‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 23 sur 122 · BONTÉ · texte numérisé non relu

BONTÉ

a I. Si, dans la création et dans la rédemption, la munilicence divine fait des élus parmi les appelés, soit en ornant celui-ci de dons naturels supérieurs à ceux des autres, soit en donnant à celui-là des connaissances et des grâces surnaturelles d'une plus grande excellence, afin de réaliser les plu-j harmoniques de l'infinie sages-

se, ne devons-nous pas présumer, avec toute confiance, qu'elle ne cessera pas, dans l'éternité, de verser ses trésors, et défaire de nouveaux élus, dans un sens relatif, parmi les êtres humains des diverses classes que nous avons déterminées ? Aucun d'eux n'aura droit à de telles aumônes ; mais aucun n'avait droit, non plus, à celles de la création, et à celles de la rédemption. Tout ce que Dieu donne est gratuit; pourquoi tariraitil le cours de ses libéralités? quel motif pourrait nous le faire penser, lorsque nous le voyons en voie de les répandre avec une profusion si merveilleuse?

« Dieu, dit le psalmiste, cessera-t-il d'avoir pitié ? enchaincra-t-il sa miséricorde dans sa colère ? » (Psal. xxx, 23.)

» Dans la classe des élus proprement dits, et qu'on a ainsi nommés parce qu'ils doivent leur bonheur à une élection primitive qui les a distingués parmi les appelés, et qui consiste, pour les uns, dans le baptême, pour les autres dans des dons naturels et surnaturels qu'ils ont mis à profit, dans cette classe, disonsnous, qui pourrait nier que la bonté sans bornes ne doive varier ses dons, élever, tantôt l'un tantôt l'autre, à plus de gloire encore sans aucun mérite nouveau de sa part, afin que tous aient à le glorifier et à le remercier de libéralités sans cesse renaissantes, de manifestations inépuisables et imprévues de sa lumière infinie ? Ne sera-ce point, pour elle, continuer son œuvre qui est d'épandre sans fin des richesses, et de faire ainsi, éternellement, des élus nouveaux dans les élus mêmes !...

» Cette idée d'un progrès, dans la cité des bons, fondé sur les libéralités de Dieu, est émise par Mgr Parisis dans sa brochure sur l'Immaculée Conception. Parlant du développement des vérités révélées dans l'Eglise militante, il ajoute « qu'il en sera sans » doute de même dans le ciel où le » bonheur de sessaintssera constam- » ment soutenu par la vue et l'admi- » ration de nouvelles perfections en » Dieu. »

« Dans le royaume des bons infidèles, enfants ou adultes, qui pourrait dire que labonté n'agira pas de même î

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Ce n'est pas Jésus-Christ qui est ici le dispensateur des dons, c'est Dieu dans sa manifestation primitive et simplement naturelle. Mais qu'importe ? Dieu est-il arrêté par quelque nécessité dans la distribution de ses faveurs? ÎS T 'a-t-il pas des moyens intinis de faire participer ses créatures à ses rosées vivifiantes ? Ne peut-il pas les nourrir et les abreuver de luimême en mille et mille manières ?

Et y a-t-il un terme à leur agrandissement dans chacun des modes qu'il peut employer ? L'éternité est bien longue, et qui dira les merveilles dont il la saturera tout entière, sans intervertir les effets de la justice qui seront toujours de séparer ce qui ne peut être confondu?

Or, si la bonté infinie en agit de la sorte dans les catégories des heureux pour augmenter et varier sans fin le bonheur, pourquoi donc n'en agiraitelle pas de même dans cellesdesmalheureux coupables pour rendre moins pénible cet horrible dam, cette privation relative du souverain bien, cette nuit profonde qui met l'être en souffrance parce qu'elle est contraire à ses aspirations? Pourquoi ne trouverait-elle pas moyen, sans blesser sa justice, de verser dans ces demeures, tantôt pour l'un tantôt pour l'autre, selon des modifications de disposition de l'âme qu'il peut toujours amener, et dont il nous est impossible de nous faire une idée, des gouttes de sa rosée céleste ? Connaissons-nous les secrets et les inventions de sa puissance ? Pouvons-nous croire qu'elle se constitue jamais, quelque part, en complète inaction? Et là surtout où sa créature est souffrante ? Quelle autre impossibilité lui est imposée, que celle d'augmenter le malheur ? Pour le diminuer tout n'est-il pas possible à l'être des êtres ? Si Dieu n'était, comme le veulent quelques-uns, qu'une nécessité inexorable, un aveugle destin, une loi éternelle comme celle du passé qui ne se peut détruire, il faudrait bien avouer l'immobilité absolue, effrayante du malheur mérité, qu'on s'est construit soi-même (1);

