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Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9

mixt.phU. rnor. scien. zool.) — Il y a, disons-nous parfois, dans la nature le fatal et le libre ; le fatal est toujours bon, parce qu'il est le fruit direct de la volonté du créateur ; le mal ne peut se montrer que dans le libre, lorsque ce libre n'est pas, comme le fatal, le fait même de Dieu; et c'est en dedans du cercle harmonique du fatal et du libre divin que se développe le libre de la créature, mais selon des limites semblables à celles de l'Océan qui ne franchit pas ses digues; ces limites consistent dans une pondération tellement savante et sage que, quelque effort que fasse la liberté, elle ne saurait contrarier les grandes fins de la nature.

L'homme est l'exemple frappant de cette pondération ; il est doué de raison et de liberté ; cette raison et cette liberté se dilatent au sein d'instincts et de lois qui, sans les détruire, les dominent assez pour qu'elles ne puissent, tout en se dévoyant l'une et l'autre, en empêcher les résultats. Or, l'instinct de la mère — et ce que nous disons de la mère doit se dire du père en tenant compte de la différence des propriétés naturelles — nous présente un des exemples les

plus frappants de cette liberté dans le fatal.

Si nous considérons les animaux de toutes les espèces, dans leur état sauvage, et non pas dans l'état de domesticité, où l'homme s'ingère pour y introduire des perturbations dans le genre de celles que nous allons le voir introduire dans l'intérieur de sa race, nous trouvons une admirable loi qui se développe avec une égale perfection chez toutes les mères et qui ne soutire pas d'exceptions ; c'est la loi de l'instinct maternel à l'égard des petits ; les mères les engendrent avec régularité, les mettent toujours dans les conditions les plus favorables à leur développement, les défendent avec des fureurs ou des artifices que rien n'égale, contre leurs ennemis, les nourrissent aux dépens de leur propre sub sistance, et le reste. Rien ne trouble, dans le règne de cet admirable instinct, le vœu de la nature, qui est la conservation de l'espèce et son développement. Toutes les mères sauvages sont de bonnes mères.

Mais il n'en est pas de même dans la race humaine. Ici l'instinct se trouve aussi, sans quoi cette race n'existerait plus ; il commande en gê

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néral avec assez de puissance à l'espèce pour que l'espèce ne puisse s'éteindre. Il y a dans le roman de Quatre-vingt-treize (I) deV. Hugo, un chapitre, qui est un des beaux et qui décrit bien cet instinct maternel; il le représente sous une forme vivante avec une force que rien n'égale, dans une mère simple que la l'berlé morale n'a pas dévoyée ; c'est le chapitre iatitulé Sein guéri, cœur saignant. Ce qu'il y a de raison dans cette femme mère élève et ennoblit l'instinct ;ce qu'il y

(1) Depuis les quelques paroles que nout, avons écrites sur cette œuvro au mot Hugo, nous l'avons lue et nous la trouvons udo des plus belles de l'auteur. Nous ne retirons pas la critiqua du chapitre sur la carmade : celui-là est faible et mérite ce que nous avons dit au point de vue de l'art; mais à part quelques détails de ce genre, où l'on remarque uue exubérance regrettable, Quatre-vingttreize est bien réussi, sans le lieu commua de l'amour qu'on pourrait croire indispensable aux roman3 ; l'amitié née d'une paternité intellectuelle et l'amour maternel le remplacent., preuve que le génie peut tout faire, car l'intéièt n'en est que plus gi'and. Victor Hugo, d'aiiieurs, ne sait pas peindre l'amour; l'amour n'aime que le naturel

