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J 9. Trois cents ans après cette défense, Jephté protestait encore que les Israélites n'avaient envahi aucune partie du terrain des Moabites, Jadic, c. If, ^ lb. Moïse ne pouvait donc avoir aucun motif de forger une fable, pour noter d'infamie l'origine de ce peuple, comme quelques incrédules l'en ont accusé : celle des Israélites était marquée de la même tache par l'inceste de Juda avec sa bru.
Dans la suite les Moabites turent vaincus et assujettis par David ; il les rendit tributaires, mais il ne les dépouilla pas de leurs possessions, II.
Reg., c 8, } 2.11 dit, Ps. S9, ? 10, Moab olla spei mcx ; etPs. 107, ^ 10.
Woab lebcs spei mcx ; il fallait traduire, secundùm spcm meam :
« Moab, selon mon espérance, n'est • qu'un vase fragile, que je briserai » aisément, » il y a dans l'hébreu :
Moab olla lotionis mex. « Moab est un » vase aussi fragile que celui dans ley> quel je me lave. » Jérémie, c. 48. f 42, avait prédit la destruction des Moabites ; il parait qu'en effet ils furent exterminés par les Assyriens, aussi bien que les Ammonites : il n'en est'plus parlé depuis la captivité
de Babyliine.
Bergier.
MODES (les) en habits (Théol. mixt.
philos, mor. et art.) — Les modes pour les vêtements devraient toujours être réglées de manière à satisfaire à la fois les cinq conditions suivantes : utilité, commodité, décence, naturel et art.
Les excès, soit comme étriquement, soit comme ampleur trop grande, surtout pour les parties du corps ou s'articulent les membres, sont toujours contraires à l'une de ces cinq conditions et même à toutes les cinq.
Pour en donner deux exemples, prenons les grandes robes à crinolines monstrueuses des dames de noire bas-empire, et les robes de nos dames de 187S qui leur lient le ventre et les jambes : dans les deux cas, incommodité, indécence, opposition à la nature et mauvais goût. La bouffante crinoline avait-elle pour but de dissimuler la grossesse de la femme en-
ceinte ? c'était indécent, car la femme enceinte doit laisser voir sa grossesse pour qu'on la respecte. Avait-elle pour but de faire paraître enceintes toutes les femmes? c'était encore indécent, parce que c'est une indécence de paraître enceinte pour la fille ou la femme qui ne l'est pas. Qu'était-ce d'ailleurs , en général , que cette cloche oui transformait la dame en une monstruense pyramide? C'était une horreur. Aujourd'hui la dame française, avec cetteligature au ventre et auxjambes, n'a plus l'air que d'une cuisinière ou d'une laveuse de linge sale qui ferait en sorte, avec un tablier noué de coin, d'attirer sur le derrière toute sa robe pour la préserver des éclaboussures. L'indécence est évidente ; l'incommodité l'est également; tout manque : l'utilité, le naturel, l'art.
Voici un à peu près du vêtement de la femme, à la fois artistique, décent, naturel et beau : Le corset à longue taille, ni trop étriqué m trop ample, donnant bien la forme du buste, logeant facilement et soutenant la poitrine, se terminant autour de la naissance du col par quelque garniture plus ou moins voyante, se boutonnant par devant et s'articulant avec les manches par des plis formant le haut de celles-ci ; les manches, d'ampleur moyenne, ne dépasseront pas, en longueur, le poignet; la ceinture, en étoffe et nouée, serrant la taille au-dessus des hanches et au-dessous des côtes, marquera bien le milieu du corps ; du dessous de la ceinture et du bas du corset tombera naturellement une robe à grands et nombreux plis également espaces tout à l'entour, sans queue qui balaie la terre et sans autre rembourrage que les jupons de saison. Au-dessus du buste, et sur ce cou de cygne nu imaginez une tête de laquelle tombent, tout autour, des cheveux frises comme ceux des demoiselles anglaises; et, si la tète n'en a pas assez de sa coiffure naturelle, mettez dessus un petit chapeau à la François I", de paille pendant l'été, de feutre pendant l'hiver, bien campé sur le chef, coiffant celui-ci véritablement
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et marquant avec grâce ses gestes dégagés. Uue ce chapeau soit surmonté d'une fleur unique, sur sa branche, élégamment placée, soit la rose avec ses boutons, l'œillet avec les siens, le myosotis, ou quelque autre, toutes les fleurs sont belles. Vous aurez dans ce costume le beau et l'élégant joints à. la décence.
Pour l'homme il n'} r a de convenable, de commode et de bon goût que la culotte grecque à grands plis, depuis la taille jusqu'au genou, la veste prenant la forme du buste et s'arrêtant un peu au-dessous de la ceinture qui, comme celle de la femme, sera nouée, serrera la taille au-dessus des hanches et soutiendra seule, la culotte ; le cou sera nu comme le cou de la femme et le petit chapeau sera, comme le sien, à bords assez larges relevés un peu de chaque côté ; il ne sera pas défendu d'y ajouter la plume. Quant à la jambe, on la couvrira comme on le voudra, soit par le haut de la botte, soit par des chausses, soit par des guêtres, soit par des gamaches, soit par des bas de culotte très-amples qui feront pantalon. Mais il vaut mieux pour l'art, qu'il y ait division au genou entre la cuisse et la jambe.
Voilà, pour les deux sexes, le bon goût, le décent, l'utile, le commode et le naturel. La mode s'exercera dans ces limites à produire ses variantes pour les couleurs et pour le reste, selon les fêtes, les saisons, les fantaisies.
Le Noir.
MŒURS. Un des paradoxes que les incrédules ont soutenu de nos jours, avec le plus d'opiniâtreté, est que la religion ne contribue en rien à la pureté des mœurs, que les opinions des hommes n'influent en aucune manière sur leur conduite.
Dans ce cas, nous ne voyons pas par quel motif les philosophes peuvent être poussés à enseigner avec tant de zèle ce qu'ils appellent ta vérité. Si les opinions et les dogmes ne servent à rien pour régler la conduite, que leur importe de savoir si les hommes sont croyants ou incrédules, chrétiens ou athées ? Il est aussi absurde de
1 rècher l'impiété que d'enseigner la religion.
Pour sentir la fausseté de leur maxime, il suffit de comparer les mœurs qu'ont eues, dans les divers âges du monde, les adorateurs du vrai Dieu, avec celles des nations livrées au polythéisme et à l'idolâtrie. Le livre de la Genèse et celui de Job sont les seuls qui puissent nous donner quelque lumière sur ce point d'histoire ancienne.
Il y a certainement bien de la différence entre les mœurs des patriarches, et celles que l'Ecriture sainte nous montre chez les Egyptiens et chez les Chananéens. Abraham se rendit vénérable parmi eux, nonseulement par ses richesses et sa prospérité, mais encore par la douceur et la régularité de ses mœurs, par sa justice, son désintéressement, son humanité envers les étrangers, par sa fidélité à tenir sa parole, par son respect et sa soumission envers la Divinité. Nous voyons plus de vertu dans sa famille que dans celle de Laban, qui commençait à être infectée du polythéisme.
L'histoire 3 T remarque aussi des crimes, maisils n'yfurent pas fréquents; si les enfants de Jacob paraissent avoir été, pour la plupart, d'un assez mauvais caractère, c'est qu'il étaient nés et avaient été élevés d'abord dans la famille de Laban. Les exemples de dépravation qu'ils virent ensuite en Egypte n'étaient pas fort propres à les rendre fidèles aux anciennes vertus de leurs pères.
Job fait l'énumération de plusieurs crimes communs chez les Iduméens parmi lesquels il vivait, et qui adoraient le soleil et la lune ; il se félicite d'avoir su s'en préserver, c. 31.
Les histoires des Chinois, des Indiens, des Grecs et des Romains, s'accordent à nous peindre toutes les premières peuplades comme des hordes de sauvages, plongées dans l'ignorance et dans la barbarie, et qu'il a fallu civiliser peu à peu ; l'on sait quelles sont les mœurs des hommes dans cet état déplorable. Jamais les familles patriarcales n'y ont été réduites ; Dieu y avait pourvu, en accordant plusieurs siècles de vie
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aux chefs de ces familles : ils avaient, par ce moyen, l'avantage de pouvoir instruire et morigéner leurs descendants jusqu'à la douzième ou à la quinzième génération.
L'on nous objectera peut-être que, selon nous, toutes les anciennes peuplades connaissaient cependant le vrai Dieu et l'adoraient, puisque le polythéisme n'est pas la religion primitive. Elles le connaissaient sans doute ; mais nous n'en voyons aucune qui l'ait adoré seul, comme faisaient les patriarches. VoyezDiEU, § o.
La révélation donnée aux Hébreux par le ministère de Moïse, présente une seconde époque sous laquelle nous trouvons le même phénomène à l'égard des mœurs. Le tableau que l'abbé Fleury a tracé de celles des Israélites, est très-différent de ce qui se passait chez les nations idolâtres, et de la peinture que Moïse lui-même a faite de la corruption des Chananéens. On ne peut cependant pas accuser ce législateur d'avoir exagéré leurs crimes, pour fournir à sa nation un prétexte de les exterminer : ce soupçon, hasardé par les incrédules, est démontré faux. En effet, Moïse avertit son peuple qu'il tombera dans les mêmes désordres, toutes les fois qu'il voudra lier société avec ces nations; et la suite des événements n'a que trop confirmé sa prédiction.
Lorsque ce malheur est arrivé, les prophètes n'ont jamais manqué de reprocher aux Israélites que leurs dérèglements étaient l'effet des exemples que leur avaient donné leurs voisins, et de la fureur qu'ils avaient de les imiter. Ainsi, les déclamations mêmes que les incrédules ont faites sur les vices énormes des Juifs, sont une preuve de la dépravation des idolâtres, puisque les Juifs ne les ont contractés que par imitation, et que tous ces désordres leur étaient sévèrement défendus parleurs lois. L'auteur du livre de la Sagesse observe, avec raison, que l'idolâtrie était la source et l'assemblage de tous les crimes, Sap., c. 14, f 23.
Ceux qui voudraient en douter, peuvent s'en convaincre en lisant ce que les auteurs profanes ont dit des mœurs des différentes nations connues
à l'époque de la naissance du christianisme. Les apologistes de notre religion n'ont pas manqué de rassemblerces preuves, pour démontrer le besoin qu'il y avait d'une réforme dans les mœurs de tous les peuples, lorsque Jésus-Christ est venu sur la terre. Les poètes, les historiens, les philosophes, ont tous contribué sans le vouloir à charger les traits du tableau.
C'est surtout à cette troisième époque de la révélation, que l'influence de la religion sur les mœurs a été rendue palpablepar la révolution que le christianisme a produite dans les lois, les coutumes, les habitudes des divers peuples du monde. S'il n'avait pas fallu refondre, en quelque manière, l'humanité pour établir l'Evangile, ses premiers prédicateurs n'auraient pas éprouvé tant de résistance.
Nous ne renverrons les incrédules ni au témoignage des Pères de l'Eglise, ni aux réflexions de Bossuet dans son Discours sur l'histoire universelle, ni au livre de l'abbé Fleury, sur les Mœurs des chrétiens : tous ces titres leur sont suspects. Mais récuseront-ils la déposition des ennemis mêmes de notre religion, de Pline le Juene, de Celse, de l'empereur Antonin, de Julien, de Lucien, etc., et le témoignage qu'ils ont été forcés de rendre de la pureté des mœurs et de l'innocence de la conduite de ceux qui l'avaient embrassée ?
Pline, dans sa célèbre lettre à Trajan, ï, 10, lettre 97, atteste que, soit par la confession des chrétiens qu'il a fait mettre à la torture, soit par l'aveu de ceux qui ont apostasie, il n'a rien découvert, sinon que les chrétiens s'assemblaient en secret pour honorer leChrist comme un Dieu; qu'ils s'obligeaient par serment, non à commettre des crimes, mais à s'abstenir du vol, du brigandage, de l'adultère, de manquer à leur parole, de nier un dépôt ; qu'ils prenaient ensemble un repas innocent, et qu'ils avaient cessé leurs assemblées depuis qu'elles étaient défendues par un édit.
Celse avoue qu'il y avait parmi les chrétiens des hommes modérés, tempérants, sages, intelligents ; il ne leur
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reproche point d'autre crime que le refus d'adorer les dieux, de s'assembler malgré les lois, de chercher à persuader leur doctrine aux jeunes gens sans expérience et aux ignorants.
L'empereur Antonin, dans sonrescrit aux Etats de l'Asie, reproche aux païens obstinés à persécuter les chrétiens, que ces hommes dont ils demandent la mort, sont plus vertueux qu'eux ; il rend justice à l'innocence, au caractère pai-ible, au courage des chrétiens; il défend de les mettre à mort pour cause de religion. Saint Justin. Apol. 1, 69, 70; Èusèbe Hist.
ecclés., 1. 4, c. 13. Parmi les divers édits qui furent portés contre eux parles empereurs suivants, y en a-t-il un seul qui les accuse de quelque crime ? On n'a pas encore pu en citer.
Il y a plus ; Julien est forcé de faire leur éloge dans plusieurs de ses lettres. Il reproche aux païens d'être moins charitables et moins vertueux que les Galiléens, Il dit que leur impiété s'est accréditée dans le monde par l'hospitalité, par le soin d'enterrer les morts, par une vie réglée, par l'apparence de toutes les vertus. « Il est honteux, dit-il, que b les impies Galiléens, outre leurs » pauvres, nourrissent encore les » nôtres que nous laissons manquer » de tout. » Il aurait voulu introduire parmi les prêtres païens la même discipline et la même régularité de conduite qui régnait parmi les prêtres du christianisme, Lett. 32, à Arsace, etc.
Lucien, dans son Histoire de la mort de Pérégrin, rend justice à la charité, à la fraternité, au courage, à l'innocence des mœurs des chré.iens.
« Ils rejettent constamment, dit-il, » les dieux des Grecs ; ils n'adorent » que ce sophiste qui a été crucifié ; » ils règlent leurs mœurset leur con- » duile sur ses lois ; ils méprisent les » biens de la terre, et les mettent en » commun. »
Parmi le fragments qui nous restent des écrits de Porphyre, d'Hiéroclès, de Jamblique et des autres philosophes ennemis du christianisme et dans tout ce qu'en ont dit les Pères de l'Eglise, nous ne trouvons rien qui
nous apprenne que ces philosophes ont blâmé les mœurs des chrétiens ; ils ne leur reprochent que leur aversion pour le culte des dieux du paganisme.
Y avait-il donc quelque autre attrait que celui de la vertu, qui pût engager un païen à embrasser le christianisme? Si l'on veut comparer le génie, la croyance, les pratiques du paganisme, avec l'Evangile, on sentira que, pour changer de religion, il fallait qu'il se fît le plus grand changement dans l'esprit et dans le cœur d'un converti. Quels funestes effets ne devait pas produire sur les mœurs, une religion qui enseignait aux païens que le monde était gouverné par une multitude de génies vicieux, bizarres, capricieux, très-peu d'accord entre eux, souvent ennemis déclarés, qui ne tenaient aux hommes aucun compte des vertus morales, mais seulement de l'encens et des victimes qu'on leur offrait? Aussi le culte qu'on leur rendait était-il purement extérieur et mercenaire. On demandait aux dieux la santé, les richesses, la prospérité, l'exemption de tout malheur, souvent le moyen de satisfaire uae passion criminelle.
Les philosophes avaient décidé que la sagesse et la vertu ne sont point un don delà Divinité, mais un avantage que l'homme peut se donner à lui-même. Les vœux injustes, l'impudicité, la divination, les augures, la magie, l'effusion du sang humain, faisaient partie de la religion. Celleci, loin de régler les mœurs, était au contraire l'ouvrage de la dépravation des mo'urs. Voyez. Paganisme, § 6.
L'Evangile apprit aux hommes qu'un seul Dieu, infiniment saint, juste et sage, gouverne seul le monde, et qu'il l'a créé par sa parole; qu'il est incapable de laisser le ciirne impuni, et la vertu sans récompense; qu'il sonde les esprits et les cœurs ; qu'il voit non-seulement toutes nos actions, mais nos pensées et nos désirs; que son culte ne consiste point en vaines cérémonies, mais dans les sentiments de respect, de reconnaissance, d'amour, de confiance, de soumission à ses lois, de résignation à ses ordres; qu'il veut
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que nous l'aimions sur toutes choses, et le prochain comme nous-mêmes.
Il enseigne que la charité est la plus sublime de toutes les vertus; qu'un verre d'eau donné au nom de Jésus- Christ ne demeurera pas sans récompense; qu'il faut bénir la Providence dans les afilictions, parce qu'elles expient le péché, répriment les passions, purifient la vertu, nous rendent sensibles aux souffrances de nos semblables; que, pour être agréable à Dieu, il faut être non-seulement exempt de crime, mais orné de toutes les vertus, et que c'est Dieu qui nous rend vertueux par sa grâce.
Dès ce moment l'on cessa de regarder les pauvres comme les objets de la colère divine, et l'on comprit que c'était un devoir de les assister.
11 n'y eut plus de distinction entre un Grec et un barbare, entre un Romain et un étranger, entre un juif et un gentil. Tous rassemblés au pied d'un même autel, admis à la même table, honorés du même titre d'enfants de Dieu, sentirent qu'ils étaient frères.
Alors commença d'éclore l'héroïsme de la charité ; dans les calamités publiques on vit les chrétiens se dévouer à soulager les malades, les lépreux, les pestiférés, sans distinction entre les iidèles et les infidèles ; on en vit qui vendirent leur propre liberté pour rachetercelle d'autrui. Saint Clément, JSjJ. 1, n. 7.
Sous le paganisme, la condition des esclaves était à peu près la même que celle des bêtes de somme ; quand ils furent baptisés, on se souvint que c'étaient des hommes, et qu'il y avait de l'inhumanité à les traiter comme des brutes; qu'ils n'étaient pas faits pour repaître du spectacle de leur mort les yeux d'un peuple rassemblé dans l'amphithéâtre, ni pour périr par la faim, lorsqu'ils étaient vieux ou malades.
La polygamie et le divorce furent proscrits ou réprimés ; on mit des bornes à la puissance paternelle, le sort des enfants devint certain ; il ne fut plus permis de les tuer, de les vendre, de les exposer, de destiner les uns à l'esclavage et les autres à la prostitution.
Le despotisme des empereurs avait
été porté aux derniers excès ; Constantin ne fut pas plutôt chrétien, qu'il le borna par des lois : les guerres civiles, presque inévitables à chaque mutation de règne, n'eurent plus lieu; les empereurs ne furent plus massacrés, ni les provinces livrées au pillage des armées. « Nous devons » au christianisme, dit, Montesquieu, )■- dans le gouvernement, un certain » droit politique; dans la guerre, un » certain droit des gens, que la na- » ture humaine ne saurait assez re- » connaître, a Esprit des lois, 1. 24, c. 3. Ajoutons que nous lui devons, dans la société civile, une douceur de commerce, une confiance mutuelle, une décence et une liberté qui ne se trouvent nulle part ailleurs, et dont nous ne sentons le prix que quand nous avons comparé nos mœurs avec celles des nations infidèles.
Cette révolution ne s'est pas faite chez une ou deux nations, mais dans tous les climats, dans la Grèce et en Italie, sur les côtes et dans l'intérieur de l'Afrique, en Egypte et en Arabie, chez les Perses et chez les Scythes, dans les Gaules et en Germanie; partout où le christianisme s'est établi, tôt ou tard il a produit les mêmes effets.
On dira, sans doute, que ce phénomène n'a été que passager, qu'insensiblement les nations chrétiennes sont retombées à peu près dans le même état où elles étaient sous le paganisme. C'est de quoi nous ne conviendrons jamais, quoi qu'en disent quelques moralistes atrabilaires, qui ne se sont pas donné la peine d'examiner de près les mœurs des païens anciens ou modernes.
Nous convenons que l'inondation des Barbares, au cinquième siècle et dans les suivants, lit une révolution fâcheuse dans la religion et dans les mœurs. Mais enfin, le christianisme apprivoisa peu à peu ces conquérants farouches ; et lorsque cet orage, qui a duré pendant plusieurs siècles, a été passé, cette même religion a réparé insensiblement les ravages qu'il avait causés. Les Scythes ou Tartares, répandus en Orient, embrassèrent le mahométisme; ils ont conservé leur ignorance et leur férocité. Les Francs,
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les Bourguignons, les Gotbs, les Normands, les Lombards, n'avaient pas, dans l'origine, de meilleures mœurs que les Barbares; ils en ont changé en devenant chrétiens.
Comme on ne peut juger du bien et du mal que par comparaison, il faut commencer par faire le parallèle de nos mœurs avec celles de toutes les nations qui sont encore plongées dans l'infidélité, et il suffit de lire, pour cela, l'Esprit des usages et des coutumes des différents peuples. Lorsqu'un philosophe en sera instruit, nous le prierons de nous dire chez laquelle de toutes les nations il aimerait mieux vivre, qu'au milieu du christianisme. Plusieurs de celles qui sont aujourd'hui à demi-barbares, étaient autrefois chrétiennes ; en perdant leur religion, elles sont retombées dans l'ignorance et la corruption que la lumière de l'Evangile avait autrefois dissipées. Malgré ce fait incontestable, on vient nous dire gravement que la religion n'influe en rien sur les mœurs ni sur le sort des peuples, non plus que sur celui des particuliers; quelques incrédules ont poussé la démence jusqu'à soutenir que le christianisme a plutôt perverti que réformé les mœurs.
Lorsqu'on nous oppose l'exemple de quelques philosophes sans religion, qui ont cependant toutes les vertus morales, on ne fait qu'un sophisme puéril. Ces incrédules ont été élevés dès l'enfance, instruits et formés dans une société qui croit en Dieu ; ils sont obligés de suivre le ton des mœurs publiques : la morale dont ils font parade, et dont ils se croient les auteurs, est, dans la vérité, l'ouvrage de la religion. ■ L'auraient-ils reçue, s'ils étaient nés chez une nation qui n'eût ni Dieu, ni culte public, ni morale populaire? Toute nation qui se trouverait dans ce cas serait sauvage, barbare, sans lois, sans principes et sans mœurs : on dit qu'il y en a une de cette espèce dans les Indes ; mais l'on ajoute que ce sont des brutes plutôt que des hommes.
On ne raisonne pas mieux quand on insiste sur la multitude des chrétiens, dont la conduite est diamétralement opposée à la morale de l'E-
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vangile ; il s'ensuit seulement que la violence des passions empêche la religion d'influer sur les mœurs des particuliers aussi constamment qu'elle devrait le faire. Comme il n'est aucun homme qui soit dominé par toutes les passions, il n'en est aucun sur lequel la religion n'ait quelque empire; il la suit même sans s'en apercevoir, lorsqu'il n'est pas entraîné par la fougue d'unr passion. 11 n'y a donc jamais aucun lieu de conclure que la religion n'influe en rien sur les mœurs générales d'une nation ; il est au contraire démontré par le fait, qu'il n'y a sous le ciel aucun peuple dont les mœurs générales soient meilleures, et même aussi bonnes que celles des nations chrétiennes.
Pour sa\oir ce qu'il en est, il ne faut pas consulter des philosophes qui ont rêvé dans leur cabinet, et qui, par nécessité de système, sont intéressés à nier les faits les plus incontestables; il faut lire les relations des voyageurs qui ont fait le tour du monde, qui ont fréquenté et observé un grand nombre de nations. Tous ont éprouvé la différence énorme qu'il y a entre les mœurs des unes et des autres, et ils en rendent témoignage. Chez un peuple infidèle, un étranger est toujours dansla défiance, en danger pour son équipage et pour sa vie, livré à la merci d'un guide ou d'un homme puissant; s'il arrive parmi des chrétiens, fût-ce au bout du monde, il retrouve la sécurité, la société, la liberté; il croit être de retour dans sa patrie (t). Voyez Cintistianismb, Morale.
Beugieu.
(1) Toutes cos observations sont vraies ; pourrait" on jamais érever trop liant la bienfaisante influence de l'Evangile sur les mœurs ? Mais, pourtant, il faut éviter de tomber dans des exagérations contraires aux faits quand on rabaisse devant cette influence celle de la nature et de la philosophie, qui, au fond, est la môme et tend au même but; pour exalter les vertus du chrétien est-il besoin do mentir en dépréciant reWes de l'inlidele et colles du philosophe pur? Pour glorifier un saint Paul fautil calomnier un Socrate ? Les vertus morales sont enseignées directement à l'homme par ses instincts et par sa conscieoee, et il y a partout l'aine honnête qui écoute ces voix intérieures, et l'unie malhonnête qui les foule aux pieds. Quoi de plus admirable, par exemple, que cette bonté naturelle îles sauvages du Nouveau Monde qui recevaient si bien. Christophe Colomb et ses européens (V L'uiusxoPHa
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MOEURS ET LOIS (Théol. mixt. philos, social.) — V Lois et mœurs.
MOHAMMED, ou MAHOMET {Théol.
mixt. et hist. relig. étr. biog. et bibliog.) — Déjà nous avons fait deux études relatives à ce chef de culte, le plus étrange peut-être qui ait jamais paru dans le monde; on peut les lire aux mots Islamisme et Koiun. Nous en ferons encore une ici qui portera à la fois sur la personne, sur le livre et sur les conséquences sociales. Nous ne sommes pas de ceux qui n'ont que des pensées amères à l'égard de la nature humaine considérée surtout dans ses grands hommes. Sans doute, l'humanité présente beaucoup de laideurs; mais n'est-elle pas un chefd'œuvre de Dieu? La respecter dans tous ses grands types, c'est respecter celui qui l'a faite. Le mal lui-même qu'on rencontre en elle, n'est-il pas le produit de cette raison et de celte liberté qui sont ses titres mêmes de grandeur au-dessus des autres créatures ? Si donc nous nous montrons assez bienveillant envers Mohammed, quoiqu'il soit peut-être, avec Manou, celui de tous les génies de son espèce qui nous mette le plus souvent en colère, que l'on sache nous comprendre et que l'on ne prenne pas pour une partialité particulière ce qui n'est qu'un esprit général de justice. Il y a dans cet homme de grandes et belles choses à côté de ses accès les plus hideux de fanatisme et d'intolérance; ce n'est point, comme on l'a dit, un simple imposteur ; c'est plutôt un visionnaire convaincu et, somme toute, de bonne foi ; autrement, d'ailleurs, comment comprendrait-on qu'il eût entraîné à la religion du prophète une société de cents millions d'âmes qui, depuis
Colomb), et quoi de plus hideux que cette perfidie et cette dépravation des chrétiens leurs conquérants qui n'allèrent guère faire antre chose parmi eux que leur inoculer leurs vices, ou les massacrer ? Il y a, en tout, du pour et du contre, dès qu'on se jette dans l'appréciation des faits humains; les principes senls sont purs ; ceux de l'Evangile et ceux de la raison naturelle sont identiques ; et il n'est rien dont l'homme pratique n'use et n'abuse tout à la fois. Pour être un apologiste intelligent et invincible, il faut savoir se maintenir dans un sage milieu.
Le Nom.
mille ans, lui est fidèle au point de ne présenter presque aucun transfuge? « Mahomet, dit M. Haneberg dans le Bict. encycl. de la théol. cathol.
se recueillait souvent en lui-même pour méditer (1); il était peut-être atteint d'une affection nerveuse (2) ; et il devint peu à peu visionnaire.
