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«etimparfaites du genre humain?.. Où » est-elle cette vive lumière qui illu- » minetouthommevenant encemon- » de?... Tout œil la voit et il ne verrait » rien s'il ne la voyait pas, puisque » c'est par elle et à ses purs rayons » qu'il voit toutes choses. Comme le » soleil sensible éclaire tous les corps, » de même ce soleil d'intelligence » éclaire tous les esprits. La substance » de l'œil de l'homme n'est point la » lumière ; au contraire l'œil em- » prunte, à chaque moment, la lu- » mière des rayons du soleil. Tout de » même mon esprit n'est point la » raison primitive, la vérité univer- » selle et immuable; il est seulement » l'organe par où passe cette lumière
» originale et qui en est éclairé!
» Où est cette raison parfaite qui est
» si près de moi il faut qu'elle
• soit quelque chose de réel... n'est-
» ce pas le Dieu que je cherche?
» Ce premier être est la cause de » toutes les modifications de ses créa- » tures. L'opération suit l'être , » conime disent les philosophes.
» L'être qui est dépendant dans le » fond de son être ne peut être que » dépendant dans toutes ses opéra- » tions, l'accessoire suit le princi- » pal. L'auteur du fond de l'être l'est » donc aussi de toutes les modifica- » tions ou manières d'être des créa- » tures. C'est ainsi que Dieu est la » cause immédiate de toutes les con- » figurations, combinaisons et mou- » vements de tous les corps de l'u-
» nivers Or le vouloir est la
» modification des volontés, comme » le mouvement est la modification
» des corps Cette modification, la
» plus excellente de toutes , sera- » t-elle la seule que Dieu ne fera point » dans son ouvrage, et que l'ouvrage » se donnera lui-même avec indé- » pendanca ? Qui le peut penser?
i> Mon bon vouloir, que je n'avais » pas hier, et que j'ai aujourd'hui, » n'est donc pas une chose que je » me donne; il me vient de celui » qui m'a donné la volonté et l'être...
» Voilà la dépendance de l'homme; » cherchons sa liberté.... je suis dé- » pendant d'un premier être dans » mon vouloir même, et cependant » je suis libre.... c'ost en cola prin-
» cipalement que je suis son image » et que je lui ressemble. Quelle » grandeur qui tient de l'infini! voilà » le trait de la divinité même.... »
etc., etc. (Existence de Dieu; I, 2.)
« Pourrait-on concevoir un développement plus beau de la philosophie des Platon, des Augustin, des Malebranche ?
» Bossuet est moins subtil, moins spirituel, moins pénétrant, moins plongeur ; mais il a sa beauté simple, précise, catégorique, profonde et non moins sublime. Pourrionsnous quitter le grand siècle sans lui emprunter quelque chose?
» . Toutes ces vérités (les vérités » évidentes et nécessaires) et toutes » celles quej'en déduis par un raison- » nement certain , subsistent indé- » pendamment de tous les temps :
» en quelque temps que je mette un » entendement humain, il les con- » naîtra; mais en les connaissant, il » les trouvera vérités, il ne les fera » pas telles ; car ce ne sont pas nos » connaissances qui font leurs objets, » elles les supposent. Ainsi ces vé- » rites subsistent devant tous les siè- » clés, et devant qu'il y ait eu un » entendement humain : et quand » tout ce qui se fait par les règles » des proportions, c'est-à-dire tout » ce que je vois dans la nature, se- » rait détruit, excepté moi, ces règles » se conserveraient dans ma pensée; » et je verrais clairement qu'elles se- » raient toujours bonnes et toujours » véritables, quand moi-même je se- » rais détruit, et quand il n'y aurait » personne qui fût capable de les » comprendre. Si je cherche main- » tenant, où et en quel sujet elles » subsistent éternelles et immuables, » comme elles sont, je suis obligé » d'avouer un être où la vérité est » éternellement subsistante, et où » elle est toujours entendue; et cet » être doit être la vérité même, et » doit être toute vérité; et c'est de » lui que la vérité dérive dans tout » ce qui est et ce qui s'entend hors » de lui. C'est donc en lui d'une c r- » taine manière qui m'est inconi- » préhensible, c'est en lui, dis- je, » que je vois ces vérités éternelles; et » les voir c'est me tourner à celui nui
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h est immuablement toute vérité, et
«recevoir ses lumières Ainsi
» nous les voyons dans une lumière » supérieure à nous mêmes, et c'est » dans cette lumière supérieure que » nous vovons aussi si nous faisons » bien ou mal, c'est-à-dire si nous » agissons ou non selon ces principes
