‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 114 sur 122 · TAN · texte numérisé non relu

TAN

choses, et en nous tous : « Super omîtes, et per omnia, et in omnibus nobis. » (Ephes. iv, 4-6.)

« Et plus loin, parlant du mystère de la régénération par le Christ, de cette seconde création surnaturelle :

Celui qui est descendu est celui-là même qui s'élève au-dessus de tous les deux pour tout remplir... et qui a tout fait pour la consommation des saints...

et l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous dans l'unité de la foi...., en un

homme parfait nous sommes les

membres de son corps, de sa chair et de ses os. (Ephes. iv, 10 et seq. ; v, 30.)

» L'Apôtre revient souvent sur cette image de l'unité harmonique des membres dans un corps malgré leur diversité propre, ce qui fait penser à l'harmonisme de Leibnitz et de Malebranehe.

» Ces passages, et beaucoup d'autres du père de la théologie chrétienne, de notre Platon, se rapportent principalement au fond substantiel de l'être. En voici quelques autres sur l'activité de la créature intelligente et libre. Voici pour l'activité intellectuelle.

» Ayons confiance en Dieu par le Christ ; car nous ne sommes suffisants pour penser quoi que ce soit par nousmêmes et comme de nous-mêmes ; mais notre suffisance est de Dieu. (II Cor.

» Voici pour l'activité de volonté dans les œuvres.

» C'est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire à son bon plaisir.

{Philip, n, 12.)

» On ne fut jamais plus positif et plus hardi. Cependant saint Paul n'en professe pas moins l'autre principe, de la productivité réelle de l'âme, quoique à titre de cause seconde. A quoi auraient servi tous ses efforts pour déterminer les hommes à bien choisir s'ils n'eussent pas été, dans sa pensée, des activités libres ?

Il le suppose à l'endroit même que nous venons de citer en disant : Opérez votre salut: « Vestram salutem operemini. » (Ibid.)

« Enlin, combien de fois le grand Apôtre n'a-t-il pas fait des résumés

comme celui-ci : Tout estenhd, de lui, par lui : « Omnia in ipso, ex ipso, per ipsum. » (Rom. xi, 36.) Et cependant il ne dépasse jamais la ligne moyenne ; il réserve la personnalité de l'homme dans le travail de cette vie : J'ai travaillé plus abondamment qu'eux tous, s'écrie-t-il, non pas moi seul, mais la grâce de Dieu avec moi (I Cor. xv, 10) ; il la réserve aussi jusque dans la béatitude céleste, qu'il peint avec les mots de Platon, et non pas avec ceux des Indiens trop hyperboliques. Cette béatitude consiste, pour lui, dans une vision face à face avec un corps céleste, dans une vue claire du soleil des esprits, après les visions voilées, nébuleuses, énigmaliques de cette vie au sein du mouvement des ombres. Toute chair n'est pas la même chair... il y a corps célestes et corps terrestres ; enfin , autre est l'éclat des célestes, autre l'éclat des terrestres...

est semé le corps animal, ressuscitera le corps spirituel. ." (I Cor. xv, 39-43.) Maintenant nous voyons dans un miroir, en énigme, et alors face à face ; maintenant je connais en partie, alo7-s je connaîtrai comme je suis connu.

(I Cor. xni, 12.)

» JNe quittons pas la grande révélation chrétienne sans nommer le mystère ineffable de l'Eucharistie, qui est, tout à la fois, la réalité et la ligure sacramentelle de la communion de la multiplicité créée dans l'unité incréôe.

» L'Eglise est le développement de cette révélation, et elle continue d'éclairer la ligne moyenne, grâce aux écarts des Chrétiens égarés à droite et à gauche.

» Rappelons-nous les déviations que nous avons signalées dans l'ordre surnaturel, et voyons comment se conduit l'Eglise à l'égard de ces déviations plus ou moins panthéistiques dans un sens ou dans l'autre.

» Arius et Nestorius, avons-nous dit, tendent au panthéisme par division, en séparant, dans le Christ, la créature du Créateur. Que fait l'Eglise? elle condamne les systèmes d'Anus et de Nestorius.