Les visions involontaires*auxquellea il était sujet, ses hallucinations maladives furent pour lui des réalités qui expliquent sa conduite de fondateur de culte. Il montra trop de désintéressement, d'enthousiasme et de patience dans ses traverses, pour qu'on ne puisse voir en lui qu'un pur imposteur»... Le même dit encore, à propos de la fameuse vision qu'il appela son voyage céleste : « Il se crut littéralement ravi au ciel... et quel que soit le jugement des psychologues à cet égard, il est certain qu'à dater de ce moment, Mahomet n'eut plus aucun doute, aucune hésitation. » On a porté, dit-il encore, toutes sortes de jugements sur Mahomet. Tout esprit impartial reconnaîtra qu'il n'y a pas eu, dans l'histoire, d'homme à tempérament mélancolique, ayant fait preuve d'une plus grande énergie et de plus d'activité. Il parut persuadé lui-même de sa mission, puisque de temps à autre il recourut à des révélations dans le but de publier des aventures avec ses femmes (3), car il était devenu d'une sensualité extrême depuis la mort de Chadidscha (4). A dater de sa fuite de la Mecque, il fut toujours très-sévère à l'égard des ennemis de l'Islam ; il était convaincu que le but qu'il poursuivait sanctifiait les moyens qu'il employait par l'obtenir . Hammer prouve qu'il souilla sa main de plusieurs meurtres (5). Il était simple dans ses besoins, excepté en ce qui regardait les femmes. En somme, ce
(!) C'est ce qu'il faisait dans la solitude du moût Hora (Abulfeda I p. 26).
(2 ) Z mare en Hait un épiloptique,
(3) Hammerp. 19b Sura 66, 1-6. Sura 24, 4 et 5. Weil, Introd. p. 36.
(4) Outre sa fidèle Kadischa ou Chadidsclia qu'il avait épousée à l'âge de vingt-six ans, qu'il perdit à l'Age d'environ quarante-cinq ans, et qui eut une grande influence morale sur lui, flluhomet avait dix femmes et plusieurs esclaves qui jouissaient des mêmes privilèges. (Weil, Introd. p. 33.)
15) Hammer, p. 111, 121, 130, 135.
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fut un grand mais terrible caractère, le modèle du plus atroce fanatisme religieux qui ait jamais paru. »
Ce fut à Page de quarante ans, après seize années de mariage avec Kadischa, qu'il eut cette première vision sur le Mont-Hora : l'ange Gabriel lui présentait un écrit et lui disait :
« Lis. » Mohammed surpris hésitait ; l'apparition s'avança jusqu'au milieu de la montagne et s'écria : « Mohammed, tu es l'envoyé de Dieu ; je suis Gabriel (1). » 11 revint triste et abattu.
Le cousin de sa fidèle épouse, Waraka ou Werka, qui était prêtre chrétien, de la secte des Ncstoriens à ce qu'il parait, et qui avait traduit en arabe les deux testaments, releva son courage par l'entremise de Kadischa, et ce fut de ce moment qu'il entraîna quelques conversions par la prédication, malgré des persécutions et des exils. Cinq ans plus tard, il n'avait encore pour disciples que quelques hommes influents, tels qu'Omar et Hamza, avec des membres de sa famille ; il perdit alors son épouse et son oncle Abou-Taleb, qui étaient ses consolateurs; et il continua de prêcher à peu près en vain dans les marchés; mais au milieu du grand vide où ces pertes et ses insuccès plongèrent son âme, voilà que lui arrive tout à coup cette fameuse vision du Voyage céleste (2) ; et c'est alors que Mohammed déploya son énergie, malgré les persécutions qui l'obligèrent à fuir de la Mekke àMédine, l'an 622, date de l'Hégire. Il avait alors cinquante ans, et ce fut pendant son séjour de dix ans à Médine que se formula sa doctrine et se fonda l'islamisme.
Voilàlerésumé général. Maintenant étudions Mohammed comme homme et fondateur de culte, comme auteur du Koran, et dans ce que nous appellerons son socialisme. Sous ce dernier rapport nous ne le ménagerons pas.
I. Suivons d'abord la biographie de Mohammed autant qu'on le connaît jusqu'à ce jour, d'après le Koran, la Sonna (tradition) et le peu qu'on
fl) Sura 8«.
(î;Suca IJ, 17,72, 53>
a recueilli dans les collections de Bochari, Muslim et autres, collections qui n'ont pas encore été sérieusem nt scrutées, malgré l'intérêt qu'elles présentent.
Le nom de Mohammed, dont on a fait Mahomet dans notre Occident, se contracte quelquefois en Ahmed. On donne aussi à Mohammed le surnom d'Abou-el-Kacem (père de Kacem).
Mohammedqae les Allemands écrheai aussi Muhammed et Muhamed, signifie digne de louange, notable, considérable; ce mot est aussi, d'après de Hammer, à peu près l'équivalent de celui du Paraclet de l'Evangile.
Mohammed naquit à la Mekke de ">f!9 à 571. Aminah, la plus belle et la plus vertueuse fille de sa tribu fut sa mère.
Abd-Allah son père mourut avant sa naissance et il fut recueilli par le père d'Abd-Allah. Ce dernier étant mort, il fut confié, à l'âge de neuf ans, à Altou-Taleb,sononclepaternel. Quand Mohammed eut douze ans, Abou-Taleb le mena en Syrie. Dans le voyage, la caravane fut hébergée à Bosra, par le moine Djerdis (Georges) qui, dit-on, annonça au jjune homme sa grandeur future. Il se faisait remarquer par sa gravité, sa régularité, l'élégance de sa parole et par sa probité qui lui valut le surnom à! Amiu (l'intègre). A vingt-cinq ans Mohammed accompagna une riche veuve nommée Khadidjab, dans un voyage pour affaires en Syrie. Ce voyage ayant rapporté des bénéfices considérables, et Khadidjab s'étaut éprise des qualités du beau Mekkois, cette Khadidjha ou Kadischa en fit son époux; elle lui donna dois garçons qui moururent, et quatre filles qui virent l'établissement de l'islam.
L'état religieux de l'Arabie consistait alors dans un mélange de judaïsme, de sabaïsme et de christianisme. Trois passions la dominaient :
celle de la ppésie, celle de la nob esse et celle des combats. Mohammed exploitera ces trois forces, soit avec une profonde habileté, soit par un débordement puissant d'instincts naturels qui leur correspondaient. 11 y avait aussi en Arabie une antique tradition i di«ai1 qu'un jour viendrai w\ l,i- Sèrateor oui sswperaiC les peuples; et
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cettetraditionneluifutpas inutile (1).
A quarante ans, Mohammed était un bel et vigoureux Arabe qui allait rêver dans la grotte de Hira ou Hora.
Bientôt il proclame sa mission, disant que Jésus avait prêché à l'âge de quarante ans; les chapitres duKoran lui étaient, de temps à autre, envoyés du ciel.
Khadidja, sa femme, et Ali, jeune Arahe de onze ans, qui deviendra son disciple le plus ardent et son gendre, en épousant sa fille Fatimàh, sont ses premiers prosélytes. Quelque temps après, Abou-Bekr les imite, et entraîne plusieurs conversions. Les adepies gardent le secret durant trois années, et, ce temps résolu, prêchent au grand jour.
Le prophète donne à dîner à quarante convives avec un pot de lait et un gigot su r du blé cuit, repas miraculeux qui ne lui attire que des sarcasmes. Il attaque le culte des Arabes; ceux-ci entrent en fureur, mais il veut réussir ou succomber : il parle comme ayant puissance. On décrète sa mort, et un jour il s'en faut peu qu'il ne soit étranglé.
Sa ténacité est invincible.
On lui demande des miracles; il les refuse, disant que sa mission n'est que de transmettre ce qui lui est révélé.
En 615, plusieurs de ses disciples sont obligés de fuir en Abyssinie; il perd sa femme et Abou-Taleb ; luimême se retire à Taïf, et y est reçu à coups de pierre ; il retourne à la Mekke et s'arrête sur le mont Hira.
Quelques Koréichides s'engagent à lui servir d'escorte, et il entre dans la ville. Il cesse, dès lors, d'attaquer les idoles et emploie, dans sa prédication, plus de modération et d'adresse.
C'est alors qu'il épouse deux femmes, et qu'il fait son voyage nocturne sur un hippogriffe jusqu'au trône de Dieu, où il converse avec Abraham.
Serment de le protéger par les armes lui est prêté parles Hhazradji; mais sa vie est de nouveau en danger à la Mekke; ses disciples se retirent
(l}BoulainTiUiera, Yiede Mahomet^iv. ll,p. 184.
à Médine ; il reste seul avec Ali et Abou-Bekr; sa mort est résolue, et des assassins vont en finir avec le prophète. Mais, averti à temps, il fuit et se cache dans une caverne du Mont Tour, où il a soin de pénétrer à plat ventre pour ne point abattre les toiles d'araignées, dont la présence empêche, en effet , ceux qui le poursuivent, d'entrerdans la caverne.
Il court à Médine, avec deux chamelles pour monture. On l'y reçoit d'enthousiasme le 26 juin 622; et c'est de ce jour, en l'antidatant toutefois de deux mois et demi, pour le reporter au commencement de l'année, que le calife Omar, dix-sept ans après, fera partir l'ère musulmane, ou l'Hégire (hedjirah, fuite).
Mohammed travaille de ses propres mains à élever la première mosquée, dans la ville de Médine, au lieu même où s'est agenouillée sa chamelle pour le descendre. Cette mosquée existe encore. C'est de ce moment que sa puissance s'étend sans mesure.
Voici la charte de l'union musulmane, qu'il donna à la Mekke.
« Tous les musulmans issus de Coréich ou d'Aus et de Khayradj, et tous les individus, de quelque origine qu'ils soient qui font cause commune avec eux, forment un seul et même corps de nation.
» Un musulman ne tuera point un musulman pour venger la mort d'un infidèle.
» Un musulman ne prendra point le parti d'un infidèle contre un musulman.
» Le croyant puissant doit respecter dans le faible la protection de Dieu, qui couvre également tous les musulmans.
» Les croyants sont tous les alliés les uus des autres. Cette alliance est plus étroite que toutes celles qu'ils pourraient avoir avec des hommes étrangers à leur religion.
» L'état de paix ou de guerre est commun à tous les musulmans; nul d'entre eux n'a le droit de conclure de paix particulière avec les ennemis de ses coreligionnaires.
» Tous les vrais croyants doivent frapper de réprobation l'auteur d'un crime, d'une injustice, d'un désordre.
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Nul ne soutiendra le coupable, fût-il son plus proche parent.
» Toute contestation qui pourrait surgir à l'avenir entre ceux qui acceptent la présente charte, sera soumise à la décision de Dieu et de Mohammed. »
Dans ce pacte d'union juré et maintenu au grand jour, git tout le mystère de l'établissement de l'islamisme.
Mohammed livre son premier combat sanglant contre ses compatriotes, les Mekkois; il commandait 414 hommes. Pendant qu'on se battait, il priait dans une caverne, à l'abri des flèches; mais voici qu'il s'élance tout à coup au-devant des traits, criant, comme un inspiré, qu'il voit l'ange Gabriel à cheval ; ses musulmans sont transportés, et il remporte la victoire.
Il livre une foule de combats de ce genre. Un jour il est blessé, renversé de cheval, et vaincu. Une autre fois, tous ses soldats ont fui, il reste seul résolu à se faire massacrer par les ennemis; mais quelques fidèles étant revenus, la chance tourne, il est vainqueur.
Dans les combats avec les Coréischites, il disait à ses gens : « Quiconque d'entre vous combattra vaillamment aujourd'hui et mourra des blessures reçues par devant, ira en paradis, n — « Quoi, dit un musulman nommé Omayr, il ne faut pour entrer en paradis que d'être tué par ces gens-là! » et jetant les dattes qu'il tenait à la main, il tire son sabre, se jette dans la mêlée et se fait tuer.
« Quelle action, ditunautrenommé Auf, fils de Harith, peut obtenir de Dieu un sourire de contentement?» — Mohammed répond : « Celle du guerrier qui s'enfonce dans les rangs ennemis sans autre armure que sa foi. « — Et aussitôt, il jette là sa cuirasse, se précipite au miliea des Coréischites et y périt.
A la bataille d'Othod, victoire d'abord, puis déroute, Mohammed est terrassé et près d'être tué; les siens le couvrent de leurs corps; il est ensanglanté; il dit : — « Comment des impies qui ont ensanglanté le visage de leur prophète pourraient-ils prospérer? » — Un musulman suce le
sang de ses blessures et l'avale : — « Celui qui mêle mon sang avec le sien, dit le prophète, ne sera pas atteint par le feu de l'enfer. » — Mohammed rentre en maître dans la Mekke : « Eh bien ! dit-il à Abou- Sosyan, chef des sceptiques de cette ville, confesses-tu maintenant qu'il n'y a d'autre Dieu qu'Allah? » — « Oui! » répond le sceptique, — « Ne confesseras-tu pas aussi que je. suis l'envoyé d'Allah? » — « Pardonne à ma sincérité, mais sur ce point, je conserve encore quelques doutes. » — Mohammed se contenta, pour représailles, de faire abattre les 300 idoles de la Caaba, et de dire aux Mekkois :
«11 n'y a point d'autre Dieu qu'Allah !
Allah n'a pas d'associé. Allah a rempli ses promesses et fait triompher son serviteur ; plus d'orgueil fondé sur les ancêtres; tous les hommes sont enfants d'Adam ; or Adam a été formé de poussière. Le but commun de notre existence est une société fraternelle. »
Aux funérailles de cette bataille d'Othod, Mohammed criait pendant qu'on enterrait les morts : — « Enterrez-les sans laver leur sang; ils paraîtront au jour de la résurrection avec leurs blessures saignantes, qui exhaleront l'odeur du musc, et je témoignerai qu'ils ont péri martyrs de leur foi . »
Voyant, après la même bataille, son oncle Homza mutilé d'une manière atroce, Mohammed s'écrie : — « Si quelque jour Dieu m'accorde la victoire sur les Coréischites, j'en sacrifierai trente, en punition de ces atrocités. » — Puis il réfléchit. Et le ciel lui envoie ce verset du Coran : « Vous pouvez traiter vos ennemis comme ils vous ont traités; cependant il est plus méritoire de supporter le mal avec patience. » — Ce qui ne l'empêche pas de dire ailleurs : « Quiconque agira violemment contre vous, agissez de même contre lui »
En 626 il remporte une victoire sur les Juifs. Sept cents d'entre eux sont transportés à Médine et égorgés.
Mohammed écrit au roi de Perse pour l'eugager à devenir son disciple, et signe : Mohammed, apôtre de Dieu.
Le Kosroës déchira la lettre : « Que son royaume, dit Mohammed en l'ap-
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prenant, soit ainsi déchiré. » C'est ce qui.arriva plus tard.
Il fait la même démarche auprès duroi d'Ab3 r ssinie, qui accepte l'islam, et auprès du gouverneur de l'Egypte qui conserve sa foi de chrétien jacobite, mais lui envoie des présents et deux jeunes tilles coptes dont il prend la plus belle pour concubine.
Les Juifs restent ses plus implacables ennemis. Après la bataille de Khaybar, où ils sont vaincus, une femme juive lui sert une brebis empoisonnée; il en prend une bouchée et la rejette. Ceux qui en mangèrent en moururent. 11 s'en ressenlit toute sa vie. Malgré tout, il pardonna à la juive.
Mohammed exécute avec deux cents hommes et cent cavaliers son pèlerinageà la Mekke; et l'on se converlit par crainte, dans la ville.
Il continue d'envoyer des messages à tous les princes.
Il perd la bataille de Mouta coirlre Théodore,licutenantd'IIêraclius,mais les tribus viennent se soumettre.
Il prend la Mekke avec dix mille hommes, les idoles sont abattues, il proclame une amnistie et se fait prêter serment d'obéissance par la population.
Alors ce ne sont plus que députalions et soumissions. Les chrétiens du Nedjran, avec leur clergé, sont obligés, disent les musulmans, de s'avouer vaincus dans des discussions théologiques ; et Mohammed envoie des missionnaires pour instruire.
Cependant le Koran n'avait jamais cessé de descendre du ciel, morceau par morceau, depuis vingt ans, les jours où le prophète en avait besoin.
Un grand pèlerinage est résolu pour consacrer la Mekke , et clore la mission de l'envoyé de Dieu. On accourt de toutes parts. Entrée solennelle. Discours d'adieu aux hommes. Le lendemain sacrilice de soixante-trois chameaux, et liberté rendue à soixante-trois esclaves.
Mohammed avait soixante-trois ans.
Il revient à Médine et tombe malade. Parmi les gouverneurs établis, trois se révoltent. El-Assouad, qui a élé établi à Sana, est le plus redoutable. Un habile éuiisssaire trouve
moyen de se saisir de sa personne et le décapite. Mohammed disait alors :
« Deux choses au monde ont eu de l'attrait pour moi : les femmes et les parfums; mais je ne trouve de félicité pure que dans la prière. »
Deux jours après la nouvelle de la réussite du g;iet-à-pens contre le traître El-Assouad, Mohammed parait encore à la mosquée. C'est le 8 juin 032. Il dit au peuple : « Musulmans, si j'ai frappé quelqu'un de vous, voici mon dos, qu'il me frappe : si quelqu'un a été outragé par moi, qu'ilme rende injure pour injure! si j'ai pris à quelqu'un son bien, tout ce que je possède est à sa disposition. « — Un homme se lève et réclame une dette de trois dragmes : — « Mieux vaut, dit le prophète, la honte dans ce monde que dans l'autre. — » Et il paye aussitôt les trois dragmes.
Il rentre chez lui épuisé de fatigue, et, sentant la mort approcher, il pense aux autres gouverneurs révoltés, et dit ces sombres paroles :
« L'enfoa' s'enflamme, la révolte est proche; c'est la dernière partie d'une sombre nuit. Mais, par Dieu, vous ne pourrez m'en accuser ; je n'ai permis que ce que permet le Koran et n'ai défendu que ce qu'il défend. » Puis il pose la tète s ur les genoux de sa chère Aichah. Cette tète s'appesantit.
Aichah regarde. Mohammed était mort.
On lui creusa un tombeau sur la place même où il venait de rendre le dernier soupir; on l'embauma, On lui fit de belles funérailles ; et Abou-Beckr fut nommé calife, c'està-dire le représentant du prophète sur la terre. Neuf de ses femmes vivaient encore. Elles restèrent veuves et furent appelées les mères des musulmans. Ali et Omar devinrent bientôt les chefs de deux sectes musulmanes qui sont restées ennemies comme le furent leurs pères.
« En quoi consiste l'islam, » avait demandé à Mohammed un bédouin, qui était « un ange déguisé. » Mohammed avaitrépondu : « A professer qu'il n'y a qu'un seul Allah et que je suis son prophète ; à observer strictement les heures de la prière, à
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donner l'aumône, à jeûner le mois de ramadhan, et à accomplir, si on le peut, le pèlerinage de la Mekke. »
— « C'est cela même », avait repris Gabriel.
On sait que la prière est rappelée, depuis dix. siècles, cinq fois par jour, au nom d'Allah et de son prophète Mohammed, par la voix du muezzim du haut des minarets, que le jeûne du ramadhan est pratiqué par cent millions de musulmans, que l'aumône n'est pas plus négligée parmi eux qu'ailleurs, et que tout musulman qui le peut, fait au moins une fois en sa vie le pèlerinage de la Mekke.
II. Mohammed se donne partout dans son livre comme le continuateur ou successeur d'Adam, d'Abraham, dTsmaël, de Moïse, de David et surtout de Jésus, qu'il respecte comme le plus grand de tous les prophètes.
Le Koran renferme douze mille paroles. Les chapitres sont appelés Azoares ou Savate, Suras, Sures, etc.
Il y a des éditions arabes qui en renferment 124 et d'autres Ili.
Mohammed reprend toutes les histoires de la Bible et les raconte à sa manière. Presque toujours elles perdent beaucoup en naturel eten grâce. Quelquefois elles restent belles. En général il n'invente rien; il fait seulement un amalgame de judaïsme, de christianisme, d'un peu de sabaïsme, de mazdéisme et même de paganisme, dans lequel c'est le judaïsme qui reste dominant; c'est ce qui devait être, puisque le point fondamental de sa religion, c'est le monothéisme avec une négation du polythéisme poussée jusqu'à celle du trinilhéisme chrétien, sous prétexte detrithéisme Cette exclusion du dogme de la trinité, le plus profond, le plus philosophique et le plus beau de tous les dogmes, quoiqu'il fût présenté à Mohammed, non-seulement par l'évangile, dont il ne fait que de magnifiques éloges, mais encore par toutes les religions les plus antiques de l'Asie, est une preuve de la médiocrité du prophète arabe au point de vue de la raison et de la poésie philosophique.
Tous les chapitres du Koran commencent par ces mots : « Au nom de
Dieu clément et miséricordieux. » Un seul fait exception à cette règle.
11 yena beaucoup qui parlent d'une manière sublime de la grandeur de Dieu ; on peut citer en particulier celui qui est intitulé le tonnerre; et d'autres, d'une manière admirable de l'amour du prochain.
Les titres sont simples, pris dans la nature et pleins de poésie. Un chapitre porte en tête la fourmi, un autre les abeilles, un autre l'araignée, un autre le dieu du matin, etc. etc.
D'après les Arabes, le Koran est éternel. Il repose dans l'essence inlinie. La première copie en était déposée auprès du trône de Dieu sur une table immense. La preuve? C'est que Mohammed ne savait ni lire ni écrire.
Mohammed prétend que la Bible et l'évangile annonçaient sa venue et que les chrétiens les ont altérés en enlevant les passages les plus clairs dont il était l'objet.
Il n'y a pas à se tromper sur la doctrine de Mohammed à l'égard du Christ. Malgré tout le bien qu'il en dit, et quoiqu'il en parle en termes beaucoup plus magnifiques que d'aucun prophète, le Christ n'est à ses yeux qu'un envoyé de Dieu. On a eu tort de s'autoriser de quelques phrases pour le compter parmi ceux qui ont proclamé la divinité de Jésus- Christ.
apôtre de Dieu. »
e Messie qu'on atten-
l'àmc, la force, la vertu de Dieu l'a assisté en
a Jésus est
« Jésus est dait. »
« Jésus est de Dieu. »
« L'esprit toutes choses. »
« Jésus est plus grand qu'Abraham, que Moïse et qu'Ismaël, plus grand que Mohammed. »
« La Vierge sa mère a été la plus pure, la plus sainte, la plus brillante des femmes. »
« Jésus fut conçu dans le sein de Marie par un souffle divin. »
« Jean-Baptiste, précurseur de Jésus, né par miracle d'une mère stérile et d'un père décrépit, fut un grand prophète. »
« Les Juifs croiront un jour en Jésus. »
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« L'Evangile est la parole de Jésus et n'a rien que de vrai. »
« Jésus est venu sur la terre revêtu de la puissance de Dieu. »
« Il fut dit à Marie par les anges que le fils qui naîtra d'elle ressuscitera les morts, fera voir les aveugles, fera parler les muets, guérira les lépreux, et sera le créateur des oiseaux qui voleront dans les airs. »
« Jésus est le Verbe de Dieu, que Dieu jeta dans Marie. »
« Jésus est un espritvenantde Dieu; mais ne dites point : il y a trinilé. »
« Les anges annoncent à Marie qu'elle concevra Jésus sans l'opération de l'homme. C'est ainsi, dit l'ange, que Dieu crée ce qu'il veut. Il dit :
Sois, et il est. »
« Dieu dit à Jésus : As-tu jamais dit aux hommes de prendre pour dieux toi et ta mère? Jésus répond :
Loin de ta gloire ce blasphème. Comment aurai-je pu dire ce qui n'est pas ?.... Je leur ai dit ce que tu m'as ordouné de leur dire : Adorez .mon
Seigneur et le vôtre si tu les punis,
tu en as le droit, car ils sont tes esclaves. Si tu leur pardonnes, tu en es le maître, car tu es puissant et sage. »
« Infidèle est celui qui dit : Dieu c'est leMessie, fils de Marie; infidèle est celui qui dit : Dieu est en trois. »
Il est facile de voir que Mohammed faisait ce qu'il pouvait pour concilier les paroles de l'Evangile qui concernent la divinité du Christ avec sa théorie et qu'il les prenait, en les répétant, dans un sens compatible avec l'idée d'un grand prophète.
Quantàla naissance de Jésus-Christ sans le concours d'un père, Mohammed parait bien la donner comme telle en plusieurs endroits, et nous n'avons pas souvenance d'avoir rencontré dans le Koran un seul mot de contradiction à ce sujet.
Jésus, d'après Mohammed, n'a pas été tué. C'est un autre qui le fut à sa place. Cette affirmation serait-elle une précaution pour disposer le peuple à ne point exiger qu'il ressuscitât? On pourrait le croire puisqu'il alfecte tant de se comparer à Jésus- Christ.
Mohammed, est-il dit quelquefois, ne fait pas de miracles. Moïse et Jé-
sus en ont fait bien assez. Il cite seulement à la lin quelques révélations qui lui furent faites dans son voyage nocturne sur le cheval ailé, et le fait d'avoir deviné qu'une de ses femmes avait trahi un secret qu'il lui avait confié.
Le style de Mohammed était de nature à passionner les populations de l'Arabie. On le comprend quand on le lit, et mieux encore quand on pense que beaucoup de ses chapitres sont de vrais morceaux lyriques, en vers rimes, à périodes courtes et pleines d'harmonie.
Mohammed s'écrie en parlant de Dieu :
a II est le Dieu créateur et formateur.
» Il a tiré tout du néant.
» Les plus beaux noms sont ses attributs.
» Tous les êtres au ciel et sur la terre célèbrent ses louanges. »
Il dit « que chaque homme a deux anges toujours assis l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, et sans cesse occupés d'écrire tout ce qu'il pense, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait. »
Ce sont partout de ces idées sensibles etfrappantes. C'est le mérite du Koran qui est d'ailleurs aussi dépourvu du rationalisme des Chinois que de la poésie philosophique, vaporeuse et mystique des Hindous.
Voici les points principaux de la dogmatique du Koran :
Un seul Dieu clément et miséricordieux, qualifications très-mensongères pour un livre qui fait partout de Dieu un vrai tyran.
Mohammed son prophète.
Anges bons et mauvais, ayant des corps subtils.
Anges gardiens qui s'entendent et se relaient chaque jour pour écrire nos actions.
Génies intermédiaires entre les anges et les hommes.
Le diable porte le nom à'Eblie, désespoir; il fut chassé du ciel pour ne s'être pas prosterné devant Adam.
Résurrection et jugement dernier.
Les signes de la résurrection seront la diminution de la foi, l'élévation des petits, l'excès dans la sensualité, le tonnerre et les éclairs, la guerre
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avec les Turcs, mille calamités, le refus du tribut de la part des Syriens, le lever du soleil à l'occident, l'apparition d'une bête, la guerre avec les Grecs , l'anteclirist , la descente du Christ, la guerre avec les Juifs, une fumée qui couvrira la terre , des éclipses, des animaux qui parleront, etc.
