‹ Dictionnaire de théologie approprié au mouvement intellectuel de la seconde moitié du XIXe siècle par l'abbé le Noir. Volume 9 (volume 2)Chapitre 88 sur 122 · ANGLICANES · texte numérisé non relu

ANGLICANES

ORDRE et DÉSORDRE (Théol.mixt.

philos, cosmol. psychol. et mor.) — Il n'est personne parmi les savants et tous les observateurs judicieux de la nature qui ne constate dans les séries des faits cosmologiques un ordre admirable. Cet ordre est si grand, si profond,' si universel, et, en ifième temps, si minutieux que le seul problème qu'on se pose, à la vue de la plus petite apparence de désordre, est celui d'en pénétrer la cause, la mystérieuse raison d'être qui lèvera le voile devant l'esprit et fera apparaître aussitôt le fait obscur dans une lumineuse auréole de précautions sublimes de la nature à cet égard.

La nature physique présente des mystères à l'esprit du savant, elle ne présente aucun désordre.

Et dans la catégorie des faits moraux, le désordre le plus évident se révèle parfois parmi les hommes, s'y révèle même presque toujours : la vertu n'est pas ordinairement suivie des conséquences qu'elle devait engendrer; le crime est ordinairement heureux ; ordinairement aucune compensation ne se produit sur la terre; le juste meurt persécuté; le scélérat meurt dans la gloire. Il y a des faits contraires sans doute, et très-éclatants, surtout quand ils'agitdes grandes destinées qui intéressent des nations entières; mais ces faits sont rares, et ils ne paraissent se montrer, de loin en loin, que pour empêcher ceu& qui rélléchissent d'oublier qu'il est une Providence qui se réserve toujours le dernier mot.

Cependant les positivistes matérialistes n'admettent que la vie présente, en sorte que, selon leursystème, c'est le désordre moral qui a souvent gain de cause, puisqu'il ne reste aucune vie fut ure où puisse se rétablir le règne de la justice, et, par compensation,

élever le désordre à la dignité del'ordre lui-même. Je leur dis : voyez dans la nature physique et jugez par elle de la nature morale. Se pourraitil qu'il fût dans les destinées éternelles des êtres que, dans la matière, ce fût l'ordre parfait le plus minutieux qui triomphâttoujours, et que, dans la série des événements moraux, ce fût si souvent le désorére qui eût ainsi la belle.

Sans même remonter à la rectitude nécessaire de la cause universelle, et en ne faisant que de la science expérimentale positive, tout jugement droit est conduit, par l'observation du monde physique, à la foi ea une autre vie pour les êtres moraux.

L'ordre dans une des séries est la garantie et la prédiction certaine de l'ordre définitif dans l'autre série :

Cet ordre ne peut se concevoir qu'avec une vie future;

Donc nous sommes immortels.

Vous dites : que sommes-nous, misérables humains, pour que la causo universelle s'occupe ainsi de nous ?

Mais, elle se préoccupe bien, cette cause universelle, du grain de sable, pour prendre soin à ce que tout s'y passe avec ordre et selon des lois fixes; c'est cette préoccupation de tout instant qui constitue le grand ordre de la nature matérielle. Et elle abandonnerait aux hasards de tous les désordres, l'insecte intelligent, qui est à son image puisque, comme elle, il est pensif?

L'harmonie est la loi du monde des corps; et elle ne serait pas la loi du monde des âmes! Elle est la loi universelle. Soyez panthéistes si vous le voulez, vous n'y gagnerez rien, car cette loi de l'harmonie n'en restera pas moins la loi inexorable de tous les mondes, et si elle est violée dans une phase de telle ou telle durée, elle doit se trouver rétablie dans une autre phase de la même durée. En statique, c'est le parallélogramme des forces; en morale, c'est la vie future équilibrant celle-ci. Voilà la loi panthéistique absolue. Si v«us en restez là, le coupable n'a devant lui que l'effroi de la rigide justice. Si voué ajoutez la bonté d'un père dans lacause,l'espéMincepeutrenaitrepour

ORD

ORD

le coupable lui-même , mais sans compromission de la justice.

Il n'y a que dans l'absurdité de l'athéisme, c'est-à-dire de l'eii'et sans cause, que l'humanité peut chercher le désespoir ou l'espoir du néant.

Le Noir.

ORDRE, caractère, pouvoir, ministère ecclésiastique, conféré à un homme par l'ordination. Le concile de Trente, sess. 23, après avoir décidé que l'ordination est un sacrement qui donne le Saint-Esprit, et imprime un caractère ineffaçable, distingue sept ordres outre l'épiscopat; savoir, trois ordres sacrés ou majeurs, qui sont la prêtrise, le diaconat et le sous-diaconat, etquatre ordres mineurs, qui sont ceux d'acolyte, d'exorciste, de lecteur et de portier. La distinction de ces divers degrés, et le plus ou moins de proximité qu'ils ont au sacerdoce, sont la raison pour laquelle on les a nommés ordres. Le concile décide encore qu'il y a de droit divin dans l'Eglise une hiérarchie composée des évèques, des prêtres et des ministres ou des diacres. Voyez Hiérarchie, et les noms de chaque ordre en particulier.