» Eutychès tend au panthéisme par unification, en faisant absorber, dans le Christ, l'humanité par la divinité.

PAN

PAN

Que fait l'Eglise ? elle condamne Eutychès.

» Le pélagianisme et le semi-pêlagianisme tendent, d'une manière grave, au panthéisme qui déifie l'homme en donnant à son activité une force priorique dans la sanctification. Que fait l'Eglise? éclairée par les torrents de lumière que verse Augustin, elle déclare hérétiques les pélagiens et les semi-pélagiens.

» Le prédestinalianisme, le fatalisme, le wiclétisme, le luthéranisme, le calvinisme, le baïsme et le jansénisme se succèdent et veulent entraîner la chrétienté vers le panthéisme par identification, en ôtant à l'homme sa liberté et son autonomie dans la prescience et dans la puissance de la cause première. Que fait l'Eglise?

Elle les condamne tous et les poursuit, avec une constance qu'on n'admire pas comme elle le mérite, jusque dans les plus sinueux détours de leurs lab}'rinthes.

» Le thomisme et le molinisme se font une guerre dont les feux croisés couvrent l'horizon pendant plusieurs siècles. Que fait l'Eglise ? Elle se tait.

Il y a cependant deux tendances contraires vers les abîmes ; mais ces tendances ne consistent pas dans des affirmations doctrinales directement négatives de la ligne moyenne ; elles ne portent que sur l'explication du mystère d'harmonie entre l'action de Dieu et celle de l'homme; elle se tait donc ; n'est-ce pas de la sagesse ?

» Elle fera de même à l'égard de tout système explicatif de l'énigme de Dieu et de la créature, pourvu que les deux vérités fondamentales soient garanties.

» Que dirons-nous du quiétisme ?

La double tendance s'y trouvait, non plus dans une réponse au comment du mystère, mais sur le fait même de la vie présente; elle y était quoique assez faible pour être invisible. L'Eglise a condamné , et si l'on regretté les circonstances des débats et la condamnation elle-même, ce n'a pas été par douleur de voir la ligne moyenne compromise.

» Enfin le rationalisme et le traditionalisme exclusifs ont mille dégrés. L'Eglise a fait connaître sa doc-

trine jusqu'à un certain point ; elle la manifestera davantage dans l'avenir, et l'on peut affirmer, sur les garanties que fournit son passé, qu'elle ne fera que délimiter de mieux en mieux le milieu rationnel (1).

» Quant aux tendances dans l'ordre politique elle ne s'en mêlera pas plus pour prononcer d'autorité, qu'elle ne le fera dans l'ordre des sciences et dans celui des arts ; mais la raison en accomplira l'œuvre; et la raison triomphera sur tous les points des deux panthéismes, non pas seule, comme dit saint Paul, mais Dieu avec elle.

» Résumons-nous. Voulez-vous connaître la doctrine catholique sur Dieu et sur l'homme ? ouvrez un catéchisme ; vous y trouverez que Dieu est la cause infiniment puissante, créatrice de toutes choses conservatricede toutes choses, présente partout, sachant tout, voyant tout, soutenant tout, productrice première de tout bien, pourvoyant à tout, surveillant tout, inspiratrice des bonnes pensées et des bons désirs, principe des vertus, ressort nécessaire des bonnes œuvres par sa grâce; et que l'homme estun être intelligent, libre, immortel, responsable de ses actions et devant recueillir, dans l'autre vie, ce qu'il aura semé dans celle-ci. Or ne sont-ce pas les deux principes où la droite raison nous avait conduits?

» Quant à l'explication du mode par lequel Dieu crée, conserve, et active la personnalité créée sans nuire à sa liberté, l'Eglise catholique ne l'aborde pas ; elle s'en tient au mystère, sans condamner ni approuver les efforts de la science philosophique et

(11 Quand no-19 écrivions ces lignes, nous ne savions pas que, dans l'année même, sortirait la déclaration de la congrégation de l'Index que noua citons dans l' Introduction et au mot Logiqur. Cette déclaration est évidemment un commencement de réalisation du souhait que nous formions ici ( 1856).