(1) Si nous ne croyions pas en un Dieu, père de ses créatures, ayant, si l'on peut s'exprimer de la

mais tel n'est pas le Dieu des chrétiens ni le Dieu des sages; ce Dieu est bon et libre, il n'est soumis à d'autre loi que celle de ne jamais agir mal; et ne voyons-nous pas clairement que faire du bien à qui ne le mérite pas ne saurait être mal agir ? Il a, par essence, la propension à s'épaudre en faveurs, en prédilections variées, concevrait-on que cette propension ne se fit pas sentir dans l'enfer proprement dit, comme ailleurs, par pure munificence ?

Dans l'ordre de la justice que nous avons développé (1) tout est connu et certain; nous avons des données suffisantes; mais, en ce qui concerne la bonté, les merveilles du siècle futur sont autant de secrets que Dieu s'est réservés; Jésus s'est tu sur ce côté de la question, et nous lui en devons des actions de grâces au nom de l'humanité qui est un enfant si difliciie à conduire, un troupeau si aveugle pour distinguer les bons pâturages. Taisons-nous donc, et tenonsnous-en à cette idée générale de miséricorde infinie qui laisse aux bons de l'espérance pour leurs frères méchants.

II. Cette lueur d'espérance est précisément fondée sur ce que les ennemis du christianisme attaquent le plus, sur le droit divin de préfé-

sorte, du oœur et des entrailles, étant, comme Ton dit, personnel, c'est-à-dire ayant son moi universel, et voyant dans tous les êtres qu'il a faits, q:i'il fait et qu'il fera, des enfants, dos Ois, des membres de lui-même, formant sa grande famille, si nous ne croyions pas en un tel Dieu, nous sentirions pour le genre humain, dont nous faisons partie, toutes les horreurs du désespoir ; car, qu'il n'y ait poiut de dill'érence, après la mort, entre les bons et les méchants, que tous se confondent daus un même néant, c'est ce qui n'est pas possible ; il faut, de toute nécessité, qu'il y ait des états divers que les êtres humains se construisent eux. mêmes; et si ce n'était pas un Dieu bon, sensible an malheur de sa créature, qui présiderait aux destinées, ce ne pourrait être qu'un fatum aveuule et brutal comme un chiffie, une inexorable lui de justice; et que pourrait-on attendre d'une tella latalité, après les erreurs d'un passé qu'on ne peut plus détruire ? Rien ; c'est alors que ce seraio it las vrais pleurs et les vrais grincements dans ceux qui furent mauvais. Rendez-nous le Dieu qui pous.i, qui voit, qui raisonne, qui compare, qui apprécie, qui

i'uge, qui pardonne, qui guérit, et qui rétablit, pur lonté pure, en partie du moins, les désastres de la créature libre sur elle-mê ne ?.... (1S74).

Ls Nota.

(1) Art. Demeures éternelles. (1S74j.

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rence, ou de grâce, qu'on a nommé prédestination dans la théologie catholique. Que ces argamentateurs sontaveugles, s'ils ne sont pas ingrats par avance! ce droit des dons gratuits, de faire des élus, qui est celui de nos dogmes qu'ils nous reprochent avec le plus d'amertume, sera pour eux, s'ils descendent dans les demeures ténébreuses, la dernière ressource, le dernier mot de l'espérance.

Mais ils penseront autrement, nous le croyons par charité pour eux, au moins sous ce rapport, dans la vie éternelle. Y a-t-il des damnés aussi pervers que le paraissent être quelques-uns des vivants? nous ne le croyons pas. Si Abraham avait accordé la goutte d'eau au riche de la parabole, ses compagnons de douleur n'auraient pas crié à l'injustice. Le riche lui-même ne demandait-il pas un privilège pour ses frères de ce monde, afin qu'ils ne vinssent pas un jour partager son malheur? Ah! sans doute on en juge autrement, quand on est là, sur la préférence et les dons gratuits. On en voudrait obtenir, ou en espère peut-être, et si quelqu'un en reçoit, les autres n'en sont pas jaloux; ils n'y voient qu'un motif d'espérer que leur tour viendra. Le riche osait demander la goutte d'eau; c'est beaucoup de demander !... pourquoi, maintenant, ne l'aurail-il pas obtenue?