Il décide enlin que les évoques sont, de droit divin, supérieurs aux simples prêtres. Voyez Episcopat, Evèques,

Plusieurs théologiens ont disputé pour savoir si le sous-diaconat et les ordres mineurs sont des sacrements, le concile de Trente ne le décide pas formellement; mais en prononçant que ïordre ou l'ordination est un sacrement, et en donnant le nom d'ordre aux divers degrés de ministre qui approchent plus ou moins du sacerdoce, il semble décider que tout ce qui est ordre est sacrement. Il fait remarquer que tous ces degrés tirent leur dignité et leur importance de la relation qu'ils ont de près ou de loin avec l'auguste sacrifice des autels, et avec le pouvoir de remettre les péchés. Aussi le sentiment presque général parmi les théologiens est que non-seulement le sous-diaconat, mais encore les quatre ordres mineurs sont des sacrements ; tous conviennent qu'un clerc

ne peut et ne doit pas recevoir deux 'ois le même ordre; d'où l'on conclut que chacun de ces degrés imprime un caractère inelfaçable.

Les Grecs- et les autres sectes de chrétiens orientaux regardent comme des ordres le sous-diaconat, l'office de lecteur et celui de chantre; ils ne connaissent pas d'autres ordres mineurs. Perpét. de la foi, t. S, 1. 5, c. G.

Mosheim, qui semble n'avoir entrepris son histoire ecclésiastique que pour censurer la conduite de l'Eglise catholique, attribue à des motifs peu louables l'institution des ordres mineurs. « Au troisième siècle, » dit-il, les évoques s'attribuèrent » beaucoup plus d'autorité qu'ils n'en » avaient eu auparavant ; ils dimi- » nuèrent insensiblement les droits, » non- seulement des simples fidèles, » mais des prêtres. Un des princi- » paux auteurs de cette nouvelle dis- » ciplinefutl'évèqueCyprien, comme » le plus entêté qui fut jamais des » prérogatives de l'épiscopat. Cette » innovation ne manqua pas d'iulro- » duire des vices parmi les ministres >> de l'Eglise, le luxe, la mollesse, » l'arrogance, la fureur de disputer.

» Plusieurs évoques, surtout ceux » qui occupaient les plus grands » sièges et les plus riches, s'arrogè- » rent les droits et les ornements des » souverains, un trône, des officiers, » des habits pompeux, pour en irn- » poser au peuple. Les prêtres imi- » tèrent l'exemple des évèques, né- » gligôrent leurs devoirs pour se « livrer à la mollesse ; les diacres, » attentifs à profiter de l'occasion, » s'emparèrent des droits et des » fonctions du sacerdoce. Telle est, » selon moi, continue Mosheim, l'o- » rigine des ordres mm urs, des sous- » diacres, des acolytes, etc. L'Eglise » aurait pu s'en passer, s'il y avait » eu plus de piété et de vraie reli- » gion parmi ses pasteurs. Dès que » les évèques et les prêtres se furent » dispensés des fonctions qui leur » paraissaient trop basses, les dia- » cres firent de même, et voulurent » avoir des inférieurs. »

Ainsi la malignité des hérétiques trouve des sujets de scandale dans les choses les plus innocentes .et

ORD

ORD

même les plus louables; nous soutenons que l'institution des ordres mineurs a eu des motifs diamétralement opposés à ceux que Mosheim a forgés.

1° Lorsque les fidèles étaient encore peu nombreux, un seul homme zélé et laborieux pouvait suffira à toutes les fonctions du sacerdoce.

Ainsi dans les campagnes un seul curé dessert une paroisse entière, lorsqu'elle n'est pas fort étendue, sans être aidé par des clercs ; mais si son troupeau est nombreux et distribué dans plusieurs hameaux, il est obligé de s'associer au moins un vicaire. De même dans les premiers siècles, à mesure que la multitude des chrétiens augmenta, et lorsqu'une église renfermait plusieurs milliers de fidèles, un seul évèque ne pouvait plus suffire à remplir tous les devoirs et toutes les fonctions. Selon l'opinion commune, pendant les quinze premières années, les douze apôtres et plusieurs disciples demeurèrent rassemblés à Jérusalem ; tous, sans doute, concouraient pour lors aux fonctions du sacerdoce ; lorsqu'ils se trouvèrent surchargés, ils s'associèrent sept diacres, Act., c. 6, y 2.

Accuserons-nous les apôtres d'en avoir agi ainsi par l'orgueil et par mollesse, parce qu'ils dédaignaient des fonctions qui leur parurent trop basses, par l'ambition d'avoir des inférieurs, parce qu'ils manquaient de piété et de vraie religion ? Mosheim n'a pas vu qu'en calomniant les évoques du troisième siècle, il donnait lieu aux incrédules de former la même accusation contre les apôtres.