Il s'agissait dans cetle note, des quatre propositions qui furent décrétées, ver a le temps où nous terminions nos ffarmnnies, par la congi égation de l'Index contre le traditionalisme. Aujourd'hui que le concile du Vatican nous présente sa constitution Dei filius, dans laquelle il s'agit précisément de» harmonies de la foi et de la raison, nous pouvons encore a fortiori renouveler notre observation.

PAN

PAN

théologique pour en hasarder d'hypothétiques interprétations.

» Or, c'est encore à cette prudente réserve que s'en tient la sagesse rationnelle ; nous en avons fait la remarque dès le commencement. Où trouver plus belle harmonie? »

Il n'est pas de vérité dont on ne puisse faire abus, et il n'en est pas dont l'abus soit aussi facile que celle de ce panthéisme rationnel qui vient d'être exposé ; c'est une cime escarpée sur laquelle peu d'esprits conservent bien le parfait équilibre.

Est-ce une raison pour la cacher, pour l'interdire aux touristes du mystère ? Non. Sur toutes les vérités, il faut l'ouverture de l'àme au grand jour.

Nous avons reçu d'un jeune homme à nature de poète, que nous n'avons jamais vu et qui n'a encore rien lu de l'ouvrage que nous composons en ce moment (1), mais qui en a lu d'autres, depuis longtemps sortis du mèmecalame;nousavonsreçu, disons-nous, de ce jeune esprit plusieurs lettres, et nouslui avons répondu. Il est de ceux pour qui notre pantliêisme est cette hauteur dont le sommet est si dil'licile à tenir. Donnons à lire au public sa dernière lettre, et la réponse textuelle que nous venons d'y faire.

« 3 octobre 1874-.

b Cher et honoré maître.

» En philosophie, je crois que je demeurerai dans le 'panthéisme. J'ai Ion uement rélléchi ; je ne puis pas aller plus loin. Je crois que l'Absolu n'existe pas, qu'il n'est qu'un rêve de notre esprit. Je meligure Dieucomme l'àme de l'univers, il est dans tout sans que tout soit Dieu, et dans l'homme en particulier; l'homme est ce qu'il y a de plus divin, mais il n'est pas Dieu.

» A la mort l'âme retournera à D eu, c'est-à-dire dans le sein de la Tieuniverselle.Ellotraverserale/îcui'c

(i ) Non* écririons cela l'année dernière; il en est autrement aujourd'hui (1875).

de l'oubli. Que ferait-elle l'âme humaine dans le ciel dont on parle?

La vue des douleurs humaines suffirait pour la rendre éternellement triste. Pourrait-elle être heureuse voyant dans l'humanité tant de sang et de larmes?

L'hommecsttroppeu de chosell'immortalité est un beau rêve de la poésie, des législateurs, des philosophes.

» Et pourtant les grands devoirs demeurent.il est beau, noble et glorieux de servir l'humanité, la patrie, la famille, de soulager la soutl'rance, de se dévouer pour les opprimés, et je ne me sens pas moins ferme à pratiquer toutes les vertus que si j'avais une immortalité certaine de béatitude à espérer.

» Je ne trouve rien dans la physiologie humaine qui c'asse l'homme dans un monde spirituel, dans un ordre d'un genre différent de celui des autres êtres animés et organisés de la création. Il n'y a chez l'homme qu'un grand degré de plus, intelligence plus grande, développée par la civilisation, passions plus parfaites, organes plus parfaits, etc. En un mot je rencontre l'analogie, dans tous les animaux, tout en trouvant une supériorité immense dans l'homme.

» Tel est le résultat de mes six derniers mois de réflexions. Je ne vous donne pas cela comme mes idées délinilives, je suis encore à chercher, mais je crois ce résultat trèsprobable.

» Quant à l'origine du monde je crois que la science finira par l'expliquer; du reste, vous-même avez recours, avez-vous dit, à une idée p-anthéistique pour expliquer l'origine des choses qui commencent.

