneurs départis à Mardochée correspondent aux distinctions conférées au grand-prêtre machabéen Jonathan, le plus jeune frère et le successeur de Juda Machabée. Les noms d'Aman et de Wasti sont susiens ou élamites, tandis que Mardochée et Esther correspondent aux babyloniens Marduk et Istar. L'antagonisme entre Aman et Wasti, d'une part, et Mardochée et Esther, de l'autre, peut avoir été suggéré par une ancienne légende festale babylonienne célébrant la victoire remportée par le dieu principal de Babylone sur la principale divinité des Élamites ; et ce peut être, en dernière analyse, un mythe naturiste symbohsant la victoire des dieux du printemps sur les géants glaciaux de l'hiver qui haïssent la lumière du soleil et complotent sans cesse de ramener l'hiver sur la terre... Mardochée,. le dieu du soleil printanier, triompha du géant hivernal Aman..., et l'hiver des épreuves juives se changea en un brillant été, grâce au soleil de Juda Machabée » (P. Haupt).
Davidson, Introduction lo the Old Testament, Londres, 1862-1863, t. II, p. 157 sq.; de Wette-Schrader, Eintci-
ESTHER (LIVRE D
iung in dax A. Teslamenl, Berlin, 18fi9, p. 398; Reuss, Geschiclite des A. T., Leipzig, p. 58-1 sq., et dans Schenkel, Hibellexicnn, t. ii, p. 199 sq.; Bleek-Wellhausen, Einlcilimij in das A. T., Berlin, 1S93, p. 299 sq.; Dri\er, Iiilrudiiclion lo the lilcratiire o/ the OU Test., Edimbourg, 1897, p. 182 sq. ; Nœldeke, Histoire littéraire de l'Ancien Testament, trad. Derenbourg et Soury, Paris, 1873. p. 121 sq.; Zunz, dans Zeilschri/l der deiitschen morgenlândischen Gescllschafl, t. xxvii, p. 684 sq.; Graetz, dans Monalsschrilt /iir Geschichle und 'Wissenscliafl des Jiidenthums, 1886, p. 425 sq., 473 sq.,521 sq.; de Lagardo, Purini, Gœltingiic, 18S7;Zimniern, dans Zeilschrijt jiir aliteslum. M'issenschajt, 1901, p. 157 sq., et dans Schradcr, Die Keilinschrijtcn und das Alte Testament, Berlin, 1903, p. 514 sq.; .lensen, dans WildehoeT,Die (iinf Megillot, Tubingue, Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1898 (lettre à Tauleur, novembre 1896), p. 173 sq. ; Jeremias, Das Alte Testament im Lichte des Allen Orients, Leipzig, 1906, p. 551 (simple renvoi au suivant); Winckler, AUorientalische Forschungcn, Leipzig, 1902, 3'" série, t. i, p. 1 sq. ; Meissner, dans '/.eUschriji der dciitscli. morgenlànd. Gesellsctia/t, 1896, p. 296 sq.; Erbl, Die Piirimsagc. Berlin, 1900; cf. Rcuss, op. ci/., p. 580; Ue Goeje, dans De Gids, <• Le guide ■, septembre 1880, article reproduit dans \' Encijclopœdia britannica, 1888, t. xxiii (Thoii.'iand and one nighls); et. Beuiie bihliqnc, Paris, 1909, p. 7 sq, ; P. Haupt, Ptirim, Leipzig, 1900 (contient dans les Notes une bibliographie complète de la question).
II. nnFUTArios de la thèse critique de la .\ox- BiSTORiririi PU LIVRE d'estijer. — 1° Eli égard aux prétendues invraisemblances et impossibilités du récit. — 1. L'idée d'un festin qui aurait duré une demiannée est née d'une fausse interprétation d'Esth., i, 3-10. Le seul festin que donna Xerxès (Assuérus) fut d'une durée de sept jours, sans plus, y. 5. Le v. 3, où l'auteur annonce le festin, se réfère de lui-même au y. 5, où le festin se donne. Le y. 4 se rapporte uniquement au déploiement de magnificence dont le monarque crut bon d'éblouir ses satrapes arrivant successivement, 180 jours durant, des extrémités les plus éloignées de l'empire, préliminairement au festin qui réunit tout le monde : « princes et serviteurs » (V. 3); « grands et petits » (v. .'>). — 2. Le refus de Waslhi a son pendant dans Hérodote, i, 8-12, où le roi de Lydie, Candaule, ne réussit pas davantage à laisser voir à son hôte Gygès la beauté de sa femme. — 3. La même opposition qui se remarque entre les deux façons d'agir dAssuérus envers son conseil, dans Esth., I, 13; III, 13, se rencontre aussi dans Hérodote, m, 31, au sujet de Cambyse. Les rois perses jouissaient d'un pouvoir absolu que ne contredit nullement la coutume où ils étaient de consulter les sages, occasionnellement et pour la forme. CL Spiegel, Eranische Allertiwmskunde, t. ii, p. 326. — 4. Les mots « qui avait été emmené de Jérusalem parmi les captifs déportés avec Jéchonias, roi de Juda, par Nabucho- <lonosor, » se rapportent, non à iMardocliée, mais à Kisch, bisaïeul de celui-ci; et cette interprétation du texte n'a rien de forcé. — 5. Les liens de parenté (|ui unissaient Esthcr à Mardochée étaient sans doute connus du roi et des gens de la cour (Estli.,ir, 8, 11, 22; IV, 4-5), et c'est bien eu égard à Esthcr que Mardochée put occuper au palais une situation ([ui le nùt à même de communiquer avec elle et de découvrirla conspiration(ii, 11-12; cf. LXX, n,17, 19sq.); mais que le roi ait ignoré d'abord (ii, 10. 20; m, 4) leur nationalité n'a rien d'invraisemblable, ni par rapport à Esthcr, qui ne fut qu'une femme légitime de second rang, comme il y en avait beaucoup, même d'étrangères, dans toutes les cours royales (voir plus loin); ni par rapport à Mardochée, qui n'eut alTaire d'abord qu'à Esthcr au palais. — 6. L'inaccessibilité d'Assuérus,qui ne se comprendrait pas, en effet, visà-vis d'une reine de premier rang, s'explique d'une reine de rang inférieur, comme était Esther. Hérodote, m, 68 sq., nous rapporte de l'hédyme, femme légitime du faux Smerdis, que cette reine, après plusieurs