2° La haute idée que l'on avait conçue du saint sacritice et de tout ce qui y a du rapport, lit. comprendre qne l'aspect d'un grand nombre de ministres rassemblés autour de l'autel, occupés à remplir ditférentes fonctions, rendait la cérémonie plus auguste, inspirait plus de piété et de respect aux fidèles. Les apôtres avaient fait de même, puisque le tableau de la liturgie apostolique, tracé dans l'Apocalypse, nous représente le pontife qui préside assis sur un trône, revêtu d'habits majestueux, environné

de vingt-quatre vieillards ou prêtres, et des anges qui concourent à la pompe de la cérémonie. Les apôtres, sans doute, n'avaient pas dessein d'en imposer au peuple, mais de lui imprimer le respect et la piété.

Si au troisième siècle l'on avait eu, touchant l'eucharistie, le même sentiment que les protestants, l'on n'aurait pas eu «èsoin de tout cet appareil. Lorsqu'il n'est question que de préparer du pain et du vin sur une table, de couper ce pain en morceaux, de réciter les paroles de l'institution et d'inviter les assistants à en prendre, à quoi serviraient des ministres de différents ordres ? Mais l'on n'a jamais ainsi célébré la liturgie dans l'Eglise de Dieu. Comme l'on a toujours cru que Jésus-Christ est véritablement présent sur les autels, on a conclu qu'il devait y recevoir nos adorations, et que l'on ne pouvait lui rendre un culte trop pompeux.

Dès qu'il a plu aux prolestants de retrancher ce culte, il a fallu par intérêt de système l'attribuer à des motifs odieux. En reprochant aux catholiques d'imiter les fonctions du sacerdoce judaïque, ils ont jugé qu'il était mieux de mettre leurs assemblées au ton de celle des Juifs modernes dans les synagogues.

3° Si les fonctions d'un pasteur catholique n'étaient pas plus étendues que celles d'un ministre luthérien ou calviniste, un clergé nombreux serait très-superflu. Il ne faut pas une multitude d'hommes pour prêcher, pour présider à la cène et à la prière publique. Mais lorsque à l'instruction il faut joindre l'administration des sacrements, le soin des pauvres, la visite des malades, la vigilance sur les établissements de charité, sur la décence du culte, sur l'ornement des églises, etc., c'est autre chose. Les ministres protestants n'ont presque rien à faire, les pasteurs catholiques sont souvent surchargés; plus les évoques du troisième siècle étaient laborieux et zélés, plus ils avaient besoin de ministres inférieurs. Ils ont donc eu des motifs tout différents de ceux que Mosheim leur a pré et il u'est pas vrai que l'institution

ORD

des ordres mineurs ait donné lieu aux inconvénients que ce protestant leur reproche.

D'ailleurs les évêques des premiers siècles comprirent d'abord la nécessité de former de jeunes clercs, de les accoutumer de bonne heure aux fonctions du service divin, de faire dans la maison épiscopale ce que l'on fait aujourd'hui dans les séminaires.

Telle est la véritable origine de l'institution des ordres mineurs ; on en a senti l'utilité, puisque cet usage s'est conservé jusqu'à nous.

Les curés des grandes paroisses de Paris ont un état aussi considérable que quelques évêques, leur clergé est aussi nombreux, et l'office de leur église est aussi pompeux que celui de plusieurs cathédrales. Quand les protestants et les incrédules se réuni: aient pour soutenir que ces pasteurs se conduisentainsiparmollesse, par vanité, par l'envie de s'arroger les droits et les fonctions de l'ôpiscopat, s'ensuivrait-il que cela est vrai?

4° Un nouveau trait de maladresse de la part de Mosheim a été d'attribuer de l'ambition, du faste, de l'arrogance et de la mollesse à saint Cyprien, évèque le plus laborieux, le plus zélé, le plus charitable, le plus exact observateur de la pauvreté qui fut jamais. Il était, dit son accusateur, entêté des prérogatives de l'épiscopat, c'est-à-dire qu'il était exact à faire observer dans son clergé la discipline ecclésiastique, l'ordre et la subordination nécessaire pour entretenir la décence et lapaix. Cette subordination était commandée par les Epitres de saint Paul, par celles de saint Ignace, par les canons des apôtres, plus anciens que saint Cyprien.

D'ailleurs cet évèque de Cartilage avait-il quelque autorité dans l'Eglise grecque, poury faire regarder comme ordres mineurs l'office des sous-diacres, des lecteurs et des chantres? Il n'avait pas plus d'influence dans l'Eglise latine, puisque, à la réserve des évêques d'Afrique, aucun autre ne voulut adopter la discipline que saint Cyprien voulait établir, de faire rebaptiser ceux qui avaient été baptisés par des hérétiques. Les protestants

ORD

ont grand soin de faire remarquer la résistance que fit cet évèque aux remontrances des papes, et le peu de déférence qu'il avait à leur autorité; et en même temps ils s'eftorcent de le décréditer en le peignant comme un homme entêté à l'excès des prérogatives de l'épiscopat.

5° Avant d'attribuer tant de vices aux évêques du troisième siècle, iL aurait été à propos de prévoir les conséquences. Si ce que Mosheim en a dit est vrai, il s'ensuit que depuis cet te époque, et avant même que le christianisme fût solidement établi, Jésus-Christ, loin de tenir à son Eglise les promesses qu'il lui avait laites, l'a livrée à la discrétion de pasteurs corrompus par le luxe et par la mollesse, orgueilleux, ambitieux, disputeurs, entêtés, plus occupés de leurs prérogatives que du salut des âmes, qui n'avaient ni piété ni vraie religion.

