‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 3 sur 122 · I. Parai, c · texte numérisé non relu

I. Parai, c

Nous avons donc tout lieu d'espérer que Dieu, touché de cette obla-

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tion, nous accordera de nouvelles grâces ; conséquemment nous regardons la messe comme un sacrifice impétratoire qui remplace émiuemment lesanciennes hosties pacifiques.

Et de toutes ces vérités nous concluons que le sacrifice de la messe supplée avec un avantage infini à tous ceux qui ont été offerts à Dieu dans tous les siècles.

On ne peut pas nier du moins que cette doctrine ne soit la plus propre à exciter la piété, la reconnaissance et l'amour envers Jésus-Christ, la confiance en Dieu, etc. En supprimant la messe, il semble que les protestants avaient conjuré d'étouffer dans les cœurs tout sentiment de religion.

Ils reprochent aux catholiques les messes dites à l'honneur des saints, comme si elles dérogeaient à l'honneur suprême qui est dû à Dieu et à Jésus-Christ. Cette plainte n'est fondée que sur une équivoque. Quelle est l'intention de l'Eglise dans ces messes? De remercier Dieu des grâces dont il a comblé les saints, surtoutdu bonheur éternel dont il les a mis en possession, et d'obtenir leur intercession auprès de lui. Concil. Trident., sess. 22, can. 5. En quel sens des messes et des prières, dont le seul objet est de reconnaître Dieu comme la soarce de tous les biens, comme l'arbitre souverain du bonheur éternel, comme la bonté mémo qui daigne se laisser fléchir par les prières de ses serviteurs, peuvent-elles faire injure à Dieu? Jamais l'Eglise n'a offert le sacrifice qu'à, lui seul ; c'est donc à lui seul qu'elle rapporte la gloire de tout ce qu'elle demande et de tout ce qu'elle obtient, et elle ne demande rien sans ajouter : Par Jésus-Christ Notre-Seirjnmr.

Mosheiiii dit, Hist ecclésiast., ssec.

4, 2° part., c. 4, § 8, que l'usage qui s'introduisit au iv e siècle de donner lacène sur le tombeau des martyrs et aux obsèques des morts, fit naître dans la suite les messes des saints et les messes des morts ; et il recule l'origine des messes des saints au vm e siècle. Ibid , s;ec. 8, 2° part., c. 4, § 2. Il faut convenir qu'un intervalle de quatre cents ans est un peu long, et que voilà une cause bien

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éloignée de son effet; mais Mosheim ne s'est pas souvenu qu'au n° siècle les fidèles de Smyrne se proposaient déjà de tenir leurs assemblées au tombeau de saint Polycarpe, Epist.

Eccle. Smyrn., n. 18; et qu'au premier, l'Apocalypse, c. 6, ? 9, nous représente les martyrs placés sows Faute!. VQyez Martyrs, §6, Dans ton les les liturgies, il est fait mémoire des saints, et l'Eglise y demande à Dieu leur intercession auprès de lui. Voilà des monuments bien antérieurs an VIII e siècle. Où ce savant luthérien a-t-il vu que l'on donnait la cèncl 11 a lu dans les Pères que l'on offrait le sacrifice de notre salut, la victime de notre rédemption, le sacrifloe de Jiaus- Christ, etc., mais il n'est question là ni de cène ni de souper. Il est bien absurde de prêter aux chrétiens !u du iv° siècle un langage forgé dans le xvi°, pour défigurer la doctrine de l'eucharistie.

Un reproche plus grave, ce sont les messes ^privées, les messes dans lesquelles le prêtre communie seul, et célèbre sans assistants et sans solennité. Bingham soutient que c'est une invention moderne imaginée par les moines, une superstition dangereuse et absurde; il allègue les canons de plusieurs concile-, qui défendent au prêtre de célébrer lorsqu'il n'y a persenne pour lui répondre. Oriy. ecclés., 1. 15, c. 4, § 4.

Cependant l'on a fait voir aux protestants que du temps de saint Ambroise, de saint Augustin, de Théodoret, par conséquent au iv° siècle, lœmeuesprVBtes étaient déjà en usage, et que ces Père; ne les ont point blâmées, Le lirun, t. 1, p. 6. Comme la consécration de l'eucharistie ne s'est jamais faite autrement qu'à la messe, il n'était pas toujours possible de célébrer une messe solennelle pour donner l'eucharistie aux malades, aux confesseurs emprisonnés, aux solitaires retirés dans les déserts, etc.

Pendant les persécutions, l'on 8 été souvent obligéde célébrer la nuit dans des lieux retirés, dans les catacombes, dans les prisons, et, au défaut d'autel, de consacrer l'eucharistie sur la poitrine des martyrs. C'est donc une erreur de croire que, dans les pre-

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miers siècles, la messe n'a été dite que par des évoques, au milieu d'une assemblée de prêtres et d'assistants disposés à communier.

Les conciles qui ont défendu aux prêtres de célébrer lorsqu'il n'y a personne pour répondre, sont encore observés aujourd'hui; un prêtre ne célèbre jamais sans avoir quelqu'un pour lui répondre.

Vainement Bingham insiste sur ce que le célébrant parle toujours au pluriel, et dit : Prions, rendons grâces, nous vous offrons, Seigneur, etc. Il s'ensuit seulement que le prêtre parle au nom de l'Eglise, et non en son propre nom. Faut-il qu'un prêtre s'abstienne de réciter l'oraison dominicale en son particulier, parce qu'il dit à Dieu : Notre Père, donnez-nous notre puin quotidien, délivrez-nous du mal?

Quelques faux zélés ont dit qu'il serait peut-être bon de supprimer les messes fréquentes, parce que si elles étaient plus rares, toujours célébrées avec la même pompe que dans les premiers siècles, le peuple en serait plus frappé et y assisterait avec plus de respect ; que les prêtres eux-mêmes célébreraient avec plus de dévotion.

Mais le concile de Trente, après avoir examiné la question, n'a condamné ni les messes privées ni les messes fréquentes. En voici les raisons : l»dans les villes épiscopales, le peuple, à la venté, assiste volontiers à la messe célébrée par l'évêque les jours de fêtes solennelles, et il est affecté de cet appareil de religion ; mais cette dévotion momentanée ne fait pas sur lui beaucoup d'effet; 2° dans les églises de la campagne, cette pompe n'est pas possible ; si le peuple n'était pas obligé d'assister à la messe les jours de dimanches et de fêtes, il les passerait souvent sans aucune pratique de piété. Dans les monastères assujettis à la clôture, la messe entendue tous les jours contribue beaucoup à y maintenir la piété; 3» dans les villes et dans les campagnes, une infinité de saintes âmes désirent d'assister tous les jours à la messe, n'y manquent jamais, et le font toujours avec le même respect : l'on doit avoir plus d égard pour elles que pour les chré-

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tiens indévots. 4° A moins qu'un prêtre n'ait perdu tout sentiment de religion, il est impossible qu'il ne soit pas contenu dans ses devoirs par l'habitude de célébrer souvent. S Les abus viennent encore plus souvent de l'indévotion, de la mollesse, de la vanité des laïques, que de la faute des prêtres. Il en est donc des messes fréquentes comme de la communion fréquente. Tout considéré, il en résulte un véritable bien ; et en changeant la discipline établie, il en résulterait d'autres abus plus grands que ceux qu'on voudrait réformer.

Il serait à souhaiter, sans doute, comme l'observe le concile de Trente, que tous les fidèles qui assistent au saint sacrifice de la messe eussent toujours la conscience assez pure pour y communier: mais parce que la piété et la ferveur des chrétiens sont refroidies, il ne s'ensuit pas que les prêtres doivent s'abstenir de célébrer.

La messe est non-seulement la prière de l'Eglise, mais le sacrifice offert au nom de tout le corps des fidèles, il est institué non- seulement pour la communion, mais pour rendre à Dieu le culte suprême, pour le remercier de ses bienfaits, pour en obtenir de nouveaux, surtout la rémission des péchés ; et lorsque les fidèles négligent d^y assister et d'y prendre part, il n'est pas moins nécessaire de l'offrir pour eux. Les protestants, sans doute, ne soutiendront pas que la mort de Jésus-Christ sur la croix ne fut pas un véritable sacrifice, parce qu'alors la victime ne fut pas mangée par les assistants.

Ce qui égare nos adversaires, c'est qu'ils commencent par se faire une fausse idée de l'eucharistie; ils ne la regardent ni comme un sacrifice, ni comme une prière, mais seulement comme un souper, comme un repas commun, et parce que saint Paul l'a nommée une fois la cène du Seigneur, ils s'obstinent à ne pas l'appeler autrement, et ils en concluent que, quand il n'y a point d'assemblée ni de repas commun, la cérémonie est nulle et abusive. Par la même raison ils devraient conclure que c'est encore un abus, lorsqu'elle n'est pas précédée par une agape ou par uu repas de

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charité, comme du femps de saint Paul, I Cor., c. 11, f 21. Mais les chrétiens du n , du m e et du iv e siècle, qui l'ont nommée eucharistie, oblation, sacrifice, liturgie, avaient-ils donc perdu déjà In véritable idée qu'en avaient donnée les apôtres?

Il n'est pas étonnant qu'avec ce préjugé, les protestants aient cru voir un grand nombre d'erreurs dans le canon de la messe, et l'aient rejeté comme une formule superstitieuse, parce qu'ils y ont trouvé la condamnation de toutes leurs opinions touchant l'eucharistie,

Cependant Bingham, bon anglican, mais moins opiniâtre que les luthériens et les calvinistes, a trouvé bon de rapporter le canon de la messe ou de la liturgie grecque, tel qu'il se trouve dans les Constitutions apostoliques, liv. 8, c. 12, et que l'on croit avoir été écrit sur la fin du iv e siècle.

