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APHTHARTODOCETES. Voyez IN- CORRUPTIBLES.
APOCALYPSE, du grec dbroxd&u<K révélation ; c'est le nom du dernier livre canonique de l'Ecriture.
Il contient, en vingt-deux chapitres, une prophétie touchant l'état de l'Eglise, depuis l'ascension de Jésus- Christ au ciel jusqu'au dernier jugement, et c'est comme la conclusion de toutes les saintes Ecritures, afin que les fidèles, reconnaissant la conformité des révélations de la nouvelle alliance avec les prédictions de l'ancienne, soient confirmés dans l'attente du dernier avènement de Jésus-Christ. Ces révélations furent faites à l'apôtre saint Jean, durant son exil dans l'ilc de Patmos, pendant la persécution de Domitien.
L'enchaînement d'idées sublimes et prophétiques qui composent l'Apocalypse, a toujours été un labyrinthe pour les plus grands génies, et un écueil pour la plupart des commentateurs. On sait par quelles rêveries Drabicius, Joseph Mède, le ministre Jurieu, le grand Newton lui-même, ont prétendu l'expliquer ; ces vaines tentatives sont bien propres à humilier l'esprit humain.
On a longtemps disputé dans les premiers siècles de l'Eglise sur l'authenticité et la canonicité de ce livre ; mais ces deux points sont aujourd'hui pleinement éclaircis. Quant à son aulhenticité, quelques anciens la niaient : Cérinthe, disaient-ils, avait attribué l'Apocalypse à saint Jean, pour donner du poids à ses rêveries, et pour établir le règne de Jésus- Christ pendant mille ans sur la terre après le jugement. Voyez Millénaires.
Saint Denys d'Alexandrie, cité par Eusèbe, l'attribue à un écrivain nommé Jean, différent de l'évangéliste.
Il est vrai que les anciennes copies grecques, tant manuscrites qu'imprimées, de l'Apocalypse, portent en tète le nom de Jean le divin. Mais on sait que les Pères grecs donnent par excellence ce surnom à l'apôtre saint Jean, pour le distinguer des autres évangélistes, et parce qu'il a traité spécialement de la divinité du Verbe.
A cette raison l'on ajoute : 1° que
dans l'Apocalypse saint Jean est nommément désigné par ces termes:
à Jean qui a publié la parole de Dieu, et qui a rendu témoignage de tout ce qu'il a vu de Jésus-Christ ; caractères qui ne conviennent qu'à l'apôtre. 2° Ce livre est adressé aux sept Eglises d'Asie, dont saint Jean avait le gouvernement. 3° Il est écrit de File de Patmos, où saint Irénée, Eusèbe et tous les anciens conviennent que l'apôtre saint Jean fut relégué en 95, et d'où il revint en 98, époque qui fixe encore le temps où l'ouvrage fut composé. 4° Enfin, plusieurs auteurs voisins des temps apostoliques, tels que saint Justin, saint Irénée, Origène, "Victorin, et après eux une foule de Pères et d'auteurs ecclésiastiques, l'attribuent à saint Jean l'évangéliste. Voyez Authenticité et Authentique.
Quant à sa canonicité, elle n'a pas été moins contestée. Saint Jérôme rapporte que dans l'Eglise grecque, môme de son temps, on la révoquait en doute. Eusèbe et saint Epiphane en conviennent. Dans les catalogues des livres saints, dressés par le concile de Laodicée, par saint Grégoire de Nazianze, par saint Cyrille de Jérusalem, et par quelques autres auteurs grecs, il n'en est fait aucune mention. Mais on l'a toujours regardée comme canonique dans l'Eglise latine.
C'est le sentiment de saint Augustin, de saint Irénée, de Théophile d'Antioche, de Méliton, d'Apollonius, et de Clément Alexandrin. Le troisième concile de Carthage, tenu en 397, l'inséra dans le canon des Ecritures, et depuis ce temps-là l'Eglise d'Orient l'a admise comme celle d'Occident.
