I. Œuvre de la Propagation de la Foi, de Lyon
Cette œuvre, née en 1822, à Lyon, a pour but de soutenir, par des prières et des aumônes, les missionnaires catholiques envoyés pour annoncer l'Évangile dans les contrées iulidèles.
Les Annales étaient tirées en 1860 à 212,600 exemplaires : savoir :
Français. . 134-, 800
Anglais. . . 20,000, deux éditions.
Allemands. 20,500, idem.
Espagnols . 1,600
Flamands . 5,500
Italiens. . . 2b, 200, trois éditions.
Portugais . 2,300
Hollandais. 2,000
Polonais. . 500
II. L'Association léopoldine, fondée en 1829. Son but est de venir au secours des missions catholiques dans les États-Unis d'Amérique. Il y a vingt-six ans on ne comptait que neuf évèchés dans l'Amérique du Nord en 1831, il y en avait vingt et un, et aujourd'hui, il y en a bien davantage V. Diocèses. Aussi Pie IX célébrait-il dernièrement (juin 1874), la liberté américaine — qui n'est que la suite de son système de séparation véritable de l'Eglise et de l'Etat — comme très-favorable aux progrès du catholicisme.
Les lettres des missionnaires de l'Association léopoldine sont publiées dans un recueil intitulé : Nouvelles de l'association léopoldine dans l'empire d'Autriche.
III. L'Association des missions, de Bavière. Cette association se sépara, vers 1850, de celle de la Propagation de la Foi pour pouvoir soutenir plus directement les ?nissions bavaroises en Amérique et dans les autres contrées. Elle est présidée par l'archevêque de Munich. Ses Annales et les lettres de ses missionnaires paraissent dans les Annales de la Propagation de la Foi, de Lyon.
Ces trois associations sont en rapport intime avec l'œuvre principale
de la Propagande de Rome, et en correspondance avec elle.
Le Noir.
MISSIONS ÉTRANGÈRES. On appelle ainsi les établissements formés dans les pays iniidèles pour amener les peuples à la connaissance du christianisme.
La commission que Jésus-Christ a donnée à ses apôtres, d'instruire et de baptiser toutes les nations, s'étend à tous les siècles -, aussi le zèle apostolique n'a jamais cessé dans l'Eglise catholique, et il y durera tant qu'il y aura sur la terre des infidèles et des mécréants à convertir, puisque Jésus-Christ a promis d'être avec ses envoyés jusqu'à la consommation des siècles. Dans les temps même les moins éclairés, le zèle pour la conversion des iniidèles a produit l'heureux effet, et il s'est réveillé à la renaissance des lettres.
Au cinquième siècle, lorsque les Barbares du Nord se répandirent dans toute l'Europe, le clergé sentit la nécessité de travailler à les instruire, afin de les guérir de leur férocité, et à force de persévérance il en vint à bout. Sur la fin du sixième siècle, saint Grégoire le Grand envoya des missionnaires en Angleterre pour amener à la foi chrétienne les Saxons et les autres barbares qui s'étaient emparés de ce pays-là. Voyez Angleterre. Au huitième, une grande partie de l'Allemagne apprit à connaître l'Evangile.
Voyez Allemagne. Au neuvième, les missions furent poussées jusqu'en Suède et en Danemark, et s'étendirent sur les deux bords du Danube.
Au dixième, le christianisme s'établit dans Ja Pologne, la Russie et la Norvège, voyez Nord, pendant que des missionnaires nestoriens le portaient en Tartarie et jusqu'à la Chine; et ces divers travaux ont été continués pendant les siècles suivants.
Au commencement du seizième, l'Amérique fut découverte, et bientôt une troupe de missionnaires accourut pour réparer les ravages que l'ambition et la soif de l'or causaient dans le Nouveau Monde. Le passage aux Indes par le cap de Bonne-Espérance,
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découvert en même temps par les Portugais, donna plus de facilité de pénétrer dans les parties les plus orientales de l'Asie, et dans les plus méridionales de l'Afrique ; peu à peu l'on a fait des missions dans les Indes, au Tonquin, à la Chine, au Japon ; il n'est presque plus aucune partie du monde dans laquelle des missionnaires n'aient pénétré ; plusieurs ont été plus loin que les navigateurs et les voyageurs les plus intrépides.
Il y a un siècle que l'on lit à Rome l'Etat présent de l'Eglise romaine dans toutes les parties du monde; c'était un détail des différentes missions établies dans les différentes contrées de l'univers, écrit pour l'usage du pape Innocent XI. Ce livre est curieux et assez rare; comme l'état des missions a beaucoup changé dans l'espace d'un siècle, il serait à souhaiter que l'on en fit un nouveau : nous sommes persuadé que, pendant cet intervalle, les missions, loin de déchoir, ont pris un nouvel accroissement , et qu'elles ont gagné d'un côté ce qu'elles ont perdu de l'autre.