Selon saint Paul, Dieu a donné des pasteurs pour l'édification du corps de Jésus-Christ, Ephes., c. 4, f 12; selon Mosheim, il ne les a donnés que pour la destruction de ce même corps, et ils y ont constamment travaillé dans tous les siècles.

Le seul évèque du troisième siècle, qui ait ressemblé au tableau tracé par ce protestant, est Paul de Samosate, hérétique scandaleux, condamné et déposé pour ses erreurs et ses mœurs déréglées ; a-t-il été ainsi traité parce qu'il ressemblait à tous ses collègues?

Voilà comme se laissent aveugler par [leurs préjugés des théologiens protestants qui semblent d'ailleurs être judicieux et instruits.

ORDRE MILITAIRE. Comme ce qui regarde les ordres militaires tient pour le moins autant à l'histoire civile et politique des peuples de l'Europe qu'à l'histoire ecclésiastique, nous ne parlerons des principaux de ces ordres que pour exposer les motifs de leur institution, et pour répondre à quelques reproches qui ont été faits à ce sujet par des censeurs très-imprudents.

Il n'est plus nécessaire de réfuter les auteurs qui ont voulu attribuer à

ORD

ORD

Constantin l'institution des ordres militaires, et en particulier de celui de Saint-Georges, ni ceux qui ont fait remonter au huitième siècle l'établissement de celui de Saint-André en Ecosse ; tout le monde est aujourd'hui convaincu que la chevalerie n'a commencé que pendant les croisades, et date seulement de la fin du onzième siècle.

L'ordre de Sainl-Jean de Jérusalem, nommé aujourd'hui l'ordre de tyaltc, qui est le plus ancien de tous, est né dans la Palestine. Il fat composé d'abord de religieux hospitaliers. Quelques marchands d'Amalphi, ville du ru y iiime de Naples, obtinrent du calife des Sarrasins la 'permission d'établir à Jérusalem un hôpital poulies pèlerins indigents ou malades.

Les religieux qui le desservaient, furent nommés hospitaliers de Saird- Jean de Jérusalem, parce que leur église était dédiée à saint Jean-Baptiste.

L'an 1099, lorsque cette ville eut été prise par les croisés, l'hôpital de Saint- Jean fut enrichi par les princes, qui en firent la capitale de leur royaume.

Sous Baudoin II, l'an 1104, Raymond Dupuy, administrateur de l'hôpital, offrit de faire avec ses frères et à ses propres dépens la guerre aux mahométans. Cette offre fut acceptée et approuvée par le pape. Aux trois vœux solennnels de religion, les hospitaliers en ajoutèrent un quatrième, par lequel ils s'engageaient à défendre des insultes des Sarrasins les pèlerins qui allaient visiter les lieux saints. Ainsi cet onfreliospitalier dans son origine, devint militaire. Ce n'est point à nous de rapporter les exploits dos chevaliers ni les révolutions que cet ordre célèbre a essuyées; on peut s'en instruire dans l'histoire qu'en a faite l'abbé de Vertot.

Sur ce modèle fut institué dans la môme \ille, l'an 1118, l'ordre des Templiers, ainsi nommés parce que la maison habitée par les chevaliers était sur l'emplacement du temple de Jérusalem. Les fondateurs furent Hugues des Payons, Geoffroi de Saint- Aldemar ou de Saint-Omer, et sept autres personnes. Cet ordre fut confirmé l'an II2S dans le concile de Troyes, et assujetti à uue règle que

saint Bernard dressa pour les chevaliers. Leur destination était de veiller à la sûreté des chemins, et de protéger les pèlerins. On sait que cet ordre fnt supprimé dans le concile général de Vienne l'an 1311. L'histoire en a été écrite par Dupuy, et réimprimée à Bruxelles en 1751.

L'ordre du Saint-Sépulcre fut établi l'an 1120, pour garder le saint sépulcre et le préserver de la profanation des infidèles.

Celui des chevaliers teutoniques, ou de Notre-Dame des Allemands, fut encore érigé dans la Palestine, l'an 1 190, pendant le siège d'Acca ou de Saint-Jean d'Acre, autrefois Ptolémaïde. Des maichands de Brème et de Lubec se vouèrent au service des malades et établirent un hôpital. Les princes allemands qui se trouvaient à ce siège, résolurent d'instituer parmi la noblesse de leur nation une confraternité destinée à cette bonne œuvre. Elle fut approuvée par le pape Célestin III, l'an 1192. Les chevaliers faisaient vœu de défendre la religion chrétienne et la tt sainte, et de pourvoir au besoin des pauvres. Lorsqu'ils furent retournés dans leur pays, Conrad, duc de M vie et de Cajavie, implora leur secours pour se défendre contre les irruptions des Prussiens idolâtres qui désolaient ces états ; il leur ■ deux provinces et toutes lés ter qu'ils pourraient oonquérir rai barbares. Dans l'espace de cinquante ans, ils conquirent en effet la Prusse, la Lithuanie,la Poméranie, etc. Plusieurs savants du Nord ont fait l'histoire de cet ordre, dont le grandmaître, Albert de Brandebourg, embrassa leluthéranisme avec la plupart des chevaliers, l'an [523.