mois de séjour dans le harem royal, n'avait pas encore vu le visage de son mari. Cf. aussi Hérodote, i, 99; m, 18,140. Estlier, enfin, pouvait bien douter de son empire sur le cœur d'Assuérus (Xerxès), vu que cinq années s'étaient écoulées déjà depuis son entrée à la cour, II, 15, au moment où Aman fomentait le massacre des Juifs, m, 7-12. — 7. Le caractère d'Assuérus, bien compris, d'une part et, de l'autre, l'état réel, ethnographique et politique, de l'ancien empire perse rendent raison des agissements cruels d'Aman et du monarque vis-à-vis de tout un peuple dispersé dans cet empire. — a) Quoi d'étonnant à ce qu'un prince faible, entêté, présomptueux, lâche, jouet de ses femmes et de ses favoris, cruel à ses proches, inhumain envers ses amis et dévoués serviteurs, tel enfin que l'histoire nous dépeint Xerxès (Hérodote, viii, 35, 38-39, 101-104, 114, 118, 209-231, 238; ix, 111-113), ait accordé, dans un moment d'humeur, à un grandvizir (ministre auquel de plus courageux que lui ne savaient résister, Hérodote, m, 120) et sous le sceau d'une promesse irréfragable, l'autorisation d'exterminer tous les Juifs établis dans l'empire? — b) Le ministre, du rcste,sut dépeindre à son maître,sous des couleurs propres à exciter la jalousie et la cruauté de celui-ci, le peuple condamné. Aman représente les Juifs comme une horde disséminée dans tout le royaume, gens faisant bande à part, rebelles aux usages de la nation et aux ordres du roi, m, 8. Or, à cette époque, nous le savons par les auteurs anciens (cf. Hérodote, i, 125; Xénophon, Cijropédie, i, 2, 5), des bandes de nomades parcouraient l'empire, pillant et ravageant, tirant même un tribut sur le Grand Roi. Et nous savons aussi quels étaient l'intolérance et le fanatisme de Xerxès relativement aux religions étrangères à la sienne. Strabon, vu, 38; xiv; xvi,
I, 5; Arrien, m, 16; vu, 17; Diodore de Sicile, i, 58,4;
II, 9; XVII, 112; Hérodote, i, 183, 187; m, 16, etc.; II, 110; VI, 101;viii, 33, 53; Xénophon, C'vrop., iv, 5, 17; viii, 5, 26. — 8. L'inconstance de ia faveur royale à l'égard des ministres devait inciter Aman à rendre impossible un retour du monarque perse sur sa décision. Les favoris, à la cour de Suse, payaient de leur vie de tels retours. Spiegel, op. cit., t. ii, p. 325. Voilà sans doute pourquoi Aman se hâte de faire promulguer l'édit onze mois avant son exécution. Et que pouvaient faire les Juifs, que se lamenter, prier et attendre? Ils ne pouvaient que succomber, quels que pussent être leurs moyens de résistance, n'ayant lias la faveur des gouverneurs royaux ; ils ne pouvaient sortir du territoire de l'empire sans abandonner leurs biens nécessaires à leur existence et sans tomber aux mains de peuples plus barbares encore que les Perses. — 9. Les .luifs, « dispersés » dans l'empire, étaient loinïde n'être qu'une poignée d'immigrants. I^cs rois assyriens et clialdéens les avaient transportés pour coloniser les parties de leur empire dépeuplées par les guerres, ou sans population ])roductive. Ces colons possédaient des localités entières. Cf. Esd., ii; Xeh., VII. Ils curent à se défendre contre leurs ennemis immédiats, contre les populations à eux hostiles qui les entouraient, et contre elles seulement, non contre tout l'empire. Le nombre de leurs victimes (75 000) n'a rien d'excessif, étant donnée l'immense étendue des contrées où ils étaient établis. Il n'est point dit au livre d'Esther que nul d'entre eux ne succomba dans la lutte; ix, 10, insinue plutôt le contraire en rapportant qu'ils furent atla{jués et durent « défendre leur vie ».
2° Eu égard au.T difficultés historiques soulevées par le ri'rit. — 1. L'objection tirée du silence des auteurs anciens sur les événements rapportés au livre d'Esther n'a de force qu'autant que ces auteurs nous renseigneraient abondannncnt sur l'époque où ces événc-
ESTHER (LIVRE D'
mcnts arrivèrent. Or, l'histoire ancienne est partout silencieuse précisément à partir de l'an 479, 7" du règne de Xerxès, moment où s'ouvre notre récit d'Estlier. Justin, Diodore, 'rJuicydide ne s'intéressent qu'à la partie occidentale de l'empire perse, non à la Perse elle-même. Il ne nous est rien parvenu des ouvrages de Cliaron de Lampsaque, d'Antiochus de Syracuse, qui écrivirent sur cette épo([ue. Nous n'avons de C'.tésias que de maigres fragments. Hérodote non plus n'a que de Tuinces récits sur les quatorze dernières années de Xerxès. Les annales de la cour de Perse, Est., ii, 13; x, 2, que Ctésias avait utilisées, sont perdues; tout fut brûlé par Alexandre, Pline, Hist. nat., i, 6, 21; Strabon, i, 15, et par Ardeschyr !«'' Babegan. Spiegel, op. cit., t. iii,p. 103,771. Le peu que l'histoire nous apprend sur la fin du règne de Xerxès confirm.e pourtant les données générales du livre d'Esther, en nous montrant le monarque éloigné des soucis de la politique, adonné seulement aux intrigues du harem. Voir plus loin. Le silence du livre d'Esdras ne prouve rien non plus contre l'historicité d'Esther, parce que l'énorme lacune de 57 ans qu'il comporteentre la6<^année du règnedeDariusP'', c. VI, et la 7" d'Artaxerxès, c. vu, embrasse tout le règne de Xerxès, sauf c. iv, 6, et que ni ce livre ni celui de Néhémie n'ont pour but de nous raconter ce qui se passait à la cour de Susc en dehors des faits qui pouvaient intéresser la Palestine, que même, loin de tout dire sur ce pays, ils omettent beaucoup d'événements historiques auxquels il fut ou dut être mêlé. Cf. Hérodote, ii, 104; m, 5-7; vu, 63, 89; Josèphe, Cont. Apion., i,22; Strabon, vu, 58; Neh., IX, 37. Si le livre de l'Ecclésiastique ne dit rien d'Esther, c'est que le récit n'en était pas encore composé probablement. Voir plus loin. Du reste, l'Ecclésiastique ne dit rien non plus d'Esdras, de Daniel. III Mach.,vi, 19, reste aussi muet sur Esther et Mardochce. La non-mention de la fête des Purim par I Mach.,iv, 38, ne prouve pas plus que celle de cette même fête par Josèphe, Ant. /»rf.,XII, x, 5, à l'occasion de liMach.,iv, 38, bien qu'il en traite longuement ailleurs. Puis la fête des Purim pouvait n'avoir point pénétré encore en Palestine au moment où 1 ISIach. fut composé.