Entre les divers établissements qui ont été faits pour cet objet, il en est deux qui méritent principalement notre attention. Le premier est la congrégation et le collège ou le séminaire de la Propagande, de Propaganda fi.de, fondé à Rome par le pape Grégoire XV, en 1 622, continué par Urbain VIII, et enrichi par les bienfaits des papes et des cardinaux, et d'autres personnes pieuses. Cette congrégation est composée de treize cardinaux, chargés de veiller aux divers besoins des missions, et aux moyens de les faire prospérer. Le collège est destiné à entretenir et à instruire un nombre de sujets de différentes nations, pour les mettre en état de travailler aux missions dans leur pays. II y a une riche imprimerie, pourvue de caractères de quarante-huit langues différentes; une ample bibliothèque, fournie de tous les livres nécessaires aux missionnaires; des archives dans lesquelles sont rassemblés toutes les lettres et les mémoires qui viennent des missions ou qui les concernent. Etat présent de l'Eglise romaine, etc., p. 288. Fabricii, saluta-
ris IujC Evangelii, etc., c. 33 et 34. Le second est le séminaire des missions étrangères, établi à Paris en 1003, par le père Bernard de Sainte-Thérèse, carme déchaussé et évoque de Babylone, et fondé par l^s libéralités de plusieurs personnes zélées pour la propagation de la foi. Ce séminaire, destiné à procurer des ouvriers apostoliques, et à fournir à leurs besoins, est dans une étroite relation avec celui de la Propagande : il envoie des missionnaires principalement clans les royaumes de Siam, du Tonquin et de la Cochinchine. On compte quatrevingts séminaires moins considérables, mais fondés pour le même objet, dans les différents royaumes de l'Europe. Fabric, ibid., c. 34.
En 1707, Clément XI ordonna aux supérieurs des principaux ordres religieux de destiner un certain nombre de leurs sujets à se rendre capables d'aller au besoin travailler aux missions dans les différentes parties du monde. Plusieurs l'ont fait avec un zèle très-louable et avec beaucoup de succès, en particulier les carmes déchaussés et les capucins. La société des jésuites avait été spécialement établie pour cet objet.
Ce zèle, quoique très-conforme à l'ordre donné par Jésus-Christ et à l'esprit apostolique, n'a pas trouvé grâce aux yeux des protestants. Incapables de l'imiter, ils ont pris le parti de le rendre odieux ou du moins suspect; ils en ont empoisonné les motifs, les procédés et les effets; les incrédules, toujours instruits à cette école, ont encore enebéri sur leurs reproches.
Ils ont dit que la plupart des missionnaires sont des moines dégoûtés du cloître, qui vont chercher la liberté et l'indépendance dans des pays éloignés, ou des hommes d'un caractère inquiet, qui, mécontents de leur sort en Europe, se llattent d'acquérir plus de considération dans les climats lointains. En faisant semblant de louer les papes de la constance de leur zèle, ils ont fait entendre que ces pontifes ont toujours eu pour objet d'étendre leur domination spirituelle et temporelle, plutôt que de gagner des âm«s à Dieu; que les mis-
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sionnaires eux-mêmes ne paraissent pas avoir eu un autre motif; que c'est ce qui les a rendus justement suspects à la plupart des gouvernements.
Ils ont ajouté que ces émissaires des papes, loin de prêcher le pur et parfait christianisme, a'ont enseigné que les erreurs, les superstitions, les pratiques minutieuses de l'Eglise romaine, qu'ils n'ont corrigé leurs prosélytes d'aucun vice et ne leur ont inspiré aucune vertu réelle; qu'à proprement parler, leur prétendue conversion n'a consisté qu'à quitter une idolâtrie pour en reprendre une autre; que les convertisseurs, non contents d'employer l'instruction et la persuasion, comme les apôtres, ont eu recours aux impostures, aux faux miracles, aux fraudes pieuses de toutes espèces, souvent aux armes, à la violence, aux supplices; que l'on a vu naître entre eux des disputes et des divisions qui ont scandalisé l'Europe entière, et ont indisposé les infidèles contre le christianisme. Ces censeurs ont conclu qu'il n'est pas étonnant que la plupart de ces missions aient produit fort peu de fruit, et n'aient souvent abouti qu'à exciter du trouble et des séditions.
Enfin, ils ont soutenu et décidé qu'il n'est pas permis d'aller prêcher le christianisme aux infidèles, contre le gré et sans l'aveu des souverains, d'attaquer une religion dominante et confirmée par les lois d'une nation, à moins que l'on ne soit revêtu, comme les apôtres, d'une mission extraordinaire et du don des miracles.
Ainsi ont parlé des missionnaires catholiques des différents siècles, Mosheim, dans son Histoire ecclésiastique; Fabricius, dans son ouvrage intitulé : Salutaris lux Evangelii toto orbi exoriens, chap. 32 et suiv., où il cite plusieurs auteurs qui ont été de même avis.