Or, il y a vu les noms d'offrande et de sacrifice, les paroles de la consécration, l'invocation par laquelle le célébrant demande que le Saint-Esprit rende présents le corps et le sang de Jésus-Christ, l'oblation quienestfaite à Dieu pour l'Eglise entière, pour les saints de tous les siècles, la prière pour les morts, la profession de foi du fidèle prêt à communier, qui est un acte d'adoration adressé à Jésus- Christ. Orig. ecclés., liv. 15, c. 3, § 1.

Le canon de la messe romaine ne renferme rien de plus. De quel droit les anglicans et les autres protestants ont-ils retranché de leur liturgie toutes ces preuves de l'ancienne croyance ?

Ils ont déclamé contre l'usage de réciter le canon à voix basse, et de manière que les assistants ne peuvent l'entendre. Mais, dans une dissertation sur ce sujet, le père Le Brun a fait voir que cet usage n'est pas particulier à l'Eglise romaine, qu'il a lieu chez les sectes orientales séparées d'elle depuis douze cents ans, et que c'est l'ancienne pratique de l'Eglise universelle; il a répondu à toutes les plaintes que l'on a faites à cet égard.

Explication sur les cérémonies de la messe, t. 8, pag. 1 . Voyez Secrète.

Il en est de même de l'usage de célébrer dans une langue qui n'est pas entendue du peuple. Le père Le

Brun a prouvé, dans une autre dissertation, t. 7, p. 201 , que l'Eglise n'a jamais prétendu qu'il fallût célébrer la liturgie dans une. langue inconnue au peuple; mais qu'elle a soutenu en même temps qu'il n'est pas nécessaire de célébrer en langue vulgaire; que de môme qu'elle n'a donné l'exclusion à aucune langue, elle n'a pas voulu s'assujettir non plus à toutes les variations du langage. Ainsi, dès les temps apostoliques, on a célébré en grec, en latin, en syriaque et en cophte; au iv e siècle, on l'a fait aussi en éthiopien et en arménien, et les liturgies furent écrites au v" dans toutes ces langues. Au ixe et au x° la liturgie fut écrite et célébrée en esclavon, en illyrien et en russe, parce que toutes les langues dont nous venons de parler étaient fort étendues; mais à mesure qu'elles ont changé et ont cessé d'être vulgaires, l'Eglise n'a point permis de retoucher la liturgie ; elle est demeurée telle qu'elle était.

Ainsi, les anciennes églises séparées de l'Eglise romaine sont précisément dans le même cas qu'elle; les Orientaux n'entendent pas plus la langue de leur liturgie, que les peuples de l'Europe n'entendent le latin (1). Voy.

Langue vulgaire.

Les auteurs liturgiques distinguent dans la messe diltérentes parties, 1° la préparation ou les prières qui se font avant l'oblation, et c'est ce que l'on nommait autrefois la messe des catéchumènes ; 2° l'oblation ou l'offrande qui s'étend depuis l'offertoire jusqu'au Sanctus; 3° le canon ou la règle de la consécration ; 4° la fraction de l'hostie et la communion; 5° l'action de grâces ou postcommunion. Nous parlons de chacune de ces parties sous son nom propre, et l'on en trouve l'explication dans le père Le Brun; mais nous

fi) Le9 questions de liturgie appartiennent essentiellement n la discipline ecclésiastique. L'Eglisa petit faire, là-dessus, tout ce qu'elle veut, et ce qu'elle a fait dans un temps elle peut le défaire, on lui donoer plus d'étendue dans un antre. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'un pape changent, làdessns, les usages un jour ou l'antre, surtout depuis que le concile du Vatican a déclaré ia papauté souveraine, et introduisit la célébration en langue vulgaire. Nous croyons qu'un pape le ferait plutôt qu'un concile.

Le Noir,

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sommes obligé le dire deux mots touchant la iracion de l'hostie.

11 est dit dans les évangéhstes que Jésus-Christ, instituant l'eucharistie, prit du pain, le bénit, le rompit et le distribua à ses disciples en leur disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps, etc. Conséquemment dans toutes les liturgies il est prescrit de rompre le pain eucharistique pour imiter l'action de Jésus-Christ, pour représenterson corps brisé en quelque manière, et froissé par sa passion et par le supplice de la croix. De là, chez les Pères de l'Eglise, rompre le pain eucharistique signifie le consacrer et le distribuer aux fidèles .

Sur ces paroles de saint Paul, I Cor., c. 10, f 16 : Le pain que nous rompons n'est-il pas la participation du corps du Seigneur f saint Jean Chrysostome dit, Eomil. 24, n. 2 :

« C'est ce que nous voyons clans l'eu- » charistie. Il a été dit de Jésus-Christ » sur la croix* vous ne Iriserez point » ses os ; niais ce qu'il n'a pas souf- » l'ert sur la croix, il le soutire pour » vous lorsqu'il est offert; il consent ii à être brisé pour se donnera tous. »

Saint Paul, ibid., c. 11, f 24, rapportant les paroles de Jésus-Christ, dit suivant le texte grec : Ceci est mon corps brisé pour vous. Le Sauveur présentait donc son propre corps dans un état de fraction, de souffrance, de mort et de sacrifice. Saint Luc et saint Paul ajoutent : Ceci, ou ce calice, est une nouvelle alliance dans mon sang; le sang de Jésus-Christ, renfermé dans la coupe, représentait celui des victimes immolées pour cimenter l'alliance conclue entre Dieu et son peuple. lïcbr., c. 6, f 18, etc.

Saint Grégoire de Nazianze écrit à un prêtre, Epist. 240 : « Priez pour » moi, lorsque par votre parole vous » faites descendre le Verbe de Dieu, » lorsque par une fraction non san- » glante vous divisez le corps et le » sang du Seigneur, et que votre » voix tient lieu de glaive. »

Un savant anglais qui a cité ces passages, ne s'est pas embarrassé de savoir s'ils contiennent une doctrine différente de celle de l'Eglise anglicane, qui n'admet point la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucha-

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ristie; mais il reproche à l'Eglise romaine de n'avoir conservé que l'ombre du rit ancien, puisque chez nous l'hostie n'est plus rompue pour être distribuée aux fidèles, mais seulement pour en mettre une parcelle dans le calice. Bingham, Orig. ecclés,, liv. 15, c. 3, §35.

Mais les anglicans, non plus que les autres protestants, n'imitent pas plus scrupuleusement que nous l'action de Jésus-Christ; suivant les évangélistes, le Sauveur rompit le pain avant de prononcer les paroles de la consécration : les Grecs divisent l'hostie en quatre parties, les mozarabes la partagaient en neuf morceaux ; dans quelques sectes orientales, on consacre le pain déjà partagé en plusieurs parties. Ce rit n'a donc jamais été uniforme dans les différentes églises chrétiennes, parce qu'on ne l'a jamais regardé comme la partie essentielle ou intégrante de la consécration ni de la communion.

Il nous objecte encore que, suivant la croyance de l'Eglise romaine, ce n'est point le corps de Jésus-Christ qui est brisé ou rompu, mais seulement les espèces ou apparences du pain. Nous en convenons, et il en est de même à l'égard de la division qui semble faite entre le corps et le sang de Jésus-Christ, parce que ce divin Sauveur ressuscité ne peut plus souffrir réellement, ni éprouver la séparation réelle de son corps d'avec son sang. Ainsi, lorsque saint Jean Chrysostome dit que Jésus-Christ souffre et consent à être brisé dans l'eucharistie, il entend évidemment que cela se fait d'une manière sacramentelle et mystique, et non autrement. Mais s'il entendait que 1 eucharistie elle-même n'est que la figure du corps et du sang de Jesus- Christ, son discours, d'un bout a l'autre, ne serait qu'un abus continuel des termes. Quoiqu'il soitimpossible que Jésus-Christ souffre et meure à présent, il ne l'est pas qu'il mette son corps dans un état dans lequel il paraisse souffrant ou mort.

On donne à la messe différents noms, selon le rit, la langue, l'intention, le degré de solennité avec lesquels on la célèbre. Ainsi, l'on dis-

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lingue la messe grecque et la messe la- Une, romaine ou grégorienne; les messes ambrosienne, gallicane, gothique, mozarabique, etc. Nous en avons donné la notion au mot Liturgie. On appelle messe du jour, celle qui est propre au temps où l'on est et à la fête que l'on célèbre, et messe votive, celle d'un saint ou d'un mystère dont on ne fait ni l'office ni la fête, comme la messe du Saint-Esprit, de la sainte Vierge, etc.

Nous ayons déjà parlé de la messe des 'prêsamtifLés et des messes pour les morts. On appelle messe solennelle, messe haute ou grand' messe, celle qui se dit avec un diacre et sous-diacre, et qui se chante par des choristes; messe basse ou petite messe, celle qui est dite par un prêtre seul, et sans aucun chant. On nommait autrefois messe du scrutin, celle qui se disait pour les catéchumènes le mercredi et le samedi de la quatrième semaine du carême, lorsqu'on examinait s'ils étaient suffisamment disposés à recevoir !e baptême : et messe du jugement, celle qui se disait pour un accusé qui voulait se justifier par les preuves établies.

11 faut avouer que, dans les siècles d'ignorance, il s'est glissé de grands abus dans la célébration de la sainte messe; Thiers eu a parlé dans son Traité des superstitions, t. 2, liv. 4.

Heureusement ils ont été retranchés, et ils n'ont plus lieu depuis que le concile de Trente a ordonné aux évêques d'y tenir la main et d'y veiller de près.