Les alogiens, liéré tiques du second siècle, rejetaient l'Apocalypse, dont ils tournaient les révélations en ridicule, surtout celles des sept trompettes, des quatre anges liés sur l'Euphrate, etc. Saint Epiphane, répondant à leurs invectives, observe que l'Apocalypse, n'étant pas une simple histoire, mais une prophétie, il ne doit pas paraître étrange que ce livre soit écrit dans un style figuré, semblable à celui des prophètes de l'Ancien Testament.
La difficulté la plus spécieuse qu'ils
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opposassent à l'authenticité de V Apocalypse, était fondée sur ce qu'on lit au ch. 11, f 18 : Ecrivez à l'ange de l'Eglise de Thyatire. Or, ajoutaient-ils, du temps de l'apôtre suint Jean, il n'y avait nulle Eglise chrétienne à Thyatire. Saint Epiphane convient du fait, et répond que l'apôtre parlant d'une chose future, c'est-à-dire, de l'Eglise qui devait être un jour établie à Thyatire, en parle comme d'une chose présente et accomplie, suivant l'usage des prophètes. Grotius remarque qu'encore qu'il n'y eût aucune église de païens convertis à Thyatire, quand saint Jean écrivit son Apocalypse, il y en avait néanmoins une de Juifs, semblable à celle qui s'était établie à Thessalonique avant que saint Paul y prêchât.
Il y a eu plusieurs Apocalypses supposées. Saint Clément, dans ses Ilypotyposes, parle d'une Apocalypse de saint Pierre; etSozomène ajoute qu'on la lisait tous les ans vers Pâques dans les Eglises de Palestine. Ce dernier parle encore d'une Apocalypse de saint Paul, que les moines estimaient autrefois, et que lescophtes modernes se vantent de posséder. Eusèbe fait aussi mention iel' Apocalypse d'Adam; saint Epiphane, de celle d'Abraham, supposée par les hérétiques séthiens, etdes révélations de Seth et de Marie, femme de Noé, par les gnostiques.
Nicéphore parle d'une Apocalypse d'Esdras, Gratien et Cédrène d'une Apocalypse de Moïse, d'une attribuée à saint Thomas, d'une troisième de saint Elienne, et saint Jérôme d'une quatrième, dont on faisait auteur le prophète Elie. Porphyre, dans la Vie de Plotin, cite les Apocalypses de Zoroastre, de Zoslreiu, de Nicothée, d'Allogènes, etc., livres dont on ne connaît plus que les titres, et qui vraisemblablement n'étaient que des recueils de fables. Sixt. Senens., lib.
H et VI. Dupin, Dissert, prélim., tom. III ; Bibliot. des Aut. ecclês.
On ne doit pas être étonné de ce que les calvinistes ont toujours refusé de reconnaître la canonicité de l'Apocalypse. Ce livre renferme un tableau de la liturgie apostolique qui ne leur est pas favorable. Voyez Li-
turgie. De nos jours, Abauzit, professeur à Lausanne, a fait une dissertation contre V Apocalypse; le plus célèbre des incrédules modernes en a copié les objections dans deux ou trois de ses ouvrages. Les anglicans au contraire mettentee livre au nombre des saintes Ecritures; depuis peu, le savant Lardner a rassemblé les témoignages des anciens sur ce sujet.
Credibility of the Gospel Histury, tom.
17, p. 356. Ceux qui ont traité ce point de critique sacrée, ne paraissent pas avoir fait attention que le pape saint Clément, l'un des l'ères apostoliques, fait évidemment allusion à deux passages de ce livre. Dans sa première lettre aux Corinthiens , n. 34 , on lit : « Voici le Seigneur ; sa récom- » pense est avec lui, pour rendre à » chacun selon ses œuvres. » Ces mômes paroles se trouvent, Apoc, c. 22, y 12. La lettre linit par ces mots : « A Dieu, par Jésus-Christ, » gloire, honneur, puissance, majesté, » trône éternel, depuis les siècles et » pour toujours. » Voy. Apocalypse, c. o, y 13.