» constitutifs de notre être Ces
» vérités éternelles, que tout enten- » dément aperçoit toujours les mê- » mes, par lesquelles tout entende- » ment est réglé, sont quelque cbose » de Dieu, ou plutôt sont Dieu » même. Car toutes ces vérités éter- » nelles ne sont, au fond, qu'une » seule vérité. En etfet, je m'aper- » çois, eu raisonnant, que ces vérités » sont suivies. La même vérité qui » me fait voir que les mouvements » ont certaines règles, me fait voir » que les actions de ma volonté doi- » vent aussi avoir les leurs et je vois » ces deux vérités dans cette vérité » commune qui me dit que tout a sa » loi, que tout a sou ordre; ainsi la » vérité est une, de soi; qui la con- » naît en partie en voit plu-àeurs ; » qui les verrait parfaitement n'en
» verrait qu'une En la présence
» d'un être si grand et si parfait, » l'âme se trouve elle-même un pur • néant et ne voit rien en elle-même » qui mérite d'être estimé, si ce n'est » qu'elle est capable de connaître et
» d'aimer Dieu
» Mais nul ne connaît Dieu que » celui que Dieu éclaire ; et nul n'ai- » me Dieu que celui à qui il inspire » son amour ; car c'est à lui de don- » ner à sa créature tout le bien qu'elle » possède, et par conséquent le plus » excellent de tous les biens qui est » de le connaître et de l'aimer. Ainsi » le même qui a donné l'être à la » créature raisonnable lui a donné le » bien-être. 11 lui donne la vie, il lui » donne la bonne vie, il lui donne » d'être juste, il lui donne d'être » saint, il lui donne enfin d'être bien-
» heureux
» L'intelligence et l'objet, en moi, » peuvent être deux; en Dieu, il n'est » jamais qu'un; car il n'entend que » lui-môme, et il entend tout en fui- » même, parce que tout ce qui est, t et n'est pas lui, est en lui comme
» dans sa cause. Mais c'est une cause >, intelligente qui fait tout par raison » et par art, qui, par conséquent, a » en elle-même, ou plutôt qui est )/ elle-même l'idée et la raison pri- » mitive de tout ce qui est, et les » choses qui sont hors de lui n'ont » leur être ni leur vérité que par » rapport à cette idée éternelle et
» primitive Quand j'entends ac-
» tuellement la vérité que j'étais ca- » pable d'entendre, que m'arrive-t-il » sinon d'être actuellement éclairé de
» Dieu et rendu conforme à lui?
» N'est-ce pas que celui qui a répandu » partout la mesure, la propurtion, » la vérité même, en imprime en » mon esprit l'idée certaine?
» Mais qu'est-ce que cette idée?
» Est-ce lui-même qui me montre, » en sa vérité, tout ce qu'il lui plaît t, que j'entende, ou quelque impres- » sion de lui-même, ou les deux en- > semble? et que serait-ce que cette » impression? Quoi! quelque cbose » de semblable à la marque d'un ca- » chet gravé sur la cire ? Grossière ima- » gination qui ferait l'âme corporelle » et la cire intelligente. 11 faut donc » entendre que l'âme, faite à l'image » de Dieu, capable d'entendre la » vérité qui est Dieu même, se tourne » actuellement vers son original, » c'est-à-dire vers Dieu où la vérité » lui parait autantque Dieu la lui veut » faire paraître. Car il est maître » de se montrer autant qu'il veut; » et quand il se montre pleinement
» l'homme est heureux
» Enfin donc il est certain qu'en » Dieu est la raison primitive de tout » ce qui est et de tout ce qui s'entend » dans l'univers ; qu'il est la vérité » originale, et que tout est vrai par » rapport à sou idée éternelle; que, » cherchant la vérité, nous le cher- » chons, que, la trouvant, nous le » trouvons et lui devenons confor-
» mes L'âme l'a toujours en elle-
» môme, car c'est par lui qu'elle sub- » siste; mais, pour voir, ce n'est pas » assez d'avoir la lumière présente, » il faut se tourner vers elle, il lui » faut ouvrir les yeux; l'âme a aussi » sa manière de se tourner vers Dieu, » qui est sa lumière parce qu'il est la » vérité; et se tourner à cette lumière,
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» c'esl-à-dire, à la vérité, c'est en un
» mot vouloir l'entendre Là s'a-
y> chè\ r e Ja conformité de l'âme avec
» Dieu Dieu, qui nous a faits à
» son image, c'est-à-dire qui nous a » faits pour entendre et pour aimer » la vérité à son exemple, commence » d'abord à nous en donner l'idée » générale, par laquelle il nous sol- » licite à en chercher la pleine pos- » session, où nous avançons à mesure » que l'amour de la vérité s'épure et
» s'enflamme en nous Malheur à
» la connaissance stérile qui ne se » tourne point à aimer et se trahit » elle-même. » etc. (Connaissance de Dieu et de soi-même, c. 4.)