Fur, etTietor Hugo ne l'a jamais sans recherche ; amour veut la sensibilité, Victor Hugo n'est pas sensible, sou style ne palpite point ; il faut bien reconnaître, avec Chateaubriand, qu'il y a dans la nature de Victor Hugo ira grand défaut: tendance à se guinder pour dire les choses simples, tendance à chercher les hardiesses pour se donner un faux air de génie, fors même qu'il est tout armé du génie véritable; cela ne va pas a rameur. On dirait ici que Victor Ilngo a senti son faible, il a eu l'heureuse idée d'exclure l'amour, qui le rend fade et tiède, d'un livre aussi viril, aussi sobre, aussi fort, et aussi impartial. Notre conclusion est, après lecture, que notre dernier romantique est encore en pleine virilité sous ses soixante-douze ans. Mais qu'est-ce que ce roman ? C'est la satire la plus adroite et la plus écrasante que puisse faire un démocrate des excès de 93 et de ses lois sanglantes. 11 est cela par son dénoùmen'. Cimourdain, avec son patriotisme à la Brutus, n'-st qu'un imbécile campé sur la loi comme une ptijue; il est le type de ceâ absurdes esprits dont le suprême argument est CL'lui-ci : C'est la loi, c'est la consigne. Et si la loi est mauvaise?..* Et si la consigne est immorale ?... Est ce que Soerate, soldat .sous les trente tyrans d'Athènes, n'eut pas raison de violer sa consigne, en refusant de tuer un innocent devant la justice naturelle ? Dans \f jugement, le sergent Radoub est le seul qui ait du bon sens, et il ^u a parce qu'il a du sentiment. Cimourdaiu se rend justice eu se suicidant ; c'est peut-être le seul dénouement, par un suicide, qui ne nous ait pas trop déplu. Le jeune Gamain est le héros, il es"t magnifique dans le cachot: l'élève devient le maître, mais inutilement. Cimourdain ne le comprend pas; ce n'est que son amitié pour son élève qui le fait se donner la mort au moment où il voit tomber sa tête sons la guillotine. Aussi l'auteur finit-il par cette phrase signili aine : « Et ces deux âmes, » sœurs tragiques, s'envolèrent ensemble, l'ombre » de l'une mêlée à la lumière de l'autre. »

Le Noir.

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a de liberté chez elle fait de l'instinct une vertu ; cette simple paysanne est l'idéal de la mère autant et plus que ne pourrait l'être la plus subline intelligence, parce qu'elle n'est que la femelle féconde, telle que Dieu l'a faite et qu'elle n'aut'a d'autre raison, d'autre résignation, d'autres forces que cellesqui lui seront inspirées par son instinct de mère; c'est ainsi qu'elle attend, sans mot dire, pour ses enfants dont elle ignore la destinée, que le vieux sorcier achève de la guérir, et que, se sentant guérie, elle s'en va au hasard avec sa petite provision, ne disant que ces mots : « Je vais les chercher. » Voilà ce que donne dans la race humaine, l'instinct maternel régulièrement suivi, et débarrassé de tout calcul égoïste. 11 donne, dans cette race, premièrement ce qu'il donne dens toute race animale, et secondement, un surcroit dû à la raison et à la liberté, qui devient le génie maternel, tout-puissant au moment décisif.

Est-ce ainsi que les choses se passeront toujours chez l'être raisonnable ? Hélas ! que de perturbations y seront amenées à la loi de la nature par la liberté ! C'est là qu'on verra les mauvaises mères, honte de l'espèce humaine, et en même temps témoignage vivant de sa grandeur :

les unes voudront bien être des femelles et ne voudront pas être des mères ; elles empêcheront, in principiïs, la fécondation du germe que contient leurs entrailles; en l'appelant aux portes de la vie pour leur satisfaction personnelle, elles lui fermeront ces portes afin de s'épargner les douleurs de l'enfantement et les ennuis de la maternité. C'est la perturbation introduite dans l'ordre par le plus grand nombr", perturbation qui ne saurait pourtant, grâce à la force de l'instinct, s'étendre assez pour amener l'extinction de l'espèce.

D'autres iront jusqu'à détruire leur fruit, après sa formation, par l'avortement. D'autres le tueront après sa naissance. D'autres le donneront à élever à de mauvaise- nourrices pour s'épargner la peine de l'allaiter ellesmêmes, malgré l'abondance du liquide, fait pour lui, qu'elles sentiront

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dans leur sein ; d'autres l'élèveroat mal, et s'en débarrasseront le plus ■vite qu'elles pourront. Que de désordes introduits par la liberté dans la race humaine! Nous ne trouvons rien de tout cela chez les animaux sauvages où ne règne que la régularité de l'instinct, et cependant la puissance de la liberté n'est laissée à l'homme que dans leslimiles compatibles avec la perpétuité de son espèce. La providence est tellement industrieuse et tellement sage qu'elle réussit dans l'obtention de son but, sans gêner la liberté de sa créature. Honneur à l'être raisonnable que ne se sert de sa liberté que pour élever en lui l'instinct, qui est l'œuvre de Dieu, toujours bonne, à la diguité d'une vertu qui sera sienne.

