V. TlIÉANDRIQUE
Bergier.
OPÉRATIONSDE BOURSE. [Théol.
mixt.scien. écon.) — V. Bourse.
OPHITES, secte d'hérétiques du second siècle, qui était une lu-anche des gnostiques ; leur nom vient d'&pis, serpent, et ils furent appelés serpentins, parce qu'ils rendaient un culte superstitieux à cet animal.
Mosheim prétend que cette secte était plus ancienne que la religion chrétienne; que, dans l'origine, c'était un mélange de philosophie égyptienne et de judaïsme ; [une partus* de ses membres embrassèrent l'Evangile, les autres persistèrent dans leurs anciennes opinions ; de là vint que l'on distingua les ophites chrétiens d'avec ceux qui ne l'étaient pas, c'était aussi le sentiment de Phi- 1 astre.
Quoi qu'il en soit, les premiers ne se convertirent pas fort sincèrement, ils conservèrent les mêmes erreurs que les gnostiques égyptiens touchant l'éternité de la matière, la création du monde contre la volonté de Dieu, la multitude des éons ou génies qui gouvernaient le monde, la tyrannie du démiurge ou créateur; selon eux, le Christ, uni à l'homme Jésus, était venu pour détruire l'empire de cet usurpateur. Ils ajoutaient que le serpent qui séduisit Eve était ou le Christ lui-même, ou la Sagesse éternelle cachée sous la figure de cet animal ; qu'en donnant à nos premiers parents la connaissance du bien et du mal, il avait rendu le plus grand service au genre humain; conséquemment qu'il fallait l'honorer sous la figure qu'il avait prise pour instruire les hommes. Ils convenaient que Jésus était né de la Vierge Marie par l'opération de Dieu ; qu'il avait été le plus juste, le plus sage, le plus saint de tous les hommes ; mais ils soutenaient que Jésus n'était pas la même personne que le Christ ; que celui-ci était descendu du ciel dans Jésus, et l'avait quitté lorsque Jésus fut crucifié ; qu'il lui avait cependant
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envoyé une vertu par laquelle Jésus était ressuscité avec un corps spirituel. Ainsi ces hérétiques convenaient dans le fond des principaux faits publies par les apôtres.
Leurs chefs ou prêtres en imposaient aux ignorants par une espèce de prodige. Lorsqu'ils célébraient leurs mystères, un serpent qu'ils avaient apprivoisé sortait de son trou a un certain cri qu'ils faisaient, et y rentrait après s'être roulé sur les choses qu'ils offraient en sacrificeces imposteurs en concluaient que lé Christ avait sanctifié ces dons par sa présence, et ils les distribuaient ensuite aux assistants comme une eucharistie capable de 'les sanctifier euxmêmes.
Théodoret pense que ces ophites étaient les mêmes que les séthiens qui disaient que Seth, fils d'Adam' etaitune certaine vertu divine- il parait du moins que la doctrine' de ces deux sectes était à peu près la même. Mais comment conserver l'umte de croyance parmi des fanatiques?
Les ophites antichrétiens avaient la même opinion que les précédents au sujet du serpent; mais ils ne pouvaient souffrir le même nomde Jésus-Christ; ils le maudissaient, parce quil est écrit qu'il a été envoyé dans le monde pour écraser la tète du serpent ; conséquemment ils ne recevaient personne dans leur société sans lui faire renier et maudire Jésus-Christ. Aussi Origène ne veut point les reconnaître pour chrétiens et ce qu'il a cité de leurs livres dans son ouvrage contre Celse est inintelligible et absurde. Il ajoute que leur secte était très-peu nombreuse et presque entièrement éteinte. C'était malicieusement que Celse attribuait aux chrétiens les rêveries de sophites.
Tillemont, t. 2, p. 288.
Bergier.
OPINION. Ilfaut distinguer soigneusement dans les écrits des théologiens, même dans ceux des Pères de lhghse, le dogme d'avec les opinions.
Tout ce qui tient au dognfc est sacré, on ne doit jamais y donner atteinte; les opinions ou systèmes sont libres,
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f;.n aU ! e d ! avoir é « ardà cette distinction if est arrivé de grands inconvénients. Les ennemis de l'Eglise catho ique lui ont lait un crime de toutes les opinions ridicules qu'ils ont pu déterrer dans les théologiens les plus obscurs, et qui n'ont taré à aucune conséquence ; comme si l'Eglise etaitobligée d'avoir toujours la foudre a la main et de fouiller dans tous les coins du monde pour y découvrir ce qui peut être sujet à la censure :
et les incrédules suivent ce bel exemple pour tourner la théologie en ridicule. D'autre part, plusieurs théologiens mettent plus de zèle et de chaleur à soutenir les opinions de leur école et les systèmes particuliers qu Us ont embrassé?, qu'à défendre le dogme contre les assauts des hérétiques et des incrédules. On a poussé 1 entêtement jusqu'à vouloir persuader que quand les conciles et les souverains pontifes ont donné de grands éloges à la doctrine d'un Père de de 1 Eglise, ils ont consacré par là toutes les opinions que ce personnage respectable a suivies, auxquelles dans le fond il n'attachait pas beaucoup d importance, et qu'il aurait abandonnées sans difficulté, s'il avait eu à combattre d'autres adversaires (1) Ainsi, d'un côté, les hérétiques censurent avec aigreur dans les Pères toutes les opinions problématiquesd autre part, des esprits ardents et prévenus veulent que tout y soit sacré : comment contenter à la fois les uns et les autres ?
Il serait bon de ne jamais oublier
(I) Dan» tons les cas, il ne peut s'adr, en fait d opinions dos pères de l'Bglise. de théologiens et decriwuos catholiques, auxquelles on doit le respect, que de celles qui portent sur des matières relatives à la foi ou à 1 , morale ; c'est ce qui suit des déc arations des conciles de Trente et du Vaticao ; snr tout ce qui est en dehors de ces matières, et qui tieot à la science, aux lettres, aux arts, à la politique, etc., tous ces écrivains n'ont pas plus d autorité que les autres.
Li Noir.
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la maxime déjà ancienne : Dans les choses nécessaires, unité; dansles questions douteuses, liberté ; en toutes choses, charité.
OPINIONISTES. On nomma ainsi certains hérétiques qui parurent au quinzième siècle, du temps du pape Paul II, parce qu'étant infatués de plusieurs opinions ridicules, ils les soutenaient avec opiniâtreté. Leur principale erreur consistait à se vanter d'une pauvreté affectée, et à enseigner qu'il n'y avait point de véritable vicaire de Jésus-Christ sur la terre, que celui qui pratiquait cette vertu. Il parait que cette secte était un rejeton de celle des vaudois.
Sponde, ad ann. 1407, n. 12.
Bergier.
OPTAT (S.) {Théol. hist. biog. et bibiiog.) — CePère de l'Eglise du quatrième siècle, évèque de Milève e*i Numidie, païen converti, très-apprécié par saint Augustin, mis par Fulgence à côté de ce dernier et de saint Ambroise, se signala par un traité célèbre intitulé : de Schismate donatistorum, d'abord en 6 livres auxquels il ajouta, 15 ans plus tard, quelques suppléments et le 7 e livre.
Il composa cet ouvrage vers 370 sous lepapeDamase, pour réfuter un traité perdu du donatiste parménien; du Pin a donné une édition de l'ouvrage d'Opta(, enrichie de beaucoup de documents; c'est un traité à la fois historique et didactique, écrit avec beaucoup de modération et en vue de ramener les donatistesà l'Eglise; ses exhortations à la paix sont touchantes ; saint Augustin renvoyaità ce travail ceux qui voulaient connaître à fond le donatisme.
OPTIMISME, système dans lequel on soutient non-seulement que tout est bien dans le monde, mais que tout est le mieux possible, optimum; que Dieu avec toute sa puissance n'a pu faire mieux que ce qu'il a fait, que chaque créature ne peut être ni plus parfaite ni plus heureuse qu'elle est, eu égard à l'ordre géné-
ral de l'univers. Cette hypothèse a été imaginée pour résoudre la grande question de l'origine du mal, et pour répondre aux objections que Bayle avait faites sur ce sujet. Elle a été soutenue avec beaucoup d'esprit par plusieurs auteurs anglais, par Jacquelot, par Malebranche, par Leibnitz ; comme ces deux derniers paraissent l'avoir mieux développée que les autres, c'est à eux que nous devons principalement nous attacher.
Malebranche -l'a établie dans ses Entretiens sur la Métaphysique, et dans son Traite de la Nature et de la Grâce. Il pose pourprincipe que Dieu ne peut agir par un autre motif que pour sa gloire ; d'où il conclut que Dieu, en créant le monde, a choisi le plan et l'ordre des choses, qui, tout considéré, étaient le plus capables de manifester ses perfections.
Malebranche fonde son principe sur le passage des Proverbes, c. 16, ^ 4, où il est dit que Dieu a tout fait pour lui-même : Universa profiter semetipsum operatus est Dominus, impium quoque ad diem malum. En rapprochant ces paroles de celles de saint Paul, Coloss., cap. i, f 16 :
« Toutes choses ont été créées en » Jésus-Christ et par Jésus-Christ » dans le ciel et sur la terre, et tout « subsiste par lui. » Malebra>nche en conclut que Dieu, en créant le monde, a | eu pour objet non-seulement l'ordre physique et la beauté de son ouvrage, dans lequel il a fait éclater ses perfections, mais l'ordre moral et surnaturel duquel Jésus-Christ est, pour ainsi dire, l'âme et le principe, et qui développe à nos yeux les attributs divins beaucoup mieux que l'ordre physique de l'univers ; ainsi pour comprendre l'excellence de l'ouvrage de Dieu, il ne faut pas séparer ces deux rapports l'un de l'autre.
« On ne ctmiprendrajamais, dit-il, » que Dieu agisse uniquement pour » ses créatures, ou par un mouve- » ment de pure bonté, dont le motif » ne trouve point sa raison dans les » attributs divins. Dieu peut ne point » agir; mais s'il agit, il ne le peut » qu'il ne se règle sur lui-même, sur
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» la loi qu'il trouve dans sa subs- » tance, il peut aimer les hommes » mais il ne le peut qu'à cause dû «rapport qu'ils ont avec lui. Il » trouve dans la beauté que renferme » 1 archétype de son ouvrage un nio- » tii de l'exécuter : mais c'est que » cette beauté lui fait honneur, parce » qu'elle exprime des qualités dont » il se glorifie et qu'il est bien aise . y de posséder. Ainsi l'amour que » Dieu nous porte n'est point inté- » resse dans ce sens qu'il ait quelque » besoin de nous, mais il l'est dans » ce sens qu'il ne nous aime que par » 1 amour qu'il se porte à lui-même » et a ses divines perfections que nous » exprimons par notre nature, et que » nous adorons par Jésus-Christ: »
9 e Entr., n. 8.
« Plus un ouvrage est parfait, » mieux il exprime les perfections de » 1 ouvrier, et il lui fait d'autant plus » d honneur, que les perfections qu'il » exprime plaisent davantage à celui » qui les possède ; ainsi Dieu veut » taire son ouvrage le plus parfait » qui se puisse... Mais aussi Dieu » veut, que sa conduite aussi bien » que son ouvrage porte le caractère » de ses attributs. Non content que » 1 univers l'honore par son excel- » lence et sa. beauté, il veut que ses » voies le glorifient par leur simpli- » cité, leur fécondité, leur imiver- » sahté, leur uniformité, par tous les » caractères qui expriment des qua- » htés qu'il se glorilie de posséder...
» Ce que Dieu veut, c'est d'agir tou- » jours le plus divinement qu'il se » puisse, ou d'agir exactement selon » ce qu'il est et selon tout ce qu'il est » Dieu a vu de toute éternité tous les » ouvrages possibles et toutes les y voies possibles de produire chacun » d eux ,- et comme il n'agit que » pour sa gloire et selon ce qu'il est » il s'est déterminé à vouloir l'ou' » vrage qui pouvait être produit et 3) conservé par les voies qui, jointes » à cet ouvrage, devaient l'honorer » davantage que tout autre ouvrage » produit par toute antre voie.»
Ibid., n. 10.
«Si un monde plus fait que le » notre ne pouvait être créé etcon- » serve que par des voies réciproque-
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» ment moins parfaites... Dieu est » trop sage, il aime trop sa gloire il » agit trop exactement selon ce qu'il » est, pour pouvoir le préférer à l'a- «mvers qu'il a créé... Quoique Dieu » puisse ne pas agir ou ne rien faire >> parce qu'il se|suffit à lui-même il » ne peut choisir et prendre le pire ■ » il ne peut agir inutilement; sa sa- » gesse lui défend de prendre de tous » les desseins possibles celui qui n'est » pas le p us sage ; l'amour qu'il se » porte a lui-même, ne lui permet » pas de choisir celui qui ne l'ho- » norepasleplus... Si les défauts de » 1 univers que nous habitons en di- » minuent le rapport avec les perfec- » lions divines, la simplicité, la fé- » condité, la sagesse des voies ou des » lois que Dieu suit, l'augmentent » avec avantage. Un monde plus par- » tait, mais produit par des voies » moins fécondes et moins simples » ne porterait pas tant que le nôtre » le caractère des attributs divins » Voila pourquoi le monde est » rempli d impies, de monstres, de » desordres de toutes façons. Dieu » pourrait convertir tous les hom- » mes, empêcher tous les désordres » mais il ne doit pas pour cela trou- » hier la simplicité et l'uniformité de » sa conduite; car il doit s'honorer » par la sagesse de ses voies aussi » bien que par la perfection de ses » créatures. » Ibid., n. 11.
« La prédestination des hommes se » doit nécessairement trouver dans » le même principe. Je crovais que » Dieu avait choisi de toute 'éternité » tels et tels, précisément parce qu'il » le voulait ainsi, sans raison de son » choix, m de sa part ni de la nôtre, » et qu'ensuite il avait consulté sa » sagesse sur les moyens de les » sanctifier et de les conduire sùre- » ment au ciel. Mais je comprends » que je me trompais. Dieu ne forme » point aveuglément ses desseins, » sans las comparer avec les movens.
» 11 est sage dans la formation de » ses décrets aussi bien que dans » lYxécution; jj v aen ] u | des raisons » de la prédestination des élus. C'est » que l'Eglise future, formée par les » voies que Dieu y emploie, lui fait » plus d'honneur que toute autre
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» Eglise formée par tonte autre » vole... Dieu ne nous a prédestinés., » ni nous ni notre divin chef, à y> cause de nos mérites naturels, mais « à cause des raisons que sa loi in- » violable, l'ordre immuable, le » rapport nécessaire des perfections » qu'il possède, lui fournit. Il a voulu » unir son Verbe à telle nature et » prédestiner en son Fils tels et tels, » parce que sa sagesse lui a marqué » d'en user ainsi envers eux pour sa » propre gloire. » Ibid., n, 12.
Suivant l'opinion de Malebrancbe, il en est de même de la distribution des grâces ; Dieu ne les donne qu'en conséquence do certaines lois générales. Cette distribution est donc raisonnable et digne de la sagesse de Dieu, quoiqu'elle ne soit fondée ni sur la différence des natures ni sur l'inégalité des mérites. Ibid.
On ne peut pas nier que ce système ne soit beau, digne d'un profond métaphysicien, séduisant^ au premier coup d'œil; Bayle lui-même en a porté ce jugement. Mais est-il solide, ou n'est-ce qu'un rêve sublime? Voilà la question. Non-seulement Bayle, mais le docteur Arnaud l'a vivement attaqué. Sans examiner ce qu'ils ont dit, il nous parait que l'opinion de Malebrancbe n'est fondée que sur de fausses notions des attributs divins, sur l'abus de plusieurs termes, sur des suppositions qu'il est impossible de prouver ; qu'elle est contraire à l'Ecriture sainte et sujette à de dangereuses conséquences (1).
(1) Cette critique de la doctrine de Malebrauche nous paratttrop bévère. Il nous sembleque les passages de l'Ecriture et des Pères cités par M. Bergier ne sont nullement contraires au père Malebrancbe. Et M Bercer parait s'écarter de la vraie notion de la liberté divine, en prétendant que Dieu cesserait d'ètrj libre, s: l'exoreice de sa liberté étaitnéces<airement réglé par la souveraine sagesse.
Gousset.
Cette remarque de M. Gousset nous paialt, à son tour, un peu sévère à l'égard de B-'rgier, et surtout trop concise. Il est vrai que Bergier méi ite bien quelqnes reproebes par suite d'explications insuffisantes, ainsi qu'on va le voir par les notes que nous allons ajouter 1 ; cependant on doit reconnaître, pour être juste, que, le poiut sur lequel il appuie contre Malebrancbe et Leibuitz est bien celui de l'opti luim , et que, ce poiut étant en effet erroné, flergier est dans le vrai en l'attaquant. M. Gonaaet, en le blâuiaut do la sorte, sans s'expliquer davantage, semblerait favoriser l'erreur de Malebrancbe
1° Le passage du livre des Proverbes ne doit point être cité en preuve, parce qu'il est susceptible d'un autre sens que celui qui lui est donné dans la Vulgate. Celui-ci coupe la phrase, ne laisse aucune liaison entre ce qui précède et ce qui suit.
Aussi les Septante, le paraphraste chaldéen, la version syriaque et l'arabe ont traduit autrement, et les commentateurs conviennent que le terme hébreu est obscur. Il peut signitier également propter semetipsum et propter idipsum ; la suite du discours semble exiger que l'on traduise ainsi, c. 16, f 3 et 4 : « Tournez p vers le Seigneur vos desseins ou » vos entreprises, et elles auront un « heureux succès ; il a tout fait pour » cette lin, propter idipsum, et il n réserve des malheurs à l'impie ; ou » plutôt, mais l'impie va de lui-même » au malheur. » Entendre, comme certains traducteurs, que Dieu a tout fait pour sa gloire, et qu'il a fait l'impie, afin d'être glorilié par les malheurs qu'il lui réserve, c'est avoir de Dieu une idée fausse et contraire à celle que nous en donne l'Ecriture sainte. Dieu n'a jamais fait consister sa gloire dans le malheur de ses créatures.
2° L'on ne peut pas comprendre, dit Malebrancbe, que Dieu agisse uniquement pour ses créatures ou par un mouvement de pure bonté.
Dieu, à la vérité, n'agit point sans motif; mais la bonté n'est-elle pas à elle-même son motif? Suivant une maxime très-commune, la bonté aime à se répandre, bonwm est sui diffusiviim : telle est son essence. Il ne sert à rien d'ajouter que le motif de Dieu doit avoir sa raieon dans les attributs divins ; la bonté, en tant qu'elle a rapport aux créatures, n'estelle donc pas un attribut essentiel
sur ce point. En ce qui est de l'article de Bergier, nous avons un autre reproebe à lui faire. 11 est impossible que ce tbéologien n'ait pas connu l'admirable réfutation de l'optimisme par Fénelon, aidé là-dessus des conseils de Bossuet; comment donc se fait-il qu'il n'en dise pas un mot ? Nous réparerons cet oubli coupable, s'il a été conscient, en donnant nons-inème, ensuite, un petit résumé de ce petit chef-d'œuvre, dans lequel on [tout dira que presque rien n'est oublié et que la lumière est faite à peu près au complet.
Le Nota.
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dlvfne 1 -^ 1 ' mile de la KonlZt divine « L essence de Dieu dit-il » est d être bon et la bonté im' » muab e. » De Vert i?,oi;t;^i • m ~ n. ai. « Vous voulez, Seigneur min » je vous serve et vous honore afin » de me rendre heureux, vous tû » m'avez donné l'être, pour me fa "
toireT 2"* Par Ia WÏÏTÏÏ » votee bonté que subsistent toutes » les créatures ; vous les avez tirées 'du néant, atin de faire un bien „u * folTjV ' ri6n ' ï» 1 nc Peu
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» Par s, C , om ment l'a-t-il fait'
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à Dieu P L n r e 5" Malebl '^che ôte dp i , n- • - llus Leau -^ apanaees
même, ne lui permettent pas de
10, 2. Dieu choisit donc et â-it nar sa nécessité de nature; en ce cas où est sa liberté? Malebr'anche prétend sans doute que cette nécessité même est une perfection divine; mais cette
a prouve-t-i que par une supposi- .oufaus.se et par un pur verbiage.
«^ousjugeons, dit-il, de Dieu par » nous-mêmes ; nous aimons l'indu «pendance; c'est pour nous une espèce de servitude de nous sou!
» mettre a la raison, une espèce
>' d'impuissance de ne' pouvoir re ;> ce qu'elle défend; ainsi nous cra° gnons de rendre Dieu impuissant » à force de le faire sage. Mais Dieu » ui-mêmeetsa sagesse, la rai on » souveraine lui est coéternelle et » consubstanticlle; il l'aime néces- » sairement, et quoiqu'il soit obligé
li B SU v re ' -V domeure indépen- » ciant. » Neuvième entretien, n 13 Indépendant de tout empêchement extérieur, a la bonne heure ; mais soumis à une nécessité de nature equiva enteau destin ou à la fatalité, ce n cstlaqu une équivoque.
fcn premier lieu, à l'égard d'un Uie intmiment puissant, tel que
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Dieu, il est absurde de supposer qu'il n'y ait qu'un seul dessein, un seul plan, une seule manière d'agir qui soit sage. C'est prétendre que dans les ouvrages de Dieu, au dehors, il y a un optimum, un dernier terme de sagesse et de puissance, au delà duquel Dieu ne peut rien faire ni rien choisir de mieux ; le choix peut-il encore avoir lieu, lorsqu'il n'y a qu'un seul parti possible à prendre ?
Nous démontrerons la fausseté de cette imagination, en réfutant Leibnitz.
En second lieu, il est faux que nous empruntions de nous-mêmes la notion de l'indépendance de Dieu ; nous la tirons évidemment de l'idée d'Etre nécessaire, existant de soi-même, qui se suffit à lui-même, qui est également heureux et parfait, soit qu'il agisse, soit qu'il n'agisse pas au dehors; et nous défions les partisans de Malebranche de prouver démonstrativement aucun des attributs de Dieu d'une autre manière. Supposer que Dieu agit par sagesse, par raison et par choix lorsqu'il agit par nécessité de nature, c'est se contredire évidemment (1).
6° Ce même système met sans raison des bornes à la puissance divine.