Allons, tendons-nous la main, et avouez que vous pensez à peu près comme moi, et que vous cherchez, vous aussi, la solution de ces questions immenses dont la profondeur nous donne le vertige. Délionsnous toutefois des idées reçues dans l'école; les anciens sont excusables, ils n'avaient pas la lumière des sciences et des observations modernes. Je vais du reste suivre et étudier vos idées, si sages et si généreuses, dans

PAN

PAN

votre savant travail. Vous me direz si cet ouvrage est l'expression entière et exacte de votre âme illuminée par les génies du passé et par vos investigations personnelles.

» Merci mille fois, etc. »

Suit la 'signature.

Réponse. « Paris, 10 octobre 1874.

» Oui, mon ami, ce dernier ouvrage, comme tous mes ouvrages, est l'expression, je ne dis pas entière — on ne peut jamais tout dire et l'on ne lîit jamais tout — mais exacte de ma conscience; et, si je vous donne la main de grand cœur comme je la donnais à Proudhon, ma raison ne saurait la donner à vos idées mieux qu'aux siennes, qui étaient, à bien peu près, celles que vous m'exprimez clans votre lettre du 3 octobre 1874.

Raisonnons donc :

» Vous croyez que l'absolu n'est qu'un rêve de notre esprit!... Alors l'affirmation que le tout est plus grand que sa partie, comme vérité éternelle, absolue, n'est qu'un rêve!...

Alors la vision claire que j'ai dans l'esprit qu'il est éternellement et absolument impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps, n'est qu'un rêve!... Alors, la démonstration géométrique par laquelle je perçois, comme une nécessité absolue des choses, que les trois angles d'un triangle valent deux angles droits, n'est qu'un rêve!... Alors, ma raison se déconcerte, mes évidences ne sont plus que des songes, le vrai et le faux se confondent, je ne sais si j'existe ou si je n'existe pas, je ne suis plus une lumière, je suis un abîme, je n'ai plus le droit d'émettre une pensée. Voilà la première conséquence : scepticisme universel.

» Vous croyez que l'absolu n'existe pas!... Mais alors, à quoi se rattachera le relatif, dont vous ne pouvez nier l'existence puisque ce relatif est en vous-même? Le relatif ne peut être relatif qu'à la condition de se rapporter à l'absolu; autrement il serait l'absolu lui-même, l'indépendant, l'existant par soi, sans point

d'attache ; et dès lors vous n'auriez pas le droit de dire que l'absolu n'existe pas, puisque le relatif redeviendrait l'absolu; il vous faut donc, pour pouvoir dire que le relatif seul existe, affirmer à la fois qu'il est relatif à quelque chose et qu'il n'est relatif à rien, c'est-à-dire qu'il est et qu'il n'est pas tout ensemble. Y avezvous pensé? Dire que l'absolu n'existe pas, c'est dire qu'il n'y a rien. Seconde conséquence : Nihilisme universel.

» Il vaudrait mieux dire l'inverse de ce que vous me dites là; à savoir que l'absolu seul existe, et que le relatif n'est qu'un rêve de notre esprtf ; la philosophie et la logique en reraient moins choquées. Le relatif, en eifet, n'a rien de nécessaire, tandis que l'absolu est nécessaire à tout ce qui n'est pas l'absolu. Est-ce qu'il peut exister un soutenu sans un soutenant, un être précédé, sans un être qui le précède, un commencement sans une éternité qui lui serve de point de départ, un effet sans cause?..

Mais l'absolu, l'existant par soi indépendamment de tout point de relation autre que la nécessité intrinsèque de son être, Dieu enlin, pourraitbien exister tout seul. Dites-moi donc plutôt: l'absolu seul est ; le;relatif n'est qu'un rêve de l'esprit.

» Or, vous ne le pouvez pas, non plus, car vous savez bien que vous êtes. Le fait est là, le fait de votre conscience, et contre lui vient se briser votre affirmation panthôistique que Dieu seul est, en même temps qu'elle en sort, puisque si vous n'étiez pas, vous ne pourriez ni nier, ni affirmer votre être, ni le révoquer en doute.