Ainsi, l'on a défendu la messe sèche, ou la messe dans laquelle il ne se faisait point de consécration; le cardinal Bona, dans son traité de Rébus liturgicis, liv. 1, c. 13, en parle assez au long; il l'appelle messe nautique, parce qu'on la disait dans les vaisseaux, où l'on n'aurait pas pu consacrer le sang de Jésus-Christ sans s'exposer à le répandre, à cause de l'agitation du vaisseau. 11 dit, sur la foi de Guillaume de Nangis, que saint Louis, dans son voyage d'outre-mer, en faisait dire ainsi dans le vaisseau qu'il montait. Il cite encore Génébrard, qui dit avoir assisté à Turin, en 1587, à une pareille messe célé-

brée sur la fin du jour, aux obsèques d'une personne noble. Durand, qui en fait aussi mention, dit que l'on n'y disait point le canon ni les prières relatives à la consécration. Une fausse dévotion avait persuadé aux ignorants que les prières de la messe avaient plus de mérite et de crédit auprès de Dieu que les autres offices de l'Eglise : on ne peut excuser cette erreur que par la simplicité de ceux qui ysonttombés. Pierre le Chantre, qui vivait en 1200, s'éleva avec raison contre cet abus, qui a été aussi condamné par un concile de Paris de l'an 1212, par plusieurs garants évèques des Pays-Bas, par un synode de Bordeaux du IS avril 1003, etc.

Le concile de Trente ordonne aux évèques de veiller, avec le plus grand soin, à ce que le saint sacrifice de la messe soit célébré dans toutes les églises avec la saintet', la piété et la décence convenables, et à ce que tonte profanation soit bannie de cet auguste mystère. Depuis cette époque, plusieurs conciles provinciaux, surtout en France, ont fait les règlements les plus sages pour déraciner et prévenir tous les abus que l'ignorance, la négligence et l'avarice avaient introduits. Mais cela n'est pas aisé : la vanité, la mollesse, l'indévotion, l'indépendance, lutteront toujours contre le zèle des pasteurs ; les grands du monde veulent un culte aisé, commode, domestique, qui leur coûte peu ; et les simples particuliers veulent les imiter. La messe, devenue un usage journalier, a cessé d'inspirer autant de respect qu'elle en mérite ; les prêtres et les assistants se sont, pour ainsi dire, familiarisés avec cet auguste mystère.

D'autre part les protestants ont-ils beaucoup gagné à le supprimer? La piété est très-rare parmi eux, parce qu'elle n'a plus d'aliment : ils sont très-peu attachés à leur religion, ils n'y tiennent que par intérêt politique et par haine pour l'Eglise romaine ; pourvu qu'ils en demeurent séparés, peu leur importe ce qu'ils doivent croire et pratiquer. Voyet Protestants, Réformaïion.

Bergier.

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MESSIE, terme emprunté de l'hébreu Mcssiah, oint ou sacré ; les Grecs l'ont rendu par XpiCdç, qui signifie la même chose, d'où nous avons retenu le nom de Christ. Les Hébreux le donnaient aux prêtres, aux prophètes et aux rois : on en trouvera î'étymologie au mot Onction. 11 est dit qu'Aaron et ses lils furent oints ou sacrés pour exercer Je sacerdoce, Num., c. 1, t 3, et ses descendants sont appelés les oints ou les messies prêtres, II Machab., c. 1, y 10. Elie reçoit de Dieu l'ordre de donner à Elisée l'onction ou le ministère de prophète, UIReg., c. 19, f 16. Les rois sont souvent nommés les christs du Seigneur, nu les messies de Dieu.

Ce titre se irouve même donné à des rois idolâtres, à celui de Syrie, III Rcy., c. 19, y 15; à Cyrus, Is., c. 45, ^ 1 ; et à tout le peuple de Dieu, Ps. 104, y 15. « Ne touchez » pas mes messies, c'est-à-dire le » peuple qui m'est spécialement con- » sacré ; et ne faites point de mal à » mes prophètes, » à ceux qui sont chargés de faire connaître mon nom à toutes '.es nations.

Mais le nom de Messie a été spécialement employé parles prophètes, pour désigner l'Envoyé de Dieu par excellence, le Sauveur et le Libérateur du genre humain, Dan., c. 9, y 16; Ps. 2, y 2, etc. Anne, mère de Samuel, I. Iieg., c. 2, y 10, conclut son cantique par ces paroles remarquables : « Le Seigneur jugera les » extrémités de la terre, il donnera » l'empire à son Roi, et relèvera la » force de son Messie. » Cela ne peut être appliqué aux rois des Hébreux, puisqu'alors ils n'en avaient point.

Aussi, dans le Nouveau Testament, le nom de Christ ou de Messie n'est plus donné qu'au Sauveur du monde, a Vous savez, dit saint Pierre au cen- » turion Corneille, de quelle manière >i Dieu a oint Jésus de Nazareth par » le Saint-Esprit et par la puissance » qu'il lui a donnée, o Acf., c. 15, y 37. Jésus-Christ lui-même déclare à la Samaritaine qu'il est le Messie attenduparles Samaritains, aussi bien que par les Juifs. Joan., c. 4, y 25.

La grande question qui est entre ces derniers et les chrétiens, consiste

à savoir si le Messie est venu, si c'est Jésus-Christ ou un autre. Pour y satisfaire, nous avons à prouver contre les juifs, 1° que le Messie est arrivé, et qu'ils ont tort de soutenir le contraire ; 2° que toutes les prophéties qui le concernent, ont été accomplies dans la personne de Jésus-Christ.

3° que quand il y aurait du doute sur le sens des prophéties, sa qualité de Messie serait assez prouvée par ses miracles et par les autres caractères dont il a été revêtu; 4° que les juifs ne peuvent faire, contre ces vérités, aucune objection solide : ainsi, c'est sans aucun succès que les incrédules répètent aujourd'hui les mêmes arguments contre la mission divine de Jésus-Christ.

I. Le Messie est arrivé. Nous le prouvons en rassemblant les prophéties qui, selon l'aveu des Juifs mêmes, désignent le temps de son arrivée; mais nous ne ferons que les indiquer sommairement, en renvoyant aux articles particuliers sous lesquels nous en parlons plus au long.

1° Selon la prophétie de Jacob, Gen., c. 49, y 8 et suiv., le Messie doit venir lorsque le sceptre ne sera plus dans la tribu de Juda, puisque le sceptre n'est promis à cette tribu que jusqu'à l'arrivée du Messie. Or, depuis dix-sept cents ans, la postérité de Judan'adansaucun lieu du monde, aucune espèce d'autorité; donc le Messie n'est plus à venir. Les juifs d'aujourd'hui sont en grande partie de la tribu de Juda; mais dans aucune contrée de l'univers ils n'ont la liberté de suivre leurs lois civiles ni religieuses, ni de se gouverner euxmêmes. Voyez Juda.

2° Suivant la prophétie de Daniel, c. 2, y 44 et chap. 7, y 14 et suiv., le règne du Messie doit se former après la destruction de la troisième monarchie dont il parle, et qui est évidemment celle des Grecs, et pendant la durée de la quatrième qui est celle des Romains. Or, la monarchie des Grecs est détruite depuis plus de dix-sept siècles, et celle des Romains ne subsiste plus. Voy.

Monarchie. Selon le même prophète, chap. 9, y. 25, le Messie a dû venir soixante et dix semaines d'an-

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nées, ou quatre cent quatre-vingt-dixans après la reconstruction de la ville de Jérusalem : or, cette ville a été certainement rebâtie soixante-treize ans après le premier retour de la captivité de Babylone, et sous le règne d'Artaxerxès à la longue main. Que les Juifs arrangent comme ils voudront le calcul des fixante-dix semaines, elles sont certainement écoulées depuis plus de dix-sept cents ans.

Voy. Semaine. Dans ce même chapitre, y 27, il est dit qu'après la mort du Messie, les offrandes et les sacritices cesseront; or, les Juifs ne peuvent plus en faire depuis la même époque.

3° Les prophètes Aggée, c. 2, y 7, et Malachie, c. 3, y i , ont prédit que le Messie viendrait dans le temple que l'on rebâtissait pour lors ; ce temple fut détruit de fond en comble par les Romains, il n'en reste plus aucun vestige; et lorsque les Juifs entreprirent de le rebâtir sous le règne de Julien, ils en furent empêchés par les globes de feu qui sortirent des fondements, et rendirent le lieu inaccessible. Le Messie était donc arrivé avant toutes ces révolutions. Voyei Aggée, Malachie, Temple.

4° Les Juifs ont toujours cru, e f ils croient encore, sur la foi des prophéties, que le Messie doit naître du sang de David et de Juda. Or, depuis la dispersion des Juifs, arrivée sous les Romains, leurs généalogies sont tellement confondues, qu'il est impossible à aucun juif de prouver qu'il est de la tribu de Juda plutôt que de celle de Benjamin ou de Lévi ; à plus forte raison, qu'il est de la race de David Celle-ci est tellement anéantie, que l'on n'en connaît plus aucun rejeton. La perte que les Juifs ont faite de leurs généalogies, qu'ils ont conservées avec tant de soin pendant quinze cents ans, aurait dû les convaincre que le temps de l'arrivée du Messie est passé depuis longtemps. Voyez Généalogie.