Il y a pour le moins de la témérité à juger que si Dieu a pu faire un monde plus beau et meilleur que celui-ci, et dans lequel les créatures auraient été plus parfaites et plus heureuses, du moins il n'aurait pas pu le faire ni le gouverner par des lois aussi simples, aussi fécondes, aussi générales que celles par lesquelles il a formé et conservé le monde actuel. Nous voudrions savoir en quel sens des lois peuvent être plus ou moins simples aux yeux de Dieu, qui voit tout d'un seul regard, et qui opère tout par le seul vouloir. Que les voies les plus
(i) Ceci n'est pa9 exact; il n'y a point contradiction à dire que Dieu est nécessité par sa nature d'être sage a choisir et à agir avec raison et sagesse. Il faut qu'il se coodnise toujours sagement, soit qu'il s'agisse de créer, soit qu'il s'agisse de diriger la créature; c'est la une nécessité de sa nature : mais cette nécessité ne détruit pas la liberté, pourvu qu'on ajoute que, dans le cercle des biens, il n'est Ffl* "*'■ « : ■ ~" 'i sagesse ù en choisir un qui soit 13 meilleur de tous,
La Xoin.
simples plaisent aux hommes dont l'esprit est très-borné, qui ne font rien sans effort et sans se fatiguer, cela se conçoit; mais à l'égard de Dieu, y a-t-il rien de plus simple que le vouloir?
7° Après avoir ôté à Dieu sa toutepuissanct; et la liberté, d'en user comme il lui plaît, noire philosophe donne encore atteinte à la liberté des actions humaines, en supposant que l'ordre moral de l'univers est enchaîné à l'ordre physique, ou du moins que le premier est une suite infaillible du second. « Dieu, dit-il, avant de don- » ncr à la matière la première im- » pression de mouvement qui a formé « l'univers, en a connu clairement » toutes les suites, non-seulement » toutes les combinaisons physiques, » mais toutes les combinaisons du « physique avec le moral, et toutes » les"combinaisons du naturel avec le » surnaturel.. . Il a prévu que dans » telle circonstance l'homme péche- » rait, et que son péché se commu- » niquerait à toute sa postérité, en « conséquence des lois de l'union de « l'Ame et du corps. » Dixième entret., n. 17; Onzième entret,, n. .*).
Il nous parait qu'il suffit d'entendre les termes pour comprendre qu'il ne peut y avoir aucune liaison, aucune ressemblance, aucune combinaison entre l'ordre physique dont les lois s'exécutent nécessairement et l'ordre moral dont les lois laissent à l'homme un plein pouvoir d'y résister. Cette combinaison prétendue autorise les matérialistes à soutenir que toutes les actions de l'homme, aussi bien que tous les phénomènes de la nature, sont un pur mécanisme et une suite nécessaire des lois générales du mouvement do la matière. Dieu, sans doute, a prévu infailliblement les uns et. les autres, mais cette prévision ne suppose ni n'établit aucune connexion ni aucune ressemblance entre les uns et les autres; autrement c'en est fait de la liberté, et l'ordre moral n'est plus qu'un ordre physique. Voyez Liderté.
Une correspondance entre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel nous parait encore plus mal imaginée ; le second est absolument indépendant
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du premier; c'est l'idée qu'emporte le terme de surnature}. Sans tou.-her a 1 ordre physique du monde, Dieu a été le maître d'élahlir, pour les créatures intelligentes et libres, tel ordre surnaturel qu'il lui a plu.
Nous n'avouerons pas non /lus que le péché d'Adam se communique a ses descendants, en vertu des lois de 1 union de l'âme avec le corps.
Samt Augustin, fort embarrassé à comprendre comment se fait cette communication, n'a osé embrasser aucun système, contra M., 1. 5 c 4 n- *7;1. 6, c. 5, n. il; Epist. IGô!
adllieron., c. 3, n. 6; c. 6, n. 16 II est convenu qu'il ne lui était pas possible de concilier la punition terrible du péché originel avec la justice de Dieu; il a délié les pélagïens d'en venir a bout, même dans leur s^sSème, Sem ..294, n. 6 et 7; 1.3, contra Jul, c. 12, n. 25. Le parti le plus sage est sans doute d'imiter sa modestie de nous écrier comme lui, ô alhtudo! c'est la seule gloire que nous puissions rendre à Dieu. Que la concupiscence se communique des pères aux enfants, en vertu des lois ^e l'union de l'âme et du corps, on peut Je supposer; mais la concupiscence est-elle un péché formel et punissable, ou seulement la peine du péché ?
u s en tant beaucoup que cette question soit décidée M).
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J, 1° de péché ori " iuel et df > «mcupis-
octue , Borner a tort de dire que ce ne soi. pas S™. ^ «"tend ;\ieo n'est m,e P us décide que ce principe qm revient à dire que le Pécha origine In est qu'un état et nullement nna-te le concile de Trente le déunit très-positivement on disant m,] n est point une imitation du péché dAdom. Quoi q„ en ait dit saint Augustin là .da*sus, nous uo craignons pas d'affirmer nu'il est contre a la docnne chilienne de dir'e que le poché originel seul ., un péché formel et punissable » BwgtOT laisse là une obscurité qui est npréhens.ble et qn, peut 1„ f a i re suspecter d'un thomisme pcess.f ,,„, irait Jllsq „- Q , t W^
S n" p0 "" S r "'''""' t 0SSBn,ie ' »™ IV tim.sme. Duo autre cote, quoi qu'en dise Bewiu
sur les relai.ons de l'orJre"pb;s,que avec 1' ,, "J.
«.oral et de l'ordre naturel „vec d'ordre suruat, ™|"
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Leibnitz ; a embrassé le même svs-
e 1 ne q ue,i a lcbi;anche,et a rai,on y né sur le même principe; comme il nY
ÎJ?T s(ple nen a J° uté ' no » s nous étendrons moins sur son opinion que sur la précédente. 4
. l L T*" P r ^ Sag6SSe ' diWI ' Ess ™~ » ^ 2%éad»cfe, n . 8 jointe à
» bonté infinie, n'a pu manquer de » choisir le mnllrur. Car. comme un » moindremal est une espèce de bien » ■ « même un moindre bien est une' » u*pèça de mal, s'il fedt olistada à » un bien plus grand; et il v aurait » quelque chose à corriger dans les » actions de Dieu, s'il y ava it n> 1V en » de mieux faire.... Si donc il n'y » avait pas parmi tous les mondes » possibles un meilleur, optimum, » Dieu n en aurait produit aucun. .
» n. 10. Il est vrai que l'on peut ima- » giner des mondes possibles sans » pèche et sans malheur, mais ces » mêmes mondes seraient d'ailleurs » tort nueneurs en bien au nôtre Je » ne saurais le faire voir eu détail » car puis-je connaître et puis-je re- » présenter des infinis, et les compa- » rer ensemble. Mais on en doit ju- » ger ah effectu, puisque Dieu a choisi » le monde tel qu'il est. Nous savons » d ailleurs que souvent un mal cause » un bien auquel on ne serait point » arrivé sans ce mal ; souvent même » deux maux font un grand bien. »
Nous remarquons d'abord avec plaisir la sagacité et la pénétration de Leibnitz. Il a très-bien vu que bien et mal sont des termes purement relatifs; qu'à proprement parler il n'y a dans le inonde aweun mal absolu ; ainsi, quand on dit qu'il y a du mal, cela Bonifie seulement qu'il y a moins de bien qu'il ne pourrait y en avoir. Un mal duquel il résulte un plus grand bien ne peut être censé un mal pur, un mal absolu. Il a compris, en second lieu, que toute créature étant essentiellement bornée est nécessairement imparfaite, et que c'est dans cette imperfection même
bien soin de n'attaquer quo le point erroné, et lâchons gré à ces génie* des lumières :u'i|. ont vr- '■■ - r nous, tout :
erreur même a grandement servi à reu niieres plus éblouissantes.
L> .Nom.
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qu'il faut chercher l'origine du mal, n 20. Enfin il a remarqué que toutes les objections de Bayle portent sur une comparaison fautive entre la bonté de Dieu et la bonté humaine ; conséqnemment il lui a reproché un anthropomorphisme continuel, n.
125, 134, etc. Il est étonnant qu'un aussi grand génie n'ait pas tiré de ces notions si claires les conséquences qui s'ensuivent, et qui renversent scii principe.
En effet, 1° il ne fallait pas oublier que la puissance de Dieu est infime, aussi bien que sa sagesse et sa bonté ; qu'ainsi quelque bien que Dieu fasse, il peut toujours faire mieux. Il est donc faux que dans les ouvrages de Dieu il puisse y avoir jamais un optimum au delà duquel Dieu soit dans l'impuissance de rien faire de mieux.
Cet optimum serait nécessairement borné, puisqu'il serait créé ; or, il répugne à la puissance infinie de Dieu d'être épuisée par un effet borné; cet optimum renferme donc contradiction. Poser pour principe que la suprême sagesse, jointe aune bonté infinie, n'a pu manquer de choisir le meilleur, ce n'est plus s'entendre soimême. Un choix suppose au moins deux objets entre lesquels Dieu a eu l'option; s'il n'y en a qu'un, ce n'est plus un choix, Dieu a été dans la nécessité de le prendre. Seconde contradiction.
Nous avons remarqué que Malebranche a donné dans le même écueil, lorsqu'il a dit que Dieu ne peut choisir etprendre le pire. Neuvième en! ri '., n. 10. Par le pire il faut nécessairement entendre ce qnê est moins bien ; or, puisque la chaîne des bien et des mieux que Dieu peut faire s'étend à l'infini, il n'y a point de dernier terme qui soit le mieux possible; il faut donc nécessairement que Dieu choisisse ce qui est moins bien que ce qu'il peut faire, autrement il ne pourrait rien choisir du tout. Malebrancbe est retombé dans la même erreur, en disant que Dieu agit toujours selon tout ce qu'il est. 11 devait sentir que cela est impossible, puisque Dieu est infini; sa puissance, sa sagesse, sa bonté n'ont point de bornes, et il leur en suppose, puisque tout
est ce après quoi il n'y a plus rien.
Voila comme les plus beaux génies se laissent égarer par des termes dont ils ne prennent pas la pem ".
d'examiner la signification. Cela nous console des méprises dans lesquelles nous pouvons être tombés.
Il est inutile de répéter que ces deux philosophes mettent très-mal à.
propos des bornes à la puissance à la liberté, à l'indépendance de Dieri (1) cela nous parait démontré. On dirait que l'un et l'autre ont jugé des attributs de Dieu sur le modèle de ceux d'un homme, et qu'ils ont été anthropomorphitessuns s'en apercevoir.
2° Nous ne concevons pas dans quel sens Leibnitz a pu dire qu'un inonde sans malheur et sans péché serait fort inférieur en bien au nôtre ï); dans ce cas le monde futur seras!
moins bien que celui-ci, puisqu'il n'y aura ni malheur ni péché (3). Ce
([) Bergier vient d'être très-fort et très-exact en raisonnant sur l'optimum, qui n'est pus possible-; mais le voilà qui retombe dans l'excès contraire acetni do l'optimisme en paraissant dire, avec les thomiste» et avec Descartos, que la puissance, la liberté l'indépendance de Dieu n'ont aucune borne; une puissance et une liberté telles seraient an fatum aveugle ; ces attributs sont, en Dieu, éclairé» parla sagesse et par la bonté, réglée par elles San, leurs effets, et, par conséquent, ont pour bornes le vrai, le bien et le beau. Dell ne peut pas tout faire, il ne peut faire lo mal ; il ne peut pas faire, non plus, par caprice pur, que le bien soit mal, ni que lo mal soit bien ; il no peut pas faire, par exemple, que de le haïr ne soit pas un mal. Leilmit/ et Malebranche ont donc eu raison d'assigner « des bornes à la puissance, à la liberté, à l'indépendance de Dion ; » en quoi donc se sontils trompés ? Uniquement en disant mie ces bornes provenant de la sagesse absolue, allaient jusipi a. l'obliger non pas seulement au bon mais au mieux : Yidit Deus quod esset bonum, dit Dieu en créant, mais il ne dit nos : VidU quod esset optiman.
Ls Noia.
(2) Mais que disaient donc les pères de l'Eglise qui s'écriaient à propos de le faille d'Adam, felix culpa ! parce que cette faute avait élé l'occasion e tout l'ordre surnaturel de la rédemption, ordre qui ajoutait, dans leur pensée, des millions de beautés nouvelles aux beautés primitives, ordre qui était, pour eux, celui de la rose domestique greffée sur le sauvage églantier, ordre enfin qui ajoutait, i leurs yeux, aux manifestations naturelle» du Créateur, les manifestations surnaturelles du Rédempteur 7 Disaient-ils antre chose que ce qu'ont si admirable»ment développé Leibnitz et Mnll.rnnche ? et vous ne le comprenez pas, vous, théologien 1
(3) Mauvais raisonnement: le monde futur, pour Leibnitz et pour Malebranche, n'est pas différent du monde total qu'ils disent être le plus beau des mondos possibles ; il en fait partie, il le couronne, et y entre comme condition principale de sa
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ShSFvfi? a remar 1 ué lui-même quil y a des maux de trois espèces-
fection des créatures; le mal phy-
«émit rt lc .P eché - D ans un monde exempt de péché et de malheur, il y menf p T^ ainem ent Ph» de contentenôtre nL P S dC VCrtU 1 Ue dans le notre, par conséquent les créatures
7 seraient moins imparfaites; donc nôirT PlU r S d -f hien 1 ue dans le rm'i ; o " SS1 Leibnitz "* c °nvenu quil ne pouvait pas faire voirie contraire en .détail; cela n'est pas éton-
2S M œ Serait une troisième ^tradiction : mais quand il ajoute
m» n- Ut Gn , Jl,ger ab e ff eetu , parce qe Dieu a choisi le monde tel qu ? U
savo - S ^ PP °n CCe q ^ est en gestion, savoir que Dieu choisit toujours le nmUeur; or nous avons démontré
sible me " Prétendu est im P 0S " 3° Pour entendre ce qu'il dit, qu'il ne peut représenter ni comparer ensemble les divers mondes possible
fini? Tr C \ SeTait com Parer des fa' unis, il faut savoir qu'il regarde univers actuel comme un infini Il pense que cet univers renferme' une infinité de mondes, que les™ ties sont autant de soleils qui éclairent d autres mondes peuplés d'ha-
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clnKÔ " , ' T " uus > qu ainsi notre globe n est qu'un atome dans cette immensité de l'univers; et c'est l'unimvers ainsi considéré qu'il croit le meneur possible, optimum. Mais il oublie que cet univers, quelque immense qu'on le suppose, est un monde créé, et que de son propre
S . Ut ( ° m \ ature est essentiellement limitée et bornée ; donc, encore une fois un optimum créé serait un nfi,, crée qui implique contradic-
nn ■', ? S r°" d lieu ' qu'importe à notie bonheur ou ù notre bien-être
meiloS- h ; ,I,,anl , s P° u "aient être Nnf iT* et - ! ' Ius heureux lue nous ?
Notre première pensée est de deman-
Le Nom.
prolonger la difficulté. qU d
il e st Sl f'ux nt r,n° Pini0n de Leibn ^- " est iaux que sur notre K lobe la
somme des maux surpasse f e Z do
» £5 S ' ,e . dé feut d'attention, dit-l' » qui diminue nos biens, et fl [font ! 2" e CeUe at , ten ^u nous soit donnée » par un mélange de maux. Si nous » étions ordinairement malades ë » rarement en bonne santé nous
«sentirions beaucoup mieux ce grana » bien, et nous serions moins affectés
» de nos maux; mais, ne vaut-il Pas
» et la maladie rare?... Sans l'esné » rance de la vie future, Uy aSdt "Peu de personnes qin ne fussent » contentes à l'article de la mort de » reprendre la vie, à condition Se » repasser par ] a même vicissitude «de biens et de maux. » N. 13 Cette réflexion sage est confirmée par
rien K deS païens qui "'espéraient
nen de mieux après la mort, que de mener dans les champs-élisé^à peu Près le même train de vie qu'ils ava.ent mené dans ce monde, e qui ne se croyaient pas pour cela plus malheureux. Nous avons observé ailleurs que suivant une maxime commune, chacun est content de soi ■ S d r 0m ï P^'^e mécontent .
hMm i f Jn " z na P as tort de blâmer les hypocondres qui ne peignent la vie humaine qu'en noir, n. lo. Bayle lui-même n'a pas pu s empêcher défaire cette observation, et Horace l'a chaulée dans ses vers S Leibnitz semble penser, comme Malebranche, que l'ordre de la grâce est pour ainsi dire, enté sur l'ordre de la nature, ou, comme il s'exprime que 1 un est parallèle à l'autre' Celle spéculation est fort belle, mais nous
l\ m* 7° lr 1 u ' elle ne Peut être admise (Ij. Ainsi nous ne suivrons pas ce philosophe dans ce qu'il dit de la prédestination, du nombre des
(!) Où donc Bergier a-t-il fait roir ce i a ? g.jj a essayé, nom ne craignons pas ,le dire qu'il ,,y , pas , même .„ ei rtaaJ , ri ,„ v , \ J n
La Nota.
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élus, du sort des enfants morts sans baptême, etc (1). Il n'est pas convenable d'entrer dans des questions théologiques fort obscures pour en éclaircir une qui peut se résoudre par les seules lumières de la raison, quoique la révélation y ait répandu un nouveau jour. Ce que nous avons dit nous parait suffire pour démontrer que l'optimisme, dans son nom même, porte sa condamnation ; il suppose dans les ouvrages du Créateur un optimum qui serait l'infini actuel, l'infini créé, terme au delà duquel la puissance divine, tout intime qu'eMe est, ne pouvait rien faire de mieux; contradiction palpable s'il en fut jamais.
6° Rien de moins solide que le principe sur lequel Leibnitz se fonde; savoir, que Dieu ne peut rien faire sans une raistin suffisante. Dieu sans doute ne peut rien faire sans motif et sans raison, puisqu'il est intelligent et libre ; mais il n'est pas obligé de nous découvrir ses raisons ni ses motifs, et nous nous flatterions en vain de les pénétrer dans tous ses ouvrages (2). Parce qu'un motif que nous croyons apercevoir ne nous parait pas suffisant pour avoir déterminé l'opération de Dieu, il ne s'ensuit point qu'il n'a pas suffi à Dieu,
(1) C'est précisément à tontes ces questions obscures que les systèmes de Leibnitz et de Malebraoche sont miles ; c'est là-dessus qu'ils ont rendu les plus grands services. Notre théologien est de ceux qui veulent laisser ces mystères daus les ténèbres et dire seulement aux hommes : Croyez. Mais les hommes vont plus loin.: Pourquoi croirions dous, répondeut-ils ? Nous ne refusons pas de croire si la chose n'est pas absurde et si elle est suffisamment appuyée ; autrement notre foi ue serait pas raisonnable, et ils noua ramènent, par leur réponse, à l'examen de ces questions mêmes, nous forcentde retourner parconséquent aux explications des philosophes tels que Leiboitz et Malebrancbe ; et le théologien de l'espèce de Bersier a perdu son temps. C'est qu'au fond, il cachait un thomisme trop rigoureux qui mettait du mystère où il n'y en avait pas.
(2) Obi sans aucun doute; jnmais philosophes ne furent plus humbles que ceux dont il s'agit, par rapport aux incompréheusibdités de Dieu et de ses œuvres , mais enfin, plus l'on pénétrera et expliquera, mieux on accomplira la mission qu'où a reçue du créateur en recevant 'le ses mains la raison, et mieux aussi ou aura plaidé sa propre cause dans l'humanité.
Le Nota.
et qu'il n'en a pas eu d'autre que nous ne voyons pas.
Sur ce sujet, comme sur presque tous les autres, nos philosophes donnent dans les excès opposés ; les uns nous blâment de rechercher dans la nature les causes finales ou les raisons pour lesquelles une chose a été faite; ils nous accusent de prêter à Dieu des intentions qu'il n'a jamais eues, etc. Les autres croient connaître tous les motifs que Dieu peut avoir eus; ils décident que Dieu n'a pas pu faire telle cbose, parce qu'ils n'en voient pas la raison suffisante.
Entre ces deux excès il y a un milieu, qui est de n'affirmer des causes et des raisons que quand elles sont évidentes, de garder un respectueux silence sur celles que nous ne voyons pas, et de ne jamais argumenter sur notre ignorance (1).
Bergier.
OPTIMISME [Théol. mixt. philos, ontol.) — Dans notre article création et temps ou Dieu naturellement dans les créatures, de nos Droits de la raison dans la foi, nous avons introduit une petite dissertation sur l'optimisme réfuté par Fénelon; nous nous contenterons, pour remplir l'espèce de lacune que laisse ici l'article insuffisant de Bergier qu'on vient de lire, de reproduire cette dissertation avec les rétlexions qui terminent l'article dont elle fait partie.
« Parmi les hypothèses qui, sans
(i) Cela est vrai et cependant n'est pas bon. Bergier ne peut pas s'empêcher de manifester à toute occasion sa malveillance à l'égard des philosophes; et le voila qui, même ici, leur jette un coup de patte dont Leibnitz et Malobracche reçoivent lenr part. Quand on est philosophe comme les Malebrancbe, les Leibnitz et les Féuelon, on ne manque certes pas de ce respect dont parle le théologien, on le pousse plus loin que lui, en réalité ; mais on n'on creuse pas moins, autant qu'on le peut, toutes les questions les plus délicates, précisément pour rendre service à la cause de Dieu: l'on sent aussi que, si l'on s'en tenait à « ces causes et à ces raisons évidentes, u on n'étudierait rien, on ne ferait ni philosophie, ni théologie, parce que cette évidence n'estjamuis, nulle part, absolument pure ; il s'y rattache toujours des questions obscures dont l'étude devient indispensable a quiconque médite sur les choses les plus simples, en sorte que de suivre son conseil à la lettre serait renoncer à la pensée et vivre en brute.
Le Nom.
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toe précisément condamnées comme ûéretiques, sortent néanmoins de 1 esprit catholique, il en est une, et uni; seule, qui, exposée comme elle '' e f i'f .quelques-uns des génies le. plu, brillants et les plus aimables parait, cie prime abord lutter de perfection, au point de vue du vrai, du r!u l v du , blen ' ave c la philosophie catholique la plus pure et la plus rigoureuse; c'est l'optimisme qu'Abeilard ne lit qu'indiquer, après que ton et saint Augustin, sans y pV
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-..«upuouuj sans y peil-
mri' Sf* déjà , j6té des Propositions qui semblaient le pressentit et que
Leilmitz et Malebranche out élevé à une gloire qui égale celle des vérités es mieux célébrées par le génie de 1 homme. Cette explication n P en cache pas moins des conséquences graves, g">f^ elle aboutit à la destruction de toute ),b ;rte dans l'être infini par un assujettissement trop rigoureux à sa propre sagesse dans le choix des possibles à réaliser.