Mais rien n'est plus singulier que la manière dont ces savants écrivains ont pris la peine de se réfuter euxmêmes. Comme lescatboliques avaient souvent reproché aux protestants leur peu de zèle à étendre la religion chrétienne dans les pays où ils s'étaient rendus les maîtres, nos deux critiquée font un étalage pompeux
des tentatives et des efforts que les Anglais, les Hollandais, les Suédois, les Danois, ont faits pour propager le christianisme dans les Indes et dans tous les lieux où ils ont des établissements de commerce. Là-dessus nous prenons la liberté de leur demander, 1° s'il est plus juste et plus conforme à l'esprit du christianisme d'aller avec des armées et du canon former des établissements de commerce dans les pays infidèles, malgré les souverains, que d'y envoyer des missionnaires désarmés pour catéchiser l«urs sujets ; 2° si le pur christianisme que les convertisseurs protestants ont prêché a produit de plus grands effets que la doctrine catholique; si leur zèle a été plus pur, et si leur vie a été beaucoup plus apostolique que celle des missionnaires de l'Eglise romaine; 3° s'ils ont commencé par mettre l'Ecriture sainte à la main de leurs prosélytes, ou s'ils se sont bornés à les instruire de vive voix, comme le font nos missionnaires; si la foi de ces néophytes protestants a été formée selon les principes et la méthode que les protestants soutiennent être la seule légitime.
Il est évident," et ces critiques l'ont bien senti, que la méthode qu'ils prescrivent est aussi impraticable à l'égard des infidèles qu'à l'égard des enfants ; que les premiers qui ne savent pas lire, et qui n'entendent que leur langue maternelle, seront incapables toute leur vie de lire l'Ecriture sainte, soit dans le texte, soit dans les versions; qu'ils sont donc forcés de s'en tenir à la parole de celui qui les instruit, et qu'il n'est pas fort aisé de deviner sur quel motif leur foi peut être fondée. Conséquemment nous demandons encore si cette foi peut suffire pour le salut d'un Indien ou d'un Iroquois, pourquoi une foi semblable ne suffit pas pour le salut d'un simple fidèle de l'Eglise romaine.
D'où nous concluons que c'est celte contradiction même entre le principe fondamental du protestantisme et la méthode dont il faut se servir pour convertir les infidèles, qui a dégoûté les protestants des missions, et les a engagés à calomnier les missionnai-
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res catholiques. On sait en effet que leurs pompeuses missions, entreprises uniquement par politique et par ostentation, n'ont pas eu jusqu'ici de brillants succès ; que presque toutes sont tombées ou très-négligées; que souvent ils ont fait des plaintes du peu de zèle et de l'indolence de leurs ministres, et que plusieurs d'entre eux, tels que Salmon, Gordon, les auteurs de là Bibliothèque anglaise; etc., sont convenus de cette tache de leur religion.
Mais ce n'est pas assez de les réfuter par leur propre fait, il faut encore répondre à tous leurs reproches.
1° Les ecclésiastiques du séminaire des missions étrangères, et ceux de la Propagande, les théatins, les prêtres delà mission, nommés lazaristes, etc., ne sont pas des moines dégoûtés du cloître, et Tonne pouvait pas regarder comme tels les jésuites. Quand on considère les travaux auxquels ces missionnaires se livrent, les dangers qu'ils courent, la mort à. laquelle ils sont souvent exposés, on sent qu'aucune passion humaine, aucun motif temporel, ne sont capables d'inspirer autant de courage, que le zèle seul et la charité chrétienne les animent.
Lorsque nous disons aux protestants que les prédicauts de la réforme étaient poussés par le dégoût du cloître, par l'amour de l'indépendance, par l'ambition de devenir chefs de parti, ils nous accusent d'injustice et de témérité; ont-ils autant de raisons de suspecterle zèle des missionnaires, que nous en avons de nous défier de celui des prétendus réformateurs?
Luther, en se révoltant contre l'Eglise, devint pape de Wirtemberg et d'une partie de l'Allemagne. Calvin se fit souverain pontife et législateur de Genève. Nous ne connaissons aucun missionnaire qui ait pu se flatter de faire une aussi belle fortune aux Indes ou en Amérique.
2° Peut-on se persuader que les papes se soient jamais proposé d'asservir l'univers entier à leur domination temporelle, et qu'ils forment encore aujourd'hui le projet de se faire un empire aux extrémités de l'Asie ou de l'Afrique? Ils ont sans doute des héritiers auxquels ils dési-
rent de transmettre leur couronne.
Cette idée est si folle, que l'on ne conçoit pas comment on peut la prêter à un homme sensé. Nous voudrions savoir encore par quelle récompense ils ont payé le zèle des missionnaires qui se sont exposés autrefois pour eux à la barbarie des peuples du Nord, et quel salaire ils font espérer à ceux qui vont aujourd'hui braver la mort chez les Sauvages, à la Chine, ou sur les eûtes de l'Afrique.