Le jugement dernier durera, dit Mohammed en un endroit, sis mille ans, et dans un autre, dis mille ans.
Les animaux ressusciteront comme les hommes.
Le plus inesorable fatalisme règne sur toutes les pages du Koran.
« Celui que Dieu dirige est bien dirigé ; celui qu'il égare est bien perdu. »
« Celui que Dieu égarera ne trouvera pas de guide. Dieu le laissera errant sans connaissance. »
« Si Dieu voulait, tous les hommes croiraient; eaux contre lesquels la parole de Dieu se prononce ne croiront pas. »
o Si Dieu avait voulu, il aurait fait de vous un seul peuple ; mais il égare celui qu'il veut et dirige celui qu'il veut. »
« Dieu égare celui qu'il veut; il conduit celui qu'il veut dans le sentier droit. »
« Quiconque Dieu égare, on ne saurait lui trouver ni patron, ni guide. »
« Il y a une nuit dans l'année où tout ce qui doit arriver l'année suivante est décrété et fixé. » Les Musulmans croient que c'est la nuit du 23 au 24 du ramadan.
Voici les paroles que Mohammed met dans la bouche de Dieu.
« Nous avons créé pour la géhenne un grand nombre d'hommes et de génie qui ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent rien, qui ont des yeux avec lesquels ils ne voient rien, qui ont des oreilles avec lesquelles ils n'entendent rien ; ils .sont comme les brutes; ils s'égarent plus que les brutes. »
Dieu dit encore : « Nous avons attaché à chaque homme son oiseau au cou » (l'oiseau c'est la destinée.)
Le fatalisme et la prédestination absolue pour le mal comme pour le tien sont enseignés dans le Koran
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de la manière la plus évidente. Ce n'est point à tort qu'on lui a depuis longtemps fait ce reproche ; mais des théologiens musulmans se sont appliqués à imaginer des distinctions subtiles dans le but d'adoucir cette rigueur.
Le Koran est inexorable pour les infidèles dans cette vie et dans l'autre. Il répète sans cesse : « Le paradis pour les croyants, le feu pour les infidèles. »
« Point de violence en fait de religion, » est-il dit dans le premier chapitre, et plus loin il n'est question que d'exterminer ceux qui ne croiront pas. Quand Mohammed écrivait les premiers chapitres, il ne pensait pas encore à faire la guerre, ou plutôt il ne l'avait pas encore faite, n'ayant pas la force à sa disposition.
« O prophète, fais la guerre aux infidèles et aux hypocrites, sois sévère à leur égard. La géhenne sera leur demeure, quel détestable se.
jour ! »
Ceux auxquels Mohammed prédit le* plus horribles supplices de l'enfer sonttous ceuxqui médiront du Koran, disant que c'est l'œuvre d'un homme.
Ses tableaux de l'enfer sont épouvantables ; ils finissent souvent par ce refrain: quel détestable séjour.!
Il divise l'enfer en sept étages; on y souffre par le feu et par le froid ; il est éternel pour les infidèles; il n'est qu'à temps pour les croyants coupables.
On y sera abreuvé d'eau bouillante qui déchirera les entrailles, etc., etc.
Les croyants sont ceux qui croient en Dieu et en lui, Mohammed, prophète et apôtre de Dieu.
Il y en a qui disent qu'il a inventé le Koran; mais il les défie de prouver jamais un pareil discours.
« Les réprouvés, dit le prophète, seront précipités dans le feu, et ils y demeureront éternellement, à moins que Dieu ne veuille mettre fin à leur torture. »
Les descriptions de l'enfer et du ciel des chapitres 55 et 56 sont trèsbelles. Mais où Mohammed est singulier jusqu'à en être plaisant, c'est dans les descriptions de son paradis.
« Ce sont de beaux jardins où cou»
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lent des fleuves superbes, où une nature, plus féconde que la nôtre, répand des fleurs et des parfums. ,>
« S'y promènent des femmes exemptes de souillure, pour faire le bonheur des élus. »
« On y mangera, sans cesser d'avoir faim, les meilleurs mets. »
« On y boira du vin à volonté. »
« Le paradis sera plei» de vierges jeunes et belles aux yeux noirs. »
« Les femmes y seront à discrétion et tellement belles qu'il est impossible de s'en faire une idée. »
« On y aura des domestiques sans nombre. »
« La félicité y sera proportionnée au mérite. »
« On écoutera avec transport la voix ravissante de l'ange Israfil, celle des belles femmes, et celle des arbres qui chanteront aussi. »
« Chacun aura des possessions occupant un espace de mille ans d?
chemin ; et le possesseur de ces belles campagnes, en quelque lieu qu'il se repose, en découvrira toute l'étendue . •»
Mohammed dit toutes ces choses avec un ton sérieux qui laisse à penser qu'il les prend pour des réalités.
« Parmi ceux qui pratiquent la religion, hommes et femmes, dit le prophète, entreront en paradis. »
Cependant, il explique, en plusieurs endroits, que les femmes ne seront pas dans le paradis des hommes, ni dans le même enfer. Leur enfer sera terrible aussi, et leur ciel très-beau et du même genre. Mais il ne parle en aucun lieu d'amants qui seraient créés pour elles comme ces amantes dont il discourt si bien, qui seront faites pour les hommes.
On voit que, dans la vie future de Mohammed, les hommes et les femmes de cette vie seront séparées. On ne comprendrait guère qu'il eût ainsi heurté les sentiments d'attachement et de consanguinité des deux sexes s'il n'avait trecivé dans son peuple un vieuxpréjugé contre la femme, qui en faisait un être à part, un pur instrument sans participation aux grandeurs de l'être masculin.
C'est ce qui explique encore comment il ordonne aux maris de battre
leurs femmes quand elles n'obéissent pas.
Voici comment Chateaubriand a décrit le ciel de Mohammed.
« Mahomet promet d'autres jouissances. Son paradis est une terre de musc et de la plus pure fariue de froment, qu'arrosent le fleuve de vie et l'acawtar, rivière qui prend sa source sous les racines du tuba, ou l'arbre du bonheur. Des fontaines dont les grottes sont d'ambre gris et les bords d'aloès , murmurent sous des palmiers d'or. Sur les rives d'un lac quadrangulaire reposent mille coupes faites d'étoiles, dont les âmes prédestinées se servent pour puiser l'onde. Les élus assis sur des tapis de soie, à l'entrée de leurs tentes, mangent le globe de la terre, transformé, par Allah, en un merveilleux gâteau. Des eunuques et soixante-douze filles aux yeux noirs leur servent dans trois cents plats d'or le poisson Nun, et les côtes du buffle Bâlam ; l'ange Israfil chante de beaux cantiques ; les houm mêlent leurs voix à ses concerts , et les âmes des poètes vertueux retirées dans la glotte de certains oiseaux qui voltigent sur l'arbre du bonheur, accompagnent le cœur céleste. Cependant des cloches de cristal, suspendues aux palmiers d'or, sont mélodieusement agitées par un vent sorti du trône de Dieu. » (Génie du christ. I p. li. vi. ch.' 6.)
Le génie poétique de Chateaubriand n'a point enrichi celui àe Mohammed; la brillante naïveté du Koran sur cette matière ne saurait être égalée.
III. Le socialisme de Mohammed est un mélange de morale théocratique et de morale purement humaine, qui ne pouvait engendrer qu'une fixation de l'humanité dans le désordre même.
Dans le chapitre 33, $ 47 et suivants, Mohammed met naïvement dans la bouche de Dieu des paroles comme celles-ci :
» A toi. Mohammed rien n'est défendu du côté des femmes, pourvu que tu ne dépasses pas certaines limites : tu peux en épouser autant que tu voudras ; tu peux épouser celles que tu voudras : c'est un privilège sur les autres croyants. »
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Mohammed s'accordait, en effet, toutes les telles filles dont il avait envie. Il eut jusqu'à quinze femmes.
Quant aux autres croyants, il leur permctd'en posséder quatre ; et même autant qu'ils en pourront nourrir. Il ne trouve aucun mal à ce que les maîtres jouissent, comme il leur plaira, des filles esclaves qu'ils auront acquises.
Partout il prêche la guerre sainte.
La prière est la clé du paradis.
L'usure est défendue entre musulmans.
Mohammed abolit l'usage qui régnait avant lui en Arabie d'enterrer les filles vivantes et de tuer les enfants.
On ne peut lui reprocher l'amour des tortures. Il fait la guerre et tue ; mais il n'est pas cruel comme étaient les Césars et même comme l'était Manou à l'égard des coupables dans ses lois du talion.
Il fait un devoir de l'aumône et la donne comme un moyen de justification.
Le jeûne est d'obligation durant tout le mois de ramadan, qui est le carême des Arabes.
Le pèlerinage à la Mekke est le grand acte de dévotion du musulman.
Mohammed défend l'usage du vin et des liqueurs enivrantes. — L'habitude du café et du tabac s'introduisit chez les musulmans vers le ix e siècle de l'hégire et cette nouveauté donna lieu à de grandes agitations théologiques.
Plusieurs jeux, par exemple, les échecs, sont aussi prohibés.
Le vendredi est le jour consacré à Dieu.
Les autres devoirs religieux sont extraits de la législation mosaïque et reproduits dans le Koran avec quelques modifications.
En somme, la tyrannie de Dieu sur les créatures, la tyrannie de l'homme sur la femme, et la tyrannie des puissants sur les faibles, voilà les caractères les plus frappants de l'esprit de l'islam.
Son grand ressort est la crainte.
Mort aux infidèles : voilà son mot de ralliement surtout à la lin du Koran.
C'est, en effet, durant l'époque de sa
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puissance militaire qu'il en composa les derniers chapitres.
Mohammed est la personnification la plus élevée de l'intolérance religieuse, du surnaturalisme absurde, du traditionalisme aveugle, et du fatalisme leur père.
Si on faisait de lui une statue symbolique, il ne faudrait pas lui mettre sous les pieds le serpent qu'écrase la Vierge mère; il faudrait lui faire de ce serpent un diadème, lui mettre uu glaive dans la main droite, le mot foi dans la gauche, et, sous sou talon, la raison, le cœur et le génie.
Mohammed est l'antipode de Confucius et de Bouddha; Véda-Vyaça et Zoroastre voltigent dans des régions éthérées qu'il n'a jamais vues; et quoique Manou lui ressemble, comme révélateur, par sa cruauté dans ses lois répressives, il l'écrase encore sous le rapport de la philosophie, de la science, et môme de l'amabilité du caractère.
Mohammed est très-grand par sa ténacité, par sa conviction de visionnaire, par son intrépidité, par son indomptable énergie; mais il laisse sur sa trace trop de ce fumet qui suit tous les tyrans.
Aussi l'islamisme a-t-ïl produit de tristes fruits dans l'Asie et surtout dans l'Afrique où il a rayonné largement. On ne saurait trop dire si l'antique Egypte avec ses temples aux galeries de sphinx à fronts de béliers, avec ses colosses assis à têtes de lions, avec ses momies, avec ses adorations de quadrupèdes, d'oiseaux et de reptiles, ne valait pas mieux que l'Egypte musulmane.
Qu'est-ce que ce pèlerinage de la Mekke où tous les excès sont permis, excepté ceux du vin, où se rendent des foules immenses de filles publiques, venant d'Egypte et de tous les pays, où l'on infecte la ville du sang des animaux pour glorifier Allah et son prophète, en même temps qu'on se livre sans pudeur à toutes les débauches.
Qu'est-ce que ces danses africaines tellement lascives qu'on ne peut s'en faire d'idée ; dont les femmes rient et auxquelles , dit-on , s'habituent au
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reste, très-facilement et très-vite nos dames européennes. Parmi les danses des aimées, par exemple, on parle heaucoup de celle de Vabettle, dans laquelle l'héroïne magniliquement vêtue, rejette ses voiles les uns après les autres, et jusqu'au dernier, en simulant qu'une mouche la pique, et se jetant dans les bras des hommes du salon pour qu'ils viennent à son aide contre le chatouillant insecte.
Observons cependant que dans ces contrées, voisines de l'équateur, il y a plus de pudeur réelle que dans les parties de l'Orient où les femmes sont toujours voilées. En Nubie, elles vont presque nues, et quelquefois tout à fait nues. Elles se présentent ainsi avec une aisance et une liberté qui ne ressemblent qu'à de la modestie. L'islamisme règne dans ces contrées, mais le musulman n'y est pas dévot.
Qu'est-ce que cette pratique infime de l'iniibulation imaginée par la jalousie cruelle des époux musulmans?
Qu'est-ce que cette autre qui consiste à chasser les hommes pour en faire des eunuques. Ce sont les prêtres islamistes qui font l'opération, et sur cent, il en échappe à peine six à la mort.
Qu'est-ce que cette luxure effrénée des nobles du pays qui entretiennent leur harem avec des filles et des femmes volées?
Qu'est-ce que ces prétendues réformes que font au nom du prophète, les Méhémet-Ali? ce sont des tyrannies mieux organisées. Il n'y a de réformes que celles qui viennent d'en Las. Un Antoine solitaire ou un Bouddha aurait plus d'action que tous les sultans réunis.
Un esclave du Defterdar, gendre de Méhémet-Ali avait mangé un fruit dans son jardin. Il le fit assommer à coups de bâton; comme le malheureux criait, il dit : « Qu'on l'achève, ce chien : ne voyez-vous pas que les cris de cet animal fatiguent mes visiteurs? » On n'entendit plus que le râle de la victime.
Le même Ahmet-Bey fit ferrer devantlui, tandis qu'il fumait, un homme aux deux pieds avec un fer rouge
parce qu'il avait légèrement blessé un de ses chevaux en le ferrant.
Qu'est-ce que ce régime social politique et économique, mortel pour le travail, qui établit le sultan l'unique propriétaire des hommes et du sol, et duquel résultent, par suite de l'enchaînement hiérarchique des pachas, ces exactions tyranniques exercées contre les fellhas ?
Qu'est-ce que ce commerce d'esclaves, cette polygamie, cet abrutissement de la femme, ce sommeil de l'homme dans le fatalisme, cette paresse, cette mort des idées qu'on ne trouve presque nulle part ailleurs, au même degré?
On alléguera à la gloire de l'islamisme la brillante phrase de la civilisation arabe, tant sous le rapport des sciences que sous le rapport des lettres, pendant laquelle s'ouvrent les grandes écoles de l'Afrique et de l'Espagne, sous la protection des califes ; oh ! nous sommes heureux d'avoir à lui rendre toute justice sur ce point capital qui ouvre et clôt sa gloire. Mais cette époque elle-même, toute magnifique qu'elle soit, de la part des souverains, même sous le rapport de la tolérance religieuse, reste encore bien sombre, si on la considère dans les foules musulmanes; leur fanatisme, sorti du Koran et nourri par ce livre sacré, obligeait jusqu'à ses monarques les mieux intentionnés de persécuter lesAverroès et martyrisait les Raymond Lulle.
C'est ce fanatisme qui, partout, a enfin pris le dessus, sinon pour forcer les consciences à embrasser l'islam malgré elles, après les victoires remportées contre lesinfidèles, ce quin'est pas trop dans l'esprit du Koran luimême, du moins pour faire des fidèles musulmans une population de privilégiés, et pour enlever aux consciences engagées toute liberté de passer à d'autres croyances. Aussi est-ce dans tous les pays où le Koran domine les âmes, une immobilité désolante dans la déchéance. La Perse elle-même, depuis que le magisme y a été absorbé par l'islamisme, a déchu. La loi de Mohammed et la loi de Manou sont les deux lois les plus dé-
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sastreuses de toute grandeur humaine qui aient jamais régné sur la terre. Bouddha, le pénitent, a écrasé Manou par la force morale ; qui écrasera de même Mohammed, pour préparer les voies à l'Evangile? La philosophie de quelques grandes âmes delà trempe de l'âme d'Abd-el-Kader, y fera son possible, mais réussira-telle? L'islam s'est fondé par l'épée ; il est bien à craindre pour lui qu'il ne périsse que par l'épée.
Le Noir.
MOGILAS (Pierre) [Théol. hist.biog.
et bibliog.) — Ce savant métropolitain de Kiew, au xvu" siècle, fut le rédacteur de l' Expositio fidei russorum qui fut soumise à l'église de Constantinople et fut confirmée par cette Eglise. Elle fut encore souscrite par le patriarche Parthenius et par les trois autres en 1043, par le patriarche Nectaire, par sou successeur Denys et par le synode de Jérusalem de 1672, en sorte qu'elle peut être considérée comme le symbole de foi de tous les Grecs.
Le Noir.
MOULER (Jean-Adam) (Théol. hist.
biog. et bibliog). — Ce professeur et écrivain éminentde l'Allemagne dans notre siècle, naquit à Wurtemberg en 1790, fut nomméàla chaire d'histoire deTubingue en 1822, et mourut venant d'être nommé doyen de la cathédrale de Wurtzbourg, en 1838.
On a de lui :
Unité de l'Eglise ou "principes du catholicisme, Tubingue, 1825 ; Athanase le Grand et l'Eglise de son temps en lutte avec Varianisme, Mayence, 1827 ; Symbolique, ou Exposition des doctrines opposées des catholiques et des protestants d'après leurs symboles publics, Mayence, 1822; cet ouvrage lit grand bruit, il donna lieu à une multitude de pamphlets età une réfutation du D r Baur intitulées : Antagonisme du Catholicisme et du protestantisme d'après les principes et les dogmes principaux des deux systèmes à propos de la Symbolique de Molher, Tubingue, 1833, que les protestants jugèrentcomplète, mais que Mohler écrasa par une réponse intitulée : Nouvelles recherches
sur l'antagonisme dogmatique des catholiques et des prolestants, Mayence, 1834 et 1835; du célibat ecclésiastique ; etc.
Mohler tat l'auteur de la lettre que la faculté catholique de Tubingue écrivit en 1835 à l'abbé Bautain contre son enseignement philosophique à Strasbourg, et qui fut publiée par la Revue trimestrielle.
Les manuscrits de Mohler furent publiés, en œuvres posthumes, par le D r Dœllinger en 2 vol. à Ratisiwnne en 1839 et 40.
Le Noir.
MOI (le) LA CAUSE ET L'AUTRE [Théol. mixt. philos, logiq. et ontol.) — On a beaucoup célébré la Critique de la raison pure, de Kant, comme un effort nouveau du génie de l'homme en analyse des certitudes auxquelles la raison s'arrête ; mais en la célébrant de la sorte, on s'est purement et simplement trompé. Descartes avait prévu Kant tout entier et l'avait dépassé avant qu'il parût. Il n'est aucune difficulté levée par le philosophe allemand que n'eût vue et exposée , avec une clarté bien supérieure, le philosophe français; et ce fut pour lever ces difficultés mêmes qu'il constitua ce qu'on a appelé son doute hypothétique ; mais il sortit de ce doute; il jeta le fameux pont dont on a tant parlé entre le subjectif et l'objectif, avant que les mots, seule invention àe Kant, en eussent été mis au jour; Kant, au contraire, n'a point jeté la passerelle, et en laissant la place vide il est resté, parmi les sceptiques, delà compagnie desquels il s'agissait pourtant de sortir en faisant de la rechercha philosophique. C'est ce que nous allons faire voir en exposant la chaîne cartésienne à trois anneaux, qui sont le moi, la cause e* Vautre.
On verra que Kant, ne voulant pas reprendre cette chaîne, refusant d'en adopter un ou deux chaînons, laissa des solutions de continuité qui ne seront jamais comblées par quiconque ne retournera pas à Descartes. Tout en restera, comme certitude humaine, à la subjectivité kantienne, qui avait été cartésienne avant Kant,
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et qui, par Kant, ne fit que changer d'habit, tant qu'on n'admettra pas le moyen de passage du moi à Vautre que Descartes, ce grand législateur de la logique humaine, avait su poser. On verra aussi que, dans cette série de transition, cartésienne, il n'y a rien que de clair et de concordant, pendant que chez Kant, il se mêle, dans la même série considérée jusqu'au point où il la conduit à la suite de son maitre, des obscurités et même des contradictions palpables que nous avons, au reste, déjà fail observer dans notre étude de ce philosophe (V. Kantisme).
Exposons en notre manière abrégée tout le voyage de Descartes pour passer de la certitude du moi à la certitude de l'autre, en prenant pour point d'appui intermédiaire la seule pierre d'enjambement qui existe : la cause, et son éternelle sagesse l'obligeant, non pas à'mettre dans son œuvre la plus grande harmonie possible, mais une harmonie suffisante pour qu'elle soit une base de déduction, fondée sur sa véracité, à la réalité des choses qui apparaissent au dehors, et à l'impossibilité des illusions universelles.
Je sens que je suis, et que je suis d'une certaine manière; je marche, j'agis, je veille, je dors, je réfléchis, je raisonne, je me remémore les choses passées, j'ai des idées qui paraissent et disparaissent dans le compte que je m'en rends, je suis libre de certaines choses, et non libre de certaines autres, etc., etc. Tout cela, je l'exprime par un seul mot : je pense, attendu qu'il pourrait se faire, pour beaucoup de ces choses considérées dans leur entité particulière, que je pensasse seulement les faire ou les éprouver , sans qu'elles eussent d'autre réalité que ma pensée ellemême, ou mon sentiment. Dans ce cas, tout ce qui me paraît être une réalité extérieure à moi, ne serait que la réalité même du moi intérieur; tout serait subjectif, et j'existerais seul.
Voilà la première arche du pont cartésien; c'est le moi; c'est la subjectivité kantienne, dans toute sa
pureté, dans tout ce qu'elle a de solide, et débarrassée des obscurités et contradictions dont cet esprit, confus à force de subtilité analytique, n'a pu s'empêcher de l'entortiller. Il est, par exemple, une contradiction palpable, éclatante dans les termes mêmes, que mêle Kant à cette subjectivité-tout, pourtant si claire en l'état où l'avait laissée Descartes arrivé à ce point de son doute méthodique : Kant dit dans un chapitrelce que nous venons de dire, en établissant très-logiquement que le phénomène ne prouve que le sentiment qu'on en a et n'entraîne, par nécessité, aucune réalité objective à lui correspondante ainsi que les apparences portent à le penser ; et il dit, dans un autre chapitre où il refuse de se placer dans l'idéalisme de Berkeley, qu'en ce qui est des corps, le phénomène est inséparable de la réalité objective, que l'un suppose l'autre et qu'avoir le sentiment d'un corps étranger au moi, c'est avoir la certitude de la réalité objective de ce corps. On n'émit jamais contradiction plus manifeste. Descartes fut bien loin de commettre pareille faute contre la logique et contre le bon sens; il ne distingua point entre corps et esprits , comme devait le faire Berkeley plus tard avec une logique aussi puissante, mais pour résoudre d'autres questions ; il prit tout ce que le monde phénoménal nous présente comme autre et nous donne à considérer comme réalités objectives existant en soi, aussi bien corps qu'esprits, aussi bien esprits que corps, sans s'occuper des problèmes concernant leur nature intrinsèque, et restant sur la seule idée simple du doute de leur existence ou non existence extérieure, il prit le tout qui parait extérieur et dit : Tout cela pourrait n'être que moi-même, pourrait n'être qu'en tant que je le pense, pourrait n'être que par le sentiment que j'en éprouve, en telle sorte que je serais moi-même le seul grand tout ; qui me prouvera qu'il cri est autrement ? voilà Descartes :
N'est-ce pas Kant tout entier, et Kant dans tout ce qu'il a de logique,
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dans tout ce qu'il a de solide, dans tout ce qu'il a de clair, dans tout ce qu'il a qui mérite d'être conservé ?
Ainsi, première arche du pont cartésien: Le moi dans tout ce qu'il présente à la réflexion, aussi bien dans ce que Kant appelle le phénomène que dans ce qu'il appelle le nottméne, c'est-à-dire aussi bien dans les idées ou images qui, si elles ont des réalités objectives, ont pour ces réalités des objets matériels, que dans les idées qui, si elles ont des réalités objectives, ontpour ces réalités des objets immatériels, des Kns générales et métaphysiques (1). A ce point de la méditation, il n'y a point à distinguer entre l'ensemble des phénomènes, et l'ensemble des nouménes ; il faut prendre le tout.
Mais la certitude de ce premier tout réduit au moi est inéluctable ; et inébranlable est cette première arche du pont cartésien. Il est impossible, en effet, que je ne sois pas quelque chose, et qu'il n'y ait pas quelque chose, ce quelque chose ne serait-il que le moi en sa manière d'être. Tout peut être illusion; mais l'illusion elle-même est quelque chose; sentie comme je la sens elle no peut pas être rien, tout en étant sentie, parce que ce serait alors pour elle être et n'être pas tout à la fois, impossibilité radicale absolue.
Celui qui nierait celte impossibilité du non-être en lui au moment où il pense, ou qui en douterait, ne serait évidemment qu'un fou,
Passons à la seconda arche. C'est la déduction immédiate à la cause:
Nous entrons dans le noumene de Kant.
Ce moi que j'ai simplement constaté et qui pourrait peut-être être seul, ne peut être qu'éternel ou un produit de l'éternel médiat ou immédiat, parce qu'autrement il serait sans être, ce qui est pour moi une absurdité apriorique aussi évidente que la certitude du moi . Cette certitude du moi est un fait de sentiment qui s'impose avec l'inattaquable évidence :
(1) C'est nu moins ce que nous complétions par les deux exprsssions kantiennes de phénomènes et
de nouménes ; nous ne pouvons, sous ces expressions, voir autre chose ; et si ce n'est pas cela i|iie Kant a voulu dire, il n'a rien dit qui, a notre sens, «ail intelligible.
le principe qu'on ne saurait être sans être éternel ou un produit médiat ou, immédiat de l'éternel, est une vérité générale, dont l'évidence s'impose de même au moi, et lui est intrinsèque tout en s'appliquant à tout ce qui est ou peut être en dehors du moi; qui chercherait à démontrer ce principe par le raisonnement, ne pourrait pas plus y réussir qu'à se démontrer par le raisonnement sa propre existence; pourquoi? Parce que ces deux vérités sont directement évidentes, se voient tout droit sans intermédiaire, et par suite de leur certitude même directe, sont, comme l'a dit Pascal, qui, dans ce cas pensait à la fois fort et juste — ce qui ne lui arrivait pas toujours quant à la seconde qualité, — incapables d'une démonstration qui supposerait, dans leur vision, une imperfection qu'elles n'ont pas. Par conséquent, de même que mon sens intime dit avec une certitude entière: Je suis, une évidence ontologique, de certitude égale, dit a priori de tout ce qui peut être :
Cela ne peut être qu'éternel ou produit de l'éternel.
Mais vient aussitôt cette conséquence de même qualité, en tant que certaine, qu'il y a un être éternel, absolu, qui est le mot lui-même ou la cause du moi.