Mais, comme ce livre semblait favoriser l'erreur des millénaires, on craignait que Cérinthe ne l'eût supposé pour établir cette fausse opinion; c'estee qui empêcha d'abord plusieurs catholiques de lereconnaitre pour canonique. Le doute a cessé, lorsqu'on a vu que le vrai sens ne donnait aucun lieu à cette erreur.
Pour affaiblir les témoignages qui déposent en faveur de l'authenticité de ['Apocalypse, les protestants disent que les Pères ne l'ont admise, que parce qu'ils étaient millénaires.
Tout au contraire, ceux qui ont embrassé l'opinion des millénaires, ne l'ont fait que parce qu'ils la croyaient enseignée dans Y Apocalypse ; et quelques-uns d'entre eux, qui ont réfuté les millénaires , ont cependant reçu l' Apocalypse comme un livre canonique; c'estee qu'a fait Origène. Avant le troisième siècle, ou ne peut citer aucun des Pères qui ait formellement rejeté ce livre.
Une autre objection des calvinistes, est que ces mêmes Pères ont reçu comme authentiques plusieurs autres écrits, dont la supposition et la faus-
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seté ont été reconnues dans la suite; qu'ils ont ajouté foi à plusieurs histoires évidemment fabuleuses. Soit.
Si pour prouver l'authenticité d'un livre quelconque, il faut des témoins ,|iii aient été infaillibles et à couvert de toute erreur, nous demandons aux calvinistes qui sont les témoins auxquels ils se lient pour croire l'authenticité et la canonicité deslivres qu'ils admettent, llsn'ontpasvu qu'en alléguant ce reproche, ils sapaient par le fondement tonte espèce de certitude morale, toute espèce de preuve pour constater des faits.
Puisque des livres qui avaient d'abord passé pour authentiques, ont été reconnus dans la suite pour supposés et apocryphes, nous demandons encore pourquoi d'autres livres, dont on avait d'abord soupçonné la supposition, n'ont pas pu dans la suite être reconnus pour authentiques. Les mêmes règles de critique qui nous font douter d'un fait lorsqu'il n'est pas encore suffisamment prouvé, doivent sans doute nous le faire croire lorsque nous en avons découvert des preuves.
C'est ce qui est arrivé à l'égard de plusieurs livres de l'Ecriture sainte, et en particulier de Y Apocalypse . En 397, le concile de Carthage la mit au rang des livres sacrés, quoique les conciles précédents ne l'eussent pas encore reçue comme canonique.
On sait que le quatrième siècle, lorsque la paix eut été rendue à l'Eglise, fut un temps de lumière, de recherches, de savantes discussions ; les monuments des siècles précédents furent rassemblés et comparés, la tradition fut interrogée, les témoins confrontés; ce qui avait, été obscur et douteux jusqu'alors, put devenir certain et incontestable. Tant que l'hérésie des millénaires avait subsisté, l'Eglise avait craint de l'autoriser en canonisant Y Apocalypse ; lorsque cette secte fut éteinte, il n'y eut plus de danger.
Beausobrc, Histoire du Manichéisme, 2° part., 1., i, chap. S, § 3, soutient que les Eglises orientales durit syrien n'ont pointreeonnu Y Apocalypse pour canonique, puisqu'elle ne se trouve pas dans l'ancienne version syriaque
du Nouveau Testament, dont ces Eglises se sont toujours servies; mais il se trompe; nous ferons voir le contraire au mot Bibles Syriaques.
Bergier.
APOCRÉAS. C'est la semaine qui répond à celle que nous appelons la septuagésime. Les Grecs l'appellent apocrêas, ou privation de chair, parce qu'après le dimanche qui la suit, on cesse de manger de la chair, et l'on use de laitage jusqu'au second jour après la quinquagésime, que commence le grand jeune de carême.