Les missionnaires ont certainement prêché partout et dans tous les temps la juridiction spirituelle du pape sur toute l'Eglise, parce que c'est un dogme de la foi catholique; mais quand on veut nous persuader qu'un empereur de la Chine a banni les missionnaires de ses états, parce qu'il avait peur de devenir vassal ou tributaire du pape, en vérité cette ineptie est trop ridicule.
Quelque vicieux qu'aient pu être certains papes, nous présumons qu'ils croyaient en Dieu et en Jésus-Christ; ils ont donc dû croire qu'il était de leur devoir d'étendre la foi chrétienne autant qu'ils le pouvaient; pourquoi leur supposer un autre motif? Enfin, quand leur zèle n'aurait pas été assez pur, l'Europe entière ne leur est pas moins redevable de la tranquillité qu'ils lui ont procurée, soit par la conversion des Barbares du Nord, soit par l'affaiblissement des mahomôtans, qui a été l'effet des croisades.
Cet avantage nous parait assez grand pour ne pas les calomnier mal à propos.
3° Nous convenons que les missionnaires ont prêché, soit dans le nord, soit dans les autres parties du monde, la foi catholique, la religion romaine, et non le protestantisme. Us ne pouvaient pas l'enseigner avant qu'il tût éclos du cerveau de Luther et de Calvin; ceux qui sont venus après, n'ont pas été tentés d'aller au bout du monde pour y enseigner des hérésies. Avant de savoir s'ils ont eu tort, il faudrait que le procès fût décidé entre les protestants et nous.
Que diraient ils, si nous nous plaignions de ce que leurs ministres prêchent dans les Indes le luthéra-
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nisme ou le calvinisme, et non la doctrine catholique? Le reproche d'idolâtrie, fait à l'Eglise romaine, est une absurdité surannée qui ne devrait plus se trouver dans les écrits des protestants sensés; mais comme elle fait toujours illusion aux ignorants, ils la répéteront tant qu'ils trouveront des dupes assez stupides pour y croire. Voyez Paganisme, § 11.
Mosheim, si obstiné à censurer les missions des catholiques dans tous les siècles, n'a pas fait les mêmes reproches à celles des nestoriens dans la Tar tarie et dans les Indes, ni à celles des Grecs chez les Bulgares et chez les Russes. Cependant les nestoriens et les Grecs ont enseigné à leurs prosélytes les mêmes superstitions et la même idolâtrie que les missionnaires de l'Eglise romaine, le culte des saints et des images, l'adoration de l'eucharistie, les sept sacrements, etc. ; les Russes en font encore profession. Nous ne voyons pas que les Tartares et les Russes aient été des chrétiens plus parfaits que les Allemands et les Danois convertis par des catholiques. Mais comme les nestoriens et les Grecs n'enseignaient pas la suprématie du pape, ils ont par cette discrétion mérité d'être absous par les protestants de toutes leurs erreurs et de tous les défauts de leurs missions. A la vérité, les nestoriens inspiraient à leurs prosélytes la soumission à leur patriarche, et les Grecs soumettaient les Russes à celui de Constantinople ; n'importe, il est indifférent aux protestants que les chrétiens soient subordonnés à un chef quelconque, pourvu que ce ne soit pas au pontife romain : telle est leur judicieuse impartialité.
4° Nous sommes très-persuadé que les Barbares du Nord n'ont pas été des saints immédiatement après leur conversion, et qu'il a fallu au moins une ou deux générations pour leur donner de meilleures mœurs; mais enfin ils ont renoncé au brigandage ; depuis qu'ils ont été chrétiens, les contrées méridionales de l'Europe n'ont plus été dévastées parleurs incursions. De savoir si les Normands ont été convertis par l'appât de posséder la Normandie, et les Francs
par l'espoir de faire plus de conquêtes, sous la protection du Dieu des Romains, que sous celle de leurs anciens dieux, comme Mosheim le prétend, c'est une question que nous n'entreprendrons pas de décider ; nous n'avons pas comme lui le sublime talent de lire dans les cœurs. Mais du moins les enfants de ces conquérants farouches sont devenus plus traitables, et ont appris à mieux connaître le Dieu des chrétiens. Faut-il renoncer à la conversion des Barbares, parce que l'on ne peut pas tout à coup en faire des saints?
Nous conviendrons encore volontiers que, parmi un très-grand nombre de missionnaires, il y en avait plusieurs qui n'étaient pas de grands docteurs : qu'au milieu des ténèbres répandues pour lors sur l'Europe entière, quelques-uns se sont persuadés qu'il était permis d'employer des fraudes pieuses pour intimider des barbares incapables de céder à la raison. Sans vouloir excuser cette- conduite, toujours condamnée par les évêques dans les conciles, nous disons qu'il y a de l'injustice de l'attribuer à tous, et de prétendre que c'était l'esprit dominant de ces temps-là.