Le Nom.

MÈRE (la) chez les anciens heureux (Théol. hist. gnivr.) — La mère, sous la loi mosaïque, avait de graves et importantes fonctions à remplir ; voici le résumé de ses rapports avec l'enfant à partir de la naissance :

L'accouchement se faisait ordinairement avec l'aide d'une sage-femme (Gen. 38, 28; Exod. 1, 6.) Après la section du cordon, on baignait l'enfant, on le frottait de sel et on l'enveloppait dans des langes (Ezech. 18, 4; Job, 38, 9). On avertissait alors le père (Jerem. 20, 15) qui le prenait sur ses genoux (Job, 3, 12; Gén. 30, 3), et lui promettait protection et éducation. Huit jours après, l'enfant était circoncis, et, dans le cas de nécessité, par la mère elle-même (Exod. 4, 23) ; et il recevait un nom significatif que l'un des deux, de la mère ou du père, déterminait (Gen. 4, 1; 19, 37; 29, 32; 30, 18; I Huis, I, 20; 4, 21; Isa., 7, 21; Gen., 16, 15; 17, 19; 21, 3; Exod., 2, 22; Oséo, 1, 4). Si le fils était un premier-né, d'un premier mariage, il appartenait au Seigneur, et le père devait le racheter dans le temple un mois après sa naissance.

La mère, dès qu'il avait trente-trois jours, si c'était un garçon, soixantesix si c'était une lille, était tenue d'offrir un sacrifice de purification (Lévit.

12, 2). L'enfant n'était sevré qu'au bout de trois ans (II Mach. 7, 28). Il

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n'y avait que les femmes de haut, rang qui eussent des nourrices (II Rois il, 2; Gon., 21, 7; I Rois, 1, 23 ; III Rois, 3, 21 ; Cant. 8, 1). Après le sevrage, on offrait un sacrifice d'actions de gr.ïees (I Rois, 1, 24), et le père donnait un banquet (Gen. 21, S).

La mers dirigeait la première éducation, et les filles restaient toujours sous sa surveillance (ïl Mach., 3, 19).

Le père instruisait lui-même ses fils quand il ne leur donnait pas un précepteur comme celui de Salomon lui donna Nathan (II Rois, 12, 25; Deut., 6,7, 20; 11, 19; Prov. 1, 6, 4, 1). A mesure que. l'enfant croissait en âge, il rentrait de plus en plus sous l'autorité du père, et quand il était devenu grand, le père en était le maître absolu, soit pour le marier, soit même pour le vendre si c'était une lille (Gen. 20, 4; Exod., 21, 9; Jug.

14; Exod., 21, 7).

On ne trouve pas dans la loi mosaïque de peine portée contre le parricide, pas plus qu'il n'y en avait dai; les lois de Solon : Solon avait dit qu'un tel crime n'est pas supposable.

« Solon, dit Cicéron, ayant été interpellé pourquoi il n'avait établi aucun supplice contre celui qui tuerait son père ou sa mère, répondit qu'il avait pensé que personne ne ferait jamais pareille chose. » (Gicér. Pro. Rox.

On lit encore dans le Talmud tontes les dispositions que nous venons d'exposer, et beaucoup de développements très-sages, mais dont quelques-uns vont jusqu'à la puérilité, du quatrième commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère. »

Le Noir.

MÉRITE, en théologie, signifie la bonté morale et surnaturelle de nos actions, et le droit qu'elles nous donnent à une récompense de la part de Dieu.

Il est clair d'abord que nous ne pouvons avoir aucun droit à l'égard de Dieu qu'autant qu'il a bien voulu nous l'accorder par une promesse qu'il nous a faite; mais comme il est de la justice de Dieu d'accomplir exactement ses promesses, on peut, sans abuser du terme, nommer droit

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l'espérance bien fondée dans laquelle nous sommes d'obtenir ce que Dieu nous a promis, si nous remplissons les conditions qu'il nous a prescrites.