Pendant Yapocréas, on ne chante ni triode ni alléluia.
AP0CRISA1RE, ou APOCR1SIAIRE, répondant, député, envoyé, terme grec dérivé d'àiro-*pivo;j.ai, je réponds.
L'on appelait ainsi dans l'Eglise grecque des ecclésiastiques envoyés dans la ville impériale par les Eglises, par les évoques ou par les monastères, pour y poursuivre les alfaires qu'ils avaient à la cour. Justinien, par une loi, défendit aux évèqucs de s'absenter pour longtemps de leurs diocèses, sans en avoir reçu un ordre exprès de sa part, et il leur ordonna d'envoyer Yapocrisiaire ou l'économe de leur Eglise à la cour, lorsqu'ils y auraient des affaires à traiter. Dans la suite les empereurs nommèrent aussi apoefisiaires leurs ambassadeurs et leurs envoyés ; mais il ne faut pas les confondre avec les députés ecclésiastiques. Bingham, Origin. ecclés., 1 3, c. 13, § 6; Justin., Novell., VI, c. 2.
Bergier.
APOCRYPHE, du grec à™xpu?o?, terme qui, selon son étymologie, signilie caché.
En ce sens, on nommait apocryphe tout écrit gardé secrètement et dérobé à la connaissance du public. Ainsi les livres des sybillcs à Rome, confiés à la garde des décemvirs ; les annales d'Egypte et de Tyr, dont les prêtres seuls de ces royaumes étaient dépositaires, et dont la lecture n'était pas permise indifféremment à tout le monde, étaient des livres apocryphes. Parmi les divines Ecritures de l'Ancien Testament, un livre pou-
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vait être en mémo temps, dans ce sens général un livre sacré et divin, et un livre apocryphe : sacré et divin, parce qu'on en connaissait l'origine, qu'on savait qu'il avait été révélé; cmucryphe, parce qu'il était déposé dans le temple, cl qu'il n'avait point été communiqué an peuple. Car, lorsque les Juifs publiaient leurs livres sacrés, ils les appelaient canoniques et divins, et le nom A' apocryphes restait à ceux qu'ils gardaient dans leurs archives, ce qui n'empêchait pas qu'ils ne pussent être sacrés et divins, quoiqu'ils ne fussent pas connus pour tels du public. Ainsi, avant la traduction des septante, les livres de l'Ancien Testament pouvaient être appelés apocryphes p;ir rapport aux gentils et par rapport aux Juifs; la même qualification convenait aux livres qui n'étaient pas insérés danslecanon ou la catalogue public des Ecritures. C'est précisémentainsi qu'il faut entendre ce que dit saint Epiphano, que les livres apocryphes ne sont point déposés dans l'arche parmi les autres écrits inspirés.
Dans le christianisme, on a attaché au mot apocryphe une signification différente, et on l'emploie pour exprimer tout livre douteux, dont l'auteur est incertain, et sur la foi duquel on ne peut faire fonds, comme on peut voir dans saint Jérôme, et dans quelques autres Pères grecs et latins plus anciens que lui : ainsi l'on dit un livre, un passage, une histoire apocryphe, etc., lorsqu'il y a de fortes raisons de suspecter leurauthenticité, et de penser que ces écrits sont supposés. En matière de doctrine, on nomme apocryphes les livres des hérétiques, et même des livres qui ne contiennent aucune erreur, mais qui ne sont point reconnus pour divins, c'est-à-dire, qui n'ont éié mis ni par la synagogue, ni par l'Eglise, dans le canon, pour être lus en public dans les assemblées des Puits ou des Chrétiens.
Dans le doute si un livre est canonique ou apocryphe, s'il doit faire autorité ou non en matière de religion, on sent la nécessité d'un tribunal supérieur et infaillible pour iixer l'incertitude des esprits ; et ce tribu-
nal est l'Eglise, à laquelle seule il appartient de donner à un livre le titre de divin, ou de lerejeter comme supposé.