Puisque nous avouons qu'il y avait pour lors de grands vices, les protestants devraient convenir aussi qu'il y avait de grandes vertus, puisque l'un de ces faits n'est pas moins prouvé que l'autre.
Il y avait même de vraies et de solides lumières. Si l'on en doute, on n'a qu'à lire la lettre que Daniel, évèque de "Winchester, écrivit en 724 à saint Boniface, apôtre de l'Allemagne. Nous délions les protestants les plus habiles d'imaginer une meilleure manière de convaincre des idolâtres de la fausseté et du ridicule de leurs superstitions. Hist. de l'Eglise gallicane, tom. 4, 1. ii, an. 72o.
b° Quand ils disent que l'on a souvent employé les armes et la violence pour convertir les Barbares, ils veulent parler sans doute des expéditions de Charlemagne contre les Saxons, et des exploits des chevaliers de l'ordre teutonique dans la Prusse. Nous examinerons ces faits à l'article Nord.
Quant aux séditions et aux troubles
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dont d'autres accusent les missionnaires, voyez, Chine, Japon.
6° Nous avouons enfin que les contestations qui ont régné entre les missionnaires, dans le dernier siècle, touchant les rites chinois et malabares, n'étaient ni édiiiantes, ni propres àprocurer le succès des missions :
mais le foud du procès n'était pas fort clair, puisqu'il a fallu quarante ans pour le terminer; « enlin, les » décrets des souverains pontifes » l'ont fait cesser, » et à Dieu ne plaise que nous voulions justifier ceux qu'ils ont condamnés. Mais il y a eu des disputes même entre les premiers prédicateurs de l'Evangile.
Saint Paul s'en plaignait et en gémissait: il n'en faisait pas un sujet de triomphe, comme font les protestants. Il y a eu des disputes bien plus vives entre les fondateurs de la prétendue réforme, et après deux siècles de durée, ces débats ne sont pas encore terminés. Est-ce aux protestants divisés en vingt sectes différentes, qu'il convient de reprocher des disputes aux missionnaires?
7° En disant qu'il faut une vocation extraordinaire et surnaturelle pour travailler à la conversion des intidèies, sous une domination étrangère, les protestants témoignent assez clairement que l'ordre et la promesse de Jésus-Christ : « Allez • dans le monde entier, prêchez » l'Evangile à toute créature, en- » seignez et baptisez toutes les na- » tions,. .. je suis avec vous jusqu'à la » consommation des siècles, » Matth., c 28, f 19; Marc, c. 16, jfr 15, ne les regardent pas, et nous en sommes persuadé comme eux. Mais l'Eglise catholique est depuis dix-sept siècles en possession de s'approprier cette mission et ces promesses ; elle n'a plus besoin de miracles pour prouver son droit. Loin d'ordonner à ses apôtres d'attendre le consentement des souverains pour prêcher, Jésus- + Christ commence par déclarer que toute puissance lui a été donnée dans le ciel et sur la terre. Déjà il avait averti ses apôtres que partout ils seraient haïs, maltraités, poursuivis à mort pour son nom; il avait ajouté
qu'il ne faut pas craindre ceux qui peuvent tuer le corps, mais seulement celui qui peut perdre le corps et l'âme, et il leur avait promis son assistance. Matth., c. 10, f 10 et suiv.
Encore une fois ce commandement et ces promesses sont sans restriction; leur effet doit durer jusqu'à la consommatiou des siècles.
Nous avons demandé plus d'une fois aux protestants quelles lettres d'attache Luther, Calvin et les autres prédicants avaient reçues des souverains pour prêcher leur doctrine, ou par quels miracles ils ont prouvé leur vocation extraordinaire et surnaturelle; nous attendons vainement la réponse. Il est fort singulier qu'il faille le don des miracles ou le consentement des souverains pour aller porter la vérité chez les iulidèles, et qu'il n'ait fallu ni l'un ni l'autre pour répandre l'hérésie dans toute l'Europe. Mais la vocation des réformateurs était la même que celle des anciens hérétiques ; leur dessein et leur ambition, disait Tertnllien, n'est pas de convertir les païens, mais de pervertir les catholiques. De Prxscript., c. 42.
8° Il n'est pas- fort difficile de voir pourquoi les missions des derniers siècles n'ont pas produit autant de fruit qu'elles semblaient en promettre. Les Européens se sont rendus odieux dans les trois autres parties du monde par leur ambition, leur rapacité, leur orgueil, leur libertinage, leur cruauté; tous conviennent que dès que l'on a une fois franchi l'Océan, on ne connaît plus d'autre religion que le commerce, ni d'autre Dieu que l'argent. Sur ce point, les nations protestantes sont tout aussi coupables que les nations catholiques.