» On reconnaît encore le sage panthéisme de l'école de Platon.
» Mais c'est surtout quand Bossuet expose son thomisme sur la grâce, qu'il devient profond et va jusqu'aux dernières limites qu'il soit donné d'atteindre sans tomber dans l'abîme du panthéisme erroné, en ce qui concerne le mystère de l'activité libre.
« Comme la volonté de Dieu, dit-il, » est la cause universelle de tout ce » qui est, il faut que tout ce qui est, » en quelque manière qu'il soit,
» vienne de lui N'importe que
» notre choix soit une action vérita- » ble que nous faisons; car par là » môme elle doit encore venir immé- » diatrment de Dieu, qui, étant, comme » premier être , cause immédiate de » tout être, comme premier agissant » doit être cause de toute action; » tellement qu'il fait en nous l'agir » même comme il y fait le pouvoir » agir. L'état de notre être, c'est » d'être tout ce que Dieu veut que » nous soyons. Ainsi il fait être ce » qui est homme, et corps ce qui » est corps, et pensée ce qui est pen- » sée, et passion ci; qui est passion, » et action ce qui est action, et né- » cessaire ce qui est nécessaire, et » libre ce qui est libre, et libre en » acte et en exercice ce qui est libre » en acte el en exercice ; et c'est ainsi » qu'il fait tout ce qu'il lui plaît dans » le ciel et sur la terre et que dans » sa seule volonté suprême est la • raison a priori de tout ce qui est....
» Il (Dieu) atteint, pour ainsi parler, » toute action de nos volontés dans
» son fond, donnant immédiatement » et intimement à chacune tout ce » qu'elle a d'être. » (Traité du libre arbitre, ch. 3. et chap. 8.)
« L'efficace toute-puissante do l'o- » pération divine, dit-il encore, n'a » garde de nous ôter notre liberté, » puisqu'au contraire elle la fait et » dans l'âme et dans ses actes. Ainsi » on peut dire que c'est Dieu qui » nous fait agir, sans craindre que » pour cela notre liberté soit dimi- » nuée; puisqa'enlin il agit en nous » comme un principe intime et con- » joint, et qu'il nous fait agir comme » nous nous faisons agir nous-mêmes, » ne nous faisant agir que par notre » propre action, qu'il veut et fait, en » voulant que nous l'exécutions avec » toutes les propriétés que sa défini - » tion enferme. » (lbid., c. 9 vers la » fin.)
« Il serait difficile d'être plus énergique, et même plus hardi; qui allronta jamais avec plus d'aplomb la multitude des petits philosophes qui ne peuvent voir dans de tels exposés que la contradiction et l'inconséquence?
» Le siècle des Malebranche emporta dans sa tombe nos gloires philosophiques et le génie, comme ennuyé de l'hannonisme entre Dieu et son œuvre, entreprit de les constituer en répulsion. Ce ne sont plus raie des déviations dans tous les sens. En Allemagne l'idée de Dieu veut absorber celle de l'homme ; en France et en Angleterre l'idée de l'homme veut absorber celle de Dieu; puis vient le siècle où nous écrivons, siècle de la mêlée la plus confuse des deux panlltéismes extrêmes à tous les points de vue, et qui manque de médecins pour le guérir.
