‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 16 sur 122 · BUS · texte numérisé non relu

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les aient pas jugés selon leur propre doctrine.

Mais ils ont poussé plus loin leurs prétentions. SiDieu, disent-ils, avoulu nous révéler quelques vérités, pourquoi ne pas nous les enseigner immédiatement? Pourquoi les confier à d'autres hommes dont les lumières et la probité doivent nous être suspectes? pourquoi des missions? Est-il croyable que Dieu ait voulu nous instruire par Moïse et par Jésus- Cbrist, dont l'un a vécu 3000, et l'autre 1700 ans avant nous? Combien de générations , combien de dangers d'erreurs entre eux et nous?

Réponse. Nous félicitons nos adversaires de ce qu'ils sont des personnages assez importants pour que Dieu ait dû leur adresser la révélation par préférence ; mais comme chaque génération d'hommes qui ont vécu depuis Adam a pu prétendre au même privilège, il aurait fallu que, depuis la création jusqu'à nous, Dieu recommençât au moins cent vingt fois, selon le calcul le plus modéré. Nous soutenons qu'il n'a pas dû le faire; 1° parce que la religion étant le principal lien de la société, il a fallu qu'elle se transmît des pères aux enfants, comme les autres institutions sociales; 2° parce que la révélation étant un fait éclatant, prouvé par d'autres faits, la certitude n'en diminue point par le laps des siècles, voyez Ceutitude; 3° parce que Dieu a veillé à la conservation de ce dépôt, puisqu'il nous est parvenu. Une preuve de cette vérité, c'est que la religion d'Adam a subsisté jusqu'à Moïse, celle de Moïse jusqu'à Jésus- Christ, et celle de Jésus-Christ jusqu'à nous, malgré tous les efforts que l'incrédulité a faits dans tous les temps pour la détruire ; et il en sera de même jusqu'à la fin des siècles; 4° parce que, suivant le principe de nos adversaires, Dieu aurait dû renouveler la révélation non-seulement dans tous les âges, mais dans tous les lieux du monde. Quand il l'aurait donnée à Paris, les Chinois et les Américains se croiraient-ils obligés devenir l'y chercher? Voyez Révélation.

Il faut distinguer la mission extra-

ordinaire de laquelle nous venons de parler, d'avec la mission ordinaire.

Comme Jésus-Christ n'a pas fondé son Eglise pour un temps seulement, mais pour toujours, il fallait que là mission qu'il donnait aux apôtres put se transmettre à d'autres. En effet, ces premiers envoyés de Jésus-Christ se sont donné des coopérateurs et des successeurs. Ils élisent saint Matthias pour remplacer l'apostolat de Juda.

Act.,c. I, f 26. Saint Paul avertit les anciens de l'Eglise d'Ephèse, que le Saint-Esprit les a établis évèques ou surveillants, pour gouverner l'Eglise de Dieu, Act., c. 20, f 28. Il dit qu'Apollo est ministre de Jésus-Christ aussi bien que lui, I Cor., c. 3, f 5; que Timothée travaille à l'œuvre de Dieu comme lui, c. 16, f 10; que Jésus-Christ a prêché aux Corinthiens par lui, par Timothée et par Silvain, II Cor., c. 1, } 19. H nomme Epaphrodite son frère, son coopérateur, son collègue, et l'apôtre des Philip piens, t'hiiipp., c. 2, f 25. il donne les mômes titres à Tycbique, à Onésime, à Jésus, surnommé le Juste, à Epaphras, à Archippe, Coloss., c. 4.

Il charge Timothée et Tito d'enseigner, de veiller sur les mœurs des fidèles, d'établir des ministres intérieurs; il leur parle de la grâce qu'ils ont reçue par l'imposition des mains, etc.