Peut-il être le moi lui-même? Si je fais réflexion sur ma manière d'être, je me trouve être un ensemble de propriétés qui sont toutes exclusives de l'éternité et de l'absolu, n'y eût-il que celle de n'avoir pas toujours existé, d'avoir commencé, de commencer et de recommencer sans cesse, c'en serait assez pour me donner à conclure avec certitude que je ne suis pas l'éternel nécessaire, et par suite que cet éternel nécessaire est en dehors de moi. Mais, sans attaquer ce point, et m'en tenant à l'a priori d'un éternel nécessaire, je vois que cet éternel a nécessairement tout ce qu'il peut avoir, car d'où acquierrait-il quelque chose qu'il n'aurait pas? 13e lui-même. ? Mais cela supposerait qu'il aurait déjà ce quelque chose, puisqu'on ne peut tirer de soi que ce qui y est. D'un autre? Mais ce qui n'est pas éternel ne peut prove-
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nir que de l'éternel, et ne peut rien avoir qui ne vienne de lui; cela reviendrait donc encore à dire qu'il recevrait d'un autre ce qu'il lui aurait déjà donné, et par conséquent ce qu'il avait déjà lui-même; c'est cette impossibilité de rien acquérir déplus qu'il n'a que j'appelle, dans l'éternel, la suprême perfection.
Donc je suis arrivé à la construction d'une deuxième arche que j'énonce de la manière suivante : Nécessité ontologique d'une cause éternelle souverainement parfaite. Et c'est la même évidence, la même clarté qui sert de base à mes deux constructions, l'une n'étant que l'énoncé de mon être, l'autre n'étant que l'énoncé d'une nécessité apriorique impliquée dans mon être et applicable à tout ce qui peut être.
Jusque-là tout est logique, et point de solution de continuité; il y a quelque chose, moi; il y a, par là même, un être éternel, sans quoi il n'y avait rien, et cet être éternel ne peut rien acquérir qu'il ne l'ait déjà, ce que j'énonce en disant qu'il est souverainement parfait.
Kant n'a point suivi cette logique; il s'est appliqué à distiller l'idée de causalité, dont il n'était pas même question, ou du moins pas nécessairement question; car rien ne votis force, à ce point de parcours, de considérer votre moi comme un effet; restez, si cela vous plaît, dans cette absurdité, que vous êtes, vous-même, l'éternel, il n'en viendra pas moins comme déduction la loi nécessaire de l'être dont nous allons parler, qui ne peut être qu'une loi de véracité et d'harmonie, et qui constitue la souveraine perfection de l'éternel. Qu« cette loi soit en vous ou qu'elle soit hors de vous, il n'en est ni plus ni moins nécessaire qu'elle soit dans l'éternel. Aller avec Kant, à propos de cette idée simple, se perdre dans les analyses ténébreuses de nos idées des causes et des effets, c'est sortir de la question et vouloir, à tout prix, faire de la nuit dans le jour luimême.
Comment ferons-nous la troisième arche? C'est la plus difficile à cons-
truire; et Descartes ne l'ignorait pas; c'est ce qu'il a assez mis en évidence par le développement entier de tout son doute méthodique.
Nous avons bien conclu à la nécessité absolue d'une cause éternelle souverainement parfaite, impliquée dans la vérité empirique du moi, qui s'impose. Mais nous ne pouvons pas conclure de même sur l'autre, c'est-àdire sur un ou plusieurs égaux à moi-même, dans l'hypothèse où je ne suis pas la cause éternelle, c'est-àdire sur un ou plusieurs contingents, dont l'existence n'implique aucune nécessité. Ces êtres, s'ils sont des réalités objectives extérieures à moi, sont ouïes objets matériels des phénomènes du moi, ou les objets immatériels des nouménes du moi. Mais au nombre de ces objets supposés, qui pourraient être ou n'être pas, je ne dois pas remettre la cause éternelle, puisque la question qui la concerne est jugée par l'établissement même de la seconde arche basée sur le roc de la nécessité, pour user des termes de Kant; et, que cette cause appartienne aux objets des phénomènes ou aux objets des nouménes, ou aux uns et aux autres à la fois, sa nécessité est reconnue avec la nécessité de sa souveraine perfection, ou de la perfection inaugmentable.
Or, que signifie, au point où nous en sommes, cette nécessité de perfection souveraine dans l'être éternel?
Le moindre sens qu'elle puisse impliquer, c'est la nécessité d'une loi de véracité et de sagesse éternelle présidant au développement fatal, dont la liberté que je sens en moi ne dispose point; il est impossible que cette loi éternelle présidant à tout ce qui est, peut se développer ou peut sç produire, soit une loi d'illusion universelle, de mensonge, de fourberie; il faut que ce soit une loi d'harmonie, bonne, véridique au moins dans tout ce qui ne dépend pas de ma liberté (1).
(1) Le fait empirique de la liberté en moi qui vient s'interposer dans l'harmonie universelle comme nouvelle cause, est la plus grande de toutes les difficultés ontologiques, c'est la seule à vrai dire; cette liberté est possible en d'autres êtres puisqu'elle est en moi; mais il est nécessaire do aire que la loi éternelle de véracité qui préside & tous les mondes
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Cette loi peut, je le vois encore trèsclairement, laisser à mon activité libre la recherche et la découverte d'une multitude de mystères ; mais elle ne peut pas me mettre dans la nécessité de conclure à l'existence de semblables à moi existant hors de moi, et avec lesquels je serais constamment en relations importantes, si ces semblables à moi n'existaient pas réellement. Voilà, dit Descartes, ce que m'affirme une troisième évidence aussi parfaite que les deux premières; et c'est la troisième arche du point par lequel mon esprit traverse la distance du moi à l'autre; c'est la véracité nécessaire de la cause qui sert de milieu ; et jamais on ne trouvera un autre moyen de passage.
Cette véracité de Dieu me laissera sans doute mille et mille secrets à découvrir; elle n'est pas tenue de me dévoiler les ressorts de la nature ; il en est des infinités qu'elle me laissera chercher, et trouver; c'est ainsi que Dieu « attendra six mille ans, » dans un Kepler, « le véritable admirateur de ses œuvres. » Mais ce qu'elle ne peut pas faire, c'est que je sois plongé par ma nature dans un mensonge universel duquel je ne pourrais jamais sortir. La fantasmagorie complète, absolue, invincible est incompatible avec la loi de l'être, qui, n'étant point une loi de néant, est nécessairement une loi de véracité à commencer au point où s'éteint tout effort de mon activité pour lever les voiles.
On remarque que nous n'invoquons point, pour établir cette troisième passerelle, l'ensemble des attributs divins comme le lit Descartes, parce qu'il avait pour but de creuser Dieu en même temps que la question de certitude des réalités objectives ; c'est que nous réduisons la question à sa plus grande simplicité, c'est-à-dire au point seulement de l'établissement de la série démonstrative de ces réalijés en général, in globo; et pour ce résultat simple, il nous suffit du concept abstractif de cette loi éternelle de l'être, qui, ne fut- elle qu'un aveu-
et à leurs développements, ne peut admettre que des libertés [imitées qui n'aillent point a introduire la perturbation générale, et ¥ universelle illusion.
gle fatum, et non point un destin pensif (\) serait encore par nécessité évidente de raison, une loi de véracité.
Voilà notre troisième arche fondée; et, c'est appuyé sur elle que nous disons : donc il y a des réalités objectives ; le monde, la terre, le ciel, les animaux, les végétaux, les autres hommes, le soleil, la lune et tout le reste, ne sont point, ne peuvent pas être de purs phénomènes du moi, de pures illusions ; ce sont des choses qui ont une existence réelle en dehors de la vision que j'en ai.
Descartes n'a donc laissé aucun vide, aucune nuit dans sa transition du moi à la cause (ou à l'absolu) et de la cause (ou de l'absolu) à l'autre; il n'a pas, d'ailleurs, abandonné un seul instant la certitude basée sur l'évidence subjective, son grand bâton de voyage. Il a fait la lumière.
• Kant, au contraire, a fait l'ombre.
Tout profond penseur, tout grand distillateur qu'il fut des idées, qu'a-t-il été en définitive ? Il n'a été, pour emprunter à Victor Hugo une de ses tournures originales, que la subtilité « en rut construisant contre la lumière un garde'fou de ténèbres. » Il n'a été fort qu'à tisser des écrans pour borner la vue ; c'est là sa grandeur; grandeur singulière !
Au lieu de dégagerle premier point d'appui de toute logique démonstrative, le moi, il l'a embroussaillé. Au lieu de faire ressortir la nécessité de déduction du moi à l'éternel, c'est-àdire à la cause et à l'absolu, il a enterré dans de subtiles logomachies cette clarté. Au lieu de tirer la conséquence d'une nécessité éternelle de véracité dans l'éternelle loi, dans la loi de l'être, il a laissé dormir cette évidence, éveillant à sa place l'antinomie perfide. Il s'était pourtant levé comme devant être un soleil, un nouveau Descartes, et comme devant faire avancer la philosophie dans la connaissance ; et voilà que de son creuset sortent plus obscurs que jamais les grands problèmes de la réalité objective du phénomène et du noumène. Il n'a donc rien fait, lui qui était parti pour tout faire.
(1) Bell« pensée de V. Uugo.
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Quels sont ceux qui avaient continué l'œuvre cartésienne, ce sont les Leibnitz, les Malebranche, les Berkeley.
Après la démonstration du grand organisateur de la certitude, il reste ceci : que les choses vues par moi comme extérieures à moi sont bien certainement des réalités externes ; mais une vaste carrière est encore à explorer, celle de leur nature, de leurs enchaînements et de leurs lois; et le premier problème de ce champ nouveau est celui de leur en soi substantiel.
Descartes avait ajouté : Il y a les en soi matériels, étendus, contigus, infiniment réductibles en parties ; et il y a les en soi inétendus, unités simples, indivisibles. Les premiers sont les corps; les seconds sont les esprits.
C'était l'idée commune, conforme aux apparences, répondant à ce qu'indiquent à la fois la sensation et la pensée. Descartes ici ne creusa pas davantage.
Leibnitz vint et dit: Les substances étendues par essence sont des rêves impossibles ; comme réalités en soi, il n'y a que des unités simples, des monades, des esprits, des forces qui, diversement hiérarchisées àl'aide d'un vinculum unionis, forment toutes les substances dans leurs genres et dans leurs espèces.
Malebranche vint et dit : Que ces choses aient ou n'aient pas leur en soi comme l'explique Descartes ou comme l'explique Leibnitz, ce seront toujours des idées de Dieu qui, réalisées en nous, ont en lui leur existence éternelle, leur solide existence, comme l'a dit Platon, et que Dieu nous montre : le soleil, par exemple, est une image qui est éternellement en Dieu, et qu'il nous communique quand nous voyons le soleil, en sorte qu'en voyant tout ce que nous voyons, nous voyons des idées de Dieu.
Berkeley vint et dit : Tout ce qui parait corps étendu est impossible en substance, et n'est point substance ; ce n'est qu'idée de Dieu et des esprits auxquels Dieu la communique en excitant chaz eux le même ordre de sensations ou de sentiments qui s'y produirait s'il étaitj possible qu'il
existât des corps réels; il n'y a donc, en substance, que des esprits de diverses espèces, mais tous à l'imitation de l'esprit créateur, et les réalités objectives dont Descartes a fort bien démontré l'existence en dehors du moi humain, nesont des choses distinctes du moi que parleur existence, indépendante de la mienne, en Dieu et dans les autres esprits. Le soleil est en Dieu, à l'état d'archétype, de toute éternité; c'est là sa solide existence ; il est aussi dans les autres esprits à l'état d'idée ; donc quand je le vois, je vois bien quelque chose qui est en dehors de moi et qui est, en dehors de moi, une réalité ; mais je ne vois pas quelque chose qui ait son en soi étendu, et existant indépendamment de Dieu et de tout esprit.
Voilà comment la question de la réalité objective se trouve creusée et épuisée par ces philosophes, sans qu'aucun d'eux abandonne la chose démontrée par la chaîne cartésienne; et la science de la métaphysique avance.
Il y a à côté de ces plongeurs sublimes, les petits matérialistes, qui faisant reculer par un angle rentrant la science de l'esprit, d'autant que Berkeley l'avait fait avancer par sa pointe en avant, n'admettent de réalités objectives que les corporelles.
Mais qu'ils expliquent seulement leur propre pensée. Ces petits philosophes ne manquent jamais dans l'humanité ; leur race est inextinguible, parce que si l'humanité n'est pas sans sommets, elle n'est pas non plus sans bas-fonds.
Ils avaient été si bien baltus par les Descartes, les Leibnitz, les Malebranche et les Berkeley, qu'ils étaient devenus honteux de leur vieille qualification. Kant lui-même, par sonidéalisme, tout incompréhensible qu'il fût près de celui de Berkeley, avait achevé leur déroute; mais on les a vus reprendre courage, sous un autre nom qui n'était pas encore déshonoré ; celui-là, c'est le nom de positivistes.
Le sort qu'ils ont eu sous leur vieille enseigne les attend sous celle-ci.
En ce qui est de Kant, ne voulant ni du matérialisme, parce qu'un tel système l'eût rendu trop petit; ni du dualisme cartésien, parce qu'il avait
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compris la force écrasante de l'objection contre le composé substantiel; ni du monadisme leibnitzien parce qu'il n'en était pas l'inventeur; ni de l'idéalisme berkeleyen, pour l'a même raison — on n'en peut imaginer d'autre — il dit et dédit, n'ajouta pas une lumière ; il n'ajouta quedesmots, etil les ajouta en si grande abondance que toute sa métaphysique se réduisit à une terminologie nouvelle qui met à chaque instant son lecteur dans lebesoin d'un vocabulaire qui n'existe pas ; et l'on répète, depuis quatrevingts ans, sans le comprendre, qu'il est le grand analyste de la raison pure ! Les positivistes de nos jours, avant-nous dit quelque part, pataugent dans le brutal; Kant patauge dans le subtil ; et les deux extrêmes se louchent de si près qu'ils ne nous semblent former qu'un seul et même cloaque. V. Kantisme.
Le Noîr.
MOIGNO (l'abbé François -Napoléon-Marie.) (Théol. hist. biog. et bibliog). — Ce savant Français, principalement dans les mathématiques et dans la physique, et, en même temps, ce qui est rare, vulgarisateur de la science parla parole et par les écrits, naquit à Guémené dans le Morbihan en 1804, entra dans la compagnie de Jésus qui lui donna une chaire de mathématiques dans la maison de la rue des Postes à Paris, en 1836, fit preuve, dès lors, d'une activité prodigieuse en faisant marcher de front ses leçons quotidiennes, la prédication, les publications dans les journaux et la fondation d'œuvres de bienfaisance. Il noua des relations suivies avec MM. Cauchy, Ampère, Arago, Binet, Beudant, Thénard et Dumas, son maître qui est resté son ami. « Son vaste savoir, lisons-nous, dans le Dictionnaire universel des contemporains de G . Vapereau, aidé d'une mémoire prodigieuse, aurait dû le rendre une des lumières de son ordre.
Il en fut autrement, pendant la publication de ses Leçons de calcul différentiel et intégral, 1840, 2 vol. in-8, un des traités les plus complets qui aient été faits sur cette matière, le P. Boulanger, supérieur des Jésuites,
ordonna à l'abbé Moigno de suspendre ses recherches scientifiques et d'aller enseigner l'histoire et 1 hébreu au séminaire de Laval. Celui-ci résista, et, après quatre ans de luttes sourdes et de tracasseries, il aima mieux sortir de l'ordre que d'interrompre le cours de ses études favorites. En 1 834, il fut chargé dans l'Epoque du bulletin scientifique et fit, aux frais de ce journal, un long voyage dans presque toutes les contrées de l'Europe, envoyant de chaque ville le fruit de ses observations. Plus tard il s'est acquitté avec honneur des mêmes fonctions dans la Presse, puis dans le Pays. » Mais il quitta ce dernier journal après le coup d'Elat et fonda le Cosmos, puis les Mondes. On a de lui un Traité deA a. télégraphie électrique, in-8, 1849 : Mémoires sur le stéréoscope et le saccharimétre, 1853; Répertoire d'optique moderne, 4 vol. in-8, 1830; Cours de science vulgarisée, résumé oral du progrés scientifique et industriel, conférences mensuelles dans la salle de la société d'encouragement, années 1864 et suiv. ; un ouvrage de physique transcendante, dont nous avons oublié le titre, dans lequel il montre les transformations des lluides impondérables lesuns dans les autres et soutient leur unité radicale dans l'éther, leur père commun ; etc
M. l'abbé Moigno a vécu péniblement avec sa plume et une petite place de diacre ou même sous-diacre d'ofliceà Saint-Germain-des-Prés, jusqu'à son âge d'environ soixante-huit ans, époque a laquelle il a reçu des titres honorifiques de la cour de Rome, et a été enfin nommé membre du chapitre de Saint-Denis sous la troisième République française, en même temps que M. Maret en était installé le doyen.
MOINE, MONASTÈRE, ÉTAT MO- NASTIQUE. Ces trois articles se tiennent de trop près pour pouvoir être séparés. Le nom de moine, tiré du grec jxovèç, seul, solitaire, a désigné, dans son origine, des hommes qui se confinaient dans les déserts, et qui vivaient éloignés de tout commerce avec le monde pour s'occupe? uni-
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quement de leur salut. Dans l'Eglise catholique, on appelle moines ou religieux ceux qui se sont engagés par vœu à vivre suivant une certaine règle, et à pratiquer la perfection de l'Evangile.
Il y a eu de très-bonne heure des chrétiens, qui, à l'imitation de saint Jean-Baptiste et des prophètes, se sont retirés dans la solitude pour vaquer à la prière, au jeûne et aux autres exercices de la pénitence; on les appela ascètes, c'est-à-dire hommes qui s'exercent à des œuvres pénibles. Jésus-Christ semble avoir donné lieu à ce genre de vie par les quarante jours qu'il passa dans le désert, et par l'habitude qu'il avait de s'}' retirer pour prier avec plus de recueillement : il a loué la vie solitaire de saint Jean-Baptiste, Matth., c. 11, t 7, et saint Paul a fait l'éloge des prophètes qui vivaient dans les déserts, Hebr., c. 12. Celanous paraît déjà suffire pour fixer le jugement que nous devons porter de l'état monastique. Nous commencerons d'abord par en faire l'histoire; nous répondrons ensuite aux reproches que les ennemis de cet état ont coutume de faire.
L'origine de l'état religieux paraît fort simple, quand on ne veut pas s'aveugler. Pendant les persécutions que les chrétiens essuyèrent durant les trois premiers siècles, plusieurs de ceux de l'Egypte et de la province du Pont se retirèrent dans les lieux inhabités pour se soustraire aux recherches et aux tourments. Ils contractèrent le goût de la solitude, et ils y demeurèrent ou ils y retournèrent dans la suite.
Saint Paul, premier ermite, se retira dans laThébaïde, vers l'an 259, pour fuir la persécution de Dèce, et vécut dans une caverne jusqu'à l'âge de cent quatorze ans, en se nourrissant des fruits d'un palmier qui en couvrait l'entrée. Saint Antoine, Egyptien comme lui, embrassa le même genre de vie, et fut suivi par d'autres ; tous vivaient dans des cellules séparées, à quelque distance les unes des autres.
Mais dans le siècle suivant, saint- Pacôme les rassembla en différents monastères, et en communautés com-
posées de trente ou quarante moines, etleurprescrivit une règle commune.
De là est venue la distinction entre les cénobites ou moines, qui vivaient en communauté, et les ermites ou anachorètes, qui vivaient seuls.
Tous les monastères reconnaissaient pour supérieur un même abbé, et so rassemblaient avec lui pour célébrer la Pâque : on prétend que les moines des différentes parties de l'Egypte faisaient un nombre de cinquante mille au moins ; il peut y avoir de l'exagération.
Si l'on est en peine de savoir comment pouvait vivre une si grande multitude d'hommes qui ne possédaient et ne cultivaient rien, il faut se souvenir que, dans ce climat, la nature se contente de peu ; que le peuple y vit de plantes et de légumes qui y croissent en abondance, et que le régime le plus sobre, dans un pays aussi excessivement chaud, est le plus utile à la santé. Les solitaires vivaient de dattes et de quelques racines; les cénobites travaillaient les feuilles du palmier, en faisaient des nattes et d'autres ouvrages, dont la vente leur procurait les aliments les plus nécessaires à la vie. Il ne faut pas croire que la Thébaïde et les autres déserts habités par les moines fussent absolument stériles et incapables de culture.
Plusieurs protestants ont rêvé profondément pour deviner d'où est venu aux Egyptiens le goût pour la vie monastique ; ils disent qne c'a été l'effet naturel de la chaleur du climat, qui rend l'homme paresseux et sombre, qui le porte à la solitude, à la vie austère, à la contemplation; que cette inclination était augmentée chez les Egyptiens par les maximes de la philosophie orientale, qui enseignait qu'il faut que l'âme se détache du corps et de tous les appétits sensuels pour s'approcher de la Divinité. Mosheim,ffist. christ., sœc.2, §33, n. 3, p. 317; sœc. 3, §28, p. 669.
C'estdommage que cette vision sublime ne s'accorde pas avec les faits.
1° Le climat de l'Egypte n'a certainement pas changé depuis le second siècle de l'Eglise; il est aujourd'hui tout aussi chaud qu'il était pour lors,
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pourquoi donc les solitudes de la Thébaïde ne sont-elles plus peuplées de moines et d'anachorètes? 2° Le climat de la Perse, de l'Asie mineure, de la Grèce, de l'Italie, des Gaules, de l'Angleterre, de la Russie, ne ressemble guère à celui de l'Egypte; à peine cependant le christianisme a-t-il été établi dans ces différentes contrées, que le monachisme s'y est introduit.
On sait la quantité de moines qu il y avait en Angleterre avant la prétendue réforme : ce climat est bien différent de celui de l'Egypte, et l'on ne se souvient pas d'avoir jamais vu les Anglais fort entichés de la philosophie orientale. 3° Dès quel'Evangilc a fait l'éloge de la vie que menaient les moines, pourquoi croirons-nous que les Egyptiens ont été moins touchés des leçons de Jésus-Christ que de celles des philosophes orientaux ?
Or, dans les articles Abstinence, Anachorète, Célibat, Jeune, Momification, etc., on verra que Jésus- Christet les apôtres ont formellement approuvé ces pratiques, en ont donné l'exemple, et ont loué ceux qui s'y sont consacrés. Saint Antoine abandonna son patrimoine, et se retira dans le désert, non pour avoir étudié la philosophie orientale, mais pour avoir entendu lire ces paroles de l'Evangile : « Si vous voulez être par- » fait, allez vendre ce que vous pos- » sédez , donnez-le aux pauvres, » et vous aurez un trésor dans le » ciel. » Matth., c. 19, ? 21. 4" Mosheim, ibid., note 1, convient que, dès l'origine du christianisme, il y eut des ascètes, c'est-à-dire des chrétiens de l'un et l'autre sexe, qui, au milieu de la société, menaient à peu près la même vie que les moines.
ISinghain, autreprotestant, l'aprouvé, Ovicj. ecclés., tom. 3, 1. 7, c. 1. Avant qu'il y eût des moines, il y avait déjà des communautés de vierges qui vivaient dans le célibat, dans la retraite, dans la pratique d'une vie pénitente et mortifiée; il n'y a pas d'apparence qu'elles en aient pris le goût dans la philosophie orientale.
Mais ce n'est pas ici le seul cas dans lequel les protestants ont fermé les veux aux leçons de l'Evangile, pour
se livrer aux conjectures d'une fausse érudition.
Les occupations habituelles des moines étaient la psalmodie, la lecture, la prière, le travail des mains et les pratiques de pénitence. Les solitaires mômes se visitaient et s'édifiaient par des conversations pieuse s :
quand on dit qu'ils passaient leur vie dans une contemplation continuelle, il ne faut pas prendre ces paroles à la lettre. Des hommes jetés par un naufrage dans des iles désertes ont trouvé le moyen d'y vivre et de s'y occuper: pourquoi n'en aurait-fil pas été de même des anachorètes ?
Nous ne voyons pas en quel sens Mosbeim et d'autres ont osé dire que la vie de saint Paul, premier ermite, avait été celle d'une brute plutôt que celle d'unbomme. Cette censure amère serait plus applicable aux honnêtes fainéants dont les villes sont remplies, et qui sont également à charge à euxmêmes et aux autres, l'oyez Anachorète.
Dès l'an 300, saint Hilarion, disciple de saint Antoine, établit dans la Palestine des monastères semblables à ceux d'Egypte. Bientôt la vie monastique s'introduisit dans la Syrie, l'Arménie, le Pont, la Cappadoce, et dans toutes les parties de l'Orient.
Saint Basile, qui avait appris à la connaître en Egypte, et qui en faisait grand cas, dressa une règle pour les moines; elle fut trouvée si sage et si parfaite, que tous l'adoptèrent, et elle est encore suivie aujourd'hui par les moines de l'Orient. Le savant Assémani nous apprend que les premiers moines qui s'établirent dans la Mésopotamie et dans la Perse, furent autant d'apôtres ou de missionnaires, et que la plupart devinrent évoques.
Biblioth. orientale, tome 4, c. 2, § 4.
L'an 340, saint Athanase apporta en Italie la Vie de saint Antoine qu'il avait composée, et inspira aux Occidentaux le désir de l'imiter ;on ne sait pas précisé ment en quel lieu de l'Italie furent bâtis les premiers monastères.
Le christianisme, dit Mosbeim, n'aurait jamais connu la vie dure, triste et austère des moines, si les esprits n'avaient pas été séduits par la
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maxime pompeuse des anciens philosophes, qu'il fallait tourmenter le corps pour que l'âme eût plus de communication avec Dieu. Malheureusement cette maxime est confirmée par l'Evangile. Jésus-Christ a dit: « Si quelqu'un veut me suivre, » qu'il renonce à lui-même, et porte » sa croix tous les jours de sa vie. »
Matth., c. 16, ^ 24. Saint Paul dit que ceux qui sont à Jésus-Christ crucifient leur chair avec tous ses vices et ses convoitises, Gai., c. 5, f 25, et il se donne lui-même pour exemple, 1. Cor., c. 9, f 37. Si la vie austère et mortifiée était contraire à l'esprit du christianisme, comme le prétendent les protestants, il serait impossible que les Pères du quatrième siècle, qui n'étaient ni des ignorants, ni des esprits faibles, eussent donné généralement dans la même erreur.
Ou ne peut pas dire que c'a été un vice du climat, puisque l'on a pensé de même dans tous les climats; ni que l'on craignait la fin du monde, les Pères n'y pensaient pas ; ni que l'on consultait l'ancienne philosophie contre laquelle les Pères s'élevaient de toutes leurs forces. Mais on sentait que, pour convertir les païens, il fallait nue vie apostolique, et cette vie ne fut jamais l'épicuréisme des protestants et des incrédules. Loin d'apercevoir ici de la misanthropie, nous y voyons un zèle ardent pour le bonheur et le salut des hommes.
Voy. Ascètes.
Sur la tin de ce siècle, la vie monastique fut introduite dans les Gaules; saint Martin, mort l'an 400, en est regardé comme le premier auteur, et il en lit profession lui-même. A cette même époque, saint Honorât fonda le célèbre monastère de Lérins sur le modèle de ceux de l'Orient. Ce fut seulement au commencement du vi° siècle, que saint Benoit fit sa règle pour les moines qu'il avait rassemblés au Mont-Cassin, règle qui fut bientôt suivie par tous les moines de l'Occident.