» On dit cependant beaucoup de vérités, on en remue un plus grand nombre qu'on ni; le fit jamais; ataù on ne peut se lixer dans la voie de la modération et de la sagesse ; on outrepasse toujours la vérité qu'on veut défendre, et surtout l'on n'écrit presque plus qu'avec du liel pour encre.
« Avant de passer à un examen rapide de la révélation pour en montrer les harmonies avec le pan-
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théisme rationnel que nous venons de dégager, citons un exemple de cette lièvre d'exagération qui nous possède, lequel nous serve encore à jeter un dernier trait de lumière sur la question qui fait l'objet de cet article.
» Que n'a-t-on pas dit contre le panthéisme de M. Cousin? Cependant un homme qui professe la spiritualité, la personnalité morale, et l'immortalité de l'Ame humaine ne saurait être panthéiste.; nous en avons l'ait l'observation encornmençant; malgré cela on a voulu qu'il le soit et il l'est dans l'esprit d'un grand nombre.
Nous accordons cependant qu'il se trouve dans ses œuvres certaines tendances de ce côté , mais rien de plus.
Voici un des passages les plus forts sur lesquels on se soit appuyé pour établir ces accusations.
On lit dans les Fragments philosophiques, p. 23 : « Une cause absolue » et une substance absolue sont iden- » tiques dans l'essence, toute cause » absolue devant être subslance en » tant qu'absolue, et toute subslance « absolue devant être cause pour pou- » voir se manifester. De plus, une » substance absolue doit être unique » pour être absolue; deux absolus » sont contradictoires, et l'absolue » substance est une ou n'est pas.
» (Jusqu'ici point de panthéisme. Ce » n'est que l'unité et la substantia- » litô de Dieu démontrées. Mais voici :) » On peut même dire que toute sub- » stance est absolue en tant que sub- » stance, et par conséquent une; car d des substances relatives détruisent » l'idée même de substance, et des sub- » stances finies qui supposent au delà » d'elles une substance encore à la- » quelle elles se rattachent ressemblent » fort à des phénomènes. L'unité de la i, substance dérive donc de l'idée » môme de la substance, laquelle dé- » rive de la loi de la substance. »
» Il n'y a dans ces paroles quelque chose à reprendre qu'autant qu'on mettra de la malveillance à les interpréter; car supposez que l'écrivain ait dans l'esprit la substance en soi, la substance par excellence, celle-là seule qui n'est que substance, c'est-àdire soutenant, et par conséquent qui n'estpoint soutenue, il doitdire, pour
être exact, qu'elle est nécessairement absolue, puisque autrement elle serait et ne serait pas absolue tout à la fois, et par suite, qu'elle est une. Ajouterat-il que des substances relatives détruisent l'idée même de substance et ressemblent fort à des phénomènes ?
Oui, dans un sens, elles détruisent l'idée de substance en soi, proprement dite, non soutenue, c'est évident; elles ressemblent aussi à des phénomènes si on les considère relativement à la substance absolue qui les soutient, puisqu'ondoit dire d'elles, comme on le dit des phénomènes, qu'elles sont soutenues; et eniin, la conclusion ne sera pas moins vraie, en prenant toujours le mot substance dans le sens du soutien non soutenu.
» Mais si, au lieu de parler de la substance purement et absolument substance, vous parlez d'une autre chose qui n'est point substance par rapport à un soutien dont elle a besoin pour être, mais qui l'est réellement, à son tour, par rapport à des modes qu'elle possède, engendre et supporte, il n'y aura plus un seul mot dans l'argument qui puisse se rapporter à cette chose ; elle pourra être multiple; sa propriété relative ne détruira plus l'idée du terme quelconque qui la nommera, et elle ne ressemblera pas plus h ce qu'on entend par phénomène que sco soutien ne lui ressemble, puisqu'il y aura, entre elle et ses phénomènes^ la même différence qu'entre, son soutien et elle-même, la dilférence de l'actif au passif.
» On voit qu'il suffit de se comprendre pour se trouver réunis dans la vérité quand on se croyait aux deux pôles contraires. Pourquoi n'attribuerions-nous pas à M. Cousin la bonne pensée plutôt que la mauvaise qui, au fond, se réduirait à un misérable jeu de mots propre à aveugler les yeux déjà malades?