» III. L'idée que nous venons d'exposer n'estpas nouvelle dans l'Eglise.

Elle remonte aux premiers temps du christianisme et n'a cessé d'avoir des partisans jusqu'à nos jours, sous le nom de croyance à la mitigation des peines éternelles. Un assez grand nombre des anciens pères l'avaient même exagérée, comme nous allons le dire un peu plus loin, et plusieurs autres, tels que saint Augustin, les réfutèrent dans ce qui était exagération. Mais ils respectèrent l'idée elle-même dans les limites catholiques où nous venons de la poser.

Voici ce qu'en disaitsaint Augustin dans la Cité de Dieu, en commentant le verset 23 du psaume xxx° que nous avons cité : « Que si quelqu'un » veut étendre ce passage jusqu'aux » tourments des damnés, qu'ill'expli-

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» que au moins ainsi, que la colère » do Dieun'arrètcra point le cour : • » sa miséricorde, même à leur égn r !, » non en les garantissant de ces » peines ou en les en délivrant, m lis » en les leur rendant plus douces et » plus légères qu'ils ne le mériter, ; » sentiment néanmoins que je ne » prétends pas établir par cela même » que je ne le rejette point. » {Cité de Dieu, xxi, 24.)

Ces paroles furent écrites par Augustin peu de temps avant sa morl ; et déjà il avait énoncé la même idée dans plusieurs ouvrages à diverses époques de sa vie. Il avait dit, par exemple, dans l'Enchiridion (§ 29, c. 110) en parlant de l'offrande du saint sacrifice pour les morts et des aumônes à leur intention : que « ces » suffrages leur sont utiles pour leur » obtenir ou une pleine rémission » ou une damnation plus lolérable. »

Et plus bas (même §) en parlant de ceux qui avaient compassion des damnés : «qu'ils pensent, si cela leur » plait, que les peines des damnés » sont, en quelques intervalles de » temps, mitigées jusqu'à un certain » point; car de cette sorte on peut » comprendre que la colère de Dieu, » c'est-à-dire la damnation, demeure » sur eux, de manière que Dieu, » dans sa colère même, c'est-à-dire sa » colère ne cessant point, n'arrête » pas cependant le cours de ses mi- » séricordes, non en donnant une fin » à ce qui doit être éternel, mais en » employant ou interposant une al- » légement aux tourments. »

« On cite, comme ayant été dans le même sentiment, saint Jean Chrysostôme, Prudence, qui a exprimé cette pensée dans une hymne composée pour le jour de Pâques, saint Jean Damascène qui s'est nettement prononcé pour la mitigation, Théophilacte, l'auteur de l'opuscule Qumstiones ad Antiochum, attribué à saint Athanase, saint Basile, etc., etc.

» On cite aussi Innocent III qui, répondant à l'archevêque de Lyon sur la même question, pose une catégorie de médiocrement mauvais, laquelle ne peut s'entendre des âmes du purgatoire, pour lesquelles il dit qu'il y a lieu de se demander si nos

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prières ne seraient pas propitiatoires.

(Liv. m des décrétâtes, tit. 4i, n. 6.) » Parmi les théologiens, ont professé l'opinion de la mitigation, le célèbre Pierre Lombard, dit le maître des sentences, qui paraît avoir entraîné à sa suite presque tous les docteurs du xn et du xm e siècle, Prépositivus, Robert Pullus, Rupert, évêque de Lincoln, Sixte de Sienne, etc. Le P. Petau est assez favorable à cette idée.

» Saint Thomas, à la suite d'Albert le Grand, son maître, rejette l'opinion commune de son temps qui regardait les prières des vivants comme utiles aux damnés, mais il dit, en revanche, en expliquant ce texte : numquid in œternum irascetur Deus? que la miséricorde de Dieu opérera, d'elle-même, pendant la durée de la peine, en la [diminuant.

Non totaliter pœna tolletur, sed, ipsa, pœna durante, misericordia operabitur eam diminuendo. (Suppl., quœst. 100, art. 2. ad 4.) Voyez eucore saint Thomas Commentaire sur le maître des Sentences, quest. 100. art. 2, ad l am et Sum. Ip., qu. 21, art. 4, ad 1. — le maître des Sentences, dist. 46:

Estius in 4, Sent, dist, 40, § 40. — Bossuet t. X, p. 20 et p. 40 — Saint François de Sales, Amour de Dieu, t. 9. ch. 1, etc., etc. . S'il ne s'agit pas toujours, dans ces passages de la mitigation continue, il s'agit au moins d'une diminution de peine relative au mérite.