Droit et justice sont évidemment corrélatifs : la promesse que Dieu fait à l'homme est une espèce de contrat qu'il daigne former avec lui.

Les théologiens distinguent le mérite de condignité, meritum de condigno, et le mérite de congruité ou de convenance, meritum de congrue- ; ils disent ordinairement que le premier a lieu, lorsqu'il y a une juste proportion entre la valeur de l'action et la récompense qui y est attachée; que quand cette proportion ne se trouve pas, l'action ne peut avoir qu'un mérite de congruité. Mais comme saint Paul nous avertit que les souffrances de ce monde, par conséquent les bonnes œuvres, n'ont aucune proportion ou condignité avec la gloire éternelle qui nous est réservée, Rom., c. 8, y 18, il paraît plus simple de dire que le mérite de condignité est fondé sur une promesse formelle de Dieu, au lieu que le mérite de congruité n'est appuyé que sur la confiance à la bonté divine. Dans le premier cas, la récompense est un acte de justice ; dans le second, c'est une pure grâce et un trait de miséricorde : aussi les théologiens conviennent qu'il n'y a ici qu'un mérite improprement dit.

Par ce moyen, le passage de saint Paul ne forme plus une difficulté ; il est exactement vrai que nos bonnes œuvres et nos souffrances n'ont par elles-mêmes et par leur valeur intrinsèque aucune condignité, aucune proportion avec le bonheur éternel, mais seulement en vertu de la promesse de Dieu et des mérites de Jésus-Christ.

Il y a dans l'Ecriture sainte des preuves et des exemples de ces deux espèces de mérite. La récompense des justes et la punition des pécheurs y sont également appelées un salaire.

Saint Paul dit qu'à celui qui travaille la récompense n'est pas accordée comme une grâce, mais comme une dette. Rom., c. 4, y 4. « J'ai achevé » ma course, dit-il ailleurs; j'ai gardé ma foi ou ma iicl élite ; la couronne

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» de justice m'est réservée; le Sei- » gneur, juste juge, me la rendra un » jour. » II. Tim., c. 4, y 7. Si la récompense est un acte de justice, l'homme l'a donc méritée : il est digne de la recevoir. En effet, Jésus- Christ parle de ceux qui seront jugés dignes du siècle futur et de la résurrection des morts. Luc, c. 20, y 35.

Il dit de ceux qui ne sont pas souillés:

« Ils marcheront avec moi en habits » blancs, parce qu'ils en sont dignes. »

Apoc, c. 3, y 4. Voilà un mérite de condignité. Mais, encore une fois, ce mérite ou cette dignité viennent plutôt de la promesse de Dieu et de sa grâce, que de la valeur essentielle des actions de l'homme.

( Les livres saints nous en montrent d'une autre espèce. Daniel, c. 24, ^ 4, dit à Nabuchodonosor : « Rache- » tez vos péchés par vos aumônes ; »

il lui fait envisager le pardon de ses péchés comme la récompense de ses bonnes œuvres. Ce roi reconnaît qu'il a été frappé de Dieu et humilié en punition de son orgueil, et qu'il a été rétabli sur son trône, parce qu'il a béni et loué Dieu. Ibid., f 31. Co n'étaiteertainementpas là une récompense due par justice. Nous lisons que Dieu fit prospérer les sagesfemmes d'Egypte, parce qu'elles avaient craint Dieu. Exod., c. 1, f 20.

Dans le livre de Ruth, c. 1, y 8, Noémi prie Dieu de rendre à ses deux belles-filles le bien qu'elle en avait reçu. Selon saint Jacques, la courtisane Rahab fut justifiée par ses œuvres. Jac, c. 2, y 2S. Un ange dit au centurion Corneille : « Vos prières » et vos aumônes sont montées vers » Dieu, et if s'en souvient. » Conséquemment saint Pierre estenvoyéà cet homme pour lui faire connaître Jésus- Christ. Act., c. 1, y 4. Les actions de tous ces personnages ne pouvaient avoir aucune proportion avec les bienfaits de Dieu, et Dieu ne leur avait rien promis ; mais il était de sa bonté de ne pas les laisser sans récompense : elles avaient donc un mérite .

de convenance ou de congruité.