Les catholiques et les protestants ont eu des disputes très-vives sur l'autorité de quelques livres que ces derniers traitent d'apocryphes, comme Judith, Esdras, les Machabées: les première se sont fondés sur les anciens canons ou catalogues, et sur le témoignage uniforme des Pères; les autres sur la tradition de quelques Eglises. La question est de savoir si l'opinion d'un petit nombre d'Eglises particulières doit l'emporter sur celle du plus grand nombre.
Les livres reconnus pour apocryphes par l'Eglise catholique, qui sont véritablement hors du canon de l'Ancien Testament, et que nous avons encore aujourd'hui, sont l'oraison de Mariasses, qui est à la fin des bibles ordinaires; le troisième et le quatrième livre des Machabées. A la tin de Job, on trouve une addition dans le grec qui contient une généalogie de Job, avec un discours de la femme de Job ; on voit aussi, dans l'édition grecque, un psaume qui n'est pas du nombre des cent cinquante ; et à la lin du livre de la Sagesse, un discours de Salomon, tiré du huitième chapitre du troisième livre des Rois. Nous n'avons plus le livre d'Enoch, si célèbre dans l'antiquité; et, selon saint. Augustin, on en supposa un autre plein de* fictions, que tous les Pères, exceptéTertullien, ont regardé comme apocryphe. Il faut aussi ranger dans la classe des ouvrages apocryphes, le livre de l'Assomption de Moïse, et celui de Y Assomption ou Apocalypse d'Elie. Quelques Juifs ont supposé des livres sous le nom des patriarches, comme celui des Générations éternelles, qu'ils attribuaient à Adam. Les ébionites avaient pareillement supposé un livre intitulé l'Echelle de Jacob, et un autre qui avait pour titre, la Généalogie des fils et des filles d' Adam, ouvrages imaginés ou par des Juifs, amateurs des fictions, ou par les hérétiques, qui, par cet artifice, semaient leurs opinions et en recherchaient l'origine jusque dans une antiquité propre à
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en imposer à des yeux peu clairvoyants.
Lorsque l'Eglise a déclaré un livre apocryphe, et l'a exclu du canon des Ecritures, elle n'a pas prétendu décider par là que c'est un livre sans autorité et supposé sous un faux nom. Ainsi le Pasteur d'IIcrmus, que plu.-i-'iirs anciens Pères ont placé dans le. même rang que les livres sacrés, n'a plus aujourd'hui la même autorité ; il ne s'ensuit pas qu'il soit faussement attribué à Hcrmas, et absolument indigne de croyance. Plusieurs critiques, instruits d'ailleurs, semblant n'avoir pas assez fait cette distinction: parce qu'un ouvrage est regardé comme apocryphe, ils ont conclu que c'a été la production d'un imposteur.
C'est la méprise dans laquelle parait être tombé l'auteur d'un mémoire sw les ouvrages apocryphes Isupposés dans les premiers siècles de l'Eglise, Mém. del'Acad. des Inscript., t. XXVII, in-4, p. 93, qui a été copié par l'auteur de ['Examen critique des apologistes de la Religion chrétienne, c. 2. Il met à peu près sur la même ligne les livres notoirement supposés et forgés par les hérétiques, les écrits dont les auteurs ne sont pas certainement connus, mais qui ne renferment aucune erreur, et Les ouvrages dont les auteurs sont connus, mais qui ne doivent pas être placés dans le canon des livres sacrés, parce que le pape Gélase les a tous déclarés apocryphes. Il est cependant évident qu'il y a une grande différence à mettre entre les uns et les autres.