» On pourrait ajouter aux théologiens que nous avons cités sur la mitigation proprement dite et pouvant être progressive , un assez grand nombre de canonistes et d'interprètes de l'écriture.

» M. de Pressy, l'évèque de Boulogne, dans une dissertation sur l'incarnation adressée à son clergé avant 1790, époque de sa mort, dit, (p.

571, part. III), que « l'opinion favo- » rable à la mitigation des peines est » fondée sur des raisons plausibles, » qu'elle ne blesse ni la raison ni la » foi. »

» Cette opinion est celle de l'Eglise orientale, comme on peut s'en convaincre par le témoignage de Léo Allatius, l'auteur qui aie plus appofondi

l'orthodoxie des Grccs par celui de Marc d'Éphèse, dont nous allons parler tout à l'heure, par celui de Dosithée, par celui du P. Lequien, et par celui des voyageurs qui ont interrogé à ce sujet, les moines du mont Athos.

» Le concile de Florence se montra favorable à cette manière de penser en approuvant le discours de Marc, patriarche d'Éphèse, où elle était exprimée au nom de l'Eglise orientale :

le concile n'excepta de son approbation de ce discours que deux points :

celui qui consistait à dire que la récompense des bons et la peine des méchants seraient différées jusqu'au jour du jugement, et celui qui consistait à nier que les saints pussent voir Dieu au sens de l'Eglise latine.

» N'oublions pas de citer la dissertation de M. Emery sur la mitigation de la peine des damnés, dissertation qu'après examen, la congrégation de l'Index a déclarée exempte de motifs à censure.

» Rappelons enfin le discours, à Notre-Dame de Paris, du P. de Ravignan, dans lequel il affirma devant nous que la croyance à la mitigation était traditionnelle dans la société des Jésuites et qu'elle faisait partie de ses propres convictions.

» IV. On a coutume d'objecter contre l'idée de la mitigation de la peine durant l'éternité, que cette idée aboutit logiquement à la négation de la peine éternelle, vu que, la même cause, qui est la bonté infinie, étant supposée produire sans tin ses actes de miséricorde, un moment doit venir où toute peine a disparu avec toute différence entre le bien et le mal quant à leurs lins dernières.

» On avait, avant saint Thomas, donné plusieurs réponses à cette difficulté, réponses que l'ange de l'école examine et ne trouve pas bonnes. La plus remarquable est celle des disciples de Gilbert de la Porée que reprit Leibnitz en l'appuyant sur la géométrie transcendante. Ils avaient comparé la diminution indéfinie à celle d'une ligne dont on retrancherait successivement une partie aliquote toujours la même, soit le quart de cette ligne, puis le quart de ce qui reste, puis le quart du second reste ;

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et ainsi à l'infini, opération qui laissera toujours quelque chose. Leibnitz compare la diminution continue dont il s'agit à ce qui se passe dans les asymptotes de la géométrie.

» La diminution de la peine, dit-il, » irait à l'infini, quant à la durée, et » néanmoins elle aurait un non plus » ultra, quant à la grandeur de di- » minution, comme il y a des figures » asymptotes dans la géométrie, où » une longueur infinie ne fait qu'un » espace fini. » (Théodic, § 92.) Les exemples ne manquent pas, en mathématiques, de combinaisons dans lesquelles on court après une limite sans jamais l'atteindre.

» M. Emery répond qu'il n'y a pas besoin de se donner tant de peine, qu'il suffit de supposer que Dieu ait, dans sa loi, établi une limite, et que sa miséricorde s'exerce seulement dans l'intervalle de cette limite, ainsi que Guillaume d'Auxerre paraît l'avoir fait dire à Prépositivus comme réponse à la difficulté.

» Nous trouvons, avec saint Thomas, toutes ces réponses peu satisfaisantes. Elles ont deux défauts, celui de rendre de plus en plus petite la différence entre les résultats correspondants du vice et de la vertu pratiqués sur la terre ; et celui de représenter la miséricorde comme agissant de moins en moins, bien qu'agissant toujours, à proportion qu'elle a déjà plus agi.