Mais la différence dn climat ne permettait pas qu'ils suivissent un régime aussi austère que les Orientaux ; c'est pour cela que la règle de saint Benoît est beaucoup plus douce que
celle de saint Basile. Sulpice-Sévère, dans son premier Dialogue sur la vie de saint Martin, le fait remarquer à ceux qui étaient scandalisés de cet adoucissement, et qui auraient voulu que les moines gaulois pratiquassent les mêmes austérités que ceux de la Thébaïde; on prétend que saint Jérôme était de ce nombre, pai'ce qu'il n'avait pas éprouvé la nécessité d'un régime plus doux dans les pays septentrionaux. Mais Mosheim a trèsgrand tort d'en conclure que l'on vit dans les Gaules, non la réalité de la vie monastique, mais seulement le nom et les apparences. Un peu plus, un peu moins d'austérité, ne change pas l'essentiel de la vie monastique, qui consiste dans le renoncement au monde, et dans la pratique des conseils évangéliques.
Il ne raconte pas mieux, lorsqu'à cette occasion il distingue les cénobites d'avec les ermites et les sarabaites. Il nous paraît que tous les moines gaulois furent d'abord cénobites, et que les ermites ou anachorètes ne sont venus qu'après. 11 n'est pas vrai que les ermites aient été la plupart des fanatiques et des insensés; Mosheim cite à faux Sulpice-Sévère, qui ne l'a jamais dit, et il n'est aucun fait connu qui le prouve. Quant aux sarabaites, que saint Benoît nomme girovagues ou vagabonds, nous convenons que c'étaient de faux moines et des hommes très-vicieux, dégoûtés de la discipline monastique; mais ils n'ont jamais été connus, surtout en Occident. C'est justement ce désordre qui fit sentir en Orient la nécessité d'attacher les moines à leur état par des vœux, précaution de laquelle on fait très-injustement un crime à saint Basile. L'universalité et la perpétuité de cet usage démontrent qu'il l'a fallu pour prévenir les scandales.
C'est par la même raison que l'on soumit les moines à des épreuves.
Pallade, dans son Histoire Lausiaque,.
écrite l'an 420, c. 38, dit expressément que celui qui entre dans le monastère, et qui ne peut pas en soutenir les exercices pendant trois ans, ne doit point être admis; mais que si, durant ce temps, il s'acquitte des œuvres les plus difficiles, on doit lui
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ouvrir la carrière. Voilà l'origine bien marquée du noviciat qui est en usage aujourd'hui, mais qui est restreint à un temps plus court. Au reste, il n'y avait point de discipline uniforme sur l'âge nécessaire pour la validité des vœux.
Au v e siècle, saint Augustin, dans son livre de Opère monachor., prit la défense de ceux qui vivaient du travail de leurs mains, contre ceux qui soutenaient qu'il était mieux de vivre des oblations et des aumônes des fidèles.
Comme les parents mettaient souvent leurs enfants en bas âge dans un monastère pour les y faire élever dans la piété, le second concile de Tolède de l'an 447, défendit, can. I, de leur faire faire profession avant l'âge de dix-huit ans, et sans leur consentement, dont l'évêque devait s'assurer. Le quatrième, tenu l'an S89, changea cette disposition, can. 49, et voulut que, de gré ou de force, ils demeurassent perpétuellement attachés au monastère. On ignore les raisons de ce nouveau décret, mais il ne fut jamais approuvé par l'Eglise. Bingham, Origines ecclésiastiques, 1. 7, c 3, § 5.
Il nous parait qu'il y a une contradiction choquante dans la manière dont Mosheim parle des moines du v e siècle. Il dit que l'on était si persuadé de leur sainteté, que l'on prenait souvent parmi eux les prêtres et les évèques, et que l'on multipliait les monastères à l'infini; ensuite il ajoute que leurs vices étaient passés en proverbe. S'ils avaient été communément vicieux, l'on ne serait pas allé chercher dans des monastères des prêtres et des évèques, dans un temps où le peuple était maître des élections.
Quand on lui demande pourquoi l'on compte dans le clergé de ce temps-là un si grand nombre de saints, il répond que cela est venu de l'ignorance de ce siècle. Mais il oublie que ce siècle a été le plus brillant de l'Eglise latine, que c'est celui au commencement duquel saint Jérôme et saint Augustin ont encore vécu. Il a cité lui-même, parmi les écrivains de ce temps-là, saint Léon, Paul Orose, saint Maxime de Turin, saint Eucher
de Lyon, saint Paulin de Noie, saint Pierre Chrysologue, Salvien, saint Prosper, Marius Mercator, Vi:: .cent de Lérins, Sidoine Apollinaire, Vigile de Tapse, Arnobe le jeune, sans parler de plusieurs autres moins connus.
Il ne traite Cassicn d'ignorant et de superstitieux que parce qu'il a écrit pour les moines. Il pouvait ajouter Sulpice-Sévère, saint Hilaire d'Arles, le pape Gélase, etc. A la vérité l'inondation des Barbares arriva au commencement de ce même siècle; mais ils ne détruisirent pas tout à coup les études et les sciences. L'Eglise grecque ne fut pas moins féconde en écrivains savants et estimables.
Même pass:on et même inconséquence de la part de Mosheim, dans son Histoire du sixième siècle. Il décide en général que l'état monastique était rempli de fanatiques et de scélérats; selon lui, le nombre des premiers était le plus grand en Orient, c'étaient les seconds qui abondaient en Occident. Que dire d'un écrivain aussi fougueux? Nous convenons que les moines d'Orient excitèrent beaucoup de troubles dans l'Eglise, les uns par leur attachement à Nestorius, les autres par leur opiniâtreté à soutenir Eul.ychès; mais les crimes de l'hérésie ne sont pas ceux de la vie monastique.
Dans ce siècle, cette profession s'établit et se répandit promptement en Angleterre par la mission de saint Augustin et de ses compagnons; une preuve que les moines anglais n'étaient alors ni des scélérats, ni des fanatiques, c'est qu'ils ont été les principaux apôtres des peuples du Nord. A l'article Missions étrangères, nous avons vu l'acharnement aveclequelMoshei m et ses pareils ont décrié leurs travaux, et l'injustice de la censure qu'ils en ont faite. La règle de saint Benoit n'était certainement pas propre à inspirer le crime et le fanatisme. Il est bien absurde de supposer que des hommes foncièrement vicieux se sont néanmoins dévoués au salut de leurs frères.
La vraie cause de la prospérité, du crédit, des richesses que les moines acquirent au vi° et au vn e siècle, n'est pas, comme l'imagine Mosheim, la
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protection décidée des souverains pontifes. Cette protection même, et ce qui s'ensuit, sont venus de plus haut, du besoin que l'on avait des moines et des services qu'ils ont rendus pour lors. Le clergé séculier tomba, lorsque les Barbares eurent pillé les églises et répandu la désolation partout. Pour se mettre à couvert de leurs violences, il fallut se retirer dans les lieux les plus écartés, et c'est ce qui fit bâtir une multitude de monastères sur les montagnes, dans les forêts ou dans les vallons reculés. Les peuples privés de pasteurs ne purent recevoir de secours spirituels et temporels que des moines; est-il étonnant que ceux-ci soient devenus riches, et importants? S'ils avaient été vicieux, les Barbares ne les auraient pas respectés; or, il est constant que ce respect a souvent été une barrière pour arrêter les effets de leur férocité.
Mosheim est forcé de convenir qu'au vu 15 et au vm e siècle les moines ont soutenu les débris des lettres et des sciences, ont rassemblé et copié les livres, ont eu les seules bibliothèques qui restassent pour lors. Les monastères devinrent le dépôt des actes publics, des ordonnances des rois, des décrets des parlements, des traités entre les princes, des Chartres de fondation, de tous les monuments de l'histoire. Il observe que les famillesles plus distinguées se croyaient heureuses de pouvoir placer leurs enfants dans le cloitre. Si les moines avaient été aussi déréglés qu'il le prétend, est-il probable que l'on aurait eu pour eux autant de considération et de confiance, et qu'eux-mêmes auraient travaillé avec autant d'application à se rendre utiles? Aujourd'hui, pour récompense, on les accuse d'avoir falsifié les livres, les titres, les monuments.
Il dit que les moines en imposaient au peuple par une fausse apparence de piété ; mais s'ils sauvaient du moins les apparences, leur vie n'était donc pas scandaleuse. Le peuple n'a jamais été aussi aveugle ni aussi imbécile qu'on le prétend ; il a eu tou- .jours les yeux très-ouverts sur la conduite des ecclésiastiques etdesmomes,
parce qu'il sait que ces deux classes d'hommes ne sont établies que pouf son utilité, et qu'ils lui doivent l'exemple de toutes les vertus. Un seul qui scandalise fait plus de bruit que cent qui édifient.
Il remarque encore que, dans ces temps-là, il y eut de grandes contestations entre les évoques et les moines touchant leurs droits et leurs possessions respectives ; que ces derniers recoururent aux papes, qui les prirent sous leur juridiction inimé-, diate ; que de là sont nées les exemptions : ce fut un abus, sans doute ; mais il fut l'ouvrage des circonstances, et non de l'ambition des papes, comme on affecte de le supposer. Voyez Exemption.
Puisqu'il y eut des disputes, des intérêts opposés, et sûrement des torts de part et d'autre, ce n'est donc pas sur quelques traits d'humeur ou de satire lancés contre les moines par des écrivains qui avaient à se plaindre d'eux, que l'on doit juger de leurs vertus et de leurs vices. De même que l'on ne doit pas ajouter beaucoup de foi à ce que les moines ont écrit contre le clergé séculier dans ces moments de fermentation, il est de la prudence de se délier aussi des plaintes de leurs adversaires.
Mais Mosheim ne peut souffrir dans les moines ni les vertus, ni les vices, ni la vie solitaire, ni l'esprit social.
« Dans l'Orient, dit-il, au vm siècle, » ceux qui menaient la vie la plus » austère dans les déserts de l'Egypte, » de la Syrie et de la Mésopotamie, » étaient plongés dans une ignorance » profonde, dans un fanatisme in- » sensé, dans une superstition gros- » sière. » L'accusation est grave , mais elle est sans preuve : on sait d'ailleurs ce qu'entendent les protestants par fanatisme et superstition : ce sont toutes les pratiques de piété usitées dans l'Eglise catholique et les austérités que l'Evangile approuve.
« Ceux, poursuit-il, qui s'étaient rap- » proches des villes, troublaient la » société, et ils eurent souvent besoin » d'être réprimés par les édits sévères » de Constantin Copronyme et des » autres empereurs. » Il n'a eu garde d'ajouter que ces empereurs étaient
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iconoclastes ou briseurs d'images, et que les moines soutenaient de toutes leurs forces la doctrine catholique touchant le culte des images. Il n'a pas dit que Constantin Copronyme fut un monstre de cruauté, qui lit tourmenter, mutiler, périr dans les supplices un grand nombre d'évêques, de prêtres et de moines, parce qu'ils ne voulaient pas imiter son impiété.
Voyez Iconoclastes. Est-il permis de travestir ainsi l'histoire ecclésiastique, pour favoriser les opinions des protestants?
Il assure que dans l'Occident les moines ne suivaient plus aucune règle, qu'ils étaient livrés à l'oisiveté, à la crapule, à la volupté et aux autres vices, et il le prouve par la multitude des capitulairesdeCharlemagne qui tendaient à les réformer. Il y eut sans doute alors plusieurs monastères peu réglés ; mais, si l'on veut consulter le viu° siècle des Annales des bénédictins, et les Actes des saints de cet ordre, par dom Mabillon, on verra que le mal n'était pas aussi grand ni aussi général que Mosheim voudrait le persuader. Ce qui se passait dans les Etats de Charlemagne ne prouve rien contre les moines d'Angleterre, d'Espagne et d'Italie.
Pour réformer le clergé séculier, on jugea qu'il fallait assujettir les prêtres qui desservaient les cathédrales à la vie commune ; saint Chrodegand, évèque de Metz, écrivit pour eux une règle à peu près semblable à celle des monastères; telle est l'origine des chanoines ; ce fait n'est pas propre à prouver que la vie monastique élait pour lors uu cloaque de vices et de dérèglements. On sait d'ailleurs que la plupart des auteurs de ce siècle dont il nous reste des écrits, ont été des abbés ou des moines.
Il en est de même du neuvième.
Mosheim a remarqué que dans ces deux siècles un grand nombre de seigneurs, de princes, de souverains, renoncèrent à leur fortune et à leur dignité, et se confinèrent dans les cloîtres pour servir Dieu. On vit les empereurs et les rois choisir des moines pour en faire leurs ministres, leurs envoyés dans les cours, leurs hommes de conliance. Cet historien
n'en soutient pas moins qu'en général les moines étaient déréglés, puisque Louis le Débonnaire se servit de saint Benoît d'Aniane pour les réformer, pour rétablir la discipline monastique, pour réunir les monastères sous la même règle et sous le même régime. Si cela prouve que tous n'étaient pas des s&ints, cela démontre aussi que, de tous les états de la société, celui-ci était encore le moins mauvais et dans lequel il y avait le moins de vices, et que jamais ou ne lui a pardonné aucun désordre.
On ne peut pas disconvenir que le relâchement de l'état monastique, pendant ces deux siècles, ne soit venu des désordres du gouvernement féodal. La licence avec laquelle les seigneurs pillaient les monastères, s'en appropriaient les revenus, sous prétexte de protection ou autrement, ré- ' duisit les abbés à se défendre par la force ; ils armèrent leurs vassaux, se mirent à leur tête, et se rendirent redoutables. Ils furent admis aux parlements avec les évèques, et commencèrent à faire comparaison avec eux; ils prirent parti dans les guerres civiles comme les autres seigneurs.
Les Normands, qui couraient la France, achevèrent de tout ruiner.
Les moines qui pouvaient échapper à leurs ravages quittaient l'habit, revenaient chez leurs parents, prenaient, les armes, ou faisaient quelque trafic pour vivre. Il n'est pas surprenant que les monastères qui restaient sur pied fussent souvent occupés par des moines ignorants qui savaient à peine lire leur règle, gouvernés par des supérieurs étrangers ou intrus. Mais ce n'est pas sur ces temps d'anarchie et de calamité qu'il faut juger des moines de l'univers entier.
Dans le x e siècle, saint Odon, abbé de Cluny, fit dans son ordre une réforme qui fut presque généralement adoptée, mais qui, suivant Mosheim, consistait principalement en pratiques minutieuses et incommodes. Il nomme ainsi l'abstinence et le jeune, la clôture plus sévère, l'assiduité au cœur, la privation des commodités superflues, etc. Mais ce sont ces prétendues minuties qui entretiennent la fidélité à la règle, nourrissent la
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piété et soutiennent la vertu. Si les moines avaient été pour lors sans lois, sans mœurs, sans religion, et habitués à des vices grossiers, auraient-ils été aussi aisés à réformer ? un seul homme en serait-il venu à bout? On n'a rien reproché aex Orientaux dans ce siècle, ni dans le précédent, ni dans le onzième, parce qu'ils ne furent pas tourmentés comme les Européens.
A cette nouvelle époque, nous trouvons encore dans Mosheim une contradiction palpable. Il dit que tous les écrivains de ce temps -là parlent de l'ignorance, des fourberies, des contestations, des dérèglements, des crimes et de l'impiété des moines; que cependant ils étaient considérés, honorés et enrichis, parce que les séculiers, qui étaient encore plus vicieux et plus ignorants qu'eux, se flattaient d'expier tous leurs crimes par les prières des moines achetées à prix d'argent ; que cependant ceux de Cluny étaient les plus estimés et les plus respectés, parce qu'ils semblaient être les plus réguliers et les plus vertueux.
De ce tableau, évidemment trop chargé, il résulte déjà que les laïques de ce siècle n'étaient ni assez stupides pour ne pas distinguer parmi les moines, ceux qui paraissaient les plus réguliers, ni assez corrompus pour ne pas les estimer plus que les autres. Cela posé, on ne persuadera jamais que les séculiers aient pu a*,oir aucune confiance aux prières d'une classe d'hommes que les écrivains de notre temps peignent comme des scélérats et des impies. Aussi cette prétendue scélératesse n'estelle prouvée par le témoignage d'aucun écrivain contemporain. On pourra peut-être citer dans l'histoire quelques faitsparticuliers très-odieux, mais c'est une injustice et une inconséquence de conclure du particulier au général. Il en résulte, en second lieu, que les désordres, vrais ou faux, reprochés aux moines, n'étaient point le vice de leur état, mais le vice du siècle; que, vu l'excès de la corruption qui régnait universellement pour lors, il était à peu près impossible qu'elle ne pénétrât pas dans les
cloîtres; et l'on pourrait porter à peu près le mèmejugemcnl de notre propre siècle. Quand l'impiété, l'irréligion et la morale pestilentielle des philosophes incrédules viendraient à se glisser jusque dans les monastères, il ne s'ensuivrait rien contre la sainteté de l'état monastique.
C'est dans le xi e siècle que saint Romuald fonda en Italie l'ordre des camaldules , saint Jean Gualbert celui de Vallombreuse ; que l'abbé Guillaume forma en Allemagne la congrégation d'Hirsauge, et que saint Robert, abbé de Molesme, fit éclore en France l'ordre de Citeaux; ils firent revivre toute la sévérité de la règle de saint Benoit. Voilà donc toujours des moines qui consentent à rentrer dans la régularité, et qui trouvent dans leur règle primitive le moyen de se réformer. C'est cependant contre la règle même que les protestants et les incrédules déclament; mais lorsqu'ils auront poussé l'erreur, l'impiété, l'irréligion, jusqu'au comble, qui les réformera?
Sur la lin de ce même siècle commença l'ordre des chartreux; Mosheim convient qu'il n'en est aucun qui ait conservé plus constamment la ferveur de sa première institution :
depuis sept siècles entiers il n'a pas eu fcesoin de réforme.
On sait l'éclat que saint Bernard, par ses talents et par ses vertus, donna pendant le xu e siècle à l'ordre de Citeaux, et l'abbé Suger à celui de saint Benoit. Ces deux grands hommes ont cependant trouvé des censeurs : le mérite éminent en aura toujours. Mosheim parle désavantageusement du premier, et ne dit rien du second. Il insiste sur les contestations et l'inimitié que la diversité des intérêts fit bientôt nailre entre ces deux ordres religieux, et les disputes qui survinrent entre les moines et les chanoines réguliers. On ne voit point que ces dissensions aient altéré la pureté des mœurs dans ces différents corps. Les autres ordres qui furent institués dans ce même siècle, celui de Fontrevault, celui des prémontrés et celui des carmes, sont une preuve que l'on continuait à estimer l'état monasiique.
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Le nombre de ces ordres augmenta beaucoup dans le treizième; notre historien est forcé d'avouer qu'il y eut parmi les moines devrais savants ; que les dominicains espagnols étudièrent, la langue et la littérature arabe pour pouvoir travailler à la conversion des Juifs et des Sarrasins, ou des Maures mahométans ; c'est alors que l'on vit naître les ordres mendiants. Mosheim convient que leur institution fut l'effet de la nécessité dans laquelle se trouvait l'Eglise. Le clergé séculier négligeait ses fonctions, laissait manquer les peuples de secours spirituels, et les anciens moines s'étaient beaucoup relâchés. Les hérétiques, divisés en plusieurs sectes, se réunissaient à soutenir que les ministres de l'Eglise devaient ressembler aux apôtres, et pratiquer la pauvreté volontaire ; les docteurs de ces sectes en faisaient profession, ne cessaient de déclamer contre les richesses et les mœurs relâchées du clergé et des moines, et les peuples se laissaient séduire par ces invectives, A la pauvreté fastueuse et insolente des sectaires, il fallut opposer l'exemple d'une pauvreté humble et modeste, jointe à une vie austère et mortifiée. C'est ce qui lui ht propager en peu de temps les ordres des dominicains, des franciscains, des carmes et des augustins.
Notre historien avoue qu'ils rendirent d'abord de très-grands services, que leur zèle et la pureté de leurs mœurs inspirèrent aux peuples le respect et la confiance; mais il observe qu'il en résulta de très-grands abus, Les mendiants, singulièrement protégés par les papes et par les souverains, se mêlèrent de toutes les affaires, se chargèrent de toutes les fonctions, débauchèrent les peuples à leurs pasteurs, empiétèrent sur les droits des évêques, portèrent le trouble dans les universités dans laequelles ils occupaient des chaires, séduisirent les ignorants par de fausses révélations et de faux miracles, fatiguèrent même les souverains pontifes par leurs dissensions et leurs erreurs. Ainsi le mal ne manque presque jamais de naître du bien ; c'est l'histoire de tous les siècles et la
destinée de la nature humaine :
mais faut-il nous abstenir de faire du bien, de peur que dans la suite il n'en arrive du mal? Si les laïques avaient été moins imprudents, les moines mendiants n'auraient pas eu l'occasion d'oublier si aisément leurs devoirs et leur destination. Nous continuons d'en conclure que les peuples n'ont jamais estimé les ministres de la religion qu'à proportion des services qu'ils en ont tirés.
Les dissensions et les disputes entre les religieux mendiants et les autres corps ecclésiastiques ont duré pendant tout le quatorzième siècle. Les premiers ont été accusés d'énerver la discipline ecclésiastique, de pervertir l'esprit du christianisme, d'amuser les penples par des dévotions minutieuses, et souvent superstitieuses, etc. De nos jours, les mêmes reproches ont été renouvelés contre les jésuites, auxquels on n'a cependant pu imputer l'ignorance ni la corruption des mœurs. Quelques docteurs d'un caractère trop ardent exagérèrent ces abus, reprochèrent aux souverains pontifes de les fomenter, allèrent jusqu'àblâmer absolument les pratiques desquelles ils voyaient naître de mauvais effets; tels 'furent Jean Wiclef en Angleterre, et Jean Il us dans le siècle suivant. De ce foyer sont sorties les étincelles qui ont embrasé le seizième, et qui ont fait éclore le schisme des protestants.
Mosheim dit que l'on a tenté vainement de corriger les moines pendant près de trois siècles; que rien n'a pu dompter le caractère insolent, hargneux, ambitieux, opiniâtre, superstitieux des mendiants, non plus que la fainéantise, l'ignorance et le libertinage des autres. Il est fâcheux que Luther, premier fondateur de la réforme, ait été élevé dans une pareille école, et en ait contracté tous les vices.
Bingham, quoique prévenu contre l'Eglise romaine, a parlé des moines avec plus de modération; il ne s'est pas emporté contre eux ; il semble même approuver l'état monastique tel qu'il était dans son origine. Il ne blâme chez les religieux que la cessation du travail des mains, les vœux,
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l'élévation des moines à la cléricature, et les exemptions qu'ils ont obtenues. On voit évidemment que Mosheim ne les a noircis, dans tous les siècles, qu'atin de persuader qu'au seizième ils avaient absolument changé le fond même du christianisme, et qu'il était indispensablement nécessaire de le réformer, ou plutôt de le créer de nouveau. Mais des invectives, dictées par le besoin de système, ne peuvent pas faire beaucoup d'impression sur des hommes instruits.
Malgré toute la bile qu'il a vomie contre eux, il demeure certain, 1° que l'état monastique est venu non-seulement des persécutions du christianisme, et du malheureux état des peuples sous le gouvernement romain, toujours dur et tumultueux, mais du désir de trouver le vrai bonheur ; que Jésus-Christlaitconsister dans la pauvreté volontaire, dans les larmes de la pénitence, dans le désir ardent de la justice et de la perfection, dans la persévérance à porter la croix; que cet état n'inspire point le vice, mais la vertu, et qu'il en a donné de grands modèles dans tous les temps. Depuis que les religieux de la Trappe et de Sept-Fontsi« tracent parmi nous la vie des cénobites de la Thébaïde, a-t-on eu lieu de suspecter leurs mœurs cit de douter de la sincérité de leurs vertus?
Leur exemple a fait une infinité de conversions, et il en fera toujours ; l'admiration qu'elle cause n'est point un étonnement stupide et mal fondé, comme le prétendent les incrédules, mais un juste tribut que l'humanité doit à la vertu qui, selon l'énergie du terme, est la force de l'âme.
2° Il est incontestable que les changements survenus dans la discipline de l'état monastique, comme les vœux, la stabilité, l'usage d'élever les moines à la cléricature, les exemptions, les congrégations, les réformes, ont été foi>s par nécessité et pour un plus giand bien; vouloir que les religieux eussent persévéré dans le même régime pendant dix-sept siècles, dans les divers climats, et malgré toutes les révolutions survenues dans le monde, c'est méconnaître la nature de l'homme. Faut-il renoncer à la
vertu, parce qu'elle ne peut jamais êtreassezjconstante, ni assez parfaite?
Quand on a eu le malheur de s'en écarter, il faut y revenir et tenter de nouveaux efforts. Lorsque les moines se sont relâchés, il n'a jamais été impossible de les réformer; il n'a fallu pour cela qu'un homme sage et courageux.
3° L'on ne peut pas nier que dans tous les temps ils n'aient rendu da grands services, surtout pour les missions. En Orient, saint Siméon Stylite, que l'on a voulu faire passer pour un insensé, a cependant converti au christianisme les Libaniotes encore idolâtres, et une partie de l'Arabie ; Mosheim en convient. L'Occident est redevable aux moines de la conversion des peuples du Nord, de leur civilisation et de la tranquillité de l'Europe depuis cet événement Ils ont contribué plus que personne à diminuer la férocité des Barbares, à sauver les débris des sciences et des arts, à réparer les ruines de nos malheureuses contrées; ils ont défriché les forêts, et ont rassemblé autour d'eux les peuples désolés. Pendant huit ou dix siècles, la plupart des grands évèques ont été tirés du cloître. Aujourd'hui encore une partie des ordres religieux envoie des missionnaires dans les trois parties du monde qui en ont le plus besoin.
Ils font cultiver ce que leurs prédécesseurs ont défriché; plusieurs dans les différents ordres s'appliquent aux.
sciences avec succès; ils rassemblent et débrouillent les monuments de l'antiquité, ils nourrissent des pauvres, ils exercent l'hospitalité; les monastères sont un refuge pour les familles surchargées d'enfants, et ceux qui s'y retirent rendent quelquefois plus de services à leurs parents que s'ils étaient restés dans le monde. Un gi-and nombre aident le clergé séculier dans ses fonctions.
Il est bien absurde de fouiller dans tous les coins de l'histoire, pour y découvrir les vices des moines, sans dire jamais un mot de leurs vertus ni de leurs services, ou de ne faire mention de leurs travaux que your les déprimer et en empoisonner le motif. D'un côté, l'on ne cesse d'in-
sister sur leur oisiveté, et de l'autre on les réprésente toujours agissant dans la société, et occupés à y faire du mal. Il serait à souhaiter, sans doute, que dans tous les temps les religieux eussent été tous humbles, modestes, désintéressés, attachés à leur règle, renfermés chez eus, moins attentifs à se prévaloir de leurs services et de la conliance des peuples.
Mais l'humanité est-elle capable de cette perfection angélique. Pour se rendre utiles, il a fallu fréquenter les laïques, et leur vertu n'y a jamais rien gagné; souvent, au lieu de réformer les mœurs publiques, ils ont contracté une partie de la contagion; c'est le danger auquel sont exposés tous ceux qui travaillent au salut des âmes.
