‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 2 sur 122 · ANIMAL · texte numérisé non relu

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MESSE, prières et cérémonies qui se font dans l'Eglise catholique, pour la consécration de l'eucharistie. On a aussi nommé ces prières, ta liturgie, ou le service, parce que c'est la partie la plus auguste du service divin; synuxe et collecte, c'est-à-dire assemblée, office solennel, sacrifice, ablations, divins mystères, etc. ; mais depuis le quatrième siècle le nom de messe a été le plus usité dans l'Eglise latine.

Quelques auteurs ont voulu tirer

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ce nom de l'hébreu missah, offrande volontaire ; il est plus probable qu'il vient du latin missio, renvoi, parce qu'après les prières et les instructions qui précèdent l'oblation des dons sacrés, on renvoyait les catéchumènes et les pénitents : les tidèles seuls, que l'on supposait dignes de participer au saint sacritice, avaient droit d'être témoins de la célébration. C'est l'étytnologie que saint Augustin, saint Avit de Vienne et saint Isidore de Séville ont donnée de ce terme. Par analogie, l'on a souvent donné le nom de messe à tous les offices du jour et de la nuit.

Bingham, entêté de ses préjugés anglicans, a voulu prouver, par cette observation, que la messe n'a jamais été le nom spécialement attaché à la consécration de l'eucharistie, et n'a jamais signiiié un sacrifice expiatoire pour les vivants et pour les morts, comme on l'entend aujourd'hui. Orig.

ecclés., 1. 13, c. 1, § 4. Mais il fournit lui-même de quoi le réfuter. Il convient que le mot de messe vient du latin missio, renvoi : or, dans quelle partie de l'office renvoyait-on quelques-uns des assistants? Il l'a reconnu; c'est immédiatement avant l'oblation et la consécration de l'eucharistie : voilà, pourquoi ce qui précédait était appelé la messe des catéchumènes; parce qu'alors on les renvoyait : le reste était appelé la messe des fidèles. Donc, dans l'origine, la messe ou le renvoi n'a eu lieu qu'à l'égard de la consécration de l'eucharistie ; donc c'est relativement à cette consécration que le nom de messe a été introduit : conséquemment il n'a été donné que par analogie et abusivement aux autres parties de l'office divin. Or, il est prouvé, par les plus anciennes liturgies, que dès l'origine cette consécration a été précédée et accompagnée de l'oblation, et a été regardée comme un vrai sacrifice. Yoy. Eucharistie, § 5.

Ainsi, selon la croyance de l'Eglise catholique, la messe est le sacrifice de la loi nouvelle, par lequel l'Eglise offre à Dieu, par les mains des prêtres, le corps et le sang de Jésus- Christ, sous les espèces du pain et du ■vin. Cette doctrine, comme on le voit

évidemment, suppose la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, et la transsubstantiation, ou le changement de la substance du pain et du vin en celle du corps et du sang de Jésus-Christ. Au mot Eucharistie, nous avons démontré la liaison intime de ces trois dogmes.

Les sacramentaires n'admettent aucun des trois, et les luthériens nient la transsubstantiation ; conséquemment tous ont condamné et retranché la messe. Ils ont enseigné que ce prétendu sacrifice faisait injure et dérogeait à la digniié et au mérite de celui que Jésus-Christ a offert sur la croix; qu'il n'est m propitiatoire, ni impétratoire; qu'il ne doit être offert ni pour la rémission des péchés, ni pour les vivants, ni pour les morts, ni à l'honneur des saints; qu'il n'y a point d'autre manière d'offrir Jésus- Christ à son Père, que de le recevoir dans l'eucharistie, et que cette action ne peut profiter qu'à celui qui communie; que dans la loi nouvelle le seul sacrifice agréable à Dieu, ce sont les prières, les louanges, les actions de grâces. Ils en ont conclu que le canon de la messe est rempli d'erreurs, que toutes les cérémonies dont l'Eglise se sert dans celte action sont superstitieuses et impies, que l'usage de célébrer dans une langue que le peuple n'entend pas, et de réciter le canon à voix basse, sontdes abus, etc.

Le concile de Trente a condamné tous ces articles de la doctrine des protestants par autant de décrets directement contraires : il les a fondés sur les passages de l'Ecriture, dont les hétérodoxes ont perverti le sens, et sur la pratique constante de toutes les églises chrétiennes, depuis les apôtres jusqu'à nous. Sess. 22.