5° Quelques années avant la destruction de Jérusalem et la dispersion des Juifs, il était constant, non-seulement dans la Judée, mais dans tout l'Orient, que l'arrivée du Messie était prochaine. « Le Messie » vient, dit la Samaritaine, loan.,

» c. 4, f 25, et il nous enseignera » toutes choses. » Les Juifs doutèrent si saint Jean-Baptiste n'était pas le Messie, Luc, c. 4, ^ 15. Josèphe, Hist. de la guerre des Juifs, 1. 16, c. 31, parle d'un passage de l'Ecriture, qui portait que l'on verrait en ce temps-là un homme de leur contrée commander à toute la terre, et il en fait l'application à Vespasien ; c'est évidemment le passage de Daniel, c. 7, y 14. « Il s'était répandu dans » tout l'Orient, dit Suétone dans la » vie de Vespasien, une opinion an- » cienne et constante qu'eu ce temps- » là, par un arrêt du destin, des » conquérants sortis de la Judée se- » raient les maîtres du monde. Plu- » sieurs, dit Tacite, étaient persuadés » qu'il était écrit dans les anciens » livres des prêtres, qu'en ce temps là, » l'Orient reprendrait la supériorité, » et que des hommes sortis de la » Judée seraient les maîtres du » monde. » Donc l'on était bien convaincu que le temps fixé par les prophètes pour l'arrivée du Messie, était accompli. Or, l'expédition de Tite et de Vespasien dans la Judée s'est faite trente-sept ans après la mort de Jésus-Christ. Dans ce tempslà même, il parut dans la Judée plusieurs imposteurs qui se donnèrent pour messies, qui séduisirent un grand nombre de Juifs, et qui furent exterminés par les Romains. Josèphe en parle, et Jésus-Christ en avait prévenu ses disciples, Maith., cap. 24, y 24. C'est donc un aveuglement inexcusable de la part des Juifs d'attendre encore un Messie qui a dû paraître dix-sept siècles avant nous.

6° Il y a chez les Juifs une ancienne tradition rapportée dans le Talmud, Tract. Sanhedr., c. H, qui porte que le monde doit durer six mille ans, savoir : deux mille avant la loi, deux mille sous la loi, et deux mille sous le Messie. Quoique cette tradition soit fausse, elle prouve contre les Juifs qui la reçoivent, que le Messie a dû naître l'an 4000 du monde, comme cela est arrivé. C'est donc contre le sentiment de leurs anciens docteurs, que les Juifs s'obstinent à soutenir que le Messie est encore à venir.

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Quand on les presse sur ce point, ils disent qu'à la vérité les prophètes l'a', aient ainsi prédit, mais que f avènement du Messie a été retardé à cause de leurs péchés. Mais ce subterfuge contredit une maximo reçue parmi eux : savoir, que quand Dieu menace; de punir il ne le lait pas toujours, parce que le repentir des pécucurs arrèie souvent son bras; mais que quand il promet dos bienfaits, il ne manque jamais d'accomplir ?e; promesses. Prideaux, Hist.

'-/> Jwfs,l. 17, t. 2, p. 252. Nous examinerons cette maxime dans la suite. Selon la supposition des Juifs, DUu peut différer l'avènement du Mess;.- ju -qu'à la un du monde. Ils ont si bien senti leur tort, que leurs docteurs ont prononcé une malédiction contre ceux qui supputeront le temps de l'arrivée du Messie. Gémare, TU. Sanlitdr., cil.

II. C'est uiJcsus-Christ, et non dans aucun autrt , que A s proph Hies quiconcement le Messie ont EU accomplies.

Outre les prédictions dus prophètes que nous venons de citai., et par lesquelles le temps auquel le Messie a dû venir est clairement marqué, il en est d'autres qui lui attribuent certains caractères qui ne peuvent convenir qu'à lui ; si nous pouvons faire voir que ces caractères ont été rassemblés dans Jésus-Christ, il en résultera que c'est lui qui a été le vrai Messie, et que les Juifs sont coupables de ne pas le reconnaître pour tel.

En premier lieu, un des principaux privilèges que les prophètes ont attribué au Messie, est qu'il devait naître d'une vierge ; les anciens docteurs juifs l'ont expressément avoué; ils l'ont conclu de la prophétie d'Isaïe, chap. 7, f 14, où il est dit : « Une Vierge concevra et enfantera » un Fils qui sera nommé Emmanuel, » Dieu avec nous, » et de quelques autres prophéties qu'ils ont expliquées dans un sens mystique poulies faire cadrer avec celle-là. Voyez Galatin, 1. 7, c. 14 et 15. Ainsi les rabbins, qui soutiennent que cette prédiction ne regarde pas le Messie, mais le iiis d'Isaïe, s'écartent nonseulement du vrai sens de la prophé-

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tie.mais encore du sentiment deleurs anciens maîtres ; nous les avons réfutés au mol Emmanuel.

Or, Jésus-Christ est né d'une Vierge; les apôtres et les évangélistes l'ont ainsi publié, et aucun de ceux qui se sont donnés pour Messie n'a osé s'attribuer le même privilège. Si c'était une imposture, Dieu n'aurait pas pu permettre qu'elle fût couiirmée par les miracles, par les vertus, par la sainteté de la doctrine de Jésus-Christ, et par la révolution qu'elle a causée dans le monde. Les calomnies, par lesquelles les Jui :

les incrédules ont cherché à rendre suspecte la naissance de ce divin Sauveur, sont assez réfutées par leur absurdité même.

Nous convenons quecettenaissance miraculeuse n'était pas un signe extériciu\et sensible par lequel le Mi pût être reconnu, puisqu'elle ne pouvait être prouvée que par la suite des événements ; mais c'était une circonstance nécessaire, puisqu'èl était prédite. Les Juifs ne peuvent pas en raisonner autrement par rapport au Messie qu'ils attendent.

Le même prophète le nomme Emmanuel, Dieu avec nous, le Dieu fort, le Père du siècle futur, c. 9, f G. Or, Jésus-Christ s'est donné constamment la qualité de Fils de Dieu, égal à son Père. Les Juifs qui le lui ont reproché comme un blasphème, et qui l'ont condamné à mort pour ce sujet, ceux d'aujourd'hui qui concluent de là qu'il n'est pas le Messie, puisqu'il a usurpé la divinité, sont contredits par les plus célèbres de leurs docteurs qui ont enseigné que le Messie serait Dieu dans toute la signification du nom Jéhovah. Voyez Galatin, 1. 3, c. 9 et suiv.

En second lieu, suivant les prophéties, la Messie doit être législateur, établir une loi nouvelle. Deut., c 18, f 15. Moïse promet aux Juifs un prophète semblable à lui ; pour lui ressembler, il faut être législateur comme lui. Isaïe pariant du Messie, c. 42, f 4, dit que les îles, ou les pays les plus éloignés, attendront sa loi. La prophétie de Jacob annonce la même chose, lorsqu'elle dit que le Messie rassemblera les peuples, ou

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,]ue les peuples lui seront soumis, Gen-, c. 40, ^10. Jérémie le conlirine z. 23, f 5, lorsqu'il promet ira roi descendant de David, qui fera régner sur la terre l'équité et la justice. Les Juifs ne peuvent contester à Jésus- Christ l'avantage d'avoir établi une loi nouvelle, sous laquelle il a rangé une grande partie des peuples du monde.

Le même prophète, chap. 31, ^ 31, prédit que Dieu fera avec les Juifs une nouvelle alliance différente de celle qu'il a faite avec leurs pères après leur sortie de l'Egypte; qu'il écrira sa loi dans leur esprit et dans leur cœur ; qu'il se fera connaître à tous, etqu'il pardonnera leurs péchés.

Leurs anciens docteurs ont entendu cette prédiction de l'alliauceque Dieu voulait faire avec son peuple sous le règne du Messie ; c'est pour cela que Malachic, e. 3, f 1, le nomme l'Ange de l'alliance. Jésus-Christ a rempli toute l'énergie de ce nom et de cette promesse, puisqu'il a fait connaître Dieu et sa loi aux nations plongées dans l'infidélité, qu'il a pardonné les péchés et a donné à ses envoyés le pouvoir de les remettre.

Suivant le psaume 109, ^4, il devait être prèlre selon l'ordre de Melchisédech; et suivant Malachie, c. 1, t H, etc. 3, Jf 3, Dieu a déclaré qu'il établirait de nouveaux sacrifices et un nouveau sacerdoce. Jésus- Christ a vérilié toutes ces prédictions; non-seulement il s'est offert lui-même <:n sacrilice sur la croix, mais il a ordonné à ses disciples de renouveler sur les autels ce sacrifice, sous les symboles du pain et du vin, conformément à celui qui fut offert par Melchisédech.

Par un trait singulier d'aveuglement, les Juifs ne veulent pas reconnaître Jésus Christ pour Messie, parce qu'il a établi une nouvelle loi au lieu de confirmer l'ancienne, parce qu'il n'a pas obligé ses disciples à. observer les cérémonies et les sacrifices ordonnés par Moïse, parce qu'il n'a pas fondé dans la Judée un royaume temporel ; c'est comme s'ils lui faisaient un crime d'avoir accompli trop exactement les anciens oracles.

VOIJ. LOIS (JKUÉMONIELLfcS.

En troisième lieu, il était prédit que le Messie serait rejeté par son peuple, serait mis à mort, et ressusciterait. En comparant le S3° chapitre d'Isaïe avec l'histoire que les évangélistes ont faile des opprobres, des souffrances, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, il semble que le prophète ait fait la narration d'un événement passé, plutôt que la prédiction de ce qui devait arriver sept cents ans après lui. Voyez Passion de Jésus-Çhrisï.

Les Juifs embarrassés par cette prophétie n'ont pas pu s'accorder sur les moyens d'en détourner le sens.

Les uns ont dit qu'elle ne regarde pas le Messie, que c'est un tableau des souffrances actuelles de la nation juive ; mais il est évident que le texte parle d'un personnage particulier et non d'un peuple entier. Les autres ont imaginé qu'il doit y avoir deux Messies, l'un pauvre, humilié et souffrant; l'autre, tils de David, glorieux, conquérant, libérateur de sa nation ; ils ont ajouté que Jésus pouvait être le premier, mais qu'il n'est sûrement pas le second. C'est reconnaître assez clairement que leur prétendu Messie, glorieux et conquérant, n'est qu'une chimère contraire aux prédictions des prophètes.

Galatin, liv. 8, ch. 9 et suiv., a l'ait voir que la paraphrase chaldaïque de Jonathan et l'explication des anciens docteurs juifs, sont parfaitement conformes à la manière dont nous entendons le chapitre S3 d'Isaïe et les autres prédictions qui annoncent les souffra.'H.'i' du M ' sic.