Quelle confiance peuvent donner les infidèles à des missionnaires arrivés d'un pays qui ne leur semble avoir produit que des monstres? Les missionnaires, asservis aux intérêts de la nation qui les protège, se sont trouvés souvent impliqués, sans le vouloir, dans les contestations et les mauvais procédés de leurs compatriotes. Voilà ce qui a fait le mal, et il durera tant que les missions seront
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dépendantes des peuples de l'Europe uniquement occupés des intérêts de leur commerce.
Les apôtres, dégagés de ces entraves, n'étaient obligés de ménager ni de favoriser personne; ils instruisaient des nationaux, et leur donnaient ensuite le soin d'enseigner et de convertir leurs compatriotes.
On a senti enfin la nécessité de les imiter, d'élever des Chinois et des Indiens pour en faire des missionnaires. C'estle seul moyen de réussir ; mais il ne convient pas à ceux qui ont fait la plus grande partie du mal de triompher aujourd'hui des pernicieux effets qu'il a produits.
Il est cependant faux que les missions en général aient été aussi infructueuses que le prétendent les protestants ; l'Etat de l'E'jlise romaine dans toutes les parties du monde, qu'eux-mêmes ont eu soin de publier, est une preuve authentique du contraire.
Ai. de Pages, dans ses Voyages autour du inonde, terminés en 1776, atteste, comme témoin oculaire, le succès des missionnaires franciscains en Amérique, là douceur et la pureté des mœurs qu'ils y font régner. Il dit que la religion catholique a fait beaucoup de progrès dans la Syrie, à Damas et dans le sud-ouest des montagnes, où les hérétiques et les schismatiques faisaient autrefois le plus grand nombre ; qu'elle s'est aussi étendue en Egypte parmi les cophtes. « J'ai vu par moi-même, » dit-il, les peines et les travaux des » missionnaires, en Turquie, en » Perse, dans les Indes, pays qui » fourmillent de chrétiens peu ins- » traits. Les missions ont fait des » progrès admirables dans les royau- » mes de Pégu, Siam, Camboye, » Cochinchine, et même à la Chine, » par le moyen des sujets chinois » que l'on instruit en Italie... L'Es- » pagne seule a fait plus de chrétiens » en Amérique et en Asie, qu'elle ne » possède des sujets en Europe »
M. Anquetil, dans son Voyage des Indes, compte deux cent mille chrétiens à la seule côte de Malabar, dontles trois quarts sont catholiques.
De tous les missionnaires, ceux que
l'on a le plus maltraités sont les jésuites; et les incrédules n'ont pas manqué de recueillir et de commenter tous les reproches qu'on leur a faits.
Il n'est point d'impostures , de fables, de calomnies, que l'on n'ait vomies contre leurs missions du Paraguai et de la Chine ; on n'a pas même épargné saint François-Xavier.
On a dit qu'il était d'avis que l'on ne parviendrait jamais à établir solidement le christianisme chez les infidèles, à. moins que les auditeurs ne fussent toujours à la portée du mousquet. L'on a cité pour garant de cette anecdote le père Navarrette, qui était, dit-on, son confrère.
L'auteur qui a recueilli cette fable ignorait que Navarrette était jacobin et non jésuite, ennemi déclaré des jésuites et non leur confrère ; que le second volume de son ouvrage sur la Chine fut supprimé par l'inquisition d'Espagne, et que l'on n'a pas osé publier le troisième. Il résulte de là que ce religieux n'avait pas écrit par \m zèle fort pur. Ce qu'il dit de saint François-Xavier, si cependant il l'a dit, est prouvé faux par les lettres et par la conduite de ce saint missionnaire. Baldéus, auteur protestant, a rendu une pleine justice au zèle, aux travaux, aux vertus de ce même saint. Apol. pour les cathol., tom. 2, c. 14, p. 268.
Lorsque l'auteur de l'Histoire des établissements des Européens dans les Indes, a fait l'apologie des missions des jésuites, au Paraguai, au Brésil, à la Californie, les philosophes ses confrères ont dit que c'était un reste de prévention et d'attachement pour la société de laquelle il avait été membre. Mais Montesquieu., Buffon, Muratori, Haller, Frézier, officier du génie, un autre militaire qui a pris le nom de philosophe, Ladouceur, etc., n'ont jamais été jésuites; ils ont cependant fait l'éloge des missions du Paraguai, et les deux derniers y avaient été ; ils en parlaient comme témoins oculaires. M. Robertson, dans son Histoire de l'Amérique; M. de Pages, dans ses Voyages autour du monde, publiés récemment, tiennent le même langage.