2. Loin de se trouver en contradiction avec l'histoire, les données géographiques du livre d'Esther sont plutôt confirmées par elle. Les 127 provinces d'Esth.,i,l,ne sont en réalité que 127 villes avec leur banlieue immédiate, cf. (medinalï) Esd., ii,l ; Neh., i, 3; VII, 6; xi, 3, et ne doivent pas être identifiées avec des satrapies. Hérodote, du reste, m, 89, partage la satrapie en six ou sept provinces.
3. Les « lits d'or et d'argent «d'Estli., i, 6, à la cour de Suse, ne sont point une donnée grecque (Graetz), mais aussi persane qu'assyro-babylonienne. Cf. Hérodote, IX, 82; I, 18, 98; Polybe, x, 27. La remise de l'anneau royal à un favori, Esth., m, 10; viii, 2, trouve confirmation dans Hérodote, m, 128; cf. Spiegel, op. cit., t. III, p. 607; Assuérus tendant le sceptre à Esther, v, 2; viii, 4, dans Josèphe, Ant. jud., XI, VI, 9; cf. Niebuhr, Reisebcschreibung, t. i, pi. XXIV. La sainteté du nombre sept chez les Perses et le rôle qu'il jouait dans leurs arrangements familiaux ou entreprises sociales, Esth., i, 10, 14 ; ii, 9, sont attestés par l'histoire. Hérodote, m, 84; cf. Esd., vu, 4.
4. Il est vrai que seule une femme de la race achéménide pouvait être élevée au rang de reine, Hérodote, m, 31, 83, 84, 88; Plutarque, Artaxerxès, 27, et qu'Amestris, fille d'Otanès, fut reine légitime durant toute l'époque présumée d'Esther. Hérodote, ix, 108-113. Mais il faut aussi observer d'abord que les rois de Perse avaient de nombreuses femmes de second rang, et qu'à cet égard l'ordonnance du
harcni correspondait fidèlement à ce que le livre d'Esther nous raconte de celui d' Assuérus. Diodore de Sicile, ii, 220; Plutarque, Ar/a.r., 27; Hérodote, m, 69. On a des exemples de femmes élevées par le Grand Roi au rang d'épouses légitimes, à la cour de Perse, en dépit de la reine principale. Hérodote, i, 135; m, 1, 31, 67, 88; vu, 2, 7, 64, 82, etc.; Plutarque, ihid.; Strabon, xi, 526; xv, 733. Le récit bibhque des éiiousailles d'Esther concorde, ensuite, avec l'histoire de la manière suivante : Assuérus (Xerxès) monte sur le trône vers 483 et soumet l'Egypte. Esth., i, 1 ; Hérodote, vu, 2, 4. La troisième année de son règne, il tient un grand conseil préparatoire à la seconde guerre médique. Esth., i, 2-10; Hérodote, vu, 10, 61-99. Au cours du grand banquet donné par lui à la suite de ce conseil, il répudieWastlii, sa lauorile du moment, Esth., 1,9 sq., laquelle festoyait à côté comme concubine et, à ce titre seulement, pouvait être appelée en présence des hôtes, convives du roi. Hérodote, v, 18. Assuérus (Xerxès), vaincu par les Grecs, revient de Sardes à Suse au cours de l'été de l'an 479 (la 6« de son règne), où il ne s'occupe plus que d'intrigues de harem. Hérodote, ix, 108 sq. L'année suivante, la 7« de son règne, Esth., ii, 15, il « pense à Wasthi » et à la décision qu'il avait prise à son sujet, et la remplace par Esther dans les conditions bien connues. Celle-ci est l' reine », bien que de second rang, et reine légitime, portant la couronne, Esth., ii,17; cf. Xènophon,C(/rop. , VIII, 3, 13; Hérodote, viii, 18; .Josèphe, An/. /ud., XX, III, 3, Amestris demeurant la reine de sang royal.
5. Non seulement les Juifs furent inquiétés sous la domination persane de la manière rapportée au livre d'Esther, mais encore et bien longtemps, sous Artaban,roi des Parthes, comme le rapporte Josèphe, Ant. jud., XVII, 9. Cf. Sanhédrin, 98; Joma, 10.