Nous convenons 1° que les faux Evangiles, publiés sous les noms de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Mathias, etc., les faux Actes des Apôtres, les fausses Apocalypses, sont ou des impostures faites malicieusement par des hérétiques, dans le dessein d'établir leurs erreurs, et qui ne méritent aucune attention; ou des histoires faites innocemment par des écrivains mal instruits et trop crédules, mais qui n'avaient aucune intention de tromper : une partie de ces différentes productions a paru dans le second siècle ; le reste ne nous est connu que par le décret
de Gélase, porté sur la fin du cinquième siècle. Tout cela ne doit point être confondu.
2° Nous convenons que l'authenticité de la. Lettre d'Abgare n'est pas incontestable, qu'il n'est pas absolument certain que les apôtres aient eux-mêmes composé le symbole qui porte leur nom, non plus que les liturgies qui leur sont attribuées et les canons appelés Canons des Apôtres; mais ces écrits sont-ils apocryphes, dans le.mèmesensquelesprécédents?
Le symbole est véritablement le précis de la doctrine des apôtres, leurs liturgies sont très-anciennes, et ont été en usage dès les premiers siècles dans plusieurs Eglises ; les canons apostoliques sont l'ouvrage des premiers conciles, et un monument de la discipline suivie pour lors dans l'Eglise, Ce sont donc des pièces respectables, que l'on ne peut rejeter absolument sans témérité.
3° Nous soutenons que le Pasteur d'Eermas, la Lettre de saint Barnaié, les deux Lettres de saint Clément, les sept Lettres de saint Ignace, sont authentiques, sont véritablement des auteurs auxquels on les attribue ; mais que l'on ne doit pas les mettre au rang des livres sacrés ou des écritures canoniques : c'est dans ce sens seulement que l'on peut les nommer apocryphes. Nous parlerons de ces divers écrits sous leurs noms propres, de même que du célèbre passage de Josèphe, des livres des sibylles, etc.
Quand on a fait une fois toutes ces distinctions, l'on n'est plus étonné du grand nombre d'écrits supposés dans les premiers siècles et dans les suivants, parce que l'on voit les causes des différentes espèces de suppositions ; il est aisé de montrer que la multitude des Livres rejetés comme apocryphes ne peut former aucun préjugé contre Y authenticité oucontre la. canonicité des autres ; il en résulte que le jugement des critiques anciens ou modernes n'est pas une règle infaillible, que la seule décision à laquelle on puisse se fier sans aucun danger d'erreur, est celle de l'Eglise.
Hosheim prétend que la multitude des livres apocryphes, supposés dans le second et le troisième siècle de
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l'Eglise, est venue de la méthode de disputer qui s'introduisit parmi les Pères et les docteurs de ces temps-là.
Suivant son opinion, les docteurs chrétiens, élevés dans les écoles des rhéteurs et des sophistes, ne se tirent aucun scrupule d'adopter la maxime des platoniciens, qui pensaient qu'il était permis d'errployer le mensonge et l'imposture pour soutenir lavérité.
Conséquemment les écrivains ecclésiastiques, en disputant contre les païens et contre les hérétiques, furent plus occupés du soin de vaincre leurs adversaires ou de les réduire au silence, que de leur montrer la vérité ; et cette manière de traiter les controverses fut nommée économique. On supposa des livres sous des noms respectables; on employa des fraudes pieuses, etc. Ilist. ecclésiast. du second siècle, 2 e part., c. 3, § 15 ; troisième siècle 2 e part., c. 3, § 10.
Au mot Economie, nous réfuterons cette calomnie forgée par les protestants, par nécessité de système, pour déprimer l'autorité des Pères de l'Eglise, et avidement adoptée par les incrédules modernes; nous ferons voir que ces accusateurs téméraires ont prêté aux docteurs chrétiens leur propre génie et leur méthode de disputer. En parlant du second siècle, Mosheim n'avait pas osé affirmer cette imputation : « On aurait tort, dit-il, » d'attribuer toutes ces fraudes pieu- » ses aux vrais chrétiens ; la plupart » des ouvrages apocryphes furent la » production de l'esprit fertile des » gnostiques; mais je ne saurais as- » surer que les vrais chrétiens ont été » entièrement exempts de ce repro- » che. » Sous le troisième siècle, il a été plus hardi; il accuse les controversistes d'avoir supposé les canons des apôtres, les constitutions apostoliques, les récognitions de saint Clément, et les clémentines.