4° Mosheim et ses pareils en imposent, lorsqu'ils représentent l'état monastique comme absolument dépravé au seizième siècle. Il pouvait être fort déchu en Allemagne, et dans les pays du Nord, parce que la crapule est un vice inhérent au climat; mais encore une fois, les protestants devraient se souvenir que le plus grand nombre des apôtres de la réforme ont été des moines échappés du cloître, et qui en ont conservé tous les vices, au lieu d'en pratiquer les vertus.
Dans les décrets de réforme faits par le concile de Trente, nous ne voyons rien qui prouve que l'état monastique avait besoin d'être absolument changé ; ces décrets ont plutôt pour objet de maintenir la discipline telle qu'elle était, que d'en introduire une meilleure. Les anciennes lois étaient bonnes, il n'était question que de les faire exécuter. Mosheim blesse encore davantage la vérité, lorsqu'il dit que, même après le concile de Trente, la fainéantise, la crapule, l'ignorance, la friponnerie, l'impudicité, les disputes, n'ont pas été bannies des cloîtres, mais que l'on a seulement eu plus de soin de les cacher, atin de donnera entendre qu'elles n'y régnent plus aujourd'hui. N'y en a-t-il plus chez les protestants? Nous devons savoir mieux qu'eux quelles sont les mœurs du cloître, puisque nous les voyons de plus près qu'eux.
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Le plus célèbre des philosophes incrédules, dans un moment de flegme, a reconnu l'absurdité des satires qu'il a lancées contre l'état religieux, et que tant d'autres écrivains ont copiées. « Ce fut longtemps, dit-il, une » consolation pour le genre humain » qa'l y eût des asiles ouverts à tous » ceux qui voulaient fuir les oppres- » sions du gouvernement goth et van- » dale. Presque tout ce qui n'était pas » seigneur de château était esclave; » on échappait, dans la douceur des » cloîtres, àlatyrannieetàla guerre...
» Le peu de connaissance qui restait » chez les barbares fut perpétué dans » les cloîtres. Les bénédictins trans- » crivirent quelques livres; peu à » peu il sortit des monastères desin- » ventions utiles; d'ailleurs ces reli- » gieuxcultivaientla terre, chantaient » les louanges de Dieu, vivaient so- » brement, étaient hospitaliers, et » leurs exemples pouvaient servir à » mitiger la férocité de ces temps de » barbarie. On se plaignit que bientôt » après les richesses corrompirent ce » que la vertu avait institué
« On ne peut nier qu'il n'y ait eu » dans le cloître de grandes vertus.
» Il n'est guère encore de monastères » qui ne renferment des âmes admi- » râbles cpii font honneur à la nature » humaine. Trop d'écrivains se sont » plu à rechercher les désordres et » les vices dont furent souillés quel- » quefois ces asiles de la piété. 11 est » certain que la vie séculière a tou- » jours été pi us vicieuse, que les grands » crimes n'ont pas été commis dans » les monastères, mais ils ont été » plus remarqués par leur contraste » avec la règle; nul état n'a toujours » été pur. Il faut n'envisager ici que » le bien général de la société ; le » petit nombre de cloîtres fit d'abord » beaucoup de bien, le trop grand » nombre peut les avilir.... »
« Il dit que « Les chartreux, mal- » gré leurs richesses, sont consacrés » sans relâchement au jeûne, au si- » lence, à la prière, à la solitude :
» tranquilles sur la terre au milieu » de tant d'agitations dont le bruit » vient à peine jusqu'à eux, et ne con- » naissant les souverains que par les » prières où leurs noms sont insérés, m
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En parlant de ceux qui ont trop déclamé contre les religieux en général, « Il fallait avouer, dit-il, que les » bénédictins ont donné beaucoup de d bons ouvrages, que les jésuites ont » rendu de grands services aux belles- » lettres : il fallait bénir les frères de » la charité et ceux de la rédemption » des captifs. Le premier devoir est » d'être juste... Il faut convenir, wial- » gré tout ce que l'on a dit contre » leurs abus, qu'il y a toujours eu » parmi eux des hommes éminents en » science et en vertu, que s'ils ont » fait de grands maux, ils ont rendu » de grands services, et qu'en géné- » rai on doit les plaindre encore plus » que les condamner...
» Les instituts consacrés au soula- » gement des pauvres et au service » des malades ont été les moins bril- » lants, et ne sont pas les moins res- » pectables. Peut-être n'est-il rien de » plus grand sur la terre que le sacri- » fiée que fait un sexe délicat, de la » beauté, de la jeunesse, souvent de » la haute naissance, pour soulager » dans les hôpitaux ce ramas de tou- » tes les misères humaines, dont la » vue est si humiliante pour l'orgueil, » et si révoltante pour notre déliea- » tesse. Les peuples séparés de la » communion romaine n'ont imité » qu'imparfaitement une charité si » généreuse... Il est une autre con- » grégation plus héroïque; car ce » nom convient aux trinitaires de la » rédemption des captifs; ces reli- » gieux se consacrent depuis cinq » siècles à briser les chaînes des » chrétiens chez les Maures. Ils em- » ploient à payer les rançons des es- » claves leurs revenus et les aumônes » qu'ils recueillent, et qu'ils portent » eux-mêmes en Afrique. On ne peut » se plaindre de tels instituts. » Essais sur l'Hist. rjèn. t. 4, c. 135; Quxst.
sur l'Encyc, Apocalypse, Biens d'Eglise, etc.
On sait que les prêtres de la mission de saint Lazare, les capucin', et d'autres religieux, prennent aussi part à cette bonne œuvre, si digne de îa charité chrétienne. Il y a eu au xn e siècle un institut de religieux pontifes qui s'étaient dévoués à la construction des ponts et à la répara-
tion des grands chemins. Nous ne devons pas passer sous silence ceux qui se consacrent à l'instruction des enfants pauvres, et qui tiennent les écoles de charité (1). Voyez, Hospitaliers, Rédemption, Ecoles, etc. 11 est étonnant que les protestants, lorsqu'ils parlent des moines, soient moins équitables que les philosophes incrédules; mais ils ont bien d'autres torts à se reprocher. Nousparlerons ci-après des richesses des moines. Bsrgier.
MOÏSE, législateur des Juifs, a écrit sa propre histoire avec celle de son peuple. La principale question qui doit occuper les théologiens, est de savoir si cet homme célèbre a été véritablement envoyé de Dieu, et s'il a prouvé sa mission par des signes incontestables ; de là dépendent la vérité et la divinité de la religion juive. Or, nous soutenons que Moïse l'a prouvée en effet par ses miracles, par ses prophéties, par la sagesse de sa doctrine, de ses lois et de sa conduite ; les incrédules ne lui rendent justice sur aucun de ces chefs ; mais nous verrons que leurs soupçons, leurs conjectures, leurs reproches sont très-mal fondés.
Plusieurs ont poussé la prévention et le goût des paradoxes jusqu'à contester l'existence de Moïse, et à soutenir sérieusement que c'est un personnage fabuleux. Nous opposons à ces écrivains téméraires et très-mal instruits, en premier lieu, les livres que Moïse a écrits, et qui ne peuvent pas avoir été faits par un autre.
Voy. Pentateuque. En second lieu, le témoignage des auteurs juifs qui ont écrit après lui : tous en parlent comme du législateur de leur nation; la loi juive est constamment nommée la loi de Moïse; sa généalogie est rapportée non-seulement dans les livres de l'Exode, du Lévitique et des Nombres, mais encore dans ceux des Paralipomènes et d'Esdras. En troisième lieu, le sentiment etla croyance des historiens profanes, égyptiens, phéniciens, assyriens, grecs et rôti) Un beau livre morlorne, qu'il convient d'é'udier sut' ce sujet, c'est l' Histoire des tiioines d'Oc* cident pdi' M. de TiIûntulcLLbc t.
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mains. Us sont cités par Josèphe dans ses livres contre Appion, par Tationdans son Discours contre les Grecs, par Origène dans son ouvrage contre Cclse, par Eusèbe dans sa Préparation évangcliijue, par saint Cyrille contre Julien. Comment, malgré tous ces monuments, a-t-on osé répéter vingt fois de nos jours <jua Moïse a été inconnu à toutes les nations (1 ) ?
Si un philosophe s'avisait de contester aux Chinois l'existence de Confucius, aux Indiens, celle dû Beass- Muni, de Goutan et des autres brahmes qui ont rédigé leurs livres et leurs lois ; aux Perses, l'existence de Zoroastre ; aux musulmans, celle de Mahomet, il serait regardé comme un insensé. De tous ces personnages, cependant, il n'en est aucun dont l'existence soit constatée par des preuves plus fortes et plus multipliées que celle de Moïse.
Le seul raisonnement que l'on ait opposé à ces preuves, ne porte que sur une pure conjecture. M. Huet s'était persuadé que les fables des païens n'étaient rien autre chose que l'Histoire sainte altérée et corrompue, que les personnages de la mythologie étaient Moïse lui-même, Il prétendait retrouver les actions et
(1; Quelques écrivains modernes ont osé dire que Moïse pourrait bien n'être qu'un personnage fabuleux. Pourquoi n'ont-ils pas dit en même temps que les Juifs étaient un peuple imaginaire ? car enfin leur religion, leurs fêtes, leur jurisprudence, les coutumes quiis observent encore sous nos yeux, tout est fondé sur l'autorité de Moïse, tout nous rappelle le souvenir de Moïse, tout nous démontre Fexistence réelle de Mniso. Où sont les preuves, ou du ardus les doutes que l'on puisse opposer au témoignage d'une nation qui réclame son fondateur ? Âpiès tout, les Juifs ont eu un législateur, puisqu'ils ont des lois ; et ce législateur a dû vivre il y a plus de trois mille ans, puisque dès lors nous voyous le peuple juif gouverné par les lois qu'il suit encore aujourd'hui. Si ce législateur n'est pas Moïse, que l'on nous dise enfin quai autre il faut mettre en sa place : laissons à chaque peuple le soio de nous instruire des noms et de l'histoire de ses grands hommes, et n'allons pas, nous qui ne sommes qnt) d'hier, disputer par caprice, contre les titres les plus incontestables de l'antiquité.
« Il s'eBt trouvé des hommes, dit Voltaire, qui a ont poussé le pyrrhonisme de l'histoire jusqu'à
> douter qu'il y ait eu un Moïse Nous sommes
» bien loin d'adopter ce sentiment téméraire, qui » saperait tons les fondements de l'histoire an- » cienne du peuple juif.» {Philos.de l'fii-t., ch. 40 ) Pourquoi ne p. dire que cette licence saperait les fondements de l'histoire de tous les peuple» de la terre?
GoLiSET,
les caractères de ce législateur, nonseulement dans Osiris, Bacchus, Sérapis, etc., dieux égyptiens, mais encore dans Apollon, Pan, Esculape, Prométhée, etc., dieux ou héros des Grecs et des Latins. De là l'auteur de la Philosophie de l'Histoire est parti pour argumenter contre l'existence de Moïse. Nous retrouverons, dit-il, tous ces caractères dans le Bacchus des Arabes ; or, celui-ci est un personnage imaginaire : donc il en est de même du premier. Ce raisonnement lui a paru si victorieux, qu'il l'a répété dans vingt brochures.
C'est comme s'il avait dit : L'histoire juive est le fond ou le canevas sur lequel les païens ont brodé leur' mythologie : or, celle-ci n'a aucune réalité ; donc il en est de même de l'histoire. Mais une broderie faite d'imagination détruit-elle le fond sur lequel elle est appliquée"? La question est de savoir si c'est l'historien juif qui a copié les fables des païens, ou si ce sont ces derniers qui ont travesti l'histoire de Moïse, Il fallait donc commencer par prouver que celle-ci est moins ancienne que les fables du paganisme, L'auteur de l'objection n'a pas seulement osé l'entreprendre, et aucun incrédule n'est en état de citer un seul livre profane dont l'antiquité remonte aussi haut que l'histoire juive.
Si les conjectures de M. Huet étaient vraies, elles continueraient plutôt qu'elles ne détruiraient l'existence de Moïse. Mais les conjectures, quelque ingénieuses qu'elles soient, ne prouvent rien. Ajoutons que, pour faire cadrer l'histoire du législateur des Juifs avec le prétendu Bacchus des Arabes, notre philosophe attribue à ce dernier des aventures auxquelles les Arabes n'ont jamais pensé.
Un autre monument que ce critique oppose à l'existence de Moïse, est une histoire romanesque de ce personnage, composée par les rabbins modernes, remplie de fables et de puérilités, mais qu'il soutient être fort ancienne. La vérité est qu'elle ne remonte pas plus haut que le douzième ou le treizième siècle, qu'elle n'a aucune marque d'une
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plus haute antiquité, mais plutôt tous les caractères possibles d'une composition très-récente ; qu'aucun ancien auteur ne l'a connue, et qu'elle ne valait pas la peine d'être tirée de la poussière. S'il nous arrivait d'employer des titres aussi évidemment faux, les incrédules nous accableraient de reproches. Venons aux preuves de la mission de Moïse.
T. Que ce législateur ait fait des miracles, c'est un fait prouvé, en premier lieu, par l'attestation des témoins oculaires. Josué, successeur de Moïse, prend à témoins les chefs de la nation juive des prodiges que Dieu a opérés en leur faveur et sous leurs yeux, soit en Egypte, soit dans le désert, et leur fait jurer d'être fidèles au Sseigneur. Josue, c. 24. Ces mêmes miracles sont rappelés dans le livre des Juges, c. 2, f 7 et 12; c. 6, f 9 ; dans les psaumes de David, 77, 104, 105, 106, 134, etc ; et ces psaumes étaient chantés habituellement dans le temple : on en retrouve le récit abrégé dans le livre de Judith, c. S. Voilà donc une croyance et une tradition constante de ces miracles établie dans toute la nation, dès le temps auquel ces miracles ont été faits. De quel front les incrédules viennent-ils nous dire que l'opinion n'en est fondée que sur le témoignage de Moïse lui-môme? (1)
(1) L'histoire écrite par Moïse est renfermée dans les cinq livres qui composent le Pentateuque. Cette histoire se divise naturellement en deux parties. La première, qui se trouve rapportée dans le livre de la Genè e, comprend en abrégé ce qui s'est passé depuis la créatioû du monde jusqu'à l'établissement de Jacob et de ses douze fils en Egypte. La seconde, renfermée dans les quatre derniers livres du Pentateuque, commence peu avant la naissance de Moïse, et contient un récit très-circonstancié de sa mission, de ses prodiges, de la délivrance des Hébreux, de leur séjour dans le désert, enfin, tout le détait de la législation de Moïse. C'est à l'examen de la seconde partie que nous nous arrêtons particulièrement. Car si les miracles de l'Exode sont des faits certains, avérés, incontestable, on ne peut disputer à Moïse la mission divine que les juifs et les chrétiens lui attribuent; et son autorilé établie par les prodiges nous garantit la vérité des faits contenus dans le livre delà Gonèse. 1 oyez tes notes gîte nous avons ajoutées à L'article Genèse. Il faut aussi remarquer qu'il s'agit ici spécialement de la véracité des livres de Moïse, dont l'authenticité et l'intégrité se trouvent établies aux articles EcaiTUhK saints, Peniateuque. Nous supposons, parce qu'on l'a prouvé, que Moïse est l'auteur des livres qu'on lui attribue, et que pour le fond, ces livras sont encore aujourd'hui tels qu'ils sont sortis
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En second lieu, les auteurs profanes en ont été instruits. Josèphe soutient, contre Appion, que selon l'opinion des Egyptiens mêmes, Moïse
des mains de leur auteur. Il ne reste qu'à prouver que les faits, les miracles, qui sont rapportés dans if) ^Pentateuque, sont certains, incontestables, et qu'on ne peut les révoquer en doute sans tomber dans le pyrrhonisrae la plus absurde.
Mais avant d'entrer dans cette discussion, nous allons mettre sous les yeux du lecfeur un précis de l'histoire de Moïse.
Les Hébreux établis dans une province <]j l'Egypte, sons le ministère et par le crédit de Joseph, s'y étaient extrêmement multipliés pendant près de deux siècles, lin nouveau roi, jaloux de leur prospérité, les accable de charges et de tïayaux insupportables ; il ordonne que l'on fasse périr tous les enfants mules do cette nation à mesure qu'ils naîtraient. Mnlsa , exposé sur
le fleuve, est sauvé p ir la Olle du
qui le fait
nourrir et l'adopte pour son Gis. Il tue un Egyptien qui maltraitait un Hébreu : ce meurtre est découvert : il s'enfuit dans le pays de Madian. Dien, touebé des cris de son peuple, apparaît à Moïse: il lui déclare qu'il l'a choisi pour délivrer les Israélites: il fait plusieurs miracles en ?a présence, il lui donne le pouvoir d'en faire lui-même pour constater sa mission aux yeux de Pharaon et des Israélites, Moïse et Aaron son frère se présentent devaDt Pharaon, et lui intiment les ordres du Seigneur: ce prince les méprise, il refuse de laisser sortir les Hébreux^ il appesantit leur joug. Toute l'Egypte est frappée coup sur coup de dix plaies épouventabies ; mais le cœur de Pharaon s'endurcit. Enfin les Hébreux, au nombre décent mille, sans les femmes, les enfanta et une multitude d'étrangers, s'assemblent sous les ordres de Moïse, et prennent leur route du côté de la mer Ronge. Pharaon les poursuit : renfermés entre la mer et l'armée des Egyptiens, ils regardent lenr perte comme inévitable, lorsqu'à la voix de Moïse la mer s'ouvre et leur laisse un libre passage. Pharaon, que la fureur aveugle, les suit à travers les flots qui se renferment et i'englontissent avec toute son armée. Depuis ce moment jusqu'à la mort de Moïse, toute l'histoire des Hébreux n'est qu'une suite continuelle de prodiges. Pendant quarante ans un pain miraculeux les fait subsister dans les déserts arides de l'Arabie ; un nuée lumineuse guide leur marche ; Dien publie sa loi sur le mont Sinaï au milieu des tonnerres et des éclairs; plus d'une fois la vengeance divine éclate sur lei infractenrs de la loi. Cependant Moïse donne à son peuple une loi sainte, une police admirable. Il meurt sur les bords de la terre promise, laissant à Josué le soin d'y établir les Israélites.
Toile est l'histoire extraordinaire, tels sont les faits qu'on a toujours admis, qu'"n a toujours crus, malgré les difficultés des incrédules, dont les efforts n'ont servi qu'à rendre la vérité plus éclatante. Quaml on considère d'un cùté la nature des faits que Moïse a donnés pour preuves de sa missiuo, de la mission la plus importante, et de l'autre, cette croyance forte et constante du peuple juif, cette foi inébranlable d'une nation entière, qui est devenue la foi des chrétiens, c'est-à-dire de tous les peuples du monde, n'est-oo pas forcé de reconnaître la vécité de ces prodiges, ou d'avouer que les histoires les plus authentiques et les plus avérées ne sont que des fables inventées à plaisir ? Cette réflexion suffirait pour arrêter le déiste qui n'a pas encore poussé l'extra voyance jusqu'en pyrrhouisme. Mais, ne voulant rien laisser à désirer sur un point
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était un homme admirable, et qui avait quelque chose de divin, 1. -I, c. 10. C'est ainsi qu'eu parle Diodore de Sicile dans un fragment rapporté
par saint Cyrille, contre Julien, h 1, p. i5. Il cite d'autres auteurs qui en ont parlé de même, Polémon, Ptolomée de Mendès, HeJlanicus, Philo-
aussi important, nous allons, d'après M. Duvoisio, développer la preuve de la véracité de Moïse.
I. Si l'Iiistoire emprunte souvent une partie de de son autorité du caractère de l'historien, j'ose dire qu'à cet égard il n'est point de faits mieux attestés que les miracles de Moïse : d'une part, Moïse n'a pu se tromper, puisqu'il est contemporain, témoin oculaire et principal acteur dans l'histoire qu'il nous a laissée ; d'un autre côté, sa bonne foi, sa probité, son désintéressement, sa religion ne permettent pas de l'accuser d'imposture.
D'abord ou ne peut contester à Moïse la qualité d'historien contemporain et de témoin oculaire; pourquoi donc ne mériterait-il pas à ce titre la môme conûance qu'un Xénophnn, un Thucydide, un Polybe, un César? S'il y avait quelque différence entre l'auteur du Pentateuque et ces écrivains, ne serait-elle pas à ^avantage du premier? Les écrits de César, de Polybe, de Thucydide, do Xénophon, ne renfermaient pas les principes fondamentaux de [a jurisprudence et de la religion des Grecs et des Romains, ils n'excitaient pas le même intérêt, ils n'étaient pas d'un usage aussi journalier que le Pentateuque ; la retraite des mille, les guerres du Péloponese, de Carlhage et des Gaules, étaient des faits éloignés et presque indifférents pour la plus grande partie de la Grèce et et de l'Italie, au lieu que les miracles de Moïse étaiont pour tou- les Israélites ses contemporains, des faits présents et peisonneis. Xénnphon et César écrivaient l'un dans Athènes, l'autre à Rome, ce qui s'était passé en Asie et dans les Gaules ; Moïse écrit son histoire sous les yeux des témoins, dans le temps et sur la scène des événements.
Oui, direz-vons peut-être, Moïse était parfaitement instruit des faits qu'il raconte, et j'avoue sans peine qu'il n'a pn être trompé; mais comment pnis-je m'assurer qu'il n'a pas voulu tromper les Israélites ? qui me répondra de sa probité et de sa bonne foi? qni vous en répondra ? les faits euxmêmes, la caractère de Moïse, toute la suite de ses actions, le style de son histoire.
La nature des faits, leur éclat, leur durée, écartent tout Boupçon de fraude. Un fourbe adroit peut éblouir par des prestiges ; son éloquence, son enthousiasme peuvent en imposer à une multitude ignorante ; il peut feindre des prodiges clandestins, et se mén.iger quelques témoins, en les intéressant au succès de son imposture. Jamais la politique ne s'est jouée de la foi des peuples, au point de prétendre les abuser sur des faits publics, notjires, éclatants ; lors même ou'elle cherche à tromper les hommes, elle les respeute assez pour ne pas leur tendre un piège si grossier: la crédulité du peuple a ses bornes; il e->t un terme que l'imposture ne saurait passer ; elle se détruit elle-même quand elle veut aller au delà d'un certain point. Par quel art Moïse aurait-il donc entrepris de persuader à six cent mille hommes qu'ils ont vu pendant quarante ans ce qu'ils n'auraient point vu, ce dont ils n'auraient jamais ouï parler, ce qui n'aurait jamais été ? Comment, dans le feu d'une sédition, aurait-il osé tenir au peuple ce langage : « Vous recoui naîtrez à ceci, que c'est le Seigneur qui m'a en-
» voyé S'ils (Coré, Datlian et Abiroti) meurent
» d'une mort ordinaire.., ce n'est point le Seigneur » qui m'a envoyé ; mais si, par un prodige nouveau, » le Seigneur fuit que la terre s'entr'ouvrant, les » engloutisse avec tout ce qui leur appartient, et
» qu'ils descendent tout vivants en enfer, vous » saurez alors qu'ils ont blasphémé contre le Sei- » gueur ? » Un imposteur se garderait bien de mettre sa mission à une pareille épreuve; il oserait encore moins continuer en eus terme- : h Aussitôt » donc qu'il (Moïse) eut cessé de parler, la terre » s'entr'onvrit sous leur pieds, et le$ dévora avec « leurs tentes et tout ce qui était à eux ; ils deseen- » dirent tout vivants dans l'enfer, et ils périrent » du milieu du peuple: tout Israël qui était «présent s'enfuit aux cris des mourants ; et » chacun disait : Craiguons que la terre ne nous a engloutisse ausn. »
Accusera-t-on Moïse d'avoir fait servir la religion à ses vues ambitieuses ? mais quels traits d'ambition vous o lire son histoire? Elevé dans le palais do Pharaon, îl renonce aux espérances les plus brillantes, « il aime mie partager les ofÛic- » tions du peuple do Dieu, que de goûter les doua ceurs passagères du péché, u II va se cacher dans le pays de Madian, où pendant qaarante ans il n'a d'autre occupation que do paître les troupeaux da Jéthro. Dieu lui commande de se mettre à la tête des Israélites, il s'en excuse, il n'obéit qu'à regret j toute sa vie est empoisonnée par les murmures, les séditions, les infidélités de ce peuple inconstant; il n'use de son autorité que pour maintenir celle du Dieu qui l'envoie ; il'ne vent point qu'elle passe àses enfant' 1 ; c'e^t Josué, un homme étranger à sa famille et à sa tribu, qu'il désigne pour son successeur: La souveraine sacrificature esihérèditare dans U famille d'Aaron, et la postérité du législateur demeura confondue dans la famille des lévites. Moïse ne dissimule pHS ses propres fautes ; il nous apprend le meurtre qu'il commit en la personne d'un Egyptien, sans rien ajouter qui puisse servir à sa justification ; il parle souvent du péché qui lui ferma l'entrée de la terre promise ; il ne déguise pas les crimes de Lévi t chef de sa tribu, d'Aaroa son frère, da Marie sa sœur; de ses neveux Nadat» et Abiu ; il ne s'attribue la gloire d'aucun événement, il ne dit rien, M ne fait rien de lui-même, il n'est que l'interprète et l'exécuteur des ordres du ciel ; c'est Dieu qui prescrit toutes ses démarches, qui dicte toutes ses lois, qui lui inspire tous ses discours.
Loin de flatter les Israélites, Moïse ne cesse de leur reprocher la dureté <V leur co^ur, leur ingratitude, leurs révoltes contro le Seigneur, leur penchant à l'idolâtrie. « Sachez, leur dit-il, » que ce ne sera point à cause de votre justice, que » le Seigneur votre Dieu vous mettra en possession » de cette terre si excellente, puisque vous êtes u a » peuple rempli d'obstination.... Depuis le moment s où vous êtes sortis de l'Egypte, jusqu'à ce lieu où « nous sommes, vous avez toujours murmuré contre
» le S igneur vous lui ave/, été rebelles depuis
u le jour où j'ai commencé rie vous connaître. ■ L'histoire du Pentateuque est pleine de traits déshonorants pour la nation juive, qu'un imposteur o'aurait eu garde d'imaginer, et qu'un écrivain, conduit par des vues humaines, n'aurait pas manqué de supprimer ou d'adoucir. En effet, ni l'inceste de Juda et de Thainar, ni l'adoration du veau d'or, ui les débauches des Israélites avec les filles de Madian, ne se lisent dans les antiquités^de Josëphe ; et nous voyons que la plupart des rabbins se sont étudiés à couvrir la honte et à pulller les crimes da leurs ancêtres par les commentaires les plus ridi-
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cor-us et Castor. Numénius, philosophe pythagoricien, dit que Jonnès et M ambre s, magiciens célèbres, furent choisis par les Egyptiens pour s'op-
eules : pour Moïse, il ne commît pas ses lâches ménagements ; il immols à la vérité la mémoire dé ses pères et l'honneur de sa nation.