» Nous dirons de même des paroles suivantes de Lamonnais, bien qu'elles paraissent positives à première vue, et que nous reconnaissions en lui une tendance panthéistique, mais que nous ne pouvons déclarer panthéiste puisqu'il réserve, comme nous l'avons dit, le moi humain distiuct, im-
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mortel et même susceptible, dans l'autre vie, de peiues et de ^compenses : « Il n'existe qu'une sub- » stance, infinie en Dieu, unie dans » les créatures ; et ce qui est vrai de » la substance est également vrai » des propriétés inhérentes à la sub- » stance. » Lamennais entend parler du soutenant radical qui ne se distingue pas de la cause première, et de ses propriétés essentielles comme sont l'intelligence et l'amour; il serait même bon, nous l'avons dit, que le mot substance fût exclusivement réservé pour exprimer cette cause ; or, cela posé, n'est-il pas vrai, dans on sens, qu'il n'existe qu'un soutenant de cette espèce, et que ce soutenant, infini en lui-même, devient relativement fini dans la créature qu'il soutient, comme la lumière de la vérité, qui éclaire notre âme et qui est la propriété de ce souteuant, est infinie en soi, et finie dans notre âme, parce qu'elle ne l'éclairé que par un rayon ; comme la grâce par laquelle Dieu nous pousse au bien est infinie en soi, et devient finie en nous puisqu'elle se borne à une action relative à notre nature ?Leibnitz, qu'on ne peut accuser d'être panthéiste, a dit : « Nous pensons Dieu lui-même en concevant comme illimité ce qui est limité en nous. » (T. II p. 24.)
IV. — Accord de la révélation avec la doctrine rationnelle su*- la question du panthéisme.
« Si l'on voulait résumer, aussi brièvement que possible, la doctrine rationnelle que nous venons de préciser, on pourrait la ramener aux deux principes suivants.
» I" principe. — Si la raison envisage la créature du côté de Dieu, elle attribue à Dieu la priorité à tous les points de vue, puisqu'elle voit clairement que la créature est relative dans sa plénitude, et que la concevoir sans cette priorité divine sous un rapport quelconque, fût-ce sous le plus petit, serait la concevoir absolue.
» C'est ainsi qu'elle ne peut être, relativement à Dieu, qu'une création de sa puissance, une suspension sur
sa substance, une limitation dans son immensité, un commencement dans son éternité, une vivification de sa vie, une motion de sa force, etc., ctc » 2e principe. — Si la raison envisage la créature du côté de ses propres modifications, elle lui attribue une véritable force intrinsèque et distincte, dont la conscience de chacune est la preuve invincible pour les créatures qui ont la propriété de se connaître et de dire moi.
» C'est ainsi que chaque raison se dit à elle-même en considérant ses phénomènes : Je suis moi, non pas tout autre, et ce moi est créateur de modifications, appui substantiel de formes, germe d'idées, producteur de déterminations, électeur libre entre le bien et le mal, etc., etc.
» Ces deux principes sont également certains aux yeux de la raison, le second étant, de prime abord, instinctivement senti par la créature douée de raison, puisqu'il est le fait de son être, le premier étant une déduction claire et rigoureuse de la nécessité d'un absolu, et des caractères de notre nature, lesquels sont exclusifs de ceux de l'absolu. {Voy.
Ontologie.)
» Demandons maintenant à la révélation quel »3t son symbole.
» Elle s'ouvre par le tableau de la création, et nous présente Dieu comme créateur, incubateur, formateur, ordonnateur, animateur, type et législateur premier de l'univers.
» Il crée toutes choses.
» Son esprit incube son œuvre pour la rendre féconde.
» Il forme l'homme. Il forme la femme.
» Il sépare la lumière des ténèbres et met partout l'ordre.
» II anime l'homme de son souffle.
» Il s'imite lui-même en le faisant.
» Il pose les lois de la croissance, de la multiplication, et de la distinction du bien et du mal.
» De son côté, la créature est diitinguée du Créateur par quelque chose qui devient sien et qui la constitue en réalité-soi.
» Dieu lui dit : Croissez et multipliez (Gen. i, 28) ; elle a donc une vertu secondaire qui, bien que fon-
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dée sur la sienne, n'en est pas moins un vrai germe de développement et de production.
» Dieu réalise l'homme à son image.