» Mais nous ne voyons pas même l'existence de la difficulté dont on s'embarrasse, après qu'on a posé, comme nous l'avons l'ait, la distinction éternelle des demeures et, dans chacune d'elles, des modifications qui lui sont propres, et d'espèce différente. L'état des uns, avec son progrès par aumône gratuite de la miséricorde, est établi en suite du ma], celui des autres en suite du bien, et la ^ distance reste éternellement la même entre eux. La justice et la bonté sont, à la fois, satisfaites; il n'y a aucune progression du mal vers la fusion avec le bien; et la bonlé n'est pas obligée de diminuer ses dons à mesure qu'elle s'est montrée plus libérale. Il y a, dans l'ordre présent, mille exemples à donner de ce que

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nous imaginons. Que le pic, par exemple, dont Michelet a fait un si joli tableau dans son oiseau, se perfectionne autant qu'on voudra, deviendra-t-il le lion? Supposez une diminution continue dans les imperfections du cheval relativement aux perfections de l'homme, aurez-vous jamais l'homme? Opérez de même, en esprit, sur l'homme en imaginant dans l'humanité un progrès sans fin, aurez-vous jamais l'ange ? Portez aussi loin que vous le voudrez notre progrès terrestre, ce progrès fera-t-il que l'humanité habite jamais le soleil ou toute autre demeure imaginable dans le firmament? Chaque espèce peut se développer sans fin, en restant dans sa nature et dans sa place; et il peut en être de même entre des catégories d'êtres libres dont la conduite morale a déterminé l'espèce. Ce qui suit le mal est nécessairement peine et prison, relativement à ce qui suit le bien, lequel est récompense et liberté; ce qui suit la régénération est nécessairement possession et vie relativement à ce qui suit la déchéance, lequel est nécessairement dam et mort. Différences fixes, demeures fixes par nécessité de justice, de sagesse, d'harmonie, et, cependant action incessante de la bonté dans l'intérieur de chaque règne sans qu'il y ait aucune modification des barrières et des différences spécifiques.

» Détruisant la première condition, ne semble-t-il pas que la justice est dévorée par la bonté? Détruisant la seconde, ne semble-t-il pas que la bonté est neutralisée par la justice?

Les réunissant, ne semble-t-il pas que la justice et la bonté agissent de concert sans se nuire mutuellement, et qu'on a l'idéal indiqué par le psalmiste lorsqu'il nous parle de Dieu comme ne devant jamais arrêter le cours de sa miséricorde jusques dans sa colère?

» Ne semble-t-il pas aussi qu'il ne peut être conçu de fiction à laquelle on puisse appliquer avec plus de justesse le raisonnement que fait Augustin dans l'Euchiridion (ch. 112) lorsqu'il dit « que quelque minime » qu'on put supposer à chaque ins- » tant la peine du dam, consistant à

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» être exilé de la cité de Dieu et du » Christ, à être privé, des multitudes » de douceurs qu'on y goûte.... cette » peine formerait encore une telle » somme, à la longue, si elle était m éternelle, qu'aucuns tourments à » durée finie ne pourraient liii être » comparés. » Sur quoi Mgr. de Boulogne fait observer « qu'en effet, » ces tourments neformeraientqu'une » quantité finie, un nombre déter- » miné, et qu'il n'y a pas de quantité » finie qui ne soit, à la longue, sur- » passée incomparablement par une » autre quantité et un autre nombre » qui vont toujours en augmentant à » l'infini et dont l'argumentation ne s sera jamais déterminée. » Nous conservons, dans ce que nous avons supposé, une distance invariable de la cité du mai à celle du bien, un malaise sensible résultant du désir et de l'impossibilité de franchir cette distance, et nous rendons cette situation éternelle ; voilà bien, assurément, le cas de raisonner comme saint Augustin et M. de Press.v sur l'immensité inappréciable de la peine par suite del'addition indéfinie d'ellemême à elle-même, quelle qu'elle soit, d'ailleurs, considérée en chacun de ses jours. Le coureur qui voudrait en atteindre un autre, lequel fuirait éternellement devant lui, serait, par rapport à l'objet de sacourse, bien que sa marche avançât, comme si tous deux étaient immobiles. »

Il n'est donc pas vrai, comme on le prétend si souvent, qu'il soit de l'essence du catholicisme d'affirmer une immobilité permanente absolue d'état dans la vie qui suit celle qu'on qualilie à'in via. Une porte est laissée par l'orthodoxie aux hypothèses de modifications et de progrès nouveaux ; et cette porte est très-large, puisqu'elle consiste dans cette bonté du père céleste « qui travaille sans cesse. » Que celui qui s'est librement constitué loup, reste toujours loup, soit. Mais le progrès dans l'espèce loup n'est-il pas aussi possible que dans l'espèce ange? et il reste certain, comme principe , que, si jamais ne s'émousse la pointe de la justice , jamais ne s'épuise le trésor de la bonté. Le Nom.