Son style est simple, sans ornement, sans réflexions, sans anetinedo ces précautions oratoires propres à écarter les difficultés oui pourraient naître de son récit ; c'est le style d'un historien qui ne maint pas d'être contredit, parce qu'il ne rapporte ifree des faits publics, récents, incontestables, avoués do tons ceux qui doivent lire sou histoire ; il ne se met point en poine do convaincre ses contemporains, il ne veut qu'instruire la postérité ; il raconte : il ne dissecte, il ne prouve jamais ; il défie l'incrédulité, ou plutôt il ne la prévoit pas; de là cette négligence dans les récits, cette confusion dans les dates, ces répétitions fréquentes, toutes ces petites difficultés qui scandalisent les demi-savants, et qui, pour un critique judicieux, sont des preuves sensibles de l'antiquité et de la vérité d'une histoire.
Quoique les livres de Moïse soient remplis de faits miraculeux, on peut dire néanmoins que la vraisemblance y est toujours observée. Car les faits miraculeux ont aussi leur vraisemblance, toutes les fois qu'ils sont proportionnés avec la cause qui les produit, et le but auquel ils se rapportent. Tous les miracles dn Poiitateuqno ont une liaison nécessaire avec la mission «Je Moïse et l'établissement de sa loi : tous sont dignes du Dieu qui les opère. On n'y remarque rien de superflu, rien d'outré, rien d'incroyable. Ils ne sont point accompagnés de circonstances puériles propres à augmenter le merveilleux : ils naissent des événeoi -nts, et non d'une vaine ostentation de puissance. C'est ainsi que doit se manifester l'Etre suprême lorsqu'il daigne parler aux hommes : mais ce n'est pas ainsi que l'aurait fait agir un impostour. Il aurait entassé prodiges sur prodiges : les plus bizarres, lui auraient paru les plus éclatants, il n'aurait point senti que le maître du monde est soumis awx lois de sa sagesse, lors méi.e qu'il s'écnrte des lois de la nature: son imaginât ion échauffée l'aurait entraîné au delà des bornes do la vraisemblance. Jugeons de ce que l'imposture aurait inventé, par le caractère des prodiges rapportés dans les liistoires profanes, dans le Talmnd, dans les écrits des rabbins, dans les légendes fabriquées par quelques auteurs crédules et superstitieux.
Enfin la bonne foi, la religion, l'amour do la vertu, éclatent dans toutes ies actions, et se peignent à chaque page des écrits de Moïse. Ses lois n'ont d'autre but que de fermer les Hébreux à la pratique de tous les devoirs; elles no respirent que la piété, la justice, l'humanité : elles ont pour base la connaissance et le culte du vrai Dieu. « Ecoute, s Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul et uni- » que Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de s tout ton cœur, de toute ton àmo, de toutes tes * forces. » Le législateur sublime qui, dans un siècle d'ignorance et de barbarie, a fondé sa constitution sur ce principe unique de la religion et de la morale, ne serait-il qu'un fourbe et un imposteur?
Toutes les institutions de Moïse, tapa ses discours, toutes ses actions, supposent la vérité reconnue de ses miracles. Ce grand homme ne cesse de les rappeler aux Israélites comme la preuve authentique de sa mission, le titre de son autorité, le fondement de ses lois, le gage de la protection spéciale que Dieu leur accordait. Prétendre que tous ces prodiges août des kits coutrouvés, et que les Israélites
poser h Musée, chef des Juifs, dont les prières étaient très-puissantes auprès de Dieu, et pour faire cesser les fléaux dont il affligait l'Egypte.
n'y ont pas ajouté foi, c'est faire de Moïse, le plus sage des législateurs, un insensé, un frénétique, et vouloir que ce frénétique ait trouvé deux millions d'hommes encore plus insensés que lui, puisqu'il aurai!: su les subjuguer par dos fables qui n'en imposeraient pas à des enfants. Or, une histoire est rigoureusement démontrée, dès qu'on ne peut la contester sans se voir réduit à de pareilles suppositions.
II. Si les Israélites ont cru les miracles de Moïse, il faut avouer que ces faits sont vrais, on soutenir que les Israélites étaient un peuple privé de l'usage des sens et de la raison. S'ils ne les ont pas crus,, leur conduite est le comble du délire et de l'extravagance. Car d'obéir pendant quarante ans à un imposteur reconnu pour tel. de se soumettre aveuglément à tontes les lois qu'il lui plaît de dicter, de se laisser tranquillement égorger par ses ordres, c'est un excès de stupidité qui ne se conçoit point; ce serait, dans toute une nation, un prodige de démence une fois plus incroyable que tous les prodiges du Peotateuque.
Non, direz-vous, les Israélites n'ont pas été trompés par leur législateur., mais, de concert arec lui, ils ont fabriqué cette merveilleuse histoire, soit pour s'illustrer aux yeux des autres peuples, soit pour attacher leurs descendants aux lois et à la religion, qu'ils avaient établies dans le désert.
Quel élranga système I quelle chimère! quoi!
deux millions d'hommes se soront accordés à tracer le plan d'une imposture qui devait durer quarante ans! ils auront .dit à Moïse: Vous inventerez les prodiges les plus éclatants, vous composerez la fable la plus absurde; a| nous, et nos enfu:its, nous feindrons de croire tout ce qu'il vous aura plu d'imaginer ; nous nous obligerons solennellement à vous révérer comme l'envoyé du ciel : vous nous imposerez une loi sévère, une religion pénible, chargée d'observances minutieuses; la moindre contravention sera punie de mort; nous vous suivrons dans les déserts les plus arides ; et s'd nous échappe quelque murmure, vous nous décimerez et vous cimenterez votre pouvoir du sang de quarante à cinquante mille victimes !
N'est-ce pas insulter à la raison humaine que de supposer un semblable pacte entre un fourbe et toute une nalion ? Et pourquoi encore? pour laisser à la postérité une religion toute fondée sur l'imposture, une religion qui devait faire le malheur des enfants, comme elle avait fait celui des pères. Le beau projet! qu'il est conforme aux sentiments de la nature! et que ceux qui le prèlent à. tout un peuple connaissent bien le cœur humain!
Si l'on veut que ce soit la vsnité qui ait présidé à la confection de ce roman, pourquoi les Juifs se sont-ils interdit tout commerce avec les étrangers,. et leur ont-ils dérobé si longtemps la connaissance de leurs livres et de leur religion? pourquoi a-t-ou mêlé à cette histoire un si grand nombre de faits capables de déshonorer ïi jamais la nation juive et ses ancêtres ? Quelle gloire la famille d'Aaron et la tribu de Rnben pouvaient-elles se promettre des crimes et du supplice de Nudab et d'Abiu, do Dathan et d'Abiron ? et l'adoration du veau d'or, et les murmures continuels des Israélites, et les reproches amers du législateur, et l'arrêt qui condamne toute cette génération à errer pendant quarante ans et à périr dans le désert, sans pouvoir entrer dans la Terre promise, sout-ca là des traits destinés u coa-
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Orig. contre Crfse, liv. i, c, Si ; Eusèbe, Prép. évang. , 1. 9, c. 8.
D'autres ont jugé que Moïse était un magicien plus habile que les autres :
cilier aux Hébreux l'estime des autres peuples ? Qu'était-il besoin de les feindre ou de les rapporter ? la fable de Moïse ne pouvait-elle se passer de ces embellissements?
Enfin, était-ce par des impostures si grossières crue Moïse et les Israélites pouvaient se flatter d'en imposer aux nations voisines? Qu'auraient dit patexemple les Egyptiens, de toutes ces plaies dont Moïse dit qu'il les frappa, de cette mort des premiers-nés, de cette subveisiou de l'année de Pharaon dans la mer? et par quel ebarme tous ces antres peuples qu'ils se vantent d'avoir vaincus par des voios si extraordinaires, auraient-ils laissé passer tant de fables, à moins qu'ils ne fussent pareillement d'intelligence, et aussi véritablement ennemis de la gloire, qu'on veut quelesantres en fussent ridiculement entêtés? On peut inventer des fables, j'en conviens; encore ne les porte-t-on pas à cet excès, quand on a dessein qu'elles soient crues; et surtout on a grand soin d'en placer l'origine dons des temps éloignés, et de la mettre à couvert dans l'obscurité des siècles. Mais comme on n'a jamais pour but de paraître fourbe et ridicule, on n'invente jamais des choses qui puissent être démenties par des témoins vivant- et par des nations entières et intéressées. C'aurait été par exemple un beau ».jssein aux Maures, quand ils se Tirent de retour on Afrique, après avoir été chassés d'Espagne, s'ils avaient entrepris de faire croire an monde qu'ils s'en étaient tirés par des miracles semblables à ceux de Moise, et qu'après que la Méditerranée leur aurait ouvert son sein pour leur donner passage, ils l'avaiont vue se fermer et envelopper une armée de je ne sais combien d'hommes, dont ils étaient poursuivis. Cependant le dessoin n'aurait pas été moins extravagant à l'égard des Juifs. Car il ne fant pas se représenter ces temps éloignés quoique grossiers, comme aussi ténébreux qu'ils nous paraissent • les hommes y savaient des nouvelles les uns des autres; ils avaient les mêmes intérêts et les mêmes pas-ions que nous : ils voyaient ce qu'ils voyaient et sentaient ce qu'il fallait seutir, tout comme nous! La religion des Juifs ost une preuve encore subsistante des miracles de Moïse et de la foi des Israélite» contemporains. Sans doute, on ne disconviendra pas que les Juifs n'aient reçu de Moise la loi omis professent. 11 faudra bien "aussi nous accorder que les Juif, de la Palestine, et ceux qui étaient dispersés dans toute l'Asie, au temps de Jésus-Christ, d'Antiochns Epiphane, d'Alexandie do Cyrus, croyaient fermement a la mission divine et aux miracles de leur législateur. Cette foi publique do toute la nation, depuis le temps de Cyrus nous est attestée par tous les monuments de l'histoire sacrée et profane. Tout dépend de savoir si e Te est aussi ancienne nue la nation elle-même si eile doit sa naissance à la foi des Israélites contemporains do Moïse, ou si elle n'a commencé que plusieurs siècles après la fondation de la république des Hébreux. '
Mais cette question peut-elle être proposée sérieusement? n'est-il pas évident, et par la nature même de la chose, et par toute la suite de l'histoire que les Juils n ont jamais ou d'autres sentiments sur la personne et sur les miracles de Moise, que ceux où nous les voyons encore aujourd'hui? Les Samaritains ne sont-ils pas encore des témoins irréprochables de ce que l'on croyait parmi los Israélites schématiques, longtomps avant la captivité de Ba-
telle était l'opinion de Lysimaque et d'ApoIlonius-Jlolon, de Trogne- Pompée, de Pline l'Ancien, et de Celse ; Josèphe contre Appion, 1. 2, c. ;
bylone? et ces Israélites qui, malgré leur schisme, reconnaissent la divinité des lois de Moise et la vérité do ses miracles, ne nous apprennent-ils pas quelle était la loi de toute la nation réunie sous 1 obéissance de Salomon, de David et de Saiil? Douterons-nous queSa.nûel, et les juges, et Josné, aient gouverné les Hébreux suivant les lois établies par Moïse? n'ont-ils pas fondé leur autorité sur la sienne ? Les peuples n'ont-ils pas été persuadés que ces juges étaient des envoyés du ciel; et cette opinion, vraie ou fausse, n'est-elle pas une preuve de ro que l'on croyait touchant la mission du législateur? a . Si, après la mort de Moïse, il se trouvait dans ! histoire des Juifs une lacune de plusieurs siècles, fn pourrait croire que la religion de ce peuple aurait pris naissance daus ces temps inconnus. Mais les Juifs produisent une suite non interrompue do monuments originaux, qui remontent depuis le rè.^ne de Cyrus et au delà, jusqu'à la fondation de leur république. Toutes les parties de cette histoiiesont étroitement liées entre elles et avec ce qu'il y a -le plus certain dans l'antiquité profane; et si l'on excepte les faits miraculeux que l'on ne doit pas êire surpris de ren unii . r dans tes annales d'un pen'd i dépositaire de la révélation, il n'est aucune histoire où les différentes révolutions d'un état soient décrites d'une manière plus suivie, plus naturelle et plus vraisembable. Or, dans tous les temps, et sons les rois, et sous los jnges, non- trouvons la loi do Moïse établie sur la foi de ses miracles. Ou ne peut assigner ni l'époque, ni l'auteur de cette loi, qu'en se plaçant daus le siècle de lloise. C'est alors seulement que nous en découvrons l'origine, en voyant (es Israélites témoins des prodiges de ienr législateur abandonner l'Egypte qu'ils regrettaient, patir lé suivre dans les déserts incultes de l'Arabie se soumettre aveuglément à toutes ses volontés, 'adopter le culte, les lois, la forme du gouvernement qu'il leur prescrit, en un mot le i évérer comme le ministre et l'interprète désordres du ciel.
Cette persuasion des Israélites contemporains de Muïse, est en mémo temps l'effet naiurel et la preuve certaine des miracles de ce grand homme. Elle seule peut rendre raison de la foi publique îeçue dans les siècles suivatits : car indépendamment Jes prophètes qui sont venus après Moïse, et qui ont prouvé leur mission et la sienne par de nouveaux prodiges, la foi des Pères a du passer aux enfants : et si les Israélites contemporains ont regardé Moïse comme un législateur inspiré, il ne faut plus demander pourquoi celte opinion s'est toujours conservée parmi les Juifs. Mais l'établissement de la religion juive est un phénomène inexplicable, un effet produit sans cause, si les miracles de Mois» c-t la foi de ses contemporains n'eu ont pas été le principe.
Supposera-t-on que, longtemps après la mnrt de Moise, les Juifs formèrent" le dessein d'ériger leur législateur eu prophète, et que, pour donner quelque couleur a cette imagination, Ils inventèrent ces prodiges que nous lisons dans le Pctilataiiqtie ? KIsis tonte une notion peut-elle entrer dans un complot de cette nature ? peut die r moncer à t us les sentiment» de religion, d'honneur et de lionne foi, dans la vue de se donner dos luis onêroiisos, un culte faux, superstitieux, propre i la rendre odieuse à tous les peuples ? Je veux qu'elle ait conçu ce projet insensé, comment l'aurait-ulie exécuté"? Ce
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Justin, I. 3C ; Pline, llist. nat., 1. 30, cl; On-*, contre Celse, 1. 1, c. 26.
L'auteur de VHistoire véritable des temps fabuleux a fait voir que les actions et les miracles de Moïse sont encore reconnaissants dans l'histoire des Egyptiens, quoique les faits y soient déguisés et travestis, tome 3, p. 64 et suiv. Mais les incrédules, auxquels les monuments de l'histoire sont absolument inconnus, ont soutenu que les Egyptiens n'avaient jamais entendu parler de ces miracles, et qu'il n'est pas possible qu'ils en soient jamais convenus.
Eu troisième lieu, Moïse luimême a établi chez les Juifs des monuments incontestables de ses miracles. L'offrande des premiers-nés attestait la mort des enfants des Egyptiens, et la délivrances miraculeuse de ceux des Israélites. La Pâque avait pour objet de perpétuer le souvenir de la sortie d'Egypte et du passage de la mer Rouge. La fête de la Pentecôte était un mémorial de la publication de la loi au milieu des feux de Sinaï. Le vase de manne conservé dans lie tabernacle et dans le temple était un témoignage subsistant de la manière miraculeuse dont les Hébreux avaient été nourris dans le désert pendant quarante ans. La verge d'Aaron, le serpent d'airain, les encensoirs de Coré et de ses par-
n'était pas assez que toute leur génération se réunit pour accréditer 1 imposture, il fallait mettre dans le secret ceux qui restaient Je la génération précédente, et ceux qui commençaient une génération nouvelle. Il fallait que, pendant plus d'un siècle, les prêtres, les magistrats, les chefs de famille, la nation entière, ne fussent occupés d'aulres soins que d'effacer tous le* vestiges de l'ancienne croyance, pour inventer, afffirraer et consacrer le roman des miracles do Moise: et comme la moindre réclamation eût infailliblement renversé cet édifiée de mensonge, il f.illait que, parmi le choc des intérêts et des passions, tous les Juifs, sans en excepter un seul, consentissent à recevoir les fablos ridicules qu'on mêlait a leur histoire, sur lesquelles on bâtissait le nouveau système de jurisprudence et de religion. Je ne dis rien dos livres qu'il eût fallu ou supposer, ou corrompre, pour y insérer les prétendus miracles de Uelse et des autres prophètes : peutitre me suis-je arrêté trop longtemps à combattre une supposition qui se détruit par l'excès de son absurdité. Cependant il n'est point de milieu ; il faut ou l'admettre, ou convenir que la foi publique des miracles de Moise remonte jusqu'au sièclo de ce législateur, et devient par la même une preuve certaine de ces miracles. — Duvoisin, Autorité des livres de Moise, ch. 2 et 3.
Gousset.
tisans, cloués h l'autel des parfums, rappelaient d'autres prodiges. La fertilité de la terre, malgré le repos de la septième année, était un miracle permanent ; et ce repos est attesté par Tacite, llist., 1. S, c. 4.
Toutes les cérémonies juives étaient commémoratives ; cet historien s'en est très-bien aperçu, quoiqu'il en ait mal pris le sens. Connait-on un autre législateur que Moïse, qui se soit avisé de faire célébrer des fêtes et des cérémonies par un peuple entier, en mémoire de faits de la fausseté, desquels ce peuple était convaincu par ses propres yeux ? Voyez Fêtes, Cérémonies (1).
(I) Cicéron (de Finib., 1. 5.) parlant d'Athènes, cette ville si riche en monuments, disait que l'on ne pouvait y faire un pas sans marcher sur l'histoire. Les places publiques, les temples, les théâtres, les chefs-d'œuvre de la peinture et de la sculpture, retraçaient aux yeux des Athéniens les exploits et les vertus de leurs ancêtres. Djs monuments d'uu autre genre, mais bien plus durables, nous attestent l'histoire de Moïse . Le temps a détruit les superbes édifices des Thémistocle et des Périclès ; le voyageur étonné cherche dans les ruines d'.Vhènes quelques vestiges de son ancienne splendeur : mais les fêtes, les cérémonies instituées par Moise transmettront a la postérité la plus reculée la mémoire et la preuvo des événements qui leur ont donné naissance. L'histoire de Moise n'est pas écrite sur le marbre ou sur la toile ; elle est empreinte dans les mœurs, les lois, la religion du peuple juif.
Les Israélites élant sur le point de sortir de l'Egypte, Moise institua la fête de la Pàque, ou du Passaye, eu mémoire des prodiges opérés pour leur délivrance. « Ce jour, leur dit-il, sora pour vous un » monument, et vous le célébrerez de race en race » par un culte perpétuel... vous garderez cette cou- » tume, qui doit être inviolable à jamais tant pour s vous que pourvus enfants... et quand vosenfants o vous dirent : Quel est ce culte religieux ? vous » leur direz : C'est la victime du passage du Sei- » gneup, lorsqu'il épargna les maisons des enfants
> d'Israël, frappant les Egyptiens. » Les rites particuliers à celte fête, l'ordre de manger l'agneau pascal debout, avec précipitation, un bâton à la main, les pains azymes, tont peignait aux Juifs leurs ancêtres sortant en hlte de l'Egypte. Moise veut encore que l'on consacre au Seigneur tous les premiers-nés tant des hommes que des animaux :
< Et lors, dit-il, que ton fils t'interrogera un jour, « et te dira : Que signifie ceci ? tu lui répondras : » Le Seigneur nous a tirés de l'Egypte, de la mai- » son de l'esclavage par la force de son bras ; car a Pharaon étant endurci, et ne voulant pas nous a laisser aller, le Seigneur lit mourir dans l'Egypte s tous les premiers-nés des hommes, jusqu aux s premiers-nés des animaux : c'est pourquoi j'im-
> mole au Seigneur tons les miles des animaux qui » ouvrent le sein de la mère, et je rachète tous les » premiers-nés de mes enfouts. »
Après la Paque, la religion juive n'avait rien da plus solennel que les fêtes de la Pentecôte et des Tabernacles. L'une était l'anniversaire de ce jour
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Mais la plus forte preuve des miracles âe3Ioïse,ce sontles effets qu'ils ont produits, et la chaîne des événements qui s'en sont ensuivis. Si ce chef de la nation juive n'a fait aucun ■ miracle, il faut nous apprendre pourquoi les Egyptiens ont donné la liberté à ce peuple entier, réduit à l'esclavage ; par que] chemin il a passé pour gagner le désert, comment il y a subsisté pendant quarante ans, pourquoi ce peuple s'est soumis à Moïse, a subi ses lois quoique trèsonéreuses, y est revenu tant de fois après en avoir secoué le jong. Car enfin, la demeure des Hébreux en Egypte, leur séjour dnns le désert, leur arrivée dans la Palestine, leur
attachementà leurs lois, sont des faits attestés par toute l'antiquité. Tacite le reconnaît; il faut en donner au moins desraisonsplausibles et moins absurdes que celles qu'a copiées cet historien.
Un peuple composé de deux millions d'hommes, et assez puissant pour conquérir la Palestine, peuple mutin, séditieux, intraitable, comme ses historiens en conviennent, a-t-il été subjugué, nourri, réprimé, civilisé, souvent châtié par un seul homme, sans miracle? Nos censeurs disent qu'il a soumis les Hébreux par des actes de cruauté; mais des actes de cruauté ne donuent pas des aliments à deux millions d'hommes. Pourquoi,
mémorable où Dieu publia m loi sur le rajit Sioaï; l'autre était une image du séjour des Israélites dansie désert. Cette ordonnance s'observera à perpétuité. « Vous célébrerez cette fête (des Taber- » nacles) au septième mois, et tous habiterez pen- » dant sept jours sous des tantes de feuillage... » afin que vos descendants apprennent que les en- > fants d'Israël ont habité sous dos tentas, lorsque » je les ai tirés de l'Egypte, moi qui suis le Seigneur » votre Dieu. > Tel doit être le caractère de tonte religion fondée sur des faits : tel est en particulier celui de la religion juive, que la plupart de ces fêtes sont historiques et commémoratives
Les solennités religieuses ne sont pas les seuls monuments qui nous restent de l'histoire île Moïse. Ce cantique sublime composé par Moïse et chanté par teot le peuple, au sortir de la mer Rou'e, est un monument non moins authentique en ce genre, que la belle ode d'Horace sur la bataille d'Actium. Le vase plein de manne déposé dans le tabernacle, devait attester aux siècles futurs le prodige qui avait fait subsister les Israélites dans les sables de l'Arabie: les deux tables de la loi, serrées par l'ordre de Moïse dans l'arche d'alliance, s'y retrouvèrent encore sous le règne de Salomon : le serpent d'airain, monument d'un double prodige, se conserva jusqu'au temps d'Ezéchias : et sans doute on voyait encore, longtemps après Moïse, et la verge d'Aaroa placée dans le Tabernacle en mémoire de la rébellion des enfants d'Israël, et les lames d'airain attachées à l'autel, comme un monument du crime et de la mort funeste de ces lévites téméraires qui avaient osé disputer le sacerdoce à la race d'Aaron. Une autre sorte de monuments que la rareté des livres rendait plus nécessaires alors, c'étaient les noms donnés aux lieux et aux personnes à l'occasion de quelque fait remarquable. On en voit beaucoup d'exemples, non-seulement dans la Genèse, mais encore dans les autres livres du Pentatenque et dans tonte l'histoire des Juifs. C'est ainsi que les Israélites s'étant abandonnés aux murmures et an désespoir, parce qu'ils manquaient d'eau dans la plaine de Rapbidim « Moïse appela ce lieu la Tentation, à cause » des murmures des enfants d'Israël. » Après la victoire remportée sur les Amalécites, il dressa un autel et il l'appela de ce nom : le Seigneur est mon étendard; il nomma deux autres lieux, l'Incendie et les Sépulcres de concupiscence, par allusion aux châtiments dont l'ingratitude et les révolte» dn
peuple avaient été suivies. Ces noms , transmis à la postérité, étaient autant de témoins qui déposaient en faveur de l'histoire de Moïse.
Outre ces monuments qui ne se rapportaient qu'à des faits particuliers, on peut dire que toute la législation de Moïse était une preuve toujours subsistante, un monument indestructible do la vérité de son histoire. Telle est l'idée qu'il en donne luimême aux Israélites. « Lors, dit-il, que tes enfants » t'interrogeront à l'avenir, et te diront : Que si- » gnifientees commandements, ces cérémonies et a ces ordonnances que le Seigneur notre Dieu nous » a prescrits? tu leur répondras : Nous étions escla- » ves de Pharaon dans l'Egypte avec une main i forte: il a fait sous nos yeux de grands miracles, » et des prodiges terribles contre Pharaon et contré «toute sa maison... et le Seigneur nous a com- » mandé d'observer tontes ces lois. » Eo effet plusieurs des lois de Moïse et la plupart des cérémonies du culte lévitique semblent n'avoir d'antre objet que de rappeler aux Juifs les prodiges opérés pour la délivrance de leurs pères: ces faits sont la base, la raison suffisante, la clef de toute la législation mosaïque.
Ainsi, nous avons en quelque sorte deux histoires parallèles de Moïse, lesquelles servent l'une àl'autre d'éclaircissement et de preuve. La première, écrite dans les quatre derniers livres du Pentateuque, est l'ouvrage de Moïse ; la seconde, gravée en caractères ineffaçables dans cette foule de monuments, de l'êtes solennelles, d'institutions commémoratives, est l'ouvrage de tous les Israélites : car les monuments publics attestent la croyance des nations. Ces deux histoires parfaitement conformes sont aussi anciennes que les faits : elles ont pour auteurs des témoins oculaires dont les lumières et la bonne foi ne sont pas suspectes. Si les statues, les bas-reliefs, les inscriptions, les arcs de triomphe qui décorent cette capitale, suffisent pour éterniser le règne de Louis XIV, la mémoire de Moïse et de ses grandes actions vivra toujours dans les mœurs et dans la religion de son peuple : et tant qu'il y aura des juifs sur la terre, la pâque que nous leur verrons célébrer à l'exemple de leurs pères sera pour nous, après tant de siècles, un monument authentique des prodiges qui les ont affranchis do la tyrannie des Egyptiens. — Duvoisin, Autorité des livres de Moïse, eh. 9. Voyez aussi les notes sur les article! EcBnuai saikib, GbkSsi. Gousset.
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au premier acte, la nation entière, toujours rassemblée, n'a-t-elle pas massacré son tyran?
Aux preuves positives que nous donnons, nos adversaires n'opposent toujours que des conjectures; ils objectent que si Moïse avait fait des miracles sous les yeux des Israélites, ils ne se seraient pas révoltés si souvent contre lui, et ne seraient pas tombés si aisément dans l'idolâtrie.
Nous répondons avec plus de fondement, que si Moïse n'avait pas fait des miracles, ces Israélites si mutins ne seraient pas rentrés dans l'obéissance après leurs révoltes, et n'auraient pas repris le joug de leurs lois, après l'avoir si souvent secoué. Qu'un peuple rassemblé se soulève, qu'un peuple grossier ait du goût pour l'idolâtrie, ce n'est pas un prodige ; mais qu'après s'être mutiné, débauché, corrompu, il revienne demander grâce, pleurer sa faute, se soumettre de nouveau à un chef désarmé, cela n'est pas naturel. Dans ces moments de vertige et d'égarement des Israélites, jamais Moïse n'a reculé d'un pas, et n'a diminué un seul point de la sévérité de ses lois; les séditieux n'ont jamais rien gagné, ils ont toujours été punis par la mort des auteurs de la révolte, ou par des châtiments surnaturels. Ce sont donc ici de nouveaux miracles, et non une preuve contre les miracles.