L'homme sera donc un créateur second, créant par une vertu reçue et perpétuellement donnée, 'mais créant réellement non pas des individualités-soi, mais des combinaisons sublimes. Où était l'Iliade avant qu'Homère l'eût conçue ? Il sera, de même, à l'image de Dieu, incubateur, formateur, ordonnateur, animateur, législateur ettype de millions de choses qui n'existent encore qu'à l'état d'idée dans l'être infini.
» Dieu tire la femme de l'homme ; l'homme est donc bien une chose-soi d'où l'on peut tirer une autre chose.
» Dieu lui annonce le bonheur ou le malheur selon qu'il choisira le bien ou le mal ; il est donc une puissance libre.
» La suite de l'histoire se développe par une série déductive dont cet exorde est la majeure, et qu'il est impossible de surprendre en défaut. Toujours Dieu, partout Dieu, sous tous les rapports Dieu mis en première ligne, et l'homme en cause seconde, causée, inspirée, dominée, conduite, et cependant causant, inspirant, dominant, conduisant. C'est là l'esprit fondamental des cinq livres de Moïse, du livre de Job, et de tous les livres qui en sont la continuation.
» N'oublions pas la détinition que Dieu donne de lui-même : Je suis celui qui est. (Exocl. m, 14.) Et nous, ùDieu!
est-ce que nous ne sommes pas ? Nous sommes quelque chose, puisque vous dites à Moïse : Va dire à mon peuple :
Celui qui est m'a envoyé vers toi.
(Ibid.) Nous avons compris: près de vous nous ne sommes pas, puisque nous ne sommes qu'en vous, puisque nous ne sommes que parce que vous êtes, puisque, enlin, nous ne sommes pas plus sans vous que nos qualités ne peuvent être sans nous.
» Dieu donnera le décalogue par Moïse, et le premier article ordonnera l'adoration du Dieu unique, avec la défense expresse de tout culte à des créatures. Les autres impliqueront plus spécialement la personnalité humaine, et ainsi s-eront écaités, au-
tant que possible, les deux panthéismes extrêmes. Il n'est pas un livre qui les sente moins que la Bible, et toutes les précautions qu'elle prend contre l'invasion du polythéisme, leur père, prouvent le soin qu'elle a d'en garantir la postérité de Jacob.
» La révélation aura ses poètes, ses lyres enthousiastes, ses chantres ardents, ses peintres exaltés, ses styles aux plus hardies figures, et cependant il ne lui échappera pas une image qui paraisse favoriser l'une ou l'autre des deux idées panthéistiques. L'humilité devant Dieu sera prèchée, mais une humilité mâle, laborieuse, forte, qui conserve l'homme et ne ressemble pas à l'annihilation quiétiste des Hindous.
» Les tableaux de la Divinité éviteront, en général, le côté philosophique dangereux pour les peuples jeunes, quoique vrai en soi, de son omniprésence substantielle : ils peindront plutôt sa grandeur; ils diront : Toute chair est de l'herbe, toute gloire est comme la fleur d'un champ. L'herbe s'est desséchée, et la fleur est tombée quand l'esprit de Dieu a soufflé sur elles. Le peuple est vraiment de l'herbe ; l'herbe sèche, et la fleur tombe ; mais le Verbe de Dieu demeure éternellement. Toutes les nations sont devant lui comme si elles n'étaient pas : elles sont comme un rien, comme un vide. A qui ferez-vous ressembler Dieu ? [Isa. xl, 6, 7, 8, 17, 18.) Et cependant ce côté ne sera pas toujours oublié, ce qui pourrait être un défaut. La raison éternelle sera décrite comme « existant, dès le principe, avant toute chose (Prov. vnr, 22) ; étant là quand le Père étendait lescieux; se jouant dans l'orbe des êtres (Ibid., 27, 31); étant partout où n'est pas la mort...; répandue dans toutes ses œuvres et sur toute
chair (Eccli. i, 10) ; nous ayant
dans sa main nous et nos discours (Sap. vu, 16)...; une et multiple.., subtile.., agile..., pénétrante..., active... , bienfaisante... , aimant l'homme..., infaillible..., pouvant tout..., voyant tout; contenant en soi tous les esprits..., intelligible..., pure..., atteignant partout.... la vapeur de 1a vertu do Dieu..., l'émana.