» Il j eut, sians le xvn<= siècle, un
l^snlfi? tdi f slU , tioa > ce sujet parmi tes philosophes chrétiens, et l'on peut dire, sans exagérer, que ce fut Fénelon ce génie égal aux deux autres, et plus aimable encore, qui détermina, pai. une réfutation sublime, le triomphe du vrai.
» Cependant, malgré la perfection de ce petit chef-d'œuvre, dont le travail lut aidé des conseils de Bossuet, et dont Bayle avait jeté les premiers jalons, nous pensons qu'il y manque encore une distinction importante; et pour tous ces molifs nous allons en citer les passages les plus essentiels, en les accompagnant de quelque, noies dont la raison a être se trouve directement exposée dans 1 article ontologie de nos Harmonies DE LA RAISON' ET DE LV FOI
L optimisme réfute par Tendon Jl ( m ?1 „' IU( ; •'explique admirablement M. Bordas-Demoulin dans sou tartesianume, au chapitre de l'aptimume, cette sublime erreur fut Je produit d'une réaction extrême conii e le fatalisme des cartésiens déviés qui avaient tiré les conséquences de quelques inexactitudes échappées à Desearles sur l'essence divine, en exagération de sa liberté et de sa
Féne?or e h> tCef r ntlescart ^ns ren on et Bossuet qu rétablirent î, venté dans son parait équU S? o que Bayle, au reste avnîf Au>. e -\ milieu de son sce r ;aciIme dejafaltaU » Nous mettrons le lecteur à portée d en jug ei -, par ]eg citations r °™=
nous allons composer cet article c° il comprendra, de plus, par les ob
la, que Fenelon et Bossuet avaient
s il a déjà lu notre Ontologie (l)
» Soumettons - lui , d'abord la question telle que IWaient posée les Paroles de Descartes auxque ë nous venons de faire allusion.
I.W 1 " De f cartes » voyant naître l'optimisme et par ïoptimismela fatal té en conséquence des lois delà sagesse?
< c est la libre volonté de Dieu qui fait
In,,, • ?? S Sd Pensée comme d ™s l s r f hle ' <Ï U1 ^t, en môme
en?< i • T r a fP° rts . et, par suite, leurs lois du bien et du mal »
»> Si quelque raison ou apparence » de bonté eut précédé la préor- .dmationde Dieu, elle l'eût sans » doute détermine à faire ce qui » était le meilleur ; mais, tout au » contraire, parce qu'il s'est déter- » mine a faire les choses qui sont au » monde pour cette raison, comme » il est dit dans la Genèse, elles sont » très-bonnes, c'est-à-dire que la rai- » son de leur bonté dépend de ce » quil les a ainsi voulu faire. »
(Uluivr. de Descartes, t. II, p 3G3 ) «C'est parler de Dieu comme d'un » Jupiter ou d'un Saturne, et l'assu- » jettir au Slyxet aux destinées, q v » de dire que les vérités métaphv,i- » mies ou éternelles n'ont pas été » établies de lui et n'en dépendent » pas entièrement aussi bien que >> tout le reste des créatures. » (Ibid., t. VI, p. 109.) *
« De telles paroles sont rares chez Descartes et accusent plutôt des idées jetées en l'air que des fruits de méditation sérieuse; il y a en lui un senhment de prévision de l'optimisi qui le pousse à ces extrêmes; Leibnitz
(1) II »'a-it ,1e notre ontolot/ie de dos Hibïo.ih» m LA BilSO.I »T os Li foi (187 .;.
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et Malabranehe le réfutent très-bien en démontrant que Dieu doit être soumis à la raison éternelle, et que supposer la volonté d'agir sans l'idée antécédente qui lui montre ce qu'il y a à faire, c'est établir la fatalité, ou rendre l'action impossible. Mais allons progressivement, en commençant par faire connaître la réponse de Bayle.
« II. Bayle réfute ainsi l'assertion » de Descartes : La conséquence de » cette doctrine sera, qu'avant que » Dieu se déterrjinâtà créer le monde, » il ne voyait rien de meilleur dans » la vertu que dans le vice et que ses » idées ne lui montraient pas que la » vertu fût plus digne de son amoii » que le vire. Cela ne laisse nulle s distinction entre le droit naturel et » le droit positif; il n'y aura plus non » d'immuable ou d'indispensable dans » la morale; il aura été aussi possible » à Dieu de commander que l'on fût » vicieux que de commander que l'on » fût vertueux; et l'on ne pourra pas » être assuré que les lois morales ne » seront pas un jou ' comme
» les lois cérémonielles... Elle ouvre » la porte au pyrrbonisme le plus ou- » tré; car elle donne lieu de prétendre » que cette proposition, trois et trois » font six,n'c-t vraie qu'où etpendant » le temps qu'il plait à Dieu ; qu'elle » est peut-être fausse dans quelque » partie de l'univers, et que peut-être » elle le sera parmi les hommes l'an- » née qui vient; tout «3 qui dépend » du libre arbitre de Dieu pouvant » avoir été limité à certains lieux et » à certains temps comme les céré- » mordes judaïques. » (Bayle., Mp. à un prov., ch. 89, p. 675.)
« III. Malebrauclie la réfute comme » il suit :
» C'est tout renverser de prétendre » que Dieu soit au-dessus de la rai- » son, et qu'il n'a point d'autre règle » dans ses desseins que sa pure vo- » lonté. Ce faux principe répand des » ténèbres si épaisses qu'il confond » le bien avec le mal, le vrai avec le » faux, et fait de toutes choses un » chaos où l'esprit ne connaît plus » rien. Saftit Augustin a prouvé in- » vineiblemeat le péché originel par » les désordres que nous trouvons en
» nous. » (Ceci est exagéré. Voy.
art. Déchéance Dict. des Harmon es ) <( L'homme souffre; donc il n'est pas » innocent. L'esprit dépend du corps; » donc l'homme est corrompu, il » n'est point tel que Dieu l'a fait .
«Dieu ne peut soumettre l-e plus » noble au moins raoble; car l'ordre » ne le permet point. Quelles con- » séquences pour ceux qui ne crai- » gnent pas de dire que la volonté de » Dieu est la seule règle de ses ac- » tions ! Ils n'ont qu'à répondre qu i » Dieu l'a ainsi voulu ; que c'est notée » amour-propre qui nous fait trouver » injuste la duuleur que nous souf- » frons ; que c'est notre orgueil qui » s'offense que l'esprit soit soumis au «corps; que Dieu ayant voulu ces i> désordres prétendus, c'est une im- » piété que d'en appeler à la raison, » puisque la volonté de Dieu ne la » reconnaît point pour règle de sa » conduite. Selon ce principe, l'uni- » vers est pariait, parce que Dieu l'a » voulu. Les monstres sont des 011- » vrag&s aussi achevés que les autres » selon les desseins Je Dieu. Il est » bon d'avoir les yeux au haut de la » tète, mais ils eussent été aussi sa- » gement placés partout ailleurs, si » Dieu les y avait mis. Qu'onrenverse » donc le monde, qu'où en tasse un i> chaos, il sera toujours également » admirable, puisque toute la beauté » consiste dans la conformité avec la » volonté divine qui n'est point obli- « gée de se conformera l'ordre. Mais » quoi! cette volonté nous est incon- » nue. Il faut donc que toute la beauté » de l'univers disparaisse à ia vue de » ce grand principe, que Dieu est » supérieur à la raison qui éclair'; » tous les esprits, et que sa volonté » toute pure est l'unique règle de ses «actions. » (Entre t. 9, n. 13.)
« Ces exemples sont mal choisis ; il fallait les prendre dans l'absolu, et non dans le contingent. Dans l'absolu, Malebranche a raison, c'est la sagesse et l'idée divine éternelles qui commandent, et point de liberté. Dans le contingent, Descartes a raison ; c'est la volonté divine qui commande et fait ce qu'elle veut; liberté complète ; et, de là, gratuité de la création et de tous les dons.
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» Bayle est beaucoup plus exact; il raisonne très-bien encore dans le passage suivant; c'est qu'il ne tenait pas, comme Malebrancbe, à l'excès opposé à celui de Descartes, qui est V optimisme :
» C'est une chose certaine que » l'existence de Dieu n'est pas un effet » de sa volonté. Il n'existe point » parce qu'il veut exister, mais par » la nécessité de sa nature intinie. Sa » puissance et sa science existent par » la même nécessité. Il n'est pas » tout-puissant, il ne connaît pas » toutes choses, parce qu'il le veut » ainsi, mais parce que ce sont des » attributs nécessairement identifiés » avec lui-même. L'empire de sa vo- » lonté ne regarde que l'exercice de » sa puissance, il ne produit hors de » lui actuellement que ce qu'il veut, » et il laisse tout le reste dans la pure » possibilité. »
« Bayle serait complet, s'il ajoutait que cet empire s'étend aussi sur le premier acte de puissance par lequel il combine idéalement, comme le peintre et l'architecte, ses plans de création, parce que sans cela on retrouve dans l'absurde de Vomnia de Findéfini réalisé simultanément dans l'idée de Dieu, ce qui n'est pas moins contradictoire que cet omnia réalisé ad extra simultanément.
» Bayle poursuit avec la même justesse sur la nécessité de l'absolu :
« De là vient que cet empire ne » s'étend que sur l'existence des créa- » tures; il ne s'étend point aussi sur » leurs essences. Dieu a pu créer la » matière, un homme, un cercle, ou » les laisser dans le néant; mais il » n'a pu les reproduire sans leur a donner leurs propriétés essentielles.
» Il a fallu nécessairement qu'il fit » l'homme un animal raisonnable, et » qu'il donnât à un cercle la ligure » ronde, puisque selon ses idées éter- » nelles et indépendantes des décrets » libres de sa volonté, l'essence de » l'homme consistait dans les attri- » buts d'animal et de raisonnable, et » que l'essence du cercle consistait » dans une circonférence également » éloignée du centre, quant à toutes
» ses parties Cela ne se doit pas
» entendre seulement des premiers
» principes théorétiques, mais aussi » des premiers principes praliqnes, » et de toutes les propositions qui » contiennent la véritable délinition » des créatures. Ces essences, ces » vérités, émanent de la même né- » cessité de la nature, que la science » de Dieu. Comme donc c'est par la » nature des choses que Dieu existe, » qu'il est tout-puissant, et qu'il con- » naît tout en perfection ; » (il faudrait dire tout quant à lui-même et quant aux finis possibles, tout ce qu'il a librement combiné, imaginé, créé dans sa pensée. Sa pensée travaille et crée sans cesse librement, et sa puissance réalise ad extra aussi librement, comme un peintre compose, de tête, librement un tableau et l'exécute de même avec une toile et un pinceau.
Quant à la créature qui compose comme lui, elle ne peut concevoir ce qu'il n'a pas déjà conçu, parce qu'en la concevant, il a conçu toutes les conséquences possibles de la création particulière de cette créature.) « C'est » aussi par la nature des choses que » la matière, que le triangle, que » l'homme, que certaines actions de » l'homme, etc., ont tels et tels attri- » buts essentiellement. Dieu a vu, de » toute éternité et de toute nécessité, » les rapports essentiels des nombres « et l'identité de l'attribut et du sujet » des propositions qui contiennent » l'essence de chaque chose. 11 a vu » de la même manière que le terme » juste est enfermé dans ceux-ci :
» Estimer ce qui est estimable, avoir » de la gratitude pour son bienfaiteur, » accomplir les conventions d'un con- » trat, et ainsi de plusieurs autres » propositions de morale. » (Continuation despensêes diverses, chap. 152, p. 410.)
» Leibnitz établit, d'une autre manière encore, l'indépendance dans laquelle se trouvent, en Dieu, les vérités éternelles devant la volonté divine.
» Nos raisonnements sont fondés » sur deux grands principes : le pre- » mier est le principe de la contrait diction, en vertu duquel nous ju- » geons faux ce qui implique contra- » diction, et reViVaMe, ce qui est opposa » au faux ou qui le contredit. Le se-
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» cond est le principe de la raison » suffisante, en vertu duquel nous » voyons qu'aucun fait, aucune énon- » ciation ne peuvent être véritables, » à moins qu'il n'y ait une raison suf- » usante pourquoi la chose est ainsi » et non autrement, quoique ces rai- » sons puissent le plus souvent nous » être inconnues.
» Quand une vérité est nécessaire, » on peut en découvrir la raison par » l'analyse, c'est-à-dire en la décom- » posant en idées et en vérités plus » simples, jusqu'à ce qu'on soit par- » venu à des vérités primitives. C'est » ainsi que chez les mathématiciens, » les théorèmes de spéculation et les » règles de pratique se réduisent, par » l'analyse, à des définitions, des » axiomes, des demandes. Il est enfin » des idées simples dont il n'est pas » possible de donner de déiinition. Il » est aussi des axiomes, des deman- » des, en un mot, des premiers prin- » cipes qui ne peuvent être prouvés, » et n'ont pas, aussi, besoin de preu- » ves, puisqu'ils ne sont, en effet, » que des énonciations identiques.
» Mais l'on doit encore trouver une » raison suffisante dans les vérités » contingentes ou les vérités de fait; » c'est-à-dire dans la suite des choses » qui composent l'univers des créa- » tures, et où la décomposition en » raisons particulières, pourrait être » poussée à l'infini, à cause de l'im- » mense variété des choses naturelles » et de la division des corps à l'infi- » ni, etc., etc. (Optimis. opéra, t. II, » part i, p. 24. Voyez aussi la Pro- » fession de foi contre l'athéisme.)
» Leibnitz montre qu'il faut une raison suffisante de tout ce qui est; que l'univers et Dieu sont inconcevables sans cette raison suffisante ; Malebranche, au lieu de ce mot emploie celui d'ordre; d'autres disent causes finales. Tout cela revient au même et à montrer qu'en Dieu l'idée de la créature dans toute son étendue, sa durée, ses rapports internes et externes, a dû précéder la création, et la volonté de créer.
» Mais si cette raison suffisante
n'est suffisante que quand il s'agit
du mieux, la liberté de Dieu va se
trouver asservie au mieux : c'est l'er-
reur de l'optimisme que va réfuter Fénelon.
» Descartes, au resle, à la fin de la in méditation, et dans maints passages, dit des choses tout à fait contraires aux quelques paroles qu'on en cite pour établir qu'il croyait à la volonté suprême comme première raison des vérités de tous les ordres, aussi bien absolues que contingentes.
On ne peut croire qu'un génie qui, après avoir démontré Dieu avec une puissance jusqu'alors inconnue, s'élève « à la contemplation de ce Dieu » parfait, considère, admire, adore » l'incomparable beauté de cette im- » mense lumière, au moins autant » que la force de son esprit, qui en » demeure en quelque sorte ébloui » le lui pourra permettre » ait faibli autrement que par une sorte d'inadvertence, et d'absence de lixation de sa pensée sur la distinction que nous faisons de l'absolu et du contingent, distinction à laquelle ceux qui l'ont réfuté n'ont pas plus pensé que lui, ce qui les a conduits à des erreurs contraires.
» Nous avons vu Uayle, Malebranche, Leibnitz redresser Descartes dans quelques graves inexactitudes qui lui ont échappé sur des questions qui, avant lui, n'avaient pas été approfondies. Voyons maintenant Fénelon redresser Malebranche et Leibnitz dans leur écart, non moins grave, jusqu'à l'optimisme. Il commence par l'idée de Malebranche.
» Ou vous croyez qu'il était plus » parfait de créer le monde que de » ne le créer pas, ou vous croyez que » ces deux choses étaient d'une égale » perfection. Si vous croyez qu'il » était plus parfait de créer le monde, » Dieu était donc invinciblement dé- » terminé par l'ordre à le créer, et il » n'avait aucune liberté pour ne le » créer pas ; si vous dites que ces » deux choses étaient d'une égale per- » fection, vous supposez que le néant » est aussi bon que l'ouvrage le plus » parfait ; ce qui est une opinion » monstrueuse.
» Ne m'imposez pas, répondra peut- » être l'auteur; je soutiens seulement » qu'il est également bon à Dieu de » faire ou de ne pas faire son ouvrage, » parce qu'il peut s'en passer; quoi-
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» que j'avoue, en même temps, que » si on compare ces deux choses entre » elles, on trouvera que l'ouvrage le » plus parfait est meilleur que le » néant. Si donc on regarde ces deux » choses par rapport à l'infinie per- » fection de Dieu, faire le monde ou » ne pas le faire, elles sont égales, » parce qu'elles sont toutes deux in- » uniment inférieures à Dieu; qu'il » peut se passer également de l'une » et de l'autre; et qu'ainsi aucune » n'est capable de le déterminer invin- » ciblement. Mais si on les compare » entre elles, l'être, et surtoutj'ètrele » plus parfait que Dieu puisse créer, » vaut mieux que le néant.
» Mais cette réponse, qui est l'uni- » que refuge que l'auteur puisse cher- » cher, va mettre en pleine évidence » ce que je dois prouver contre lui.
» Pourquoi, lui dirai-je, prétepdez- » vous que Dieu est déterminé mvinj> ciblement à faire toujours le plus «parlait? C'est, me rêpondra-t-il , » que l'ordre, qui est, pour lui, une » loi inviolable, demande qu'il pré- » fère toujours le plus parfait au » moins parfait. Mais quoi, répon- » drai-je, le plus parfait et le moins » parfait sont-ils, aux yeux de Dieu, » plus inégaux que le plus parfait et » le néant? Non, sans doute, car le » moins parfait a quelque degré de » perfection ; et le néant, qui n'en a » aucune, est infiniment au-dessous, » il est l'imperfection souveraine.
» Mais Dieu, répondra encore l'au- » teur, ne compare pas le néant et » l'être le plus parfait entre eux; s'il » les comparait ainsi, il préférerait » nécessairement la création au » néant; il les voit seulement dans » une espèce d'égalité par rapport à «sa souveraine perfection, parce » qu'il peut également se passer de » l'un et de l'autre. Eh bien, conti- » nuerai-je, pourquoi ne voulez-vous » pas aussi que Dieu regarde avec la » même indifférence le plus parfait et o le moins parlait, comme étant tous » deux dans une espèce d'égalité par » rapport à sa souveraine perfection, » parée qu'il peut également se passer » de l'un et de l'autre, et qu'ils lui » sont tous les deux infiniment infé- » rieurs, eu sorte qu'aucun d'eux ne
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» le puisse déterminer invincible- » ment?
» Choisissez ; ou supposez que Dieu » ne compare point les choses entre » elles, et qu'il regarde les plus iné- » gales comme étant égales par rap- » port à lui, parce qu'il peut se passer » également de toutes; ou supposez » qu'il les compare entre elles. Si » vous supposez qu'il ne les compare » point entre elles, mais seulement » qu'il les regarde dans une sorte » d'égalité, comme fui étant infinih ment inférieures, dès ce moment » vous reconnaissez Dieu aussi libre » pour choisir entre le plus parfait » et le moins parfait, que pour ehoi- » sir entre faire le monde et ne faire » rien. Que si vous supposez, au con- » traire, que Dieu compare les choses » entre elles, et que c'est par rapport » à cette comparaison qu'il se déter- » mine, n'avouerez-vous pas que, » comme l'ordre le détermine au plus » parfait, en le comparant avec le » moins parfait, il doit aussi le déter- » miner à la création du monde, en » comparant le monde, qui est l'ou- » vrage le plus parfait selon vous, » avec le néaut, qui est l'imperfection » souveraine?... Quoi donc! quand » Dieu choisit entre deux desseins de » son ouvrage, un seul degré de per- » fection dans l'un plus que dans » l'autre emporte la balance, déter- » mine Dieu invinciblement, et lui » ôte toute sa liberté; mais quand » Dieu choisit entre faire le monde et » ne le faire pas, c'est-à-dire entre « l'être Je plus parfait et la néant, » tous les dégrés de perfection pos- » sibles rassemblés ne peuvent dé- » terminer Dieu et l'emporter sur le » néant.
» Mais encore ce grand choix, ce >- profond conseil de Dieu, qui se dér. termine à créer le monde, devrait » être sans doute le plus grand effet » de sa sagesse. Cependant, selon » vous, c'est une action indélibérée, i une action sans raison. Souvenez- » vous que vous dites souvent que » Dieu agirait sans raison, et d'une » manière indigne de sou inlinie sa- » gesse, toutes les fuis qu'il agirait » sans être déterminé par l'ordre à » choisir le plus parfait. S'il n'est
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y> point plus parfait à Dieu de créer » le monde que de ne le créer pas, j> Dieu l'a donc créé sans raison et » d'une manière indigne de sa sa-" » gesse. Si au contraire, il lui est plus » parfait de le créer que de ne le créer » pas, je reviens toujours à conclure i> qu'il l'a donc créé nécessairement, » et qu'il n'a eu aucune liberté à l'é- » gard de son ouvrage. » [Rèfut. du syst. de Maleb. sur la nature et la yràee, ch. vi.)
« Fénelon après avoir ainsi poussé Malebranche aux conclusions de Leibnitz, attaque le système, beaucoup plus conséquent, de ce dernier, consistant à soutenir que la sagesse infinie oblige Dieu, non-seulement à créer le mieux dans l'hypothèse de la création résolue, mais encore à créer préférablement à ne créer pas.
Il dit.
» S'il a été nécessaire, comme nous » venons de le montrer par les prin- » cipes de l'auteur, que Dieu créât » le monde, parce qu'il était plus » parfait de le créer que de ne le créer » pas, il a été nécessaire aussi que » Dieu le créât dès l'éternité ; toutes » choses étant égales d'ailleurs, sans » doute ce qui est éternel est plus » parfait en soi que ce qui est tem- » porel. » (Ibid. c. vu.)