Dieu a-t-il pu permettre que Jésus-Christ réunit dans sa personne cette multitude de caractères frappants, singuliers, décisifs, quidevaient rendre le Messie reconnaissable, s'il n'était pas réellement le personnage désigné par les prophètes ? Il aurait tendu aux hommes un piége inévitable d'erreurs. Lorsque les Juifs disent que Jésus avait été le Messie, il n'aurait pas été possible à leurs pères de le méconnaître, de le rejeter et de le crucifier, ils argumentent contre leurs propres oracles qui ont prédit cet aveuglement étonnant de la nation juive, et ils nous montrent eux-

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mêmes une incrédulité aussi surprenante que celle de leurs pères.

Mais ce n'est pas assez, disent-ils, que Jésus ait accompli un certain nombre de prophéties; il devait les accomplir toutes sans exception; or, il y en a un grand nombre qu'il n'a pas vérifiées.

1° Il estait danslsaïe, c.2, ^2, que dans les derniers jours, ou à la fin des temps, la montagne de la maison du Seigneur sera élevée sur toutes les autres, que toutes les nations s'y assembleront, qu'elles changeront leurs armes guerrières en instruments de labourage, qu'il n'y aura plus de guerres mais une paix perpétuelle.

Rien de tout cela n'est encore arrivé.

Réponse. Il faudrait savoir d'abord ce que les Juifs entendent par les derniers jours; si c'est la lin du monde, comment s'accompliront les événements annoncés par cette prophétie,?

Il est clair que cette expression ne désigne aucune époque précise, mais en général le temps que Dieu a marqué pour exécuter ses desseins. Or, à la venue de Jésus-Christ, cette prophétie a été suffisamment accomplie : la montagne du Seigneur, Jérusalem et son temple, sont devenus plus célèbres que jamais chez toutes les nations; c'est là que le Saint-Esprit, est descendu sur les apôtres, et que s'est formée l'Eglise de Jésus- Christ; c'est de là que la parole du Seigneur et la loi nouvelle sont parties, selon l'expression du prophète; c'est là que le Messie a commencé à rassembler toutes les nations et a formé un nouveau peuple. Non-seulement il régnait pour lors une paix profonde dans l'empire romain, mais l'Evangile a fait cesser la division et l'inimitié qui régnaient entre les Juifs et les païens, entre les divers peuples qui l'ont embrassé. Si cette paix n'a pas été plus prompte et plus étendue, c'est, en grande partie, la faute des Juifs incrédules. Il y a de l'entêtement à prendre à la rigueur tous les termes des prophéties, et à vouloir que des expressions métaphoriques soient vérifiées à la lettre.

Ce n'est donc pas la peine de réfuter les Juifs, lorsqu'ils objectent que, selon Isaïe, chap. H, f 6, sous le

règne du Messie, le loup vivra avec l'agneau, et le léopard avec le chevreau, que le veau, le lion et la brebis paîtront ensemble, etc. En lisant attentivement ce chapitre, on voit qu'il signifie seulement que la doctrine et les lois du Messie rendront les hommes plus paisibles et plus sociables qu'ils n'étaient auparavant.

2° Dieu, dans le Dcutéronome, chap. 30, y 3, a promis de rassembler les Juifs dans leur terre natale, quand même il les aurait dispersés aux extrémités du monde. Or, cela ne s'est pas fait après la captivité de Babylone; il n'en revint que la tribu de Juda, et une partie de celle de Benjamin et de celle de Lévi; donc il faut que cela s'exécute sous le règne du Messie, quand il viendra : il doit racheter, sauver et rassembler les Juifs, les faire jouir d'une prospérité et d'un bonheur constant, haï., c. 35, fi, etc.

Non-seulement Jésus n'a pas rempli ces graudes promesses; mais on suppose que, loin de sauver les Juifs, il les a réprouvés, et leur a préféré les païens pour en composer son Eglise.

Réponse. Les promesses du Deutcronome sont évidemment limitées et conditionnelles; Dieu promet de rassembler les Juifs, lorsque, repentants de tout leur cœur, ils retourneront à lui et obéiront à ses ordres; le texte est formel. Si la plus grande partie des Juifs transportés à Babylone n'ont été ni repentants ni obéissants, s'ils ont préféré la terre étrangère dans laquelle ils s'étaient établis, à celle dans laquelle ils étaient nés, peut-on reprocher à Dieu de n'avoir pas exécuté ses promesses? L'édit de Cyrus, qui mit fin à la captivité de Babylone, laissait à tous les Juifs, sans exception, la liberté de retourner dans la Judée. Esdras, e. 1, f 3. II est dit que tous ceux à qui Dieu inspira de la bonne volonté en profitèrent, ibid., f 5; conséquemment Esdras ajoute que tout Israël, de retour de la captivité, habita dans les villes qui lui appartenaient, c. 2, y 70. Que fallait-il de plus pour accomplir les promesses de Dieu? Il n'est donc pas vrai que la dispersion et l'exil, dans lequel sont aujourd'hui les Juifs, soient une suite et une continuation de la captivité de

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Babylone, comme les rabbins le soutiennent.

Par la même raison le Messie a sauvé et rassemblé les Juifs autant qu'il le devait, puisqu'il leur a offert le salut et leur en a fourni les moyens ; il est absurde de prétendre que Dieu doit sauver ceux qui ne veulent pas et qui résistent opiniâtrement aux bienfaits qu'il leur offre; qu'aujourd'hui le Messie doit convertir, malgré eux, les Juifs obstinés et rebelles.

3° Suivant les prophéties, disent-ils, le Messie doit être un tils de David, qui régnera éternellement dans la Judée, Ezech., c. 37, f 24 et suiv. ; Gog et Magog, deux nations puissantes, doivent être vaincues et détruites par les Juifs, c. 38 et 39. Le troisième temple doit être rebâti ; Ezéchiel en donne le plan et les dimensions, c. 40 et suiv. Le Messie doit avoir une postérité nombreuse, et régner sur toute la terre. Isai., c. 35, y 10, etc. Rien de tout cela ne peut être appliqué à Jésus.

Réponse. Ce n'est pas assez de citer des prophéties et de leur donner un sens arbitraire, il faut encore les concilier, ou du moins ne pas les mettre en contradiction. Nous demandons comment un règne temporel peut être éternel sur la terre, et si les Juifs, devenus sujets de leur prétendu Messie, ne seront plus exposés à la mort ; comment les guerres, les victoires, le carnage des peuples, peuvent s'accorder avec le caractère pacifique que les prophètes attribuent au Messie, et avec cette paix profonde qui, selon les Juifs mêmes, doit régner sur toute la terre ; comment un règne glorieux et heureux peut être compatible avec les opprobres, les souffrances, la mort que le Messie doit subir, etc.? Mais les Juifs n'y regardent pas de si près.

Ce n'est point à nous de décider quels sont les peuples nommés Gog et Magog; les Juifs prétendent que ce sont les Turcs et les chrétiens, et ils se félicitent d'avance du plaisir de les exterminer sous leur Messie futur ; les interprètes sont très-peu d'accord sur ce sujet. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Ezéchiel, qui prophétisait pendant la captivité de Babylone, parle évidemment des

événements qui devaient la suivre de près, et auxquels les Juifs de son temps devaient avoir part.

11 n'est point question dans ce prophète ni ailleurs, d'un troisième temple, mais du second qui fut bâti sous Zorobabel ; il est évident que ce qu'il dit des dimensions du temple estallégorique; c'est une absurditéde la part des Juifs d'imaginer qu'Ezéchiel, Aggôe et Zacharie n'ont rien dit du temple qui allait être bâti, et qu'ils ont parlé d'un troisième, qui, après deux mille ans, n'est pas encore commencé. Si les dimensions et le plan qu'Ezéchiel a tracés n'ont pas été exactement suivis, il faut s'en prendre aux Juifs auxquels le prophète Aggée a vivement reproché leur négligence et leur peu de courage, c. 1, f 2. Ils n'ont pas mieux exécuté ce que le prophète leur prescrit sur le partage de la terre sainte, sur la portion qu'ils doivent réserver pour les étrangers, etc.; ils trouvent commode de réserver pour le règne du Messie tout ce que leurs pères ont négligé de faire conformément aux exhortations des prophètes, et ils prennent ces exhortations pour des prédictions qui ne sont pas encore accomplies.

La postérité du Messie, ce sont les peuples qu'il a instruits, corrigés, rendus plus sociables, et dont il a composé son Eglise ; il ne lui convenait pas d'avoir une autre famille. Il est étonnant que les Juifs, après avoir prétendu que le 53 e chapitre d'Isaie ne doit pas s'entendre du Messie, se servent de ce même chapitre pour prouver qu'il a dû avoir une longue postérité; on ne peut pas lui appliquer les derniers versets sans lui appliquer aussi les premiers, et pour lors il faut nécessairement admettre les opprobres, les souffrances, la mort et la résurrection du Messie; événements qui ne s'accordent guère avec l'idée que les Juifs se forment de son règne.

Telles sont cependant les absurdités et les contradictions que plusieurs incrédules modernes n'ont pas dédaigné de copier, pour attaquer l'une des preuves du christianisme.

III, Nous croyons fermement que

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la preuve tirée des prophéties est évidente pour tout homme raisonnable ; elle devrait l'être surtout pour les Juifs dépositaires de ces prophéties. Voilà pourquoi les apôtres , lorsqu'ils prêchent Jésus-Christ aux Juifs, commencent par prouver qu'eu lui ont été accomplies toutes les prophéties. Cependant, comme la force de cette preuve dépend dû la comparaison qui! faut faire des différentes prédictions des prophètes, celte discussion n'était pas à la portée des ignorants; elle ne pouvait faire impression que sur les Juifs instruits, et qui étaient d'assez lionne foi pour s'en tenir à la tradition de leurs anciens docteurs. Le joug de la domination romaine, que les Juifs ne portaient qu'avec la plus grande répugnance, avait tourné les esprits vers les prophéties qui semblaient leur promettre un libérateur temporel ; et le sadducéisme qu'avaient embrassé plusieurs membres de la synagogue, les rendait peu sensibles aux bienfaits spirituels que le Messie était venu répandre sur les hommes.