Tant de miracles sont impossibles, disent les incrédules ; était-il donc plus aisé à Dieu de bouleverser continuellement la nature que de convertir les Hébreux?
A l'article Miracle, § 3, nous avons déjà démontré l'absurdité de ce raisonnement. Il s'agissait de convaincre une nation entière que Moïse était l'envoyé de Dieu, que c'était Dieu lui-môme qui parlait par sa bouche, et qui dictait des lois par cet organe.
Mettre cette persuasion dans l'esprit de tous les Hébreux, sans aucun motif extérieur de conviction, par un enthousiasme subit et non raisonné, n'aurait-ce pas été un miracle? mais miracle absurde, indigne de la sagesse divine. Il n'aurait pu servir à inspirer aux Hébreux ni la reconnaissance envers Dieu, ni la crainte de sa
justice, deux grands mobiles de toutes les actions humaines; il aurait été encore plus inutile pour l'instruction des autres peuples, puisqu'il n'aurait pas été sensible. Les hommes sont faits pour être conduits par des motifs, et non par des impulsions machinales ; par des raisonnements, et non par un enthousiasme aveugle; par des signes palpables, plutôt que par des révolutions intérieures dont on ne peut pas connaître la cause.
L'erreur des incrédules est de penser que Dieu a fait tant de miracles pour les Israélites seuls; or, le contraire est répété vingt fois dans les livres saints; Dieu déclare qu'il a opéré ces prodiges pour ne pas donner lieu aux autres nations de blasphémer son saint nom, et pour leur apprendre qu'il est le Seigneur, Exod., c. 32, y 12; Deut., c. 9, ^ 28; c. 29, y 24; c. 32, y 27 ; III. Reg., c. 9, y 8f; Ps. 113, y 9 et 10; Ezech., c. 20, y 9, 14, 22, etc.
Nous aurons beau répéter cent fois cette réponse qui est sans réplique, ils n'en seront pas moins obstinés toujours à renouveler la même objection; leur opiniâtreté n'est pas un prodige; mais s'ils devenaient tout à coup raisonnables et dociles, ce serait un prodige de la grâce.
II. Moïse a fait des prophéties. Il annonce aux Hébreux que dans la suite des temps ils voudront avoir un roi, Deut., c. 17, y 14. Celte prédiction n'a été accomplie que quatre cents ans après. 11 était cependant naturel de penser que le gouvernement républicain, tel que Moïse l'établissait, paraîtrait toujours plus doux aux Israélites que le gouvernement absolu des rois, et qu'ils le préféreraient à tout autre. Il leur promet un prophète semblable à lui, e. 10, y 15 :
or, le Messie a été le seul prophète semblable à Moïse, par sa qualité de législateur, par le don continuel des miracles, et parce qu'il a été le libérateur de son peuple ; il n'est venu au monde qu'environ quinze cents ans après. Moïse assure les Israélites que s'ils sont fidèles à leur loi, Dieu fera pour eux des miracles semblables à ceux qu'il a faits en Egypte.
Cela s'est vérifié par les exploits de
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ïosu», do Samson, de Cédéon, d'Ezétias, etc. Il les avertit au contraire
que, s'ils sont rebelles, tous les fléaux tomberont sur eux, qu'ils seront réduits à l'esclavage, transportés bois de leur patrie, dispersés par toute la terre; la captivité de Babylone 1 et l'état actuel des Juifs sont l'exécution de cette menace. Il prédit sa mort à point nomiré, sans ressentir encore aucune des infirmités de la vieillesse, c. 31, f 48, et c. 34.
Ces prophéties ne sont point couchées dans les livres de Moïse comme de simples conjectures politiques, ou comme des conséquences tirées du caractère national des Hébreux, mais comme des événements certains et indubitables; on voit par le cb. 28 du Deutéronome, et par les suivants, que ce législateur avait sous les yeux trèsdistinctement toute la destinée future de sa nation, et qu'aucune des circonstances ne lui était cachée. La date de ces prophéties est certaine, puisque Moïse lui-même les a écrites; 1 histoire nous en montre l'accomplissement, et il en dépendait de Dieu seul : il ne peut être arrivé par hasard, et il ne pouvait être prévu par les lumières nalurelles, puisque la destinée de ce peuple ne ressemble à celle d'aucun autre. Aujourd'hui encore les Juifs reconnaissent que Moïse leur a prédit avec la plus grande exactitude tout ce qui leur est arrivé.
Cependant les incrédules prétendent qu'il a trompé ce peuple par de fausses promesses; jamais, disentils, les Juifs n'ont été plus fidèlement attachés à leur loi que pendant les cinq siècles qui ont suivi la captivité de Babylone, et jamais ils n'ont été plus malheureux.
Si l'on veut lire attentivement l'historien Josèphe et les livres des Machabées, on verra que cette prétendue fidélité des Juifs à leur loi est bien mal prouvée. A la vérité, il n'y eut point d'apostasie générale de la nation ; mais, indépendamment de la multitude des Juifs qui s'étaient expatriés pour faire fortune, ceux même qui restèrent dans la Judée étaient très-corrompus. Ils demeurèrent, si l'on veut, fidèles à leur cérémonial, maisildevinrent très-peu
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scrupuleux sur l'observation des lois plus essentielles. Ils se perdirent par
le commerce avec les païens, et riea n'était plus pervers que les chefs de la nation, lorsque Jésus-Christ vint au monde. D'ailleurs la loi juive allait cesser, et Dieu avertissait la nation, en cessant de la protéger comme autrefois.
III. La doctrine de Moïse vient évidemment de Dieu. (1) Au miiieudes nations déjà livrées au polythéisme et à l'idolâtrie (2) p. 603. jet avant qu'il y eût des philosophes occupés à raisonner sur l'origine du monde, Moïse enseigne clairement et distinctement la création, dogme essentiel, sans lequel on ne peut démontrer la spiritualité, l'éternité, l'unité parfaite de Dieu ; et il en montre un monument dans l'observation du sabbat, dont il renouvelle la loi. Voyez Création.
Il enseigne la Providence de Dieu, non-seulement dans l'ordre physique de l'univers, mais dans l'ordre moral; providence non-seulement générale, qui embrasse tous les peuples, mais particulière, et qui s'occupe de chaque individu. Il peint Dieu comme seul gouverneur du monde, et seul arbitre souverain de tous les événements, comme législateur qui punit le vice et récompense la vertu. Voyez Providence.
Il montre l'espérance de la vie future dont les patriarches ont été animés ; fes tewnes dont il se sert pour exprimer la mort, font envisager une société subsistante au delà du tombeau. Pour donner à entendre qu'un méchant sera mis à mort, il dit qu'il sera exterminé de son peuple; et pour désigner la mort d'un juste, il dit qu'il a été réuni à son peuple. Voyez Immortalité.
Il fait sentir l'absurdité du polythéisme, et fait tous ses efforts pour détourner les Hébreux de l'idolâtrie, parce que cette erreur capitale a été
(1) Les principales preuves par lesquelles ou établit la divinité de la lai do Moise sent les miracles, les prophéties, et sa conformité pour les principaux points avec la croyance de tous les peuples.
Gousset.
(2) Dans tous les temps et chez tontes les nations l'on a conservé quelque souvenir du dogme de la création. Voyez les notes sur l'article Dieu.
Gousset.
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]a source de toutes les autres erreurs et de tous les crimes dans lesquels les nations aveugles se sont plongées.
Voyez Idolâtrie.
La morale naturelle n'est rien moins qu'évidente dans tous les points, nous en sommes convaincu par les égarements dans lesquels sont tombés les philosophes les plus habiles.; Moïse en donne un code abrégé dans le Décalogue, et développe le sens de chaque précepte par la multitude de ses lois. On a beau examiner ce code original et unique dans l'univers :
s'il prête à la censure des raisonneurs superficiels, il n'a jamais inspiré que de l'admiration aux vrais savants.
Voyez Morale.
Où Moïse avait-il puisé des connaissances si supérieures à sou siècle, et à celles de tous les anciens sages?
Chez les Egyptiens, disent hardiment les incrédules ; nous lisons dans ces livres mêmes qu'il fut instruit de toute la sagesse, c'est-à-dire de toutes les connaissances des Egyptiens, Act., c. 7, y 22. Mais les Egyptiens euxmêmes en savaient-ils assez, surtout dans les temps dont nous parlons, pour donner tant de lumières à Moïse? Lorsque Hérodote alla s'instruire en Egypte plus de mille ans après Moïse, en revint-il chargé de grandes richesses en fait de philosophie et de morale? Il n'en rapporta presque que des fables. Ordinairement les connaissances s'étendent chez une nation par la suite des temps; il faudrait qu'elles eussent diminué en Egypte. La manière dont Moïse luimême peint les Egyptiens, ne nous donne pas une haute idée de leur capacité.
Aussi ne donne-t-il pas sa doctrine comme le résultat de ses réilexions ni des leçons qu'il a reçues en Egypte ; il la présente comme une tradition reçue de Dieu dans l'origine, transmise jusqu'à lui par les patriarches, et renouvelée par la bouche de Dieu même. Les sages d'Egypte cachaient leur doctrine, ne la transmettaient que sous le voile des hiéroglyphes :
Moïse divulgue la sienne, il la rend populaire, il veut que tout particulier eu soit instruit. Voilà une conduite
bien différente, et un disciple qui ne ressemble guère à ses maîtres.
Mais combien de reproches n'ont pas fait les incrédules contre cette doctrine même? Si nous voulons les en croire, Moïse a fait adorer aux Hébreux un Dieu corporel, un Dieu local et particulier, semblable aux génies tutélaires des autres nations, qui ne prend soin que d'une seule, et oublie toutes les autres; un Dieu avide d'offrandes et d'encens ; un Dieu colère, jaloux, injuste, cruel, etc., que l'on devait craindre, mais qu'il était impossible d'aimer. Ainsi, après avoir soutenu que Moïse n'a été que l'écolier des Egyptiens, on suppose qu'il a été cent fois plus insensé qu'eux, et qu'il a professé des erreurs plus grossières que les leurs.
Pour réfuter en détail tous les blasphèmes que l'on prête à Moïse, il faudrait une longue discussion. Nous nous bornerons àobserver que Tacite, tout païen qu'il était, et fort prévenu contre les Juifs, a été plus judicieux et plus équitable que nosphilosophes.
« Les Eg3 7 ptiens, dit-il, honorent la » plupart des animaux, et des ligures » composées de différentes espèces; » les Juifs conçoivent un seul Dieu » par la pensée, Dieu souverain, Dieu » éternel, immuable, et qui ne peut » pas cesser d'être. » Hist., 1. 5, n. 5.
Sont-ce là les génies tutélaires des autres nations?
Un Dieu créateur ne' peut être ni corporel, ni local, ni borné à une seule contrée, ni capable de négliger une seule de ses créatures ; il n'a besoin ni d'encens ni d'offrandes; s'il était colère et cruel, il pourrait, d'un seul acte de sa volonté, faire rentrer tous les pêcheurs dans le néant d'où il les a tirés. Moïse n'a pas été assez stupide pour ne pas le sentir, et les Juifs n'ont pas été assez grossiers pour ne pas le concevoir. Ainsi, les calomnies des incrédules sont suffisamment réfutées par le premier article de foi que Moïse enseigne aux Juifs.
Quant aux expressions des livres saints, sur lesquelles les censeurs veulent se fonder, nous en montrons le sens ailleurs. Voyez Dieu, et les au-
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1res articles auxquels nous avonsrenvoyé ci-dessus.
IV. Ils n'ont pas jugé plus sensément des lois de Moïse que de sa doctrine. Pour en comprendre la sagesse, il faut commencer par se mettre dans les circonstances dans lesquelles il se trouvait; connaître les idées, les mœurs, la situation des nations dont il était environné ; distinguer ce qui est bon et utile en soi-même, d'avec ce qui est relatif au climat, aux préjugés, aux habitudes que les Hébreux avaient pu prendre en Egypte ; comparer ensuite ce corps de législation avec tout ce qu'ont produit dans ce genre les philosophes les plus vantés.
Où sont les incrédules qui ont pris toutes ces précautions ? Il en est trèspeu qui aient la capacité nécessaire ; et quand ils l'auraient, leur intention n'est pas de rendre hommage à la vérité, mais d'éblouir les lecteurs, et d'imposer aux ignorants par la hardiesse de leurs décisions. Ils ont donc tout blâmé, au hasard.
Mais les habiles jurisconsultes, les bons politiques, n'ont pas pensé de même ; quelques-uns ont pris la peine de faire un parallèle des lois juives avec les lois grecques et romaines, et les premières n'ont rien perdu à cette comparaison. D'autres écrivains les ont justifiées en détail contre les reproches téméraires des incrédules. Lettres de quelques juifs, etc.
La législation des autres peuples a été faite de pièces rapportées ; c'est un ouvrage qui, toujours très-imparfait dans son origine, a été continué, augmenté, perfectionné de siècle en siècle, selon les événements etles révolutions qui sont arrivés. Le code de Moïse a été t'ait d'un seul coup, et pendant quinze cents ans il n'a pas été nécessaire d'y toucher ; ses lois n'ont cessé d'être en vigueur que lorsque la pratique en est devenue impossible parla ruine et la dispersion totale de la nation juive; et si cela dépendait d'elle, elle y reviendrait encore ; nulle part sous le ciel on n'a vu le même phénomène.
Moïse a mêlé ensemble les lois religieuses, soit morales, soit cérémonielles ; ies lois civiles et les lois poli-
qucs: onleblâme de ne les avoir pas distinguées, et d'y avoir mis ainsi de la confusion ; d'avoir voulu que les Juifs observassent les uues et les autres par le même motif, par le désir d'être saints et de plaire à Dieu. Par cette conduite, dit-on, il a donné lieu aux Juifs de se persuader qu'il y avait autant de mérite a pratiquer une ablution qu'à faire une aumône ; ce fut l'erreur des pharisiens, que Jésus-Christ a si souvent combattue, et dans laquelle les Juifs sont encore aujourd'hui : elle est évidemment venue de la lettre même de la loi.
Nous soutenons que dans tout cela le législateur n'est point répréheasible ; ces livres sont en forme de journal ; il y a couché les lois à mesure que Dieu le lui ordonnait et que l'occasion s'en présentait. Cette méthode mettait les Juifs dans la nécessité d'apprendre en même temps leur religion et leur histoire, leur droit civil et leur constitution politique ; il nous paraît que c'était un bien, et non un mal.
Il est faux que Moïse n'ait pas distingué les lois morales d'avec les lois cérémonielles : les premières sont dans le Décalogue qui fut dicté par la bouche de Dieu mémo, avec un appareil majestueux et terrible ; les secondes ne furent écrites que dans la suite, et selon l'occasion.
Quant au motif, un peuple aussi grossier que les Juifs n'était pas capable d'être conduit par un autre mobile que par celui de la religion ; ' Moïse n'a donc pas eu tort de s'y attacher, et de donner à toutes ses lois la même sanction, savoir, la volonté de Dieu, l'amour et la crainte de Dieu. De là il s'ensuit seulement que tout juif, en observant une loi quelconque, obéissait à Dieu, et non que tous ces actes d'obéissance avaient un mérite égal.
Si dans la suite les Juifs en ont tiré une fausse conséquence, ce n'est pas faute d'avoir été avertis ; Samuel, David, Salomon, Isaïe, et tous les prophètes, leur ont répété sans cessa que Dieu voulait la pureté du cœur plutôt que celle du corps, la miséricorde et non le sacrifice ; la justice,
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la charité, l'indulgence envers le prochain,, et non des cérémonies. Mais il y aurait eu de l'imprudence à prêcher d'abord cette morale à un peuple qui n'était pas encore policé, ni accoutumé à subir le joug d'aucune loi écrite. Il fallait commencer par lui apprendre à obéir, sauf à lui faire distinguer dans la suite le bien d'avec le mieux. Voyez Sainteté.
Les censeurs de Moïse affectent d'oublier que tous les législateurs ont fait comme lui; ils ont fait envisager les lois, non comme la volonté des hommes, mais comme celle de Dieu:
c'est ainsi que Zaleucus en parlait dans le prologue de ses lois, Cicéron dans son traité de Legibus, Platon, etc. Tous ont compris que sans cela les lois n'auraient aucune force, qu'aucun homme n'a par lui-même le droit ni l'autorité de commander à ses semblables . Voyez Autorité politique, Loi.
On dit que les lois mosaïques sont trop sévères et trop dures; elles punissent de mort un violateur du sabbat aussi bien qu'un homicide ; elles ont rendu les Juifs intolérants, ennemis des étrangers, et odieux à toutes les nations. 'Le gouvernement théocratique établi par Moïse n'est, dans le fond, que le gouvernement des prêtres, qui est le pire de tous.
Voilà encore, de la part des incrédules, un trait d'ignorance affectée qui ne leur fait pas honneur. Tout le monde sait que, dans l'origine, les premières lois de tous les peuples ont été trop sévères, parce que des hommes qui ne sont pas encore accoutumés à subir ce joug, ne peuvent être contenus que par la crainte. On a dit que les lois données aux Athéniens par Dracon étaient écrites eu caractères de sang ; celles de Lycurguc n'étaient guère plus douces, non plus que celles des douze tables adoptées par les Romains; le code des Indiens fait frémir; mais il est faux que celles de Moïse aient été aussi dures : on défie les incrédules de citer une seule législation qui n'ait pas statué des supplices plus cruels que ceux qui étaient en usage chez les Juifs, Quand on connaît l'importance de la loi du sabbat, l'on n'est pas étonné de voir
un violateur public de cette loi condamné à mort. Voyez Sabbat.
Il faut se souvenir encore qu'au siècle de Moïse toutes les nations se regardaient comme toujours en état de guerre; ce qui est dit des rois de la Pentapole du temps d'Abraham, des usurpations que les Chananéens avaient faites les. uns sur les autres, du brigandage qui subsistait encore au temps de David, la manière dont les philosophes grecs parlent des peuples qu'ils nomment6a?*6a)'es, etc., en sont des preuves incontestables.
Moïse, loin d'autoriser ce préjugé meurtrier, travaille à le détruire ; il ordonne aux Hébreux de bien traiter les étrangers, parce qu'ils ont été eux-mêmes étrangers en Egypte ; il leur défend de toucher aux possessions des Iduméens, des Moabites ni des Ammonites leurs voisins, et de conserver du ressentiment contre les Egyptiens. Sous le règne de Salomon, il y avait dans la Judée cent cinquante-trois mille étrangers ou prosélytes. II. Parai, c. 2, f 17. Où sont donc les marques d'aversion contre eux ?
A la vérité les lois juives défendaient de tolérer dans la Judée l'exercice de l'idolâtrie; ce crime devait être puni de mort; mais elles ne commandaient pas de tuer les idolâtres de profession, quand ils s'abstenaient de leurs superstitions. L'on n'a jamais vu les Juifs prendre les armes pour aller exterminer l'ido latrie hors du territoire que Dieu avait assigné, comme l'ont fait plus d'une fois les Assyriens et les Perses,
Avant de déclamer contre le gouvernement théocratique, il faudrait commencer par le définir, et nous apprendre ce que c'est. Souvent les Israélites n'ont eu aucun chef; alors, disent leurs historiens, chacun faisait ce qui lui semblait bon; le gouvernement était pour lors purement démocratique ; et c'est le premier exemple qui en ait existé, dans l'univers. Lorsqu'il y avait un juge ou un roi, ce n'est pas lui qui devait régner, c'esl la loi; il n'était pas plus permis aux prêtres qu'aux rois de la changer, d'3 r ajouter ni d'en retrancher. Pendant quatre cents ans, aucuu prêtre
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n'a été juge on souverain magistrat de la nation; Héli est le premier; Samuel n'était pas prêtre, mais prophète; et l'on sait si la nation gagna beaucoup à demander et à obtenir un roi. Fut-elle jamais mieux gouvernée que sous les Asmonéens qui étaient prêtres et rois ? Diodore de Sicile et d'autres anciens ont jugé beaucoup plus sensément du gouvernement des Juifs que les philosophes modernes.
Ces derniers ont tourné en ridicule les lois cérémonielles ; mais ils ont montré aussi peu de bon sens sur ce point que sur tous les autres. Voyez
Loi CÉRÉ1I0XIELLE.
V. De la conduite de Moïse. Si ce législateur avait été un homme ordinaire, nous convenons que sa conduite serait incompréhensible, et s'il avait été un imposteur, il faudrait encore conclure que c'était un insensé : mais ce qu'il a fait prouve qu'il n'était ni l'un ni l'autre. Convaincu, par ses propres miracles, quil était envoyé de Dieu, assuré d'un secours divin par la bouche de Dieu même, a-t-il dû se conduire avec les timides précautions que la prudence humaine exige, ou a-t-il dû former un plan de conduite différent de celui que Dieu avait arrêté d'avance? S'il a délivré son peuple de la servitude d'Egypte, s'il l'a fait subsister dans le désert pendant quarante ans, s'il l'a mis en état de se rendre maitre de la Palestine, il a rempli l'objet de sa mission : il est ridicule de disputer sur les moyens:
puisque ces trois choses ne pouvaient être exécutées par des voies naturelles et ordinaires, il faut que Moïse .
;:it agi par des lumières et par des' forces surnaturelles, puisque enfin il est incontestable qu'il en est venu à bout. Toute la question se réduit à savoir s'il a réussi par des injustices, par des crimes, par la violation des lois de l'humanité ; les incrédules le prétendent, sont-ils bien fondés ?
Moïse, dit l'un d'entre eux, commence sa carrière par l'assassinat d'un Egyptien; forcé de s'enfuir, il épouse une femme idolâtre, et la renvoie ensuite. Il revient en Egypte soulever les Israélites contre leur souverain-
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il punit les Egyptiens de la faute de leur roi; il engage ses Hébreux à voler leurs anciens maîtres. Arrivé d.ins le désert, il établit son autorité despotique par le massacre de ceux qui lui résistent : il place le sacerdoce dans sa tribu, et le pontifleat dans sa famille; il punit le peuple de la faute de son frère Aaron, qui avait consenti à l'adoration du veau d'or; il laisse périr dans le désert une génération tout entière, et en mourant il autorise les Juifs à dépouiller et à exterminer les Chananéens. Tant de crimes n'ont pu être commandés par la Divinité ; c'est un blasphème de les lui attribuer.
Il est difficile de répondre en peu de mots à cette multitude d'accusations, nous ferons cependant notre possible pour abréger.
1° Un assassinat est un meurtre commis de propos délibéré. Peut-on prouver qu'en voulant défendre un Hébreu contre la violence d'un Egyptien, Moïse avait dessein de tuer ce dernier; que ce meurtre n'est pas arrivé contre son intention, et eu voulant seulement résister aux efforts d'un furieux? Voilà ce qu'il faudrait démontrer, et c'est ce que l'on ne fera jamais.
2° Il est faux que Séphora, femme de Moïse, ait été idolâtre; on voit au contraire que Jéthro, père de cette femme, adorait le vrai Dieu. Moïse ne la quitta que pour aller remplir sa commission en Egypte; et lorsque Jéthro la lui ramena dans le désert avec ses enfants, il n'y eut aucune marque d'inimitié de part ni d'autre.
3° Le roi d'Egypte n'était point le souverain légitime des Israélites; luimême ne les regardait point comme ses sujets, mais comme des étrangers qui devaient un jour sortir de ses états. La servitude à laquelle il les avait réduits, l'ordre qu'il avait donné de noyer leurs enfants mâles, les travaux dont ils les accablait, étaient, pour les Israélites, des sujets très légitimes de quitter ce royaume; et cette retraite ne peut, en aucun sens, être regardée comme une révolte.
4» Les vexations exercées contre eux n'étaient pas le crime particulier du roi d'Egypte, mais celui de tons
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ses sujets; tous résistèrent aux miracles que Moïse fit en leur présence :
tous méritaient donc d'être punis.
Ce que les Israélites emportèrent à titre d'emprunt n'était qu'une juste compensation de leurs travaux, pour lesquels ils n'avaient reçu aucun salaire. Voyez Juifs.
go Moïse ne commit jamais de massacre pour établir son autorité, mais pour punir l'idolâtrie et les autresdésordres auxquels les Hébreux s'étaient livrés. Il le devait, pour venger la loi formelle que Dieu avait portée, et de l'exécution de laquelle dépendait la prospérité de la nation entière.
6» Aux mots Aaron et Lévites, nous faisons voir que le sacerdoce n'était pas un très-grand avantage pour la tribu de Lévi, et que le peuple fut puni, non pour la faute d'Aaron, mais pour la sienne. Si Moïse avait été conduit par l'ambition, il aurait fait passer le pontificat à ses propres enfants, et non à ceux de son frère. D'ailleurs le choix que Dieu faisait de cette tribu et de cette famille fut confirmé par des miracles.
7° Les quarante ans de séjour dans le désert furent la punition des murmures injustes auxquels les Israélites s'étaient livrés ; mais ceux de cette génération qui entrèrent dans la terre promise étaient âgés de vingt ans lorsqu'ils étaient sortis de l'Egypte ; ils avaient donc été témoins oculaires de tout ce qui s'y était passé, et ils s'en souvenaient très-bien.
Il est fort singulier que l'on veuille rendre Moïse responsable ries fléaux surnaturels et miraculé! ■ qui sont tombés sur les Israéiitus, et qu'ils avaient mérités, pendant que l'histoire nous atteste qu'il ne manquait jamais d'intercéder auprès de Dieu pour les coupables. Y a-t-il une seule occasion dans laquelle on puisse faire voir que ce législateur a sévi contre des innocents, ou qu'il a demandé vengeance à Dieu ? Si tout ce peuple avait été moins rebelle et moins prompt à se mutiner, on dirait qu'il a usé de collusion avec Moïse pour rendre croyables tous les miracles rapportés dans son histoire.
Mais, encore une fois, si la conduite
de Moïse était injuste, tyrannique ; odieuse, comment n'a-t-il pas été massacré par une nation composée de deux millions d'hommes? Comment les Juifs ont-ils laissé subsister dans son histoire tous les reproches qu'il leur fait ? Comment les prêtres n'ontils pas au moins effacé tout ce qui est désavantageux à leur tribu? Voilà des questions auxquelles les incrédules n'ont jamais tenté de satisfaire.
Quant à la conquête de la Palestine, nous prouvons à l'article Chananéens qu'elle était très-légitime. Après avoir bien examiné les miracles, les prophéties, la doctrine, les lois, la conduite de Moïse, qu'exigera-t-on de plus pour être convaincu qu'il était l'envoyé de Dieu, et que les Hébreux n'ont pas pu douter de sa mission? Ci tera-t- on dans le monde un imposteur qui ait su réunir tant de caractères de divinité, un législateur qui ait poussé aussi loin le courage, la patience, la prévoyance, le zèle pour les intérêts de sa nation ?
Il n'est pas possible de lire les derniers chapitres du Deutéronome sans être saisi d'admiration ; et quand on ne voudrait pas convenir qu'il a été le ministre de la Divinité, on serait encore forcé de reconnaître que c'était un grand homme. Aussi le peuple pleura sa mort pendant trente jours, et se soumit sans résistance à Josué, qu'il avait désigné son successeur.
Bergier.