« Le monde » (dans la même hypothèse de la création nécessitée par la sagesse) « a été nécessaire à Dieu » pour l'accomplissement de son or- » dre inviolable, c'est-à-dire pour la » conservation de sa nature iniini- » ment parfaite... Ainsi l'infinie per- » fection de Dieu dépend de la créa- » tion éternelle du monde ; en sorte » que Dieu ne peut non plus se pas- » ser de créer le monde que d'engen- » drer son verbe. Si cela est, l'essence » divine n'est point un être absolu et » indépendant, car on ne peut point » la concevoir, sans concevoir l'ordre, » et on ne peut concevoir l'ordre » sans concevoir aussi le monde exis- » tant, comme un être qui est hors » de Dieu, et qui lui est pourtant né- » cessaire... Or, ce serait à la crôa- » ture une souveraine perfection, » d'avoimon-seulennentune existence » nécessaire, mais nécessaire à Dieu » même ; et ce serait à Dieu une
» souveraine imperfection, de ne » pouvoir être parfait, en un mot, » de ne pouvoir être Dieu même sans » l'existence actuellede sa créature, a [Ibid., cap. 7.)
« Fénelon pourrait ajouter ici qu'alors la créature ferait une seule et même chose avec Dieu, ayant son éternité et sa nécessité; ce qui implique contradiction à moins qu'on ne la confonde dans son verbe, ce qui est le panthéisme ; il le dit, au reste, suffisamment.
Bossuet pensait comme Fénelon sur cette grande question. Il paraît même que Fénelon lui communiqua son manuscrit de sa réfutation de Malebranche, et que Bossuet lui indiqua quelques corrections/» (Œuvr, de Fénelon, I, Avert. 5 e , p. 42 )
« Continuons de citer Fénelon, en admirant la perfection de son argumentation et le charme de son style.
» Représentons-nous , selon la » belle image de saint Augustin, » tout l'ouvrage de Dieu comme » étant dans une espèce de milieu » entre l'Etre suprême et le néant, » qui sont comme ses deux extrémi- » tés. De quelque côté que la créa- » ture se tourne, elle aperçoit un es- » pace infini : l'être borné, en tant » que borné, est infiniment distant » de l'être infini ; en tant qu'être, » quoique borné, il est infiniment » distant du néant : la distance in- » finie qui est entre la créature et le » néant, est, en elle, la marque de » la perfection infinie de celui qui » l'a l'ait passer du néant à l'être.
» Par là tout degré d'être est bon » et digne de Dieu; par là le moin- « dre degré d'être porte en lui le » caractère de l'infinie perfection du » créateur.
» Il faut donc se représenter tou- » tes les perfections que Dieu peut » donner à son ouvrage, comme une » suite de degrés d'une hauteur et » d'une profondeur sans bornes. Ces » degrés, d'un côté, montent, et, de » l'autre, descendent toujours à Fin- » fini. Dieu voit tous ces degrés; » mais comme ils sont infinis, il n'en » voit aucun de déterminé au-dessus » duquel il n'en voie encore d'autres
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» qui sont possibles ; il n'en voit » même aucun de déterminé qui ne » soit fini et qui, par conséquent, » n'en ait encore d'iniinis au-dessous » de lui. »
« Il y a là une distinction qui manque. Dieu voit la loi d'augmentation et de diminution à l'infini qui est essentielle au fini et absolue; mais if ne voit d'êtres contingents idéaux formés selon cette loi que ceux qu'il crée lui-même à l'état d'idéalité, premier degré de la création.
Sa puissance consiste à pouvoir en créer sans lin idéalement et réellement, et sa liberté à vouloir les créer de ces deux manières ou de l'une seulement; mais il est essentiel que la création de l'idéal précède celle du réel, ou l'appel au réel. Dieu, qu'on nous pardonne le mot, se distrait éternellement par des créations nouvelles; Dieu est une activité sans bornes; c«tte activité serait sans objet, si la vision de tous les contingents posait sans cesse et sans variation devant lui comme on se le figure. Ce que nous disons donc de sa vision des possibles aux articles sur la grâce et autres, doit s'entendre des possibles qu'il lui plaît de combiner. Autrement il y aurait en lui un nombre infini d'idées contingentes ce qui est absurde. (Voy. Ontologie, « e quest.) (1).
» Fénelon continue :
» Dieu n'a point de liberté par » rapport à lui-même. La liberté est » une puissance de choisir. Qui dit » choisir, dit prendre une chose plutôt » qu'une autre. Celui donc qui trouve » tout dans un seul objet indivisible, » et qui ne peut jamais s'empêcher » de le vouloir, n'a rien à choisir de » ce côté-là. Mais du côté de ses ou- » vrages tout s'offre à Dieu, et tout » est digne de son choix. Il ne peut » rien faire que de bon; par consé- » quent tout ce qui est possible est » bon et conforme à l'ordre. Si on » prend pour l'ordre la sagesse » immuable de Dieu, qui est sou » essence même, il faut donc que » l'ordre qui, dans ce sens, est la na- » ture divine, s'accommode de tous
(I) Vojr. Jan» ce dictionnaire le mot [un»! (187*).
» les divers degrés de perfection » auxquels Dieu peut borner son » ouvrage.
» Ajoutons que Dieu ne peut faire » une créature qui rassemble en elle » tous les degrés de perfection pos- » sibles. Car cette créature ou serait » inliniment parfaite, auquel cas elle » serait Dieu même, ou n'aurait qu'un » degré fini de perfection, et, par » conséquent, il y aurait encore d'au- » très degrés de perfection possibles » au-dessous de ceux qu'elle possé- « derait. Il ne faut donc pas s'ima- » giner que la puissance de Dieu soit » infinie en ce qu'elle peut produire » une créature infiniment parfaite.
» En produisant cet être, Dieu se pro- » d ni rait lui-même; il produirait son » verbe, comme dit souvent saint » Augustin, et non une créature.
» Ainsi à force de vouloir étendre sa » fécondité et sa puissance, on la dé- » trairait; car on la mettrait par là » dans une vraie impuissance de pro- » duire quelque chose hors de lui. »
« Appliquons ce raisonnement, qui estinvincible, à la création des idéaux des finis, et nous arriverons aux mêmes conclusions. Si Dieu pouvait s'imaginer en esprit simultanément tous les degrés possibles de perfection finie et tous les nombres possibles de créatures, il pourraiteréer cet ensemble, car il peut réaliser tous les relatifs qu'il pense, sans quoi sa puissance ne serait pas en équation avec son entendement. Donc démontrer qu'il ne peut créer Yomnia du fini, c'est démontrer qu'il ne peut penser à la fois l'omnia du fini.
Il se pense lui-même, et en cela, est complet par l'entendement; mais il ne peut être complet en pensant la créature, pas plus qu'il ne peut l'être, du côté de la puissance, en la réalisant tout entière; le prétendre serait, pour parler comme l'énelon, détruire sa puissance imaginative aussi bien que sa puissance créative, par excès de fécondité; serait dire qu'il ne peut imaginer que son verbe.
« Fénélon poursuit : « En quoi lapuisu sauce de Dieu sera-t-elle donc in- » finie? Ou sera-ce en ce que Dieu » peut produire un certain degré de » perfection linie, au delà duquel il
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» ne peut plus rien? Ou sera-ce en » ce qu'il peut choisir librement dans » cette étendue de degrés de per- » fection qui montent et qui descen- » dent toujours à l'infini? Mais ose- » rait-on dire qu'il y a un degré i) précis et fixe de perfection finie au- » dessus duquel Dieu ne puisse rien » faire?... S'il y a un degré précis et » fixe de perfection finie, au delà.
» duquel Dieu ne puisse rien pro- » duire, selon l'ordre, il s'ensuit claio rement que sa puissance est absolu- » ment bornée à ce degré ; qu'il n'en » aaucuneau delà;.etparconséquent » que cette puissance ne peut, en » aucun sens, être nommée infinie. »
« Il suffit d'appliquer les termes de Féneloii aux idéaux des finis, au lieu de les appliquer aux réels, pour que son raisonnement prouve ma thèse avec la sienne, et nous ramène à l'idée vaguement perçue par Descartes, et mal exprimée par lui, mais de la plus grande profondeur, à savoir qu'il faut mettre en Dieu la volonté d'imaginer les plans contingents, de les formuler en acte dans son verbe éternellement actif, avant leur idée concrète; mais ensuite leur idée concrète, avant leur création ad extra; seulement il ne faut pas oublier, non plus, de mettre en Dieu, avant tout cela, en priorité de raison, la vue éternelle de lui-même, ainsi que du contingent en général et de ses lois qui font partie de l'essence des choses. [Voy. Ontologie.) sFénelon poursuit.
« Que si on a horreur de cette im- » piété, et qu'on reconnaisse en Dieu » la puissance d'ajouter toujours, en » montant vers l'infini, de nouveaux » degrés de perfection à tout degré » déterminé qu'il aura mis dans son » ouvrage ; voilà la puissance infinie » de Dieu sau\«àe, mais voilà aussi le » principe fondamental de Male- » branche ruiné sans ressource, car » bien loin que Dieu ne puisse pro- » duire que le plus parfait, il s'ensuit » qu'il ne peut jamais produire le » plus parfait, puisqu'il peut toujours » ajouter quelque nouveau degré de « perfection à toute perfection dé- » terminée... »
« Il faut conclure, en même temps qu'il ne peut, non plus, imaginer en lui le plus parfait, ce qui serait cependant, s'il avait éternellement et simultanément, la vision concrète de tous les possibles eu détail et au sens absolu.
» Dans tous les choix que Dieu » fait pour agir au dehors ou pour » n'agir pas, pour produire le plus » ou le moins parfait, il ne faut point » chercher d'autre raison que sa su- » périorité infinie, et son domaine » souverain sur tout ce qu'il peut p faire. Il est si grand qu'une créa- » ture ne peut avoir en elle de quoi » le déterminer à la préférer à une » autre, Elles sont toutes deux bonnes » et dignes de lui, mais toutes deux » infiniment au-dessous de sa pcr- » fection. Voilà sa pure liberté, qui » consiste dans la pleine puissance « de se déterminer par lui seul, et » de choisir sans autre cause de dê- » termination que sa volonté su- » prême, qui fait bon tout ce qu'il • veut Voilà ce que l'Ecriture appelle » son 6cm plaisir et le décret de sa voit lonté. Si nous le méditons bien, » nous trouverons que la plus haute » idée de perfection est celle d'un » être qui, dans son élévation infinie » au-dessus de tout, ne peut jamais > trouver de règle hors de lui, ni y, être déterminé par l'inégalité des » objets qu'il voit; mais qui voit les » choses les plus inégales, égalées en » quelque façon, c'est-à-dire égale- » ment rien, en les comparant à sa » hauteur souveraine; et qui trouve » dans sa propre volonté la dernière » raison do tout ce qu'il a fait. »
« Il faut ajouter : ■ Et ne peut voir » les objets finis qu'en pouvant vou- » loir en voir d'autres encore, et les » voyant si cela lui plait. Il faut ajouter au dernier mot, avec Desiartes.
« Et de tout ce qu'il a idéalisé de » contingent dans son verbe inté- » rieur.»
« Eénelon poursuit. « Cette idée est » la plus haute et la plus parfaite » que nous ayons, et par co»sé- » qaent c'est celle que Dieu nous a » donnée de sa nature. Après cela, » dites que, Dieu étant infiniment
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> sage, il ne peut rien faire qu'avec ■> une sagesse qui préfère toujours le » meilleur.
» La sagesse infinie de Dieune peut » le déterminer à choisir le meilleur, » quand il n'y a aucun objet déter- » miné qui soit effectivement le meil- » leur par rapport à la perfection » souveraine, dont les choses les » plus parfaites sont toujours ïnfim- » ment éloignées, »
« Donc il n'y a, non plus, aucun objet pensé en Dieu et par Dieu qui soit le meilleur; donc il ne voit pas simultanémentpar concrétion tousles possibles; doncilpeutvonloir en combiner de nouveaux que, jusqu'alors, il n'a pas vus sous forme déterminée ; donc Descartes a raison relativement aux contingents, quoiqu'il ait tort relativement aux lois des essences, qui sont fixes, présentent un omnia, et que Dieu voit toutes d'un seul regard parfaitement en équation avec l'entité éternelle de ces lois. »
« Fénelon continue : « Il est pour- » tant vrai que dans ce choix pleine- » ment libre, où Dieu n'a d'autre » raison de se déterminer que son » bon plaisir, sa parfaite sagesse ne » 1 abandonne jamais. Pour être sou- » verainement indépendant de l'in- » égalité des objets iinis entre eux, » il n'en est pas moins sage ; il voit » cette inégalité de tous les objets » entre eux ; » (tous peut se dire au sens relatif, mais non au sens absolu ; tous en ce qui concerne la loi générale du fini.) « Il voit leur éga- » lité par rapport à sa perfection in- » finie ; il voit leur éloigiiement in- 3 fini du néant ; il voit tous les » rapports que chacun d'eux peut » avoir à sa gloire, et toutes les rai- » sons de le produire ; » (oui dans chaque univers conçu; mais il peut toujours vouloir en concevoir, et en concevoir par le fait de nouveaux; et, comme il n'y a de possibles que «eux qu'il a conçus, ce qu'il n'a pas voulu concevoir encore n'empêche pas, par son absence de concept, qu'il ne voie perpétuellement tous les possibles; le reste existe à l'état vague des indéterminés dans la loi des essences, et c'est sa volonté qui détermine aussi bien l'idéalisation que la
création.) « Il voit une raison géné- » raie et supérieure à toutes les aulrec » qui est celle de son indépendance' » et de l'imperfection de toute créa- » ture par rapport à lui; il y trouve » son souverain domaine et sa pleine » liberté ; il l'exerce pour taire le » bien, à telle mesure qu'il lui plait. ' » N'y a-t-il pas dans toutes les vues » de Dieu qui agit librement, une » science et une sagesse inlinies?»
(Réfutation de Malebrunche, cap. vm.) « Il nous répugne de laisser le lecteur sous l'impression du coup de massue que vient déporter Fénelon à une erreur grandiose, mais aimable, sainte et sublime, et la seule peutêtre qu'on puisse qualifier de la sorte.
Nous ajouterons deux citations, l'une de Leibnitz, l'autre de Malebranche qui, quoique prises au hasard, suffiront pour la faire respecter comme elle le mérite dans les œuvres de ces deux génies, aussi grands par le cœur que par l'intelligence.
» Voici Leibnitz : « Parmi les dif- » férences qui se rencontrent entre » les âmes ordinaires (les mondes des » plantes et des animaux) et les esprits, » est celle-ci, que les âmes en géiHT.il » sont les miroirs des êtres vivants » ou les images de l'univers des créa- » tares, tandis que les esprits sont, » de plus, les images de la divinité » même ou de l'auteur de la nature ; » images qui peuvent connaître le » système de l'univers, et, à la faveur » d'une faible lumière d'architecture » en imiter quelques parties, puisque » chaque esprit est une sorte de di- » vinité dans son genre. C'est par là » qu'ils sont capables d'entrer en » quelque société avec Dieu, et que » Dieu, par rapport à eux, non-seu- » lement est auteur, comme il l'est » par rapport à toutes les autres créa- » tures, mais qu'il est encore de plus, » à leur égard, et monarque et père, » c'est-à-dire qu'il a de plus, avec » eux, la relation d'un monarque à » ses sujets, et d'un père à ses enfants.
» La collection de tous te-; esprits » constitue la cité de Dieu, c'est-à- » dire l'état le plus parfait, sou* îo » plus parfait des monarques.
» Outre l'harmonie parfaits entre » l'esprit et le corps, le règne Qalu-
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» rel des causes finales et le règne » naturel des causes efficientes, il existe » une autre harmonie entre le règne » physique de la nature et le règne » moral de la grâce, c'est-à-dire entre » Dieu considéré comme le monarque » de la divine cité des esprits, et Dieu » considéré comme l'architecte de la » machine du monde. On peut même » assurer que Dieu, en tant qu'archi- » tecte, satisfait parfaitement à Dieu » en tant que législateur; qu'ainsi les » punitions doivent suivre les fautes, » en vertu de l'ordre de la nature et » de la structure mécanique de l'u- » nivers, et que les bonnes actions » entraînent leurs récompenses avec » elles par des moyens qui sont mé- » caniques à l'égard du corps, quoi- » que ces punitions et ces récompey- » ses ne puissent pas et ne doivent.
» pas même toujours s'exécuter surn le-champ.
» Enlin, sous le gouvernement le » plus parfait de tous, il n'y a point » de bonne action sans récompense, » ni de mauvaise action sans châti- » ment ; et tout doit tendre au salut » des bons, c'est-à-dire de ceux qui, » dans ce grand royaume, sont con- » tents du gouvernement de Dieu, se » confient dans saprovidence, aiment, » imitent, comme il convient, l'au- » teur de tout bien, et tirent leur » bonheur de la vue de ses perfections, » suivant la nature de l'amour pur et » véritable dont l'essence est défaire » goûter du plaisir dans la félicité de » l'objet qu'on aime. Ainsi les per- ■» sonnes sages et vertueuses s'eifor- » cent d'exécuter tout ce qui paraît » conforme à la volonté, de Dieu, an- » técédente et présomptive, et néan- » moins acquiescent pleinement à » tout ce qui arrive par sa volonté » secrète, conséquente et décisive ; » parce qu'elles ne doutent point que, » si l'ordre de la nature était suffi- » samment dévoilé à nos yeux, nous » verrions que tout est infiniment » au-dessus de ce que pourrait dési- » rer l'homme le plus sage, et qu'il » est impossible de concevoir rien de » meilleur par rapport à l'univers » en général, et même par rapport » à nous en particulier; pourvu toute- » fois que nous adhérions, comme il
» est juste, à l'auteur de tontes choses, » non-seulement comme à l'architecte » et à la cause efficiente de notre es- » sence, mais encore comme à notre » maître età notre cause finale, comme » à l'être qui seul peut remplir noa » vœux, seul peut nous rendre heu- » reux. » (Optim., t. II, part. 1, p. 28.
Traduct. de l'abbé Emery.)
« Voici Malebranche : « Il faudrait » examiner quelle a dû être, la pre- » mière impression de mouvement » par laquelle Dieu a formé, toat » d'un coup, l'univers pour un cer- » tain nombre de siècles, car c'est là, » pour ainsi dire, le point de vue d'où » je veux vous faire regarder et ad- » mirer la sagesse infinie de la Pro- » vidence sur l'arrangement de la » matière... »
o Que le premier pas de la con- » duite de Dieu, que cette première » impression de mouvement renferme » de sagesse! que de rapports, que » de combinaisons de rapports! Ccr- » tainement Dieu, avant cette pre- » mière impression, en a connu clai- » rement toutes les suites et toutes » les combinaisons de ces suites ; non- » seulement toutes les combinaisons » physiques, mais toutes les cornbi- » naisons du physique avec le moral, » et toutes les combinaisons du na- » turel avec le surnaturel. Il a com- » paré ensemble toutes ces suites avec » toutes les suites de toutes les com- » binaisons possibles dans toutes sor- » tes de suppositions. Il a, dis-je, tout » comparé dans le dessein de faire » l'ouvrage le plus excellent par les » voies les plus sages et les plus di- » vines. Il n'a rien, négligé de ce qui » pouvait faire porter à son action le » caractère de ses attributs; et le » voilà qui, sans hésiter, se détermine » à faire ce premier pas. Tâchez de » voir où ce premier pas conduit.
» Prenez garde qu'un grain de ma- » tière, poussé d'abord à droite au » lieu de l'être à gauche, poussé avec » un degré de force plus ou moins » grand, pouvait tout changer dans » le physique, de là dans le moral, » que dis-je? dans même le surnatu- )> rel. Pensez donc à la sagesse in- » linie de celui qui a si bien comparé » et réglé toutes choses, que, dès le
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» premier pas qu'il fait, il ordonne » tout à sa fin, et va majestueuse- » ment, invariablement, toujours di- » yinement, sans jamais se démentir, » jusqu'à ce qu'il prenne possession » de ce temple spirituel qu'il a con- » struitpar Jésus-Christ, et auquel il » rapporte toutes les démarches de sa » conduite. » [Entre t. meta., entr. 10.) » Et après avoir dévoilé tous les détails de cette sagesse incompréhensible , le philosophe s'écrie :
« Que Dieu est admirable dans ses » œuvres! Que de profondeur dans » ses desseins: Que de rapports, que » de combinaisons de rapports il a » fallu comparer, pour donner à la » matière cette première impression » qui a formé l'univers avec toutes » ses parties non pour un moment, » mais pour tous les siècles! Que de » sagesse dans la subordination des » causes, dans l'enchaînement des » eifets, dans l'union de tous les » corps dont le monde est composé, » dans les combinaisons infinies, non- » seulement du physique avec le » physique, mais du physique avec » le moral et de l'un et de l'autre » avec le surnaturel.
»Si le seul arrangement de la ma- » tière, si les effets nécessaires de eer- »tainesloisdemouvementtrès-simples » et très-générales nous paraissent » quelque chose, de si merveilleux, » que devons-nous penser des di- » verses sociétés qui s'établissent et » se conservent en conséquence des » lois de l'union de l'âme et du » corps?Que jugerons-nous du peujile » juif et de la religion, et enfin de » l'église de Jésus-Christ? Que pen- » serions -nous de la céleste Jérusa- » lem, si nous avions une idée claire » de la nature des matériaux dont sera » construite cette sainte cité, et que «nous pussions juger de l'ordre du » concert de toutes les parties qui la » composeront? Car enfin, si, avec la » plus vile des créatures, avec la » matière, Dieu a fait un monde si » magnifique, quel ouvrage serait-ce » que le temple du vrai Salomon, » qui ne sera construit qu'avec des » intelligences ? C'est le choc des » corps qui détermine l'efficace des » lois naturelles; et cette cause occa-
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» sionnelle, tout aveugle et simple » qu'elle est, produit, par la sagesse » delà providence du créateur, une in- » finité d'ouvragesadmirables. Quelle » seradonc la beauté de la maison de » Dieu, puisque c'est une nature in- » tellige.nte, éclairée de la sagesse » éternelle et subsistant dans cette » même sagesse, puisque c'est Jésus- » Christ qui détermine l'efficace des » fois surnaturelles par lesquelles » Dieu exécute ce grand ouvrage? Que » ce temple du vrai Salomon sera » magnifique! ne sera-t-il point d'au- » tant plus parfait que cet univers, » que les esprits sont plus nobles que » les corps, et que la cause oecasion- » nelle de l'ordre de la gràceestplus » excellente que celle qui détermine » l'efficace des lois naturelles? Assu- » rément, Dieu est toujours sem- » blable à lui-même. Sa sagesse n'est • point épuisée par les merveilles » qu'il a faites. Il tirera sans doute » de la nature spirituelle des beautés » qui surpasseront infiniment tout » ce qu'il a fait de la matière. » Entret. meta, entret. 12.