Des esprits ainsi disposés n'étaient pas fort propres à saisir le vrai sens des prophéties ; et comme les calamités de la nation juive augmentèrent encore dans la suite, il n'est pas étonnant que le sens le plus grossier soit devenu une tradition chez les Juifs modernes.

D'autre part, les païens qui ne connaissaient pas les livres, la croyance ni les espérances des Juifs, avaient besoin d'une preuve plus à leur portée que les prophéties. Les miracles de Jésus-Christ et des apôtres devaient donc faire, sur les uns et sur les autres, une impression plus vive et plus efficace.

Les Juifs n'ont jamais osé nier absolument les miracles de Jésus-Christ; les uns ont dit qu'il les avait opérés par le secours de la magie, les autres, par la prononciation du nom ineffable de Dieu; quelques-uns ont soutenu que Dieu pouvait donner à un imposteur ou à un faux prophète le pouvoir défaire des miracles. Mais le caractère de magicien est incompatible avec la sainteté de la doctrine du Sauveur; il a déclaré qu'au lie*

d'avoir de la collusion avec le démon, il était venu pour le vaincre et le dépouiller, Luc, cap. 11, f 15. C'est blasphémer contre Dieu et sa providence, de supposer qu'il peut donner à un imposteur le pouvoir de faire des miracles, ou en prononçant son nom ou autrement. Les magiciens et les imposteurs ont-ils jamais opéré des guérisons et des miracles pour instruire, pour corriger, pour sanctifier les hommes?

Lorsque Dieu envoya Moïse pour annoncer aux Juifs ses volontés et ses lois, il lui donna pour lettres de créance le pouvoir d'opérer des miracles, et Moïse n'eut point d'autres preuves à donner de sa mission. Les Juifs conviendront-ils que Moïse, quoique doué d'un pouvoir surnaturel, pouvait cependant être un imposteur? Quelle preuve peuvent-ils apporter de la réalité et de la divinité des miracles de Moïse, que nous ne puissions appliquer à ceux de Jésus- Christ?

Il y aplus:les anciens docteurs juifs sont convenus que le Messie doit faire des miracles semblables à ceux de Moïse. De quoi serviraient-ils, si cette preuve n'était d'aucune force pour constater son caractère et sa mission?

Quelques-uns même ont avoué dans le Talmud, qu'il s'était fait des miracles au nom de Jésus-Christ par ses disciples. Galatin, 1. 8, ch. 5 et 7, Dieu a-t-il pu permettre qu'il se fit des miracles au nom d'un faux Messie?

Un second caractère, que les Juifs ne peuvent contester à Jésus-Christ, est la sainteté de sa doctrine et la pureté de ses mœurs; double avantage qu'aucun imposteur n'a jamais réuni dans sa personne. On a souvent détiê les Juifs de montrer dans l'Evangile une seule maxime capable de porter les hommes au crime ou d'aliaiblir en eux l'amour de la vertu, et dans la conduite du Sauvenr une action justement condamnable. Les seuls reproches que les Juis lui aient faits, ont été de ce qu'il s'attribuait la qualité de Fils de Dieu et les honneurt; de la Divinité, de ce qu'il violait le sabbat et d'autres lois cérémonielles, de ce qu'il attaquait les traditions et la morale des pharisier . Or, nous

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avons fait voir que dans tout cela il remplissait, selon les prophètes, les fonctions essentielles de Messie, de législateur, de maître, de réformateur de son peuple; qu'il était véritablement Emmanuel, Dieu avec nous ; que c'était à lui de montrer aux docteurs juifs le vrai sens des Ecritures et de la loi de Dieu qu'ils entendaient fort mal. En faisant voir que le culte le plus agréable à Dieu consistait dans les vertus intérieures et non dansles cérémonies, il ne faisait que répéter les leçons des prophètes ; on ne peut entendre, sans étonnement, les rabbins modernes soutenir que le culte extérieur est plus parfait et d'un plus grand mérite que le culte intérieur.

Un troisième signe auquel les Juifs auraient dû reconnaître dans Jésus- Christ le Messie promis à leurs pères, est la conversion des païens opérée par sa doctrine. Ils ne peuvent nier que ce prodige n'ait dû arriver à l'avénement du Messie; les prophètes l'ont annoncé trop clairement, lsaï., c. 2, t 3 et 18; c. 19, f 21; c. 49, f 6; Zach., c. 2, f H, etc. C'était une tradition constante chez les Juifs, Galatiu, 1. 9, c. 12 et suiv., et ils ont été témoins de l'événement. Quand même ils ne l'auraient pas prédit, la preuve ne serait pas moins invincible. Dieu a-t-il pu se servir d'un imposteur, d'un faux Messie, pour opérer cette grande révolution, pour amener les nations idolâtres à la connaissance de son nom?

Malgré l'entêtement des Juifs, ils sont forcés d'avouer que les chrétiens adorent, aussi bien qu'eux, le vrai Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; qu'ils ont les mêmes articles de foi, les mêmes règles essentielles de morale, les mêmes espérances. Sont-ce des missionnaires juifs qui ont converti le monde? C'est l'ouvrage des apôtres de Jésus-Christ.

Si les Juifs sont toujours le peuple «héri du Seigneur, comment a-t-il permis que des hommes qui, selon l'opinion des J uifs, sont des déserteurs du judaïsme et des apostats, fussent les auteurs d'une si heureuse révolution, et servissent à éclairer toutes les nations?

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Un quatrième trait de la Providence, qui démontre la mission divine de Jésus-Christ et sa qualité de Messie, est l'abandon dans lequel les Juifs sont laissés depuis qu'ils ont rejeté et mis à mort ce divin Sauveur.

Ils savent que telle a été l'époque à laquelle ils sont tombés dans l'état de dispersion, d'exil, d'esclavage et d'opprobre dans lequel ils gémissent, et duquel ils n'ont pas pu se relever depuis dix-sept cents ans. A l'article Juifs, § 6, nous avons fait voir que cette chute énorme est évidemment la punition du déicide qu'ils ont commis dans la personne de Jésus-Christ.

Ce divin Maire le leur avait prédit plus d'une fois; mais, loin d'être touchés de ses menaces, ils en devinrent plus furieux contre lui.

Ce n'est pas la première fois que cela leur était arrivé. Fiers des promesses que Dieu avait faites à leurs pères, ils crurent pouvoir braver impunément les menaces des prophètes.

C'est à ce sujet que Jérémie leur adressa, de la part de Dieu, ces paroles terribles, c. 18, fr 6 : << Ne suis-je r. donc pas autant le maître de votre n sort, qu'un potier est libre de dis- » poser de l'argile qu'il tient entre ï ses mains ? Toutes les fois que j'au- » rai menacé de punir une natîbn, si » elle fait pénitence, je m'abstiendrai » de lui faire le mal que j'avais ré- « soin ; mais aussi toutes les fois que » je lui aurai promis des bienfaits et » des prospérités, si elle fait le mal ■k devant moi, et ne m'écoute pas, je » la priverai des faveurs que je lui » destinais. Voyez, continue le pro- » phète, s'il y a sous le ciel une nation » qui ait fait autant de mal que vous !

» Aussi Dieu a résolu de ne pas vous » épargner. » Les Juifs furieux veulent se défaire de Jérémie; le prophète indigné s'adresse à Dieu, et le conjure de déployer toute la rigueur de sa justice contre ce peuple rebelle, ibid., f 20 et suiv. On sait quelles furent les suites de cette prière.

Voilà précisément ce que les Juifs ont fait de nouveau à l'égard de Jésus- Christ; irrités par ses leçons, par les reproches qu'il leur faisait de corrompre le sens des Ecritures, par la destruction dont il les menaçait, non-

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seulement ils résolurent sa mort, comme celle de Jérémie, mais ils exécutèrent cet abominable dessein, et jamais ils ne se sont repentis de leur forfait; il n'est donc pas étonnant que Dieu en tire une vengeance plus terrible que de tous leurs autres crimes.

Ils ne peuvent rentrer en grâce avec Dieu qu'en adorant le Messie qu'ils ont crucifié.

IV. Objections des Juifs, adoptées et appuyées par les incrédules. S'il fallait rapporter et réfuter toutes ces objections en particulier, nous serions obligé de faire un gros volume ; mais déjà nous en avons résolu et prévenu plusieurs, soit dans cet article, soit dans ceux auxquels nous avons renvoyé; nous nous bornerons ici aux plus générales.

1 ° Nos adversaires disent que quand même les Juifs se seraient trompés sur le vrai sens des prophéties, ils seraient cependant excusables ; que la plupart de ces prédictions semblent annoncer plutôt un règne temporel du Messie, et une délivrance temporelle des Juifs, qu'un règne mystique et des bienfaits spirituels ; que, pour saisir les vrais caractères de ce personnage et de la vérité de ses leçons, il fallait connaître des mystères dont les Juifs ne pouvaient puiser aucune notion dans leurs livres.

Réponse. Nous remarquons d'abord que cette excuse prétendue attaque directement la sagesse et la sainteté divine, puis qu'elle suppose que Dieu n'avait pas rendu les prophéties assez claires pour prévenir l'erreur involontaire des Juifs. Ils ne pouvaient s'en prévaloir eux-mêmes sans se contredire, puisqu'ils soutiennent que leurs prophéties sont assez claires pour qu'ils aient été autorisés à rejeter les explications que Jésus-Christ leur donnait, à le punir comme un séducteur et un faux prophète, et à refuser toute autre preuve de sa mission et de son caractère.