C'est ainsi que Dieu le représente lui-même, Isaîe, c. 1, y 16; il promet aux Juifs que s'ils se purifient de leurs iniquités, s'ils cessent d'y retomber,

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s'ils observent la justice et la charité, il pardonnera, oubliera et effacera tous leurs péchés passés. A ces conditions il consent que les Juifs viennent exiger l'effet de cette promesse, et, pour ainsi dire, le prendre luimême à partie : Venite et arguite me, dicit Dominus. Dieu regarde donc ses promesses comme un titre et un droit pour ses créatures, et leur exécution comme un acte de justice de sa part.

Voilà tout ce que l'on entend sous le nom de mérite.

Pour le mérite de condignité, les théologiens exigent plusieurs conditions ; il faut, 1° que l'homme soit juste ou en état de grâce sanctiliante ; 2° qu'il soit voyageur , c'est-à-dire encore vivant sur la terre : ainsi le mérite n'a plus lieu après la mort; 3° que son action soit libre, exempte de toute nécessité, même simple et relative; 4° qu'elle soit moralement bonne et vequeuse ; 5 e qu'elle soit rapportée à Dieu et à une fin surnaturelle, et faite avec le secours de la grâce actuelle ; 6° qu'il y ait de la part de Dieu une promesse formelle de récompenser cette action.

De là ils concluent que l'homme ne peut mériter en aucune manière ls première grâce actuelle ; autrement elle serait la récompense d'actions purement naturelles : cela est impossible, et l'Eglise l'a ainsi décidé contre les pélagiens et les semi-pélagiens.

Il ne peut pas mériter non plus de condigno la première grâce habituelle ou sanctiliante, puisque celle-ci est absolument nécessaire pour le mérite de condignité; il peut cependant la mériter de congruo, aussi bien que le don de la foi, par le moyen des bonnes œuvres faites avec le secours de la grâce actuelle. L'Eglise a condamné ceux qui ont enseigné que la foi est la première grâce. Saint Augustin, dans son livre du Bon de la ■persévérance, a encore prouvé, contre les semi-pélagiens, que l'homme ne peut mériter ce don de condigno, parce que Dieu ne l'a pas promis aux justes ; mais, selon ce saint docteur, l'homme peut l'obtenir par de ferventes prières et par une humble confiance en la bonté de Dieu, par conséquent le mériter de cougruo.

Selon le cours ordinaire de la provi dence, il n'est pas à craindre que Dieu abandonne à la dernière heure une âme qui l'a iidèlement servi pendant toute sa vie.

Nous avons prouvé, par l'Ecriture sainte, que l'homme juste peut mériter de condigno et par justice la| vie éternelle, parce qu'il peut remplir à cet égard toutes les conditions qu'exige le mérite de condignité ; par la même raison, il peut mériter de même l'augmentation de la grâce sanctifiante: c'est encore le sentiment de saint Augustin; et telle est, sous ce rapport, la doctrine du concile de Trente, sess. 6, de Justif.

II n'est aucune question sur laquelle les protestants aient calomnié plus grossièrement l'Eglise catholique; ils lui ont reproché d'enseigner que l'homme peut mériter la rémission de ses péchés et la justification par ses œuvres, par ses propres forces, et indépendamment des mérites de Jésus- Christ; de contredire saint Paul, en admettant, sous le nom de condignité, une proportion entre nos œuvres et la récompense que Dieu nous promet; de supposer que les bonnes œuvres des justes n'ont pas besoin d'une acceptation gratuite de Dieu polir mériter le bonheur éternel, qu'elles opèrent par elles-mêmes la rémission des péchés, ex opère operato. Ils ont cité Isaïe, c. 64, f 6, qui dit que toutes nos justices sont semblables à un linge souillé; et Jésus-Christ, qui nous avertit que quand nous avons fait tout ce qu'il commande, nous ne sommes encore que des serviteurs inutiles. L\i<\, c. 17, f 10 Qnelquesuns ont soutenu que, dans toutes ses œuvres, le juste pèche au moins véniellement puisqu'il n'accomplit jamais la loi aussi parfaitement qu'il le doit ; d'autres ont poussé l'entêtement jusqu'à dire que, dans toutes ses actions, il pèche mortellement.