3" Eu égard à l'origine de la fête des Purim. — 1. L'identification de la fête des Purim avec le Nauroz persan souffre difficulté : a) au point de vue de l'étymologie : Purim n'a pu sortir de Nauroz; b) au point de vue de la correspondance des deux solennités, soit quant à leur durée, soit quant à la distinction des villes fermées ou ouvertes, Esth., ix, 17 sq., dont il n'est point question chez les Perses ; c) au point de vue du motif pour lequel les Juifs auraient emprunté à un peuple étranger une fête du printemps, quand ils en avaient une déjà, la Pâque; d) au point de vue de la coutume festale signalée dans Estli., ix, 19, 22 : elle n'était point, chez les Perses, propre au seul Nauroz, mais commune à toutes les fêtes, Spiegel, op. cit., t. III, p. 577; et elle a pu chez eux trouver son origine dans l'imitation de la coutume juive.
2. L'emprunt fait aux Grecs d'une fête dionysiaque, telle que celle des pithoigies et choès par les Juifs même hellénisants des temps postmachabéens,ne se conçoit pas, car c'est l'époque précisément où l'on retranchait de la vie juive tout ce qui pouvait rappeler les mœurs et la religion grecques. De plus, il est absolument fantaisiste de rapprocher pur, pûrim, « sort », de pûrdh, « pressoir »; et ce rapprochement dût-il s'imposer, ce n'est pas à la quatrième dionysiaque qu'il faudrait comparer les Purim, mais à celle du mois de janvier (gamelion), la troisième, celle des lénées (),r)vô:); mais alors les dates festales ne concordent plus.
3. Le Phourdigan perse n'est attesté qu'au vi« siècle de notre ère par le Byzantin Ménandre le Protector, dans le seul fragment qui nous reste de son Histoire; et encore n'est-il pas prouvé que la fête célébrée en 565-566 à Nisibe, à laquelle prit partChosroès, roi des Perses, selon Ménandre, soit une fête persane. Cette fête, du reste, se célébrait en hiver, tandis que les Juifs fêtaient les Purim au printemps. Puis le Phourdigan, fête des morts, comportait moins de
ESÏHER (LIVRE D')
réjouissances profanes, Spiegcl, op. cit., t. iii; p. 577, que n'en supposent les Piirim. Enfin, l'iiypothèse ne peut qu'être bien fragile qui ne s'appuie en dernière analyse que sur la variante so-jpoa-.a de la recension de Lucien, Esth., ix,26, alors que le même recenseur donne partout ailleurs la forme loo'jpai.
4. « La fête des Purim ne peut avoir rien de commun avec le Zagmug babylonien (la fête du nouvel an), qui se trouve souvent mentionné dans la littérature cunéiforme dès les temps les plus anciens jusqu'aux néo-babyloniens, parce que : a) une fête du nouvel an (ass.,bab. en nisan)ne peut être transférée au dernier mois de l'année (héb. en adar, Esth., ix, 17 sq.); parce que : b) une fête du nouvel an ne peut perdre son caractère comme tel dans le cours du temps; parce que : c) le Zagmug qui a consisté essentiellement en sacrifices et en offrandes religieuses, Keilinschriftliche Bibliolhck, t. ii,p. 73; t. m, 2, p. 27, ne peut avoir été converti, sans plus, en fête carnavalesque; parce que : rf) le Zagmug avait lieu dans les dix premiers jours du mois, et non au 1-1 et au 15, comme les Purim, et parce que : c) l'assemblée du Zagmug se tenait, d'après les inscriptions, sous la présidence, non de Marduk, mais de Xébo. Si, plus tardivement, Marduk dut présider à son tour, il n'est pas, lui qui fixait les sorls d'autrui, à identifier avec Mardochée dont le sort fut fixé par Aman. Le Zagmug, enfin, n'a rien à faire avec Istar, tandis que, dans le cas du livre d'Esther, Esther joue le ])rcmier rôle. Cette dernière considération a même induit les auteurs (.Jensen, Zimmern) à laisser tomber l'hypothèse Zagmug. C'est pourquoi ils ont cherché à identifier les Purim avec la fête bien connue d' Istar = Sirius. Die Kcilinschriflen iind das A. Test., p. 517. Seulement, il est notoire que cette fête d'Istar = Sirius avait toujours lieu au mois d'ab (juillet)... Hormis le rap])ort étymologique réel entre les noms Mardochée et Marduk, Esther et Istar, l'hypothèse assyriologique n'a rien de vraisemblable. Ce rapport philologique ne prouve toutefois pas le moins du monde la ))arenté des types, surtout que de tels noms étaient très communs à l'époque néo-babylonienne et persane » (S. Jampel). Pour la suite de l'hypothèse, il n'est point du tout acquis et certain que Hiiman (Uinan), bien que ce nom entre comme composant dans celui de dieux et de rois élamiles, soit lui-même le nom d'un dieu, du grand dieu élamite, Hillerbcck, Siisa, Leipzig, 1893, p. 174; que Wasli (Mtisli) soit une bonne lecture du nom élamite de la déesse susienne que l'on veut trouver derrière celui de la répudiée d'.Xssuérus : beaucoup d'assyriologues lisent Barli (Sayce, Weissbach, Ilommel); que, dans la mythologie babylonienne, le cousinage de .Marduk et d'Istar soit bien établi, puiscju'à l'époque néo-babylonienne les deux sont époux. Picisncr, Sumeriscli-bahi/lon. Ili/mmcn, Berlin, 1S9G, n. H, revers, I. H. L'épo[)éc de Gilgamés est loin de concorder dans l'essentiel même avec le récit d'Esther : là, le héros chaldéen lutte contre istar dont le roi d'Élam garde et |)rotège le temple, tablette iv, col. v, 1-6; tab. v. col. i n, 1 sq. ; tab. vi; tandis qu'ici c'est Mardochée ((nlganiés) qui, avec l'aide d'Esther (Istar). triomphe d'.Vman. On ne voit pas que Habylonc ou Ninive soit intéressée à la ruine de ce dernier parce qu'élamile: car.Aman, dans Esth., m, 1; IX, 21, est cxyiressémcnt rattaché à la race d'AmaIcc. Et que devient le mythe naturiste dans toute celte confusion?