« Il résulte de nos observations que ces derniers mots doivent s'entendre de la manière suivante :
Dieu n'est pas toujours semblable à lui-même en ce sens qu'il soit toujours ayant réalisé, en idée concrète, pas plus qu'en création substantielle l'omnia des possibles ; mais il est toujours semblable à lui-même en ce sens qu'il voit toujours tout dans la loi générale de l'être, veut faire toujours tout dans cette loi, et peut toujours tout en concrétion d'idées particulières et en création de particuliers, par l'efficace de sa volonté éclairée de celte vision de la loifaisant partie de lui-même ; c'est en l'entendant de la sorte que la créature a toujour raison d'espérer des manifestation de beautés nouvelles supérieures à tout ce qu'elle a vu.
«Sortons, pour finir, de ces dissertations particulières à un système à l'occasion duquel nous avons vu les trois premiers génies de notre grand siècle se jouer si maguifiquem< dans les eaux fortifiantes des source.-»
de la vie, et résumons en gros les appréciations de la droite raison sur
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la foi catholique exposée dans notre premier chapitre.
» Mettons-nous, par hypothèse, en dehors de cette foi, et voyons ce que deviennent aussitôt le vrai, le beau et le bien rationnels? Dieu n'est plus dans les créatures, ou bien il y est de telle sorte que celles-ci n'ont plus leur autonomie; c'est à l'un de ces excès qu'il faut recourir sur chacun des points de la foi que nous avons posés, si l'on ne veut pas rester dans les bornes prescrites. Or, dans L'un comme dans l'autre, tout le vrai dont nos instincts nous révèlent l'évidence, devient un amas confus dechimères; car si d'une part nous nous sentons des êtres autonomes, ayant notre existence propre, notre puissance propre, notre science propre, noire amour et notre liberté à nous , d'un autre côté, nous nous sentons plongés dans une autre autonomie qui ne dépend pas de nous, et qui nous domine ; dans une existence autre à laquelle nous nous rattachons comme l'algue au rocher qui ,1a retient, à l'onde qui la nourrit); dans une puissance universelle dont la nôtre s'alimente comme notre poumon s'alimente d'air, se remplit comme notre poumon se remplit d'air, et ne s'en remplit que par le ressort qu'elle tient de sa nature éternelle, comme notre poumon ne se remplit d'air que par suite du ressort dont l'air est investi ; dans une science dont la nôtre n'est qu'une participation, car comment concevoir telle ou telle connaissance s'il n'y a pas, en dehors de nous-mêmes, la connaissance de toutes choses ; enfin dans une liberté infinie d'amour et de haine qui se prête à la nôtre pour la constituer, et sans laquelle la nôtre ne s'expliquerait pas mieux qu'un rayon d'aurore sans soleil, qu'une partie sans tout, qu'un mouvement particulier sans mouvement général. Voilà le vrai qui naît avec notre raison, se développe avec elle, qui nous accompagne, nous enveloppe, nous suit jusqu'à la tombe.
Or ce vrai que nous sentons si bien, dont nous sommes nous-mêmes une révélation écrite en style qui vit, se remue, s'agite, se connaît et se rai-
sonne, il disparaît dans une négation désespérante, si Dieu n'est pas en nous par sa substance, par sa puissance, par sa science, par sa vie, par sa liberté, par sa providence, par sa prédestination éternelle, ou encore, s'il y est à tel point que nous ne soyons plus rien de différent de lui-même, si nous n'avons notre entité, notre puissance, notre science, notre liberté, notre amour, notre providence à nous et sur nous, dans la sienne et avec la sienne.
» Il en est de même du beau, qui est inséparable du vrai, puisqu'il en est la génération splendide, la parole émanente, aussi ancienne et toujours aussi jeune. Que devient-il, ce beau, si la relation catholique du créateur avec la créature est brisée, soit par absorption soit par schisme de cette dernière? que chantera le poète?
que peindra l'artiste? Le type de la beauté a cessé d'être senti, entrevu, poursuivi, comme un but distinct de ce qui est déjà, ou comme un but vers lequel une corde de traction est tendue. Plus d'échelle de Jacob entre la terre et le firmament, puisque le firmament se confond avec la terre, ou qu'il s'en sépare par un abinie ténébreux sans une rampe qui aide à le franchir. Le rayon de lumière qui vient du soleil à notre œil, et qui est le sentier par où notre âme remonte au soleil s'est éteint. Plus de ces beautés d'un monde invisible, et visible aux esprits, dont l'aspect nous met en extase. Plus de visions pour le prophète. Le peintre n'a plus de songes aux tableaux éclairés par de mystiques flambeaux; la musique n'entend plus, dans le silence des nuits, les angéliques concerts ; le grand fil de l'art est à jamais rompu ; la lyre grince ; le vers s'étiole ; la voix se dessèche; l'éloquence n'a plus d'enthousiasme; l'architecture s'accroupit sur la terre; il ne reste à dévorer pour l'art que quelques sensations inexplicables aussitôt mortes que nées, mais qu'il mangera encore, dans sa peur de mourir, comme le voyageur des pèles à qui il ne reste que la mousse des rosiers, jusqu'à ce qu'il succombe de maigreur, ou qu'il se décide à courir
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redemander la vie aux régions du jour et de la chaleur, dont la foi montre à tout venant les portes ouvertes.
» Et le bien, que devient-il ? Le bien dont la créalure n'est pas le bien sans la possibilité du mal; si donc cette possibilité est enlevée par l'introduction d'une philosophie quelconque menant au fatalisme, il devient lui-même l'indifférence éternelle des choses, le néant dans l'être; ce qui est une négation plus inconséquente que la négation de tout. Et si, d'un autre côté, la nécessité de Dieu, dans la créalure à tous les titres, à titre de moyen comme à titre de but, est ellemême niée par une philosophie d'indépendance, le bien n'est plus, parce qu'il n'a plus de raison d'être en tant que distinct du mal, toute sa raison n'existant, dès lors, que dans la loi capricieuse de la créature qui a la prétention absurde de le créer de rien.
Dire que Dieu le fait par un pur caprice serait déjà le détruire; à combien plus forte raison sera ce neutraliser, dans nos mondes, le bien et le mal, en les identifiant, si l'on ôte Dieu du monde, soit dans sa grâce, soit dans sa possession, comme nécessité éternelle que lui-même ne saurait violer non plus que s'anéantir?
Voilà toute notion et toute raison du bien qui disparaissent si les limites de la foi sont dépassées soit dans le sens de l'intlnence nécessitante de Dieu sur nous, soit dans le sens de notre liberté pouvant se passer de Dieu.
Nous ne sommes plus, dans les deux suppositions, que des bêtes féroces n'ayant d'aulre loi que celle du plus fort, d'autre espérance que celles de la tyrannie et de l'esclavage se succédant comme les vagues aveugles du rivage dans le cahos de la tempête (1).
(1) On pourrait penser que, dans co morceau, nous allions nous-niéme au delà des limites de cette modération raisonnable que nous nous imposons dans quelques autres, par exemple, au mot Elimikatioh de l'absolu, où nous accordons qu'un philosophe athée peut être un bon moraliste en prenant pour son premier point de départ l'es évidences morales rationnelle», ,-t bâtissant sur elles tout son édifice, sans s'occuper do remonter jusqu'à la cause. Celui qui en jugerait de la sorto no nous comprendrait pas : Ici nous parlons du sysléino logique complet qui «te lu cause et suit sa filière
Dieu puissant, ô Dieu sage, ô Dieu bon, ô Dieu, loi suprême de tous les êtres, reste avec nous, toi en nous et nous en toi ! laisse-nous notre liberté pour te bénir, t'aimer, te chercher de plus en plus ! et que des millions de globes qui composent ce monde comme des millions d'univers plus grands et plus petits que celui dont nous apercevons quelques étoiles, s'élèvent vers toi la prière, l'adoration, l'espérance, l'hommage des arts, des religions, des sciences, des philosopbies ! voilà le beau, voila le bien, voila le vrai ! fia ne sont point ailleurs, et, ne se trouvant que là, ils se trouvent, en même temps, dans les enceintes de la foi chrétienne. »
Le Noir.
sans aucune solution de continuité ; oui, avec ce système, tout s'écroule, le bien et la morale comme le reste ; et, dans ce sens, il n'y a point de morale indépendante. Dans les autres passages, nous parlons de celui qui ne nie ni n'affirme la cause, ne s'en occupe point, prend pour base les évidence» morales, et sans y ajouter ni l'affirmation de Dieu qui les confirme et y est implicitemut supposée, ni la négation de Dieu qui les détruit implicitement, construit son édifice de la morale, en lai-sant la reste à faire aux logiciens de l'ontologie ; celui-là peut être un bon moraliste ; et c'est pour cette raison sans doute que Proudbon, qui voulait absolument conserver la morale, n'a fait qn'eliminer la question de Dieu ; il s'est gardé de faire à cette question une réponse formellement négative.
Supposez trois acrobates faisait de la gymnastique le long d'une corde à nœuds. Le premier monte jusqu'à la poutre qui soutient la corde, examine le boulon qui la tient, vérifie la solidité et fait, ensuite, ses exercices d'acrobate du bas en haut et du haut en bas, avec pleine assurance. Le second n'a pas le courage de monter jusqu'au haut ; il se fixe, dans la longueur, un espace donné, le long duquel il fera ses exercices, n'ayant jamais l'audace de dépasser le point, ou ne voulant pas le dépasser. Si, par le fait, leboulon de suspension est solide, celuilà, pour ne pas aller jusqu'à l'origine, n'en fera pas moins de bonne gymnastique ; il en élimine seulement la question de suspension qu'il ne vent pas résoudre. Mais le troisième, qui ne manque pas d'audace, escalade la corde à nœuds jusqu'au boulon suspenseur et jusqu'à la poutre dans laquelle ce boulon est lixé ; et que fait-il ? il l'arrache ; c'est en quoi consiste la négation formelle. Mais qu'arrive-t-il ? il tombe avec sa corde, j'allais dire avec sa morale.
Cette comparaison, qui rappelle la manière de Socrate dans les dialogues de Platon, pour instruire ses disi-iples, b'a pas besoin de plus ample développemaJt dans (ou application au théiste qui affirme, a „ sceptique qui refuse Je vérifier lo point d'appui, qui ne fait que 1 éliminer de son travail et à l'alh'-o proprement dit qui le nie, et tombe dans l'abîme avec sa morale. Cotte moral*: indépendante n'en est pas une,
La Nom (187*.)
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OPUSOPERATUM. Voy. Sacrement.
ORACLES, réponse de la Divinité aux interrogations qu'on lui fait.
Nous savons par l'histoire sainte que Dieu a daigné souvent converser avec les patriarches et leur révéler ce qu'ils avaient besoin de savoir ; ainsi nous voyons Abraham, Isaac,Rébecca son épouse, Jacob et d'autres saints personnages consulter le Seigneur et en recevoir des réponses. A leur tour, les polythéistes se sont llattés de pouvoir aussi consulter leurs dieux et en recevoir des 'réponses. Avant d'examiner ces prétendus oracles, il convient de parler de ceux qui ont été rendus aux Hébreux.
On en dislingue de quatre espèces.
1° L'inspiration intérieure, par laquelle un homme se sentait porté tout à coup à faire une action extraordinaire et contraire à l'ordre commun ; ainsi Phinées, petit-fils d'Aaron, fut, par un transport surnaturel, excité à punir de mort un Israélite qui péchait publiquement avec une Madianite; il est dit que ce zèle venait de Dieu, et le Seigneur le récompensa, Xum., c. 113, f. 11, Mais les critiques, qui ont imaginé que ce cas était commun chez les Juifs, et que cette conduite s'appelait le jugement de zèle, en ont imposé. Nous lisons, l.Rey., c. 10, y. 10, que l'esprit de Dieu tomba sur Saiil, et qu'il prophétisa dans une assemblée de
Frophètes. 2° Une voix du ciel que on entendait distinctement, et qui venait ou immédiatement de Dieu ou d'un ange envoyé de sa part. Dieu parla ainsi aux Hébreux sur le mont Sinaï ; il parlait à Moïse face à face, et souvent dans la nuée lumineuse qui couvrait le tabernacle. Une voix du ciel fut entendue au baptême de Jésus-Christ, à sa transfiguration, à la conversion de saint Paul, etc. 3° Le don de prophétie, sous lequel on comprend les visions et les songes prophétiques et le don de les interpréter; les exemples en sont fréquents dans l'Ecriture sainte. 4° Les oracles rendus par le grand prêtre, lorsqu'il avait consulté le Seigneur pour les intérêts de sa nation ou de quelques particuliers.
Nous avons commencé par observer que les oracles sont plus anciens que la loi de Moïse ; Dieu avait parlé, immédiatement à Adam, à Noé et à leurs enfants, au patriarche Abraham, à Isaac, à Rébecca son épouse, à Jacob son fils; il leur avait envoyé des visions et des songes qui leur apprenaient l'avenir ; il avait donné à Joseph le talent de les interpréter ; enli n r il lit entendre sa voix à Moïse dans le buisson ardent. Aucune de ces révélations ou visions prophétiques n'a eu pour objet de satisfaire la curiosité ni les passions de ceux qui les ont eues; souvent elles annonçaient des desseins de Dieu qui ne devaient s'accomplir jque plusieurs siècles après, mais auxquels les événements ont exactement répondu; il s'agissait du sort de la postérité des patriarches qui devaient former des nations entières; ces prédictions étaient nécessaires pour soutenir la foi des adorateurs du vrai Dieu, pour les confirmer dans so/i culte, et les préserver de l'aveuglement dans lequel leurs voisins commençaient à se plonger. Dieu multipliait ainsi les preuves démonstratives de sa providence, à mesure que le polythéisme faisait des progrès sur la terre. Des oracles dispensés avec tant de sagesse, portent avec eux l'empreinte de la Divinité.
Quelques écrivains ent pensé que les faux oracles des païens u'ébient qu'une imitation de ceux que Ltieu avait daigué accorder aux Hébreux; Spencer au contraire soutient, Dissert. G, sect. 3, que les oracles des païens sont les plus anciens ; que Dieu n'en accordait aux Hébreux que pour prévenir le désir qu'ils auraient eu de recourir à ceux des païens, et à cause de l'habitude qu'ils en avaient contractée en Egypte; mais il a trèsmal prouvé son opinion. Il n'a pu citer en faveur de l'antiquité des oracles du paganisme que le témoignage d'Hérodote, et cet historien n'a vécu que mille ans après Moïse.
Celui-ci, mieux instruit qu'Hérodote, n'a rien dit des oracles de l'Egypte, et l'on ne prouvera jamais qu'il y en ait eu au temps de la servitude des Israélites. Moïse suppose à la vérité,
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dans ses lois, qu'il y avait chez les Chananéens des devins, des astrologues, de prétendus prophètes, puisqu'il défend aux Israélites de les consulter ; mais il atteste en même temps que Dieu avait rendu de vrais oracles aux patriarches dans les premiers âges du monde. Il rapporte, Gen., C. 25, f 22, que Rébecca, grosse de deux enfants, alla consulter le Seigneur; qu'il lui répondit, et lui annonça la destinée de ces deux jumeaux; il y avait donc dès lors des lieux où l'on pouvait consulter Dieu, et des moyens pour en obtenir des réponses : c'était 130 ans avant l'entrée des Israélites en Egypte, c. 47, f 9.
Il est certain que les hommes, naturellement curieux, ignorants, craintifs, impatients dans leurs peines et leurs besoins, empressés de s'en délivrer, n'ont pas eu besoin de modèles pour se faire des oracles, ni des imposteurs pourètre trompés; le hasard a suffi. Une voix entendue de loin dans un lieu désert, un bruit qui semble articulé, l'écho qui retentit dans les rochers, dans les cavernes, dans les forêts, les divers aspects des astres, le cri, les attitudes, les mouvements inquiets des animaux, ont été pris par les peuples imbéciles pour des «gnes de la volonté du ciel, pour des pronostics de l'avenir, pour des oracles. Les Hébreux, non contents des moyens par lesquels Dieu daignait les instruire, allaient encore consulter les dieux des païens, interrogeaient les morts, etc. Saùl inquiet sur son sort futur et sur celui de son armée, fâché de ce que Dieu ne lui répondait en aucune manière, alla consulter la magicienne d'Endor.
I Reg. c. 28, f G.
La question est de savoir si les oracles des Hébreux étaient aussi vains et illusoires que ceux des païens, si c'était une source continuelle d'erreurs, si c'était un artilice inventé par les prêtres pour en imposer au peuple, et pour dominer avec plus d'empire. C'est l'opinion qu'en ont les incrédules ; ont-ils raison ?
1° Nous convenons que les inspirations intérieures étaient sujettes à l'illusion ; un homme passionné se
croit facilement inspiré; mais les exemples de cette espèce d'oracles sont très-rares dans l'histoire sainte.
Quand il est dit d'un personnage que l'esprit de Dieu tomba sur lui, cela ne signifie pas toujours qu'il fut divinement inspiré, cela ne désigne souvent qu'un transport subit et violent de colère ou de courage. Les prêtas ne pouvaient avoir aucune part à cette inspiration bonne ou mauvaise.
2° Lorsqu'une voix se faisait entendre du ciel, l'illusion ne pouvait y avoir lieu; par quel prestige Moïse aurait-il pu faire retentir au sommet du mont Sinaï le bruit du tonnerre, le son des trompettes, une voix éclatante qui fût distinctement entendue par environ deux millions d'hommes?
Pouvait-il par quelque artilice y faire briller les éclairs et la flamme d'une fournaise, couvrir la montagne entière d'une épaisse nuée ? Exod., c. 19, f 16; c. 20, t 18. Le peuple, à la vérité, ne fut pas témoin de tous les entretiens de Moïse avec Dieu, mais il voyait distinctement briller sur letabernacle lanuée dans laquelle Dieu daignait descendre et parler à Moïse. Num., c. 12, f 5; c. 14, y 10, etc. Aaron et Marie sa sœur disaient:
Le Seigneur nous a parlé aussi bien qu'à Moïse, c. 12, f 2.
3° Lorsqu'un prophète annonçait des événements que la prudence humaine ne pouvait pas prévoir, surtout des choses qui ne pouvaient se faire que par l'opération surnaturelle de Dieu, et qu'on les voyait arriver à point nommé, ce don de prophétie ne pouvait pas être suspect. Il est dit, Num., c. 11, ^26, que Dieu prit une partie de l'esprit qui était dans Moïse, et en lit part à soixante et douze des anciens d'Israël, qu'ils prophétisèrent, et que Moïse n'en fut point jaloux : « Plût à Dieu, dit-il, qu'il » donnât son esprit à tout le peuple, » et que tous fussent prophètes ! »
f 29 Ce n'étaient ni des prêtres ni des lévites. La plupart des prophètes juifs n'étaient pas de race sacerdotale, et souvent ils ont fait aux prêtres de vifs reproches. Voy. Prophète.
4° La quatrième espèce d'oracles, qui étaient les réponses du grand prêtre, a beaucoup exercé les savants;
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ils ont disserté à l'envi pour découvrir de quelle manière il consultait le Seigneur et en recevait les réponses. Ils ont été arrêtés d'abord par la description que Moïse a faite d'un des ornements du grand prêtre, sans lequel ils ont supposé qu'il ne pouvait ni recevoir ni rendre les oracles.
Exod., c. 28, après avoir prescrit la matière et la forme de l'épliod, voyez, ce mot, Dieu dit à Moïse, f 15 :
• Vous ferez aussi un choschen mis- » phat, du même tissu que l'épliod, » et double, de forme carrée, de la » longueur et de la largeur d'une » palme ; vous y attacherez en quatre » rangs douze pierr.es précieuses en- » chassées dans de l'or, sur chacune » desquelles sera gravé le nom de «l'une des tribus d'Israël, f 19; » Aaron portera sur sa poitrine, dans » le ckosehen misphat, le nom des » douze enfants d'Israël, lorsqu'il » entrera dans le sanctuaire, pour en » faire toujours souvenir le Seigneur, » f 30 ; vous mettrez dans le choschen » misphat, urim et thummirn, qui se- » rontsur la poitrine d'Aaron, quand )> il se présentera devant le Seigneur, » et il portera ainsi sur son cœur le » jugement des enfants d'Israël devant » le Seigneur. » Dans le Lévitique, c. 8, ^ 8, il est dit que Moïse revêtit Aaron de ses habits sacerdotaux ; qu'il lui attacha le choschen dans lequel étaient urim et tltummim.W s'agit de prendre le vrai sens de ces mots hébreux.
La Vulgatc a traduit choschen misphat par le rationnel du jugement ; d'autres disent le pectoral du jugement. Pectoral convient très-bien à cet ornement, mais il faudrait savoir si le terme hébreu a quelque rapport à la poitrine. Suphat, sophet, sephat, suivant ladiversité de la ponctmi'ion, signiiie également juge, jugement, judieature, fonction et dignité déjuge.
Urim et thummirn sont rendus dans la Vulgate par doctrine et vérité, dans d'autres versions par lumière et perfection. Peut-être faut-il chercher un sens plus simple.
S'il nous était permis de hasarder notre avis après celui de tant d'habiles kébraïsants, nous dirions que, chos-
chen signiiie symbole, marque, signe distinctif d'une dignité; que choschen misphat exprime symbole de la qualité de juge. Urim et thummirn sont à la lettre et selon la tournure hébraïque, des brillants parfaits, des pierres précieuses et brillantes, travaillées, enchâssées et arrangées en perfection. Nous traduirions donc ainsi, sans aucun mystère, le texte sacré : « Vous » ferez aussi l'ornement du juge du » même tissu que l'épliod, de telle » manière, etc. Aaron portera ainsi » sur sa poitrine, dans le signe dis- » tinctif du juge, le nom des douze » enfants d'Israël... Vous mettrez dans » cet ornement des brillants de la plus » grande perfection, qui seront sur la » poitrine d'Aaron... et il portera i) ainsi toujours sur son cœur \e.sym- » bole de juge des enfants d'Israël » devant le Seigneur. » Cette version est simple, elle ne laisse aucun embarras. On ne sera pas étonné, sans doute, de voir chez les Hébreux le premier magistrat caractérisé par un pectoral chargé de pierreries, pendant qu'il l'est chez nous par un mortier, qui est la ligure d'un ancien bonnet.
Mais à quelles conjectures ne se sont pas livrés les plus fameux critiques ?