» Vous êtes donc pris entre deux évidences égales : l'évidence ontologique, apriorique, qui vous montre la nécessité de l'absolu comme essentiellement liée à l'existence du relatif, comme faisant partie de l'essence même de sa possibilité; et l'évidence psychologique, apostériorique, qui dit en vous : Je suis.

» Voilà donc votre panthéisme. — Soit que vous le fassiez consister à.

nier l'absolu devant le relatif, soit que vous le fassiez consister, ce qui

PAN

serait pourtant moins déraisonnable, à nier le relatif devant l'absolu — qui devient une chimère se dévorant elle-même en face de cette double évidence : Nécessité ontologique de la cause ; fait psychologique de l'effet dont vous avez conscience.

» Voilà donc la distinction établie, dans votre intimité la plus profonde, entre l'éternel et le non éternel, entre Dieu et le non Dieu. L'un et l'autre diffèrent par essence comme doivent différer l'absolu et le relatif; et l'un et l'autre sont.

» Est-ce à dire, cependant, qu'il ne restera pas un 'panthéisme rationnel, qui, sans effacer la distinction, ramène l'absolu dans le relatif comme condition constante de sa possibilité, soutien permanent de son être, ressort immanent de son activité, lumière de sa lumière, chaleur de sa chaleur, mouvement de son mouvement, vie de sa vie, substance de sa subtance?.... Non; il nous faut ce panthéisme, car il revient à dire que toute origine est impossible sansl'e'£? - e ori'jinant, tout effort impossible sans la force, toute chaleur et toute lumière impossible sans le foyer calorifique et lumineux. Il faut que la cause reste dans l'effet pour que l'effet persiste, sans quoi l'effet ne serait plus que cause et redeviendrait l'absolu. Hypothèse absurde.

» C'est ce que disent Isaïe, saint Paul, saint Augustin, saint Thomas.

» Isaïe chante à Dieu ce vers profond : « Tu opères, Seigneur, toutes nos œuvres en nous. » Omnia opéra nostra operalus es in nobis, Domine. »

(xxvi, 120

« Saint Paul dit de Dieu : Nous sommes sa génération, yévo;.... En lui nous vivons, nous sommes mus et nous sommes... tout en lui, par lui, de lui, ex ipso.... Il opère tout en nous, et le vouloir et le faire, et velle et perficere. > etc.

» Saint Augustin dit à Dieu : Si vous n'étiez en moi, je ne serais pas.

(Confess. i, 2).... Donne sur ce que tu commandes, da quod jubés (Conf. x, 29) ; etc., etc.

» SaintTbomas dit de Dieu': « Etant l'être par essence, il est intimement immanent en toutes clioses.... Dieu

est en toutes choses par puissance, par présence, par essence, per essentiam. » « La substance de Dieu est en toutes choses comme cause, de l'esse. Substantia Dei adest in omnibus ut causa essendi. » (I, q. vin) ; etc.

« Voilà, mon ami, le panthéisme que je permets, que je prêche et que je démontre, je n'en permets pas d'autre. Et j'entends que la distinction se perpétuera, durant l'immortalité, dans les mêmes conditions :

Toujours Dieu, fond substantiel de l'être ; toujours le moi, expression par laquelle l'être se personnifie, se fahVet se sent soi, non un autre, non la cause. Et point de passage par le fleuve de l'oubli, parce que la nuit sans réveil sur le passé qui envelopperait la conscience serait une rentrée, par rapport au passé, du relatif dans l'absolu, une neutralisation du premier, une réduction d'un terme dans l'autre, une annihilation de la distinction que l'absolu a voulue, et qu'il nous révèle, par tous les symptômes de notre nature, devoir être immortelle.

» Non, ami, non, celui de nous deux qui abordera le premier la rive éternelle ne sera point triste des misères de l'autre ; il n'y sera que compatissant et sensible ; il aura du bonheur à regarder venir, à travers les flots, sou compagnon attardé.