5. • La fêle des Sacécs ne ressemble en rien à celle de» Purim, hormis la ripaille, hupiellc était commune à toutes les fêles persanes. Le rapprorhement du couronnement d'un esclave du couronnement de Mardochée pèche en ceci, qu'à la fête des Sacées, l'esclave, ■dérlsoiremcnl couronné, du reste, était mis à mort.
DICT. DF. TIIKOI,. C\TMOI,.
Enfin, les Sacées étaient solennisées le 16 juillet; c'est pourquoi les Purim du 15 adar n'ont rien de commun avec elles » (S. Jampel).
6. « Il est purement arbitraire de placer au 14 adar une fête du jour de Nicanor; car le l"' et le II" livres des Machabées, comme aussi Josèphe, nous rapportent sans équivoque que, dans la ville de Jérusalem, ladite fête a été placée au 13 adar exclusivement... Supposer pourtant que les 14 et 15 adar auraient été auparavant consacrés ;\ des fêtes en considération de la légcnda d'Esther est impossible, et cela au regard de l'histoire religieuse..., car il est tout à fait inimaginable qu'Israël se soit trouvé disposé en tous pays ù fêter ces deux jours sur le fond d'un roman absolument ignoré jusqu'alors... La comparaison du récit d'Esther avec les poèmes babyloniens de la création et de la descente d'Istar aux enfers ne repose en dernière analyse que sur la similitude des noms Marduk-Mardochée, Istar-Esther... Le reste n'est que boiteux » (S. Jampel).
7. Beaucoup de manuscrits du roman des Mille et une nuits ne possèdent pas l'introduction qui i)araît tant ressembler à Esth. ,r, II. L'ensemble des contes dans sa forme actuelle ne remonte pas au delà du xv« siècle de notre ère et les premières traces au delà du x". Aussi presque tous les spécialistes voient-ils dans l'épisode de Shéhérazade un emprunt au li\Te d'Esther, cf. Brockelmann, Gcsclùdxte der arabischen Lileratiir, t. ii, p. Gl, d'autant qu'une source persane du récit d'Esther n'a jamais pu être produite au jour.
8. A la bien étudier, rhy[)olhèse de P. Haupt n'est qu'une combinaison de celles qui ont été exposées et critiquées en G'^ et en 4° lieu. Elle fléchit sous le poids des mêmes incertitudes, des mêmes à-peu-près et des mêmes fantaisies qui ont fait s'écrouler celles-là.
P.-E. Faivrc, Le lime d'EslIier cl la fêle des Pourim, Montauban, 189.3; Vigouroux, Les Livres saints et la criliiiuc ralionalisie, Paris, li)()2, t. iv, p. .^97 sq.; Cornely. Inlio- (luclio siiccicilis, Paris, ]S!)7, t. i, p. •12.'i sq.; Sismund .lampcl, Das Buch Hstlicr aiif seine (;eschichtlielil;cit krilisch nnlcrsuchl, Francforl-sur-lo-AIain, 1907, p. 9."> sc).; (".igot. Spécial introduction to tlw stiidtj o/ ttie OUI Testament, Now-York, Cincinnali, Cliirago, 190.'5, l. i, p. 3G0 sq.; I-;mmanucl Cosqiiin, Le prnloriiie-cadre des Mille et nne nuits. Les h'firndes perses et le liorc d'Esther, dans la Ucinic lublique, Paris, 1909, p. 7 sq., IGl sq.; P. Haupt, I':irim, Lcil)zifî et Balliuioio, 19(t(>. a fait la critique do la plupart des hypolliises antérieures ù la sienne.
L'auteur du livre d'ICsther s'étant montré, comme on l'a vu, bien au fait des mœurs et des institutions persanes, beaucoup de critiques contemporains en ont conclu (pie « le récit ne peut être soupçonné raisonnablement n'avoir pas un fondement substantiellement historique. » Voir F. Vigouroux, L(i Bible et les découvertes modernes, 6" édit., Paris, 1S9G, t. iv, p. ()21-G70; Dieulafoy, Le livre d'Esther et le jxttais d'Assiténts, Paris, 1888; L'acropole de Siisc, Paris, 1892, p. 3G() 389. « Il renfermerait pourtant des données f(ui ne sont i>as strictement historiques. Les éléments du récit auraient été fournis ]jar la tradition à l'auteur, lequel, s'aidant de la connaissance ((u'il avait de la vie et des coutumes ])ersanes, car il ne |)eut avoir vécu longtemps après la fin de remi)jre perse, combina le tout en un tableau où tout se tient. Pour cpielfiues traits, les détails se trouvaient déjà embellis ))ar la tradition iivant ([u'ils fussent venus à la connaissance de l'auteur; pour d'autres, ils durent leur forme actuelle au penchant <le l'auteur à l'ellet dramalicpie... Ainsi faut il accorder qu'un art manifeste a i)résidé à la composition du livre. Mardochée et .\man se trouvent mis en un contraste ))rononcé : Ics'deux édits et les circonstances de leur proniuL
ESTHER (LIVRE D'
iialion, III, 12-15; viii, 10-17, sont pareilleinent opposés; la progression est hahilenicnt ménagée du danger couru par les Juifs jusqu'à ce que, par un coup de tliéâtre, ceux-ci se voient soudain sauvés; le double bai-ujuet, v, 4, 8; vu, 1, accuse l'intention de mettre en relief, pour l'intervalle de temps qui sépare l'un de l'autre, l'exaltation joyeuse d'Aman, v, 9-14, jiuis son dépit, VI, 11-13, i)rélude et, en quelque sorte, présage de i'iiumiliation [)lus grande qui va l'atteindre, vii. » Driver, Intioduction, p. 432, 483. Cf. Œttli, dans Die f/cschichllichcn Haf/iot/rapher} (Strack-Zockler, Kur:- !ie/<tssl('s Kommcnlar), Leipzig, 1889, p. 233. — Quoi qu'il en soit, le théologien, qui revendique pour le livre d'Esther l'historicité absolue, doit tenir pour suflisant à sauvegarder la véracité du témoignage biblique: 1" que ce livre ne renferme rien d'invraiseml)lable, encore que les faits y soient présentés avec tout l'art du parfait romancier, et 2° que les efforts des critiques aient échoué qui prétendaient le mettre en contradiction avec l'histoire ou trouver dans la fable et les institutions persanes, grecques ou babyloniennes les éléments peu ou prou frelatés de sa contexture narrative, encore qu'il y ait souvent rencontre spécieuse entre nombre de ses données principales et quelques lambeaux légendaires ou mythologiques exhumés de l'Orient toujours bien obscur.