Saint Clément, disciple des apôtres, dit que Jésus-Christ a reçu sa mission de Dieu, et que les apôtres l'ont reçue de Jésus- Christ; qu'après avoir reçu le Saint-Esprit et avoir prêché l'Evangile, ils ont établi évoques et diacres les plus éprouvés d'entre les fidèles, et qu'ils leur ont donné la même charge qu'ils avaient reçue de Dieu; qu'ils ont établi une règle do succession pour l'avenir, afin qu'après la mort des premiers leur charge et leur ministère fussent donnés à d'autres hommes également éprouvés.

Epist. l,n. 42, 43, 44.

Voilà donc, depuis la naissance de l'Eglise, un ministère perpétuel, une succession de ministres, une continuation de mission, qui se transmet et se communique par l'ordination.

Dès que cette mission ordinaire est la même que celle des apôtres, et vient

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du Saint-Esprit aussi bien que la leur, elle n'a plus besoin d'être prouvée par des dons miraculeux, mais par la publicité de la succession et de l'ordination; elle est divine et surnaturelle pour toute la suite des siècles, comme elle l'a été dans son origine.

C'est une ineptie de la part des incrédules de dire aux pasteurs de l'Eglise que, s'ils sont les envoyés de Dieu, ils doivent prouver, comme les apôtres, leur mission par des miracles.

Jésus-Christ et les apôtres, par leurs miracles, ont prouvé leur propre mission et celle de leurs successeurs jusqu'à la lin des temps; puisque Jésus-Christ a promis aux apôtres d'être avec eux jusqu'à la consommation des siècles, Matt., c. 28, f 20, il est avec leurs successeurs comme il était avec eux; jamais il n'a eu dessein délaisser ses ouailles sans guides et sans pasteurs. Si la chaîne de leur succession se trouvait tout à coup rompue, il faudrait une nouvelle mission extraordinaire, prouvée par des miracles comme la première.

Nos adversaires disent que la mission et l'assistance de Jésus-Christ étaient nécessaires aux apôtres, parce qu'ils devaient faire des miracles, mais que cela n'est plus nécessaire aujourd'hui. Fausse interprétation.

Jésus-Christ promet aux apôtres son assistance pour prêcher, pour enseigner, pour baptiser; le texte est formel ; il leur promet l'esprit consolateur qui leur enseignera toute vérité, etc. Donc ce n'était pas uniquement pour faire des miracles. Les miracles mêmes n'étaient nécessaires que pour prouver la mission : donc c'est pour celle-ci que Jésus-Christ leur a promis son assistance.

Lorsque des novateurs se sont séparés de l'Eglise, ont embrassé une doctrine contraire à la sienne, ont formé une société à part, ils ont senti le défaut de mission; c'est le cas dans lequel se sont trouvés les protestants.

Dans cet embarras, le» uns ont dit qu'il n'était pas besoin de mission extraordinaire, ou que les fidèles avaient pu la donner; les autres, que la mission extraordinaire des chefs de la réforme était assez prouvée par leur courage et parleur succès; quelques-

uns ont dit que plusieurs de leurs pasteurs avaient conservé la mission ordinaire qu'ils avaient reçue dans l'Eglise romaine. C'est à nous de réfuter ces trois systèmes.

Nous soutenons donc. d° qu'une mission extraordinaire était absolument nécessaire aux prétendus réformateurs de l'Eglise.

Pour' le prouver, nous pourrions nous borner à représenter le tableau qu'ils ont tracé de l'Eglise romaine au xvr 3 siècle. Selon eux, ce n'était plus l'Eglise de Jésus-Christ, mais la synagogue de Satan, la prostituée de Babylone, la demeure de l'antechrist; les évoques et les prêtres n'étaient plus des pasteurs, mais des loups dévorants, des imposteurs, des impies, etc. La religion qu'ils enseignaient n'était plus qu'un amas d'erreurs, de blasphèmes, de superstitions, d'idolâtrie, cent fois pire que le mahométisme et le paganisme ; il était impossible d'y faire son salut.