Partout, dans les choses créées, c'est à chacun son tour; et la félicité de l'àme lucide est de voir se consommer progressivement les harmonies, se satisfaire à la fois l'ordre de la justice et l'ordre de la bonté. Le premier qui ae- repose sous les divins ombrages intercède pour son ami de la terre, auprès de l'absolu qui est amour aussi bien que justice et puissance. Il est heureux des faveurs qui sont faites à son frère ; il est heureux des victoires qu'il remporte; il est lier devant l'absolu de son courage; il s'apprête à lui tendre la main.

Rattachant ses souvenirs au spectacle de la terre, il commence de réaliser la grande épopée de l'Ame, dans la contemplation amoureuse de l'être, en attendant le jour ou l'une et l'autre pourront chanter de concert sur l'éternelle arène : Deus nobis hxc

PAN

otia fecit : gloire à Dieu qui nous fait ces loisirs, dans lesquels nous travaillons encore !...

» Sans cloute l'immortalité est le beau rêve de la poésie, mais ce rêve est appuyé sur les harmonies de la nature et sur les déductions de la raison; ce rêve est vraiment beau, parce qu'il aura son épanouissement dans le réel; s'il ne l'avait pas, que serait-il? une fourberie de l'absolu; deux mots qui s'entre-nient.

» Que votre conscience se plaise à l'accomplissement des grands devoirs envers l'humanité et la famille sans espoir de l'immortalité ; je ne vous en blâme pas ; le bien est le bien, et nous devons l'accomplir pour lui-même.

Mais la récompense promise et espérée, qui en est la conséquence, ne le dépare ni ne l'amoindrit, et elle est le résultat nécessaire de la justice dans le don gratuit de la bonté ; elle est le devoir de Dieu.

» L'animal, s'il a une conscience de degré inférieur, recevra aussi de la justice absolue la récompense qui rétablira l'équilibre rompu dans ses destinées. Nous ignorons l'animal ; nous ne nous ignorons pas. Chacun aura son dû. Peu nous importe ce qui n'est pas nous ; occupons-nous de nous-mêmes.

» Lasciencehumainetrouvera-t-elle ou ne trouvera-t-elle pas l'origine du monde? Je ne sais jusqu'où elle ira dans ces profondeurs qui, comme vous le dites bien, donnent le vertige ; mais ce que je sais, c'est que, d'une part, la pointe de son scalpel ne touchera jamais la monade, et que, d'autre part, la puissance de son idée ne trouvera jamais cette origine que dans l'absolu.

» Votre chasse, ami, depuis six mois, sur la piste des mystères, ne vous a conduit qu'aux fantômes :

tristes venaisons, qui ne sauraient déhnitivement vous satisfaire!...

Continuez cette chasse jusqu'à ce qu'elle vous ramène au point de départ.

» Tout à vous d'affection.

» L'adué Le Noir. »

Le jeune homme nous a répondu par la lettre suivante :

793 PAN

» Cher et honoré maître,

» Je me réjouis de votre lettre; elle m'apporte l'expression de votre foi robuste et vaillante. Quoique je ne la partage point encore dans toute sa plénitude et dans toutes ses conséquences, je l'aime et l'admire profondément.

» Ce qui me consisterait le plus, en elfet, dans les destinées humaines, serait la cessation de la personnalité.

Les aspirations de nos âmes nous portent à croire à leur existence immortelle, c'est vrai; mais je me défie du sentiment, et voudrais bâtir l'édifice de mes croyances sur la roche vive, alin qu'il pût résister aux orages.

J'y travaillerai donc à votre suite.

Oui, vous avez raison à votre point de vue : il y a des vérités éternelles; point d'elfet sans cause; et, sur les questions ultérieures je ne suis pas fort loin de penser comme vous. J'espère trouver dans l'étude de votre livre les solutions de mes doutes.

» 25 octobre 1874 ».

Le Nom.

PANTHÉISME (le) SP1RITUALIS- TO-ORGANIQUE (Théol. mixt. philos, ontol. psychol. et scien. physiol.) —

Page 1