IV. Caractère religieux et moral. — /. caiiac- TKHE nELic.iEUX. — Il n'est guère possible de douter que, si le livre d'Esther, livre inspiré, ne jicut être qualihé d'écrit tout à fait profane, la note reUgieuse ne paraisse cejjeiulant y avoir été intentionnellement étouffée. Pas une seule fois, dans le livre hébreu, il n'est fait mention de la divinité; la fatalité semble y tenir la place de la providence; le sentiment du repentir et de la pénitence, qui éclate si vivement, dans d'autres livres bibliques, au moment de l'épreuve et du danger publics, cf. Lev., xxvi, 40; Jud., passim; I Sam., VII, 6; Dan., ix, 3 sq.; Esd., ix, 3 sq. ; Neh., i, 4 sq., se tait absolument ici lors de la suprême désolation où se trouve plongé le peuple entier des Juifs. Esth., IV, 1-14. Ceux-ci, sans doute, ne sont point censés jeûner jiour lléchir le seul et aveugle destin, ibid., 15; mais il n'en est pas moins vrai qu'un voile plus ou moins transparent est jeté sur l'intervention divine dans toute cette affaire : « Si tu te tais maintenant, fait répondre Mardochée à Esther hésitante, le secours surgira d'aultc fxtrt.... et qui sait si ce n'est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté'? « Ibid., 14. Enfin, pas un mot de remerciement, pas une action de grâces n'est prévue, à l'égard de Dieu pour les fêtes des Purim,dont l'ordonnance, par contre, in.siste si souvent sur les réjouissances, les libéralités, les festins. Esth., ix, 17-19, 22, 27.
Beaucouj) ont essayé d'expliquer, sans y réussir peut-être, cette anomalie. Voir S. Jampel, Das Buch Esllier, Francfort-sur-le-Main, 1907, p. 27 sq. La clé paraît en être dans ce fait, que l'auteur du livre blâme, au fond, la manière d'agir de Mardochée à l'égard d'Aman, m, 3 sq. Mardochée a conscience de l'effroyable péril auquel son refus de fléchir le genou devant Aman expose ceux de sa nation, iv, 7-9, et il s'obstine néanmoins, v, 9-13, à frustrer le ministre, représentant du roi, d'une marque de considération que nul à la cour ne refusait, que lui-même ne refusait point au roi, s'il vécut à la cour, vin, 1 sq. Cf. Hérodote, VII, 13; Spiegel, op. f//., t. m, p. 610.
On sentit bien, parmi les Juifs, que Mardochée a\ait eu des torts, et très graves, puisque les additions des LXX lui font dire dans sa prière, Swete, C, 6; Vulg., XIII, 13, prière non en grande harmonie avec v, 9 sq. : « Si j'avais pensé que ce fût utile à Israël, je lui aurais baisé les pieds (à Aman), » et que les midraschiiu cherchent, sans y réussir, à excuser de
faute le Juif orgueilleux, raide et inflexible. <■ L'auteur du livre d'Esther iiaraît lui-même déjà fort en peine de trouver une raison valable à la manière d'agir de Mardochée. Que l'on serre de près Esth., m, 3-4, il y manque le motif essentiel du refus d'honorer Aman, bien que ce motif fût comme le puncluin suliens, la source de tout le dévelo])i)emenl ultérieur. L'auteur a cherché, el non sans rélU'.iion,ii obvier à cette erreur, que Mardochée se serait vu contraint d'agir comme il l'a fait pour un motif relit/ieii.r (ainsi les midraschim). Il ne dit pas : Mardochée ne fléchit pas le genou, parce qu'en qualité de Juif il ne le pouvait; mais l'attitude du personnage demeure non motivée. C'est tout à fait indirectement que l'auteur remarque : il (Mardochée) avait dit aux courtisans (étonnés)' qu'il était Juif. S'il avait tenu cette excuse pour justifiable, l'auteur aurait-il manqué de mettre plus en relief un motif sur lequel reposait toute l'affaire? t. S. Jampel, op. cit., p. 35. L'auteur du livre d'Esther a voulu que Mardochée seul portât devant l'histoire toute la responsabilité de son obstination dédaigneuse; mêler Jahvé directement à cette querelle de cour et le faire intervenir au premier plan, dans la complication qui en fut la suite et le dénouement, lui eût paru compromettre la dignité et la sainteté du j Dieu d'Israël.
I ii.rARAcrEUE MORAL. — Pour la Critique protestante I (cf. aussi Renan, Histoire du peuple d'Israël, Paris, I 1893, t. IV, p. IGl), le livre d'Esther ne respire que la I haine de l'étranger, la froide cruauté, la vengeance. \ Les Juifs s'attaquent aux femmes, au.x enfants, viii, I 11 ; Esther réclame un second massacre, ix, 13, insulte I à ses ennemis morts, ibid.; et tout cela comble l'au- I teur de satisfaction, ix, 5, 17, 18 : on danse et l'on j s'enivre sur des cadavres ! — Il y a des circonstances atténuantes. Les Juifs d'abord n'ont tait que se défendre contre ceux qui prenaient les armes pour les attaquer, VIII, 11, qui cherchaient leur perte, ix, 2, qui leur étaient hostiles, 5, 16. Ils n'ont pas mis la main au pillage, ix, 11, 15, 16. Les mots de l'édit de Mardochée, VIII, 11 : « de faire périr, avec leurs enfants et leurs femmes, ceux de cliaque peuple... » ne sont vraisemblablement qu'une formule de la chancellerie persane, cf. m, 13, dont ni Mardochée ni Esther ne furent sans doute responsables. La première leçon donnée aux antisémites de Suse pouvait n'avoir point calmé tout à fait l'ardeur belliqueuse et sanguinaire qui les faisait se jeter sur les Juifs. Enfin le récit biblique ne saurait endosser la responsabihté des agissements d'Esther et de Mardochée; il raconte purement et simplement les faits tels qu'ils se sont passés sans blâme ni louange. Observer du reste que la fête ne commémore pas le jour du massacre, mais « le jour de paix » et de tranquillité qui le suivit, ix, 10- 22. S. Jampel, op. cit., p. 128 sq.