Suivant cette peinture, il y avait plus de différence entre cette religion et le christianisme établi par Jésus-Christ, qu'il n'y en avait entre celui-ci et le judaïsme, à plus forte raison qu'entre le judaïsme et la religion des patriarches.

Cependant lorsque Dieu a voulu substituer le judaïsme à cette religion primitive, il a donné une mission extraordinaire à Moïse; et ce législateur lui-même sentit le besoin qu'il avait d'un pouvoir surnaturel pour persuader aux Israélites qu'il était envoyé vers eux par le Dieu, de leurs pères, Exod., c. 4. Lorsque Dieu a voulu faire succéder la loi nouvelle à la loi ancienne, il a envoyé son propre Fils ; il a rendu sa mission et celle des apôtres encore plus éclatante que celle de Moïse. Donc il a dû faire de même en faveur des réformateurs, s'il a voulu remplacer la religion fausse et corrompue de l'Eglise romaine par la religion sainte et divine des protestants. Diront-ils qu'il n'y a pas autant de différence entre leur parfait christianisme et l'idolâtrie du papisme, qu'entre les religions dont nous venons de parler? Ils ont dit qu'il y en avait davantage.

Vainement ils répondront qu'il ne

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s'agissait pas de fonder ni de créer l'Eglise, mais de la réformer. Il est évident que, selon leurs idées, l'Eglise de Jésus-Christ n'existait plus; il s'agissait donc de la créer de nouveau, et non de la réformer. Vainement encore ils répondront qu'il ne faut pas prendre à la lettre le tableau hideux que les prédicants ont tracé de l'Eglise romaine, et les expressions que le fanatisme leur a dictées; ce tableau est encore le même, poulie fond, dans l'Histoire ecclésiastique de Moshein, imprimée en 1755.

En second lieu, les protestants soutiennent qu'il faut une mission extraordinaire pour aller prêcher la religion chrétienne aux infidèles, et en général pour attaquer toute religion autorisée par des souverains ôt par les lois d'une nation ; nous le verrons dans l'article suivant : c'est pour cela même qu'ils désapprouvent les missions des catholiques dans les pays intidéles, chez les hérétiques et les schismatiques. Or, les pi'édicants de la réforme ont attaqué et voulu détruire le catholicisme, qui était en Europe la religion dominante, autorisée par les lois et protégée par les souverains. Donc il leur fallait une mission extraordinaire bien prouvée, sans quoi l'on a été en. droit de les traiter comme des séditieux.

Les fidèles, c'est-à-dire leurs prosélytes, ont-ils pu la leur donner? Il est absurde d'abord de supposer que Luther a reçu sa mission des luthériens avant qu'il y en eût, et avant qu'il eût prêché. Il en est de même des autres prédicants. Ce n'est pas des tidèles, mais de Jésus-Christ, que les apôtres ont reçu leur mission, et ils ont prouvé que cette mission était divine, parlesmiracles qu'ils ont opérés ; nous l'avons fait voir au mot Mïhacles, § 4. Les infidèles peuventils donner des pouvoirs surnaturels qu'ils n'ont pas, le pouvoir de remettre les péchés, de conférer la grâce par les sacrements, de consacrer le corps et le sang de Jésus- Christ? Non, sans doute : aussi les protestants ont-ils été forcés, par nécessité de système, de nier tous ces pouvoirs, de ^soutenir que les

sacrements ne donnent point de grâces et n'impriment aucun caractère, que l'eucharistie n'est que le signe du corps et du sang de Jésus- Christ, et n'opère que parla foi, etc.

Tout cela se suit ; mais ce n'est point là ce qu'ont enseigné Jésus-Christ et les apôtres.

EnJin, Luther lui-même soutenait la nécessité d'une mission extraordinaire pour prêcher une nouvelle doctrine. Lorsque Muncer avec ses anabaptistes voulut s'ériger en pasteur, Luther prétendit qu'on ne devait pas l'admettre à prouver la vérité de sa doctrine par les Ecritures, mais qu'il fallait lui demander qui lui avait donné la charge d'enseigner.