Spencer, Prideaux, les auteurs de la Sgnopse, Le Clerc, les commentateurs de la Bible de Chais, etc., ont enchéri les uns sur les autres; subjugués par les visions des rabbins ils se sont copiés, et ont cherché des difficultés où il n'y en a point.
lo Ils ont supposé que le grand prêtre ne pouvait «onsulter le Seigneur sans avoir son pectoral, et l'Ecriture n'en dit rien. Dans les livres de Josué et des Juges, où nous lisons que le Seigneur fut souvent consulté, il n'est parlé ni du pectoral ni d'urim et thummirn; il n'en est plus question hors de l'Exode et du Lévitique. Le grand prêtre devait être revêtu -de ses habits sacerdotaux, pour se présenter devant le Seigneur dans le Sanctuaire, et non ailleurs; or Dieu fut souvent consulté hors delà. I Reg.,c. 23, f 9, et c. 30, f 1, David voulant interroger le Seigneur dit seulement au prêtre Abiatbar, appliquez l'épliod ; et cela peut signifier également, mettez-le sur vous ou sur moi; il y avait
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des éphods de lin, très-différents de celui du grand prêtre.
2° Plusieurs ont imaginé que urim et thummim étaient des choses distinguées du pectoral, peut-être une inscription brodée ou attachée à cet ornement; que c'est par là que le grand prêtre interrogeait le Seigneur, et que Dieu répondait. D'autres ont dit que le grand prêtre se tenait debout devantle voile du sanctuaire, derrière lequel était l'arche d'alliance, et qu'il en sortait une voix articulée qui répondait. C'est dommage que toutes ces belles choses ne soient fondées sur rien, et que l'Ecriture n'en dise pas un mot. Il est seulement dit, Josue, c. 9, y 14, que les anciens d'Israël n'interrogèrent point la bouche du Seigneur avant de traiter avec les Gabaonites ; mais on sait que la bouche ou la parole du Seigneur ne signifie souvent que l'inspiration reçue de Dieu par un prophète, sans lien décider sur la manière dont il l'a reçue.
3° Spencer, dans une longue dissertation sur ce sujet, a poussé le ridicule jusqu'à prétendre que urim et thummim étaient deux petites idoles ou statues renfermées dans la doublure du pectoral, et qui répondaient au grand prêtre lorsqu'il les interrogeait. Il a oublié sans doute que Dieu avait sévèrement défendu toute espèce d'idoles ou de statues. Dieu a-til fait un miracle contre sa loi pour en animer et en faire parler deux, et autoriser ainsi l'idolâtrie parmi son peuple ? Nous passons sous silence l'absurdité qu'il y aurait eu à nommer urim et thummim deux petites idoles.
S'il nous fallait relever toutes les inepties qui ont été écrites à ce sujet, nous ne Unirions jamais. Cet exemple suffit pour nous convaincre que les critiques protestants, qui se croient beaucoup plus habiles que les Pères de l'Eglise dans l'intelligence de l'Ecriture sainte, nesontpas eux-mêmes des oracles infaillibles, et qu'il y a souvent moins de justesse que de témérité dans leurs conjectures.
Nous avons beau chercher de quelle manière les prêtres juifs pouvaient abuser des oracles pour subjuger le peuple et pour le tromper, l'histoire
n'en fournit aucun exemple, quoiqu'elle fasse assez souvent mention des désordres dans lesquels il sont tombés ; aucun d'eux n'a été mis au rang des faux prophètes. Les incrédules, qui les accusent par pure malignité, ignorent une multitude de faits qui pourraient servir à les détromper. Souvent l'on ne s'est pas adressé au grand prêtre, dans les occasions mêmes où il s'agissait des plus sérieux intérêts de la nation, comme de faire la paix ou la guerre, de poser les armes ou de combattre ; et nous ne voyons rien qui témoigne que les particuliers étaient dans l'usage de prendre l'avis des prêtres dans leurs propres ^affaires. Josué, qui n'était pas prêtre, mais chef du peuple, consultait lui-même le Seigneur devant l'arche du tabernacle, Jos., c. 7, y 6 ; mais il négligea cette précaution dans l'affaire des Gabaonites, c. 9, y 14; cependant Dieu lui parlait immédiatement comme à Moïse, c, 20, y 1. Nous lisons, Jud., c 3, f 10, qu'Othoniel, neveu de Caleb, avait l'esprit de Dieu. Un ange vint de la part du Seigneur reprocher aux Israélites leurs prévarications, c. 2, y i. Un autre fut encore envoyé à ce peuple et à Gédéon, et communiqua son esprit à ce guerrier, cap. 6, y 1 1 , 22, 34. La même faveur fut accordée à Jephté, cap. H, y 29; à Manué, père de Samson, c. 13, f 3.
Le grand prêtre Phinées ne fut consulté qu'avant le deuxième combat contre les Benjamites, c. 20, y 28.
Dans ces différentes circonstances nous ne voyons pas que les prêtres aient eu beaucoup de crédit ni d'influence dans les affaires publiques, ils en eurent encore moins sous les rois. David consulta plusieurs fois le Seigneur, mais il n'est plus parlé de ces consultations dans la suite de l'histoire; lorsque Dieu daigna révéler ses desseins à Salomon, il ne se servit point du ministère des prêtres. Alors Dieu envoya une suite de prophètes, comme il l'avait promis, Deut., c. 18, y 15.
Nous n'avons donc pas à redouter la comparaison que l'on peut faire entre les oracles des Hébreux et ceux des païens, ni que l'on parvienne à
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prouver que les premiers, aussi bien que les autres, étaient des illusions, des impostures et un artitice des prêtres. Puisque Dieu prodiguait les miracles en faveur de son peuple, il n'est pas étonnant qu'il lui ait aussi accordé des oracles. Ceux-ci n'avaient rien d'indécent, on ne les consultait point sur des questions ridicules ni sur des desseins criminels, ils n'ont trompé personne, ils n'étaient ni captieux ni ambigus, on ne les achetait point par des .présents, ils étaient rendus sans aucune marque de fanatisme ni de trouble d'esprit; il n'en est presque aucun de ceux que l'on a vantés chez les païens dans lequel on ne découvre tous les défauts contraires. Cependant plusieurs anciens philosophes ont eu confiance aux oracles qui étaient consultés de leur temps ; Socrate en particulier trouvait bon qu'on les consultât en matière de religion. Plat., de Legib., 1. 5. Voyez Devin 7 .
On nous dira, sans doute, qu'en soutenant la divinité des oracles de la nation juive, nous travaillons à entretenir la crédulité des esprits faibles, et la vaine confiance qu'ils ont eue aux pronostics. Cela n'est pas plus vrai qu'il ne l'est qu'en défendant la réalité des miracles de l'ancien Testament, nous autorisons la croyance des {aux prodiges dont on amusait le peuple chez les païens.
La manière dont Dieu conduisait son ancien peuple était évidemment surnaturelle et miraculeuse ; elle était nécessaire dans ces temps-là, eu égard à l'enfance du genre humain; elle n'a pas été inutile, puisqu'elle a conservé sur la terre la connaissance et le culte du vrai Dieu. Depuis qu'il a daigné nous instruire par Jésus- Christ, et conduire par l'Evangile la raison humaine à sa perfection, nous n'avons plus besoin des leçons élémentaires ni des soutiens de l'enfance. Gai., cap. 4, f 3. Le seul oracle cjue nous avons à consulter est l'Eglise ; notre divin Maître l'a chargée de nous enseigner. Or l'Eglise a sagement proscrit tous les moyens superstitieux par lesquels la curiosité humaine voudrait savoir ce que Dieu n'a pas voulu nous découvrir.
C'était le faible ou plutôt le crime des païens ; de là le grand nombre d'oracles dont l'histoire fait mention.
Le plus célèhre chez les Grecs était celui de Delphes ; on venait des pays les plus éloignés pour le consulter; les plus grands philosophes, tels que Socrate et Platon, paraissent y avoir eu confiance; dans la suite les éclectiques ou nouveaux platoniciens en firent un trophée contre le christianisme, les réponses desjorfflcte étaient une des principales preuves qu'ils alléguaient en faveur du paganisme.
Personne n'est tenté aujourd'hui de croire qu'il y avait quelque chose de divin dans ces oracles si vantés ; mais la question est de savoir si c'étaient des prestiges du démon ou seulement une fourberie des prêtres et des autres ministres de la religion païenne. Cette question a été traitée savamment sur la lin du siècle passé et dans le nôtre. Van-Dale, médecin fameux en Hollande, mort en i'iOS, avait fait une dissertation pour soutenir que les oracles des païens étaient une pure fourberie ; elle fut abrégée et traduite en français par Fontenelle, qui la rendit beaucoup plus séduisante qu'elle n'était ; tout le monde connaît son Histoire des oracles. Le père Baltus, jésuite, en fit la réfutation; il est à présumer que ses raisons parurent solides : aucun savant de réputation ne lui a répliqué.
Mosheim, dans ses Notes sur Cudworth, t. 2, c. 5, § 8!t, après avoir comparé les raisons pour et contre, juge que ni l'un ni l'autre de ces deux sentiments n'est invinciblement prouvé. A la vérité, les défenseurs de Van-Dale ne manquent pas de raisons plausibles; ils ont observé, 1° que la plupart des oracles étaient conçus en termes ambigus, et ne pouvaient pas manquer de se trouver vrais dans un sens ou dans un autre; 2° qu'ils ne prédisaient pas des événements fort éloignés, et sur lesquels il fût impossible de former des conjectures; 3° que souvent ils se sont trouvés faux. Après avoir dévoilé toutes les supercheries dont on a pu se servir pour tromper ceux qui consultaient les oracles, ils ont conclu
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que ce qui est arrivé cent fois a pu arriver de même dans tous les cas.
Ils disent que jusqu'à présent l'on n'a pas encore pu citer un seul exemple bien constaté d'un oracle exactement accompli, et dont l'événement n'ait pas pu être naturellement prévu. A tous ceux que l'on a recueillis dans les relations anciennes ou modernes, ils ont répondu ou que le fait'n'est pas suffisamment prouvé, ou qu'il y a exagération dans les circonstances, ou que la véritication s'est faite par hasard.
Quand on leur objecte le sentiment des Pères de l'Eglise qui ont attribué les oracles au démon, ils répondent que ces écrivains respectables ont été souvent trop crédules, qu'il leur a paru plus court d'attribuer à l'esprit infernal toutes les merveilles citées par les païens, que d'entrer dans la discussion de tous les faits, de toutes les circonstances, de tous les témoignages.
Mais, d'autre part, ils ne prouveront jamais que le démon ne peut connaître aucun événement futur ni le découvrir aux hommes ; que sur ce point ses connaissances sont aussi bornées que les nôtres. Ilsne peuvent pas démontrer qu'il est plus indigne de Dieu de permettre que les hommes soient trompés par les prestiges du démon, que de souffrir qu'ils le soient par des imposteurs rusés et adroits Or, tant que l'impossibilité de l'intervention du démon ne sera pas prouvée, la multitude des supercheries faites par des imposteurs ne prouvera pas que jamais le démon n'en a fait aucune. 11 est donc impossible de réfuter démonstrativeuii'Ut l'opinion de ceux qui soutiennent que cet esprit de ténèbres y est souvent intervenu. L'Ecriture sainte nous apprend que Dieu a quelquefois permis à l'esprit de mensonge de se loger dans la bouche des faux prophètes, pour tromper des rois méchants et impies, III Reg., c. 22, y 22. A plus forte raison Dieu peut lui permettre de dire quelquefois la vérité, pour tromper d'une autre manière.
Une autre question estde savoir si Dieu, sans blesser aucune de ses per-
fections peut révéler lui-même l'avenir à des païens, à des infidèles, et les mettre ainsi en état de le faire connaître aux autres. Pour prouver qu'il le peut et qu'il l'a fait, il ne • servirait à rien de citer les exemples de Balaam, de Gaïphe, des prophètes avares dont parle Michée, cli. 3, f 1 1 ; ceux que Jésus -Christ menace de réprouver au jugement dernier, etc.
Ces personnages n'étaient pas des païens, ils connaissaient le vrai Dieu.
Mais dans le livre de Daniel, ch. 2, y l,etc, nous voyons le Seigneur envoyer à Nabuchodonosor, prince infidèle et idolâtre, des songes prophétiques, et lui révéler un avenir très- éloigné. On ne peut cependant en rien conclure en faveur des prétendus oracles des sibylles d'Orphée, etc., puisqu'il est prouvé que ce sont des écrits supposés. Voyez Sibylles.
Il serait encore plus ridicule d'attribuer à l'opération de Dieu les oracles du paganisme. Les motifs pour lesquels on les demandait, la manière souvent indécente dont ils étaient rendus, les profanations dont ils étaient accompagnés, la confirmation de l'idolâtrie qui en était le résultat, sont des raisons plus que suffisantes pour démontrer que l'opération divine n'y est jamais intervenue pour rien. Pour peu que les païens eussent voulu y regarder de près, ils en auraient facilement connu l'illusion; mais l'obstination des philosophes païens à les faire valoir, dut nécessairement augmenter l'aveuglement des peuples. Mosheim lui-même a fait toutes ces réllexions, et elles nous paraissent solides.
Bergier.
ORAISON, prière. Dans l'office divin, l'on distingue les oraisons d'avec les autres parties, d'avec les psaumes, les hymnes, les leçons, etc. Ce sont des prières ou des demandes adressées directement à Dieu, par lesquelles l'Eglise le supplie de nous accorder les biens spirituels et temporels, dont nous avons besoin. Elle les conclut toujours ainsi, parJcsus- Ckrist Xotre-Scigiieui; etc., afin de nous faire souvenir que toutes les grâces nous sont accordées par les
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mérites de ce divin Sauveur. Voyez Prière.
Bergiek.
ORAISON DOMINICALE, ou prière du Seigneur. C'est la prière que Jésus-Christ a enseignée de sa propre Louche à ses disciples, Matth., c. G, f 9; Luc, c. Il, f 2; on la nomme vulgairement le Pater.
Depuis le commencement de l'Eglise chrétienne, cette prière a toujours fait partie essentielle du culte public, elle se trouve dans toutes les liturgies, on la récitait comme aujourd'hui, non-seulement daus la consécration de l'eucharistie, mais encore dans l'administration du baptême ; c'était pour les nouveaux baptisés un privilège de pouvoir la dire dans l'assemblée des fidèles, et d'appeler Dieu notre père ; on ne l'enseignait point aux catéchumènes avant qu'ils n'eussent reçu le baptême. Les Constitutions apostoliques, un concile de Gironne, le quatrième concile de Tolède, ordonnent de la réciter dans l'oflice divin au moins trois fois par jour. Bingham, Orig. eccl., 1. 13, c. 7, § 4 et o.
Les Pères de l'Eglise les plus anciens, Origène, Tertnllien, saint Cyprien, dans leurs Traités de la Prière, ont fait les plus grands éloges de celle-ci ; ils l'ont regardée comme un abrégé de la morale chrétienne, comme le fondement et le modèle de toutes nos prières ; ils se sont donné la peine d'en expliquer toutes les demandes l'une après l'autre. Plusieurs auteurs modernes ont fait de même, comme Bourdaloue, dans le Recueil de ses Pensées; le père le Brun, dans son Explication des cérémonies de la Messe, t. 2, p. 534, etc.
D'autre coté, les incrédules ont fait leurs efforts pour y trouver quelque chose à reprendre. Les uns ont dit que Jésus-Christ n'en est pas le premier auleur, qu'avant lui cette formule était déjà en usage chez les Juifs : mais ils n'ont pu donner aucune preuve positive de ce fait, c'est une allégation hasardée de leur part.
Il serait singulier que l'on eut ignoré cette anecdote pendant les trois premiers siècles, et que l'on se fût ob-
stiné à attribuer à Jésus-Christ l'institution d'une formule qui était d'un usage journalier chez les Juifs.
Quelques autres ont soutenu qu'en disant à Dieu, ne nous induisez point en tentation, nous faisons injure à sa bonté souveraine, qu'il semble que Dieu soit capable de nous porter au mal et d'être la cause du péché. Mais ces censeurs téméraires donnent un faux sens au terme de tentation. Dans l'Ecriture sainte, tenter signifie seulement éprouver, mettre à l'épreuve l'obéissance, la fidélité, la vertu de quelqu'un : or, on peut l'éprouver autrement qu'en le portant au mal ; savoir, en lui commandant quelque chose de fort diflicile, ou en lui envoyant des afflictions : c'est en ce sens que Dieu tenta Abraham, Gen. t c. 22, f 1 ; que l'aveuglement de Tobie et les malheurs de Job sont appelés une tentation, Tob., c. 2, f 12. Lorsqu'il est dit, Deut., c. 6, f 16 : « Vous ne tenterez point le » Seigneur votre Dieu, » cela ne signifie pas, vous ne porterez pas Dieu au mal, mais vous ne mettrez point sa puissance et sa bonté à l'épreuve, en attendant de lui un miracle sans nécessité. La demande de l'oraison dominicale signifie donc : ne nous mettez point à des épreuves au-dessus de nos forces, mais donnez-nous les secours nécessaires pour les supporter. Voyez Tentation.
Dans la plupart des exemplaires grecs de saint Matthieu, l'oraison dominicale finit par ces mots : « Parce » que c'est à vous qu'appartiennent » la royauté, la puissance et la gloire » pour tous les siècles, amen. » Mais ils manquent dans plusieurs manuscrits très-corrects, aussi bien que dans saint Luc et dans la Vulgate.
Les protestants font un reproche à l'Eglise catholique de ne pas les ajouter au Pater, comme s'il était incontestable que ces paroles en font partie. S'ils y avaient vu quelque chose de. contraire à leurs opinions, ils n'auraient pas manqué de les supprimer.
Un anglais, nommé Chamberlayne, a fait imprimer en 1715, à Amsterdam, l'oraison dominicale, en cent cinquante-deux langues; un auteur
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allemand y en a encore ajouté quarante-huit, principalement des peuples de l'Amérique ; ainsi celte prière se trouve aujourd'hui traduite en deux cents langues.
B ERG 1ER.
ORAISON MENTALE, prière qui se fait intérieurement sans proférer des pajoles. On l'appelle aussi méditation et contemplation, ou simplement oraison; faire l'oraison s'entend de l'oraison mentale.
Elle consiste à se frapper d'abord l'esprit de la présence de Dieu, à méditer une vérité du christianisme, à nous en faire à nous-mêmes l'application, à en tirer les conséquences et les résolutions propres à corriger nos défauts, et à nous rendre plus fidèles à nos devoirs, soit envers Dieu, soit envers le prochain.
Sur ce simple exposé, il est déjà clair que cet exercice est l'âme du christianisme, c'est l'adoration en esprit et en vérité que Jésus-Christ a enseignée à ses disciples ; il est dit que lui-même passait les nuits à prier Dieu, Luc, c. 6, f 12 ; ce n'était sûrement pas à réciter des prières vocales. « Je prierai en esprit, dit saint » Paul, et dans l'intérieur de mon » âme. » I Cor., c. 14, y 15. Le prophète Isaïe disait déjà, c. 26, y 9 : « Mon âme élève ses désirs vers » vous pendant la nuit, et dès le » matin mon esprit et mon cœur se » tournent vers vous. » C'est ainsi que les saints ont passé une partie de leur vie.
Comme le plus grand nombre de nos fautes vient de la dissipation et de l'oubli des grandes vérités de la foi, nous serions sûrement plus vertueux, si nous étions plus occupés. « Nous avons péché, dit Jérômie, » nous avons abandonné le Seigneur; » la justice et la vertu se sont enfuies » du milieu de nous, parce que la » vérité a été mise en oubli, » c. 50, y 12. La science du salut est si importante et si étendue! est-ce trop d'y donner chaque jour quelques moments?
Nous ne devons donc pas être étonnés de ce que les Pères do l'Eglise ont fait des traités de la prière,
l'ont recommandée comme un exercice essentiel au christianisme, de ce que les auteurs ascétiques de tous les siècles ont fait tant d'élo"ges de' la méditation, de ce que les personnages les plus éminents en vertu l'ont regardée comme la plus douce et la plus consolante de toutes leurs occupations; une âme sincèrement pénétrée de l'amour de Dieu peutelle trouver de l'ennui à s'entretenir avec lui .
L'oraison est spécialement recommandée aux ecclésiastiques, et, sans ce secours, il est fort à craindre que toutes leurs fonctions ne soient mal remplies; elle est rigoureusement ordonnée aux religieux et aux religieuses par leur règle, et dans toutes les communautés régulières de l'un et de l'autre sexe, elle est faite en commun, au moins une fois par jour. On a multiplié les méthodes et les recueils de méditations, pour en rendre la pratique aisée et agréable.
Mais les ennemis de la piété ne pouvaient manquer de tourner cet exertùce en ridicule, de vouloir même persuader qu'il est dangereux. Ce n'est, dit-on, que depuis cinq cents ans que l'on a fait consister la dé-r votion à demeurer à genoux pendant des heures entières, et les bras croisés; cette piété oisive a plu surtout aux femmes, naturellement paresseuses et d'une imagination vive ; de là vient que tant de saintes des derniers siècles ont passé la meilleure partie de leur vie en contemplation, sans faire aucune bonne œuvre.
Si cp]a est, ce n'est donc que depuis environ cinq cents ans que les femmes sont devenues paresseuses et d'une imagination vive; ce phénomène serait singulier. Malheureusement l'on a aussi accusé de ces défauts les solitaires de la Thébaïde, de la Palestine et de l'Asie mineure, parce qu'ils méditaient aussi bien que les femmes; il faut donc que l'habitude de la contemplation soit plus ancienne qu'on ne le prétend.
L'on peut s'en convaincre en lisant les Conférences de Cassien, qui a vécu au commencement du cinquième siècle, mais surtout la neuvième. Saint Benoit, qui recommandait à ses re-
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ligieux. la lecture de ces conférences, forma sa règle sur ce modèle. Si l'on veut lire les traités d'Origène, de Tertullien, de saint .Cyprien, sur la prière, qui sont du troisième siècle, on verra qu'ils tendent à inspirer le goût de l'oraison mentale, encore plus que de la prière vocale. Les auteurs ascétiques des bas siècles n'ont rien dit de plus fort que ces anciens Pères.
Il est faux que les saintes religieuses, dont on blâme la contemplation, aient passéleurvie sans faire de bonnes œuvres; elles ont rempli exactement tous les devoirs de leur état, et ont été des modèles de toutes les vertus, de la charité, de la douceur, de la patience, de l'indulgenec pour les défauts d'autrui, de la mor-* tification, delà pauvreté évangélique, de la chasteté, de l'obéissance, de l'humilité ; cela se peut-il faire sans bonnes o:uvres?