V. Auteur et n.\TE. — l» Le Talmud, Baba bathra, 15 a, attribue la composition du livre d'Esther à la Grande Synagogue. Mais l'existence même de ce corps de rabbins juifs censés régler sous la Loi les questions afférentes aux saintes Écritures est révoquée en doute par un grand nombre de critiques. — 2'> Saint Augustin, De civitatc Dei, I. XVIII, c. xxxvi, P. L., t. xli, col. 596, et saint Isidore de Séville, Eti/m., vi, 29, P. L., t. LxxxH, col. 233, l'attribuaient à Esdras. Isidore l'attribua aussi à la Grande Synagogue. De eccles. offic, I, 12, P. L., t. Lxxxiii, col. 747. — 3° Eusèbe de Césarée le croit beaucoup plus récent. Citron, ad Olymp., Lxxix, 1, P. G., t. xix, col. 475. — 4" Clément d'Alexandrie, Strom., I. 21, P. G., t. viii, col. 852, et, dans leurs commentaires, Nicolas de Lyre, Denys le Chartreux, Génébrard, Serarius, Sanctius le font écrire par IMardochée sur la foi d'Esth., ix, 20, bien que ce passage ne se rapporte qu'aux lettres officielles-
ESTHER (LIVRE D'
prescrivant l'observance de la fête des Puriin. — 50 D'autres, Kau\en, Einleitung, Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 273 sq. ; Vigoureux, Manuel biblique, t. 11, p. 202; Dictionnaire de la Bible, t. 11, col. 1978-1979; Gornely, Introductio specialis, t. i, p. 432 sq., accordent à ]Mardochce la plus grande partie du livre, sa finale seulement, ix, 23-x, 3, à Esdras ou à la Grande Synagogue : a) l'exactitude du détail trahit le spectateur même des faits racontés, cf. i, 5 sq.; VI, 3 sq. ; vu, 1 sq. ; viii, 15 sq. ; b) le morceau, ix, 23 sq., suppose qu'un certain temps s'est écoulé déjà depuis l'institution des Purim, et a tous les caractères d'un appendice. — 6" Scliolz, Einleitung, Cologne, 1844-1848, t. II, p. 527; Herbst-Welte, Einleitung, Carlsruhe, 1840-1844, t. 11, p. 259 sq. ; Reusch, Lehrbuch der Einleitung, Fribourg, 1870, p. 128 sq.; Zschokke, Historia sacra antiqui Testamenti, Vienne, 1895, p. 323; Gillet, Tobie, Judith, Esther, Paris, 1879, p. 160 sq. ; Schenz, Einleitung, Ratisbonne, 1887, p. 355, font composer Esther par un écrivainéditeur presque contemporain de Mardochée, utilisant des mémoires laissés par celui-ci. Cf. H. Lesêtre, Introduction, Paris, t. 11, p. 329. — « Dans le livre tel que nous l'avons, presque chaque phrase proteste contre l'attribution à Mardochée et à Esther. a) Un contemporain d'Assuérus (Xerxès) ne l'eût pas aussi archaïquement dépeint que dans i, 1 sq. b) Il nous aurait parlé certainement de l'objet du conseil d'empire décrit I, 2-10. c) Il nous aurait dit quelque chose des rapports de Wasthi et d 'Esther avec Amestris que connaît Hérodote, comme aussi Ctésias. d) Il ne nous eût pas laissé dans l'ignorance pour les quatre années vides d'événements que marquent i, 1; 11, 1, 16. e) IX, 19, dépeint, en tout cas, un usage ancien. » S. Jampel, op. cit., p. 134. D'autre part, la parfaite connaissance que l'auteur possède de la manière de vivre et des institutions persanes, comme aussi du caractère de Xerxès, s'explique tout aussi bien dans l'hypothèse de documents contemporains, non écrits par Mardochée, mais fidèlement reproduits par un écrivain postérieur à la chute de l'empire perse. — 7° « En réalité, nombre de faits paraissent exiger que nous admettions pour la composition du livre d'Esther une date plus basse que la conquête de l'empire perse par Alexandre le Grand (332 avant Jésus-Christ). C'est le cas : a) des assertions impliquées dans i, 1 sq., d'où il ressort que Suse avait cessé d'être la capitale du royaume perse, chose qui n'arriva qu'après la conquête d'Alexandre; l'étendue de l'empire d'Assuérus s'y trouve aussi décrite d'une manière vague, comme si elle était inconnue à l'époque de l'auteur; b) des explications des usages persans données dans I, 13, 19; IV, 11 ; viii, 8, qui paraissent supposer que de tels usages n'étaient plus, et depuis longtemps, familiers aux lecteurs; c) de l'esprit d'isolement à l'égard des gentils, cf. Est., m, 8, etc., du sentiment de l'injure reçue, de l'esprit de vengeance, contre lequel prolestera un jour Notre-Seigneur, Matth., v, 43; Luc, IX, 54, 55, qui vont mieux à une époque beaucoup plus récente que le régne de Xerxès et révèlent « l'esprit particulièrement juif, tel qu'il se forma graduellement dans les tem|)^ [lost exiliens sous la pression de la domination étrangère, » Kautzsch, Die heilige Sclirift des A. Test, ubersetzt..., lieilagen, Kribourgcn-Urisgau et Leipzig. 1896, p. 201; d) de la langue. " qui convient à l'âge grec ou même au 111= siècle avant .Jésus-Christ, car, bien «lue supérieure à celle des Chroniques, et jjIus conforme à celle des livres plus anciens, elle contient beaucoup de mots et d'idiotismes récents et montre une syntaxe grandement altérée. Driver, Introduction, 1807, p. 481. » Gigot, Spécial introduction, t. I, p. .359 s(i. Cf. Driver, op. cit., p. 484 sq. : Wildcboer, Die fiin} Mcgillot, p. 172.