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tion de sa clarté..., la lumière éternelle..., immuable et renouvelant tout ce qui change..., répandue parmi les nations (Ibid., 22, 27)...,- premier artisan des ouvrages de l'homme, et des grandes vertus, et de la justice, et de la science (Sap. vin, 6 et seq.)... ; type enfin de la beauté que l'homme a vue dans les choses dont il a fait des dieux. » (Sap. xm, 2, 4, 10). Et Job dira à Dieu : Toi seul es :
Tu solus es. (xiv. 4.)
» Voici venir la grande révélation du Christ, l'alpha et l'oméga de l'humanité. Elle sera plus hardie, plus complète ; l'homme va entrer dans l'âge mùr ; il peut tout entendre.
» Je suis le principe, disait Jésus- Christ aux Juifs et aux apôtres, je suis le pain de vie ; mais personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire.... Je suis la vigne demeurez en moi, et moi en vous ; comme la branche ne peut porter du fruit d'elle-même, si elle ne demeure sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez en moi, car je suis la vigne
et vous êtes les branches ; sans moi
vous ne pouvez rien faire. — Je suis la voie, la vérité et la vie, nul ne vient au Père que par moi. (Joan. vi, 44 ; xv, 1, 4, S; xvi, C ; .
» Et il dit au Père avant de mourir : Père, sanctifiez-les dans la vérité.
que tous soient un ! comme tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient
un en nous Je leur ai donné la
clarté comme tu me l'as donnée, afin qu'ils soknt un comme nous sommes un. Moi en eux et toi en moi, pour qu'ils soient consommés en un !
(Joan. xvu, 17, 21, 22, 23.) Voilà une consommation dans l'unité, dont il n'a pas encore éfé question ; 'c'est l'unification surnaturelle en Dieu et dans le Christ, par une même connaissance et par un même amour, qui ne sont que des participations de la connaissance et de l'amour infini ; et c'est à Dieu, Père et Fils, qu'est attribuée l'opération première de cette sanctification merveilleuse, qui d'ailleurs n'est point une identification, comme le montre, aussi clairement que possible, toute la trame de la prédication de Jésus-Christ.
» Saiut Jean, le poète philosophe
du collège apostolique, dit, en commençant son Evangile, que le Verbe est Dieu, qu'en lui est la vie, et que la vie est la lumière des hommes ; que cette lumière éclaire tout homme venant en ce monde, et que cependant elle luit dans des ténèbres qui ne la comprennent pas. (Joan i, 1, 4, 9, 5).
C'est ce qu'avait peint Platon, dans son allégorie de la caverne, en parlant du soleil intelligible dont la lumière est commune à tous les esprits, et ce qu'ont si bien développé saint Augustin et Malebranehe. Mais la distinction n'est pas attaquée, car l'éclairé est distinct de celui qui éclaire, et d'ailleurs saint Jean dit en parlant de celui qui fut le précurseur de la lumière incarnée : Il n'était pas la lumière, mais pour rendre témoignage de la lumière. (Ibid., 7.)
» Saint Jacques pose aussi clairement le premier de nos principes rationnels : Tout ce qui se reçoit de bon et tout don parfait est d'en haut, et descend du Pire des lumières, en qui point de changement et d'ombre de vicissitude. Il nous a volontoir^mcnt engendrés par la parole de la vérité, afin que nous soyons quelque commencement de ses créations. (Jac. i, 17, 18); et quant au second principe, il est impliqué dans tout le relia de l'épitie.
» Mais c'est dans saint Paul surtout qu'on trouve exposé, sous la forme énergique et sublime, notre panthéisme raisonnable aussi bien dans l'ordre naturel que dans Tordre surnaturel.
» Ne le prendrait-on pas pour le maître des Platon et des Aristote, quand il parle ainsi de Dieu devant l'Aréopage : Il a fait le monde et tout ce qui est dans le monde ; il est le Seigneur du ciel et de la terre ; il n'habite pas dans des temples de main d'homme ; il n'est pas honoré par des œuvres mortelles, n'ai/aut besoin de quoi que ce soit et donnant tui-mên tous la vie, l'inspiration, et toutes choses... il n'est pas loin de chacun de nous, car en lui nous vivons, et nous sommes mus, et nous sommes ; comme l'ont dit quelques-uns de vos poètes, nous sommes une génération de luimême ; puis donc que nous sommes une
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génération de Dieu, nous ne devons pas estimer que le divin soit semblable à de l'or, à de l'argent, ou à la -pierre sculptée par l'art et la pensée de l'homme. (Act. xvn, 24 et seq).