Nous convenons que ces prophéties n'étaient pas fort claires en elles-mêmes, surtout pour les ignorants; mais à qui appartenait-il de les expliquer ?

Etait-ce aux docteurs de la synagogue, toujours prévenus, aveuglés par la vanité nationale, comme ils le sont

encore aujourd'hui, et toujours prêt"?

à s'emporter, comme leurs pères, contre tout prophète qui ne leur annonçait pas des prospérités et des bienfaits de Dieu? N'était-ce pas plutôt au Messie, dès qu'il avait commencé par prouver sa qualité de prophète et d'envoyé de Dieu, par les miracles qu'il opérait ?

Toute la question se réduit à savoir si ce sont les prophéties qui devaient servir à juger des miracles de Jésus- Christ, comme les Juifs le prétendent, ou si ce sont les miracles qui devaient démontrer d'abord qu'il était le Messie, par conséquent l'interprète-né des prophéties. Or, nous soutenons qu'il fallait commencer par croire aux miracles, comme Jésus-Christ l'exigeait, et non autrement.

En effet, nous délions nos adversaires d'alléguer une seule prophétie en vertu de laquelle les Juifs aient pu juger d'abord, avec une entière certitude, que tel homme était le Messie, et par laquelle on puisse le prouver encore aujourd'hui, s'il venait à paraître comme, les Juifs l'attendent.

Selon les prophètes, il doit être fils de David; mais David a eu une nombreuse postérité : il s'agit de savoir quel est celui de ses descendants qui est le Messie, et aujourd'hui il serait impossible de dresser et de prouver sa généalogie. Selon les Juifs, il doit être roi dans la Judée ; pour être roi, il faut des sujets; il n'en aura pointj à moins que les Juifs ne commencent par se soumettre à lui sans motif, sans preuve, et avec une confiance aveugle. S'il faut le connaître par ses victoires, il ne les remporta pas sans soldats; il y aura bien du sang répandu et des innocents immolés, avant que l'on sache s'il faut lui résister ou lui obéir. Le Messie doit être né d'une vierge; comment le saurat-on, à moins qu'un ange envoyé du ciel, des prophètes inspirés, tels que Zacharie, Anne, Siméon, Jean- Baptiste, ou une voix céleste, ne lui rendent témoignage, comme cela s'est fait pour Jésus-Christ? Ce sont là des miracles. Il doit être rejeté, souffrir et triompher ensuite; mais les souffrances qu'on lui fera subir seront un crime affreux, si sa mission est prou.

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vée d'ailleurs ; elles seraient une punition juste, s'il usurpait la qualité de Messie sans titre et sans preuve.

C'est donc par la nécessité de la chose môme que Jésus-Christ a fait des miracles, avant de se donner pour Messie, et qu'il a ainsi démontré qu'il avait droit de s'appliquer les prophéties, et d'en montrer le vrai sens.

Lorsque quelques théologiens modernes ont avancé que les miracles de Jésus-Christ seraient une preuve caduque s'ils n'avaient pas été prédits, on les a censurés avec raison ; et lorsque les Juifs disent que ces mêmes miracles ne pouvaient être authentiques, à moins qu'ils ne fussent admis comme tels par la synagogue, ils ont oublié que les anciens prophètes, loin d'avoir eu l'attache des chefs de la nation juive, en ont été rejetés et poursuivis à mort : Jésus-Christ le leur a reproché plus d'une fois, Matth. , c. 23, t 31 ;Luc, c. H, f 48, etc.

2° Ce n'est pas assez, disent-ils, que le Messie fasse des miracles; il faut qu'il fasse ceux que les prophètes ont prédits. Mais nous avons déjà fait voir que les prétendus miracles dont les Juifs ont l'esprit frappé, et qu'ils s'obstinent à voir dans les prophètes, sont inutiles, absurdes et indignes de Dieu. Que les montagnes soient aplanies, les vallées comblées, les ileuves desséchés pour la commodité des Juifs, qu'il sorte des torrents du désert, que les bêtes féroces soient apprivoisées, et ne dévorent plus les autres animaux, etc. ; en quoi tous ces miracles peuvent-ils contribuer à la gloire de Dieu et à la sanctification des âmes ? Ceux de Jésus-Christ étaient plus sages; les guérisons qu'il opérait en soulageant les corps, disposaient les esprits à croire en lui, et donnaient des leçons de charité.

3° Ces miracles, disent encore les Juifs modernes, ne peuvent plus être aussi certains pour nous qu'ils l'étaient pour ceux qui en furent témoins; si Jésus avait fait tous ceux qu'on lui attribue, personne n'aurait pu refuser de croire en lui.

Réponse. En me servant des principes des Juifs, je pourrais leur dire :

Parce que les miracles de Moïse ne sont plus aussi certains pour nous

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qu'ils l'étaient pour ceux qui en furent témoins, sommes-nous dispensés de croire la mission divine de ce législateur? Dirons-nous que s'il les avail véritablement opérés, sans doute les Egyptiens auraient été plus dociles, et. les Juifs ne se seraient pas révoltés si souvent contre lui dans le désert 5 C'est ainsi que les Juifs attaquent leur propre religion, en voulant ruiner la nôtre.

Il est faux que les miracles de Jésus-Christ soient moins certains pour nous que pour ceux qui en furent les témoins; la certitude morale, poussée au plus haut degré de notoriété, n'est pas moins invincible que la certitude physique; elle ne donne pas plus de lieu à un doute raisonnable. D'ailleurs la conversion du monde, opérée parles miracles de Jésus-Christ et des apôtres, leur donne un degré d'authenticité et de certitude que ne pouvaient pas encore avoir ceux qui les ont vus. L'incrédulité d'une grande partie des Juifs, malgré ces miracles, n'y donne pas plus d'atteinte que les révoltes de leurs pères n'en donnent à ceux de Moïse ; co peuple a été rebelle, indocile, intraitable dans tous les siècles; on .peut encoreaujourd'hui lui faire lesmèmes reproches que Moïse lui adressait, el lui renouveler la réprimande de saint Etienne, Act., c. 7, $ 51 : « Vous résistez toujours au Saint-Esprit, comme ont fait vos pères. »

4° Le juif Orobio, dans sa Conférence avec Limborch, soutient que la foi au Messie n'est pas un point nécessaire au salut, puisqu'il n'en est pas fait mention dans la loi de Moïse. On ne peut donc pas supposer, dit-il, que la dispersion et les calamités actuelles des Juifs sont un châtiment de leur incrédulité au Messie; c'est vouloir pénétrer dans les desseins do Dieu, lors même qu'il n'a pas voulu nous les révéler.

Réponse. Moïse dit formellement dans la loi : « Le Seigneur vous sus- » citera un prophète semblable à «moi, vous l'écouterez ; et Dieu » ajoute : Si quelqu'un n'écoute pas » le prophète, j'en serai le vengeur,»

Deut., c. 18, f 15, 19. Nathanaèl, l'un des docteurs de la loi, frappé des

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miracles de Jésus Christ, reconnut en lui le prophète dont parle Moïse dans la loi, Joan., c. 1, j^ 45, 49. Quand ce passage ne regarderait pas le Messie en particulier, mais tout prophète envoyé de la part de Dieu, comme le prétendent les Juifs, n'en serait-ce pas assez pour conclure que c'est Dieu qui les punit de leur incrédulité à l'égard de Jésus, et qu'il continuera de les punir tant qu'ils persévéreront dans leur obstination ? Nous avons vu de quelle manière ils l'ont été pour avoir résisté à Jérémie; soutiendrontils que Jésus- Christ n'a pas prouvé sa qualité de prophète d'une manière plus éclatante que Jérémie?

Les Juifs peuvent apprendre de Josèphe que Jean-Baptiste était un prophète, et qu'il était regardé comme 1el dans toute la Judée, Antiq. Jud., I. 18, c. 7. Or il a déclaré que Jésus était le Messie, le juge des bons et des méchants , prêt à recompenser les uns et à punir les autres, Matth., c. 3, f 12., Jésus a donc usé de son droit en punissant les Juifs incrédules.

Mais c'était à lui d'annoncer aux Juifs leur destinée : il la leur a clairement prédite ; il leur a déclaré que le sang de tous les justes et des prophètes, versé depuis le commencement du monde jusqu'à lui, retomberait sur eux, que leur terre demeurerait déserte, que leur temple serait détruit, qu'il leur arriverait une calamité telle qu'il n'y en a point eu depuis le commencement du monde, parce qu'ils n'ont pas voulu profiter de ces avis charitables, Matth., c. 23, f 35 etsuiv. ; c.24, ^2, 21, etc. L'accomplissement exact de cette prophétie suffit pour démontrer qu'il est le Messie.

L'entêtement des Juifs est de vouloir que Moïse et les anciens prophètes leur aient prédit tout ce qui devait leur arriver jusqu'à la lin du monde ; il n'en est rien : les prophètes ont prédit ce qui devait arriver à leur nation, jusqu'à la venue du Messie, et ils l'ont annoncé lui-même comme le législateur, le docteur et le maître que les Juifs devaient écouter; toute autre prédiction aurait été inutile et prématurée. C'a donc été à lui de

prédire ce qui arriverait dans la suite des siècles, et il l'a fait tant par lui que par ses apôtres. Nous ne cherchons point à pénétrer les desseins cachés de Dieu, quand nous nous en rapportons à ce qu'il a dit par la bouche du Messie.

5° L'on ne se persuadera jamais, disent les Juifs, que le Messie ait été spécialement promis pour la nation juive, et que les fruits de son avènement aient été transportés aux gentils; c'est supposer que Dieu a trompé les Juifs, et qu'il a exécuté ses promesses tout autrement qu'il ne leur avait fait entendre.