Un trait de la fourberie des incré-
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dules a été de nous peindre l'état des peuples de l'Inde, de la Chine, et même des Sauvages, non-seulement comme très-supportable, mais comme heureux et meilleur que celui des nations chrétiennes, aiin de persuader que le zèle des missionnaires, loin d'avoir pour objet le bonheur de ces peuples, ne tendait dans le fond qu'à les asservir et à les rendre malheureux. Mais depuis que l'on a comparé ensemble les relations des divers voyageurs, que l'on a vu par les livres originaux des Chinois, des Indiens, des Guèbres ou Parsis, la croyance, les mœurs, les lois, le gouvernement de ces peuples divers, on a mis au grand jour l'ignorance, la prévention, la mauvaise foi de nos philosophes incrédules, on a mieux compris l'énormité du crime des protestants, qui, non contents de négliger les missions auxquelles ils sentent bieu qu'ils ne sont pas propres, ont encore cherché à les décrier et à les rendre odieuses.
Cette considération n'a pas empêché un voyageur très- moderne d'adopter sur ce point les idées et le langage philosophiques. Suivant son avis, on peut douter si les missionnaires sont animés par le désir de rendre éternellement heureuses les nations idolâtres, ou par le besoin inquiet de se transporter dans les pays inconnus pour y annoncer des vérités effrayantes. Ceux de la Chine, dit-il, n'ont pas été entièrement désintéressés; pour compensation des fatigues, et pour dédommagement des persécutions auxquelles ils s'exposaient, ils ont envisagé la gloire d'envoyer à leurs compatriotes des relations étonnantes, et des peintures d'un peuple digne d'admiration. L'on sait d'ailleurs que cette classe d'Européens borne ses connaissances aux vaines subtilités de la scolastique, et à des éléments de morale subordonnés aux lois de l'Evangile et aux vérités révélées. Voyages de M. Sonnerat, publiés en 1784.
Sans examiner si des motifs aussi frivoles peuvent servir de compensation et de salaire aux missionnaires, nous demandons à cet écrivain scrutateur des cœurs, à notre religion
est la seule qui enseigne des vérités elfrayantes ; si les Chinois, les Indiens, les Parsis, les mahométans ne croient pas aussi bien que nous une vie à venir et un enfer pour les méchants. Quel peut donc être pour les missionnaires l'avantage de leur annoncer l'enfer, cru par les chrétiens, au lieu de celui que croient les infidèles? nous ne le concevons pas. Si ces missionnaires eux-mêmes croient une vie à venir, ils peuvent donc avoir pour motif de leurs voyages et de leurs travaux l'espérance de mériter le bonheur éternel pour eux-mêmes, et de mettre en état leurs prosélytes de l'obtenir. Mais ceux qui ne croient rien, s'imaginent que tout le monde leur ressemble, et que les missionnaires prêchent des vérités effrayantes sans y croire.
Si tous les missionnaires de la Chine avaient fait et publié des relations, l'on pourrait penser que tous ont eu l'ambition d'étonner leurs compatriotes ; mais les trois quarts des missionnaires n'en ont point fait, et n'ont eu part à aucune; on ne se souvient pas seulement de leurs noms en Europe ; où est donc la gloire qu'ils ont envisagée pour récompense? On nous regarderait comme des insensés, si nous disions que les négociants, les navigateurs, M. Sonnerat lui-même, ne sont allés aux Indes et à la Chine que pour avoir le plaisir de nous étonner par leurs relations, ou de contredire ceux qui avaient écrit avant eux.
Est-il vrai que les missionnaires n'aient montré dans leurs relations point d'autres connaissances que celle de la scolastique, et de la morale de l'Evangile? Ce sont eux qui les premiers nous ont fuit connaître les pays qu'ils ont parcourus, et les nations qu'ils ont instruites. Notre voyageur, qui a bien senti que ce reproche qu'il fait aux missionnaires en général ne pouvait regarder les jésuites, a trouvé bon de leur attribuer des motifs odieux; c'est une calomnie, et rien de plus. Au mot Tartakes, nous parlerons en particulier des missions faites en Tartane.
Le rédacteur de l'art. Californie du Dictionnaire de Jwisprud. s'y est pris
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d'une autre manière. Après avoir copié le tableau des missions de ce pays-là, tracé dans YHist. philos, des êtabliss. des Européens dans les deux Indes, il convient que l'esprit de domination et de commerce n'ont porté que la corruption, le carnage, la servitude dans toutes les contrées de l'Amérique ; que c'est à la religion seule de rapprocher et de civiliser les Sauvages. Il avoue que la philosophie n'a jamais donné ce zèle ardent et patient, cette abnégation de soi-même, qu'inspire la charité chrétienne, et qu'exige cependant la fondation d'une société parmi les Sauvages. Il demande par quels motifs le philosophe saurait les engager à renoncer au repos de leur vie vagabonde, pour se courber sous le joug des travaux civils.