On dit que la vie contemplative conduit à l'erreur et au fanatisme; témoins les faux gnostiques anciens et modernes, les beggards, les béguins; et dans le dernier siècle, les sectateurs deMolinos et les quiélistes.
A cela nous répondons que s'il y a eu des fanatiques parmi les contemplatifs, cela est venu de la mauvaise organisation de leur cerveau, et non de l'habitude de l'oraison mentale; il il y en a eu un plus grand nombre parmi ceux qui ne l'ont jamais faite.
Ce n'est pas cet exercice qui a inspiré aux incrédules leur fanatisme antichrétien et la haine qu'ils ont jurée à toute religion. L'on a reproché un grain de folie à plusieurs philosophes anciens et modernes ; faut-il en conclure que les méditations philosophiques sont dangereuses par ellesmêmes, et qu'il faut s'en abstenir ?
Nous sommes obligé de répéter, pour la centième fois, qu'il n'est rien de si saint ni de si utile dont on ne puisse abuser; qu'il faut blâmer l'abus et respecter la chose. Voy. Intérieur, Théologie mystique. Bergier.
ORALE (loi). Voyez Loi.
ORANGE (conciles d') {Théol. hist.
conc.) — Cette ville de Provence est célèbre dans l'histoire ecclésiastique
par deux conciles, dont le premier lut tenu en 441, dans l'église justinienne, par seize évoques dont faisaient partie saint Hilaire d'Arles et saint Euchère de Lyon. On y porta 30 canons sur la discipline, par exemple sur la pénitence, can. 1, 3, i, sur le droit d'asile ecclésiastique, can. S et 7, sur l'administration des sacrements, sur les rapports des évêques entre eux, sur les mariages des ecclésiastiques, can. 22 et 25.
« Le second concile d'Orange, dit M. Reusch, fut plus important. Il fut célébré en juillet 529, à l'occasion de la dédicace d'une église bâtie par Libère, préfet des Gaules. L'attention que -réveillaient les opinions semipélagiennes contenues dans les écrits de Faust de Riez détermina les évêques à se prononcer à ce sujet dans vingt-cinq canons. Ces canons sont textuellement pris dans saint Augustin. Les deux premiers parlent du péché originel ; la plupart des suivants, de la grâce. Il y est dit : a Le premier éveil de la foi au Sauveur, l'invocation de la grâce divine, le désir de la rémission des péchés sont déjà des effets de la grâce et des inspirations du Saint-Esprit (c. 3-5).
L'homme, par ses forces naturelles, ne peut rien penser ni choisir qui appartienne au salut; la grâce ne peut être méritée par rien et doit précéder toutes les actions méritoires (c. 6-8); de lui-même l'homme n'a quelepéché;lebienquefaitl'homme, c'est Dieu qui le fait par l'homme (c. 9). Ceux qui sont régénérés et les saints doivent incessamment invoquer le secours de Dieu pour persévérer dans le bien et parvenir à une bonne fin (c. 10). »
« Ces canons sont signés par Césaire, d'Arles, qui présidait, et treize autres prélats, et en outre par le préfet Libère et d'autres personnages considérés. Ils furent approuvés par une lettre du pape Boniface II, adressée en 530 à Césaire, et ont depuis lors obtenu une autorité dogmatique universelle dans l'Église. »
Le Noir.
ORANG-OUTAN ou OUTANG (1') (Théol.rnixt. scien. zool. ctanthrvp.) -~
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Ce mot signifie homme des bois; il appartient à la langue malaise :
orang, être raisonnable, homme, et outan, des bois. Linné avait nommé ce singe simia satyrus ; c'est celui des grands singes dits anthropomorphes, que l'on donne généralement comme ressemblant le plus à l'homme, et que Buiïon a donné comme tel ; le chimpanzé et le gorille sont ceux que l'on classe à sa suite sous ce rapport (V. Gorille.) Cependant Yorang-oatan présente trois grands caractères qui le font différer de l'homme beaucoup plus qu'un assez grand nombre de petits singes :
son angle facial n'est que de 33 degrés, et il descend, dans la série, sur ce point, jusques près du cynocéphale, qui n'a plus que le museau du chien; le saïmiri, petit singe à queue, ressemble beaucoup plus à l'homme pour la ligure, le sapajou également. Les jambes sont démesurément courtes et les bras démesurément longs ; quand l'animal cherche à se tenir debout, les mains de ses bras touchent à terre. Enfin, il possède beaucoup moins que d'autres singes, surtout parmi ceux qui sont à queue prenante, la station verticale, qui, du reste, est un des attributs les plus particuliers à l'homme.
C'est un animal essentiellement construit pour grimper, qui se tient toujours dans les arbres, et qui, quand il est à terre, a toujours ses membres postérieurs fléchis et 1ns mains de ces membres à demi fermées ; ces mains sont pourtant un peu plus allongées que les mains antérieures; elles prennent un petit commencement de ressemblance avec un pied, mais elles ne se posent que sur le bord externe et, dans la marche, l'animal s'aide de ses deux autres mains soit en les posant sur le sol, soit en les accrochant à quelque appui plus élevé. Au reste, il est absolument sans queue et n'a point de callosités; mais il n'a pas non plus de fesses à proprement parler, celte partie de son corps est très-réduite.
Sa face est nue, et porte des poils qu'on peut appeler de la barbe aux parties latérales des joues et au-dessous du menton. Le nez est très-
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aplati, la bouche très-fendue , et portée par un museau proéminent; elle est bordée de grosses lèvres qui se dilatent beaucoup en s'allongeant comme pour donner un baiser, ce qu'il fait souvent dans le jeune âge à celui qui le soigne et à son image devant une glace quand on lui en donne une pour l'amuser ; les mâchoires sont garnies de dents d'égale hauteur comme les mâchoires de l'homme; le menton est fixant; le front se relève assez dans la jeunesse, mais va en s'évasant à mesure que la bête grandit, et Unit par devenir presque nul, ce qui donne à cette face une physionomie très-prononcée de bestialité. Le corps est ventru et trapu ; il est couvert d'un poil rude peu serré qui, sur la tête, forme comme une chevelure noirâtre dirigée en avant, il parait que les orangs deviennent très-grands ; Clark Abel en décrit un adulte, qui avait l m 95 de hauteur, et qui était d'une force prodigieuse ; ils habitent les forêts les plus impénétrables de Bornéo et de Sumatra; ils s'y font des couches de branchages suspendues à sept ou huit mètres au-dessus du sol ; ils se nourrissent de fruits, et, parait-il, aussi d'œufs d'oiseaux qu'ils mêlent à des parties tendres de végétaux.
Ils sont peu connus quant à leurs mœurs, mais tout indique qu'ils sont très-brutaux quand ils sont grands.
Jusqu'à présent, on n'a pu réussir a élever, dans nos ménageries, un seul orang ; tous meurent au bout de quelque temps, ce qui fait qu'on n'a pu les étudier que trop jeunes. Nous venons de voir, au jardin d'acclimatation, les deux petits orangs qu'on essaie, en ce moment même d'y élever ; c'est un marin français qui les a rapportés de Bornéo et qui les soigne avec une sorte de dévouement de tous les instants; il nous a dit (30 juin 1874), qu'ilsont entre 14 et 15 mois. Nous avons passé quelques heures devant eux et bien observé leurs singeries, intrigué que nous avons été à leur sujet par les articles de nos journaux rédigés par des positivistes prétendant que l'homme n'est que Yorang perfectionné. Nous avonsconsiatèl'inesactitude de toutes
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ces relations. Ces jeunes animaux, assurément fort étranges, présentent tous les caractères que nous avons décrits plus haut. L'un des deux était malade, et soi gardien le tenait habillé dans ses bras comme un enfant ; il ne bougeait point et avait l'œil bon, quoique grave et un peu triste ; l'autre faisait de la gymnastique, en sa manière, après des trapèzes et des cordages disposés pour sa satisfaction ; il s'amusait parfois à déchirer un hochet d'osier ; il tirait un iil auquel était suspendue une boule-miroir, le mêlait et le démêlait en le passant comme une couturière par-dessus son cou, se regardait dans la boule -glace et s'y donnait des baisers, de temps en temps dévorait son morceau de pain. Le marin leur à appris à manger avec une cuillère. Si l'on compare ces bêtes à des enfants de leur âge, il n'y a aucune comparaison à établir comme développement ; autant l'enfant est misérable comme instinct, autant le petit singe est dégourdi; l'un sera tout ce qu'il n'est pas, et tout ce qu'il annonce devoir être ; l'autre est tout ce qu'il sera, les forces musculaires mises à part. La seule chose qui fait qu'on trouve de la ressemblance entre ces bêtes et l'homme, c'est qu'elles ont, comme lui, des mains et des bras, propres à faire des mouvements, qui, étant inspirés par l'instinct de. la conservation commun à tous les animaux et à l'homme, deviennent semblables à ceux de l'homme. On met aux deux petits singes, dont le mâle s'appelle Jacques et la femelle Jeannette, des bonnets et des vestes pour les protéger contre les courants d'ak'. Celui qui se porte bien en ce moment, Jeannette, (dimanche 30 juin) est tranquille et fait lentementses ascensions aux trapèzes et aux cordages ; mais nous avons vu, en un moment, se révéler son instinct féroce par une révolte contre son gardien, auquel il a voulu arracher une bouteille contenant l'eau de riz qui leur sert de boisson ; ils'est mis à crier fort et à faire la grimace ens'agitant contrelui et s'accrochant a son vêtement; le gardien a pris une corde en guise de fouet et lui
en a donné des coups ; puis la paix s'est faite ; il L'a pris d.ms son bras gauche, le droit étant occupé par le malade qu'il tenait toujours, et ils se sont réciproquement donné un baiser. Quand cette bète sera grande, si elle vit, elle sera méchante. On no voit chez elle aucune apparence de raison ; ce qu'on y trouve se borne à ce qu'on trouve chez tous les animaux bien développés, à savoir le sentiment, ainsi que nous l'avons dit dans notre premier article, su: 1 la voyelle A, et il ne manque pas d'animaux qui manifestent cette vie-sentiment à un degré beaucoup plus profond, plus solide et plus parfait.
Tel est le chien dans son attachement pour son maître et dans tout ce qu'on lui fait faire ; tout singe est bien loin de l'égaler. Il est toutefois certains sentiments élevés qui paraissent réservés pour l'espèce humaine ; tel est celui de la pudeur qui n'existe chez les singes ni chez les chiens à aucun degré ; ils ne sont ni plus ni moins cyniques les uns que les autres ; les singes n'ont de plus que les chiens, sous ce rapport, que des formes plus rapprochées de la forme humaine. Mais dans les jeunes orangs dont nous parlons, l'éveil sexuel ne s'est pas fait encore. Ils n'ont pas, l'un et l'autre, un pied et demi de hauteur; s'ilsdoiventatteindreprès de deux mètres, ils en sont loin. Ils ne sont pas enjoués, ils ont le genre sérieux ; peut-être seront-ils un peu autrement lorsque, l'un et l'autre se portant bien, ils joueront ensemble (I).
On a dit, dans les articles de la presse, dont nous avons parlé qu'ils ont la station verticale, rien n'est plus faux ; qu'ils ont trois ans, pour y trouver un peu plus de comparaison avec nos enfants, ils n'avaient qu'un an quand ces articles ont paru ; que les orangs vivent quatre-vingts ans ; personne ne sait rien encore de
(1) Ce moment n'arrivera pas, car dous apprenons que Jacques, auquel le marin attribuait ua mal de dents, vient de mourir plitbisique. Ce matelot du Siridh, va dit-on, qnitter le climat de Paris et en ehereber un autre plus propice pour essayer de conduire à bonne fin son essai d'élevage de son oraug jusqu'à luge adulte, (lajuillut 1874.)
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la longueur de leur vie; qu'ils ont les mômes manières que nos enfants de leur âge, encore une fausseté, ils auraient plutôt les manières de vieux ; etc. etc. La seule chose vraie qui ait été dite, c'est qu'ils ont le pouce opposable aux autre-, doigts, il nous l'a semblé aussi, mais il en est de même, et mieux encore peut-être, de bien d'autres singes, et ce n'est pas sur une pareille vétille que nous fondons la différence entre le rè<me animal et le règne humain. Voyez Homhe.
Le Noir.
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ORARIUM. Voyez Etole.
ORATOIRE, lieu destiné à la prière; il y en a dans les campagnes et dans les maisons des particuliers. Un oratoire est différent d'une chapelle, en ce qu'il y a dans celle-ci un autel, et que l'on y peut dire la messe, au lieu que dans un oratoire il n'y en a point.
L'on a donné ce nom d'abord aux chapelles jointes aux monastères dans lesquelles les moines faisaient leurs prières et leurs exercices de piété avant qu'ils eussent des églises; ensuite i celles que des particuliers avaient chez eux pour leur commodité, ou qui étaient bâties à la campagne, et qui n'avaient point droit de paroisse. Dans le sixième et le septième siècles, on appelait oratoires les chapelles placées dans les cimetières ou ailleurs, qui n'avaient ni baptistère, ai office public, ni prètrecardinal ou titulaire; l'évêque y envoyait un prêtre quand il jugeait à propos d'y faire célébrer la messe.
D'autres avaient un cbapelain ou pré Ire titulaire, lorsque le fondateur 1 avait désiré, ou que le concours des iidèles le demandait Dans la suite plusieurs de ers gratavra ou chapelles, situées dans des hameaux, sont devenu ■ des églises paroissiales ou succursales, lorsque le noi»bre des habitants a augmentée Ii y avait aussi dan ce temps-là, comme à présent, des oratoires chez 1rs ermites et dans les maisons des particuliers.
Les rois et les princes n'ont jamais manqué d'en avoir, et le titre de
mailre de l'oratoire était une charge occupée par un prêtre; sa principale lonction était de réciter l'office divin avec le prince : aujourd'hui c'est un titre sans fonctions.
Le conciliabule de Constanlinople, tenu en 861 par Photius, défend dé célébrer la liturgie et de baptiser dans les oratoires domestiques; mais ce point de discipline est établi par des canons plus respectables que ceux de Photius.
On trouve encore, dans la plupart des provinces, des oratoires placés sur les grands chemins, et quelquefois au sommet des montagnes, afin que les voyageurs fatigués puissent s y reposer, et y faire leurs prières.
Voy. Chapelle.
Bergier.
ORATOIRE, congrégation des prêtres séculiers élablie en France Tan 16H parle cardinal de Bérulle, pour instruire les clercs et les écoliers. R la forma sur le modèle de celle de Rome, que saint Philippe de Néri avait élablie en ÎSS4, sous le titre de l'orato/re de Sainte-Marie en la Vallicelle; le cardinal de Béiullo nomma la sienne l'oratoire de Jésus, et il fut aidé par les conseils de saint François de Sales et du vénérable César ue Bus.
i Au mois de décembre 1(11 1, il obtint de Louis Xllf des lellres patentes qui furent enregistrées au parlement l'année suivante, avec cette clause :
« A la charge .le rapporter dans trois » mois le consentement de l'évêque, » auquel ils demeureront soumis : »
En £6*3, Paul V approuva et conlirma cet institut; dès ce moment la congrégation de l'oratoire se répandit et lut élablie dans plusieurs villes du royaume.
On ne peut pas en faire un élogo plus llaheur que celui qu'en a i'aiUe célèbre ISossuel, en parlant d'^ vertus de M. Boargoin, second supérieur général, en 1662. « Le cardinal de » Bertille forma une compagnie à la- » quelle il n'a point voulu donner » d'autre esprit que l'esprit même » de l'église, d'autres règles que les » canons, ni d'autres supérieurs que » les évêques, d'autres liens que la
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» charité, ni d'autres vœux solennels « que ceux du baptême et du sacer- » doce; compagnie où une sainte li- » berté fait le saint engagement, où » Ton obéit sans dépendre, où l'on » gouverne sans commander, où » toute l'autorité est dans la douceur, » et où le respect s'entretient sans le t> secours de la crainte; compagnie » où la charité, qui bannit la crainte, » opère un si grand miracle, et où, » sans autre joug qu'elle-même, elle » sait non-seulement captiver, mais » encore anéantir la volonté propre; » compagnie où, pour former de » vrais prêtres, on les mène à la » source de la vérité, où ils ont tou- » jours en main les livres saints, » pour en rechercher sans relâche la » lettre par l'esprit, l'esprit par l'o- » raison, la profondeur par la re- » traite, l'estime par la pratique, la » fin par la charité, à laquelle tout » se termine, et qui est l'unique tré- » sur de Jésus-Christ. » D'autres personnages très-respectables en ont parlé de même.
On peut dire, à la louange de cette congrégation, qu'elle est à peu près aussi pauvre aujourd'hui que dans le temps de son établissement, qu'elle n'a presque fait aucune acquisition, et qu'elle a toujours donné l'exemple d'un noble désintéressement. Elle a aussi donné à l'Eglise et aux lettres des hommes distingués, de grands prédicateurs, de savants théologiens, des écrivains très-habiles dans la critique sacrée et dans les antiquités ecclésiastiques, et de bons littérateurs. Il en est sorti d'excellents ouvrages. La plupart des membres qui l'ont quittai, après y avoir été instruits, ont conservé de l'estime et de l'attachement pour elle, et ont fait honneur à la république des lettres. Elle gouverne aujourd'hui environ soixante collèges et cinq ou six séminaires.
Les protestants mêmes n'ont pu refuser de rendre, à quelques égards, justice à cette congrégation; Mosheim en parle avec estime, et nomme plusieurs des savants qu'elle a produits ; mais il donne à entendre qu'elle fut formée par esprit de rivaliLé contre celle des jésuites, et que l'antipathie
entre ces deux sociétés célèbres a toujours été sensible. Malheureusement l'éloge qu'il fait de Quesnel et de son livre, et les torrents de bile qu'il vomit contre les jésuites, contribuent beaucoup à décréditer son jugement; la passion y perce de toutes parts. Hist. ecclés., dix-septième siècle, sect. 2, 1™ part., c. 1 , § 28 et 32.
Rergier.
ORATOIRES DES HÉBREUX. Les
anciens Hébreux, qui demeuraient trop loin du tabernacle ou du temple, et qui ne pouvaient pas s'y rendre en tout temps, bâtirent des cours sur le modèle de la cour des holocaustes, pour y offrir à Dieu leurs hommages ; elles furent nommées en grec icpocœiw^, prière ou oratoire.
I MachaL, c. 3, f 46, il est dit que pendant que la ville de Jérusalem était déserte, les Juifs s'assemblèrent à Maspha, parce qu'il y avait là autrefois un lieu de prière dans Israël. En effet, c'est à Maspha que Jephté parla aux députés de Galaad devant le Seigneur, Judith, c. 1 1, f 1 1 ; c'est là que les tribus s'assemblèrent devant le Seigneur, pour résoudre la guerre contre les Benjamites, c. 20, % i ; c. 21 , ^ 5. On s'y assembla encore sous Samuel, I Reg., c. 7, f 5, et pour l'élection de Saùl, c. 10, ^ 17.
Par là même on voit que ces oratoires n'étaient pas fort multipliés.
Saint Luc, c. G, f 12, dit que Jésus monta seul sur une montagne pour prier, et qu'il passa la nuit à prier Dieu ; quelques critiques traduisent,, il passa la nuit dans l'oratoire de Dieu.
Act., c. 16, f 3, il dit : « Le jour du » sabbat nous sortîmes de la ville, et « nous allâmes vers la rivière, où il » semblait que se faisait la prière, » f 16. Et pendant que nous allions » à la prière, etc. » npoOTuy^, disentils, signifie dans ces passages l'oratoire, et non la prière. Cela peut être.
Philon parle des oratoires d'Alexan drie, et dit qu'<is étaient accompagnés d'un bois sacré. Saint Epiphane nous apprend que les oratoires des ,1 uif's étaient des cours sans couvertures, semblables aux enclos que les Latins nommaient forum, et que les
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Samaritains en avaient un près de Sichem. Mais quand Juvénal dit, Sat. 3, f 13, que l'ancien temple et le bois sacré de la nymphe Egérie étaient loués à des Juifs, il n'ajoute point qu'ils en avaient fait un oratoire, cela n'est pas même probable ; et ce que le poète nomme proseucha, f 296, n'est pas un oratoire.
Dans toutes ces citations nous ne voyons rien d'assez positif pour en conclure, comme certains critiques, que les oratoires des Juifs étaient différents des synagogues, puisque Josèphe et Philon semblent les confondre. Il s'ensuit encore moins qu'ils étaient ordinairement placés sur des montagnes et accompagnés d'un bois sacré, que c'était la même chose que les hauts-lieux; ceux-ci sont condamnés constamment dans l'Ecriture sainte. Il n'y a aucune apparence que le sanctuaire du Seigneur, dont il est parlé dans le livre de Josué, c. 24, f 26, aient été un de ces oratoires ; c'était plutôt le tabernacle. Toutes ces conjectures de Prideaux nous paraissent très-hasardées. Histoire des Juifs, 1. 6, c. 4.
Bëiigier.
ORBIBARIENS, secte d'hérétiques qui firent du bruit vers l'an H 98.
C'étaient des vagabonds auxquels, selon les apparences, on donna le nom à'orbibariens, tiré du mot latin orbis, parce qu'ils couraient ie monde sans avoir aucune demeure fixe. Ils paraissent être sortis des vaudois.
Ils niaient la sainte Trinité, la résurrection future, le jugement dernier, les sacrements; ils croyaient que Jésus- Christ n'était qu'un simple homme et qu'il n'avait pas souffert; ils furent condamnés par Innocent III.
Comme ils étaient fort ignorants, on ne voit pas qu'ils aient subsisté longtemps. D'Argentré, Coll. Jud., tom. 1 ; Sponde, ad ann. 1192.
Bergier.
ORBIGNY (Alcide d') (Théol. hist.