Les ordres militaires, institués eu Espagne et en Portugal, ont eu pour objet de défendre ce royaume contre les Maures ou Barbaresques. Ceux qui ont été établis dans les autres états d'Europe, sont de simples marques d'honneur, par lesquelles les souverains récompensent les sujets qui leur ont rendu des services distingués, soit dans le militaire, soit ailleurs.

Parce simple exposé, il esl évident que les ordres mditains oui pris nais-

ORD

ORD

sance dans un temps où l'Europe n'avait que deux espèces d'habitants; savoir, les nobles toujours armés, et les colons toujours esclaves, et où les premiers cherchaient à concilier la dévotion avec le métier des armes.

L'objet de leur établissement était louable, et tous ont rendu d'abord de gwmds services ; plusieurs ont ensuite dégénéré, c'est le sort de toutes les institutions humaines.

Fabricius et d'autres protestants n'ont approuvé ni les croisades ni les services rendus par les ordres militaires ; ils ont dit que les seuls moyens légitimes de propager le christianisme sont ceux dont les apôtres se sont servis ; savoir, l'instruction, les exemples de vertu et la patience. Ils ont gémi de ce que la foi chrétienne a été prèchée dans le Nord l'épée à la main par les chevaliers teutoniques. Ces violences, disent-ils, étaient plus propres à irriter les Barbares qu'a les convertir, elles déshonorent notre religion, et sont directement contraires à l'esprit de charité que Jésus-Christ a voulu inspirer à tous les hommes. Les incrédules n'ont pas manqué d'enchérir sur ces déclamations: sont- elles aussi bien fondées qu'elles le paraissent d'abord ?

1° L'on confond deux choses trèsdifférentes, l'objet, l'intention, la conduite des chevaliers et celle des missionnaires. On suppose que les croisades et les exploits militaires des chevaliers avaient pour premier objet la conversion des infidèles :

c'est une fausseté. Leur destination était de défendre les chrétiens contre les attaques, les insultes et la violence des infidèles, soit musulmans, soit idolâtres ; de prévenir leurs irruptions, de réprimer leur brigandage. Où est le crime? La religion chrétienne, aussi bien que la loi naturelle, défend la violence de particulier à particulier, parce qu'ils sont protégés par les lois, mais elles ne défendent point aux nations d'opposer la force à la force, la guerre à la guerre, les représailles aux hostilités, parce qu'il n'y apoint d'autre moyen praticable pour se mettre en sûreté. Que les guerriers soient che-

valiers ou soldats, volontaires ou enrôlés, religieux ou séculiers, cela est égal ; la question se réduit à savoir si le christianisme réprouve l'usage des armes dans tous les cas, et si tout exploit militaire est condamné par l'Evangile.

Jamais les chevaliers no se sont érigés en prédicateurs, et jamais les missionnaires n'ont été armés ; les Barbares étaient des animaux farouches; il fallait commencer par en faire des hommes en les domptant par la force, avant de penser à en taire des chrétiens : le premier de ces exploits était l'affaire des chevaliers, le reste éLait réservé aux missionnaires. Lorsque les guerriers avaient fait leur métier, ils protégaient les missionnaires, pour que ceux-ci pussent faire paisiblement le leur.

Encore une fois, nous ne voyons pas où est le crime. Quand les chevaliers, contents d'avoir forcé les Barbares au repos, n'auraient pas pensé à leur donner une religion pour les apprivoiser, on ne pourrait pas encore les juger coupables ; s'ils ont poussé le zèle de religion plus loin, nous prions nos adversaires de nous dire en quoi ce second motif a pu rendre le premier illégitime.

On dit que ce moyen était plus propre à révolter les Barbares qu'à les convertir ; mais le contraire est prouvé par l'événement, puisqu'eniin ils se sont convertis, et que tout le Nord est devenu chrétien. Ils ont massacré cent missionnaires, et ceuxci se sont laissé égorger comme les apôtres.

2° Jésus-Christ, loin de permettre à ses apôtres d'user de violence pour convertir, leur a ordonné au contraire de la souffrir : mais les apôtres n'ont pas eu d'abord à instruire des Barbares arrivés à main armée dans l'empire romain, et occupés à le ravager ; ils prêchaient l'Evangile dans un pays où il y avait des lois, delà police, un souverain et un gouvernement bon ou mauvais.

Mais s'ils avaient été placés sur une frontière infestée par des hordes d'Arabes idolâtres, par des armées de Perses, adorateurs du feu, par des

ORD

ORD

bandes de Scythes farouches, est-il bien certain qu'ils auraient ordonné aux fidèles de se laisser massacrer sans résistance ? Nous sommes persuadé qu'ils les auraient encouragés à se défendre; et si les Romains victorieux avaient réussi à dompter tous ces Barbares par les armes, les apôtres auraient marché sans hésiter sur la trace des armées, et seraient allés planter la croix à la place des aigles romaines. Autre chose était de soutïrirpatiemment la persécution des magistrats, des ofliciers du prince et du souverain lui-même, et autre chose de se laisser tuer par des Barbares étrangers, exerçant le brigandage contre le droit des gens.