» Paul va plus loin que nous. Il ne craint pas d'user du mot génération (gerras-yÈvoO, employé par le poêle Aratus qui avait dit : J E£ Aid;
doyôasaTï , tqû yàp xat yévo? ÉT[jiv, Venant de Dieu, nous sommes sa génération ; et plus tard par Cicéron qui, s'inspirant de la philosophie de Platon qu'il traduisait, avait dit dans le même sens : « Puisque la raison est » dans Dieu et dans l'homme, il y a » donc une première société de » l'homme avec Dieu, uue ressem- » blance de l'homme avec Dieu ; on » peut nous appeler ainsi la famille, » la race, la liguée de Dieu ; d'où il » résulte que, pour l'homme, recon- » naître Dieu, c'est se reconnaître et » se rappeler d'où il vient. » [Lois, n).
a Comment osera-t-on dire, après cette leçon philosophique adressée par Paul à tous les siècles, que la substance créée subsiste en soi, n'ayant besoin pour subsister que d'elle-même ? C'est Dieu qui n'a besoin de quoi que ce soit pour se soutenir, et tout ce qui n'est pas lui a la vie dans sa vie, le mouvement dans son mouvement, l'être dans son être :
Di ipso vivimus, et movemur,et sumus.
(Act. xvn, 28).
a L'Apôtre deviendra de plus en plus énergique, pour exprimer la même pensée, à mesure qu'il plongera plus profondément dans le surnaturel :
Rendons grâces à Dieu le Père, qui nous a faits dignes de participer au sort des saints dans la lumière ; qui nous a arrachés de la puissance des ténèbres, et nous a transplantés dans le royaume du Fils de son amour ; en qui noies avons rédemption par son sang, rémission des fautes ; et qui est l'image de Dieu invisible, le premier-né avant toute créature. Toutes choses ont été fondées en lui dans le ciel et sur la terre, les visibles et les invisibles...., Tout a été par lui et en lui ; il est avant tout, et tout consiste sur lai. « Omnia in ipso constant. » (Coloss. i, 12 et seq.)
» Il n'y a que le mal dont le Père, le Fils et l'Esprit, dans l'ordre naturel, et le Fils incarné, dans l'ordre surnaturel, ne soient pas le fondement, la substance première et le premier ressort, parce que le mal est la volition négative et ténébreuse de la créature qui veut se passer de son principe sans qu'elle le puisse, lutte ainsi par sa liberté contre son essence, et consomme son suicide autant qu'il est en elle. C'est ce qu'a dit saint Jacques : Dieu n'est point tentateur du mal mais la concupiscence fascine ; puis ayant conçu, elle enfante le péché: et le péché engendre la mort. (Jac. i, 13, 15.)
» C'est ce qu'explique de la même manière Augustin, en coordonnant cette doctrine avec son platonisme :
« La justice qui vit en soi-même, c'est Dieu, sans aucun doute, et elle vit immuablement. Mais comme cette vie, bien qu'elle soit en elle-même, devient cependant vie nôtre, quand nous devenons participants d'ellemême d'une manière quelconque ; ainsi, bien que la justice soit en ellemême, elle devient cependantjustice nôtre, quand nous vivons justement en y adhérant; et nous sommes d'autant plus ou moins justes que nous lui adhérons plus ou moins. » (Epist.
» Oui, mon Dieu, vous m'illuminez dans votre lumière et par votre lumière ; vous me vivifiez dans votre vie et par votre vie ; vous m'echauifez dansvotre amouretpar votre amour ; vous me justifiez dans votre justice et par votre justice ; vous me béatifiez dans votre béatitude et par votre béatitude ; vous me substanlifiez dans votre substance et par votre substance ; vous me faites moi-même en vous-même et par vous même ; et cependant je peux vous opposer pour réponse ma négation libre, mon refus d'adhésion, et par ce moyen, me tuer moi-même de volonté dans mon germe.
» Reprenons saint Paul : Un seul corps et un seul esprit, comme vous avez été appelés dans une seule espérance, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est sur tous, et par toutes
PAN