Nous saurions gré à l'auteur de ces réflosions, s'il n'avait pas cherché à les empoisonner ; mais il doute de la vérité des faits, parce qu'ils ne sont constatés par le témoignage d'aucun philosophe impartial ; nous avons fait voir le contraire. Il doute si l'indépendance de l'état de nature, si l'ignorance de tous nos besoins factices, ne valent pas mieux que la sûreté trop souvent incertaine, que peuvent procurer nos lois, que l'abondance et les commodités de nos arts et de nos sociétés qui immolent à l'aisance ou plutôt à la satiété du petit nombre la subsistance et le nécessaire physique de la multitude. Il doute enfin si les institutions des bons missionnaires étaient aussi propres à conserver et à faire prospérer les nouvelles sociétés, qu'elles paraissent avoir été suffisantes pour en jeter les premiers fondements; si la tyrannie du despotisme, et les fureurs de la superstition n'eussent pas bientôt succédé à l'enthousiasme'' éclairé de la bienfaisance et de la religion.
Permis h un philosophe sans religion de douter de l'évidence môme, mais il ne doit pas déraisonner. 1° Il est faux que la vie vagabonde des Sauvages soit un état de repos; souvent pour se procurer la subsistance, ils sont obligés de faire des chasses de deux cents lieues, et s'ils se donnent du repos, c'est en faisant tra-
vailler les femmes à leur place ; cellesci ne sont-elles donc pas des créatures humaines ' 2° Il l'est que l'état sauvage soit l'état de nature ; la nature n'a pas fait l'homme pour vivre comme les brutes; la différence de leurs facultés le démontre. 3° fl n'est pas vrai que la société immole à l'aisance du petit nombre le nécessaire physique de la multitude. Ce qui arrive par l'inhumanité de quelques individus ne vient pas plus de l'état de société, que les guerres, les massacres, les cruautés des Sauvages ne viennent des sentiments naturels d'humanité, et que les déraisonnements des philosophes ne viennent de la raison.
4° C'est une absurdité de supposer que des institutions suffisantes pour réunir les hommes en société, pour leur inspirer des sentiments mutuels d'affection, de charité, de concorde, ne suffisent plus pour les maintenir dans cet état. Quand il serait décidé que leur bonheur ne peut pas durer toujours, ne serait-ce pas encore un mérite de le procurer du moins à trois ou quatre générations d'hommes ?
b° il est bien indécent que des philosophes, qui se reconnaissent incapables de fonder une société, s'attachent à déprimer les travaux de ceux qui en viennent à bout. C'est le procès des frelons contre les abeilles. Voyez Sauvages Société. Bergier.
MISTRAL (Frédéric) (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce poète provençal né à Maillane, dans les Bouchesdu-Rhône, en 1830, a donné dans sa langue nationale, le provençal, le poëme de Mireille (mireio), Avignon, 1839, in-8°, avec traduction française en regard; c'est une épopée rustique pleine de délicieuses choses; mais, à notre avis, Mistral ne vaut pas Jasmin. V. ce mot. L'un et l'autre ne pouvaient être des poètes dans leur patois, sans être religieux. Le Noir.
MITIGATION DES PEINES ET ÉLÉVATION DES RÉCOMPENSES DANS LA VIE FUTURE, ou LA VIE ÉTERNELLE DEVANT L'INFINIE 1ÎONTÉ. {Théol. mixt. etpur. psychol.
fin. der.) — Cet article est un de ceux qui dépendent du mot .''j^cres
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éternelles, et qui sont annoncés, comme devant compléter notre traité sommaire de la Vie éternelle, étudiée, à la fois, au point de vue de la théologie chrétienne et au point de vue de la raison. Si, déjà l'on a lu les articles Demeures éternelles, Fixité des âmes dans la vie future, Élus (nombre des), on sait assez que nous ne donnons pas cette série d'articles comme exprimant des certitudes, mais seulement comme proposant des hypothèses rationnelles et consolantes, que ne nous paraît point proscrire la foi catholique. C'est encore dans ce sens qu'il convient de comprendre celui qu'on va lire. Dieu s'est réservé le grand mystère de nos destinées extrainondaines ; pourrions-nous aller au delà des suppositions fondées sur ce que nous disent, à la fois, la raison philosophique et la raison chrétienne des attributs divins ?
Dieu est juste, et jnous avons déduit les conditions [qui nous paraissent devoir résulter de cette justice, considérée seole, pour les êtres intelligents et libres, au delà du tombeau, selon les divers états dans lesquels ils peuvent se trouver en quittant cette vie. Mais Dieu n'est pas seulement juste ; il est aussi bon ; et il faut qu'en dehors et au-dessus de la justice, la bonté se manifeste, sans lui nuire. C'est de cette idée de la bonté infinie, qui ne peut pas plus être stérile que la justice durant l'éternité, que nous partons pour imaginer des modifications aux divers états, dans l'intérieur des catégories; et ce sont ces modifications, rationnellement supposables, qui vont être exposées. d;ins l'extrait suivant de l'article Vie éternelle de nos Harmonies.
La vie éternelle devant l'infinie