Réponse. Ce n'est pas Dieu qui trompe les Juifs, ce sont eux qui s'aveuglent eux-mêmes, et qui contredisent leurs propres Ecritures. Dieu avait dit à Abraham: « Toutes lesna- » fions de la terre seront bénies en » vous. Gen,, c'12, f 3; c, 18, # 16; c. 22, f 18. Cette même promesse est répétée à Isaac, c. 26, f 4, et à Jacob, c. 28, f 14. Ds quel choit les Juifs prétendent-ils réserver à eux seuls ces bénédictions promises â toutes les nations ? A la vérité, Dieu dit à ces trois patriarches : Toutes les nations de la terre seront bénies en vous, et dans votre race, ibid. La question est de savoir si le mot race doit s'entendre de toute la postérité, ou d'un descendant particulier de ces patriarches. Or, il est absurde de l'entendre de touteleur postérité; ilfaudrait y comprendre les Madianitesnés d'Abraham et de Céthura, et leslduméens descendus de Jacob par Esaù:

voilà ce que les Juifs n'admettront jamais. Ont-ils été eux-mêmes une nation assez fidèle à Dieu, pour qu'ils se flattent d'être le canal des bénédictions promises à tous les peuples de la terre?

Jacob nous fait entendre le contraire; il dit que ce sera Venvoyé de Dieu, ou le Messie, qui rassemblera les nations sous ses lois, Gen., c. 49, f 10. Isaïe dit qu'il rendra la justice aux nations, que les peuples des îles attendront sa loi, qu'il fera alliance avec les peuples, qu'il sera la lumière des nations, qu'il sera l'auteur de leur salut jusqu'aux extrémités de la terre, lsaï., c. 42, jM et 6 ; c. 49,

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$ 6, etc. Voilà donc la race, ou le descendant des patriarches, qui répandra sur tontes les nations de la terre les bénédictions promises. A quel titre les Juifs en ont-ils conçu de la jalousie, et en tirent-ils un prétexte pour méconnaître le Messie ?

Moise, près de mourir, le leur avait prédit: « Ils ont provoqué ma colère, » dit le Seigneur, en adoptant de faux » dieux, et moi j'exciterai leur ja- » lousie , en adoptant un peuple » étranger et une nation insensée. »

Deut., c. 32, f 21. Rien n'est donc arrivé que ce que Dieu avait annoncé ; Jésus-Christ, les apôtres, les évangélistes, n'ont fait que suivre les Ecritures à la lettre, lorsqu'ils ont déclaré que les bénédictions qui devaient être répandues par le Messie seraient départies aux nations plus abondamment qu'aux Juifs, parce que ceux-ci s'en rendaient indignes.

Ils s'obstinent à supposer que les promesses de Dieu sont absolues, n'exigent de la part des hommes aucune correspondance libre et volontaire. Dieu a déclaré le contraire par Jérémie, c. 18, f 9; et par Ezéchiel, c. 33, f 13; et cela est prouvé par vingt exemples. Dieu avait promis que les Juifs du royaume d'Israël reviendraient de Babylone, aussi bien que ceux du royaume de Juda; Osée, c. il, etc, ; cependant les premiers n'en revinrent point, parce qu'ils ne le -voulurent pas. Les Juifs mêmes conviennent de cette grande vérité, puisqu'ils disent que Dieu a retardé la venue du Messie à cause de leurs péchés. Si Dieu peut, avec justice, retarder l'effet de ses promesses à l'égard de ceux qui lui sont infidèles, il peut, par la même raison, les en priver, et les transporter à d'autres.

6° Dieu, disent-ils, n'avait pas seulement promis de répandre sur nos pères les bénédictions du Messie, s'ils étaient fidèles ; mais il avait promis de les rendre fidèles; il leur avait dit : « Je vous donnerai un nou- » vel esprit et un nouveau cœur; je » mettrai mon esprit au milieu de » vous; je vous ferai marcher selon > mes commandements, observer mes » ordonnances et exécuter ma loi. »

JLzech., c. 36, f 26; c. 11, ? 19 ; Je-

rem., c. 31, f 33, etc. Si Dieu n'a pas accompli cette promesse après la captivité de Babylone, il le fera donc sous le règne futur du Messie.

Réponse. Le comble de l'aveuglement des Juifs est de s'en prendre à Dieu de leur infidélité volontaire, et de se flatter que, sous le règne de leur prétendu Messie, Dieu les convertira par miracle , sans qu'ils puissent résister à l'opération toutepuissante de sa gi'âcc : et malheureusement d'autres raisonneurs n'ont pas moins abusé de ce passage que les Juifs : l'événement aurait dû détromper les uns et les autres. Il est de la nature de l'homme d'être libre, et s'il ne l'était pas, il ne serait pas capable de mériter ni de démériter; la vertu et le vice seraient pour l'homme un bonheur ou un malheur, et non un sujet de récompense ou de châtiment. Il est donc aussi de la nature de la grâce de laisser à l'homme Is liberté de résister, parce que Dieu ne peut pas, sans se contredire, conduire l'homme d'une manière contraire à la nature qu'il lui a donnée. Lorsque Dieu promet à l'homme de le rendre fidèle, cela signifie donc seulement qu'illui donnera tous les secours dont il a besoin pour l'être en eifet, s'il n'y résiste pas, comme il est toujours libre de le faire.

Tout autre sens serait absurde, puisqu'il autoriserait l'homme à rejeter sur Dieu la perversité de son propre cœur.

La question est donc de savoir, si, lorsque Dieu a envoyé le Messie, il a donné aux Juifs tous les secours et les grâces nécessaires pour croire en lui. Or, il l'a fait, puisqu'un assez grand nombre ont cru en Jésus-Clirist; ce divin maître a dit aux autres : « Si » vous étiez aveugles, vous n'auriez » point dépêché. » Joan., c. 9 ^41.

Ils étaient donc suflisaminent éclairés par la grâce ; et saint Etienne leur a reproché qu'ils résistaient au Saint- Esprit, comme avaient fait leurs pères. Act., c. 6, f 51. Yoy . Grâce, Liberté.

Bergieh.

MESURES (les) chez les anciens hébheux. (Théol. mixt. scien. archéol.)

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— Il y avait les mesures de petite longueur, les mesures de grande longueur on de distance, les mesures de capacitépourles matières sèches et les mesures de capacité pour les liquides.

I Les mesures de petite longueur étaient le doigt, la main, la palme, la coudée et la "perche,

Le doigt, d'après les rabbins, était égal en longueur à six grains d'orge placés les uns à côté des autres.

La main était de quatre doigts.

La palme était de trois largeurs de main.

La coudée était de deux palmes, et par conséquent, de six mains et de de vingt-quatre doigts.

La perche était de six coudées.

II y avait deux sortes de coudées, la grande, sacrée, ou royale, et la petite ou commune. L'une et l'autre étaient venues aux Hébreux des Egyptiens.

On a trouvé dans les tombeaux de Memphis de ces deux coudées, (mahe), remontant au temps des Pharaons ; elles y sont chargées de hiéroglyphes ; mais la royale y est de deux longueurs différentes; la longueur moyenne de cette coudée, se trouve être, d'après les recherches et les calculs des archéologues, de m ,o24; La coudée ordinaire était de 0, nl 462 ; ce fut la coudée royale, dite aussi coudée ancienne, ruiUNin ÎTTE3

îlQN qui servit pour la construction

du temple de Salomon. Elle était d'une longueur demain plus grande que l'autre, appelée aussi la coudée pour chacun WH TON; c'est cette

dernière qui avait six largeurs de main, en sorte que la royale en avait sept, ou, ce qui revient au même, six plus grandes chacune d'un sixième; c'est en faisant allusion à cette dernière manière de diviser la coudée que le Talmud appelle rumies les largeurs de main de la coudée, saintes et pleurantes celles de la coudée commune.

Il résulte de ce qui précède sur l'évaluation métrique des coudées égyptiennes, en supposant, ce qui est bien probable, qu'elles étaient les mêmes que les coudées hébraïques, que toutes les mesures de petite longueur étaient, eu mesures métriques,

les suivantes, selon qu'il s'agissait de la coudée sacrée ou de la coudée ordinaire.

Coudée sacrée s= m ,528

Palme = ,264

Largeur de la main. . =t ,088

Largeur du doigt. . . . = ,022

Coudée ordinaire = m ,462

Palme = ,231

Largeur delà rnaiu. = ,077

Largeur du doigt =0 ,019

II. Les mesures de distances locales dont il est question dans l'ancien et dans le nouveau Testament, sont les suivantes :

Le chemin sabbatique ; c'était ce qu'il était permis de faire, en voyageant, le jour du Sabbat, hors de sa .demeure. Or, cette longueur était, parait-il, de 2000 coudées ; 7 stades d'après la Peschito, 6 stades seulement d'après Epiphane et d'après.

Josèphe.

Le stade, qui était en usage en Orient depuis Alexandre le Grand ; il mesurait suivant Hérodote , 600 pieds grecs, et suivant Pline.

125 pas romains, ou 203 mètres 02.

Le mille romain; c'était une distance de 1000 pas romains, d'où on l'appelait millare, milliarium, il comprenait 8 stades, ou 1500 mètres.

III. Les mesures de capacité pour les matières sèches étaient :

Le chômer, qui, sous les rois, prit le nom de cor, et passa dans le grec :

xopôç.

L'épha, mesure égyptienne , qui contenait, d'après Ezéchiel, autant que le bath, c'est-à-dire la dixième partie du chômer.

Le séah, qui était le tiers de l'épha, d'après les Septante et les Targum ad ls.,v, 10.

L'orner, qui, d'après l'exode xvi, 36 1 comprenait la dixième partie de l'épha.

Le kab, qui, d'après les rabbins et Josèphe, contenait la sixième partie du séah et la dix-huitième de Yépha..

Le letech, qui n'est nommé que dans Osée, ni, 2, et qui d'après les Septante et saint Jérôme (t,;j.!xoooî, corus dimidius) était la moitié d s ua

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chômer ou cor et par suite le cinquième de l'êpha.

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