Quiconque prendra la peine de lire le concile de Trente, y verra une doctrine diamétralement opposée à celle que les protestants nous imputent. Il déclare que personne n'est justifié, que ceux auxquels le mérite de la passion de Jésus-Christ est communiqué, sess. C, de Justif, c. 3 ; que

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personne ne peut disposer à la justification qu'autant qu'il est prévenu et secouru par la grâce de Dieu, c. 5 et 6. Il enseigne que l'homme est justifié par la foi, l'espérance et la charité, et qu'il reçoit ces dons par Jésus-Christ, c. 7 ; qu'ainsi il est justifié gratuitement, puisque rien de ce qui précède la justification, soit la foi, soit les œuvres, ne peut mériter la justification, qui est une pure grâce, c. 8, etc. Le concile appuie toutes ces vérités sur des passages exprès de l'Ecriture sainte.

Conséquemment il dit anathèrne à quiconque soutient que l'homme peut être justilié par les œuvres qui viennent de ses propres forces, ou de le doctrine qu'il a reçue, sans la grâce divine qui nous est donnée par Jésus- Christ. Can. 1 . Il condamne ceux qui disent que la grâce divine est donnée par Jésus-Christ, seulement afin que l'homme puisse plus facilement mener une vie sainte et mériter la vie éternelle, comme s'il le pouvait faire absolument, quoique plus difficilement, par son libre arbitre et sans la grâce. Can. 2. Ces deux points de la foi avaient déjà été décidés contre les pélagiens. Enfin, le concile censure ceux qui prétendent que l'homme justifié peut persévérer toute sa vie dans la justice sans un secours spécial de Dieu. Can. 22. Nous demandons en quoi cette doctrine peut déroger aux mérites, aux satisfactions, à la médiation de Jésus-Christ.

Ce concile ne parle ni de mérite de condignité, ni de justification ex opère operato; aucun théologien même ne s'est servi de cette dernière expression, en parlant des bonnes œuvres.

Pour rendre la première odieuse, les protestants y attachent un faux- sens; ils entendent par là un mérite rigoureux, fondé sur la valeur intriusèque des actions : nous convenons qu'un tel mérite ne convient qu'à Jésus- Christ seul; puisqu'il élait Dieu, toutes ses actions étaient d'un prix, d'une valeur, d'un mérite infinis. Il a donc mérité, en rigueur de justice, non-seulement la gloire dont jouit son humanité sainte, mais le salut de tous les homme?, et toutes les grâces dont ils ont besoin ; au. lieu que les

bonnes œuvres des justes ne tirent leur valeur que de ces grâces mêmes, et n'ont qu'un mérite emprunté de ce divin Sauveur.

Sic'est le terme demen'fequichoque les protestants, lorsqu'il' est appliqué aux hommes, on les prie de faire attention qu'il est dans 1 Ecriture suinte.

Eccli., c, 15, y 15, il est dit que tout acte de miséricorde mettra chacun à sa place, selon le mérite de ses œuvres. Saint Paul fait allusion à ce passage, Rom., c. 2, $ C, lorsqu'il dit que Dieu rendra à chacun selon ses œuvres. Les protestants ne nient point que le péché ne mérite châtiment : or le châtiment du péché et la récompense de la vertu sont également appelés par saint Paul un salaire, merces : donc le mot de mérite convient également à l'un et à l'autre.

Que prouve le passage d'Isaïe cité par les protestants? Que les actes mêmes de religion et de piété du commun des Juifs étaient infectés par des motifs criminels; ce prophète le leur reproche, c. 1, f 58, etc. Il n'en est pas de môme des bonnes ouvres des justes inspirées par la grâce.

Quoique nous soyons des serviteurs très-inutiles à Dieu, il a cependant daigné nous promettre une récompense, non parce qu'il a besoin de nos services, mais parce qu'il nous a créés pour nous faire du bien, et parce que Jésus-Christ a mérité cette récompense pour nous.

De même, quoique nous soyons incapables d'accomplir parfaitement la loi, et d'aimer Dieu autant qu'il mérite d'être aimé, cependant sa grâce nous rend capables de le faire autant qu'il le faut pour être éternellement récompensés : Dieu, qui est la justice et la bonté même, n'exige pas de nous un degré de perfection supérieur aux forces qu'il nous donne par sa grâce.