Pour une date prémachabéenne : Kuenen, Historischkritische Einlcilung, Leipzig, 1890, t. i, 2, p. 220; de Wette- Schrader, op. cit., p. 339; Bleek-Wellhausen, op. cit., p. 302; Reuss, Gcschichte, p. 5S2 sq.; Cornill, Einleitung, Tubingue, 190.'>, p. IGl ; Siegfried, Esra-Neh.-Esllier, Gœitingac, 1901. p. 142; Wildeboer, Lilleratiir des A. T., Gœtlingue, 1887, p. 417 sq.; Baudissin, Einleilimij, Leipzig, 1901, p. 308 sq. — Pour l'époque machabéenne : Graetz, toc. ci7.;Bloch, Iletlenistisclie Bestcndleilc im Biblischcn Sclirifttuni, 1877, — Pour l'époque post-machabéenne : Erbt, op. cit., p. 83; Nœldeke, dans Encijclopœdia biblica, t. n, col. 1405; Wilbrich, Judaica, Gœttingue, 1900, p. 5 sq. ; Winckler, P. Haupt, op. cit.
VI. Enseignements doctrinaux. • — La providence spéciale de Dieu envers le peuple d'Israël est enseignée à mots couverts dans Esth., iv, 14; expressément dans les additions, Swete, C, 16 (Vulg.,xiv, 5); E, 16 (Vulg.,xvi, 16);allégoriquement, ibid., F (Vulg., x, 4 sq.). Dieu est créateur, C, 3 (Vulg., XIII, 10), tout-puissant, C, 2 (Vulg., xiii, 9), omniscient, C, 5, 25-26 (Vulg.,xiii, 12; xiv, 14), juste,
C. 18 (Vulg., XIV, 7), le roi des dieux, C, 23,30 (Vulg., XIV, 12, 19).
VII. Commentateurs. — /. catholiques. — Le livre d'Esther n'a pas été commenté par les Pères. Rhaban Maur, Expositio in librum Esther, P. L., t. cix, col. 635-670; Walafrid Strabon, Glossa in Tob., Judith, Esther, P. L., t. cxiii, col. 725 sq.; Hugues de Saint- Victor, Allegoriarum in V. T., 1. IX, In libros Esther..., P. L., t. clxxv, col. 733 sq.; Nicolas Serarius, In sacros... libros Tob., Judith, Esther... commentarius, Mayence, 1599; Gaspard Sanchez (Sanctius), //! libros Ruth, Esd., Neh., Tob., Judith, Esther... conimcntarii, Lyon, 1628; Feuardent, In librum Esther commentarii, Paris, 1585; Tollenaer. In Esthereni comment., Cologne, 1647; Léandre Montan,Commc7!^/i7cr.dmom/. m £«//!., Madrid, 1647;
D. de Celada, In Estherem, in-fol., Lyon, 1648, 1658; Venise, 1650; Olivier Bonart, Comm. Hier, et moral, in Esth., Cologne, 1647; Gillet, Tobie, Judith, Esther, Paris, 1879; A. Scholz, Commentar iibcr das Buch Esther mit seinen Zusàtzen, Wurzbourg, 1892; F. de Moor, Le livre d'Esther, Arras, 1896; B. Neteler, Die Bûcher Esdras, Nehemias und Esther, Munster, 1877 ; Seisenberger, Esdras, Neh., Esther, Vienne, 1902.
II. JUiis. — Midraschim : Megilla, 10 b sq., dans Pirke Rabbi Eliezer, c. xlix sq.; dans Josippon, édit. Breithaupt, Gotha, 1707, t. 11, p. 72 sq.; Midrasch Esther rubba, dans Midrasch Lekach Tob; Midrasch Abba Gorion, édit. Jellinek, Bel ha Midrasch, t. i, 1-18, et Buber, AVilna, 1880; Midrasch Mcgillot Esther, Constantinople, 1519; Horwilz, Berlin, 1881; L.-H. d'Aquin, Raschii scholia in librum Esther, in-4'', Paris, 1622. — Commentaires : Abcn Ezra,édit. J.Zedner, 1850;R.Menachem ben Chalbo,R.Tobiaben Eliezer, R. Joseph Kara, R. Samuel ben Meir, un anonyme, édit. Ad. Jellinek, Leipzig, 1855; Liiw Jehuda ben Bezalel, Or chadasch, ein Comm. zum B. Esther, Varsovie, 1870; J. Oppert, Commentaire historique et philologique du livre d'Esther, d'après la lecture des inscriptions perses, dans les Annales de philosophie chrétienne, janvier 1864, puis à part, in^", Paris,
///. MTiiEs, .YO.v rATiini.îQVEs:. — • Brcuz, 1544; Pellikan; Louis Lavater, 1586; Gualther, 1587;
E. Ph. L. Calmberg, Liber Eslerœ. illuslratus, Hambourg, 1837; Bertheau, Die Bûcher Esra, Neh. und Ester, Leipzig, 1862; 2» édit., par Ryssel, 1887; Keil, Bibl. Commentar ûber die Clironik, Esra, Neh. und Ester, Leipzig, 1870, p. 603 659; Fr. W. Schultz, Esra, Neh., Ester, Bielefeld et Leipzig. 187f); P. Cassel, Das Buch Ester ûbcrsctzl und crldulert, Berlin, 1S78: trad. anglaise, Edimbourg, 1888; A. Raleigh, The book of Esther, Londres," 1880; J. ^V. Haley, The
ESTUER (LIVI'.E D')
ESTIUS
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