On répliquera que les mahométans étaient en possession de la Palestine lorsque les croisés sont allés les attaquer chez eux. Mais les empereurs grecs n'avaient pas cédé la Palestine aux mahométans par des traités solennels, etdepuis longtemps ils imploraient lejsecours des princes chrétiens. Les mahométans menaçaient d'envahir l'Europe entière ; ils avaient déjà conquis la Corse, la Sicile et une partie de la Calabre ; fallait-il attendre qu'ils revinssent pour les repousser? L'événement a prouvé que le seul moyen de les affaiblir était d'aller les attaquer chez eux. Il en était de même des Maures à l'égard de l'Espagne, et des Barbares du Nord relativement aux divers états de l'Allemagne.

3° Si les chrétiens du douzième et du treizième siècles avaient péché dans la manière de maintenir leur religion, et dans les moyens qu'ils ont employés pour la défendre, ce ne serait pas aux protestants qu'il conviendrait de les condamner. Ils ont toujours soutenu qu'il leur était permis de prendre les armes contre le souverain, pour obtenir la liberté de conscience, et pour la conserver lorsqu'elle leur avait été accordée, etils se sont conduits partout selon cette maxime. Nous voudrions savoir par quelle loi il est plus permis de faire la guerre au gouvernement sous lequel on est né, qu'à des Barbares qui en veulent non-seulement à notre religion, mais à nos biens, à notre

liberté et à notre vie. Les incrédules n'ont pas meilleure grâce à répéter les reproches des protestants, puisqu'ils soutiennent comme eux que la tolérance illimitée est de droitnaturel, que tout homme est autorisé par la loi naturelle à croire et à professer telle religion qu'il lui plait, et à défendre cette précieuse liberté par toute voie quelconque. Nous demandons pourquoi les chrétiens croisés n'ont pas dû jouir de cette liberté dans la Palestine, aussi bien qu'en France, et pourquoi les Allemands convertis au christianisme ont du souffrir que les Prussiens idolâtres vinssent renverser leurs autels?

Voyez Croisades, Missions.

Bercier.

ORDRES MONASTIQUES ou RELI- GIEUX, congrégation ou société de religieux soumis à un seul chef, qui observent la même règle et portent le même habit. On peut réduire les ordres religieux à cinq classes ; savoir, moines, chanoines réguliers, chevaliers, clercs réguliers et mendiants :

nous avons parlé de chacun sous leur titre particulier.

Au mot Moine, nous avons exposé l'origine de l'état religieux, et nous en avons suivi les progrès dans les différents siècles ; nous avons fait voir que cet état n'a rien que de louable; que, dans tous les temps, il a rendu de grands services à la religion. Au mot Monastère, nous avons prouvé que les biens possédés parles religieux leur appartiennent légitimement, et qu'il n'est pas vrai que cette possession nuise au bien puhlic.

Enfin, au mot Mendiant, nous avons justifié la mendicité des religieux pauvres. Dans ces divers articles, nous avons répondu aux accusations que les hérétiques, les incrédules et les faux politiques ont formées contre l'état religieux. Il nous reste peu M chose à dire pour achever d'en faire l'apologie; elle nous a paru bien faite dans la brochure intitulée : «efM'* religieux, qui vient d'être publiée (J).

( I ) Votre époque a produit un beau livre »ur le«»£ drearolipeux: non. IW. déj» nomme : c« l £°* vr.geeuS gro. volumes in-8, de M. de MonUlW

ORD

ORD

On demande pourquoi cette multitude d'ordres religieux? à quoi bon cette variété d'habits et de régimes?

Le concile de Latran, tenu l'an 1215, avait défendu d'établir de nouveaux ordres; un concile de Lyon, tenu soixante ans après, avait renouvelé cette défense ; pourquoi a-t-elle été mal observée? Nous devons satisfaire à toutes ces questions, pour les avantages et les inconvénients de la discipline actuelle.

Nous pourrions nous borner à répondre que la multitude et la variété des ordres religieux a eu pour but de contenter tous les goûts, et de satisfaire toutes les inclinations. Tel qui veut embrasser la vie des chartreux, ne voudrait pas entrer chez les bénédictins ou chez les chanoines réguliers : celui qui se sent porté à faire profession dans un ordre mendiant, ne voudrait pas vivre chez les moines rentes, etc. Il est étonnant que nos philosophes, si zélés partisans de la liberté, qui regardent les vœux monastiques comme un esclavage insupportable, ne veuillent pas seulement accorder à ceux qui aspirent à l'état religieux, la liberté de choisir entre les divers régimes auxquels il faut s'engager par les vœux : nous ne comprenons rien à cette contradiction.

Mais il y a des raisons plus solides.