Ne sont-ce pas les protestants euxmêmes qui se couvrent du ridicule dont ils ont voulu charger les catholiques ? Le principe fondamental de leur doctrine sur la justification, est que la justice personnelle de Jésus- Christ nous est imputée par la foi, c'est-à-dire par la ferme persuasion dans laquelle nous sommes que nos péchés nous sont pardonnes par ses

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mérites, tellement qu'il suffit d'avoir cette persuasion ferme pour être justifié en effet. Or, nous demandons pourquoi cet acte de foi est d'une plus grande valeur, a plus d'efficacité et de proportion avec la rémission des péchés, que les autres actions de l'homme que nous nommons des bonnes œuvres. Nous demandons, si cette foi opère la rémission des péchés ex opère operato ; pourquoi dans cet acte l'homme ne pèche ni mortellement ni vèniellement, pendant qu'il pèche, selon les protestants, dans toutes ses autres actions.

S'ils disent que Dieu l'a voulu ainsi et l'a promis, cela nous suffit; il est bien plus sûr qu'il a promis de récompenser toutes les bonnes œuvres, qu'il ne l'est qu'il a promis d'agréer la foi des protestants : il n'est pas question de cette prétendue foi dans l'Ecriture sainte, et dans le fond ce n'est qu'une vision. Est-ce parce que Dieu inspire cet acte de foi? Mais il inspire aussi toutes les bonnes œuvres; selon saint Paul, c'est lui qui opère en nous le vouloir et l'action.

Philipp., c 2, f 13. Est- ce parce que cet acte de foi est très-difficile et humilie profondément l'homme? Nous n'en voyons ni la difficulté, ni l'humilité. Il est beaucoup plus aisé de se mettre celte chimère dans l'esprit, que de faire uue aumône, de pratiquer une mortification, de pardonner une injure, de confesser ses péchés, etc. Il y a certainement une humilité plus sincère à reconnaître la nécessité d'accomplir toute la loi, à confesser que nous ne pouvons rien sans une grâce de Jésus-Christ qui nous prévient, nous excite au bien, et le fait avec nous. Voilà ce que les protestants n'ont jamais enseigné bien clairement. Ils n'ont fait, contre les bonnes œuvres, aucune objection qui ne puisse être rétorquée, contre leur prétendue foi jusiiliante. Voyez Justification, Imputation, Œuvre?, etc.

Bergier.

MÉROUM (l'étang de). Théol. mixt.

scien. géogr.) — V. Palestine. Voici la description qu'en donne M.Schegg:

« Ce lac, en hébreu lac amer, UT1D iQ) ap pelé par Josèphe Flavius

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SafW/wvÏTiç MpLVïi OU rsar/uvÎTK;, aujourd'hui Bachr et lluleh (lac de Iluleh), est formé au nord de la Palestine par les ruisseaux de Nain* Banjas et Nahr Hasbéia, les deux principales sources du Jourdain. Il a la forme d'un triangle tronqué, dont la base est située au nord. A. sa base il a une largeur d'un mille; sa longueur, jusqu'à sa pointe, émoussée au sud, est d'un mille ou un mille et un quart. Son bord septentrional forme un marais plus large encore, et qui fait partie du lac, car les eaux de celui-ci se répandent plus ou moins sur ces marécages suivant les saisons.

Peu à peu ces marais deviennent des prairies verdoyantes, fertiles, et qui s'étendent fort au loin. Durant la saison aride de l'année les Arabes Ghavahrideh (c'est-à-dire les habitants du Ghor) font paître leurs troupeaux dans les parties septentrionales de ces marécages. Thomson, pour parvenir des marais au bord du lac, s'aboucha avec un de ces Arabes, qui lui jura par Allah qu'un sanglier même ne pourrait pas y atteindre.

C'est le plus grand pâturage qu'il ait jamais vu ; il est absolument plat, rempli de flaques d'eau, de forêts de joncs, de roseaux, de gazons.