« S'il répond que c'est Dieu, pour- » suivait Luther, qu'il le prouve par » un miracle manifeste ; car c'est » par de tels signes que Dieu se dé- » clare, quand il veut changer quel- » que chose dans la forme ordinaire » de la mission. » Hist. des Variât., 1.1, n. 28. Calvin, de son côté, ne souffrit jamais qu'un prédicant quelconque enseignât à Genève une autre doctrine que la sienne.

2° Les succès et le courage des prétendus réformateurs ne prouvent pas plus leur mission extraordinaire que les succès de Manès et d'Arius ne prouvent la leur. Le manichéisme a duré pendant près de mille ans, et a failli subjuguer la plus grande partie de l'empire romain ; il a été un temps où l'arianisme paraissait prêt à écraser la foi catholique, et cette hérésie a pris une nouvelle naissance parmi les protestants. Ce n'est pas par ses succès que saint Paul prouvait la divinité de son apostolat, mais par les miracles qu'il avait opérés ; nous l'avons remarqué au mot Miracle, § 3. L'apostolat de Luther ne commença pas par de grands succès, mais par des protestations feintes de soumission à l'Eglise romaine ; il n'avait donc encore alors point de preuves de sa prétendue mission. Les protestants veulent la prouver comme les Juifs démontrent celle de leur Messie futur : il la rendra évidente, disent-ils, en accomplissant toutes les prophéties ; mais

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avant que toutes ne soient accomplies, à quels signes pourra-t-on le reconnaître ?

3° Il est ridicule de prétendre que les chefs de la réforme, dont plusieurs étaient prêtres, et quelques-uns docteurs, étaient revêtus de la mission ordinaire qu'ils avaient reçue des pasteurs de l'Eglise romaine. Selon leur prétention, ces pasteurs avaient perdu par leurs erreurs toute leur mission et leur caractère ; pouvaientils encore les donner ? Les novateurs disaient que cette mission était le caractère de la bête, dont il est parlé dans l'Apocalypse, et qu'il fallait commencer par s'en dépouiller. L'Eglise, d'ailleurs, pouvait-elle donner mission de prêcher contre elle, et de répandre une doctrine à laquelle elle disait anathème ? Toute hérésie, toute révolte contre l'Eglise, anéantit la mission ; c'est la doctrine des apôtres : saint Jean dit des premiers hérétiques : « Ce sont des antechrists; » ils sont sortis d'avec nous, mais ils » n'étaient pas des nôtres ; s'ils en » avaient été, ils seraient demeurés » avec nous. » I. Joan., c. 2, "j^ 10.

Les prêtres et les évoques qui embrassèrent le luthéranisme, ne fondaient plus leur qualité de pasteurs sur leur ancienne mission, mais sur la vérité de leiv nouvelle doctrine. Si les pasteurs de l'Eglise catholique conservaient encore leur mission et leur caractère, c'était un crime de se révolter contre eux.

De quelque manière que l'on envisage les prétendus réformateurs, il est évident qu'ils ont été de faux apôtres, des docteurs sans mission, des pasteurs sane caractère ; que l'édiiice qu'ils ont construit est sans fondement, et que la foi de leurs sectateurs a été un enthousiasme qui n'était fondé sur rien. Aujourd'hui elle nesubsiste quepar l'habitude, par un intérêt purement politique, par la honte de se rétracter, après avoir si longtemps déclamé.

Bergier.

MISSIONS CATHOLIQUES dans la seconde moitié du xix° siècle (statistique des) (Théol. hist. gin.) — M. Mitterbutzner établissait, vers 1S60, dans

le Dict. encycl. de la théol. cathol., un état des missions dans l'Eglise catholique, d'après les renseignements qui lui étaient fournis par Mgr Brunelli, archevêque de Thessalonique, et secrétaire de la Propagande. N'ayant point de documents plus récents pour faire notre statistique, nous allons tirer de cet état les parties essentielles.

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