La variété des ordres religieux est venue des divers besoins de l'Eglise, dans les diil'érents siècles et dans les divers climats, et de la différence des bonnes œuvres auxquelles ils se destinaient. Les fondateurs des ordres ont vu et senti ces besoins chacun à leur manière ; ils ne se sont pas concertés, puisque les uns ont vécu en

bert, intitulé: Les Moines de l' Occident; l'anteury montre, dans lo beau style (le l'école lamenaisienne, les ordres monastiques réédifiant, à la suite des barbares qui détruisaient la civilisation romaine, et daas l'ordre matétiel, et dans l'ordre intellectuel, et dans l'ordre laor.d, sur les ruines de cette untique civilisation, une civilisation nouvelle, la civilisation chrétienne dont nous profitons aujourd'hui. On peut reprocher peut-être à ce beau livre de ne

Pas faire assez la part de la critique, il est tout à admiration ; mais quand il établit que c'est aux moines que nous devons tout ce que nous a légué do bon le moyen âge: sol aménagé; conservation de l'antiquité littéraire ; développement des principes de la morale civilisatrice, etc., il n'établit que la vérité.

Le Noir.

Orient, les autres en Occident; les uns au quatrième ou au sixième siècle, les autres au douzième ou au treizième. Ceux qui ont institué un ordre religieux en Angleterre, ont consulté l'utilité, le goût, les mœurs de leur pays sans s'informer de ce qui pouvait mieux convenir en Italie ; les fondateurs espagnols pe se sont pas crus obligés de savoir si leur institut serait goûté en Allemagne, etc.

Lorsque saint Benoit dressa sa règle, il avait sous les yeux celle des moines de la Thèbaïde; mais il comprit que l'austérité de celle-ci n'était pas supportable dans nos climats : il fut forcé de la mitiger pour ses religieux. Ceux qui ont formé des instituts dans les pays du Nord, auraient été des imprudents s'ils avaient imposé à leurs prosélytes la multitude et la rigueur des jeunes observés par les caloyers grecs et syriens. Il a donc fallu avoir égard au temps, aux lieur, au ton des mœurs, aux circonstances sous lesquelles on se trouvait.

La même raison a déterminé les papes, lorsqu'ils ont approuvé et continué les différents ordres religieux récemment établis; ils n'ont consulté que les besoins et l'utilité de l'Eglise, relativement au temps et aux lieux pour lesquels les fondateurs avaient travaillé. S'ils avaient eu l'esprit prophétique, ils auraient prévu les inconvénients qui naîtraient lorsque les circonstances auraient changé, lorsqu'un institut formé en Italie serait transporté en France ou en Allemagne, se trouverait en concurrence avec un autre, ne pourrait plus rendre les mômes services, etc. Mais ceux qui sont si prompts à blâmer les papes, sont-ils eux-mêmes divinement inspirés pour prévenir les inconvénients qui résulteraient de la suppression de l'état religieux, de l'uniformité qu'ils voudraient y introduire, de l'enlèvement des biens monastiques, etc.?

Lorsque les ordres religieux ont ététransplantés d'un pays dans un autre, ils y ont été appelés et établis par les souverains, par les grands, parles officiers mur icipaux, par les peuples, à cause des services particuliers qu'ils rendaient, et dont on sentait l'utilité

ORD

ORD

pour lors. Ce n'est ni par une faiisse dévotion ni par caprice que l'on a voulu en avoir de plusieurs espèces dans une mèrneville; c'est par besoin, ou, si l'on veut, pour la commodité du public. De tout temps les hommes de tous les états ont cherché leur commodité pour satisfaire aux devoirs et aux pratiques de religion. Si ce déiaut a été poussé à de trop grands excès, ce n'est ni à l'Eglise, ni aux papes, ni aux évèques qu'il faut s'en prendre ; on aurait trouvé fort mauvais qu'ils se refusassent aux désirs des peuples, et ce serait porter un peu trop loin la sévérité que de soutenir que les religieux eux-mêmes ont dû résister aux facilités qu'on leur donnait d'étendre leurs intérêts.

Nous n'avons garde de douter de la sagesse et de la solidité des raisons pour lesquelles les conciles de Latran et de Lyon avaient défendu en 1215 et en 1275 d'établir de nouveaux ordres religieux; mais ceux qui blâment les papes d'avoir promptement violé cette défense, en approuvant les ordres de saint François et de saint Dominique, ne consultent ni les dates ni les circonstances. Saint François avait commencé àrassembler'des disciples dès l'an 1209, et avait obtenu la même année l'approbation verbale du pape Innocent III. Ce pontife ne la renouvela, l'an 1210, qu'après avoir écouté, pour et contre, l'avis des cardinaux. L'institut, des franciscaines ou religieuses de sainte Claire commença l'an 1212. La défense faite sous le mémo pontife à Latran, l'an 1215, ne pouvait donc plus regarder les franciscains : et l'on prétend que saint François lui-même s'adressa à ce concile, et en obtint l'approbation verbale. Honoré III, successeur d'Innocent, par sa bulle de l'an I22?>, ne lit que continuer ce qui était déjà fait.

Saint Dominique accompagna l'évêque de Toulouse au concile de Latran, et y lut présent; il y allait précisément pour demander à Innocent III la contirmalion de son institut. La promesse que lui en lit ce pontife ne fut pas doum'e à l'insu ni contre h' gré du concile. D'ailleurs, saint Dominique portait déjà l'habit

des chanoines réguliers de saint Augustin, et il prit la règle de ce saint docteur pour ses religieux. Honoré III ne pouvait donc lui refuser la bulle coniirmative de son institut, qu'il lui accorda le 16 décembre 1216.