» D'innombrables troupeaux de moutons blancs et de chèvres parcourent ces immenses pâturages dans tous les sens ; on y voit aussi des files de chameaux et de bœufs. Les buffles s'y vautrent dans les eaux fangeuses et semblent prospérer dans ces parages; cependant la race y est dégénérée ; ils ont peu de ressemblance avec les magnifiques ruminants de la Bible (ONl). Le côté oriental du lac est resté inexploré jusqu'à nos jours. Wildenbruch pense que la pente abrupte et touffue des bords du lac offrirait difficilement une voie praticable. Au bord occidental les montagnes ne *e rapprochent pas autant du niveau du lac et laissent à leur pied une rampe unie remplie de joncs, de roseaux et de lotos. C'est de ce côté que se -trouvent la plupart des huttes des Bédouins. L'eau n'est pas aussi limpide que celle du lac de Tibériade. En général le lac de Méroum ressemble

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aune lagune, car son niveau d'eau change avec chaque saison de l'année.

Il est situé, suivant Berton, à environ 6 mètres 15 au-dessous du niveau de la Méditerranée. »

Si ce nivellement est exact le Jourdain a à descendre, en traçant ses mille circuits dans les rochers, environ 1217 pieds pour atteindre la mer Morte et environ 603 pieds pour atteindre le lac de Gennezareth ou de Tibériade, attendu que ce dernier lac est à 612 pieds au-dessous du niveau de la Méditerranée, et la mer Morte à 1235.

Le Nom.

MERSENNE (Marin) {Théol. hist.

biog. et bibliog.) — Cet exégète, né à Oise, duché, du Maine, en'1588, et mort en 1648, à Paris, où il était venu voir son ami, l'illustre Descartes, a laissé :

Libri de Harmonia (Harmonie universelle) ;

Cogitata physico-mathematica ;

La Vérité des sciences;

L'Usage de la raison ;

Questions théologiques, physiques, morales et mathématiques ;

L'Impiété des déistes et des plus subtils libertins découverte et réfutée;

Universse Geometriœ mixtœque mathematiese synopsis ;

Obsermtiones et emendationes in Franc. Georg. Veneti problemata ;

Préludes de l'Harmonie universelle ;

Tractatus mechanicus, theologicus et practicus ;

Epistolse ad Mart. Buarum ;

Qusestiones celeberrimse in Genesin, Par., 1623, in-fol. « Ce commentaire, dit M. Permanudei-, devint célèbre, notamment par cette circonstance que deux feuilles (p. 669-676), dans lesquelles il parlait des athées de son temps, furent supprimées par ordre et remplacées par des cartons, ce qui a fait des exemplaires intacts une rareté bibliographique.

Le Nom.

MÉRYCÏSME (Théol. mixt. scien.

méd.) — Cette maladie dont le nom grec (Mérykismos, rumination) dit assez la nature, est fort étrange : les aliments remontent de l'estomac et

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on les rumine comme un bœuf. On a dit sur ces malades mille choses absurdes, par exemple, qu'ils étaient issus de parents cornus, et qu'euxmêmes portaient des cornes, etqu'ils avaient, comme les ruminants, quatre estomacs. La vérité est que c'est une maladie rare, mais qu'elle existe et qu'elle peut être engendrée par des excès de gourmandise. Percy raconte avoir connu un malade de mèrycisme qui gagna son mal à trente-deux ans à la suite d'une orgie qui avait été suivie d'une forte indigestion. Il avait fini par prendre un certain plaisir à ruminer, tout en déplorant lui-même la gêne et la malpropreté dans lesquelles cela le mettait après ses repas.

Une attaque de goutte le prit à cinquante ans, et pendant l'attaque, il ne rumina point. A quarante-cinq ans, il fut affecté d'une faim continuelle excessive (boulimie,) pendant trois mois, qui lui laissa ensuite des envies de vomir et des douleurs d'estomac, avec une diminution de rumination ; il avait alors cinquante ans et était très-malheureux malgré sa grande fortune, parce qu'il avait la persuasion que c'était le présage de sa lin prochaine.

Tout cela provenait d'une orgie d'âge mur.

A cette foliedu roi Nabuchodonosor, effet de l'orgueil, dont le prophète Daniel a laissé à la postérité un si beau tableau lyrique, put se joindre une maladie extraordinaire et'bizarre dans le genre du mèrycisme.

Le Nom.

MESMÉRISME (Théol. mixt. scien.

physio. et occult. — V Magaétisme.

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