Mog. et bibliug.) — Ce naturaliste français, né à Cueron (Loire-Inférieure), en 1802, et mort à Paris en 1857, fut le premier qui signala les foraminifères ; le mémoire qu'il pré-
senta à l'académie en 1824 sur ces êtres microscopiques encore inobservés jusque-là, émut vivement les savants. En 1826, il reçut du gouvernement une mission d'exploration de l'Amérique du Sud et passa huit ans dans ces contrées d'où il rapporta des milliers de choses nouvelles, par exemple, -10,000 espèces de plantes et d'animaux. Il fut ensuite professeur de paléontologie au muséum d'histoire naturelle. Il a lai -se :
Histoire générale et particulière des mollusques, 1834 ; Monographie des céphalopodes eryptodibr anches, 1839- 48 ; Voyage dans l'Amérique méridionale (Brésil, Uruguay, Patagonie, Chili, Pérou, etc,) 7 vol. gr. in-4", 1835-49; Galerie ornithologique ou Collection d'oiseaux d'Europe, in-4; 1836-39; Histoire générale et particulière des crinoîdes vivants et fossiles, in-4 ; 1 840-42 ; l'Homme américain considéré sous ses rapports physiques et moraux, 2 vol. in-8, 1840; Coquilles et Echinodemes fossiles de Colombie, recueillis par M. Boussingault, in-4, 1843 ; Paléontologie française, 14 vol.
in-8 ; avec plus de 1000 plans (inachevé), 1836-54; Cours élémentaire de paléontologie et de géologie stratigraphique, 3 vol. in-8; Prodrome de paléontologie, 3 vol. in-8; etc. On voit que les travaux de ce savant sont énormes.
Le Nom.
ORBIGNY (Charles d') (Théol. hist.
biog. et bibliog.) — Ce frère du précédent, né au même lieu en 1806, et aide naturaliste en 1835, au muséum d'histoirenaturelle,qu'iln'apas quitté, a publié :
Comme ouvrage principal, Dictionnaire universel d'histoire naturelle, avec la collaboration de 30 membres de l'Institut, 16 vol. in-8, 1839-49; Tableau synoptique du règne végétal, 1834; Description géologique des environs de Paris, 1 838 : Dictionnaire abrégé d'histoire naturelle, 1842; Tableau général des terrains et des couches du bassin parisien, 1849; Manuel de géologie, 1852; Géologie appliquée aux arts, aux mines et à l'agriculture, comprenant l'ensemble des révolutions du globe, in-8, 1855; etc. On voit que
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M. Charles d'Orbigny est principalement un géulogue.
Le Noir.
ORDERIC(OrdericusVitalis)(TV<j/.
liist. biog. et bibliog.) — Cet auteur ecclésiastique, né à Attingesham on Angleterre, mais qui adopta la Normandie pour sa seconde patrie, y avait été élevé au couvent de Saint- Evroult d'Ouche (Uticum), y avait été fait prêtre el s'y était acquis une grande vénération et une grande estime. Orderic estl'auteur d'un ouvrage intitulé Histofia ecclesiustka, en 13 livres dans lesquels il raconte surtout les faits et gestes des Normands en France, en Angleterre, en Italie et en Palestine. Il commence à la prédication de l'Evangile et va jusqu'en 1141, date à laquelle l'auteur avait 67 ans.
Le Nom.
ORDINAIRE (1') (Théol. pur. lois ccclés. hiévar.) — Ce mot a deux sens ; il signilie souvent l'évèque diocésain lui-même; c'est lui qui a t<*is les droits ecclésiastiques, sur les fidèles de son diocèse, jure ordinario; tous les autres prêtres tiennent de lui le droit d'exercer légitimement leurs fonctions spirituelles. Un coadjuteur, ou un évoque auxiliaire, n'est point l'ordinaire, ils n'exercent que moyennant autorisation de ïordinaire.
Mais on entend aussi, souvent, par l'ordinaire, le conseil ecclésiastique que s'est adjoint l'évoque pour l'examen et la décision des alfaires importantes (V. Official, et Vicaire Général.)
« En France, dit M. Permaneder, nous pouvons prendre pour modèle de l'organisation commune de l'ordinaire celle du diocèse de Paris.
» Trois vicaires généraux titulaires, archidiacres, l'uu de Notre-Dame, l'autre de Sainte-Geneviève, le troisième de S*nt-Denis, sont chargés des alfaires courantes de leur archidiaconé, et, en outre :
» Le premier, de ce qui concerne les hôpitaux et les hospices;
» Le deuxième, de ce qui concerne les prisons, les cimetières et les pompes funèbres;
» Le troisième, de ce qui concerne
les chapelles particulières et les saintes reliques;
» Un quatrième vicaire général honoraire, de ce qui concerne les œuvres et l'enseignement religieux dans les lycées, collèges et institutions.
» Le secrétaire général de l'archevêché, outre l'expédition générale des alfaires, la rédaction des actes, procès-verbaux, dispenses, lettres d'ordination, démissoires, etc., etc., est chargé des alfaires concernant les dons et legs faits aux fabriques et aux établissements religieux.
» L'ollicialilé métropolitaine est composée del'ofticial, d'un promoteur et d'un greffier.
» L'ollicialilé diocésaine est composée d'un officiai, d'un viee-ofticial et d'un promoteur, decinq assesseurs et d'un greffier.
» Le vice-oflicial est chargé de ce qui concerne les causes matrimoniales ;
» Le promoteur, de ce qui se rapporte aux prêtres étrangers et habitués. »
Le Noir.
ORDALIE ou ORDÉAL. Votj.
Epreuves superstitieuses.
ORDINAL. Les Anglais nommen' ainsi un livre qui contient la maniera de donner les ordres et de célébrer le service divin. Il fut composé après la prétendue réformation de l'Angleterre, sous le régne d'Edouard VI, successeur immédiat d'Henri VIII ; on le substitua au pontiiical et au rituel romain. Il fut, dit-on, revu par le clergé en 1K32, et le parlement y donna la sanction de son autorité, pour qu'il servit de règle dans tout le royaume.
Le père Lequien, le père Hardouin, Fernell, et les autres théologiens catholiques qui ont attaqué la validité des ordinations anglicanes, ont écrit que l'ordinal anglican était l'ouvrage de la puissance séculière.
Le père le Courrayer, qui a soutenu la validité de ces mômes ordimtions, s'est attaché à prouver que ce livre fut l'ouvrage du cl?rgé, que le roi et le parlement n'y eurent point d'au-;
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tre part que de l'autoriser pour qu'il eût force de loi; mais ces preuves n'ont pas demeuré sans réplique.
On sait de qui était composé pour lors le clergé d'Angleterre : d'hommes qui, en embrassant l'hérésie, avaient perdu tout pouvoir et toute juridiction ecclésiastique, dont la plupart pensaient que l'ordre n'est pas un sacrement, et qu'eux-mêmes n'avaient aucune puissance spirituelle que celle qu'ils tenaient du roi. La question est de savoir si la formule qu'ils ont établie, quelle qu'elle soit, peut avoir aucune force de conférer des pouvoirs spirituels en vertu de l'autorité séculière. Les théologiens catholiques soutiennent que non, que celte formule d'ailleurs est insuffisante : le père Le Courrayer n'a pas prouvé le contraire. Voyez Anglican.
Beugier.
ORDINAND, homme qui doit recevoir les ordres. On voit, par les divers monuments de l'antiquité, avec quel soin l'Eglise voulait que les ordinands fussent examinés. Dès le troisième siècle, Tertullien et saint Cyprien ; dans les suivants, saint Basile, saint Léon et d'autres Pères, en rendent témoignage, et cela est prouvé par les canons de plusieurs conciles. Cette discipline parut si sage à l'empereur Alexandre Sévère, qu'il voulut quelle fût observée à l'égard des gouverneurs des provinces. Lampride, In Yita Alex. Sev.
L'examen concernait non-seulement la foi et la doctrine, mais encore les mœurs et la condition des ordinands. On excluait des ordres tous ceux qui étaient suspects d'hérésie, ceux qui avaient été soumis à la pénitence publique, ceux qui étaient tombés dans les persécutions, qui étaient coupables de quelque grand crime, comme d'homicide, d'adultère , d'usure , de sédition , de s'être mutilés eux-mêmes, s'ils l'avaient commis depuis leur baptême; ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques, ou qui souffraient que quelqu'un de leur famille persévérât daiiB li' paganisme ou dans
l'hérésie; et l'on prenait les plus grandes précautions pour écarter, jusqu'au plus léger soupçon de simonie. Quant à la condition, l'on n'admettait point aux ordres les militaires, les esclaves, ni même les affranchis, sans la permission de leurs maîtres; ceux qui étaient engagés dans une société d'art ou de métier, ceux qui étaient chargés des deniers publics, et qui devaient en rendre compte, ceux que nous appelons hommes d'affaires, les bigames, les acteurs de théâtre, Cingham, Orly.
cedes., 1. 4, c. 3 et 4.
Quiconque est instruit de cette discipline, ne peut pas concevoir comment, dans nos derniers siècles, une foule d'écrivains ont voulu nous peindre les pasteurs de l'Eglise des quatre ou cinq premiers siècles comme des hommes sans mérite, ou comme des personnages d'une vertu très-suspecte. Nous sommes très-persuadé que ces saintes règles jn'étaient pas observées fort scrupuleusement chez les hérétiques ; que dans les temps de trouble on s'en est relâché, quelquefois par nécessité et par impossibilité de faire autrement ; de là cette multitude d'évèques ariens qui étaient si peu dignes de leur caractère. Mais enlin ces règles ont toujours subsisté, les conciles ont veillé à leur observation, et souvent ont dégradé ceux qui ne les avaient pas respectées.
ORDINATION, cérémonie par laquelle on donne les ordres. Dans l'Eglise romaine elle consiste dans l'imposition des mains de l'évèque sur la tète des ordinands, avec une formule ou une prière, et dans l'action de leur mettre à la main les instruments du culte divin, relatifs aux fonctions de l'ordre qu'ils reçoivent.
L'imposition des mains n'a cependant lieu qu'à l'égard des trois ordres majeurs; savoir, l'épiscopat, la prêtrise et le diaconat.
La principale question, qui se ente sur ce sujet, est de savoir si i iinmt'fii esl ou n'est pas un sacrement; les protestant- la regardent comme une simple cérémonie; les
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catholiques soutiennent que c'est un sacrement, et ils le prouvent.
1° Les protestants mêmes ne peuvent refuser de reconnaître pour sacrement une cérémonie qui donne le Saint-Esprit, la grâce sanctifiante et des pouvoirs surnaturels ; or, tel est l'effet de l'ordination. Joan., c. 20, f 21, nous lisons que Jésus- Christ, après sa résurrection, dit à ses apôtres : « Gamme mon Père » m'a envoyé, je vous envoie; qu'en- » suite il souffla sur eux et leur dit :
» Recevez le Saint-Esprit; les péchés » seront remis à ceux auxquels vous » les l'émettrez, et seroat retenus à » ceux auxquels vous les retien- » drez. » Personne, sans doute, ne niera que reflet n'ait exactement répondu aux paroles. Les apôtres reçurent donc une mission semblable à celle de Jésus-Christ, le Saint-Esprit et le pouvoir de le communiquer, avec celui de remettre les péchés.
En effet, il est dit, Act., c. 6, ^ 6, que pour établir sept diacres, les apôtres leur imposèrent les mains, avec des prières; c. 8, f 17, que les apôtres, en imposant les mains sur les fidèles baptisés leur donnaient le Saint-Esprit ; c. 13, j^ 2, que pendant qu'ils jeûnaient et célébraient la liturgie, le Saint-Esprit dit : Séparezmoi Paul et Barnabe pour l'ouvrage auquel je les destine ; qu'en conséquence ils continuèrent de jeûner et de prier; qu'ils leur imposèrent tes mains et les envoyèrent; que ces deux hommes furent envoyés par le Saint-Esprit.
Saint Paul écrit à son disciple Tiinothée, c. 4, f 14 : « Ne négligez » point la grâce qui est en vous, qui » vous a été donnée par l'esprit pro- » phétique avec l'imposition des » mains des prêtres; c. 5, f 22, n'im- » posez trop tôt les mains à per- » sonne, et ne participez pas aux » péchés d'autrui; 11 Tan., c. 1, f li,
je vous avertis de ressusciter la
grâce de Dieu qui est en vous par » l'imposition de mes mains; car » Dieu ne nous a pas donné un es- » prit de crainte, mais de, force, de » charité et de sobriété. » Il dit aux pasteurs de l'église d'Ephèse que le
Saint-Esprrt les a établis évoques ou surveillants pour gouverner l'Eglise de Dieu, Act., c. 20, f 28.
Nous ne nous arrêterons point h réfuter les différentes tournures dont les protestants se sont ssrvis pour esquiver les conséquences de ces passages. En les rapprochant et en les comparant, ils nous paraissent prouver que les apôtres, en imposant les mains aux ordinands, ont cru leur donner la même mission et. les mêmes pouvoirs qu'ils avaient reçus euxmêmes de Jésus-Christ; qu'ils ont cru leur communiquer le Saint-Esprit et la grâce nécessaire pour i»°mplir fidèlement les fonctions de leur ministère, qu'ils ont voulu que ces évoques fissent de même à l'égard des nouveaux pasteurs qui devaient leur succéder dans le gouvernement de l'Eglise de Dieu. Cela posé, nous demandons s'il manque quelque chose à l'ordination pour être uu vrai sacrement.
2° Nous n'avons point, comme les protestants, le privilège d'entendre l'Ecriture sainte comme il nous plaît; nous en puisons le sens dans la tradition laissée par les apôtres à leurs disciples, et transmise par ceux-ci à leurs successeurs. Or, oVins les lettres de saint Clément et de saint Ignace, instruits parles apôtres mêmes, dans les canons des apôtres qui nous ont conservé la discipline des trois premiers siècles, la hi'rarcbie des évèques, des prêtres et des diacres est représentée comme une institution divine, formée sur le modèle de l'ancien sacerdoce ; saint Clétaent, Epist. I. ad Cor., n, 42. Il est dit qu'ils transmettent leur ministère et leurs fonctions à leurs successeurs, n. 44; qu'eux seuls doivent présider au culte divin, et que les fidèles doivent leur être soumis ; que l'évèque tient la place de Jésus-Christ et les prêtres celle des apôtres, saint Ignace, Epist.
ad Ma/pus., n. 6; qu'ils sont ordonnés par l'imposition des mains, can.
apost. I; qu'ils offrent à l'autel le sacrifice que Dieu a établi, can. II; qu'ils forment un ordre sacré, cun.VI; que les évèques assemblés doivent décider les contestations ecclésiastiques, can. XXX. Voilà certainement
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une mission, des pouvoirs, un caractère et des fonctions qui n'appartiennent point aux simples fidèles.
Saint Irénée, saint Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origène, saint Cyprien, nous attestent que cette discipline était observée au troisième siècle; elle était donc la même en Asie, en Afrique, en Italie et dans les Gaules; qui l'y avait introduite?
Nous ne faisons presque ici que copier les réflexions de deux théologiens anglicans, de Bévéridge daus ses Notes sur les Canons des apôtres, et de Bingham dans ses Origines ecclésiastiques, 1. 3 et 4. Nous ignorons pourquoi ces deux savants, qui ont prouvé comme nous que l'institution des évêques, des prêtres et des diacres, et les degrés de leur hiérarchie sont de droit divin, n'ont pas pris la peine d'examiner si leur ordination est ou n'est pas un sacrement; comment ils n'ont pas vu que c'est une conséquence nécessaire des passages et des monuments que rfous venons de citer.
Encore une fois, si une cérémonie qui donne à celui qui la reçoit une mission, un caractère, une grâce et des pouvoirs surnaturels, n'est pas un sacrement, nous ne savons plus ce que l'on doit entendre sous ce nom.
3° Le concile de Trente n'a donc fait que confirmer la doctrine et l'usage reçus des apôtres, lorsqu'il a décidé que l'ordination est un vrai sacrement qui donne le Saint-Esprit, qui imprime un caractère sacré, qui communique le pouvoir d'offrir le saint sacrifice, et de remettre les péchés, etc., sess. 23, can.I et suiv. Il appuie cette doctrine sur les passages de l'Ecriture sainte que nous avons allégués, c. 1 et seq. Lorsque les apôtres et leurs disciples se sont donné des successeurs par ['ordination, ils leur en ont transmis, sans doute, la même idée et la même notion qu'ils en avaient eux-mêmes. Or, les pasteurs de l'Eglise, dans tous les siècles, se sont crus revêtus de la même mission, du même caractère, de la même grâce et du mémo ministère que les apôtres, La doctrine eatholique a doue autant de témoins
qu'il y a eu d'hommes ordonnés depuis les apôtres jusqu'à nous. Après quinze siècles il était un peu tard pour venir en enseigner une autre.
Nous demandons aux protestants qui n'ont point d'ordination et qui soutiennent qu'il n'en faut point, qui leur a donné le Saint-Esprit pour mieux entendre l'Ecriture sainte que les disciples des apôtres, que les pasteurs de l'Eglise catholique leurs successeurs, que ceux mêmes des églises schismatiques séparées d'elle depuis douze cents ans ?
4° En effet, les sectes des chrétiens orientaux, les nestoriens, les jacobites, les Grecs, les Arméniens, donnent les ordres comme les Latins, par 1 imposition des mains accompagnée de prières; ils sont persuadés que celte cérémonie vient de tradition apostolique, qu'elle confère une grâce particulière à ceux qui sont ordonnés, pour les rendre capables de remplir saintement les fonctions du ministère dont ils sont chargés; qu'elle met entre eux et les autres chrétiens une distinction fixe et constante, par conséquent qu'elle leur imprime un caractère ; que celui qui a reçu un ordre inférieur, comme le sous-diaconat ou le diaconat, n'a pas pour cela le pouvoir d'exercer les fonctions de prêtre ou d'évèque, mais qu'il lui faut une nouvelle ordination. Ils sont donc très-persuadés que les ordres sont un sacrement, et ce n'est pas l'Eglise latine qui leur a donné cette croyance, puisqu'ils ont continué à la détester depuis leur schisme. Ainsi c'est centre toute vérité que les prétendus réformateurs ont soutenu que la distinction des ordres et la qualité de sacrement, qui leur est attribuée par les Latins, est une invention des papes, inconnue à l'ancienne Eglise.
Ces mômes Orientaux regardent le sacerdoce comme un degré de dignité et d'autorité «Ijiis l'Eglise, qui ne peut être donné que par l'imposition des mains des évoques, successeurs des apôtres; et ils ne reconnaissent pour évêques que ceux qui ont reçu l'ordination épiscopale par les mains d'autres évêques, et qui, par cette succession constante, remontent jus-
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qu'à Jésus-Christ. Jamais ils n'ont cru, comme les protestants, qu'une assemblée de laïques pût faire des piètres ; jamais ils n'ont reconnu pour pasteurs légitimes que ceux auxquels î'ôvêque avait imposé les mains avec les prières et les cérémonies ordinaires. Perpét. de la foi, t. K, 1. o, c. 6 et 8.
Fondés sur toutes ces preuves, les théologiens catholiques délinissent l'ordination : un sacrement de la loi nouvelle, qui donne le pouvoir de faire les fonctions ecclésiastiques, et la grâce pour les exercer saintement.
Ils ne sont pas d'accord à déterminer quelles sont la matière et la forme essentielles de ce sacrement ; tous conviennent que l'imposition des mains est absolument nécessaire, aussi bien que la prière ; niais la formule de cette prière n'est fixée ni par l'Ecriture sainte ni par aucun monument des premiers siècles; elle n'est pas littéralement la même dans l'église latine et chez les Orientaux ; mais le sens n'est pas différent. La grande question est de savoir si la correction des instruments, usitéechez les Latins, est aussi essentielle que l'imposition des mains. La première n'a pas lieu dans les églises orientales, et cependant leurs ordinations sont regardées comme valides, fte môme qu'un prêtre latin a toujours été reçu comme tel dans l'Eglise grecque, ainsi un prêtre grec, syrien, égyptien, arménien, éthiopien, passe dans l'Eglise romaine pour validement ordonné; mais un prêtre anglican, un ministre luthérien ou calviniste, ne sont envisagés chez les Orientaux, non plus que chez nous, que comme de simples laïques sans ordination.
Habert, dans son Pontifical, le père Morin et le père Goar dans leurs fraités de l'Ordination, exposent la discipline des Grecs sur ce point, celle des autres Orientaux y est conforme.
Perpét. de la foi, ibid., c. 7 et 10.
Parmi les reproches que les Grecs ont faits aux Latins, nous ne voyons pas qu'ils les aient blâmés d'avoir ajouté à l'imposition des mains la porrection des instruments, avec une formule qui y est relative. Ce symbole est en effet très-énergique et
très-convenable, il est imité d'après la consécration des prêtres de l'ancienne loi. Exod., c. 29, f 24 et 35 ; Num., c. 3, f 3, etc.; il sert à distinguer l'ordination et les fonctions des divers ministres de l'Eglise. C'a été un trait de bizarrerie et de témérité de la part des anglicans qui ont conservé l'ordination, de retrancher la porrection des instruments, et d'imiter le rit des Orientaux plutôt que celui de l'Eglise romaine, puisque l'on ne peut pas décider avec une entière certitude que cette porrection n'est pas nécessaire. Voyez. Prêtrise.
1? ordination des évêques se nomme communément sacre ou consécration.
Leur principal privilège est de pouvoir seuls ordonner les ministres inférieurs de l'Eglise - r ce pouvoir leur a toujours été réservé, on le voit par les Canons des ayotres.
Selon l'ancienne discipline de l'Eglise, on ne connaît point les ordinations vagues; tout clerc était obligé de s'attacher à une église, de s'y destinera une fonction pour laquelle il devait être ordonné. Dans le douzième siècle on se relâcha de cet usage, et il en est résulté plusieurs, inconvénients; le concile de Trente a travaillé à le rétablir, en défendant d'ordonner un clerc qui ne serait pas pourvu d'un titre ou d'un bénéfice capable de le faire subsister. Mais la nécessité de fournir des vicaires et des desservants dans les paroisses et les églises succursales de la campagne, oblige les évêques à ordonner des prêtres sur un simple titre patrimonial.
Le pape Alexandre II a condamné les ordinations que l'on appelle per saltum, c'est-à-dire qu'il a défendu d'élever aux ordres majeurs un clerc qui n'aurait pas reçu les ordres mineurs, et plus encore de conférer un des ordres majeurs à celui qui n'aurait pas reçu l'ordre qui doit précéder, comme d'ordonner prêtre un homme qui n'est pas diacre. Quoique plusieurs théologiens aient soutenu que ces sortes d'ordinations seraient valides sans être légitimes, leur sentiment n'est pas suivi; et si l'on peut en citer des exemples, c'étaient des abus.
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Tout le monde sait que les femmes sont incapables de recevoir aucun ordre ecclésiastique, et que pour être ordonné validement, un homme doit être baptisé et consentir librement à son ordination. Bergier.