Les prétendus réformateurs n'en vinrent pas tout à coup à cet excès de fureur contre la messe. Luther ne condamna d'abord que les messes privées; il retrancha ensuite l'oblation et la prière pour les morts ; enlin il supprima l'élévation et l'adoration de l'eucharistie. Il en fut de môme en Angleterre : la liturgie n'y a été mise dans l'état où elle est aujourd'hui, qu'après plusieurs changements consécutifs. On peut voir dans

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le père Le Brun, Exptic. des cérémonies de la Messe, tom. 7, p. i et suivantes, les différentes liturgies des sectes protestantes, et les comparer avec celles des autres communions chrétiennes. Si les fondateurs de la réforme avaient mieux connu les anciennes liturgies, il est à présumer qu'ils n'auraient pas vomi tant d'invectives contre la messe romaine.

On a eu beau représenter à leurs disciples que l'Eglise, en offrant à Dieu le corps et le sang de Jésus- Christ présent sur l'autel, ne prétend pas offrir un sacrifice différent de celui de la croix ; que c'est fésus- Christ lui-même qui s'offre par les mains des prêtres ; qu'il est donc le prêtre ou le pontife principal et la victime, comme il l'a été sur la croix.

Puisque ce divin Sauveur, selon l'expression de saint Paul, est prêtre pour l'éternité, et toujours vivant afin d'intercéder pour nous, Hebr., c. 7.

f 24 et 23, pourquoi n' exercerait-il par encore son sacerdoce sur la terre, lorsqu'il y est présent, de même qu'il l'exerce dans le ciel? Les protestants ne veulent pas entendre ce lan qui, depuis les toute l'Eglise.

Pour justifier leur prévention contre la messe, plusieurs ont avancé que, selon l'opinion des catholiques, Jésus-Christ, sur la croix, a satisfait à la justice divine pour le péché originel seulement, et qu'il a institué la messe pour effacer les péchés actuels que les hommes commettent tous les jours ; que la messe justifie les hommes ex opère operato, et mérite la rémission de la coulpe et de la peine aux pécheurs qui n'y mettent point d'obstacle.

Il est évident que ce sont là deux fausses imputations. Jamais aucun catholique n'a douté que Jésus-Christ mourant n'eût satisfait pour tous les péchés sans exception; l'Ecriture l'enseigne ainsi, et nous le répétons dans la messe, en disant : a Agneau » de Dieu, qui effacez les péchés du » monde, ayez pitié de nous. » Mais nous croyons que, par le sacrifice de la messe, les mérites de la mort de Jésus-Christ nous sont appliqués, de même que les protestants croient

&age, apôtres, est celui de

qu'ils se les appliquent par la foi.

Lorsque l'Eglise enseigne que la messe est un sacrifice propitiatoire, elle entend que Jésus-Christ présent sur l'autel, en état de victime, demande grâce pour les pécheurs, comme il l'a fait sur la croix; qu'il apaise la justice de son Père, et détourne les châtiments que nos péchés ont mérités. Au mot Eucharistie, § 5, nous avons prouvé par l'Ecriture sainte et par la tradition, que c'est un vrai sacrifice, duquel Jésus-Christ est le prêtre principal. C'est donc luimême qui s'offre à son Père par les mains des prêtres de la loi nouvelle.

Le motif de cette offrande est le même qu'il avait en s'offrant sur la croix ; donc il s'offre afin d'obtenir miséricorde pour tous les hommes, pour effacer les péchés des vivants et des morts. Mais ce dogme tient encore à un autre que les protestants ne veulent pas admettre savoir, qu'après la rémission de la coulpe du péché et de la peine éternelle, le pécheur est encore obligé de satisfaire à la justice divine par des peines temporelles ou en ce monde ou en l'autre, Voy. Rémission, Satisfaction.

C'est sur ce même fondement que l'Eglise s'appuie, lorsqu'elle offre le sacrifice de la messe pour les morts, et qu'elle en fait mention dans toutes les messes. Comme elle croit que les fidèles qui sortent de ce [monde sans avoir suffisamment expié leurs péchés, sont obligés de souffrir une peine temporelle en l'autre, elle demande à Dieu pour eux, et par Jésus-Christ, la rémission de cette peine. Voy. Morts, Purgatoire.

Par la même raison, la messe est un sacrifice eucharistique, un sacrifice d'actions de grâce. Pouvons-nous mieux témoigner à Dieu notre reconnaissance, qu'en lui offrant le plus précieux des dons qu'il nous a faits, son Fils unique qu'il a daigné nous accorder, et qui s'est livré lui-même pour victime de notre rédemption '!

Nous lui disons alors comme Salomon : « Nous vous rendons, Seigneur, » ce que vous nous avez donné. »

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