M I T R A U D (Antoine - Théobald).

(Théol. hist. biog. et bibliog.) — Cet ecclésiastique et théologien français, né à Maguac-Laval (Haute-Vienne), en 1797, et mort à Foume en 1858, à laissé -.Pliysica brevitereœposita; Théodicée catholique, 184-0, en collaboration avec Louis Ayma; Panégyrique de saint Vincent de Paul ; de la Nature des sociétés humaines, in-8°, 1834, où la raison est entièrement sacrifiée à la foi, ce qui ne cadre guère avec notre philosophie harmonique, et ce quiest étrange delà part d'un homme qui avait professé la philosophie.

Mais combien d'intelligences élevées avaient donné dans cet excès comme des folles, avant le concile du Vatican! ; le Livre de la vertu. M. L. Ayma lui a consacré tout un volume de biographie.

Le Noir.

MITRE, ornement de tête que portent les évêques, lorsqu'ils officient pontiticalement. M. Languet, dans sa Réfutation de D. Claude de Vert, convient qu'il est assez difficile de découvrir en quel temps cette espèce de bonnet a reçu la forme qu'on lui donne aujourd'hui; il pense, avec beaucoup de vraisemblance, que cet ornement a succédé aux couronnes que portaient autrefois les évêques et les prêtres dans leurs fonctions.

Il est parlé de ces couronnes dans l'Apocalypse, c. 4, f 4; dans Eusèbe, Ilist. Ecctés., 1. 10, c. 4, et dans plusieurs autres auteurs plus récents.

Véritable esprit de l'Eglise dans l'usage de ses cérémonies, § 35, p. 284.

Comme le sacerdoce est comparé à la royauté dans l'Ecriture sainte, il n'est pas étonnant que, dans les fonctions les plus augustes du culte divin, les prêtres aient porté un des principuax ornements des rois. Le souverain pontife des Juifs avait sur sa tète une tiare, en hébreu mitsnephet, qui signilie une ceinture de tète ; et les prêtres portaient aussi bien que lui une mitre, migbahat, qui signifie un bonnet élevé en pointe, autour duquel étaient des couronnes, Exod., c. 29, ^ 6 et 9 ; c. 39, $ 26. La tiare était aussi l'ornement des rois, lsai., c. 02, f 3;

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et il parait que la mitre devint dans la suite une coiffure des femmes.

Judith, c. 10, ? 3, mit une mitre sur sa tète pour aller se présenter à Holopherne. Un voyageur moderne nous apprend que les femmes druses, •des montagnes de Syrie, portent encore aujourd'hui une coiffure en cône d'argent, qu'elles nomment tantowa, et qui est probablement la mitre de Judith. Les dames françaises qui suivirent les croisés, prirent sans doute du goût pour cette coiffure, puisqu'elle était en usage en France au quinzième siècle.

Dans un ancien ponlifical de Cambrai, qui fait le détail de tous les ornements pontificaux, il n'est point fait mention de la mitre, non plus que dans d'autres manuscrits : Amalaire, Raban-Maur, Alcuin, ni les autres anciens auteurs qui ont traité des rites ecclésiastiques, ne parlent point de cet ornement. C'est peutêtre ce qui a fait dire à Onuphre, dans son Explication des termes obscurs qui est à la fin des Vies des papes, que l'usage des mitres, dans 1 Eglise romaine, ne remontait pas au delà de six cents ans. C'est aussi Je sentiment du père Ménard dans ses Notes sur le Sacramcntaire de saint Grégoire. Mais le père Martenne, dans son Traité des anciens rites de l'Eglise dit qu'il est constant que la mitre â ete a l'usage des évoques de Jérusalem, successeurs de saint Jacques ■ on le voit par une lettre de Théodose' patriarche de Jérusalem, à saint Ignace, patriarche de Constantinople qui fut produite dans le huitième concile général. Il est encore certain, ajoute le même auteur, que I usage des mitres a eu lieu dans les églises d'Occident, longtemps avant 1 an (OUI); il est aisé de le prouver par une ancienne figure de saint pierre, qui est au-devant de la porte du monastère de Corbie, et qui a plus de mille ans, et par les anciens portraits des papes que les bollandistes ont rapportés. Théodulphe eveque d Orléans, fait aussi mention <ie la nuire dans une de ses poésies ou il dit en parlant d'un évèque \ lUrus ergo caput resplendens mitra tegeuut.

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