Les différentes branches de franciscains qui se sont formées n'étaient point de nouveaux ordres, mais des réformes d'un ordre déjà établi. Quant à la variété des habits, nous en avons rendu raison au mot Habit monastique.

De la variété et de la multitude des ordres monastiques il est résulté, dit-on, de grands inconvénients; ils ont eu des intérêts, des desseins, des sentiments différents; de là sont nées les jalousies, les disputes, les dissensions qui ont troublé et scandalisé l'Eglise. S'il n'y avait eu dans l'Occident qu'un seul et même ordre religieux, «rame il n'y en a que deux en Orient, cela ne serait pas arri\ é.

Mais on ne fait pas attention qu'un seul ordre ne pouvait pas sui'tire à tous les besoins ni fournir dos sujets pour remplir toutes les espèces de devoirs de la charité. Enseigner les lettres et les sciences dans les collèges, soigner les malades dans les hôpitaux, travailler à la rédemption des captifs, faire des missions chez les infidèles et dans les campagnes, remplir les fonctions du ministère ecclésiastique dans les villes, catéchiser les enfants du peuple, etc., ne sont pas de bonnes œuvres assez compatibles pour qu'un même ordre religieux puisse s'en charger. Les deux ordres de saint Antoine et de saint Basile ont suffi pour les Orientaux, parce qu'ils ne se sont consacres qu'au travail des mains, à la prière et à la pénitence; en Occident, les fondateurs, sans négliger ces trois objets, se sont encore proposé l'utilité du prochain, et on ne peut que leur applaudir.

C'est cependant contre ces hommes respectables que les incrédules, copistes des protestants, ont évaporé leur bile. Ils disent que le vœu d'obéissance, imposé aux religieux, fait assez connaître quel a été le niotif des fondateurs d'ordres ; chacun d'eux .i voulu se former un empire, deve-

ORD

nir une espèce de souverain, commander despotiquement à ses semblables ; mais il en est résulté un désordre dans la société civile. Dans tous les temps un moine se crut plus obligé d'obéir à ses supérieurs spirituels et au pape, qu'au souverain, aux lois, aux magistrats de son pays.

Dans tous les siècles des moines fougueux, excités par leurs chefs, sont devenus de vrais incendiaires dans les pays chrétiens.

Avec un peu plus de sang-froid, les ennemis de l'état religieux auraient vu que leurs calomnies sont réfutées par des faits incontestables. Plusieurs saints sont devenus fondateurs d'ordres sans l'avoir prévu; ils s'étaient retirés dans la solitude, sans vouloir y entraîner personne; la bonne odeur de leurs vertus leur a procuré des disciples qui sont allés les chercher dans leur retraite, et se mettre sous leur conduit)!. C'est ce qui est arrivé à saint Benoît, à saint Bruno, etc.

D'autres ont refusé d'être supérieurs généraux de leur ordre, ou se sont démis de cette charge le plus tôt qu'ils ont pu, et se sont réduits à la qualité de simples religieux. D'autres eniin ne sont devenus chefs d'ordres que par la réforme la plus sévère qu'ils y ont établie, et en donnant les premiers l'exemple de l'obéissance. Où sont dans tous ces cas les marques d'ambition? Sans l'obéissance aucun ordre ne pourrait subsister.

Aucun de ces fondateurs n'a établi pour maxime que l'obéissance aux supérieurs spirituels et au pape dispensait les religieux d'être soumis au souverain, aux lois, aux magistrats.

Aucun ne s'est cru en droit de fonder un monastère sans la permission et l'agrément du souverain et des magistrats. Souvent ce sont les souverains eux-mêmes qui ont invité les fondateurs ou les chefs d'ordres avenir s'établir dans leurs états, et ont doté ces établissements. Les religieux ont donc été attachés au souverain par reconnaissance, aussi bien que par la qualité des sujets. Les rois ont toujours été les maîtres d'admettre ou non sur leurs terres tous les ordres religîctrK quelconques; nous cherchons vainement les raisons et les prétextes

ORD

sur lesquels un religieux pourrait refuser l'obéissance aux lois et aux souverains.

Nos spéculateurs politiques n'ont pas mieux rencontré en imaginant que les papes n'ont approuvé cL coniirmé les ordres religieux, qu'afin d'avoir à leur disposition une milice toujours prête à épouser les intérêts du siège de Rome, au préjudice des évèques et des souverains. Ce ne sont point les papes qui ont suscité les fondateurs, ni qui ont fait éclore de nouveaux (/edpes, puisqu'ils n'ont tait que les confirmer; souvent ils en ont refusé l'approbation pendant plusieurs années. Ils n'en ont confirma aucun contre le gré des souverains, souvent, au contraire, ce sont les souverains qui ont fait solliciter les bulles à Rome.

Mais nous ne finirions jamais, s'il nous fallait réfuter toutes les fables, les visions, les calomnies absurdes, par lesquelles les hérétiques et les incrédules ont cherché à noircir l'état religieux.

Bergier.

ORDRES RELIGIEUX (les) faisant

Page 1