Heureusement la calomnie se dément ici elle même; de l'aveu de Mosheim, les canons des apôtres renferment la discipline suivie dans l'Eglise pendant le second et le troisième siècle : or, à cette époque, on a fait profession de suivre ce que les apôtres avaient établi dans les Eglises qn'ils avaient fondées; où est la faus-
seté, où est la fraude, d'avoir nommé canons apostoliques les règles qui transmettaient par écrit la discipline que l'on croyait et que l'on savait avoir été établie par les apôtres? Il est plus que probable que ces canons n'ont été recueillis etrassemblés qu'au quatrième siècle; ce ne peut done pas être une fraude du troisième.
11 en est de même des constitutions apostoliques, des récognitions et des clémentines; on n'en voit encore aucun vestige dans les auteurs du troisième siècle. Il y a eu plusieurs écrivains nommés Clément; si l'on a attribué par erreur à saint Clément de Rome les ouvrages d'un autre Clément, il s'ensuit que l'on a manqué de discernement et de critique, et non que l'on a péché contre la bonne foi. Dans les bas siècles et presque de nos jours, on a mis sous le nom de saint Augustin des sermons, des traités, des commentaires qui n'étaient pas de lui. La critique, devenue plus éclairée et plus circonspecte, découvre tous les jours de ces sortes d'erreurs, elles ont eu lieu à l'égard des auteurs profanes, comme à l'égard des écrivains sacrés et des Pères de l'Eglise. Il y a de l'entêtement et de la malignité à vouloir que toutes ces méprises soient des impostures réfléchies, plutôt que des fautes d'ignorance et de préoccupation.
Aux articles Constitutions apostoliques, Evangile, Hehmas, Sibylles, etc., nous ferons voir que la plupart des suppositions des livres apocryphes ont pu se faire très-innocemment; que toutes celles qui ont été réfléchies et malicieuses ont été l'ouvrage des hérétiques etdes philosophes, etnon des docteurs de l'Eglise; qu'un trèsgrand nombre se sont faites postérieurement au troisième et même au quatrième siècle. Beausobre, quoique ennemi déclaré des Pères de l'Eglise, convient que la plupart des faux livres qui ont paru plus tôt, ont été forgés par un certain Leucius Carinus, hérétique de la secte des docètes. Hist. du Manich., tom. 1, liv. 2, ch. 2, p. 348.
Les soupçons et les accusations des protestants copiés par les incrédules sont donc téméraires et sans aucun fondement.
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En général, tout écrivain adopte aisément et sans beaucoup d'examen une histoire, un monument, un livre qui lui parait favorable à son opinion ; il le cite avec confiance lorsqu'il ne voit aucune raison de le suspecter, et son erreur contribue à en tromper d'autres sans qu'il le veuille. Ce faible est commun aux catholiques et aux hérétiques, aux ecclésiastiques et aux profanes, aux incrédules et aux croyants ; il est dans l'humanité, et il durera autant qu'elle; ce n'est souvent ni malice, ni mauvaise foi, c'est préoccupation. Y a-t-il de la justice à vouloir que les écrivains ecclésiastiques en aient été exempts? Lorsque nous accusons nos adversaires de mauvaise foi, ils crient à la calomnie, et eux-mêmes ne cessent de former cette accusation contre les personnages les plusrespec:ables, sans aucune preuve. Voy. Authenticité, Canon., Bergier.
APOCRYPHES (livres), (théol. hist.) — Nous accorderons à la curiosité des lecteurs une nomenclature, aussi complète que possible, de toute la littérature apocryphe de l'Ancien et du Nouveau Testament.